Plutarque
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Plutarque (en grec ancien Πλούταρχος / Ploútarkhos), né à Chéronée en Béotie vers 46 ap. J.-C., mort au même endroit en 125, est un philosophe de la Grèce antique, que l'on peut ranger dans le moyen-platonisme.
Ne pas confondre avec Plutarque d'Athènes, fondateur et premier scolarque, recteur, de l'école néoplatonicienne d'Athènes vers 400.
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[modifier] Biographie
On fixe la vie du Béotien Plutarque entre 46 et 120 après J.-C. Il est né à Chéronée (petite ville à l’est de la Phocide, proche de Delphes). Malheureusement, les historiens ne possèdent que peu d’informations sur la vie de l’illustre biographe, seuls la Souda (Xe siècle) et une note d’Eusèbe de Césarée font référence à sa vie. Les témoignages les plus importants restent ceux que l’écrivain a glissé lui-même dans son œuvre.
On le sait fils d'une bonne famille, qui a jugé bon de l’envoyer en 65 à l’école platonicienne d’Athènes, où Ammonios d'Athènes lui apprend les sciences et la philosophie. Il obtient la citoyenneté athénienne. Il fait un voyage à Delphes, avec Ammonios et Néron, ensuite un autre à Alexandrie. Il a une première mission à Corinthe. Il se rend pour la première fois à Rome, où il enseigne le grec et la philosophie morale sous les règnes de Vespasien et, en 79, de Titus. Il se marie. Il s'installe à Chéronée, où il ouvre certainement une école. Il écrit Sur la fortune d'Alexandre, les Vies de Galba et d'Othon. Il séjourne de nouveau à Rome en 88, plus longuement en 92. Il est nommé prêtre d'Apollon à Delphes. Il acquiert la citoyenneté romaine et adopte le gentilice Mestrius, en hommage à son ami Florus. Vers 100-102, il commence l'immense cycle de ses Vies parallèles. Il revient ensuite à Chéronée où il se partage entre l’écriture de son œuvre et la vie publique (il organisait les fêtes religieuses). Il meurt vers 120 à Thèbes.
C’est un auteur monumental et très fécond de plusieurs traités de morale, de philosophie, de théologie, de politique, un érudit doué d’une connaissance encyclopédique. Dans ses biographies, il étudie la vertu à travers ses personnages de héros et adopte une position qui n’est pas celle de l’historien. Plutarque adhère aux faits qu’il présente, il imprègne son récit. C’est un moraliste et un observateur platonicien. Néanmoins, il est à la fois l'ennemi des stoïciens et des épicuriens.
En outre, l'objectif de Plutarque est à chaque fois de dégager le portrait moral plutôt que de rapporter les événements politiques de l'époque. D'où le traitement détaillé qu'il consacre à son personnage. Même si Plutarque déforme la vérité, il est en général aussi fiable que ses sources, et parfois d'une grande valeur. Il ne montre aucun parti pris dans son traitement des Grecs et des Romains, aucune flatterie pour le pouvoir de Rome, alors dominant, ni de vanité pour la gloire passée de sa propre nation. Il croyait dans la coexistence du gouvernant romain et de l'éducateur grec.
[modifier] Œuvre
Les Vies parallèles des hommes illustres (en grec Βίοι Παράλληλοι / Bíoi Parállêloi) rassemblent cinquante biographies, dont 46 sont présentées par paire, en opposant un Grec et un Romain célèbres[1] (par exemple Thésée et Romulus, Alexandre le Grand et César, Démosthène et Cicéron). À la fin de chaque doublet, la plupart du temps, un bref texte (σύγκρισις / súnkrisis) compare les deux personnages. Nous avons perdu la première paire, consacrée à Épaminondas et Scipion. On date l'écriture de ces biographies entre 100 et 110.
Parmi les biographies séparées figurent celle d'Artaxerxès II, Aratos, et les huit biographies de Césars, d'Auguste à Vitellius. C'est l'œuvre la plus connue de Plutarque. Elle était admirée de Montaigne comme du Grand Condé ; Corneille et Shakespeare y ont puisé des sujets de tragédie (le Sertorius de Corneille). Notons qu'elle était, malgré la traduction tragique d'Aymiot, l'œuvre qui accompagna Rousseau jusqu'à la fin de sa vie.
Les Œuvres morales sont plus de 230 traités consacrés à des sujets nombreux et variés. Seuls 79 nous sont parvenus : De la curiosité, De la tranquillité de l'âme, Des vertus morales, Du démon de Socrate, etc.
Il a aussi écrit des Dialogues pythiques et des Propos de table, imités de Platon.
[modifier] Influences
Les écrits de Plutarque ont eu une énorme influence sur la littérature européenne, notamment française et anglaise. La traduction en français des Vies Parallèles par Jacques Amyot au milieu du XVIe siècle, constamment rééditée jusqu'aujourd'hui, a renforcé sa diffusion et a fait de Plutarque un passeur de l'Antiquité à l'époque moderne, voire un monument des lettres françaises. En 1579, l’anglais Thomas North en donne une traduction[2] qui servira de source à certaines tragédies historiques de William Shakespeare, notamment Antoine et Cléopâtre, Coriolan ou Timon d'Athènes.
Parmi ses admirateurs anglophones figurent aussi Ben Jonson, Sir Francis Bacon, John Milton, John Dryden, et plus tard Robert Browning. Les Essais de Montaigne, les œuvres de La Boétie, d'Érasme, de Rabelais, plus tard l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau et de Joseph de Maistre sont profondément inspirés de ses œuvres morales et des Vies Parallèles.
Cotton Mather, Alexander Hamilton, Ralph Waldo Emerson et les transcendantalistes américains ont été très influencés par les Œuvres morales.
Par ailleurs, dans les romans de Maurice Leblanc, les Vies parallèles sont le livre de chevet du héros Arsène Lupin, ce qui est révélateur des ambitions tant du personnage principal que de son auteur.
L'influence de Plutarque connait un rebondissement au XXe siècle[réf. nécessaire], avec la reprise à contre-pied des Vies par Michel Foucault : « La Vie des hommes infâmes » dans Les Cahiers du chemin[3] ou, en 1984, Pierre Michon qui publie Vies minuscules, empruntant certaines méthodes à Plutarque[4].
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
[modifier] Bibliographie
- Détail des éditions
- Études
- Jacques Boulogne :
- Plutarque. Un aristocrate grec sous l'occupation, Presses universitaires de Lille, 1994.
- Plutarque dans le miroir d'Épicure, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Philosophie », 2003.
- Robert Flacelière, Sagesse de Plutarque, PUF, 1964.
- Jean Sirinelli, Plutarque de Chéronée, Fayard, 2000, 524 p.
- Leclant, Jean (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, PUF, 2008.
- Howatson, Margaret C.(dir.), Dictionnaire de l'Antiquité: Mythologie, Littérature, Civilisation, Paris, Robert Laffont, 1993.
[modifier] Liens externes
- Textes en ligne
- Œuvres de Plutarque sur remacle.org
- Œuvres de Plutarque sur Hodoi Elektronikai
- Les Vies des hommes illustres sur mediterranees.net
- Projet Gutenberg :
- (en) Plutarque à LacusCurtius (La plupart des Vies; Sur la fortune ou la vertu d'Alexandre, Sur la fortune des Romains, Questions romaines, et autres extraits des Moralia).
- Article
- Plutarque, Sur l' E de Delphes 390 B 6-8 et l'explication de la vision en Timée 45 b-d*, Alain Lernould, Revue Methodos.
- Voir les articles sur Plutarque dans les Varia du site du Labiana Callipolis, Laboratoire d'histoire grecque.
[modifier] Notes et références
- ↑ L'édition la plus récente des ces Vies parallèles est publiée sous la direction de François Hartog chez Gallimard, collection Quarto, 2001, 2292 pages.
- ↑ François Laroque, Alain Morvan, Frédéric Regard, Histoire de la littérature anglaise, Presses Universitaires de France, coll. « Premier Cycle », Paris, 1997 (ISBN 2130481426), p.2
- ↑ Voir Didier Éribon, Michel Foucault et ses contemporains, Fayard, 1994 (ISBN 9782213593364), p. 265 : « Les Anciens aimaient à mettre en parallèle les vies des hommes illustres; on écoutait parler à travers les siècles ces ombres exemplaires. Les parallèles, je sais, sont faites pour se rejoindre à l'infni. Imaginons-en d'autres qui, indéfiniment, divergent.... Ce serait comme l'envers de Plutarque: des vies à ce point parallèles que nul ne peut plus les rejoindre. »
- ↑ Laurent Demanze, « Les Illustres et les minuscules : Pierre Michon, lecteur de Plutarque », dans Anne-Marie Monluçon, Agathe Salha et Brigitte Ferrato-Combe (dir.), Fictions biographiques XIXe-XXIe siècles, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2007, p. 235-246.
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