Pharaon

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Statue grise montrant un homme assis
Ramsès II assis sur son trône, tenant le sceptre Héqa et coiffé du khepresh - XIXe dynastie - Musée égyptien de Turin.

Le terme pharaon désigne les souverains d'Égypte durant l'Antiquité égyptienne. Le pharaon était à la fois l'administrateur principal, le chef des armées, le premier magistrat et le prêtre suprême de l'Égypte antique. Il est le fils de . Le mot, se fondant sur une expression égyptienne, est un emprunt biblique et n'a jamais servi de titre pour désigner les rois d'Égypte à leur époque et ne se rencontre d'ailleurs pas dans le protocole des souverains égyptiens[1].

D'après l'historiographie égyptienne, la monarchie fut créée par le démiurge qui la transmit aux dieux ses successeurs, puis à des créatures divines, les suivants d'Horus qui, dans les listes royales, précèdent immédiatement les rois historiques. Pharaon avait donc une mission à remplir : mettre en œuvre la règle de Maât sur terre c'est-à-dire assurer l'harmonie entre les hommes et le ciel, être garant de la morale de son peuple, contribuant ainsi à assurer son éternité et la prospérité de l'Égypte. Maintenir l'ordre du monde (Maât) et combattre le Mal (Isfet) sous toutes ses formes, c'est satisfaire les divinités qui « vivent de Maât ». Aussi Pharaon se doit-il de bâtir, de restaurer et d'agrandir les temples, d’assurer le bien-être de ses sujets et de veiller à l’accomplissement correct des rites. Dans la pratique, il délègue l'exercice du culte au clergé qu'il supervise.

Il revenait à Pharaon de choisir seul la politique à mener. Comme pour le culte, il déléguait l'exécution de ses décisions à une cohorte de scribes, de conseillers et de fonctionnaires :

  • au(x) vizir(s), sorte de premier ministre, de faire exécuter ses décisions et rendre la justice en son nom ;
  • au général des armées d'organiser et de mener les campagnes militaires qu'il décide ;
  • au grand prêtre de veiller aux rites et de gérer les biens du clergé ;
  • aux scribes de répertorier les décrets, les transactions, les récoltes ;
  • aux simples prêtres de rendre hommage aux dieux en ses lieux et places.

Sommaire

Définition du mot « pharaon »[modifier | modifier le code]

Étymologie du terme[modifier | modifier le code]

Article connexe : Histoire du mot pharaon.
Pharaon
pr
aA
per-aâ

Le mot français « pharaon » provient du grec hellénistique φαραώ (pharaṓ), mot indéclinable introduit dans cette langue par la traduction en grec de la Bible hébraïque (version de la Septante). Dans l'Ancien Testament, le mot « farao » (פרעה) désigne l'institution monarchique égyptienne plutôt qu'un souverain précis. Le mot hébraïque est lui-même une transcription de l'égyptien ancien per-aâ qui signifie littéralement « la Grande () Maison (per) » ou la « Grande Demeure »[n 1]. Durant l'Ancien Empire égyptien, l'expression Per-aâ désigne le palais où réside le souverain et où se tient sa cour. Sous le Moyen Empire, per-aâ désigne toujours le palais mais on y trouve accolé l'eulogie « vie, santé, force » généralement associée au nom personnel du souverain régnant. L'égyptologue française Christiane Desroches Noblecourt (1913-2011) signale qu'au milieu de la XVIIIe dynastie, sous les règnes simultanés de la reine Hatchepsout et de son neveu, Thoutmôsis III, les scribes ont pris pour habitude d'abréger leurs deux titulatures, l'une suivant toujours l'autre, par le mot pharaon afin de gagner de la place dans les textes[2]. Plus tard, sous Akhénaton, une lettre diplomatique qui lui est adressée reprend cette pratique et l'on voit sa titulature être abrégée par le mot pharaon. Sous la XIXe dynastie, per-aâ est un synonyme moins courant du titre hem qui signifie littéralement « Serviteur » mais que les égyptologues traduisent généralement par « Majesté ». À partir de la Basse Époque, pharaon devient un titre suivi du nom du roi. La première attestation connue de cette pratique remonte à l'an XVII de Siamon, l'avant-dernier représentant de la XXIe dynastie. Ainsi, dans une inscription des Annales des grands-prêtres d'Amon gravée dans l'enceinte d'Amon-Rê à Karnak, la nomination d'un individu à la prêtrise est datée spécifiquement pour le règne du « pharaon Siamon ». Cette nouvelle pratique est poursuivie par Psousennès II et les représentants de la XXIIe dynastie[3]. Dans le même temps, perdure la vieille coutume de se référer au souverain simplement comme Pharaon dans les contes populaires. Dans le langage courant français, par anachronisme, le titre de « pharaon » est donné à tous les rois égyptiens de l'Antiquité même à ceux qui ont largement vécu avant la Basse Époque où ce terme a été utilisé dans cette acceptation[4].

Champ lexical du mot per (maison)[modifier | modifier le code]

maison miniature grossière
Maquette d'une maison égyptienne - provenance inconnue - Musée égyptien de Leipzig.

Restituer le mot Per-aâ (pharaon) par « Grande Maison » revient à rester au stade de la simple traduction littérale. Ce mot à mot est généralement dépassé par le milieu égyptologique en expliquant qu'il s'est produit un phénomène de métonymie où le Palais a fini par désigner l'individu qui y réside. Ce fait s'illustre couramment dans la pensée contemporaine occidentale. Dans la presse journalistique, l'« Élysée » désigne fréquemment le président français, le « Kremlin » est pris pour le président russe et la « Maison-Blanche » pour le président américain[5].

Le cas égyptien est toutefois plus complexe et il est possible d'aller par-delà cette assertion. Premièrement, Per-aâ n'est pas à proprement parler le nom du Palais royal. Plusieurs demeures sont attestées à travers le pays (Thèbes, Amarna, Licht, Memphis, Pi-Ramsès, Tanis) et toutes ces habitations portent un nom spécifique basé par exemple sur le prénom du monarque qui l'a fait édifier ou rénover. Deuxièmement, d'autres mots génériques peuvent servir à traduire le terme « Palais » tels khénou « résidence royale », per-nesou « Maison du roi » ou setep-sâ « palais (lieu sous surveillance armé) »[6]. Troisièmement, à l'instar d'un nombre conséquent de langues africaines contemporaines (Ewe, Bambara, Munukutuba, Kinyarwanda), le mot égyptien « Maison » peut, selon le contexte, dépasser la simple désignation de l'édifice habité. Ainsi, le terme per peut signifier plus largement « maisonnée (famille et domestiques) » ou « domaine agricole » et khénou « village », « pays » ou « patrie »[7],[8].

La géographie égyptienne est riche de toponymes basés sur le mot per. Les plus célèbres localités sont Per-Bastet (Boubastis) « Maison de Bastet », Per-Ousir (Busiris) « Maison d'Osiris », Per-Atoum (Pithôm) « Maison d'Atoum », Per-Ouadjyt (Bouto) « Maison de Ouadjet », Per-Hout-Hor (Aphroditopolis) « Maison de Hathor », Per-Ramessou-aâ-nekhtou (Pi-Ramsès) « Maison de Ramsès, la victorieuse »[9]. Dans la toponymie religieuse, le mot per est généralement accolé à un théonyme (nom d'une divinité)[10]. Pour ces occurrences, le terme « Maison » est à traduire par « Temple » tout en sachant que pour les Égyptiens, un temple n'est rien d'autre qu'une habitation sacrée destinée à capter sur terre les puissances divines par l'intermédiaire de statues cultuelles[11]. L'acte de fondation de la ville d'Akhet-Aton (Amarna) par le roi Akhénaton (XVIIIe dynastie) sur un terrain désertique permet de comprendre que le pays égyptien est avant tout perçu comme appartenant aux dieux et aux ancêtres royaux : « C'est Aton, mon père, qui m'a conseillé à ce sujet, afin qu'Akhet-Aton soit réalisé pour lui. Voyez, je ne l'ai pas trouvée ornée de chapelles, creusée de tombes ou couvertes de [...lacune...]. Voyez, c'est Pharaon, - qu'il vive, prospère et soit en bonne santé, - qui l'a trouvée, alors qu'elle n'appartenait à aucun dieu, ni à aucune déesse, à aucun souverain, ni à aucune souveraine, à personne qui y ferait ses affaires »[12].

Dépositaire de la cohésion de toutes les maisons, à savoir toutes les institutions (familles, domaines agricoles, villages, temples), le roi égyptien est « Pharaon » c'est-à-dire la Grande-Maison non pas comme on l'entend dans le sens premier et littéral. Ce n'est pas Pharaon qui est la grande maison, mais « Celui qui est en charge de la plus grande des Maisons (institutions) »[13].

Place des pharaons dans l'Histoire[modifier | modifier le code]

Il est bien difficile de dater avec précision les débuts de l'histoire pharaonique, tant les témoignages de cette période sont peu nombreux et se confondent avec l'aube de l'Histoire (et donc de l'écriture). La tradition égyptienne fait de Narmer (Ménès en grec) l'unificateur du pays et le premier des pharaons humains après le règne des Suivants d'Horus[n 2]. Des témoignages archéologiques, comme la Palette de Narmer, semblent confirmer l'unification du pays aux alentours de 3200 av. J.-C., mais l'institution pharaonique pourrait lui être antérieure. Le dernier pharaon autochtone est Nectanébo II (358/341 av. J.-C.) de la XXXe dynastie. L'ultime représentant de l'institution pharaonique proprement dite est le dernier Lagide, Ptolémée XV (dit Césarion), fils de Jules César et de Cléopâtre. Quelques empereurs romains, tel Trajan à Philæ, se sont toutefois accaparés le discours et l'imagerie pharaonique dans le but de satisfaire les élites sacerdotales locales.

Chronologie des pharaons[modifier | modifier le code]

Dynasties pharaoniques[modifier | modifier le code]

Il est impossible de dresser une liste exacte des rois qui se sont succédé sur le trône d'Égypte durant près de 3500 ans, tant les informations qui nous sont parvenues sont fragmentaires. De plus, il existe des différences chronologiques entre les sources égyptiennes, ce qui explique pourquoi, dans les listes des souverains établies par les égyptologues, certains règnes se chevauchent au lieu de se suivre[n 3]. Pour finir, certaines périodes troubles de l'histoire ont laissé des lacunes, parfois volontaires, dans la chronologie. La plus ancienne chronologie complète disponible a été établie par le prêtre égyptien hellénisé Manéthon de Sebennytos, à qui Ptolémée II a demandé de rédiger en grec une histoire de l'Égypte. Son œuvre suppose que les Égyptiens conservaient dans les archives des temples des listes royales remontant aux origines de la monarchie égyptienne. Il en subsiste des abrégés fournissant une liste de rois classés en trente et une dynasties, regroupées de la période thinite à la Basse Époque. Les critères de la classification de Manéthon ne nous sont plus connus, mais en tout état de cause il a compulsé des sources égyptiennes, encore que le concept de dynastie qu'il utilise ne corresponde pas à celui que nous pratiquons en Occident. En effet, les dynasties de Manéthon n'ont aucun rapport avec le lien du sang mais avec la ville dont est originaire le pharaon fondateur de la dynastie et qui sert, dans la majorité des cas de capitale dynastique. On trouve donc principalement, tout au long de l'histoire égyptienne des dynasties memphites (Ancien Empire), hérakléopolitaines (Première période intermédiaire), thébaines (Moyen et Nouvel Empire), originaires d'Avaris (période Hyksôs pendant les XVe et XVIe dynasties), tanites (Nouvel Empire et Troisième Période Intermédiaire).

Sources égyptiennes[modifier | modifier le code]

Durant toute la durée de la civilisation égyptienne, les noms royaux ont été consignés dans des listes sur papyrus et sur les murs des temples. Selon toute vraisemblance, les noms recensés dans les temples sont des résumés de documents d'archives à présent perdus. Ces documents sont à utiliser avec précaution car on ne connait pas les critères de choix ni de classement qui en sont à l'origine. Certains pharaons peu glorieux ou considérés comme non légitimes peuvent ne pas être mentionnés[14].

La Pierre de Palerme est le plus ancien document connu et remonte à la Ve dynastie. Un gros fragment en diorite est conservé à Palerme - d'où son nom - mais d'autres morceaux se trouvent au Musée égyptien du Caire et au Petrie Museum de Londres. Le fragment de Palerme mentionne des souverains prédynastiques et des pharaons jusqu'au milieu de la Ve dynastie[15].

fresque dans un temple
Liste des rois du Temple funéraire de Séthi Ier - Abydos - XIXe dynastie.

La Liste de Karnak remonte au règne de Thoutmôsis III (XVIIIe dynastie) et figure gravée sur trois parois d'une chapelle originellement située dans l'enceinte d'Amon-Rê à Thèbes. Démantelé en 1843, ce monument votif est depuis lors conservé par le Musée du Louvre à Paris. Partiellement détruite, cette liste mentionne une soixantaine de pharaons depuis l'Ancien Empire jusqu'à sa période de rédaction dont quelques obscurs souverains de la Deuxième Période Intermédiaire. Chaque pharaon est figuré assis sur un trône et identifié par son nom dans un cartouche royal[16].

La Première Table d'Abydos est toujours sur son lieu d'origine, sculptée dans la Chambre des Ancêtres du Temple funéraire de Séthi Ier à Abydos (XIXe dynastie). Le roi Séthi Ier en compagnie de Ramsès II son fils, sont figuré debout en train de rendre hommage à 76 prédécesseurs dont les noms se répartissent en deux longues rangées. Une troisième rangée répète tout le long la titulature de Séthi. Les rois de la Deuxième Période Intermédiaire sont ignorés, de même pour la pharaonne Hatshepsout et les quatre successeurs amarniens d'Amenhotep III (Akhénaton, Toutânkhamon, Smenkhkarê et Aÿ). Très similaire, la Deuxième Table d'Abydos est une liste de cartouches peinte de couleurs vives. Elle a été mise au jour dans les vestiges voisins du temple funéraire de Ramsès II. Les fragments sont exposés au British Museum de Londres. Une liste de la même époque a été découverte à Saqqarah dans la tombe du scribe royal Tjounroy. Sur les 58 noms d'origine, 47 cartouches sont encore préservés. Elle est exposée au Musée égyptien du Caire[17].

Le document le plus intéressant mais aussi le plus endommagé est le Canon royal de Turin (XIXe dynastie). Cette liste sur papyrus a été gravement abîmée au XIXe siècle durant son transport vers le Musée égyptologique de Turin. Tombée en morceaux, elle se présente maintenant tel un grand puzzle avec des pièces lacunaires. Dans son état originel, le document comptait plus de 300 noms en une écriture hiératique très soignée. Pour chaque règne est donné la durée exacte en années, mois et jours[18].

Croquis de la Liste de Karnak - XVIIIe dynastie - Musée du Louvre.

Aperçu historique[modifier | modifier le code]

Unification politique de l'Égypte[modifier | modifier le code]

Tête de la Massue du roi Scorpion, ≈3000 av. J.-C., Ashmolean Museum.

D'après les nombreuses fouilles archéologiques menées depuis le milieu du XIXe siècle, il est maintenant assez bien établi qu'à la fin de la période Nagada II (vers 3300 av. J.-C.), trois villes de Haute-Égypte, Noubt , Nekhen et Thinis rivalisent de puissance entre elles. À Nekhen, les tombes des élites laissent apparaître une utilisation ininterrompue de la nécropole entre la période Nagada I et les débuts de la Première dynastie. Tout au contraire, à Noubt, les inhumations prestigieuses ne sont pas attestées entre la période Nagada III et la Première dynastie. Par conséquent, il semble que la ville de Noubt ait été soumise militairement ou diplomatiquement par l'une de ses rivales, depuis Nekhen au sud ou Thinis au nord, durant la dernière phase de la formation de l'État pharaonique. L'adoption de Hor-Nekheny (le dieu faucon Horus adoré à Nekhen) en tant que divinité protectrice de la monarchie suggère que ce sont les dirigeants de cette cité qui ont impulsé l'unification politique de la vallée du Nil. La localisation exacte de Thinis reste problématique mais les indications funéraires livrées par sa nécropole sur le site d'Oumm el-Qa'ab à Abydos laissent à penser que Thinis a été la puissance politique dominante en Haute-Égypte à la fin de la période Nagada III, très peu de temps avant l'unification. Il est cependant aussi possible de croire que plusieurs roitelets ont exercé simultanément leur domination, chacun sur son territoire, et chacun se réclamant de la totale maîtrise du titre royal. Cette dernière hypothèse est renforcée par la relative abondance des noms royaux à la fin de la période prédynastique. Il est actuellement impossible d'affirmer sous quel souverain précis le pays égyptien a été pour la première fois placée sous une autorité unique. L'unification s'est probablement réalisée entre le règne du possesseur de la tombe U-j d'Abydos (peut-être Scorpion Ier) vers 3150 av. J.-C et le règne de Narmer vers 3000 av. J.-C. Quoi qu'il en soit, durant cette période l'influence des souverains de Haute-Égypte s'est progressivement étendu au sud jusqu'en Basse-Nubie et au nord jusqu'à la Palestine méridionale[19].

Mény, le pharaon fondateur[modifier | modifier le code]

Détail d'un mur sculpté
Cartouche du pharaon Mény d'après la Liste d'Abydos, XIXe dynastie.

Selon les listes royales compilées par les Anciens Égyptiens, le fondateur de la Première dynastie et du Royaume égyptien est le pharaon Mény. D'après les écrits laissés par les historiens de culture gréco-romaine tels Manéthon de Sebennytos ou Diodore de Sicile, ce personnage est désigné par le nom hellénisé de Ménès. Selon Hérodote, Ménès est le premier pharaon à résider à Memphis, la capitale égyptienne. Il fonda cette ville en détournant le cours du Nil pour permettre son établissement à la frontière entre la Haute- et la Basse-Égypte[20]. Un des débats les plus virulent de l'égyptologie vise à identifier la figure semi-légendaire de Mény/Ménès à un souverain historique. Selon le Belge Philippe Derchain (1926-2012), Mény est un nom inventé à postériori par les Égyptiens eux-mêmes pour doter les annales royales d'une figure de père fondateur. Le nom de Mény signifierait tout simplement « Quelqu'un » et ce souverain serait par définition un personnage non identifiable[21]. Pour le Français Jean Vercoutter (1911-2000), Mény est un roi légendaire qui sous la XVIIIe dynastie a été associé aux dieux Min et Amon par rapprochement phonétique[22].

Selon des artéfacts découverts lors de fouilles archéologiques conduites sur la nécropole d'Abydos, on peut conclure que les pharaons Narmer et Hor-Aha se sont eux-mêmes présentés comme les fondateurs des structures étatiques. Sur une empreinte de sceau, Narmer le premier roi de la Première dynastie est aussi désigné par l'épiclèse de Mén(y) qui signifie précisément « Celui qui établit / qui fonde (l'État) ». Son successeur Hor-Aha a quant à lui visiblement manifesté le désir de parachever cette œuvre fondatrice. Sur une étiquette en ivoire, sa titulature des Deux Maîtresses comporte ainsi le nom de Mény. Selon la tradition égyptienne seule une demi-douzaine de pharaons a fait œuvre de grand législateur. Parmi ces réformateurs figurent Ménès-Narmer qui, entre autres mesures judiciaires, abandonna les prélèvements fiscaux épisodiques pour les remplacer par des ponctions annuelles[23]. La mise en place du régime pharaonique dans le dernier quart du IVe millénaire av. J.-C. résulte de deux facteurs sociaux-économiques principaux. D'une part l'achèvement du processus de néolithisation par l'abandon du nomadisme et de la prédation (pêche, chasse, cueillette) au profit de l'agriculture et de l'élevage sédentaire. D'autre part, le développement du commerce (ivoire, or, poterie) du Soudan à la Palestine a nécessité un contrôle militaire et administratif accru, plus efficace, centralisé et autoritaire sur les lieux de production et le long des axes de circulation pour éviter les pillages et les déperditions[24].

Bâtisseurs de pyramides[modifier | modifier le code]

phot de 6 pyramides dans le désert
Les pyramides de Gizeh - IVe dynastie.

L'Ancien Empire égyptien (2 700 à 2 200 av. J.-C.) est la plus longue période de stabilité politique connue par l'Égypte antique. Mis à part quelques incursions nomades, l'ordre intérieur n'est troublé par aucune menace extérieure sérieuse. La centralisation de l'État, la création d'une administration efficace amorcés sous les dynasties thinites parviennent à leur pleine maturité sous les pharaons des IIIe et IVe dynasties. La prospérité agricole basée sur de l'irrigation de la plaine nilotique engendre des ressources fiscales considérables. Il en va de même pour le commerce avec la Nubie et les oasis du Désert Libyque. Captées par le trésor royal, ces rentrées sont mises au profit de la famille royale et d'une petite élite nobiliaire qui a la haute main sur le pays. Fort de cette puissance, les conceptions religieuses évoluent vers la divinisation de la fonction pharaonique. Le souverain est considéré comme le successeur et l'incarnation du dieu faucon Horus, puis, à partir de la Ve dynastie, également comme le fils de , le brûlant dieu solaire. La maîtrise des techniques de construction et de la sculpture sur pierre permet des développements architecturaux et artistiques considérables. Cette période est surtout connue pour être celle de l'apogée des pyramides. Dans la région memphite, au sein des nécropoles de Gizeh, Dahchour et Saqqarah, il s'est tout d'abord édifiée la pyramide à degré (62 mètres de haut) du roi Djéser, puis plus tard, la pyramide rhomboïdale (105 m) et la pyramide rouge (110 m) de Snéfrou, puis les trois pyramides monumentales de Khéops (147 m), Khéphren (144 m) et Mykérinos (66 m). Ces monuments funéraires, ainsi que le Grand Sphinx expriment la puissance des pharaons de cette époque et la position centrale qu'ils occupent dans la société[25].

Cette formidable prospérité ne va toutefois pas se maintenir sous les Ve et VIe dynasties. Suite à la désertification de la savane égyptienne et aux rivalités intestines de la famille royale, le pouvoir pharaonique perd progressivement de sa superbe face à des dignitaires locaux qui, eux, affirment de plus en plus leur pouvoir politique régional. Possible reflet des difficultés nationales, la hauteur et la qualité architecturale des pyramides s'amenuisent ; Ouserkaf et Sahourê (≈ 48 m), Néferirkarê (72 m), Niouserrê (50 m)[26]. Malgré leurs défauts, les pyramides d'Ounas (43 m), de Pépi Ier, Mérenrê Ier et Pépi II (≈ 52 m) présentent l'avantage majeur de voir consigné sur leurs parois sépulcrales les hymnes et formules magiques des Textes des Pyramides. Ce corpus, très hétérogène, est le plus ancien témoignage mis par écrits de la pensée humaine au sujet de l'au-delà. Là, sont évoqués l'osirianisation posthume du pharaon et la migration de son âme vers les contrées célestes[27].

Du chaos à la renaissance[modifier | modifier le code]

Après le long règne de Pépi II, mort nonagénaire, la monarchie pharaonique s'effondre et l'unité du pays disparaît (vers 2200 av. J.-C.). Des troubles sociaux, politiques et dynastiques mettent à mal le pays. L'anarchie s'installe. Les pyramides et nécropoles royales sont pillées de leurs richesse et les lieux cultuels attenant sont dévastés par la violence et les incendies. Les statues royales sont brisées et les momies des pharaons jetées dans le fleuve[n 4]. L'historien ptolémaïque Manéthon, illustre cette confusion extrême en affirmant, par exagération, que la VIIe dynastie voit se succéder 70 rois en 70 jours. La VIIIe dynastie est bien plus certaine. Il s'agit sans doute de descendants de Pépi II qui depuis Memphis exercent une autorité fantomatique (quelques 17 rois en 20 ans). Lors de cette confusion émergent deux pouvoirs pharaoniques distincts. Dans le Nord, à Héracléopolis se mettent en place les souverains successifs des IXe et Xe dynasties (dont les pharaons Khéti). Depuis le Sud, la lignée des Antef et Montouhotep de Thèbes (XIe dynastie) étend son autorité jusqu'à Abydos, zone frontalière où se produisent de nombreuses échauffourées militaires[28].

Progressivement, l'unité nationale se refait par le succès des armes au profit des Thébains. Sous le règne de Montouhotep II, la réunification est parachevée et débute l'époque prospère du Moyen Empire (≈ 2033 à 1786 av. J.-C.)[29]. L'apogée de cette deuxième période faste est atteinte sous la XIIe dynastie entamée par Amenemhat Ier après un putsch. Sur quelques 200 ans se succèdent sept pharaons, les multiples Amenemhat et Sésostris. À l'extérieur, sous le commandement de Sésostris III, la Nubie est mise au pas et verrouillée par l'édification de forteresses aux points stratégiques. À l'intérieur, l'administration est réformée et placée sous les directives d'un conseil de dignitaires aux ordres du Tjaty (vizir) tandis que les nomarques (dirigeants régionaux) sont réduits dans leur autonomie[30].

Les conceptions funéraires royales recommandent toujours l'édification de pyramides. L'usage est de les construire en brique avec un revêtement en pierre calcaire à Dahchour, Licht, Saqqarah, Mazghouna et Hawara (hauteur de 50 à 105 mètres). Moins résistantes et dépourvues de leur revêtement, ces constructions ne sont actuellement plus que des amas informe érodés par les vents. Le Moyen Empire est l'âge glorieux des classiques égyptiens. La littérature est mise au profit de la royauté. Dans les Sagesses, inlassablement recopiées par des générations d'élèves, la loyauté des notables envers le pharaon est encouragée voire magnifiée et exaltée, tels dans les Instructions de Phtahhotep, de Kagemni et d'Amenemhat[31].

Des Hyksos aux Pharaons conquérants[modifier | modifier le code]

Avec les pharaons de la XIIIe dynastie (les Sobekhotep et Néferhotep), l'institution monarchique perd une deuxième fois de sa superbe. La confusion politique et la division s'installent à nouveau. Progressivement l'entier contrôle du pays est perdu. Dans l'est du Delta, prend place l'obscure XIVe dynastie puis la lignée des Héqa-Khasout, les « Princes des pays étrangers » ou Hyksos des XVe et XVIe dynasties. Au cours du Moyen Empire, ces migrants sémites ont acquis une puissance croissante. En 1720 av. J.-C., ils mettent Memphis à sac et installent un gouvernement propre à Avaris. En partie égyptianisé, les rois Hyksos adoptent les symboles de la monarchie pharaonique comme la titulature (les rois Sharek, Yaqoub-Her, Khyan, Apophis, etc.). Leur supériorité militaire repose une technique de combat jusqu'alors inconnue des Égyptiens ; l'utilisation des attelages à chevaux (charrerie) dans les batailles[32]. Dans le Sud, autour de Thèbes, les princes de la XVIIe dynastie (dont les Antef et Sobekemsaf) entretiennent les traditions égyptiennes. Tout d'abord une sorte de paix s'installe entre les deux camps. Les hostilités débutent avec Séqénenrê mais le Thébain est tué au combat. Ses successeurs Kamosé et Ahmôsis poursuivent cependant la lutte et les Hyksos sont finalement expulsés après les prises d'Avaris et Sharouhen (vers 1540 av. J.-C.)[33].

statue gigantesque d'un homme assis
Statue colossale de Ramsès II à Louxor - XIXe dynastie.

Réunifiée, l'Égypte antique entame sa troisième période de prospérité, le Nouvel Empire. De 1540 à 1070 av. J.-C., soit durant près de 500 ans, trois lignées pharaoniques se font suite ; la XVIIIe dynastie des Amenhotep et Thoutmôsis et les XIXe et XXe dynasties des Ramsès. Durant cette période le royaume doit constamment veiller sur sa frontière avec le Moyen-Orient. Pour protéger les intérêts égyptiens en Palestine face au Mittani, au Hatti et à l'Empire Hittite, des pharaons tels Thoutmôsis III, Séthi Ier et Ramsès II entreprennent des campagnes militaires dans l'actuelle Syrie (batailles de Megiddo et de Qadesh) ou conduisent d'intenses tractations diplomatiques[34]. Contrairement à leurs prédécesseurs, ces pharaons ne se font plus inhumer dans des pyramides mais dans de profonds hypogées creusés dans la montagne thébaine, la célèbre Vallée des rois[35]. La prospérité du trésor royal est entretenu grâce aux importants tributs versés par les peuples soumis. Les constructions gigantesques abondent, ponctuées de hauts obélisques et de statues colossales. Pour preuve, la démesure des temples de Karnak, Louxor, Abydos ou Abou Simbel. Le vrai visage de ces pharaons nous est connu par leurs momies découvertes en 1881 dans la cachette royale de Deir el-Bahari. La richesse de leur trousseau funéraire n'est plus ignorée depuis 1922 avec la découverte du trésor de la tombe de Toutânkhamon[36]. Malgré l'opulence, le Nouvel Empire est ponctué par de sérieuses crises. Face à la surpuissance du clergé d'Amon, la réforme atonienne, balbutiante sous Amenhotep III[37] et paroxystique sous Akhénaton se termine par son abandon définitif dans un État largement désorganisé[38]. La monarchie, remise sur pied par Horemheb[39], Séthi Ier[40] et Ramsès II[41] sombre à nouveau après Mérenptah à cause de rivalités au sein de la famille royale[42].

Un temps rehaussée par Ramsès III[43], la monarchie se liquéfie inexorablement sous les règnes de ses descendants dans un climat de grande corruption (Ramsès IV à Ramsès XI)[44]. Ces pharaons, installés dans le Nord, à Pi-Ramsès, perdent peu à peu toute influence dans le Sud face au pouvoir politique grandissant du clergé d'Amon. Sous le dernier Ramsès, le Grand-prêtre Hérihor devient une sorte de pseudo-pharaon[45].

Déclin pharaonique[modifier | modifier le code]

Le Ier millénaire av. J.‑C. est pour la monarchie égyptienne une ère de déclin qui débute tout d'abord par l'installation de deux lignées rivales (entre 1069 et 945 av. J.-C.). Dans le Nord, à Tanis, Smendès Ier gendre de Ramsès XI, installe la XXIe dynastie, tandis que dans le Sud, à Thèbes, règnent les Prophètes d'Amon. Les liens sont toutefois entretenus par des mariages politiques. Le plus illustre pharaon tanite de ce temps est ainsi Psousennès Ier, fils du Grand-Prêtre Pinedjem[n 5].

Symboles de la royauté pharaonique[modifier | modifier le code]

Réunion des Deux-Terres[modifier | modifier le code]

Double monarchie[modifier | modifier le code]

Carte blanche avec du vert et bleu
Carte de l'Égypte antique.

La pensée égyptienne accorde une grande place au concept de la dualité. Toute réalité s'exprime comme l'union de deux modalités contraires mais appairées. L'univers se dit « le ciel et la terre », se comporter « s'asseoir et se lever », la totalité par « ce qui existe et ce qui n'existe pas ». Dans la langue égyptienne ce fait s'exprime par la présence du « duel (2) », un trait grammatical intermédiaire au singulier (1) et au pluriel (3 et au-delà). Dans le mythe osirien, Horus et Seth sont les « Deux Combattants » ou les « Deux Compagnons » tandis qu'Isis et Nephtys sont les « Deux Sœurs » ou les « Deux Pleureuses ». La monarchie pharaonique est elle aussi imaginée comme une institution duelle dans laquelle le Sud et le Nord sont unifiés. De par sa géographie, très particulière, l'Égypte a été perçue par ses antiques habitants comme une contrée caractérisée par la dualité. Il y a d'un côté la Haute-Égypte, le Sud, depuis Assouan jusqu'à Memphis et constituée par 22 régions administratives (ou Nomes). De l'autre, il y a la Basse-Égypte, le Nord, constituée par la plaine marécageuse du Delta du Nil avec ses 20 régions. L'opposition joue sur un second couple géographique ; Kemet, la « Terre Noire », est la vallée fertile irriguée par les inondations annuelles du Nil tandis que Deschret, la « Terre Rouge », est le désert montagneux et stérile[46].

En tant que symbole politique de l'unité égyptienne, le pharaon est le « Maître des Deux-Terres » (neb-taouy) car il est avant tout le personnage dans lequel se manifeste l'union des Haute et Basse-Égypte. Cependant, dans le langage officiel, il peut aussi être le « Maître des Deux-Rives » ou le « Maître des Deux-Parts ». Les expressions politiques accordent toutefois la plus grande place au couple Sud-Nord. D'une manière guerrière, pharaon se « saisit des Deux-Terres » ou « les ploie » sous sa puissance ; politiquement, il « les fonde » ; économiquement, il « les fait reverdir » et, tel le dieu créateur, il « les illumine », « les satisfait » ou « les fait vivre »[47]. La dualité de la monarchie peut aussi se remarquer dans le nom des villes royales. Située à la frontière des deux territoires, Memphis, l'antique capitale, est surnommée Mékhat-taouy la « Balance des Deux-Terres » tandis que la cité de Licht est connue par son vrai nom de Amenemhat-itj-taouy (abrégé : Itj-taouy) « Amenemhat se saisit des Deux-Terres » car fondée par Amenemhat Ier, l'inaugurateur de la XIIe dynastie[48].

Deux plantes héraldiques[modifier | modifier le code]

Transcription Hiéroglyphe Traduction
Taouy
N16
Deux-Terres
Ta-Shémaou
N16 M26
Terre du Sud
Ta-Méhou
N17 M15 O49
Terre du nord
Shémaou
M26 D36 G43 N24
Celle du Sud
Méhou
V22 V28 G43 M15
Celle du Nord
Kémet
I6 G17 X1
O49
La Noire
Deshret
D46
N37
D21
X1
N25
La Rouge
Tableau 1./ Écriture hiérolglyphique

L'unité des Deux-Terres est fréquemment évoquée par la scène du Séma-taouy ou « Réunion des Deux-terres ». Ce motif décoratif figure fréquemment sur les deux flancs latéraux du trône royal. La plante du Sud, le lys blanc et celle du Nord, le papyrus, sont vigoureusement nouées ensemble par Horus et Seth ou par deux Hâpy (esprit de l'inondation) autour du hiéroglyphe de la trachée artère (séma), un idéogramme qui évoque les notions d'unité et de réunification. L'intégrité du double royaume est maintenue par le pharaon comme le signale sa titulature qui surmonte ou encadre la scène. Ce motif se rencontre fréquemment dans la statuaire royale lorsque le pharaon est figuré assis sur son trône[49]. Les deux faces latérales du siège royal sont alors ornées des scènes du Séma-taouy comme le trône de Mykérinos (Ve dynastie) du Musée des beaux-arts de Boston ou le trône de Sésostris Ier (XIIe dynastie) du Musée égyptien du Caire. Cette même scène figure sur le trône des deux Colosses de Memnon (Amenhotep III, XVIIIe dynastie) à Thèbes ainsi que sur le siège des statues colossales de Ramsès II (XIXe dynastie) des temples de Louxor et Abou Simbel[50].

Dans l'écriture hiéroglyphique, la plante-Shema sert d'idéogramme au termes Ta-Shémaou, la « Terre du Sud » et Shémaou « Celle du Sud » c'est-à-dire la Haute-Égypte, les Shémaou étant les « Habitants du Sud ». Les fleurs de cette plante héraldique sont montrées telles des campanules divisées en trois parties. Son identification n'est pas encore certaine. Des représentations font penser à l'Iris mais il y a aussi été vu un spécimen de Kaempferia, une Zingibéracée maintenant disparue d'Égypte mais encore présente au Soudan du Sud et en Éthiopie. Sa fleur, très semblable au Lys est de couleur pourpre[51].

Le bouquet de papyrus (Cyperus papyrus) sert lui d'idéogramme pour Ta-Méhou, la « Terre du Nord » et Méhou « Celle du Nord », à savoir la Basse-Égypte. Les Méhou sont les chasseurs des marais et les Méhétyou sont plus précisément les « Habitants du Nord ». Le hiéroglyphe représente trois tiges de papyrus et leurs ombelles respectives. Il représente les denses fourrés de papyrus très souvent figurés dans les tombes. Là, le défunt traverse le marécage en barque pour chasser ou pêcher au harpon. Dans le mythe, Isis et son enfant Horus s'y cachent du terrible Seth[52].

Deux déesses tutélaires[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Nekhbet et Ouadjet.

Dès les débuts de l'histoire égyptienne, les déesses Nekhbet et Ouadjet sont les deux déesses tutélaires de la Double-monarchie pharaonique. Le nom de la première signifie, très simplement, « Celle de Nekheb ». Ce lieu est une importante cité de l'Égypte méridionale et se situe sur la rive opposée de Nekhen, la première capitale des pharaons. Au plan national, Nekhbet assume le rôle de déesse protectrice de la Haute-Égypte. Dans l'iconographie, elle apparaît surtout sous la forme d'un vautour blanc, les ailes déployés au-dessus du souverain. Elle peut aussi prendre la forme d'une femme coiffée de la couronne blanche ou comme une femme à tête de vautour. La déesse Ouadjet « Celle du papyrus » est, quant à elle, chargée de veiller sur la Basse-Égypte. La racine de son nom est la plante-ouadj qui véhicule les notions de verdeur, de prospérité, de régénération et d'épanouissement végétal. Elle est originaire de la ville de Bouto située dans le Delta du Nil, attesté par l'archéologie dès la période prédynastique. Avant l'unification, Bouto était peut-être la capitale d'un royaume du Nord ensuite assujetti par le Sud. Ouadjet est généralement représentée comme un cobra, comme une femme à tête de cobra ou coiffée de la couronne rouge. Les deux déesses figurent pour la première fois ensemble sur une étiquette en ébène découverte dans la tombe de Neithhotep à Nagada et datée du règne de Hor-Aha (Ire dynastie). Les deux déesses ont exercé leur fonction jusqu'à la fin de la royauté pharaonique et même au-delà. Dans le temple d'Esna, Tibère (empereur romain de 14 à 37) est figuré entre elles deux tel un pharaon couronné du Pschent[53].

Regalia pharaoniques[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Article connexe : Liste des attributs du pharaon.
dessin coloré d'un roi et d'une reine
Représentation du pharaon Thoutmôsis Ier et de son épouse. Copie d'une fresque de Deir el-Bahari, XVIIIe dynastie.

Les regalia sont un ensemble d'objets symboliques de royauté. Durant toute l'histoire de l'Égypte pharaonique, les couronnes, sceptres, cannes et autres accessoires royaux tels les écharpes, sandales, pagnes, ou barbe cérémonielle ont joué le double rôle de protection et de puissance. Très prosaïquement, ces objets ont servi à distinguer le pharaon des autres humains. Cependant, tous ces objets sacrés ont aussi conféré à leur détenteur une autorité civile en tant que commandant suprême de l'administration étatique, une autorité militaire en tant chef des armées et une autorité religieuse en tant que représentant terrestre des dieux. Chaque regalia est porteuse de sa propre signification symbolique. Chacune d'elles est une puissante amulette magique dont le rôle est de protéger le pharaon de tout danger et d'éloigner loin de lui les forces hostiles qui hantent l'univers (démons invisibles, rebelles égyptiens, pays ennemis). Certains de ces objets sont antérieurs à la fondation de l'État égyptien et sont déjà attestés durant la période prédynastique. D'autres se sont ajoutés dans le cours de la Première dynastie. Durant la IIe dynastie, leurs fonctions se sont toutefois formalisées pour ne presque plus se modifier dans le cours des 3 000 années de la royauté[54].

Couronnes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Pschent.
Couronnes pharaoniques
Horus, le pharaon mythique, couronné du Pschent, Papyrus d'Ani, Nouvel Empire, British Museum
Représentation schématique de la couronne blanche.
Tête de Sésostris III coiffée de la couronne blanche, Musée du Louvre.
Tête d'Amenophis III coiffée de la couronne blanche, Musée de Louxor.
Représentation schématique de la couronne rouge.
Statue de Montouhotep II coiffée de la couronne rouge, Musée égyptien du Caire.
Amulette figurant la couronne rouge, Musée d'art du comté de Los Angeles.
Représentation schématique de la double couronne Pschent.
Tête de Sésostris III couronnée du Pschent, Musée de Louxor.
Tête colossale d'Aménophis III couronnée du Pschent, British Museum.
Bas-relief montrant Psammétique Ier couronnée du Pschent. Nécropole thébaine.
Statuette du faucon Horus couronné du Pschent, Musée du Louvre.

Le pharaon partage avec les divinités majeures le privilège de porter des couronnes. Ces couvre-chefs sacrés sont multiples et variés et certaines se présentes comme des compositions complexes qui mêlent cornes, hautes plumes et uraeus. Les trois couronnes royales sont les plus sobres. La couronne blanche est une sorte de mitre allongée terminée par un bulbe. La couronne rouge ressemble à un mortier dont la partie arrière remonte vers le haut et qui est dotée d'une tige terminée en spirale. Dès le cours de la Première dynastie, ces deux couronnes sont venues à représenter respectivement la royauté de la Haute-Égypte et celle de la Basse-Égypte. Emboîtées l'une dans l'autre, elles forment la couronne pa-sekhemty (les « Deux Puissantes ») que les Grecs par déformation ont nommé Pschent[55]. Cette double couronne symbolise l'union du pays dont le pharaon est le garant. Au niveau divin, le Pschent est porté par Atoum le dieu créateur, par Mout la parèdre d'Amon et par le faucon Horus, le protecteur de la double-monarchie et le modèle archétypal du pharaon[56].

Les origines des couronnes blanche et rouge sont perdent dans les brumes de la préhistoire mais toutes deux semblent provenir de la seule Haute-Égypte. La plus ancienne représentation de la couronne rouge figure dessinée sur une poterie trouvée à Nagada (Noubt) et datée de la période Nagada I (3 800 - 3 500 ans av. J.-C.). La plus ancienne représentation de la couronne blanche figure sur un encensoir découvert à Qoustoul en Basse Nubie (vers 3 150 av. J.-C.), une localité liée à la ville égyptienne de Nekhen d'où est parti la volonté unificatrice de l'Égypte. De ce fait, durant toute l'histoire pharaonique, la supériorité de la couronne blanche sur la rouge est un fait attesté. La plus ancienne représentation du Pschent remonte au règne de Djet (Première dynastie) gravée sur une roche du désert occidental. Par la suite, cette même couronne figure sur une étiquette en ivoire datée du règne de Den et trouvée à Abydos[57]. Selon Bernadette Menu, égyptologue française, la documentation archaïque laisse à penser que les deux couronnes, avant d'être des marqueurs géographique, ont été les indicateurs des deux principaux rôles joué par le pharaon. Coiffé de la couronne blanche, il repousse le désordre en massacrant ses ennemis une massue à la main, tandis que coiffé de la couronne rouge, il amène la prospérité en arpentant les champs et en procédant au recensement des troupeaux[58].

Coiffes[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Némès et Khépresh.

Sans être des couronnes, certaines coiffes sont réservées aux dieux et à pharaon. Le Némès est un linge plissé et rayé de couleur bleu lapis-lazuli et jaune. Porté sur la tête, il enveloppe entièrement la chevelure et retombe sur la poitrine et derrière les épaules où il est rassemblé dans une sorte de tresse. Le Némès semble n'être porté que dans un contexte cultuel lorsque le pharaon officie auprès des dieux ou dans un contexte funéraire. La plus ancienne attestation remonte à une statue du roi Djéser (IIIe dynastie) déposée dans le serdab de la pyramide à degrés (vers 2650 av. J.-C.)[59]. La représentation la plus colossale de cette coiffe est celle du Sphinx de Gizeh dont la tête représente un souverain de la IVe dynastie ; Khéops ou Khéphren. Dans le tombeau de Toutânkhamon (XVIIIe dynastie) redécouvert en 1922, la tête de la momie royale portait un masque funéraire en or finement ouvragé. Le pharaon est montré portant le Némès avec au front les symboles des déesses Nekhbet et Ouadjet (vautour et uræus)[60]. Pour de multiples autres représentations royales, le souverain porte la coiffe du Némès et celle-ci sert de support à la double-couronne Pschent[61].

Surnommé la « couronne bleue », le Khépresh est un couvre-chef tardif exclusivement réservé à l'usage des seuls pharaons. Il apparaît à la fin du Moyen Empire mais ne devient fréquent que sous la XVIIIe dynastie. Cette coiffe est relativement haute, en forme de bulbe et parsemée de nombreux petits pois circulaires. Le milieu égyptologique l'a longtemps considéré à tort comme un casque de guerre en fer car le souverain la porte assez fréquemment dans les scènes de batailles. Il s'agit en fait d'un signe distinctif propre au monarque, une marque de triomphe, probablement confectionnée en tissu ou en cuir et décorée de disques en or[62].

Sceptres[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Crosse-Héqa et Flagellum-Nekhekh.
visage en or
Toutânkhamon les deux sceptres à la main (sarcophage). XVIIIe dynastie.

Le sceptre Héqa est sûrement le plus ancien symbole de la domination pharaonique. Il représente une crosse de berger qui est un bâton avec une extrémité recourbée. Le crochet et son écartement sont conçus pour saisir un ovidé ou un capridé (brebis, chèvre) par la patte arrière afin de lui administrer des soins. La symbolique de la crosse pharaonique est simple à analyser. Reflet des aspects pastoralistes de la société égyptienne, le pharaon est le berger de son peuple, le guidant et le protégeant. Dans l'écriture hiéroglyphique, l'image de la crosse sert d'idéogramme au concept de « pouvoir / autorité / souveraineté » et sert à noter les mots « gouverneur régional » et « souverain étranger »[63]. Les deux plus anciens exemplaires connus proviennent de la nécropole royale d'Abydos (Cimetière U). Le premier est fragmentaire et remonte à la fin de la période Nagada II tandis que le second est complet et date de la fin de la période prédynastique. Ce dernier a été trouvé dans la tombe U-j où un dirigeant thinite a été enseveli, peut-être le roi Scorpion. La plus ancienne représentation montrant un pharaon avec un sceptre Héqa dans la main est une petite statuette au nom de Ninetjer (IIe dynastie). Dans l'autre main, ce même personnage tient le fléau-Nekhekh (ou flagellum). Souvent faussement présenté comme un chasse-mouche, le Nekhekh sert en fait à aiguillonner les bovidés et se présente donc lui aussi comme un objet issu de la mentalité agricole égyptienne très marquée par la symbolique de l'élevage[64]. Avec le développement du culte osirien à partir de la IVe dynastie, le sceptre-Héqa et le fléau-Nekhekh deviennent les attributs d'Osiris ; le dieu funéraire tenant l'un et l'autre dans ses deux mains et croisés sur la poitrine. Par assimilation avec cette importante divinité, les pharaons sont eux aussi figurés dans cette posture notamment sur les piliers osiriaques de leurs monuments d'éternité et sur leurs sarcophages[65].

Queue de taureau[modifier | modifier le code]

morceau de pierre triangulaire
Fragment de la Palette au taureau, Période prédynastique, Musée du Louvre.

Le monde animal a grandement influencé l'iconographie royale lors de la formation de l'État pharaonique. Sur plusieurs palettes à fard commémoratives datées de la Période prédynastique, le pharaon est représenté sous la forme animale. Il s'agit alors de montrer que le souverain égyptien est tout imprégné des forces surnaturelles de la nature. Sur la Palette du champ de bataille, le pharaon est montré sous la forme d'un lion tandis que sur la Palette au taureau et sur la Palette de Narmer (verso, registre inférieur) il apparaît tel un taureau furieux. Il piétine ses ennemis vaincus figuré comme des hommes en déroute, paniqués et aux corps démantibulés. Le lion et le taureau sont deux animaux qui symbolisent la férocité. Lorsque le souverain s'approprie ces apparences, il s'agit d'un moyen pictural que les artistes ont utilisé pour montrer son rôle de défenseur de la Création et d'opposant farouche aux forces du chaos. Durant les deux premières dynasties (ou Période thinite), l'iconographie royale se codifie. Durant ce processus, les représentations du pharaon sous la forme entièrement animale sont abandonnées. Les références au monde de la nature sont toutefois conservées mais apparaissent sous des modalités plus subtiles. La puissance innée du taureau, à savoir sa virilité et sa force, est évoquée par le moyen de la queue de taureau portée par le pharaon, suspendue à l'arrière de son pagne. La plus ancienne représentation connue figure sur la Massue du roi Scorpion. À partir de là, la queue de taureau devient un attribut canonique du costume pharaonique jusqu'à la fin de la royauté égyptienne[66].

Titulature[modifier | modifier le code]

Présentation des titres pharaoniques[modifier | modifier le code]

Article connexe : Titulature des pharaons.
Mur sculpté de hiéroglyphes
Vue sur la titulature de Ramsès II, Tanis, XIXe dynastie.

En Égypte antique comme pour d'autres sociétés anciennes ou primitives, donner un nom à une personne est lourd de signification. Le nom de l'enfant est généralement donné par la mère à la naissance. Il est choisi en fonction des croyances religieuses locales ou est le reflet de préoccupations familiales plus particulières. À partir de l'Ancien Empire, lors du couronnement, chaque nouveau pharaon se voit attribuer une titulature sacrée composée de cinq noms différents. Mis ensemble, ces derniers constituent le programme mystique du règne à venir. Les noms royaux sont tout naturellement imprégnés d'un fort symbolisme politico-religieux car ils visent à intégrer le titulaire de la charge royale dans la sphère du sacré. Au cours du règne, lorsqu'un événement politique d'importance advient, la titulature peut être amendée afin de l'évoquer. Tout au long de la civilisation, certains concepts sont immanquablement mentionnés dans les titulatures comme la puissance, la compétence, la fécondité, la vitalité ou l'harmonie cosmique (Maât). Dans la pensée égyptienne, le nom donne vie à la chose qu'il désigne et le détruire revient à anéantir magiquement son possesseur. D'où l'importance qu'attachent les pharaons aux noms qui les désignent et l'acharnement avec lequel ils ont fait marteler ceux d'un prédécesseur honni. Le terme Nekhbet désigne la titulature complète des cinq noms tandis que l'expression Ren-maâ « nom véritable » s'applique au nom donné à la naissance augmenté des quatre autres attribués lors de l'investiture[67].

Partie de la titulature de Thoutmôsis III, de haut en bas, le Nom d'Horus, le Nom de Nesout-bity et le Nom de Sa-Rê. Temple de Deir el-Bahari.

Dans sa forme canonique, une titulature comprend officiellement cinq noms successifs. Chacun d'eux comprend un titre suivi du nom proprement dit[68]. À titre d'exemple, nous donnons à lire ci-dessous celle du pharaon Thoutmôsis III, un glorieux représentant de la XVIIIe dynastie (XVe siècle av. J.-C.). Un fait notable est à signaler. Contrairement à l'habitude des monarchies européennes modernes, les Anciens Égyptiens tout imprégnés de leur vision cyclique du temps, n'ont pas numéroté les prénoms de leurs souverains afin de les inscrire dans la continuité. Cette habitude ne s'est instituée qu'avec la mise en place de la science égyptologique au XIXe siècle dont les savants pionniers, rappelons-le, sont tous de culture européenne[n 6].

  • Nom d'Horus : Kanakht Khâemouaset, Taureau puissant qui apparaît radieux à Thèbes
  • Nom de Nebty : Ouahnesytmirêmpet, Qui établit durablement la royauté [sur terre] à l'instar de Rê dans le ciel.
  • Nom d'Horus d'or : Sékhempéhty Djéserkhâ, Imposant de vigueur, radieux d'apparition.
  • Nom de Nesout-bity : Menkhéperrê, La Manifestation de Rê est durable.
  • Nom de Sa-Rê : Thoutmôsis, Mis au monde par Thot[69].

Liste des cinq titres royaux[modifier | modifier le code]

Article connexe : Horus et la titulature royale.
Nom d'Horus[modifier | modifier le code]

Aux premiers temps de l'institution pharaonique, (Période prédynastique et début de la Première dynastie), la titulature royale ne comporte que le seul nom d'Horus. Celui-ci s'inscrit alors à l'intérieur du serekh qui est la représentation stylisée et rectangulaire du palais royal. Surmonté du faucon horien, le nom exprime la nature divine du pharaon en tant que manifestation terrestre du dieu céleste Horus[70].

Nom de Nebty[modifier | modifier le code]
Rocher gravé

Durant la Première dynastie, sans doute sous le règne de Sémerkhet se constitue le Nom de Nebty « Les Deux Maîtresses » ou « Les Deux Dames». Ce deuxième titre exprime l'unification des Deux-Terres, la Haute- et la Basse-Égypte dans la personne du roi. Ce fait s'exprime par la présence conjointe de deux divinités femelles, Nekhbet la déesse vautour de la ville de Nekheb (sud) et Ouadjet la déesse cobra de Bouto (nord)[71].

Nom de Nesout-bity[modifier | modifier le code]

Au milieu de la Première dynastie, le pharaon Den innove en s'adjoignant le Nom de Nesout-bity. Ce troisième titre se traduit littéralement par « Celui du Jonc et de l'abeille ». D'après la documentation ptolémaïque, il semble cependant devoir être lu sous « Roi de Haute et Basse-Égypte ». Ce titre reflète aussi le concept de la dualité monarchique. Dans la langue égyptienne le mot nesout exprime généralement la fonction royale sacrée issue du monde divin tandis que le terme de bity se rencontre plus dans le contexte humain des affaires administratives et gouvernementales[72].

Nom d'Horus d'or[modifier | modifier le code]

Durant l'Ancien Empire se met en place le Nom d'Horus d'or (Hor Noubt) qui s'écrit avec l'image du faucon Horus debout sur le hiéroglyphe de l'or (nebou) qui représente vraisemblablement un collier précieux. Dans la pensée égyptienne, le métal doré est lié au monde divin. Il a aussi des connotations solaires en lien avec les rayons brillants du soleil. Dans les hymnes, l'or est dit être la chair des dieux tandis que l'argent constitue leur ossature. Ce titre peut aussi évoquer la victoire d'Horus sur son oncle Seth. Ce dernier disposait d'un temple dans la ville de Noubt la « ville de l'or » et l'un de ses surnoms est Noubty « Celui de Noubt » ou le « Doré »[73].

Nom de Sa-Rê[modifier | modifier le code]

Le Nom de Sa-Rê ou « Fils de Rê » apparaît pour la première sous Djédefrê (IVe dynastie). Dans les faits, il s'agit du nom que l'individu devenu Pharaon porte depuis la naissance. Ce nom de naissance, inséré dans la titulature officielle, signale l'origine divine du souverain. Il témoigne aussi de l'influence grandissante du clergé d'Héliopolis et du culte de dans la vie politique[74]. Avec l'apparition de la titulature complète, le Nom de Nesout-bity et le Nom de Sa-Rê sont protégés par le cartouche royal, un ovale magique qui représente à l'origine une corde nouée à l'une des extrémités, le serekh reste quant à lui réservé au Nom d'Horus dans les grandes inscriptions dédicatoires arrangées en colonnes[75]..

Légitimité du pharaon[modifier | modifier le code]

L'État ou la « Grande Maison »[modifier | modifier le code]

Mythes monarchiques[modifier | modifier le code]

, le soleil de l'univers et des hommes sur terre, s'est retiré vers le ciel en laissant aux dieux la direction du monde, puis à des rois semi-divins et enfin à des monarques humains, les pharaons, qui sont ses fils et représentants sur terre.

La légitimité du pharaon est fondée sur l'ascendance divine. Selon la mythologie égyptienne, dans le corps du pharaon coulerait un sang divin provenant de son ancêtre, le dieu Horus. La fonction pharaonique est donc de droit divin et se transmet par le sang.

C’est pourquoi l’héritier de la couronne doit être né de la grande épouse royale. Étant elle-même d’ascendance divine, elle permet au futur pharaon d’être, de par sa mère et de par son père, d’origine divine. S’il est issu d’une concubine, il épouse sa demi-sœur née de la grande épouse royale. La mythologie fournit d’ailleurs des exemples d’inceste, avec Geb et Nout, ou encore Osiris et Isis et dans le même ordre d’idées, certains mariages consanguins entre pharaon et sa fille ou ses filles. De telles unions sont attestées notamment pour Akhénaton et Ramsès II. C’est donc à la fois le souci d’assurer la légitimité de l’héritier du trône et la volonté de souligner la nature divine de pharaon qui explique la prérogative royale de l’inceste, car c’est bien d’une prérogative qu’il s’agit. En effet, il semblerait que les mariages entre frère et sœur soient rarement pratiqués par le commun des mortels, bien que ces unions ne fassent l'objet d'aucune interdiction légale et que, dans la société civile, les termes « frère » et « sœur », lorsqu’il s’agit d’une union, doivent être compris au second degré, dans la majorité des cas, comme termes d’affection.

Faute d'héritier mâle, ou quand le nouveau roi est encore un tout jeune enfant (Thoutmôsis III), la fonction peut échoir à une femme de sang divin (Nitokris, Hatchepsout, Taousert) plutôt qu'à un homme qui ne l'est pas ; elle en est donc dépositaire jusqu'à la transmission à son époux, ce qui ne signifie pas que la légitimité monarchique repose uniquement sur le mariage avec une fille de sang.

Les lignées pharaoniques ne réussirent jamais à perdurer ; elles furent régulièrement interrompues par des envahisseurs ou par des coups d'État. Tel pharaon dont la légitimité était douteuse ou contestée pouvait légitimer sa prise du pouvoir en faisant valoir qu'elle avait été voulue par la divinité. Le dieu marquait son choix par un signe, une naissance prodigieuse (les rois de la Ve dynastie, Hatchepsout de la XVIIIe dynastie), un rêve de l'heureux élu (Thoutmôsis IV) au pied du Grand Sphinx, ou un oracle (Horemheb, Alexandre le Grand).

Après trente années de règne, le pharaon fêtait son premier jubilé, la Fête-Sed, pour régénérer ses forces et montrer au peuple qu'il était encore capable de gouverner le pays.

Naissance divine[modifier | modifier le code]

Représentée sur des hauts-reliefs du temple de Deir el-Bahari, la naissance divine de la future reine Hatchepsout (XVIIIe dynastie) correspond à une théologie de la royauté fort importante qu'on retrouve plus tard pour Amenhotep III (XVIIIe dynastie) et Ramsès II (XIXe dynastie). Quand Amon désire engendrer son futur héritier terrestre, il s'adresse à Thot, le dieu de la connaissance, et en fait son éclaireur pour s'assurer que la reine Ahmosis, épouse de Thoutmôsis Ier, soit digne de porter en son sein le futur pharaon. Puis Amon prend les traits de l'actuel roi :

« Alors Amon, ce dieu magnifique, maître des trônes du Double Pays, se transforma et prit l'apparence de Sa Majesté, le roi de Haute et de Basse-Égypte Âakhéperkarê (Thoutmosis Ier), époux de la reine. Il la trouva comme elle dormait dans la beauté de son palais. »

L'accouplement divin intervient alors :

« Après qu'il l'eut approchée étroitement et qu'elle s'extasiait à contempler sa splendeur (nfrw=f) divine, voici que l'amour d'Amon pénétra son corps. Le palais était inondé du parfum du dieu dont toutes les senteurs étaient celles de Pount. (...) Paroles dites par Amon, maître des trônes du Double Pays : (...) Certes, Khene-met-imen-Hatchepsout (Rejeton d’Amon, Première des Nobles Dames) sera le nom de cette fille que j’ai placée dans ton corps. Elle exercera cette bienfaisante royauté dans ce pays tout entier. »

Puis Amon donne à Khnoum, le potier divin, l'ordre de modeler l'enfant et son ka. Lorsque l'épouse royale accouche de la future reine, elle est entourée d’une ennéade de divinités, disposées en trois rangées de trois. L’enfant est présentée à Amon qui lui promet la royauté terrestre ; il en confie l'allaitement à Hathor, la nourrice divine.

Successeur d'Horus[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Horus et Seth.

Fonctions pharaoniques[modifier | modifier le code]

Idéologie du pouvoir pharaonique[modifier | modifier le code]

Maât, la référence[modifier | modifier le code]

visage d'une femme
Personnification de la déesse Maât, la Référence du pouvoir pharaonique.

L'État pharaonique résulte de la conjonction de plusieurs éléments ; à savoir l'autorité unique du pharaon, le territoire délimité de l'Égypte, l'homogénéité culturelle de la population, le centralisme gouvernemental et administratif, la déconcentration régionale des 42 Nomes, l'écriture commune des scribes, les structures judiciaires et militaires et d'abondante ressources agricoles et artisanales. La Maât est l'idéologie de référence, la norme qui légitime toutes les institutions et tous les comportements humains. Cette référence s'exerce à tous les niveau de la hiérarchie sociale de la plus humble à la plus élevée[76].

Le pharaon est un monarque absolu et sacré qui concentre en sa personne les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Les dérives despotique et tyrannique lui sont interdites par le jeu de la Maât. La littérature égyptologique désigne généralement cette notion par les concepts de « Vérité-Justice » et d'« harmonie cosmique » mais il faut aussi lui ajouter les notions de la « prospérité » et de la « victoire guerrière ». En résumé, la Maât est un principe de vie ; l'ensemble des conditions qui font apparaître et se renouveler la vie[77]. Son exact contraire est isefet manifestation des aspects déchaînés de la vie sociale (vol, mensonge, avidité, cruauté, colère, crise, violence). D'après des textes comme les Lamentations d'Ipou-Our et la Prophétie de Néferti, les périodes de grande crise se caractérisent par l'absence conjointe de la Maât et de Pharaon. Ce dernier est son garant terrestre, celui qui par son discours et ses comportements incite chaque individu à observer des pratiques justes[78].

Tout au long de l'histoire de la monarchie égyptienne, le discours pharaonique se caractérise par l'antinomie entre les concepts de Maât et isefet. Dès les Textes des Pyramides, le pharaon est « celui qui met Maât à la place d’isefet » et « celui qui amène la Maât, qui repousse l’isefet ». Selon Bernadette Menu cette assertion résume les deux fonctions essentielles du roi égyptien. En tant que combattant, pharaon repousse isefet par la guerre contre les envahisseurs et la chasse contre les bêtes sauvages. Pour réussir cela, il se doit de disposer d'un appareil militaire (troupes, police). Dans son rôle nourricier, le pharaon amène la Maât en accomplissant des rites agraires et en garantissant, par sa neutralité, une bonne justice (scribes, juges) ; en particulier au sujet du bornage des champs après l'inondation annuelle[79].

Rassemblement des Nomes (provinces)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Nome (Égypte antique).
Carte des 42 Nomes de Haute et Basse-Égypte.

Les civilisations antiques de la Grèce et de Rome ont fondé leurs sociétés politiques sur le concept de la communauté de citoyens libres (polis et civitas). En Égypte ancienne, où le phénomène est plus ancien, la fondation des groupes humains ne s'est pas appuyé sur la citoyenneté mais sur le concept africain du lignage. Le lignage ne repose pas tant sur les liens du sang que sur celui du partage en commun d'un culte spirituel dédié à un ancêtre commun (paternel ou maternel). Chaque lignage dispose de sa propre personnalité juridique qui, comme personne morale non physique, a des droits et des obligations avec un mandat de représentation pour un ensemble de familles évoluant sur un même territoire. Le mandataire du lignage est celui qui exerce l'autorité politique et celui qui officie aux cultes des ancêtres. Il est aussi chargé d'accomplir les rites agricoles de la fertilité car avant de cultiver les champs, il est nécessaire de s'adresser aux ancêtres pour espérer de bonnes récoltes[80]. Durant la Période prédynastique, les lignages villageois se sont progressivement fédérés entre eux pour constituer des aires plus vaste. Ces territoires sont désignés sous le terme égyptien de sepat (Nome en grec) ; un mot qui est déterminé dans l'écriture hiéroglyphique par l'image d'un champ irrigué[81]. Ces nomes, d'abord territoires tribaux autonomes, sont devenus, sous les premières dynasties, des divisions régionales administrées par un fonctionnaire ; le nomarque dont la charge est d'appliquer la volonté royale et les coutumes traditionnelles des anciens lignages[82].

Tout au long de l'histoire égyptienne, les nomes ont conservé leur légitimité propre basé sur le culte des dieux locaux (Anubis à Cynopolis, Horus à Edfou, Hathor à Dendérah, Seth à Noubt, etc. Pour les Égyptiens, une communauté humaine est avant tout une large famille placée sous la protection d'ancêtres communs ; à savoir, in fine, les grandes divinités égyptiennes. En période forte (Ancien, Moyen et Nouvel Empires), le pharaon partage le pouvoir avec les dieux des Nomes qu'il domine. Cette suprématie royale s'incarne dans le faucon Horus, dieu emblématique de la monarchie et vainqueur de Seth, le semeur de trouble. En période faible (les trois Périodes intermédiaires), la royauté se morcelle entre les dieux des Nomes et leurs représentants (nomarques) dans l'attente d'un nouveau roi fort capable de fédérer l'ensemble du pays[83].

Serviteur de l'État[modifier | modifier le code]

Serviteur
U36 Z1
hem

Dans les textes égyptiens, la personne royale est souvent désignée par le titre de hem. Les égyptologues, imprégnés de la philosophie monarchique européenne, traduisent généralement ce terme antique par le mot « Majesté » qui provient du latin magnitas « grandeur ». Cette traduction est toutefois un contresens flagrant. L'écriture hiéroglyphique restitue le mot hem par l'image du battoir ou bâton de blanchisseur ; un ustensile utilisé pour battre le linge afin de l'assouplir et d'éliminer les dernières impuretés. Dans le lexique égyptien, le mot hem n'est ainsi pas associé à la grandeur mais est en lien avec la notion du service ; hem / hemet (serviteur / servante) et hemou (blanchisseur). Dans la Satire des métiers, le blanchissage du linge est présenté comme le plus impur des labeurs de par son contact avec le sang menstruel des femmes. Associé au mot Netjer (dieu), hem-netjer signifie « prêtre » littéralement « serviteur du dieu »[84].

Cette manière égyptienne de présenter le pharaon comme un Serviteur se trouve confirmé par le récit mythologique du Conte des deux frères. Il s'agit d'un texte rédigé par un groupe de lettrés égyptiens pour le prince royal Séthi-Mérenptah en préparation de son investiture à la charge pharaonique (XIXe dynastie). L'histoire met en scène les dieux Anubis et Bata mais le personnage principal est Bata, une divinité taurine dont le nom signifie « Âme de la terre ». La narration expose l'accession au trône de ce dernier mais, au début, le jeune Bata est tout d'abord présenté comme le serviteur fidèle et zélé de son frère Anubis, montré comme un riche propriétaire terrien[n 7].

Roi-prêtre[modifier | modifier le code]

Temple égyptien[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Divinités égyptiennes et Temple égyptien.
monument en pierre
Entrée du temple d'Horus à Edfou.

Le temple égyptien est un lieu sacré interdit à la foule. Le terme égyptien Hout-Netjer, traduisible par « Demeure du dieu » indique qu'il s'agit d'un lieu destiné à accueillir sur terre une parcelle de l'éternité divine. Il ne s'agit pas d'un lieu de rassemblement où une assemblée de croyants communie dans une même foi. Cet aspect n'est cependant pas totalement évacué. Lors de rares exceptions, durant quelques festivités annuelles, les dévots sont autorisés à fouler le sol des cours intérieures. À l'abri dans le naos, au plus profond du sanctuaire, la statue divine concentre en elle le mystère des forces cosmiques à l'œuvre dans l'univers. À heure fixe, les Hem-Netjer (ou « Serviteurs du dieu » c’est-à-dire les prêtres) prodiguent à la statue des soins domestiques précis. Des hymnes sont entonnés pour la réveiller, elle reçoit des vêtements et des parures. Ses forces sont entretenues par plusieurs repas quotidien. D'une manière théorique, Pharaon est seul autorisé à approcher la statue. Dans les faits, physiquement absent, il est remplacé par les prêtres, ses substituts. Pharaon est toutefois omniprésent par l'image. L'entière décoration des murs est consacrée à sa rencontre avec la divinité. Dès les pylônes d'entrée, il rend hommage aux dieux en leur offrant une grappe de prisonniers agenouillés qu'il assomme de sa massue. Sur les parois extérieures, des scènes guerrières montrent les exploits royaux lors des batailles. Debout dans son char, Pharaon décoche des flèches mortelles tandis que ses fiers chevaux piétinent et mettent en déroute les forces ennemis. Par ce geste, la tranquillité du pays est assurée face au chaos extérieur. Sur les parois intérieures, l'intimité avec les dieux est totale. Pharaon est enlacé, embrassé et vivifié par ses égaux divins. Ailleurs, plus humblement, il se tient debout ou agenouillé et procède devant les dieux aux nécessaires libations, fumigations et purifications. De multiples gestes d'offrande sont accomplis. Boissons, nourritures, parures, onguents et minéraux sont apportés afin d'entretenir les forces divines qui assurent la prospérité au pays[85].

Desservant du culte[modifier | modifier le code]

Article connexe : Clergé de l'Égypte antique.
homme agenouillé
Le pharaon Amenhotep II faisant une offrande - XVIIIe dynastie - Musée égyptien de Turin.

Aux murs des temples, dans les scènes cultuelles, Pharaon est l’interlocuteur exclusif des dieux. Épisodiquement, les épouses, fils et filles royaux mais aussi les prêtres et les dignitaires ont droit de figuration en tant que faire valoir. Le rythme biologique des divinités est calqué sur celui des humains avec son alternance de sommeil et de veille, s’ajoute à cela la nécessité de se nourrir. Le rôle de Pharaon est d’entretenir cette vitalité divine. Toutes les richesses, tous les vêtements, toutes les nourritures qui convergent vers le temple et ses entrepôts sont un devoir contractuel entre les dieux et les humains mais Pharaon en est le seul garant et responsable. Le choix, la quantité et la fréquence des offrandes dépendent du dieu auquel le temple est dédié. Chaque dieu à sa spécificité religieuse ou géographique. Khnoum, le dieu de l’inondation reçoit de l’eau, Geb le dieu de la terre reçoit des bouquets de fleurs, Min qui protège les expéditions commerciales et minières reçoit de l’encens et de la myrrhe, Thot le chef des scribes reçoit du matériel d‘écriture, les déesse se voient offrir colliers, sistre et miroirs, etc. Les offrandes sont généralement facilement reconnaissable et leur iconographie n’a que peu évolué au cours des époques. Peu de différences se discernent entre les scènes du Nouvel Empire gravées à Karnak ou Abydos et celles de l’époque gréco-romaine de Philae, Edfou, Dendérah même si 1 500 ans les séparent. La décoration des temples ptolémaïques est cependant bien plus prolixe. Le seul temple d’Edfou compte ainsi 1 800 scènes de ce genre. Pour chaque don, Pharaon attend un contre-don bénéfique à son peuple. Par les offrandes de nourritures, il obtient la fécondité et la fertilité, par les boissons la joie et l’ivresse, par l’eau une inondation conséquente, par le lait du lait, par les couronnes un long règne prospère, par les pierres précieuses des produits miniers en quantité[86].

Offrande de la Maât[modifier | modifier le code]

Article connexe : Maât.

D'après le mythe de La Vache céleste, à l'origine, dieux et hommes constituent une seule et même communauté présidée par le dieu créateur. Après une révolte humaine, Rê décime la population humaine et se retire dans le ciel sur le dos de Nout transformée en gigantesque vache. Depuis lors, du plus haut des cieux, Rê préside aux phénomènes des cycles cosmiques. Sur terre, Pharaon est mandaté par Rê pour accomplir un rôle de substitut. Chargé de poursuivre l'œuvre bénéfique du créateur, Pharaon instaure le bien-être général en réalisant la Maât et en chassant le désordre-isefet. En tant que concept référentiel, la Maât permet à Pharaon de maintenir un contact intime avec les forces divines à l'œuvre sur terre depuis le ciel. D'après les Textes des Sarcophages (chapitres 75-81)[n 8], à l'origine des temps, le dieu créateur Atoum a pris conscience de lui-même au cours d'un dialogue avec Noun, l'océan primordial :

« Respire ta fille Maât, mets-la à ton nez afin que ton cœur vive ! Qu'ils ne s'éloigne pas de toi, ta fille Maât et ton fils Chou qui se nomme Vie ! Ainsi tu te nourriras de ta fille Maât, et c'est ton fils Chou qui t'élèvera. »

— Paroles du Noun à Atoum, Textes des Sarcophages, chap. 80 (extrait). Traduction de Paul Barguet[87]

morceau de pierre triangulaire
Ramsès IX accomplissant l'offrande de la Maât (ostraca). - XXe dynastie - Metropolitan Museum.

Dans ce texte allégorique, Chou et Tefnout, les deux enfants jumeaux d'Atoum, sont la Vie et la Maât. Tous les trois forment une unité consubstantielle. Sans l'Univers créé, Vie et Maât ne peuvent exister et sans Vie et Maât, l'Univers ne peut se créer. Sur le plan terrestre, dans son rôle nourricier, Pharaon est celui qui institue la vie. Il est celui qui organise l'agriculture et l'élevage en garantissant la bonne distribution des terres. Sur les terrains en friche, il fonde de vastes et prospères domaines agricoles. Afin d'avoir de bonnes récoltes, il exécute dans les temples des rites agraires en l'honneur des dieux de la fertilité. La Maât est l'ensemble des forces positives qui font fonctionner ce système. Dans l'iconographie des temples, l'offrande de la Maât est une scène qui montre Pharaon tendre à une divinité une corbeille sur laquelle est assise Maât. Par ce geste, Pharaon déclenche les cycles divins qui assurent la vie. En offrant la Maât terrestre telle une nourriture, il montre à la divinité à laquelle il s'adresse qu'il est capable d'organiser le bien-être général. En retour de ce don, sans doute le plus précieux de tous, Pharaon obtient des dieux que le système perdure par l'envoie de la Maât cosmique que sont les cycles du temps et des saisons[88].

« Paroles à dire : Je suis venu vers toi ; moi, je suis Thot, les deux mains réunies pour porter Maât. Salut à toi ! Amon-Rê, ce dieu auguste, maître de l'éternité (...) Maât est venue, pour qu'elle soit avec toi ; Maât est en toute place qui es tienne, pour que tu te poses sur elle ; voici qu'apparaissent vers toi les cercles du ciel ; leurs deux bras t'adorent chaque jour. C'est toi qui as donné les souffles à tout nez pour vivifier ce qui fut créé de tes deux bras (...) Salut à toi ! Munis-toi de Maât, auteur de ce qui existe, créateur de ce qui est. C'est toi, le dieu bon, l'aimé ; ton repos, c'est quand les dieux te font l'offrande. Tu montes avec Maât, tu vis de Maât, tu joins tes membres à Maât, tu donnes que Maât se pose sur ta tête, qu'elle fasse son siège sur ton front. Ta fille Maât, tu rajeunis à sa vue, tu vis du parfum de sa rosée ; Maât se met comme une amulette à ton cou, elle se pose sur ta poitrine ; les dieux paient leurs tributs avec Maât, car il connaissent sa sagesse. Voici venir les dieux et les déesses qui sont avec toi en portant Maât, ils savent que tu vis d'elle ; ton œil droit est Maât, ton œil gauche est Maât, tes chairs et tes membres sont Maât (...) »

— Rituel du culte divin journalier. Chapitre de donner Maât (extraits). Trad. Alexandre Moret[89]

Conjuration des calamités[modifier | modifier le code]

Article connexe : Sekhmet.

Les déesses égyptiennes sont par nature des puissances bipolaires ; à la fois terrible et douce. Chacune d'elles est arrivée à incarner le principe femelle de , le dieu solaire. Toutes sont assimilées à l'Œil de Rê, à savoir l'Uræus posé au front des dieux et des pharaons. Lorsque ces déesses sont sous contrôle, leur puissance est vivifiante. En fureur, elles déchaînent leur colère dévastatrice sur le pays égyptien. La plus terrible de ces déesses est la lionne Sekhmet dont le nom signifie « La Puissante ». Dans le Livre de la vache céleste, la lionne incarne l'aspect terrible de Hathor envoyée par Rê pour décimer les humains en révolte contre lui. Ayant pris goût au sang, la déesse est incapable de se restreindre. Pour calmer sa furie, invente la bière et la saoule pour l'endormir. Dans l'exercice de sa charge, Pharaon se doit de conjurer la colère de Sekhmet et de ses envoyés[n 9]. Selon la croyance, la colère de Sekhmet s'exerce surtout aux périodes de transition lorsque les cycles cosmiques doivent retrouver leur équilibre (changement de jour, de décade, de mois, d'année. Le moment le plus redouté est le Nouvel An, durant les cinq jours épagomènes qui le précèdent ; juste avant l'arrivée de l'inondation[n 10]. Il revient à Pharaon de mettre à profit la puissance de la déesse furieuse (contre les pays extérieurs) ou de l'apaiser par l'offrande. Le rituel le mieux connu est le Sehotep Sekhmet ou « Apaisement de Sekhmet » mis en œuvre au Nouvel An. Pour chaque mois de l'année correspond un hymne. Tout le long, la puissance de la déesse est exalté et Pharaon la supplie de se calmer. Lors de l'offrande du sistre, Sekhmet est enjoint de devenir la douce Bastet, la déesse chatte[90]. La fureur de Sekhmet fut particulièrement redoutée par le roi Amenhotep III (XVIIIe dynastie). Ce dernier fit sculpter plusieurs centaines de statues ; près de 600 plus ou moins abîmées sont connues à ce jour. Il n'est pas exclu de penser que le total s'élevait à 720 ( = 360 x 2), soit une statue pour chaque demi-journée de l'année égyptienne. Ces statues ont sans doute été installées dans son temple funéraire situé dans l'Ouest thébain. Mais, très tôt, elles ont été dispersées à travers le pays, dès le règne de Ramsès II. Selon l'égyptologue Jean Yoyotte, ce vaste ensemble statuaire est à considérer comme une invocation à l'apaisement de Sekhmet[91].

« Salut à toi, Sekhmet, en ces noms parfaits qui sont siens ! Le Roi de Haute et Basse-Égypte vient auprès de toi car il est Rê. Sauve-le des génies massacreurs, des émissaires qui se précipitent à ta suite, qu'ils n'aient pas d'emprise sur lui. Daigne écarter tes errants qui dardent toute flèche néfaste, toute contagion mauvaise, que ne puisse l'anéantir aucun souffle néfaste, aucun passant pernicieux, aucune atteinte néfaste, etc. de cette année. Le Fils de Rê est dans un berceau de vie, il vit au sein des vivants qui sont tiens ! »

— Le Rituel du Sehotep Sekmet (extrait). Traduction de J.-Cl. Goyon[92].

Roi-guerrier[modifier | modifier le code]

Mythe du combat originel[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Noun, Apophis et Rituels d'envoûtement.
photo d'un papyrus illustré
Seth harponnant Apophis. Illustration du Livre des Morts.

L'imaginaire religieux égyptien est dominé par le mythe du conflit originel. Les explications sur l'origine de l'Univers sont multiples mais toutes font référence à un combat entre un Dieu Créateur et un Serpent maléfique. Les différents récits puisent d'un même schéma directeur. Un Démiurge prend conscience de lui-même et émerge hors du Noun, l'océan marécageux originel. Cette masse liquide est cependant hantée par un gigantesque serpent qui est l'incarnation du néant. Le démiurge prend forme humaine (ou animale selon les versions) et fait se soulever une montagne. Aussitôt, il se met à organiser sa création en y établissant les luminaires (Soleil, Lune, étoiles), la vie divine, humaine et animale. Amoindri dans ses possessions, le Serpent attaque l'univers créé. S'engage alors l'éternel combat du Soleil contre le Serpent. Ces combats produisent un équilibre précaire entre la Création et le Chaos[93]. D'après les livres ésotériques du Nouvel Empire (Livre de l'Amdouat, Livre des Portes, Livre de la terre) reproduits sur les parois des sépulcres royaux, chaque nuit, la barque de est attaquée par le serpent Apophis. Le plus grand danger pour Rê est de voir son embarcation définitivement échouée sur un banc de sable. La bonne traversée vers le jour est cependant assurée par un dieu Harponneur (Seth, Horus ou Horouyfy) qui n'hésite pas à transpercer le serpent[94].

Dans cette vision pessimiste d'un univers sans cesse menacé, l'expression courante « le banc de sable d'Apophis » est une métaphore qui servait aux Égyptiens pour désigner la « famine » et d'une manière générale la « détresse ». Or, pour ce peuple antique, à la pensée très globalisante, les crises mythiques, politiques, sociales et individuelles se réfèrent les unes aux autres. Aussi, quand dans le mythe, Rê triomphe d'Apophis alors, sur terre, c'est Pharaon qui triomphe de toute famine, épidémie, rébellion et guerre. Chaque nuit au sein des temples et sous l'égide de Pharaon, étaient donc exécutés des rituels d'envoûtement destinés à provoquer la défaite d'Apophis ; la victoire de l'ennemi cosmique ne pouvant avoir que des répercussions néfastes en terre égyptienne[95] :

« Si on ne décapite pas l'ennemi qu'on a devant soi qu'il soit modelé en cire, dessiné sur un papyrus vierge, ou sculpté en bois d'acacia ou en bois-hema, suivant toutes les prescriptions du rituel, les habitants du désert se révolteront contre l'Égypte, et il se produira la guerre de rébellion dans le pays tout entier ; on n'obéira plus au roi dans son palais, et le pays sera privé de défenseurs. »

— Papyrus Jumilhac, XVIII, 9-12. Traduction Jacques Vandier[96].

Lutte contre les forces du chaos[modifier | modifier le code]

mur gravé
Défilé de prisonniers. - Médinet Habou - XXe dynastie.

En tant que garant de la Maât sur terre, Pharaon se doit de mater les rébellions, de repousser les invasions et de chasser les pillards qui menacent l'Égypte. Dans les temples, décorations pariétales et stèles commémoratives consignent par l'image et le texte les exploits militaires des souverains. Pour le seul Nouvel Empire, sont ainsi connues les guerres de Thoutmôsis Ier en Nubie et au Mitanni, celles de son petit-fils Thoutmôsis III (une quinzaine de campagnes en Syrie-Palestine dont une nouvelle incursion au Mitanni)[97], la bataille de Qadesh de Ramsès II contre les Hittites[98] et la victoire de Ramsès III contre les Peuples de la mer[99]. Pour les Anciens Égyptiens, les hauts-faits militaires ne relèvent pas de l'Histoire car cette science avec ses méthodes leur est inconnue. Pour eux, l'événement politique est la réactualisation du mythe du combat originel (Rê contre Apophis). En tant que dépositaire de l'énergie du Démiurge (Atoum, Rê, Amon, Ptah, etc.), Pharaon est celui qui arrête les forces maléfiques. Dans cette optique, tout rebelle, envahisseur et pillard est une manifestation du chaos primordial. Chaos que Pharaon se doit d'éradiquer par sa puissance guerrière[100].

Scène du triomphe pharaonique[modifier | modifier le code]

La scène du « massacre de l'ennemi » est une représentation du triomphe royal dont la reproduction perdure sur les trois millénaires de la civilisation pharaonique. Pharaon est montré debout, armé d'une massue et tenant par les cheveux un ennemi agenouillé. La massue est brandie bien haut, prête à fracasser le crâne d'un captif apeuré ; les bras levés dans un ultime geste défensif. Certaines scènes vont jusqu'à démultiplier le prisonnier en une grappe humaine composée d'un nombre indiscernable d'individus. La première représentation historique connue figure sur la Palette de Narmer datée du XXXIIe siècle av. J.-C. Le roi est coiffé de la couronne blanche et exerce sa toute-puissance guerrière sous le regard du faucon Horus[101]. L'origine de cette scène est cependant plus ancienne et trouve ses origines dans la préhistoire[102]. De nombreux exemples sont attestés pour les périodes dites de la Culture de Nagada (3 800 à 3 100 av. J.-C.) et montrent des souverains anonymes dans la même posture. La plus ancienne attestation iconographique connue figure sur une poterie trouvée dans la nécropole d'Abydos (période Nagada I). Le massacre de l'ennemi est une illustration du premier devoir du souverain ; la sauvegarde de l'ordre pharaonique (Maât) des assauts des puissances coalisées du désordre (isefet). Sur certaines figurations, Pharaon empoigne un groupe de trois ennemis. Chacun d'eux représente l'un des trois peuples voisins de l'Égypte, un Nubien (sud), un Libyen (ouest) et un Sémite (est). Tout comme le désert est l'antithèse de la vallée fertile du Nil, ces trois peuples sont considérés comme à l'opposé des Égyptiens et de leur mode de vie[103]. Le triomphe de Pharaon figure immanquablement sur les murs des temples ; Ramsès II à Abou Simbel, Ramsès III à Médinet Habou, Ptolémée XII à Edfou. Une des dernières représentation connue date de la colonisation du pays par l'Empire romain. Un relief du mammisi de Dendérah montre ainsi l'empereur Trajan dans le traditionnel costume de Pharaon et la massue à la main[104].

Roi-législateur[modifier | modifier le code]

Pratiques juridiques et judiciaires[modifier | modifier le code]

L'Égypte antique est une civilisation qui n'a pas connue de magistrats professionnels. À tous les niveaux de la société, la fonction de juger résulte de l'autorité administrative déléguée selon le système hiérarchique. Un fonctionnaire, quel que soit son rang, qui détient l'autorité sur un territoire ou sur un service donné, exerce un pouvoir judiciaire lié à sa fonction. Aucune distinction n'est faite en justice et religion ou entre droit pénal et droit civil. Au bas de l'échelle, les litiges entre particuliers et les affaires courantes (vols, larcins, adultères, impayés, disputes de voisinage) sont traitées par le chef de village, le chef de chantier ou le chef d'équipe. Le juge tente de discerner le vrai du faux selon une procédure contradictoire entre accusateur et accusé avec audition de témoins. C'est la pratique de la palabre où une solution de médiation est tentée afin d'assurer la paix sociale. Pour s'assurer de la véracité des paroles de l'accusé, celui-ci doit prêter serment sur la Vie de Pharaon ou sur la Vie des dieux. Trahir ce serment, c'est s'exposer à la peine de mort. Dans les cas les plus graves, la procédure devient inquisitoriale avec le recours à la torture. Tel est le cas dans l'affaire du Complot du Harem où les criminels ont visé la personne de Ramsès III. Plus on monte dans la hiérarchie, plus le procès est important et donc, plus les juges sont des proches de Pharaon : vizir, échansons, flabellifères. Dans chacune des régions, le nomarque est l'autorité suprême en matière judiciaire pour les affaires à portée locale. À partir du Nouvel Empire, les juges se recrutent de plus en plus dans le clergé. En dernière instance, le droit de juger revient à Pharaon surtout lorsqu'il est question d'appliquer la peine de mort. Au cours du Ier millénaire av. J.-C. s'est aussi largement pratiqué le recourt juridique aux dieux par le moyen des pratiques oraculaire[105].

morceau de pierre
Fragment d'un décret d'exonération fiscale en faveur du temple de Min accordé par Pépi II - VIe dynastie - Metropolitan Museum.

L'État égyptien se caractérise par une organisation basée sur un vaste ensemble de lois écrites (règlements, jurisprudences, édits royaux, exemptions fiscales, contrats locatifs, testaments, fondations funéraires, dotations, etc.) qui, lors d'un procès, peuvent être présentées en tant que preuve de bonne foi. Toute acte juridique est nécessairement formulé en écriture hiéroglyphique sur un rouleau de papyrus et se trouve conservé dans une salle d'archives. Cet ensemble législatif n'a toutefois pas été systématisé en une constitution et un code raisonnés. Chaque acte trouve sa référence ultime dans la Maât (qui est la norme de la Vérité et de la Justice) et se place sous le patronage divin de Thot, le « Maître des lois ». Selon une légende rapportée par Diodore de Sicile, ce dieu aurait donné les premières lois à Ménès, le premier pharaon (Bibliothèque historique I, 94)[106]. La majeure partie de ce corpus juridique est à présent perdu mis à part quelques procédures sur papyrus et ostraca livrées par les hasards des fouilles archéologiques. Les édits royaux considérés comme emblématique d'un règne figurent conservés sur les murs des temples ou sur des stèles monumentales. Un des plus fameux document de ce genre est la Pierre de Rosette, un décret d'exonérations fiscales promulgué par Ptolémée V en faveur des temples de son royaume[107].

Lois pharaoniques[modifier | modifier le code]

Il ne fait pas de doute que Pharaon est le principal initiateur des mesures législatives. D'une manière générale, les hymnes apologétiques le chargent de « raffermir » les lois, de les « parfaire », de les « promulguer » et de les « faire appliquer ». Le fonctionnement effectif de la monarchie est assuré par les lois (hépou) promulguées au moyen de décrets royaux (oudjou nesout ; littéralement, les « ordres du roi »). Ces décrets recouvrent une vaste réalité de décisions tels les annonces d'un nouveau règne, les lettres à des fonctionnaires ou à des courtisans, les arrêtés de nomination ou de destitution, les ordres à l'administration comme l'organisation d'une campagne militaire, d'une expédition minière, de l'élévation d'un obélisque ou de la levée d'un impôt exceptionnel. Le souverain peut aussi décider de favoriser un temple en le dotant de terres, de desservants et de cheptels supplémentaires voire d'ordonner son embellissement, sa rénovation ou sa complète reconstruction. Les décrets concernent aussi l'organisation du culte funéraire de ses proches courtisans par le don d'un sarcophage, d'un mastaba ou d'une fondation agricole destinée à la production des offrandes alimentaires. Il apparaît ainsi que les décrets ont soit une portée générale comme l'amélioration des conditions sanitaires, soit une portée particulière comme l'exemption fiscale d'un seul domaine. La composition des décrets fait appel au discernement royal après discussion et consultation des notables, des courtisans mais aussi par la consultation des écrits d'archives[108]. Parmi les nombreux décrets royaux recensés par les égyptologues figure l’Édit de Horemheb. Daté de la fin de la XVIIIe dynastie, il est destiné à réorganiser une Haute-Administration rongée par la corruption après l'incurie de l'épisode amarnien d'Akhénaton. Pour ce faire, Horemheb nomme des hommes de confiance, supprime des taxes les plus susceptibles d'être détournée, ordonne la peine de mort pour les juges impartiaux, etc. Afin de donner un caractère d'éternité à cette volonté réformatrice, le décret est recopié sur une haute stèle granitique placée dans l'Enceinte d'Amon-Rê à Karnak :

« Il a commencé d'établir des lois, pour faire régner la Vérité et la Justice à travers les Deux Rives ; il se réjouit lorsqu'il embrasse la beauté de la déesse. Donc, Sa Majesté délibéra avec son cœur pour étendre sa protection sur le pays tout entier (...) pour repousser le mal et détruire le mensonge ; ses projets sont un refuge efficace afin de chasser la violence. On amena le scribe de Sa majesté ; il se saisit d'une palette et d'un rouleau de papyrus, et se mit à écrire, reproduisant toutes les paroles du roi car celui-ci dicta lui-même le décret [...] décret scellé auprès de Sa Majesté, pour mettre fin au brigandage dans le pays (...) »

— Début de l’Édit de Horemheb. Traduction de Claire Lalouette[109].

Le Tjaty (vizir du pharaon)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Vizir dans l'Égypte antique.

Second dans l'ordre de préséance et dignitaire le plus important du gouvernement, le Tjaty est le plus proche collaborateur de Pharaon. Depuis le XIXe siècle, époque des premiers égyptologues, ce titre est traduit par le mot « vizir » en référence aux pratiques ottomanes et sans doute aussi influencé par le courant orientaliste alors en vogue en Europe. Le caractère écrasant de la fonction est renseigné par le texte des Devoirs du Vizir gravé dans la tombe de Rekhmirê, un haut personnage installé dans le vizirat sous le règne de Thoutmosis III. À dater du Nouvel Empire (XVIIIe dynastie), mais peut-être déjà sous la XIIIe dynastie, la charge est dédoublée et le pays compte deux vizirs ; un pour la Haute-Égypte à Thèbes et un second pour la Basse-Égypte à Memphis. De par sa fonction, le vizir est le premier responsable de l'Administration et joue le rôle d'intermédiaire entre Pharaon et son peuple. Ses obligations sont multiples comme récolter les ressources agricoles de l'État, superviser les instances régionales ou assurer la surveillance policière du Palais[110].

La tombe de Rekhmirê est également remarquable pour sa transcription du Discours de l'Installation prononcé par Touthmôsis à l'attention de son vizir nouvellement promu. Le souverain est pleinement conscient du caractère désagréable de la fonction vizirale. Le fonctionnaire se doit de toujours contenter son maître, éviter les médisances, ne pas léser sa parentèle au profit d'inconnus, se garder de fréquenter les arrogants et les malhonnêtes, écouter jusqu'au bout tous les griefs, ne jamais se mettre en colère et toujours garder un jugement impartial. Le respect de la Maât est au cœur de cette allocution ainsi que la nécessaire bonne pratique de la Justice au sein des tribunaux[111].

« Tu devras désormais veiller sur la pièce d'audience du vizir, surveiller tout ce qui s'y fait, car c'est le support du pays tout entier. Vois-tu être vizir ce n'est pas là chose douce et agréable, cela peut être même parfois amer comme du miel. Le vizir c'est le cuivre qui protège l'or de la maison de son maître ; il ne baisse pas son visage devant les hauts fonctionnaires et les juges, et il ne fait pas ses clients de n'importe qui. […] Des plaignants du Sud et du Nord, du pays tout entier viendront... Toi, tu veilleras à ce que toutes choses soient faites conformément aussi à leur droit, en assurant la justice pour chaque homme. […] Vois-tu, c'est le sûr asile d'un juge que d'agir conformément à la règle, lorsqu'il répond à ce que demande un plaignant. […] Vois encore, un homme demeure dans sa fonction autant qu'il agit selon ce qui lui est indiqué ; tout va bien pour lui s'il fait ce qui lui a été dit. Ne cesse à aucun moment de rendre la justice, dont les lois sont connues. […] »

— Discours de l'Installation (extrait). Traduction de Claire Lalouette[112].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Adam et Christiane Ziegler, Les pyramides d'Égypte, Paris, Hachette Littérature,‎ 1999, 213 p. (ISBN 2702825796)
  • Kent R. Weeks (dir.), La Vallée des rois, Paris, Gründ,‎ 2001, 434 p. (ISBN 9782700021547)

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

  • Maria Carmela Betrò, Hiéroglyphes : Les mystères de l'écriture, Paris, Flammarion,‎ 1995, 251 p. (ISBN 2-08-012465-X)
  • Yvonne Bonnamy et Ashraf Sadek, Dictionnaire des hiéroglyphes, Arles, Actes Sud,‎ 2010, 986 p. (ISBN 978-2-7427-8922-1)
  • Jean-Pierre Corteggiani (ill. Laïla Ménassa), L'Égypte ancienne et ses dieux, dictionnaire illustré, Paris, éditions Fayard,‎ 2007, 589 p. (ISBN 978-2-213-62739-7)
  • Maurizio Damiano-Appia, L'Égypte. Dictionnaire encyclopédique de l'Ancienne Égypte et des civilisations nubiennes, Paris, Gründ,‎ 1999, 295 p. (ISBN 2700021436)
  • (en) Alan Henderson Gardiner, Egyptian Grammar, Oxford University Press,‎ 1973
  • Michel Dessoudeix, Chronique de l'Égypte ancienne : Les pharaons, leur règne, leurs contemporains, Actes Sud,‎ 2008, 780 p. (ISBN 9782742776122)
  • Guy Rachet, Dictionnaire de la Civilisation égyptienne, Paris, Larousse-Bordas,‎ 1998, 268 p. (ISBN 2702815588)
  • Pascal Vernus et Jean Yoyotte, Dictionnaire des pharaons, Paris, Éditions Noêsis,‎ 1988 (réimpr. 1998), 226 p. (ISBN 2702820018)

Biographies des grands pharaons[modifier | modifier le code]

(classement par ordre chronologique des règnes)

  • Christophe Barbotin, Âhmosis et le début de la XVIIIe dynastie, Paris, Pygmalion,‎ 2008, 295 p. (ISBN 9782857048602)
  • Christiane Desroches Noblecourt, La Reine mystérieuse Hatchepsout, Paris, Pygmalion,‎ 2002, 502 p. (ISBN 2702870783)
  • Florence Maruéjol, Thoutmosis III et la corégence avec Hatchepsout, Paris, Pygmalion,‎ 2007, 478 p. (ISBN 9782857048947)
  • Agnès Cabrol, Amenhotep III le magnifique, Monaco, Le Rocher,‎ 2000, 536 p. (ISBN 2268035832)
  • Dimitri Laboury, Akhénaton, Paris, Pygmalion,‎ 2010, 477 p. (ISBN 9782756400433)
  • Madeleine Della Monica, Horemheb général pharaon, Paris, Maisonneuve et Larose,‎ 2001, 151 p. (ISBN 2706814683)
  • Julie Masquelier-Loorius, Séthi Ier et le début de la XIXe dynastie, Paris, Pygmalion,‎ 2013, 489 p. (ISBN 9782756400587)
  • Christiane Desroches Noblecourt, Ramsès II, la véritable histoire, Paris, Pygmalion,‎ 1996, 426 p. (ISBN 285704481X)
  • Claude Obsomer, Ramsès II, Paris, Pygmalion,‎ 2012, 558 p. (ISBN 9782756405889)
  • Frédéric Servajean, Mérenptah et la fin de la XIXe dynastie, Paris, Pygmalion,‎ 2014, 399 p. (ISBN 9782756409917)
  • Pierre Grandet, Ramsès III, histoire d'un règne, Paris, Pygmalion,‎ 1993, 419 p. (ISBN 2857044089)

Études[modifier | modifier le code]

  • Jan Assmann, Maât, l'Égypte pharaonique et l'idée de justice sociale, Fuveau, La Maison de Vie,‎ 1999, 173 p. (ISBN 2909816346)
  • Sydney H. Aufrère, Pharaon foudroyé : Du mythe à l'histoire, Gérardmer, Pages du Monde,‎ 2010, 365 p. (ISBN 9782915867312)
  • Marie-Ange Bonhême et Annie Forgeau, Pharaon : Les secrets du Pouvoir, Paris, Armand Colin,‎ 1988, 349 p. (ISBN 2200371209)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Peter A. Clayton (trad. Florence Maruéjol), Chronique des Pharaons : L'histoire règne par règne des souverains et des dynasties de l'Égypte ancienne, Casterman,‎ 1995, 224 p. (ISBN 2203233044)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Sylvie Cauville, L'offrande aux dieux dans le temple égyptien, Paris-Leuven (Belgique), Peeters,‎ 2011, 291 p. (ISBN 9789042925687)
  • Henri Frankfort (trad. Jacques Marty et Paule Krieger), La royauté et les dieux : Intégration de la société à la nature dans la religion de l'ancien Proche Orient, Paris, Payot,‎ 1951, 436 p.
  • Pierre Grandet, Les pharaons du Nouvel Empire : Une pensée stratégique (1550-1069 av. J.-C.), Monaco, Le Rocher, coll. « L'art de la guerre »,‎ 2008, 281 p. (ISBN 9782268064482)
  • Claire Lalouette, Thèbes ou la naissance d'un empire, Paris, Flammarion,‎ 1995, 643 p. (ISBN 2080813285)
  • (en) Maria Michela Luiselli, « The Ancient Egyptian scene of Pharaoh smiting his enemies: an attempt to visualize cultural memory ? », Cultural Memory and Identity in ancient Societies, Londres,‎ 2011, p. 10-25 (lire en ligne)
  • Bernadette Menu, Recherches sur l'histoire juridique, économique et sociale de l'ancienne Égypte. II, Le Caire, coll. « Bibliothèque d'étude » (no 122),‎ 1998 (réimpr. 2008), 423 p. (ISBN 9782724702170)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Bernadette Menu (préf. Charles de Lespinay et Raymond Verdier), Égypte pharaonique : Nouvelles recherches sur l'histoire juridique, économique et sociale de l'ancienne Égypte, Paris, L'Harmattan,‎ 2004, 391 p. (ISBN 2747577066)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pascal Vernus, Affaires et scandales sous les Ramsès, Paris, Pygmalion,‎ 1993, 274 p. (ISBN 2857043937)
  • (en) Toby A.H. Wilkinson, Early Dynastic Egypt, Londres, Routledge,‎ 1999, 413 p. (ISBN 0415186331)Document utilisé pour la rédaction de l’article

Géographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Montet, Géographie de l'Égypte ancienne : Première partie ; To-Mehou, La Basse Égypte, Paris, Imprimerie Nationale, Librairie C. Klincksieck,‎ 1957, 224 p. (lire en ligne)
  • Pierre Montet, Géographie de l'Égypte ancienne : Deuxième partie ; To-Chemâ, La Haute Égypte, Paris, Librairie C. Klincksieck,‎ 1961, 240 p. (lire en ligne)

Traductions[modifier | modifier le code]

  • André Fermat et Michel Lapidus, Les prophéties de l'Égypte ancienne, Fuveau, La maison de Vie,‎ 1999, 250 p. (ISBN 2909816338)
  • Paul Barguet, Textes des Sarcophages égyptiens du Moyen Empire, Paris, Éditions du Cerf,‎ 1986, 725 p. (ISBN 2204023329)

Webographie[modifier | modifier le code]

  • José Do Nascimento, Le concept de pharaon selon le lexique politique des langues africaines,‎ juillet 2011 (écouter en ligne)
    Conférence en ligne, durée 3 h 56 min

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans l'écriture hiéroglyphique égyptienne, le terme pharaon s'écrit avec l'idéogramme de la « maison » (O.1 de la classification des hiéroglyphes et le phonogramme de la « colonne en bois » (O.29). La maison est figurée sous la forme d'un rectangle ouvert qui reprend le tracé des murs sur le sol (Betrò 1995, p. 168 et p.186).
  2. Nous signalons aux lecteurs que dans le reste de cet article les mots « pharaon », « roi », « monarque » et « souverain » sont à prendre comme des synonymes ; bien que cela puisse constituer un abus de langage ; les valeurs politico-religieuses des Anciens Égyptiens ne pouvant exactement se fondre dans le vocabulaire des langues européennes.
  3. Dans les livres consacrés à l'Égypte ancienne, on peut trouver quelques différences dans les dates de règnes, dues essentiellement à la méthode de datation utilisée par les anciens Égyptiens. Les Égyptiens divisaient l’année en trois saisons : Inondation (Akhet), Germination (Peret) et Chaleur (Shemou), suivies de cinq jours supplémentaires ou épagomènes. Chaque saison comptait quatre mois de trente jours chacun. À l’origine, le début de l’Akhet coïncidait avec le lever héliaque de Sothis qui a lieu, d’après le calendrier julien, le 19 juillet. Toutefois, étant donné que l’année solaire compte 365 jours et six heures – et non 365 jours -, cette différence de six heures entraîna un décalage croissant entre l’année civile et l’année solaire : de telle sorte que la saison Akhet débuta à plusieurs reprises en hiver. Il s'y ajoute que les Égyptiens n’employaient pas de datation absolue. Les événements étaient datés d’après les années de règne de pharaon, p. ex. an 2, 3e mois de l’Akhet, 2e jour sous la Majesté du roi Untel. Tous les 1460 ans, le début de l’année civile égyptienne (le 19 juillet dans le calendrier julien) coïncide avec le lever héliaque de Sothis, c’est-à-dire l’apparition de l’étoile au lever du soleil. Cette coïncidence frappa les Égyptiens, qui la consignèrent, notamment en 139 de notre ère. Cette dernière date sert de repère et permet ainsi une datation absolue des règnes : en l’an 9 d’Amenhotep Ier par exemple, il y eut aussi coïncidence du début de l’année civile et du lever héliaque de Sothis ; l’an 7 correspondrait donc à -1545. Il n’empêche que l’établissement d’une datation absolue constitue un vrai casse-tête pour les égyptologues : non seulement, pour être exact, il faudra connaître le lieu de l'observation du lever héliaque de Sothis, mais encore, au Moyen Empire, l'an 1 d'un roi correspondait au début de l’année civile qui suivait son avènement ; au Nouvel Empire l'an 2 du règne commençait 365 jours après le jour de l'avènement ; et enfin, à la Basse Époque, il commençait le jour du lever héliaque de Sothis suivant l'avènement, l'an 1 du règne pouvant être ainsi réduit à quelques jours.
  4. Cette période troublée est évoquée dans la littérature pessimiste du Moyen Empire. Lire par exemple les traductions du Dialogue d'un homme avec son âme.
  5. Les pratiques funéraires royales des souverains de Tanis sont renseignées par plusieurs tombes inviolées ; le « trésor de Tanis ». Les fouilles ont été menées en 1939, 1940 et 1946 sous la direction de l'égyptologue français Pierre Montet.
  6. L'orthographe des noms royaux est différente selon que l'on translittère les hiéroglyphes ou que l'on utilise le nom donné par les Grecs. Par exemple, le pharaon Amenhotep (nom transcrit de l'égyptien ancien) est identique à Aménophis (nom grec). De plus, dans certains noms, il y a une antéposition honorifique du nom du dieu, mais l'habitude fait que l'on conserve également le nom sans antéposition tel que connu des premiers égyptologues ; ainsi, Raneb et Nebrê sont le même personnage, un roi de la IIe dynastie.
  7. Ce texte, à la symbolique subtile, a été diversement commenté par les universitaires modernes. Voir par exemple:
    • (en) Susan Tower Hollis, The Ancient Egyptian "Tale of Two Brothers" : A Mythological, Religious, Literary, and Historico-Political Study, Oakville, CT, Bannerstone Press, 2008, 226 p. (ISBN 978-0-9774094-2-6)
    • de) Wolfgang Wettengel, Die Erzählung von den beiden Brüdern : Der Papyrus d'Orbiney und die Königsideologie des Ramessiden, Fribourg (Suisse) et Göttingen (Allemagne), coll. « OBO » (no 195), 2003, 213 p. (ISBN 3-7278-1441-1)
    • Frédéric Servajean, « Le conte des Deux Frères (1). La jeune femme que les chiens n’aimaient pas », ENiM 4, Montpellier, 2011, p. 1-37. Du même auteur, « Le conte des Deux Frères (2). La route de Phénicie », ENiM 4, Montpellier, 2011, p. 197-232.
    Dès sa redécouverte au XIXe siècle, le récit a été vu comme une source d'inspiration pour les auteurs bibliques (Joseph et la femme de Potiphar). Le texte présente toutefois aussi des similitudes structurelles avec les mythes fondateurs des peuples Shilluk et Anuak du Haut-Nil. L'épisode de la Razzia de Nyikang au Pays du Soleil (vol de vaches et de femmes) ressemble assez à l'expédition militaire que monte Pharaon contre Bata dans le Pays du Pin parasol (un lieu fréquenté par Rê) pour lui ravir sa compagne. Lors de l'intronisation des rois Shilluk, le prince destiné à monter sur le trône est tout d'abord capturé par des dignitaires et symboliquement réduit en esclavage par les paroles « Tu es notre serviteur Dinka ».
  8. Cette suite de texte constitue une variante du mythe de la vache céleste. Il s'agit d'un texte funéraire où le défunt affirme être Chou, le souffle de la vie. Ce dieu est aussi un pilier qui permet à la voûte céleste, la vache Nout de ne pas s'effondrer. Il est assisté dans ce rôle par huit hypostases qui, deux par deux, maintiennent ferme les quatre pattes de la vache.
  9. Les Douze Massacreurs de Sekhmet sont de terribles démons associés au douze mois de l'année et les 36 Démons-flèches sont les décans.
  10. Durant cette période de sécheresse, les eaux croupies répandent leurs miasmes et les corps sont affaiblis par la sécheresse.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Briend, Les Pharaons dans la Bible. Pouvoir du roi, autorité de Dieu, dans Le Monde de la Bible, hors-série automne 2006, p. 47
  2. Desroches Noblecourt 2002, p. 134
  3. Bonhême et Forgeau 1988, p. 34-35
  4. Rachet 1998, p. 206
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    Consulter l'article Wikipédia en langue anglaise : Saqqara Tablet (en) pour connaître les noms mentionnés dans ce document.
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  21. Philippe Derchain, « Ménès, le Roi Quelqu'un », Revue d'Égyptologie no 18, 1966.
  22. Jean Vercoutter, « À propos de Mni = Ménès », Studies in Egyptology, Jérusalem, 1990.
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  33. Barbotin 2008, p. 75-82 et textes documentaires.
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  79. Menu 2004, chapitres 1, 3, 6.
  80. Do Nascimento 2011, vers 1h30min.
  81. Bonnamy et Sadek 2010, p. 539.
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  83. Menu 1998, p. 12-13.
  84. Bonnamy et Sadek 2010, p. 412-413,
    Betrò 1995, p. 241,
    Vernus 2001, p. 187
  85. Cauville 2011, p. 3-17,
    Bonhême et Forgeau 1988, p. 124-127.
  86. Cauville 2011, p. 11-17
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  88. Menu 2004, p. 95-97.
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  110. Maruéjol 2007, p. 165-166, 173.
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