Prisons de la Roquette

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Prison de la Grande Roquette à la fin du XIXe siècle.
Prison de la Petite Roquette à la fin du XIXe siècle.

Les prisons de la Roquette (Petite et Grande Roquette) sont d'anciens établissements pénitentiaires situés à Paris, dans le 11e arrondissement, de part et d’autre de la rue de la Roquette. De nos jours, le square de la Roquette, le plus grand du 11e arrondissement, occupe l'ancien emplacement de la Petite Roquette,

Historique[modifier | modifier le code]

La naissance des prisons[modifier | modifier le code]

En 1826, sous Charles X, décision est prise de faire bâtir une prison destinée aux délinquants mineurs de 7 à 20 ans — l'âge de la majorité civile en France étant alors fixé à 21 ans. L’emplacement est trouvé non loin du cimetière du Père-Lachaise, au 143, rue de la Roquette, sur une partie des terrains de l’ancien couvent des Hospitalières de la Roquette, construit en 1690 et fermé à la Révolution française en 1789. C'est l’architecte Hippolyte Lebas, créateur de l’église Notre-Dame-de-Lorette, qui est choisi pour mener à bien ce projet. Il s’inspire des plans du panoptique de Jeremy Bentham[1], pour ériger une prison de forme hexagonale, inaugurée le . Les Parisiens la baptisent rapidement « la Roquette ». Les conditions de détention y sont particulièrement difficiles et suscitent l'indignation de certains parisiens[2].

La même année, Louis-Philippe Ier s’alarme de l’accroissement du nombre de prisonniers à Paris, et décide à son tour de faire construire une prison à Paris (qui n’en compte déjà pas moins d’une douzaine). L’architecte François-Christian Gau est alors désigné pour établir les plans de la nouvelle prison, et soumet son projet. Il est simple : un mur d’enceinte cernant un bâtiment carré, lui-même percé d’une cour centrale. Il marque là son désir de se différencier de la prison pour jeunes délinquants. Le contraste sera d’autant plus flagrant que la nouvelle maison d’arrêt sera construite sur un terrain faisant face au précédent centre pénitentiaire.

Alors que la construction de la deuxième prison (située au 164-168, rue de la Roquette) était en cours , de vives protestations s’élèvent quant à l’enfermement des condamnés à mort en ces lieux. En effet, depuis 1832, la guillotine a été transférée de la place de Grève à la barrière d'Arcueil (ou barrière Saint-Jacques, sur l’emplacement actuel de la station de métro Saint-Jacques), au sud de Paris, et la distance entre la Roquette et la barrière Saint-Jacques est d’environ 5 km. Le trajet est donc très long entre le lieu de détention et le lieu d'exécution.

Cette seconde prison est inaugurée le et le même jour, quarante « paniers à salade » y transportent 187 prisonniers, transférés de la prison de Bicêtre[1].

Le nom exact du nouveau pénitencier est le « Dépôt de condamnés ». C'est là, en effet, qu’attendront les futurs bagnards avant leur départ pour l’île de Ré, puis pour Cayenne ou Nouméa. Mais c'est là aussi que séjourneront les condamnés à mort. Et pour marquer la différence entre les deux prisons si proches, les Parisiens leur attribuent un nom distinctif : les vauriens sont logés à « la Petite Roquette », les assassins à « la Grande Roquette ».

La Grande Roquette devient le nouveau centre de la guillotine jusqu'à sa fermeture[modifier | modifier le code]

Les dalles qui accueillent les pieds de l'échafaud

Ce n’est que le qu’un nouveau décret modifie l’emplacement des exécutions parisiennes. On guillotine désormais à l'entrée de la Grande Roquette, dans la rue, que l'on appellera place de Roquette. Quelques jours plus tard, des maçons cassent le pavage de la rue et installent cinq dalles rigoureusement plates dans le sol. Ces dalles sont destinées à accueillir les pieds de la guillotine, d'où le nom d’« abbaye de cinq-pierres », trouvé par un facétieux pour désigner ce lieu. Trois semaines après le décret, le , les portes de la prison s'ouvrent devant un assassin, Joseph Humblot, lequel n’a que vingt pas à faire pour se retrouver sur la bascule de la guillotine. Son bourreau se nomme Heidenreich. Le , Roch, successeur d'Heidenreich, exécute devant la prison Moreux, assassin d'une prostituée, mais sans avoir recours à l'échafaud, provoquant ainsi la colère de la foule qui ne voit guère que le sommet de « la Veuve ».

Enlèvement des corps de l'archevêque de Paris, Mgr Darboy, et des clercs exécutés par la Commune le . Photomontage d'Eugène Appert issu de sa série les Crimes de la Commune.

Soixante-neuf condamnés à mort (dont une femme, Marie-Madeleine Pichon) sont finalement exécutés rue de la Roquette. Le dernier, Alfred Peugnez, est décapité à l’aube du , peu avant la fermeture de la Grande Roquette. C’est également dans ces prisons que les révoltés de la Commune de 1871 fusillent sommairement des otages, en représailles des exécutions sommaires des Versaillais[3].

Au cours des années 1890, les intellectuels dénoncent les conditions inadmissibles dans lesquelles vivent les occupants du dépôt des condamnés. La pression se fait de plus en plus dure. Félix Faure fait fermer, en 1899, la prison, qui est désaffectée, et les condamnés sont transférés à la prison de la Santé. L’année suivante, les bâtiments sont démolis et à leur place, on construit des immeubles d’habitation.

À la même période, l'ancien directeur tenta de vendre les dalles de la guillotine au musée Carnavalet, après les avoir fait desceller. Le Musée refusa et le directeur n'eut d'autre ressource que de faire replacer (plus mal que bien) les dalles. Ce qui fait que, d'une croix classique, la position de ces dalles forme désormais une croix de saint André. Celles-ci sont toujours visibles de nos jours, au carrefour des rues de la Croix-Faubin et de la Roquette, logées dans le bitume de la rue de la Croix-Faubin devant le no 16.

La Petite Roquette reste une prison[modifier | modifier le code]

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Parmi les personnalités incarcérées à La Petite Roquette, Jean Genet y fut enfermé en 1925, à l'âge de 15 ans, avant son orientation à la colonie agricole de Mettray. Il évoque cette période de sa vie dans son autobiographie romancée : Miracle de la rose.

La Petite Roquette connut également sa part de changements. En 1935, à la suite de la fermeture de la prison pour femmes de Saint-Lazare, on enferma désormais les femmes à la Petite Roquette. Cette politique d’incarcération ne changea pas jusqu’à sa fermeture effective en 1974. Malgré de nombreuses pétitions pour sa sauvegarde, la Petite Roquette fut démolie en 1974[4].

Cette prison a été dirigée par Marie-Marguerite Vigorie, connue notamment pour être la première femme directrice de prison en France. Elle a été également directrice de l'ENAP (École Nationale d'Administration Pénitentiaire), en 1945, à son ouverture.

Après la loi de 1939 interdisant les exécutions capitales en public, la Petite Roquette a été désignée comme lieu d’accueil pour l’exécution des femmes à Paris. La loi fut appliquée à deux reprises, le , pour la mère infanticide Georgette Monneron, et le , pour l’avorteuse clandestine Marie-Louise Giraud. Mme Giraud n’a pas été la dernière femme guillotinée dans l’Hexagone : quatre femmes furent exécutées en France après elle, dont deux en métropole par guillotine (voir article Exécutions en France) :

  • la première, Lucienne Thioux (veuve Fournier), guillotinée en 1947 à Melun, pour avoir assassiné son mari en le jetant d'un pont dans la Marne, où il se noya ;
  • la seconde, Madeleine Mouton guillotinée en 1948 à Sidi-bel-Abbès en Algérie française pour l’empoisonnement d'une dizaine de personnes ;
  • la troisième, Geneviève Calame (née Danelle) fusillée en 1948 à Paris, avec son époux, Roger Calame, pour collaboration avec la Gestapo ;
  • la quatrième, Germaine Leloy-Godefroy, guillotinée en 1949 à Angers, pour avoir tué son époux durant son sommeil, avec une feuille de boucher.

Paulette Capliez et sa sœur Georgette Bouchoux-Goujon y furent emprisonnées en 1941, pour respectivement six et trois mois. Paulette fut ensuite envoyée au camp de Choisel.

Annexes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Georges Grison, Souvenirs de la Place de la Roquette, Paris, E. Dentu, 1883, 340 p. En ligne sur Gallica.
  • Abbé Georges Moreau, Souvenirs de la Petite et de la Grande Roquette, Paris, Henri Vivien, 1888, nouvelle édition, Tome premier, 414 p., et Tome second, 510 p. En ligne sur Gallica.
  • Abbé Jean-Baptiste Faure (notice de L. Crouslé), Au pied de l'échafaud. Souvenirs de la Roquette, Paris, M. Dreyfous et M. Dalsace, 1896, 369 p. En ligne sur Gallica.
  • Henri Gaillac, Les Maisons de correction (1830-1945), Paris, Cujas, 1971.
  • Pierre Saddy, « La prison de la Petite Roquette », dans Architecture, mouvement, continuité, no 33, , p. 86-87.
  • Michelle Perrot, « Les enfants de la Petite-Roquette », dans L'Histoire, no 100, , p. 30-38.
  • Dominique Leborgne et Danièle Chadych, Vie et histoire du XIe arrondissement, éd. Hervas, coll. « Paris », 1990, (réimp. 1999) 155 p. (ISBN 2903118272 et 978-2903118273)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Yvette Sémard (préf. de Gilles Perrault), En souvenir de l'avenir. Au jour le jour dans les camps de Vichy 1942-1944. La Petite Roquette, les camps des Tourelles, d'Aincourt, de Gaillon, de La Lande et de Mérignac., Montreuil, L'Arbre verdoyant, 1991 (ISBN 9782867180224), 197 p.
  • Falk Bretschneider, Julie Claustre, Isabelle Heullant-Donat, Elisabeth Lusset, webdocumentaire Le cloître et la prison. Les espaces de l'enfermement, 2018, http://cloitreprison.fr

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Falk Bretschneider, Julie Claustre, Isabelle Heullant-Donat, Elisabeth Lusset, webdocumentaire Le cloître et la prison. Les espaces de l'enfermement », sur cloitreprison.fr, (consulté le ).
  2. Marina Bellot, « La Petite Roquette, ou la terrible « prison des gosses » de Paris », sur retronews.fr, (consulté le ).
  3. Mon musée criminel, Gustave Macé, 2005, (ISBN 1-4212-4426-8).
  4. « La Petite Roquette, la double vie d’une prison parisienne, 1836 – 1974, par Anaïs Guérin. », Criminocorpus,‎ (lire en ligne, consulté le )

Lien externe[modifier | modifier le code]

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