Plutarque

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Plutarque (Πλούταρχος)

Grèce

Antiquité

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Gravure représentant Plutarque dans l'édition des Vies parallèles par Amyot (1565)

Naissance vers 46 ap. J.-C. (Chéronée)
Décès vers 125 (Chéronée)
École/tradition moyen-platonisme
Principaux intérêts Psychologie, politique, sophistique, épistémologie, métaphysique, langage, éthique, esthétique
Œuvres principales Vies parallèles des hommes illustres, Œuvres morales
Influencé par Platon, Socrate, Caecilius de Calé Acté
A influencé Sir Francis Bacon, Shakespeare, Montaigne, Érasme, Rabelais, Jean-Jacques Rousseau, Joseph de Maistre

Plutarque (en grec ancien Πλούταρχος / Ploútarkhos), né à Chéronée en Béotie vers 46 ap. J.-C. et mort vers 125, est un historien et penseur majeur de la Rome antique, Grec d'origine, influencé par le courant philosophique du néoplatonisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Chéronée, petite ville à l’est de la Phocide, proche de Delphes, Plutarque a vécu entre 46 et 125 après J.-C[1]. Malheureusement, les historiens ne possèdent que peu d’informations sur sa vie, seules la Souda (Xe siècle) et une note d’Eusèbe de Césarée y font référence. Les témoignages les plus importants restent ceux que l’écrivain a glissés lui-même dans son œuvre. Il ne doit pas être confondu avec Plutarque d'Athènes, fondateur et premier scholarque de l'Académie néoplatonicienne d'Athènes vers 400.

Plutarque est le fils d'une famille riche descendante du roi thessalien Opheltias ; celui-ci a jugé bon de l’envoyer[réf. nécessaire] en 65 à l’école platonicienne d’Athènes, où Ammonios d'Athènes lui apprend les sciences et la philosophie. Il obtient la citoyenneté athénienne. Il fait un voyage à Delphes, avec Ammonios et Néron, ensuite un autre à Alexandrie. Chargé d'une première mission à Corinthe, il se rend pour la première fois à Rome, où il enseigne le grec et la philosophie morale sous les règnes de Vespasien et, en 79, de Titus. Il se marie à une compatriote, Timoxena, dont il a quatre enfants puis s'installe à Chéronée, où il ouvre certainement une école. Il écrit Sur la fortune d'Alexandre, les Vies de Galba et d'Othon. Il séjourne de nouveau à Rome en 88, plus longuement en 92. Il est nommé prêtre d'Apollon à Delphes, probablement autour de 85 et occupe cette fonction jusqu'à sa mort[2]. Il acquiert la citoyenneté romaine et adopte le gentilice Mestrius, en hommage à son ami Florus. Vers 100-102, il commence l'immense cycle de ses Vies parallèles. Il revient ensuite à Chéronée où il se partage entre l’écriture de son œuvre et la vie publique (il organisait les fêtes religieuses). Il meurt vers 125. Le lieu de sa mort n'est pas connu ; il est peut-être mort à Chéronée où il avait passé la fin de sa vie[3].

Auteur très fécond de plusieurs traités de morale, de philosophie, de théologie, de politique, érudit doué d’une connaissance encyclopédique, il étudie dans ses biographies la vertu à travers ses personnages de héros et adopte une position qui n’est pas celle de l’historien. Plutarque adhère aux faits qu’il présente, il imprègne son récit. C’est un moraliste et un observateur platonicien, à la fois l'ennemi des stoïciens et des épicuriens[4].

En outre, l'objectif de Plutarque est à chaque fois de dégager le portrait moral plutôt que de rapporter les événements politiques de l'époque : il se considère lui-même plus comme un biographe ou un moraliste qu'un historien[5]. D'où le traitement détaillé qu'il consacre à son personnage. Même si Plutarque déforme la vérité, il est en général aussi fiable que ses sources, et parfois d'une grande valeur. Il ne montre aucun parti pris dans son traitement des Grecs et des Romains, aucune flatterie pour le pouvoir de Rome, alors dominant, ni de vanité pour la gloire passée de sa propre nation. Il croyait dans la coexistence du gouvernant romain et de l'éducateur grec.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Une page des Vies parallèles imprimée à Rome en 1470, collection de l'Université de Leeds

Les Vies parallèles des hommes illustres (en grec Βίοι Παράλληλοι / Bíoi Parállêloi) rassemblent cinquante biographies, dont 46 sont présentées par paire, comparant des Grecs et des Romains célèbres[6] (par exemple Thésée et Romulus, Alexandre le Grand et César, Démosthène et Cicéron). À la fin de chaque doublet, la plupart du temps, un bref texte (σύγκρισις / súnkrisis) compare les deux personnages. Nous avons perdu la première paire, consacrée à Épaminondas et Scipion l'Africain. Parmi les biographies séparées figurent celle d'Artaxerxès II, Aratos de Soles, et les huit biographies de Césars, d'Auguste à Vitellius. On date l'écriture de ces biographies entre 100 et 110. Les Œuvres morales sont plus de 230 traités consacrés à des sujets nombreux et variés. Seuls 79 nous sont parvenus : De la curiosité, De la tranquillité de l'âme, Des vertus morales, Du démon de Socrate, De la face qui paraît sur la Lune, Sur Isis et Osiris

Les Vies parallèles sont l'œuvre la plus connue de Plutarque. Elles étaient admirées de Montaigne comme du Grand Condé ; Corneille pour le Sertorius, et Shakespeare y ont puisé des sujets de tragédie. Un autre grand lecteur des Vies parallèles fut Rousseau, qu'elles accompagnèrent jusqu'à la fin de sa vie.

Plutarque a aussi écrit des Dialogues pythiques et des Propos de table, imités de Platon. Le nom de « Pseudo-Plutarque » est un nom conventionnel donné aux auteurs inconnus d'un certain nombre de pseudépigraphes attribués à Plutarque.

Plutarque physicien[7][modifier | modifier le code]

Dans les dialogues De la face qui paraît sur la Lune et Sur les sanctuaires dont les oracles ont cessé des Œuvres morales, Plutarque expose une Physique originale. L’observation de l’aspect irrégulier de la Lune le conduit à affirmer : « La Lune est une terre céleste »[8] qui réfléchit les rayons du Soleil. Il abandonne la notion de différence du monde sub-lunaire et de monde supra-lunaire parfait d’Aristote. Tous les astres sont le centre d’un monde : « Chacun des mondes a une terre et une mer »[9] et le mouvement des graves d’un monde va vers le centre de ce monde. Il préfigure la Mécanique newtonienne quand il écrit : « La lune n’est pas entraînée vers la Terre par son poids car ce poids est repoussé et détruit par la force de rotation »[10].

Influences[modifier | modifier le code]

Les écrits de Plutarque eurent une énorme influence sur la littérature européenne, notamment française et anglaise. La traduction en français des Vies parallèles par Jacques Amyot au milieu du XVIe siècle, constamment rééditée jusqu'à aujourd'hui, a renforcé sa diffusion et a fait de Plutarque un passeur de l'Antiquité à l'époque moderne ; c'est aussi un monument de la littérature française en prose[11]. En 1579, l'Anglais Thomas North en donne une traduction[12] qui servira de source à certaines tragédies historiques de William Shakespeare, notamment Jules César, Antoine et Cléopâtre, Coriolan ou Timon d'Athènes. Parmi ses admirateurs anglophones figurent aussi Ben Jonson, Sir Francis Bacon, John Milton, John Dryden, et plus tard Robert Browning. Les Essais de Montaigne, les œuvres de La Boétie, d'Érasme, de Rabelais, plus tard l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau et de Joseph de Maistre sont profondément inspirés de ses Œuvres morales et des Vies Parallèles. Cotton Mather, Alexander Hamilton, Ralph Waldo Emerson et les transcendantalistes américains ont été très influencés par les Œuvres morales. Par ailleurs, dans les romans de Maurice Leblanc, les Vies parallèles sont le livre de chevet du héros Arsène Lupin, ce qui est révélateur des ambitions tant du personnage principal que de son auteur.

L'influence de Plutarque connaît un regain au XXe siècle, avec la reprise à contre-pied des Vies par Michel Foucault : « La Vie des hommes infâmes » dans Les Cahiers du chemin[13] ou, en 1984, Pierre Michon qui publie Vies minuscules, empruntant certaines méthodes à Plutarque[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Détail des éditions de Plutarque[modifier | modifier le code]

Pseudo-Plutarque[modifier | modifier le code]

  • Dans son Répertoire des sources philosophiques antiques (consulté en octobre 2011), Martine Vidoni (CNRS) note, à propos des divers Pseudo-Plutarque :« Seule la commodité permet d'accorder à des auteurs différents la paternité d'ouvrages aussi divers que : De musica, Placita philosophorum, De fluviis, Vita Homeri. »

Études sur Plutarque[modifier | modifier le code]

  • Daniel Babut, Plutarque et le stoïcisme, Paris, Presses universitaires de France, 1969 (thèse).
  • Jacques Boulogne, Plutarque. Un aristocrate grec sous l'occupation, Presses universitaires de Lille, 1994.
  • Jacques Boulogne, Plutarque dans le miroir d'Épicure, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Philosophie », 2003.
  • Robert Flacelière, Sagesse de Plutarque, PUF, 1964.
  • Jean Sirinelli, Plutarque de Chéronée, Fayard, 2000, 524 p.

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

  • Leclant, Jean (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, PUF, 2008.
  • Howatson, Margaret C.(dir.), Dictionnaire de l'Antiquité : mythologie, littérature, civilisation, Paris, Robert Laffont, 1993.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Textes en ligne[modifier | modifier le code]

Articles en ligne[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir notamment l'article de Pascal Payen, « Plutarque par lui-même », dans le Dictionnaire Plutarque publié à la suite des Vies parallèles de l'édition Gallimard (réf. ci-dessous).
  2. Voir Pascal Payen, « Delphes », Dictionnaire Plutarque.
  3. Howatson (dir., 1993), article « Plutarque ».
  4. Commentaires sur De la vertu et du vice (en grec ancien Περὶ ἀρετῆς καὶ κακίας) tiré des Œuvres morales de Plutarque, par Paul Chemla (Arléa, 2011, page 69)
  5. Emmanuel Laurentin, La Fabrique de l'histoire, 30 août 2011
  6. L'édition la plus récente de ces Vies parallèles est publiée sous la direction de François Hartog chez Gallimard, Collection Quarto, 2001, 2292 pages.
  7. Pierre Duhem, Le système du Monde, 1re partie, chap. XIII, 13.
  8. De la face qui paraît sur la Lune, chap 18.
  9. Sur les sanctuaires dont les oracles ont cessé (XVII)
  10. De la face qui paraît sur la Lune (VI)
  11. Voir notamment Marc Fumaroli, in Exercices de lecture, Paris, Gallimard, 2005.
  12. François Laroque, Alain Morvan, Frédéric Regard, Histoire de la littérature anglaise, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Premier Cycle »,‎ 1997 (ISBN 2130481426), p. 2.
  13. Voir Didier Éribon, Michel Foucault et ses contemporains, Fayard, 1994 (ISBN 9782213593364), p. 265 : « Les Anciens aimaient à mettre en parallèle les vies des hommes illustres ; on écoutait parler à travers les siècles ces ombres exemplaires. Les parallèles, je sais, sont faites pour se rejoindre à l'infni. Imaginons-en d'autres qui, indéfiniment, divergent.... Ce serait comme l'envers de Plutarque : des vies à ce point parallèles que nul ne peut plus les rejoindre. »
  14. Laurent Demanze, « Les Illustres et les minuscules : Pierre Michon, lecteur de Plutarque », dans Anne-Marie Monluçon, Agathe Salha et Brigitte Ferrato-Combe (dir.), Fictions biographiques XIXe-XXIe siècles, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2007, p. 235-246.
  15. Notice de l'édition sur le Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France. Page consultée le 7 août 2013.