Hatchepsout

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Hatchepsout
Statue de la reine Hatchepsout (Rijksmuseum van Oudheden, Leyde)
Statue de la reine Hatchepsout (Rijksmuseum van Oudheden, Leyde)
Fonctions
souverain d'Égypte
v. 1479 – v. 1457 avant notre ère[n 1]
Prédécesseur Thoutmôsis II
Successeur Thoutmôsis III
Biographie
Dynastie XVIIIe dynastie
Nouvel Empire égyptien
Nom de naissance Hatchepsout
Date de naissance v. 1508 avant notre ère[1]
Date de décès v. 1457 avant notre ère
Sépulture KV20 puis KV60[1]
Père Thoutmôsis Ier
Mère Ahmès
Grand-père paternel Ahmosé-Sipair ou Amenhotep Ier
Grand-mère paternelle Séniséneb
Grand-mère maternelle Séniseneb ou Ahmès-Néfertary ?
Fratrie Thoutmôsis II
Néféroubity
Amenmès
Ouadjmès
Conjoint Thoutmôsis II
Enfant(s) Néférourê
Mérytrê-Hatchepsout ?
Deuxième conjoint Sénènmout (amant) ?
Enfant(s) avec le 2e conjoint Maïherpéra ?

Hatchepsout[n 2] est reine-pharaon, le cinquième souverain de la XVIIIe dynastie de l'Égypte antique.

Hatchepsout est la fille du pharaon Thoutmôsis Ier et de la Grande épouse royale Ahmès. Son époux est Thoutmôsis II, fils de Thoutmôsis Ier et d'une épouse secondaire Moutnofret Ire. Le couple a une fille Néférourê.

Hatchepsout monte sur le trône vers 1478 av. J.-C. Elle règne conjointement avec Thoutmôsis III, le fils de son époux, et d'une épouse secondaire de celui-ci Iset.

Selon l'égyptologue James Henry Breasted, elle est connue pour être la « première grande femme dont l'histoire ait gardé le nom »[2].

Généalogie[modifier | modifier le code]

Hatchepsout est la fille de Thoutmôsis Ier et de la Grande épouse royale Ahmès.

Son demi-frère, Thoutmôsis II, qu'elle avait épousé pour assurer la légitimité de ce dernier, monte sur le trône après le décès de son père ; mais, sans doute d'une santé fragile, il disparaît jeune. Manéthon l'appelle Amessis[3] ou Amensis[4].

Inéni, qui fut maire de Thèbes, rapporte dans une inscription autobiographique de sa tombe[5] que

« Thoutmôsis (le second) partit pour le ciel et se mélangea aux dieux. Son fils (Thoutmôsis III, le fils de Thoutmôsis II et d'Iset, une des concubines de son père) monta à sa place sur le trône du Double Pays et régna sur le trône de celui qui l'avait engendré. »

Or, à son avènement, le nouveau roi

« était encore un tout jeune enfant. C'est pourquoi sa sœur [sic] Hatchepsout […] conduisait les affaires du pays. Les Deux Terres étaient soumises à sa volonté et la servaient. »

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature des pharaons.

Règne[modifier | modifier le code]

Datation[modifier | modifier le code]

Hatchepsout effectuant le rituel de fondation de la chapelle rouge en présence de Seshat

On situe son règne de 1479 av. J.-C. à 1457 av. J.-C.[n 1]

Manéthon lui attribue un règne de vingt-un ans et neuf mois. Flavius Josèphe et Sextus Julius Africanus, reprenant les textes de Manéthon, lui donne un règne de vingt-un ans pour le premier et vingt-deux ans pour le deuxième.

Quoique son règne soit attesté dans diverses sources antiques et contemporaines de son époque, Hatchepsout est décrite par les premiers érudits modernes comme étant seulement corégente de 1479 av. J.-C. à 1458 av. J.-C., soit les années sept à vingt-un d'un règne attribué à Thoutmôsis III[6]. Désormais, les égyptologues s'accordent à dire que Hatchepsout a assumé le rôle de pharaon pendant vingt-deux ans.

Dater le début de son règne est difficile, toutefois, le règne de son père débute entre 1506 av. J.-C. ou 1526 av. J.-C. selon que l'on considère une chronologie basse ou haute[7]. La longueur des règnes de Thoutmôsis Ier et Thoutmôsis II ne peut être déterminée avec certitude. Avec des règnes courts, Hatchepsout aurait pu accéder au trône quatorze ans après le couronnement de son père Thoutmôsis Ier[8]. Des règnes longs repousseraient son accession à vingt-cinq ans après le couronnement de Thoutmôsis Ier[7]. Ainsi, Hatchepsout a pu assumer le pouvoir au plus tôt en 1512 av. J.-C. ou au plus tard en 1479 av. J.-C.

La plus ancienne attestation désignant Hatchepsout comme pharaon se trouve dans la tombe de Ramose et de Hatnefer, parents de Sénènmout, où la collection de meubles funéraires comprend une poterie estampillée de l'« année 7 »[9]. Une autre jarre de la même tombe – découverte « in situ » dans les années 1935-1936 lors de l'expédition du Metropolitan Museum sur une colline proche de Thébes – est estampée du sceau de « l'épouse du Dieu Hatchepsout » tandis que deux autres portent le sceau de « la bonne Déesse Maatkare »[10].

La datation des amphores « scellées dans la chambre funéraire du [tombeau] par les débris de la propre tombe de Sénènmout » est incontestée, ce qui indique que Hatchepsout était connue comme roi et non comme reine d’Égypte à l'an 7 de son règne[10].

Les archives de la fin du règne de Hatchepsout indiquent que la première campagne majeure de Thoutmôsis III est datée de sa vingt-deuxième année, qui correspondrait à la vingt-deuxième année du règne de Hatchepsout comme pharaon[11].

Couronnement[modifier | modifier le code]

C’est symboliquement le jour de l'an (I Akhet 1) de l’an VII du règne de Thoutmôsis III qu’Hatchepsout proclame -sur les parois du temple de Deir el-Bahari- que son « couronnement » eut lieu[12]. En fait, il aurait réellement eu lieu entre le II Peret 1 et le IV Chemou 30, soit bien plus tard dans l’année, selon les inscriptions de son seul obélisque encore érigé à Karnak[13]. Elle proclame donc idéalement son couronnement au jour de l’an pour profiter de la portée symbolique de cette date.

Elle obtient donc tous les pouvoirs en se faisant couronner pharaon grâce à l'appui du haut clergé d'Amon dirigé par le grand prêtre Hapouseneb. De ce fait, l'héritier légitime se voit relégué au second plan.

Elle est désormais :

  • Horus femelle [sic] (Ḥr.t) : Celle dont les kas sont puissants ;
  • Deux Maîtresses : Celle dont les années reverdissent (ou se renouvellent) ;
  • Horus d'or : Celle dont les apparitions sont divines ;
  • Roi de Haute et de Basse-Égypte : Maâtkarê (Maât est le ka de Rê) ;
  • Fils de Rê : Khenemet-Amon-Hatchepsout (Celle qui s'unit à Amon (ou : rejeton d'Amon), la première des nobles Dames).

Elle n'usurpe pas à proprement parler le trône, car Thoutmôsis III reste associé aux manifestations royales. Officiellement, la reine-pharaon n'est que corégente de Thoutmôsis III, mais c'est incontestablement elle qui détient la réalité du pouvoir. Pour se donner un surcroît de légitimité, elle propage le mythe de sa naissance divine[14]. D'après une longue inscription dans son temple funéraire à Deir el-Bahari, son Temple des Millions d'années, elle aurait été engendrée par le dieu Amon qui avait pris les traits de son père, Thoutmôsis Ier ; après ce « mariage sacré » ou théogamie, Khnoum la façonna sur son tour de potier et elle fut présentée à Amon qui lui promit « cette bienfaisante fonction royale dans ce pays tout entier ». D'ailleurs, du vivant déjà de Thoutmôsis Ier, elle aurait été installée sur le « trône d'Horus des vivants », c'est-à-dire couronnée, en présence de la Cour, après que l'oracle d'Amon à Karnak l'eut désignée comme roi.

Tête de Hatchepsout (trouvée à Louxor), exposée au musée national d'Alexandrie

Après son couronnement, Hatchepsout remplace la robe fourreau et sa couronne de reine par le pagne court, le némès et la barbe postiche. Les nombreuses statues la représentant en homme attestent sa volonté d'être reconnue en tant que roi. En l'an VII, elle fait élever son temple funéraire à côté de celui de Montouhotep II, dans une falaise de la montagne thébaine, à Deir el-Bahari, temple que les Égyptiens nommaient "djéser djéserou", Le saint des saints. Outre son Temple des Millions d'années, elle fait construire sa tombe dans la vallée des rois près de celle de son père, et, à Karnak, le huitième pylône de même qu'une chapelle-reposoir pour la barque d'Amon, dite la chapelle rouge.

Entourage[modifier | modifier le code]

Cette femme énergique sut se maintenir au pouvoir pendant une vingtaine d'années, grâce à l'appui de dignitaires compétents et dévoués dont le sort était sans doute lié au sien : Pouymrê, deuxième prophète d'Amon et grand architecte ; le chancelier Néhésy, qui prit la tête de l'expédition vers le pays de Pount ; Hapouseneb, son vizir et grand prêtre d'Amon ; Sénènmout (ou Senmout), son favori, qui était aussi le précepteur de la princesse Néférourê.

Sénènmout, fils de Ramose et de Hatnefer, était d'origine modeste, mais son ambition et ses talents lui permirent d'accéder aux faveurs de la reine. Il devint son premier conseiller, peut-être son amant, accumulant richesses et titres : Ami unique, Serviteur de Maât, régisseur des domaines royaux, intendant des « champs et des troupeaux d'Amon », « Directeur des Deux Greniers », il fut également « Directeur de tous les travaux du roi (i. e. de la reine) » et, en tant que tel, il supervisa la construction du Château des Millions d'années, dont il fut également l'architecte. En l'an XV, il dirigea l'expédition qui rapporta des carrières de granit d'Assouan la paire d'obélisques que la reine fit dresser à Karnak. Après le décès de Néférourê, il tomba apparemment en disgrâce, car son nom et ses images furent martelés du vivant même de Hatchepsout.

Principales réalisations[modifier | modifier le code]

Accomplissement[modifier | modifier le code]

Selon toute vraisemblance, le règne de Hatchepsout fut pacifique, bien qu'en l'an XII elle dût mater une rébellion nubienne au niveau de la deuxième cataracte. Même si la majorité de ses constructions en Nubie furent détruites sous ses successeurs, il subsiste quelques traces de son passage à Kasr Ibrîm et à Bouhen. La politique étrangère de la reine se caractérisait surtout par des expéditions commerciales. Ainsi, dans le Château des Millions d'années, les bas-reliefs illustrent une expédition envoyée au Pays de Pount, en l'an VIII/IX du règne : à leur retour, « les navires étaient chargés très lourdement des merveilles (...) du pays divin (...) - de l'or, de l'ivoire, du bois d'ébène, des peaux de panthère, une panthère vivante, une girafe, des parfums et des huiles de sycomore… », mais surtout de l'encens, qui était abondamment utilisé dans les cérémonies du culte. Du Liban, ses caravanes rapportaient le bois de cèdre nécessaire à la construction des bateaux ; une expédition vers le Sinaï permit d'exploiter les mines de cuivre et de turquoise.

En l'an XXI ou XXII du règne, deux ans après la mort ou la disgrâce de Sénènmout, Thoutmôsis III assuma seul le pouvoir et fit marteler les cartouches de la reine mystérieuse, leur substituant ceux de Thoutmôsis Ier et II ou encore les siens.

Relations commerciales[modifier | modifier le code]

Trace d'un arbre possiblement ramené du pays de Pount par l'expédition de l'an VIII/IX décrit sur les murs du temple funéraire de Hatchepsout.

Durant son règne, Hatchepsout a rétabli les routes commerciales perturbées pendant l'occupation de l’Égypte par les Hyksôs durant la Deuxième Période intermédiaire égyptienne, accroissant ainsi la richesse de la XVIIIe dynastie.

Elle supervise et finance l'expédition au pays de Pount en l'an IX[15]. L'expédition est dirigée par le chancelier Néhésy[15]. Elle est composée de cinq bateaux équipés de plusieurs voiles et actionnés par des rameurs[16]. Si le tonnage et le nombre des membres d'équipage sont inconnus, Christiane Desroches Noblecourt estime, au regard des bas-reliefs, que les vaisseaux auraient pu dépasser les 70 pieds de long et comporter trente rameurs[17]. Les Égyptiens ramènent de leur voyage des ivoires, des bois d'ébène, des épices et autres produits exotiques[18], ainsi que trente et un arbres[19] de myrrhe dont les racines ont été soigneusement empaquetées dans des paniers pour la durée du voyage[20]. Il s'agit de la première tentative de transplantation d'arbres. Certains de ces arbres ont été plantés dans les cours du complexe du temple funéraire de Hatchepsout[19]. Cette expédition est commémorée sur les murs de Deir el-Bahari[15] qui représente également la reine du pays de Pount, Iti.

Hatchepsout a aussi organisé des expéditions vers Byblos et le Sinaï où elle exploite les mines de Ouadi Maghara[15]. Peu de choses sont connues sur ces expéditions.

Bien que la politique étrangère de Hatchepsout soit essentiellement pacifique[21], elle lance une campagne militaire contre la Nubie où elle destitue le vice-roi Séni pour le remplacer par Inebni[15]. Il est également possible qu'elle ait lancé une campagne militaire contre la Palestine[22].

Constructions[modifier | modifier le code]

Obélisque de Hatchepsout dans le temple de Karnak

Hatchepsout est l'un des plus prolifiques bâtisseurs de l'ancienne Égypte, initiant plusieurs centaines de projets en Haute et Basse-Égypte. Ses réalisations sont probablement plus grandioses et plus nombreuses que celles de ses prédécesseurs du Moyen Empire égyptien. Ses successeurs ont tenté de les usurper.

Elle emploie le grand architecte Inéni, qui avait déjà travaillé pour son père et pour son mari.

La production de statuaires a été tellement important durant son règne que presque tous les musées du monde ont des statues de Hatchepsout dans leurs collections, à l’instar de la Hatshepsut Room du Metropolitan Museum of Art dédiée intégralement à ces pièces.

Poursuivant la tradition des précédents pharaons, Hatchepsout a construit des monuments à Karnak. Elle restaure et agrandit le Temple de l'antique déesse Mout, qui avait été ravagé par les souverains étrangers pendant l'occupation des Hyksôs. Elle fait ériger les deux obélisques à l'entrée du temple. L'un est toujours debout, plus grand obélisque encore érigé. L'autre est tombé, brisé en deux.

Autre réalisation, la Chapelle rouge, conçue comme sanctuaire de la barque sacrée du dieu Amon et installée initialement entre les deux obélisques.

Ultérieurement, elle commande l'extraction de deux autres obélisques pour célébrer sa seizième année de règne. L'un des deux se brise pendant la construction et reste dans les carrières de Assouan. Cet obélisque inachevé donne des indications sur la façon dont ces monuments étaient taillés[23].

Le temple de Pachet.

Le temple de Pachet a été construit par Hatchepsout à Beni Hassan dans le Gouvernorat de Minya au Sud de Al-Minya. Le temple souterrain est une caverne creusée dans les falaises rocheuses de la rive orientale du Nil. Il a été admiré par les Grecs qui l'ont appelé Spéos Artémidos, durant leur occupation de l’Égypte par la dynastie des Lagides. Sur l'architrave du temple, une longue dédicace, traduit par James Peter Allen, glorifie la reine Hatchepsout de son travail de restauration après les destructions des Hyksôs[24]. Le temple a été modifié par la suite et les décors intérieurs ont été usurpés par Séthi Ier, durant la XIXe dynastie qui a remplacé le nom de Hatchepsout par le sien.

Temple funéraire[modifier | modifier le code]

le Djeser-Djeserou est le bâtiment principal du temple funéraire de Hatchepsout. dans le complexe funéaire de Deir el-Bahari.

Respectant la tradition des pharaons précédents, le principal monument construit par Hatchepsout est le grandiose temple funéraire construit à proximité de celui de Montouhotep II, à Deir el-Bahari dans une falaise de la montagne thébaine. Il est conçu par le Grand Majordome de la reine, Sénènmout qui en supervise les travaux. Le point focal en est le Djeser-Djeserou, le sublime des sublimes, une colonnade d'une parfaite harmonie située au sommet d'une série de terrasses qui étaient autrefois des jardins luxuriants.

Malgré les 120 sphinx qui montaient la garde devant l'entrée, son nom fut martelé après sa mort afin d'être effacé du monument, sans doute à l'instigation de son neveu et beau-fils, Thoutmôsis III. Sa célébrité actuelle doit plus à son audace de se faire représenter comme un homme qu'à son règne pendant l'âge d'or de la XVIIIe dynastie.

Le temple a été reconstitué par une équipe égypto-polonaise travaillant sur le site depuis 1961[25].

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Mort, sépulture et momie[modifier | modifier le code]

Mort[modifier | modifier le code]

Statue de Hatchepsout, temple de Hatchepsout, Deir el-Bahari.

Hatchepsout, alors âgée d'une cinquantaine d'années, meurt dans la vingt-deuxième année de son règne[26].

Une stèle érigée à Hermonthis porte la date, an 22, 2e mois de Peret, 10e jour, à laquelle Thoutmôsis III est devenu le nouveau pharaon et donc la date probable de la mort de la reine. James Allen écrit que la stèle est considéré par les spécialistes comme étant la première sur laquelle Thoutmôsis III se qualifie, par deux fois, de « Thoutmosis, souverain de Maat ». Il affirme ainsi gouverner par lui-même l’Égypte, sans Hatchepsout qui devait être probablement morte[27],[28]. Cette information est conforme aux données de la liste de Manéthon qui indique que l'accession au trône de Hatchepsout a eu lieu le 1er mois de Chémou, 4e jour[29] pour un règne de 21 ans et 9 mois.

Aucune indication contemporaine n'indique la cause de sa mort.

Sépulture[modifier | modifier le code]

Un des deux sarcophages trouvés dans KV20

Hatchepsout a initié la construction d'une première tombe alors qu'elle était la Grande épouse royale de Thoutmôsis II. Mais, après son accession au trône, celle-ci est devenue inadaptée à son statut de pharaon.

Ainsi, la tombe KV20, probablement première tombe creusée dans la Vallée des rois et conçue à l'origine pour son père Thoutmôsis Ier, a été agrandie pour accueillir une nouvelle chambre funéraire. Il est donc probable qu'elle ait été initialement enterrée dans cette tombe avec son père[30].

Pendant le règne de Thoutmôsis III, le corps de Thoutmôsis Ier a été déplacé dans la tombe KV38. Dans le même temps, la momie de Hatchepsout a été placée dans la tombe KV60 de sa nourrice Satrê.

Le mobilier funéraire de Hatchepsout a été retrouvé dans plusieurs tombes. Lors de sa fouille par Howard Carter en 1903, sa tombe originelle KV20, comprenait des vases en pierre portant les noms de Ahmès-Néfertary, Thoutmôsis Ier et Hatchepsout ; deux sarcophages en quartzite ; une coffre à canopes au nom de Hatchepsout. Dans la cache royale DB320, un coffret à canopes en ivoire a été trouvé. Il porte le nom de Hatchepsout et contient des viscères momifiés ainsi qu'une dent.

Momie[modifier | modifier le code]

En 1903, l'égyptologue Howard Carter – à qui l'on doit la découverte de la tombe de Toutânkhamon en 1922 - avait mis au jour les momies de deux femmes dans la tombe KV60 de la vallée des rois à Louxor. L'une des momies se tenait dans un sarcophage tandis qu'une autre était posée simplement sur le sol de la tombe.

La première momie fut identifiée comme celle de Satrê, la nourrice de Hatchepsout. L'identité de la seconde femme demeurait inconnue jusqu'à présent.

Alors que la momie de la nourrice avait été transférée au musée égyptien du Caire l'autre avait été laissée sur le sol à l'intérieur de la tombe.

La spécialiste américaine des nécropoles thébaines Elisabeth Thomas avait été la première à soulever la possibilité que la momie anonyme puisse être celle de la reine, ce qui lui avait valu d'être critiquée par d'autres spécialistes. L'argument principal de l'égyptologue était le fait que la momie avait le bras gauche replié sur la poitrine, ce qui, dans l'Égypte antique, était un geste propre aux momies royales. Elle ne portait aucune parure, pas de coiffe, ni de bijoux, ni de sandales, ni de faux ongles en or aux pieds ou aux mains : aucun de ces trésors qui escortèrent dans l'au-delà le pharaon Toutânkhamon.

Cette momie anonyme retrouvée dans le tombeau KV60 a été officiellement authentifiée par Zahi Hawass, alors directeur du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes, le 27 juin 2007, comme étant celle de la reine Hatchepsout[31], le creux d'une dent brisée d'une molaire manquante lui correspondant[32],[33].

Grâce au CT-scan, une technique d'imagerie permettant une recomposition du corps en trois dimensions, les archéologues ont précisé qu'il s'agissait d'une femme d'une cinquantaine d'années qui était obèse et souffrait de diabète et d'un cancer des os métastasé. Un flacon de crème resté là 3500 ans contenait du benzopyrène, substance très cancérigène[34]. Son décès aurait été hâté des suites d'un abcès dentaire mal soigné[35].

La momie de Hatchepsout a été transférée au musée égyptien du Caire.

Damnatio memoriae[modifier | modifier le code]

Fragment d'une statue de Hatchepsout trouvé dans son temple funéraire

Vers la fin du règne de Thoutmôsis III et le début du règne de son fils, Amenhotep II, une tentative a été faite afin d'éliminer le nom de Hatchepsout des documents et monuments. Les images et les cartouches à son nom ont été martelés sur certains murs de pierre, laissant une empreinte en lacune. Dans son temple de Deir el-Bahari, des statues de Hatchepsout ont été mises à bas et dans beaucoup de cas, brisées ou défigurées avant d'être enfouies dans des fosses. À Karnak, ses obélisques ont été chemisés partiellement.

Les effacements ont été toutefois sporadiques, touchant seulement les plus visibles et accessibles des images de Hatchepsout. D'ailleurs, comme l'indique Donald Bruce Redford :

« Ici et là, dans les recoins sombres d'un sanctuaire ou d'une tombe où des yeux plébéiens ne peuvent voir, le visage et le nom de la reine sont intacts... qu'aucun œil vulgaire ne peut contempler à nouveau, transmettant toujours au roi la chaleur et la crainte de la présence divine[36]. »

Si cette réécriture de l'histoire de Hatchepsout est clairement attestée durant la fin du règne de Thoutmôsis III, les raisons, autres que celles habituelles de récupération existant entre les pharaons ou d'économie de constructions de nouveaux monuments, n'en sont pas claires.

Thoutmôsis III[modifier | modifier le code]

Stèle représentant Thoutmôsis III et Hatchepsout

Pendant longtemps, il a été présumé que Thoutmôsis III, après être devenu pharaon, avait œuvré par ressentiment d'avoir été écarté de la co-régence par Hatchepsout. Toutefois, Thoutmôsis aurait ruminé pendant les deux premières décades de son règne avant de se venger de sa belle-mère et tante. Il est peut-être mort avant que les changements soient terminés, à moins qu'une oblitération totale de sa mémoire n'ait pas été dans son intention

Dans les faits, il n'existe aucune trace d'un quelconque ressentiment de la part de Thoutmôsis exprimé durant la vie de la reine. De plus, sa position à la tête de l'armée qui lui a été confié sans crainte sur sa loyauté par Hatchepsout, lui aurait permis de conduire un coup d'État. Il n'a fait aucune tentative pour contester son autorité durant son règne et a respecté ses réalisations et images durant les vingt premières années de son règne.

Des écrivains comme Joyce Tyldesley ont émis l'hypothèse que Thoutmôsis III, a pu décider à la fin de sa vie, de reléguer Hatchepsout à la place sans prétentions de régente — rôle traditionnel des femmes de pouvoir de la cour, comme pour la reine Iâhhotep II — plutôt que roi. Tyldesley propose que, en éliminant les traces les plus visibles des monuments de Hatchepsout la décrivant comme roi et réduisant son statut à celui de co-régent, Thoutmôsis III pouvait prétendre que la succession royale était passée directement de Thoutmôsis II à Thoutmôsis III, sans interférence de sa tante.

Les effacements ou mutilations volontaires les plus visibles des célébrations publiques des réalisations de Hatchepsout ont été limités à tout ce qui était nécessaire pour l'occulter, mais sans toucher celles rarement vues.

En outre, dans la deuxième moitié du règne de Thoutmosis III, les fonctionnaires les plus éminents qui ont servi Hatchepsout sont morts, éliminant ainsi la résistance religieuse et bureaucratique au changement. Le plus haut fonctionnaire de Hatchepsout et son partisan le plus proche, Sénènmout, semble avoir disparu entre les années 16 et 20 du règne de Hatchepsout, soit à la retraite soit mort, et n'a jamais été enterré dans l'une des tombes qu'il a soigneusement préparées[37].

Dans cette optique, les nouveaux fonctionnaires de la cour, nommés par Thoutmosis III, auraient aussi eu un intérêt dans la multiplication des réalisations de leur maître afin d'assurer la promotion de leurs propres familles.

Amenhotep II[modifier | modifier le code]

Amenhotep II, fils de Thoutmôsis III, qui devient co-régent à la fin du règne de son père, est soupçonné d'être l'auteur de ces dommages. Il aurait pu être motivé parce que son ascendance royale n'aurait pas été assez élevée pour prétendre à la dignité de pharaon. Ainsi, dans une tentative de briser la nécessité d'un lignage royal, durant son règne le nom des reines n'est pas inscrit et les titres officiels des femmes royales, comme épouse du Dieu Amon, ne sont pas attestés[38].

Il a d'ailleurs continué, tout au long de son règne, à usurper beaucoup de réalisation de Hatchepsout.

Redécouverte[modifier | modifier le code]

Sokar et Thoutmôsis III dans le temple de Hatchepsout

L'effacement du nom de Hatchepsout — quelques en soient les raisons ou la personne l'ayant ordonné — a presque causé sa disparition des archives écrites et archéologiques d’Égypte.

Quand les égyptologues du dix-neuvième siècle ont commencé à étudier les textes inscrits sur les murs du temple de Deir el-Bahari, leurs traductions ne leur ont pas semblé cohérentes. Jean-François Champollion s'est senti troublé par le conflit évident entre les mots et les images :

« Si j'éprouvai quelque surprise de voir ici et dans tout le reste de l'édifice le célèbre Moeris [Thoutmôsis III], orné de toutes les marques de la royauté, céder ainsi le pas à cet Aménenthé [Hatchepsout] qu'on chercherait en vain dans les listes royales, je dus m'étonner encore davantage, à la lecture des inscriptions, de trouver qu'on ne parlât de ce roi barbu, et en costume ordinaire de Pharaon, qu'en employant des noms et des verbes au féminin, comme s'il s'agissait d'une reine. En parcourant le reste de ces ruines, la même singularité se présenta partout[39]. »

Culture[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b (selon J. Málek, C. Aldred, K. A. Kitchen)
    -1503 à -1483 (selon E. F. Wente)
    -1502 à -1482 (selon D. B. Redford)
    -1490 à -1468 (selon E. Hornung)
    -1489 à -1469 (selon R. A. Parker)
    -1479 à -1458 (selon R. Krauss)
    -1479 à -1458/7 (selon S. Quike, J. von Beckerath)
    -1478 à -1458 (selon N. Grimal, W. J. Murnane)
    -1473 à -1458 (selon D. Arnold, J. Kinnaer, I. Shaw)
    -1472 à -1457 (selon A. D. Dodson)
    -1471 à -1456 (selon P. Vernus), J. Yoyotte)
    -1467 à -1445 (selon H. W. Helck)
    -1466 à -1444 (selon D. Sitek).
  2. a et b L'orthographe en français est Hatchepsout mais on trouve parfois Hatshepsout issue de l'anglais Hatshepsut.
    Personne n'utilise le s avant le h si la terminaison est sout, comme on le trouve parfois « mal écrit » en français ; noter également que les Allemands écrivent sc avant le h, mais que la terminaison est sut : Hatschepsut.
    Orthographe selon d'autres langues :
    (ar) : حتشبسوت (Ḥatšebswt), (ca) : Hatxepsut, (zh) : 哈特谢普苏特 (Hātèxièpǔsūtè), (ko) : 하트셉수트 (Hateusepsuteu), (eo) : Hatŝepsut, (et) : Hatšepsut, (fi) : Hatšepsut, (ka) : ჰატშეფსუტი (Hatšep'suti), (el) : Χατσεψούτ (Khatsepsút), (he) : חתשפסות (Hatšepswt), (hu) : Hatsepszut, (ja) : ハトシェプスト (Hatoshepusuto), (pl) : Hatszepsut, (ro) : Hatșepsut, (ru) : Хатшепсут (Khatchepsout).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b John Noble Wilford, « Tooth May Have Solved Mummy Mystery. », New York Times : « Une seule dent et quelques indices d'ADN semblent avoir résolu le mystère de la momie perdue de Hatchepsout, une des grandes reines de l'Égypte ancienne »
  2. Historical Personalities & Issues - Queen Hatshepsut
  3. Version de Flavius Josèphe
  4. version de Sextus Julius Africanus
  5. Ch. Desroches Noblecourt, La femme... (voir bibliographie), p. 130.
  6. (en) Aidan Dodson et Hilton Dyan, The Complete Royal Families of Ancient Egypt, Thames & Hudson,‎ 2004 (ISBN 0-500-05128-3), p. 130
  7. a et b (en) Nicolas Grimal, A History of Ancient Egypt, Librairie Arthéme Fayard,‎ 1988, p. 204
  8. Luc Gabolde, La Chronologie du règne de Tuthmosis II, ses conséquences sur la datation des momies royales et leurs répercutions sur l'histoire du développement de la Vallée des Rois SAK 14: p. 61–87, 1987
  9. (en) Joyce Tyldesley, Hatchepsut: The Female Pharaoh, Penguin Books,‎ 1996 (ISBN 0-14-024464-6), p. 99
  10. a et b Tyldesley, Hatchepsut, p. 99
  11. (en) George Steindorff et Keith Seele, When Egypt Ruled the East, University of Chicago,‎ 1942, p. 53
  12. Ch. Desroches Noblecourt, La reine..., (voir bibliographie), p. 122-124.
  13. Donald B. Redford, History and chronology of the eighteenth dynasty of Egypt : seven studies, University of Toronto Press, Toronto, 1967, p. 55.
  14. Cf. Pharaon : La naissance d'un pharaon
  15. a, b, c, d et e Grimal, [1988], p. 274
  16. Desroches Noblecourt, [2003], p. 206
  17. Desroches Noblecourt, [2003], p. 213
  18. Desroches Noblecourt, [2003], p. 226
  19. a et b Desroches Noblecourt, [2003], p. 233
  20. Desroches Noblecourt, [2003], p. 227
  21. Joyce Tyldesley, Hatchepsut: The Female Pharaoh, Penguin Books, 1998 paperback, p. 137–144
  22. Margaret Bunson, Encyclopedia of Ancient Egypt, p. 161
  23. The Unfinished Obelisk par Peter Tyson 16 mars 1999 NOVA online adventure
  24. James P. Allen, "The Speos Artemidos Inscription of Hatshepsut", Bulletin of the Egyptological Seminar 16 (2002), p. 1–17, pls.1+2.
  25. Le site de Deir el-Bahari
  26. Tyldesley p. 210.
  27. Joyce Tyldesley, Chronicle of the Queens of Egypt, Thames & Hudson, 2006. p. 106
  28. James P. Allen, "The Military Campaign of Thutmose III" in Hatshepsut: From Queen to Pharaoh, ed. Catherine Roehrig, The Metropolitan Museum of Art New York, Yale University Press, 2005. p. 261.
  29. Jürgen von Beckerath, Chronologie des Pharaonischen Ägypten. Mainz, Philipp von Zabern. 1997. p. 189
  30. Dennis C. Forbes, Maatkare Hatshepset: The Female Pharaoh, KMT, Fall 2005, p. 26–42.
  31. Zahi Hawass, « The Search for Hatshepsut and the Discovery of her Mummy », The Guardian, 27 juin 2007.
  32. « La momie d'Hatchepsout, célèbre reine de l'Égypte pharaonique, a été identifiée », Le Monde, 27 juin 2007.
  33. Hatshepsout, le mystère de la femme pharaon, diffusion sur France 5 le 30 décembre 2007.
  34. substance cancérigène trouvée
  35. « Tooth May Have Solved Mummy Mystery », The New York Times, 27 juin 2007.
  36. Redford, p. 87.
  37. Tyldesley, Hatchepsut, p. 206
  38. Gardiner, Alan. Egypt of the Pharaohs. p. 198. Oxford University Press, 1964.
  39. « Thèbes, 18 juin 1829 », Lettres écrites d'Égypte et de Nubie en 1828 et 1829 par Champollion le Jeune, Nouvelle Edition, 1868. lire en ligne
  40. Musée de Brooklyn - Centre Elizabeth A. Sackler - Hatchepsout

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Jürgen von Beckerath, Chronologie des pharaonischen Ägypten : Die Zeitbestimmung der ägyptischen Geschichte von der Vorzeit bis 332 v. Chr, Münchner Ägyptologische Studien,‎ 1997 (ISBN 3-8053-2310-7);
  • (en) James Henry Breasted, Ancient Records of Egypt V2 : Documents from the Earliest Times to the Persian Conquest: The Eighteenth Dynasty, New York, Literary Licensing,‎ 1962 (ISBN 978-1497821668) ;
  • (en) Gay Robins, Women in Ancient Egypt, London,‎ 1993 ;
  • (en) Donald Bruce Redford, History and Chronology of the Eighteenth Dynasty of Egypt : Seven Studies, University of Toronto Press,‎ 1967 (ASIN B00L3A7Z68)


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