Ouserkaf

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Tête d'une statue d'Ouserkaf découverte à Abousir

Ouserkaf est le premier souverain de la Ve dynastie (Ancien Empire). Il succéda à Chepseskaf et précéda Sahourê. Il règne de -2465 à -2458[Note 1].

Ouserkaf est surtout connu pour avoir édifié pour la première fois un temple solaire à Abousir, site situé au nord de Saqqarah inaugurant ainsi une série de sanctuaires dédié au dieu que l'on croit conçus sur le modèle du grand temple du dieu à Héliopolis. C'est ce même site d'Abousir qui sera choisi par ses successeurs comme nécropole royale.

Ouserkaf lui, fit bâtir son complexe funéraire à Saqqarah à l'est du complexe funéraire de Djéser. Peu de représentations du roi sont connues à ce jour. On citera notamment une tête d'un colosse, portant le némès, qui était autrefois érigé dans la cour cérémonielle de son complexe funéraire ainsi qu'une autre tête d'une statue du roi, cette fois portant la couronne rouge, découverte dans son temple solaire en Abousir.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Ouserkaf
Naissance Date inconnue Décès Date inconnue
Père Chepseskaf Grands-parents paternels
Mykérinos
Khâmerernebty II
Mère Khentkaous Ire Grands-parents maternels
Mykérinos
Khâmerernebty II
Fratrie Khâmaât, épouse de Ptahchepsès (Grand prêtre de Ptah)
1re épouse Néferhétepès Enfant(s) Sahourê
2e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
3e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
4e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
5e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
6e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
7e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
8e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
Mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
2e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
3e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
4e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu

Plusieurs théories existent quant à la filiation d'Ouserkaf, et plus généralement concernant sa descendance.

Concernant ses ascendants, selon les égyptiens eux-mêmes Ouserkaf serait le premier enfant né de l'union du dieu Rê lui-même et de Rêdjedet, l'épouse du grand prêtre d'Atoum-Rê de Sakhebou, localité que l'on situe dans les environs du Caire. L'hypothèse la plus connue reste celle de l'égyptologue allemand Ludwig Borchardt selon laquelle il aurait été le fils d'un prêtre d'Héliopolis, Néferhétep et de la princesse Néferhétepès[Note 2]. Il aurait alors épousé Khentkaous Ire, fille de Mykérinos et veuve de Chepseskaf, légitimant ainsi son accession au trône. Dans cette hypothèse elle lui aurait donné deux fils, Sahourê et Néferirkarê, qui tous deux règneront à sa suite.

Cependant les études récentes faites sur les complexes funéraires de la fin de la IVe dynastie comme celles effectuées sur le site de sa propre pyramide, tendent à prouver qu'Ouserkaf aurait épousé Néferhétepès[Note 3], fille de Djédefrê avec laquelle il conçut l'héritier du trône Sahourê[1]. On conjecture ainsi qu'il serait plutôt le fils de Khentkaous Ire et de Chepseskaf.

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature dans l'Égypte antique.

Règne[modifier | modifier le code]

Ouserkaf
Période Ancien Empire
Dynastie Ve dynastie
Fonction Ier souverain de la dynastie
Prédécesseur Chepseskaf
Prise du pouvoir
Dates de règne -2465 à -2458 (selon J. P. Allen)
-2500 à -2490 (selon R. Krauss)
-2513 à -2506 (selon D. B. Redford)
-2479 à -2471 (selon J. von Beckerath)
-2454 à -2447 (selon J. Málek)
-2471 à -2464 (selon A. D. Dodson)
Durée du règne
Successeur Sahourê
Passation du pouvoir
Sépulture Non trouvé
Date de découverte Inconnue
Découvreur Inconnu
Fouillée par ?

Le règne d'Ouserkaf est peu connu en raison des rares vestiges de son règne retrouvés jusqu'à présent. La durée même de son règne varie selon les sources et si Manéthon lui accorde vingt-huit ans de règne, les égyptologues s'accordent pour le moment à réduire cette durée de plus de la moitié faute d'éléments convainquant permettant de suivre l'assertion de l'historien de Ptolémée rapprochant ainsi cette durée des sept années mentionnées dans le papyrus de Turin. La pierre de Palerme qui conserve une partie des annales de la dynastie conserve encore le détail d'une partie des six premières années de règne donnant l'indication du troisième grand recensement du bétail, évènement organisé à cette époque tous les deux ans environ. La suite du règne fait défaut et l'espace manquant ne peut guère comprendre plus du double d'années de règne, la colonne suivante consacrée au règne suivant commençant par la cinquième année de règne du successeur d'Ouserkaf, Sahourê[2],[3].

Sous son règne en tout cas le commerce entre l'Égypte et le monde méditerranéen semble s'amorcer grâce à de véritables expéditions navales qu'il fera figurer dans son temple funéraire de Saqqarah[4].

Les cultes divins sont favorisés voire développés pendant cette période, Ouserkaf inaugurant une politique religieuse que ses successeurs poursuivront. Il fait édifier le premier temple solaire de la dynastie. Or grâce à l'étude des archives d'Abousir nous savons désormais que les temples solaires des rois de la Ve dynastie étaient étroitement liés aux cultes rendus dans les temples des pyramides royales. Le sanctuaire est par ailleurs cité à la cinquième année de règne dans les annales royales ce qui pourrait correspondre à la date de sa fondation ou plus probablement de son inauguration. À cette occasion Ouserkaf fera le don de vingt-quatre domaines royaux pour son entretien[5]. Le temple solaire d'Ouserkaf a été retrouvé et fouillé à Abousir, site sans doute proche d'une localité souvent citée par les sources, dont le papyrus Westcar, Sakhebou où le dieu recevait un culte. Le fait a son importance car il s'agit peut-être du premier temple à caractère divin et non uniquement funéraire dont nous ayons plus qu'une simple trace pour l'Ancien Empire[Note 4]. Son plan général aurait été inspiré de celui du grand temple de à Héliopolis, ce qui nous apporte un témoignage précieux sur l'aspect des sanctuaires solaires de l'Ancien Empire.

On sait par un décret, que Nikaânkh, dignitaire de la cour d'Ouserkaf, fera figurer dans son mastaba, que le roi accorda de nouveaux biens au culte d'Hathor de Tenneh en Moyenne-Égypte, réformant du même coup le fonctionnement des domaines qui lui étaient attribués[6]. Le roi s'intéressa également au culte du dieu Montou à Tôd, où des éléments à son nom ont été retrouvés. Ce sont les plus anciens vestiges connus du site.

Au niveau des arts les rares éléments datant de son règne démontrent une maîtrise des techniques poussant au raffinement. On citera notamment les statues en bois du dignitaire Kaaper[Note 5] et de son épouse qui sont conservées au musée du Caire. Le célèbre scribe accroupi du Louvre est daté également du règne d'Ouserkaf en raison de la proximité du lieu de sa découverte avec le complexe funéraire du roi et de rapprochements stylistiques.

Enfin il convient de mentionner deux portraits du roi trouvés l'un à Saqqarah dans le temple funéraire de sa pyramide, tête colossale en granite rouge d'Assouan coiffée du némès, et l'autre dans son temple solaire d'Abousir, tête en grauwacke figurant le roi coiffé de la desheret la couronne rouge de Basse-Égypte[Note 6]. Ces deux portraits exceptionnels sont conservés aujourd'hui au musée du Caire

Ouserkaf épouse la princesse Néferhétepès, fille de Djédefrê, avec laquelle il aura un fils Sahourê qui lui succède sur le trône. Ils recevront un culte funéraire resté en activité au moins jusqu'au milieu de la dynastie dont on connaît plusieurs prêtres rattachés à leur service :

  • Tepemânkh, prêtre du culte d'Ouserkaf et de Sahourê[7].
  • Senouânkh, prêtre du culte d'Ouserkaf et de Sahourê[8].
  • Pehenoukaï, prêtre du culte d'Ouserkaf et vizir sous les règnes de Sahourê et de Néferirkarê Kakaï[9].
  • Nikaourê, juge et administrateur du palais dont le mastaba a été retrouvé à Saqqarah. Il était prêtre du culte funéraire d'Ouserkaf et prêtre du culte de Néferefrê, sous le règne duquel il vécut probablement[10].

On notera le fait que les deux cultes royaux des deux premiers rois sont souvent associés dans les charges de ces dignitaires, indice militant une fois de plus en faveur d'un lien de parenté directe entre ces deux souverains.

Comme son prédécesseur Chepseskaf, Ouserkaf se fait aménager son complexe funéraire à Saqqarah. En revanche il reprend la forme pyramidale pour son tombeau et choisit de l'édifier non loin du complexe funéraire de Djéser. Le fait qu'il ait eu le temps de l'achever semble indiquer une durée de règne supérieure à la demi-douzaine d'année qui lui est attribuée généralement.

Sépulture[modifier | modifier le code]

Composition[modifier | modifier le code]

Le complexe funéraire d'Ouserkaf est composé de:

  • une chaussée qui suit un axe Est-Ouest désaxé Sud-est/Nord-ouest, et qui donne sur une double porte d'entrée en granit
  • un mur d'enceinte de 106,50 x 140 m arrondi en son sommet et divisant le complexe en deux parties
  • un Temple Haut de 47,77 x 72,45 m allongé Est-Ouest parallèlement à la pyramide
  • un Sanctuaire aux Offrandes (de 20,97 x 7,87 m) qui n'est exceptionnellement pas dans le prolongement du reste du Temple Haut
  • d'une pyramide satellite (haute de 14 m) repoussée au Sud-Ouest du complexe
  • d'une pyramide royale canonique, haute de 50 m pour 170 m de côté

À ce complexe funéraire s'ajoute, au Sud, le complexe funéraire de son épouse, Néferhétepès.

Particularités[modifier | modifier le code]

Le complexe funéraire d'Ouserkaf reste incomplètement connu car jusqu'à présent aucune trace d'un temple de la vallée n'a été retrouvée et seules les indications de Perring permettent de supposer l'existence d'une chaussée reliant les deux parties classiques d'un complexe pyramidal. Cependant conservant les principaux éléments du complexe pyramidal établis à la dynastie précédente, ses architectes innovent dans le plan et l'articulation même du temple de la pyramide. En effet, si l'orientation de l'ensemble est singulière le complexe pyramidal d'Ouserkaf en fait une synthèse harmonieuse qui inspirera les architectes de ses successeurs.

Les fouilles de ce complexe ont en outre révélé une qualité jusque-là inégalée dans le programme iconographique des reliefs qui couvraient ses parois, et dans la diversité des matériaux employés pour sa construction. Calcaire de qualité pour les murs, granite pour les portes et piliers du temple, basalte pour le pavage des cours, calcite pour le sol des parties couvertes, les moyens déployés se concentrent désormais sur l'ensemble du complexe.

De fait l'architecture de la pyramide semble à l'inverse s'appauvrir même si l'infrastructure abritant le caveau royal reste l'objet de tous les soins, avec notamment l'emploi d'un énorme dispositif de couverture des appartements funéraires, constitué de blocs colossaux disposés en chevrons. La superstructure elle, est constituée d'une maçonnerie de plus modeste proportion, faite d'un calcaire local. Formée de gradins successifs servant de coffrage dans lequel est accumulé un blocage de pierres la pyramide est de petites dimensions comparée à celle de la IVe dynastie. Le calcaire de Tourah, plus fin et de meilleure qualité restera réservé au parement du monument lui donnant son aspect de pyramide à faces lisses.

Très tôt le complexe pyramidal sera l'objet d'un pillage de ses matériaux de choix, ruinant le temple funéraire et ses annexes et dépouillant la pyramide de ses assises de calcaire régulières et soignées, tant et si bien qu'aujourd'hui elle ressemble à un monticule de pierres entassées au milieu des sables de Saqqarah.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Allen.
    Autres avis de spécialistes : -2500 à -2490 (Krauss), -2513 à -2506 (Redford), -2479 à -2471 (von Beckerath), -2454 à -2447 (Malek), -2471 à -2464 (Dodson)
  2. Cette hypothèse ferait de Néferhétepès la Rêdjedet du conte du Papyrus Westcar
  3. Le complexe funéraire de Néferhétepès a en effet été identifié au sud de celui d'Ouserkaf. Ce sont traditionnellement les grandes épouses royales qui reçoivent cet honneur.
  4. Exception faite peut-être du temple dit du Sphinx à Gizeh datant de la IVe dynastie dont la nature est encore peu claire ; bien que la plupart des chercheurs l'intègrent au complexe funéraire tout proche de Khéphren, d'autres l'identifient comme étant un sanctuaire consacré au dieu soleil sans davantage de preuves que sa proximité avec le grand Sphinx réputé être une représentation du dieu Harmakhis
  5. Baptisé le Sheikh el-beled lors de sa découverte tant l'expression de son visage impressionna les fellahs employés par Mariette lors de la fouille du mastaba à Saqqarah
  6. Cette tête trouvée lors de la fouille du monument effectuée par une équipe d'égyptologues germano-suisse de l'Institut Suisse du Caire en 1957, a longtemps été considérée comme une tête de la déesse Neith en raison des traits fins et arrondis du visage. Cependant de récentes analyses minutieuses de la sculpture ont permis de révéler qu'elle portait une moustache peinte, démontrant qu'il s'agissait bien d'un portrait du roi

Références[modifier | modifier le code]

  1. Un fragment d'une scène du décor du temple haut d'Ouserkaf figure un personnage devant un cartouche dont le dernier hiéroglyphe est le signe ou. Ce relief a subi une modification démontrant que le cartouche a été ajouté par la suite. Seul Sahourê semble correspondre à ce personnage ; cf. J. Ph. Lauer et A. Labrousse.
  2. Cf. J.H. Breasted § 153-160, p. 68-69
  3. Georges Daressy, dans une étude comparative des fragments des annales royales conservées au Musée du caire avec la Pierre de Palerme arrive à un résultat d'une dizaine d'année de règne pour Ouserkaf
  4. cf. J. Ph. Lauer et A. Labrousse
  5. Cf. J.H. Breasted § 156, p. 68
  6. Cf. J.H. Breasted § 216-230, p. 100-106
  7. Cf. K. Sethe Ch.1 § 19
  8. Ibidem. Ch. 1 § 24
  9. Ibidem. Ch. 1 § 30
  10. Cf. A. Mariette, p. 313

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Auguste Mariette, Les mastabas de l’Ancien Empire, Paris,‎ 1889 ;
  • Kurt Heinrich Sethe, Urkunden des Alten Reich, vol. 1, Leipzig, J.C. Hinrichs'sche Burchhandlung,‎ 1903 ;
  • James Henry Breasted, Ancient records of Egypt historical documents from earliest times to the persian conquest, collected edited and translated with commentary, vol. I The First to the Seventeenth Dynasties, The University of Chicago press,‎ 1906 ;
  • Georges Daressy, La Pierre de Palerme et la chronologie de l'Ancien Empire, vol. 12, Le Caire, BIFAO,‎ 1916 ;
  • Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne [détail des éditions], Ouserkaf et les premiers temps de la Ve dynastie ;
  • Jean-Philippe Lauer & Audran Labrousse, Les complexes funéraires d'Ouserkaf et de Néferhétepès, IFAO,‎ 2000.