Pharaon

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Statue grise montrant un homme assis
Ramsès II assis sur son trône, tenant le sceptre Héqa et coiffé du khepresh - XIXe dynastie - Musée égyptien de Turin.
vieille statue d'un homme debout
tête
Tête du pharaon Houni - IIIe dynastie - Brooklyn Museum.

Le terme pharaon (de l'égyptien ancien : per-aâ « grande maison » ) sert à désigner les rois de l'Égypte antique. Les noms de quelques 190 pharaons nous sont parvenus grâce de multiples attestations dont des listes royales compilées par les scribes égyptiens. Ces souverains se sont succédé sur une période historique de plus de trois millénaires située entre le règne de Narmer-Ménès (vers 3150 av. J.-C.) et l'assassinat de Ptolémée XV (en 30 av. J.-C.). Depuis les Ægyptiaca de Manéthon, historien et grand-prêtre d'Héliopolis au IIIe siècle av. J.-C., cette longue période est divisée en trente dynasties depuis l'unification du royaume par le mythique Ménès et jusqu'à la disparition de Nectanébo II en 343 av. J.-C., le dernier pharaon d'une Égypte indépendante. Après lui, s'ajoutent deux dynasties étrangères, la XXXIe dynastie des empereurs perses achéménides et la XXXIIe dynastie des Ptolémées d'origine macédonienne. Grâce à l'archéologie, la progression des connaissances a permis de distinguer une dynastie archaïque, antérieure à la première, la dynastie égyptienne zéro.

Depuis le XIXe siècle, les égyptologues regroupent ces dynasties en des séquences plus longues. Les plus importantes sont les trois « Empires égyptiens » ; chacun d'eux se terminant par une période de déliquescence monarchique appelée « période intermédiaire ». À l'Ancien Empire, période de constructions des grandes pyramides de Gizeh, sont attachés les noms célèbres de Khéops, Khéphren et Mykérinos (IVe dynastie). À partir d'Ounas (fin de la Ve dynastie) puis sous ses successeurs de la VIe dynastie, les chambres funéraires s'ornent des Textes des Pyramides, les plus anciens écrits religieux de l'Humanité. Au Moyen Empire se rattache les différents Amenemhat et Sésostris (XIIe dynastie). Cette période se caractérise par son foisonnement littéraire et notamment par ses Sagesses qui encouragent les élites au loyalisme, à l'honnêteté et à la piété. Le Nouvel Empire marque l'apogée de la puissance militaire égyptienne avec la constitution d'une vaste aire d'influence depuis la Nubie au sud et jusqu'en Syrie-Palestine au nord. Cette période est celle des pharaons guerriers Thoutmôsis Ier, Thoutmôsis III, Séthi Ier, Ramsès II et Ramsès III, membres illustres des XVIIIe, XIXe et XXe dynasties.

La monarchie pharaonique a développé dès ses origines un discours idéologique basé sur la symbolique de l'union des Deux-Terres (Haute et Basse-Égypte). Chaque pharaon est ainsi le garant d'une unité égyptienne voulue et instituée par les dieux. Lors du couronnement, la puissance royale se matérialise par l'obtention d'emblèmes magiques (couronnes, coiffes, sceptres) et l'élaboration d'une titulature sacrée. Le pouvoir divin de Pharaon est par la suite régulièrement confirmé ; chaque année à l'occasion du Nouvel An et plus fastueusement lors de la fête jubilaire des trente ans de règne. La personnalité de Pharaon est complexe. À la fois humain et dieu, il est le descendant de l'Ennéade d'Héliopolis, la dynastie des dieux-rois. Selon la mythologie monarchique, le trône d'Égypte a été institué par le démiurge. Il le transmit ensuite aux dieux ses successeurs, puis à des êtres semi-divins, les Suivants d'Horus qui, dans les listes royales, précèdent immédiatement les rois historiques. Dans les textes de propagande, Pharaon est le faucon Horus sur le trône des vivants, dieu puissant et jeune. Lorsqu'il meurt, il devient Osiris, dieu régénéré par la momification et souverain éternel de l'Au-delà. Pharaon est aussi le fils de selon la théologie solaire instituée au cours de la Ve dynastie et le fils d'Amon selon le mythe thébain de la théogamie.

La première mission de Pharaon est de mettre en œuvre la Maât sur terre, c'est-à-dire assurer l'harmonie entre les hommes et le ciel, garantir la moralité du peuple, assurer la prospérité des familles. Maintenir l'ordre du monde (Maât) et combattre le Mal (isfet) sous toutes ses formes, c'est satisfaire les divinités qui « vivent de Maât ». Aussi Pharaon se doit-il de bâtir, de restaurer et d'agrandir les temples, d’assurer le bien-être matériel de ses sujets et de veiller à l’accomplissement correct des rites. Dans la pratique, il délègue l'exercice du culte à un clergé qu'il supervise. Ignorant la séparation des pouvoirs, Pharaon est à la fois le prêtre suprême, l'administrateur principal, le chef des armées et le premier magistrat de l'Égypte antique. À lui seul revient de choisir la politique à mener. Comme pour le culte, il délègue l'exécution de ses décisions gouvernementales à une cohorte de courtisans, de fonctionnaires et de conseillers ; le premier d'entre-eux étant le vizir.

Dans l'entourage royal, les femmes occupent une grande place en tant que mère, épouse ou fille. Quelques unes, dont Hatchepsout, ont même accédé à la charge pharaonique. Grand polygame, Pharaon dispose de nombreuses concubines, pratique des unions rituelles incestueuses ainsi que des mariages diplomatiques. Ces multiples épouses sont regroupées au sein du harem sous les ordres de la Grande épouse. Ce lieu de vie fut régulièrement agité par des conspirations nées de la jalousie entre épouses rivales. Dans les cas les plus grave, la vie de Pharaon s'est trouvée menacée à l'image des fins tragiques de Téti, Amenemhat Ier et Ramsès III. Mort de vieillesse ou assassiné, Pharaon repose momifié dans une somptueuse tombe ; dans un caveau funéraire aménagé dans une pyramide (Ancien et Moyen Empires), dans un hypogée de la Vallée des rois (Nouvel Empire) ou dans une nécropole aménagée dans l'enceinte d'un temple (Troisième période intermédiaire et Basse époque). À ce jour, la plus célèbre découverte reste celle du tombeau de Toutânkhamon réalisée en 1922 par le britannique Howard Carter.

Les grands pharaons sont largement passées à la postérité grâce aux écrits égyptiens de l'Antiquité, aux témoignages des historiens et géographes grecs (Hérodote, Diodore, Strabon) et aux chroniques bibliques. Le personnage le plus célèbre est le Pharaon de l'Exode, figure archétypale du souverain despotique opposé aux desseins du Dieu de Moïse. Sans preuves tangibles, ce pharaon est largement identifié au glorieux Ramsès II, en particulier dans les films hollywoodiens narrant la sortie des Hébreux hors d'Égypte.

Sommaire

Définition du mot « pharaon »[modifier | modifier le code]

Étymologie du terme[modifier | modifier le code]

Article connexe : Histoire du mot pharaon.
Pharaon
pr
aA
per-aâ

Le mot français « pharaon » provient du grec hellénistique φαραώ (pharaṓ), mot indéclinable introduit dans cette langue par la traduction en grec de la Bible hébraïque (version de la Septante). Dans l'Ancien Testament, le mot « farao » (פרעה) désigne l'institution monarchique égyptienne plutôt qu'un souverain précis. Le mot hébraïque est lui-même une transcription de l'égyptien ancien per-aâ qui signifie littéralement « la Grande () Maison (per) » ou la « Grande Demeure »[n 1]. Durant l'Ancien Empire égyptien, l'expression Per-aâ désigne le palais où réside le souverain et où se tient sa cour. Sous le Moyen Empire, per-aâ désigne toujours le palais mais on y trouve accolé l'eulogie « vie, santé, force » généralement associée au nom personnel du souverain régnant. L'égyptologue française Christiane Desroches Noblecourt (1913-2011) signale qu'au milieu de la XVIIIe dynastie, sous les règnes simultanés de la reine Hatchepsout et de son neveu, Thoutmôsis III, les scribes ont pris pour habitude d'abréger leurs deux titulatures, l'une suivant toujours l'autre, par le mot pharaon afin de gagner de la place dans les textes[1]. Plus tard, sous Akhénaton, une lettre diplomatique qui lui est adressée reprend cette pratique et l'on voit sa titulature être abrégée par le mot pharaon. Sous la XIXe dynastie, per-aâ est un synonyme moins courant du titre hem qui signifie littéralement « Serviteur » mais que les égyptologues traduisent généralement par « Majesté ». À partir de la Basse Époque, pharaon devient un titre suivi du nom du roi. La première attestation connue de cette pratique remonte à l'an XVII de Siamon, l'avant-dernier représentant de la XXIe dynastie. Ainsi, dans une inscription des Annales des grands-prêtres d'Amon gravée dans l'enceinte d'Amon-Rê à Karnak, la nomination d'un individu à la prêtrise est datée spécifiquement pour le règne du « pharaon Siamon ». Cette nouvelle pratique est poursuivie par Psousennès II et les représentants de la XXIIe dynastie[2]. Dans le même temps, perdure la vieille coutume de se référer au souverain simplement comme Pharaon dans les contes populaires. Dans le langage courant français, par anachronisme, le titre de « pharaon » est donné à tous les rois égyptiens[n 2] de l'Antiquité même à ceux qui ont largement vécu avant la Basse Époque où ce terme a été utilisé dans cette acceptation[3].

Champ lexical du mot per (maison)[modifier | modifier le code]

maison miniature grossière
Maquette d'une maison égyptienne - provenance inconnue - Musée égyptien de Leipzig.

Restituer le mot Per-aâ (pharaon) par « Grande Maison » revient à rester au stade de la simple traduction littérale. Ce mot à mot est généralement dépassé par le milieu égyptologique en expliquant qu'il s'est produit un phénomène de métonymie où le Palais a fini par désigner l'individu qui y réside. Ce fait s'illustre couramment dans la pensée contemporaine occidentale. Dans la presse journalistique, l'« Élysée » désigne fréquemment le président français, le « Kremlin » est pris pour le président russe et la « Maison-Blanche » pour le président américain[4].

Le cas égyptien est toutefois plus complexe et il est possible d'aller par-delà cette assertion. Premièrement, Per-aâ n'est pas à proprement parler le nom du Palais royal. Plusieurs demeures sont attestées à travers le pays et les époques (Thèbes, Amarna, Licht, Memphis, Pi-Ramsès, Tanis). Toutes ces habitations royales portent un nom spécifique. Certaines dénominations sont basées sur le prénom du monarque qui l'a fait édifier où reflètent la beauté du lieu. À titre d'exemple, le palais fondé par Hatchepsout près de Karnak s'appelle « Je ne m'éloignerai pas de lui »[5]. Deuxièmement, d'autres mots génériques peuvent servir à traduire le terme « Palais » tels khénou « résidence royale », per-nesou « Maison du roi » ou setep-sâ « palais (lieu sous surveillance armé) »[6]. Troisièmement, à l'instar d'un nombre conséquent de langues africaines contemporaines (Ewe, Bambara, Munukutuba, Kinyarwanda), le mot égyptien « Maison » peut, selon le contexte, dépasser la simple désignation de l'édifice habité. Ainsi, le terme per peut signifier plus largement « maisonnée (famille et domestiques) » ou « domaine agricole » et khénou « village », « pays » ou « patrie »[7],[8].

La géographie égyptienne est riche de toponymes basés sur le mot per. Les plus célèbres localités sont Per-Bastet (Boubastis) « Maison de Bastet », Per-Ousir (Busiris) « Maison d'Osiris », Per-Atoum (Pithôm) « Maison d'Atoum », Per-Ouadjyt (Bouto) « Maison de Ouadjet », Per-Hout-Hor (Aphroditopolis) « Maison de Hathor », Per-Ramessou-aâ-nekhtou (Pi-Ramsès) « Maison de Ramsès, la victorieuse »[9]. Dans la toponymie religieuse, le mot per est généralement accolé à un théonyme (nom d'une divinité)[10]. Pour ces occurrences, le terme « Maison » est à traduire par « Temple » tout en sachant que pour les Égyptiens, un temple n'est rien d'autre qu'une habitation sacrée destinée à capter sur terre les puissances divines par l'intermédiaire de statues cultuelles[11]. L'acte de fondation de la ville d'Akhet-Aton (Amarna) par le roi Akhénaton (XVIIIe dynastie) sur un terrain désertique permet de comprendre que le pays égyptien est avant tout perçu comme appartenant aux dieux et aux ancêtres royaux : « C'est Aton, mon père, qui m'a conseillé à ce sujet, afin qu'Akhet-Aton soit réalisé pour lui. Voyez, je ne l'ai pas trouvée ornée de chapelles, creusée de tombes ou couvertes de [...lacune...]. Voyez, c'est Pharaon, - qu'il vive, prospère et soit en bonne santé, - qui l'a trouvée, alors qu'elle n'appartenait à aucun dieu, ni à aucune déesse, à aucun souverain, ni à aucune souveraine, à personne qui y ferait ses affaires »[12].

Dépositaire de la cohésion de toutes les maisons, à savoir toutes les institutions (familles, domaines agricoles, villages, villes, temples), le roi égyptien est « Pharaon » c'est-à-dire la Grande-Maison non pas comme on l'entend dans le sens premier et littéral. Ce n'est pas Pharaon qui est la Grande Maison, mais « Celui qui est en charge de la plus grande des Maisons (institutions) »[8].

Place des pharaons dans l'Histoire[modifier | modifier le code]

Il est bien difficile de dater avec précision les débuts de l'histoire pharaonique, tant les témoignages de cette période sont peu nombreux et se confondent avec l'aube de l'Histoire (et donc de l'écriture). La tradition égyptienne fait de Narmer (Ménès en grec) l'unificateur du pays et le premier des pharaons humains après le règne des Suivants d'Horus. Des témoignages archéologiques, comme la Palette de Narmer, semblent confirmer l'unification du pays aux alentours de 3200 av. J.-C., mais l'institution pharaonique pourrait lui être antérieure. Le dernier pharaon autochtone est Nectanébo II (358/341 av. J.-C.) de la XXXe dynastie. L'ultime représentant de l'institution pharaonique proprement dite est le dernier Lagide, Ptolémée XV (dit Césarion), fils de Jules César et de Cléopâtre. Quelques empereurs romains, tel Trajan à Philæ, se sont toutefois accaparés le discours et l'imagerie pharaonique dans le but de satisfaire les élites sacerdotales locales.

Chronologie des pharaons[modifier | modifier le code]

Dynasties pharaoniques[modifier | modifier le code]

La reconstitution de l'histoire des pharaons fait l'objet de nombreuses difficultés. La documentation est vieille de 2 000 à 5 000 ans ; de ce fait, les informations qui nous sont parvenues sont très fragmentaires. Tous les écrits et toutes les données archéologiques disponibles nécessitent de la part des égyptologues un regard critique. De nombreuses discussions restent ouvertes sur l'ordre de succession de certains rois, sur la durée de leur règne ou sur leurs liens de parenté[n 3]. Certaines périodes troubles de l'histoire ont laissé des lacunes, parfois volontaires, dans la chronologie. L’Ægyptiaca est la plus ancienne chronologie disponible. Elle a été établie au IIIe siècle av. J.-C. par le prêtre égyptien hellénisé Manéthon de Sebennytos, à qui Ptolémée II a demandé de rédiger en grec une histoire de l'Égypte. Cette œuvre suppose que les Égyptiens conservaient dans les archives des temples des listes royales remontant aux origines de la monarchie égyptienne. De ce travail d'historien, il n'existe désormais plus aucun texte complet. Mais, très apprécié durant l'Antiquité, il est aujourd'hui encore connu par des citations d'écrivains comme Flavius Josèphe, Sextus Julius Africanus ou Eusèbe de Césarée. Ces abrégés fournissent une liste de rois classés en trente et une dynasties, regroupées de la période thinite à la Basse Époque. Les critères de la classification de Manéthon ne nous sont plus connus, mais en tout état de cause il a compulsé des sources égyptiennes, encore que le concept de dynastie qu'il utilise ne corresponde pas à celui que nous pratiquons en Occident. En effet, les dynasties de Manéthon n'ont aucun rapport avec le lien du sang mais avec la ville dont est originaire le pharaon fondateur de la dynastie et qui sert, dans la majorité des cas de capitale dynastique. On trouve donc principalement, tout au long de l'histoire égyptienne des dynasties memphites (Ancien Empire), hérakléopolitaines (Première période intermédiaire), thébaines (Moyen et Nouvel Empire), avarites (période Hyksôs pendant les XVe et XVIe dynasties) ou tanites (Nouvel Empire et Troisième Période Intermédiaire)[13].

Sources égyptiennes[modifier | modifier le code]

Durant toute la durée de la civilisation égyptienne, les noms royaux ont été consignés dans des listes sur papyrus et sur les murs des temples. Selon toute vraisemblance, les noms recensés dans les temples sont des résumés de documents d'archives à présent perdus. Ces documents sont à utiliser avec précaution car on ne connait pas les critères de choix ni de classement qui en sont à l'origine. Certains pharaons peu glorieux ou considérés comme non légitimes peuvent ne pas être mentionnés[14].

La Pierre de Palerme est le plus ancien document connu et remonte à la Ve dynastie. Un gros fragment en diorite est conservé à Palerme - d'où son nom - mais d'autres morceaux se trouvent au musée égyptien du Caire et au Petrie Museum de Londres. Le fragment de Palerme mentionne des souverains prédynastiques et des pharaons jusqu'au milieu de la Ve dynastie[15].

fresque dans un temple
Liste des rois du Temple funéraire de Séthi Ier - Abydos - XIXe dynastie.

La Liste de Karnak remonte au règne de Thoutmôsis III (XVIIIe dynastie) et figure gravée sur trois parois d'une chapelle originellement située dans l'enceinte d'Amon-Rê à Thèbes. Démantelé en 1843, ce monument votif est depuis lors conservé par le musée du Louvre à Paris. Partiellement détruite, cette liste mentionne une soixantaine de pharaons depuis l'Ancien Empire jusqu'à sa période de rédaction dont quelques obscurs souverains de la Deuxième Période intermédiaire. Chaque pharaon est figuré assis sur un trône et identifié par son nom dans un cartouche royal[16].

La Première Table d'Abydos est toujours sur son lieu d'origine, sculptée dans la Chambre des Ancêtres du Temple funéraire de Séthi Ier à Abydos (XIXe dynastie). Le roi Séthi Ier en compagnie de Ramsès II son fils, sont figuré debout en train de rendre hommage à soixante-seize prédécesseurs dont les noms se répartissent en deux longues rangées. Une troisième rangée répète tout le long la titulature de Séthi. Les rois de la Deuxième Période Intermédiaire sont ignorés, de même pour la pharaonne Hatshepsout et les quatre successeurs amarniens d'Amenhotep IV (Akhénaton, Toutânkhamon, Smenkhkarê et Aÿ). Très similaire, la Deuxième Table d'Abydos est une liste de cartouches peinte de couleurs vives. Elle a été mise au jour dans les vestiges voisins du temple funéraire de Ramsès II. Les fragments sont exposés au British Museum de Londres[17].

La Table royale de Saqqarah remonte, elle aussi, à la période ramesside. Elle a été découverte dans les décombres de la chapelle funéraire du scribe royal Tjounroy. Il s'agit d'un motif décoratif montrant le scribe en adoration devant Osiris et une liste de cartouches royaux disposés en deux rangées. Sur les cinquante-huit cartouches d'origine, quarante-sept sont encore préservés ; depuis Adjib de la Ire dynastie à Ramsès II. Là aussi, les pharaons de la Deuxième Période Intermédiaire et ceux de la période amarnienne sont ignorés. Cette liste est exposée au Musée égyptien du Caire depuis sa découverte en 1861 par l'équipe d'Auguste Mariette[18].

Le document le plus intéressant mais aussi le plus endommagé est le Canon royal de Turin (XIXe dynastie). Cette liste sur papyrus a été gravement abîmée au XIXe siècle durant son transport vers le musée égyptologique de Turin. Tombée en morceaux, elle se présente maintenant tel un grand puzzle avec des pièces lacunaires. Dans son état originel, le document comptait plus de trois-cents noms en une écriture hiératique très soignée. Pour chaque règne est donné la durée exacte en années, mois et jours[19].

Croquis de la Liste de Karnak - XVIIIe dynastie - Musée du Louvre.

Aperçu historique[modifier | modifier le code]

Unification politique de l'Égypte[modifier | modifier le code]

Tête de la Massue du roi Scorpion, ≈3000 av. J.-C., Ashmolean Museum.

D'après les nombreuses fouilles archéologiques menées depuis le milieu du XIXe siècle, il est maintenant assez bien établi qu'à la fin de la période Nagada II (vers 3300 av. J.-C.), trois villes de Haute-Égypte, Noubt , Nekhen et Thinis rivalisent de puissance entre elles. À Nekhen, les tombes des élites laissent apparaître une utilisation ininterrompue de la nécropole entre la période Nagada I et les débuts de la Ire dynastie. Tout au contraire, à Noubt, les inhumations prestigieuses ne sont pas attestées entre la période Nagada III et la Ire dynastie. Par conséquent, il semble que la ville de Noubt ait été soumise militairement ou diplomatiquement par l'une de ses rivales, par Nekhen ou Thinis, durant la dernière phase de la formation de l'État pharaonique. L'adoption de Hor-Nekheny (le dieu faucon Horus adoré à Nekhen) en tant que divinité protectrice de la monarchie suggère que ce sont les dirigeants de cette cité qui ont impulsé l'unification politique de la vallée du Nil. La localisation exacte de Thinis reste problématique mais les indications funéraires livrées par sa nécropole sur le site d'Oumm el-Qa'ab à Abydos laissent à penser que Thinis a été la puissance politique dominante en Haute-Égypte à la fin de la période Nagada III, très peu de temps avant l'unification. Il est cependant aussi possible de croire que plusieurs roitelets ont exercé simultanément leur domination, chacun sur son territoire, et chacun se réclamant de la totale maîtrise du titre royal. Cette dernière hypothèse est renforcée par la relative abondance des noms royaux à la fin de la période prédynastique. Il est actuellement impossible de donner le nom du souverain sous lequel le pays a été, pour la première fois, placée sous une autorité unique. L'unification s'est probablement réalisée entre le règne du possesseur de la tombe U-j d'Abydos, peut-être Scorpion Ier, et le règne de Narmer (vers 3150 av. J.-C.). Quoi qu'il en soit, durant cette période l'influence des souverains de Haute-Égypte s'est progressivement étendu au sud jusqu'en Basse-Nubie et au nord jusqu'à la Palestine méridionale (dans les environs de l'actuelle Gaza)[20].

Mény, le pharaon fondateur[modifier | modifier le code]

Détail d'un mur sculpté
Cartouche du pharaon Mény d'après la Liste d'Abydos, XIXe dynastie.

Selon les listes royales compilées par les Anciens Égyptiens, le fondateur de la Ire dynastie et du Royaume égyptien est le pharaon Mény. D'après les écrits laissés par les historiens de culture gréco-romaine tels Manéthon de Sebennytos ou Diodore de Sicile, ce personnage est désigné par le nom hellénisé de Ménès. Selon Hérodote, Ménès est le premier pharaon à résider à Memphis, la capitale égyptienne. Il fonda cette ville en détournant le cours du Nil pour permettre son établissement à la frontière entre la Haute- et la Basse-Égypte[21]. Un des débats les plus virulents de l'égyptologie vise à identifier la figure semi-légendaire de Mény/Ménès à un souverain historique. Selon le belge Philippe Derchain (1926-2012), Mény est un nom inventé à postériori par les Égyptiens eux-mêmes pour doter les annales royales d'une figure de père fondateur. Le nom de Mény signifierait tout simplement « Quelqu'un » et ce souverain serait par définition un personnage non identifiable[22]. Pour le français Jean Vercoutter (1911-2000), Mény est un roi légendaire qui sous la XVIIIe dynastie a été associé aux dieux Min et Amon par rapprochement phonétique[23].

Selon des artéfacts découverts lors de fouilles archéologiques conduites sur la nécropole d'Abydos, on peut conclure que les pharaons Narmer et Hor-Aha se sont eux-mêmes présentés comme les fondateurs des structures étatiques. Sur une empreinte de sceau, Narmer le premier roi de la Ire dynastie est aussi désigné par l'épiclèse de Mén(y) qui signifie précisément « Celui qui établit / qui fonde (l'État) ». Son successeur Hor-Aha a quant à lui visiblement manifesté le désir de parachever cette œuvre fondatrice. Sur une étiquette en ivoire, sa titulature des Deux Maîtresses comporte ainsi le nom de Mény. Selon la tradition égyptienne seule une demi-douzaine de pharaons a fait œuvre de grand législateur. Parmi ces réformateurs figurent Ménès-Narmer qui, entre autres mesures judiciaires, abandonna les prélèvements fiscaux épisodiques pour les remplacer par des ponctions annuelles[24]. La mise en place du régime pharaonique dans le dernier quart du IVe millénaire av. J.-C. résulte de deux facteurs sociaux-économiques principaux. D'une part l'achèvement du processus de néolithisation par l'abandon du nomadisme et de la prédation (pêche, chasse, cueillette) au profit de l'agriculture et de l'élevage sédentaire. D'autre part, le développement du commerce (ivoire, or, poterie) du Soudan à la Palestine a nécessité un contrôle militaire et administratif accru, plus efficace, centralisé et autoritaire sur les lieux de production et le long des axes de circulation pour éviter les pillages et les déperditions[25].

Bâtisseurs de pyramides[modifier | modifier le code]

Six pyramides dans le désert
Les pyramides de Gizeh - IVe dynastie.

L'Ancien Empire égyptien (2700 à 2200 av. J.-C.) est la plus longue période de stabilité politique connue par l'Égypte antique. Mis à part quelques incursions nomades, l'ordre intérieur n'est troublé par aucune menace extérieure sérieuse. La centralisation de l'État, la création d'une administration efficace amorcée sous les dynasties thinites parviennent à leur pleine maturité sous les pharaons des IIIe et IVe dynasties. La prospérité agricole basée sur de l'irrigation de la plaine nilotique engendre des ressources fiscales considérables. Il en va de même pour le commerce avec la Nubie et les oasis du désert Libyque. Captées par le trésor royal, ces rentrées sont mises au profit de la famille royale et d'une petite élite nobiliaire qui a la haute main sur le pays. Fort de cette puissance, les conceptions religieuses évoluent vers la divinisation de la fonction pharaonique. Le souverain est considéré comme le successeur et l'incarnation du dieu faucon Horus, puis, à partir de la Ve dynastie, également comme le fils de , le brûlant dieu solaire. La maîtrise des techniques de construction et de la sculpture sur pierre permet des développements architecturaux et artistiques considérables. Cette période est surtout connue pour être celle de l'apogée des pyramides. Dans la région memphite, au sein des nécropoles de Gizeh, Dahchour et Saqqarah, il s'est tout d'abord édifiée la pyramide à degré (62 mètres de haut) du roi Djéser, puis plus tard, la pyramide rhomboïdale (105 m) et la pyramide rouge (110 m) de Snéfrou, puis les trois pyramides monumentales de Khéops (147 m), Khéphren (144 m) et Mykérinos (66 m). Ces monuments funéraires, ainsi que le Grand Sphinx expriment la puissance des pharaons de cette époque et la position centrale qu'ils occupent dans la société[26].

Cette formidable prospérité ne va toutefois pas se maintenir sous les Ve et VIe dynasties. Sous les effets conjugués de la désertification de la savane égyptienne et des rivalités intestines à la famille royale, le pouvoir pharaonique perd progressivement de sa superbe. Face à lui, les dignitaires locaux affirment, eux, de plus en plus leur pouvoir politique régional. Possible reflet des difficultés nationales, la hauteur et la qualité architecturale des pyramides s'amenuisent ; Ouserkaf et Sahourê (≈ 48 m), Néferirkarê (72 m), Niouserrê (50 m)[27]. Malgré leur modestie, les pyramides d'Ounas (43 m), de Pépi Ier, Mérenrê Ier et Pépi II (≈ 52 m) présentent l'avantage majeur de voir consigné sur leurs parois sépulcrales les hymnes et formules magiques des Textes des Pyramides. Ce corpus, très hétérogène, est le plus ancien témoignage mis par écrits de la pensée humaine au sujet de l'au-delà. Là, sont évoqués l'osirianisation posthume du pharaon et la migration de son âme vers les contrées célestes[28].

Du chaos à la renaissance[modifier | modifier le code]

Après le long règne de Pépi II, mort nonagénaire, la monarchie pharaonique s'effondre et l'unité du pays disparaît (vers 2200 av. J.-C.). Des troubles sociaux, politiques et dynastiques mettent à mal le pays. L'anarchie s'installe. Les pyramides et nécropoles royales sont pillées de leurs richesses et les lieux cultuels attenants sont dévastés par la violence et les incendies. Les statues royales sont brisées et les momies des pharaons jetées dans le fleuve[n 4]. L'historien ptolémaïque Manéthon, illustre cette confusion extrême en affirmant, par exagération, que la VIIe dynastie voit se succéder soixante-dix rois en soixante-dix jours. La VIIIe dynastie est bien plus certaine. Il s'agit sans doute de descendants de Pépi II qui depuis Memphis exercent une autorité fantomatique (quelque dix-sept rois en vingt ans). Lors de cette confusion émergent deux pouvoirs pharaoniques distincts. Dans le Nord, à Héracléopolis se mettent en place les souverains successifs des IXe et Xe dynasties (dont les pharaons Khéti). Depuis le Sud, la lignée des Antef et Montouhotep de Thèbes (XIe dynastie) étend son autorité jusqu'à Abydos, zone frontalière où se produisent de nombreuses échauffourées militaires[29].

Progressivement, l'unité nationale se refait par le succès des armes au profit des Thébains. Sous le règne de Montouhotep II, la réunification est parachevée et débute l'époque prospère du Moyen Empire (≈ 2033 à 1786 av. J.-C.)[30]. L'apogée de cette deuxième période faste est atteinte sous la XIIe dynastie entamée par Amenemhat Ier après l'éviction de Montouhotep IV, le dernier pharaon de la XIe dynastie. Sur quelques deux-cents ans se succèdent sept pharaons, les différents Amenemhat et Sésostris. À l'extérieur, sous le commandement de Sésostris III, la Nubie est mise au pas et verrouillée par l'édification de forteresses aux points stratégiques. À l'intérieur, l'administration est réformée et placée sous les directives d'un conseil de dignitaires aux ordres du Tjaty (vizir) tandis que les nomarques (dirigeants régionaux) sont réduits dans leur autonomie[31].

Les conceptions funéraires royales recommandent toujours l'édification de pyramides. L'usage est de les construire en brique avec un revêtement en pierre calcaire à Dahchour, Licht, Saqqarah, Mazghouna et Hawara (hauteur de 50 à 105 mètres). Moins résistantes et ultérieurement dépourvues de leur revêtement, ces constructions ne sont actuellement plus que des amas informe érodés par les vents. Le Moyen Empire est l'âge glorieux des classiques égyptiens. La littérature est mise au profit de la royauté. Dans les Sagesses, inlassablement recopiées par des générations d'élèves, la loyauté des notables envers le pharaon est encouragée voire magnifiée et exaltée, tels dans les instructions de Phtahhotep, de Kagemni et d'Amenemhat[32].

Des Hyksôs aux pharaons conquérants[modifier | modifier le code]

Avec les pharaons de la XIIIe dynastie (les Sobekhotep et Néferhotep), l'institution monarchique perd une deuxième fois de sa superbe. La confusion politique et la division s'installent à nouveau. Progressivement l'entier contrôle du pays est perdu. Dans l'est du delta du Nil, prend place l'obscure XIVe dynastie puis la lignée des Héqa-Khasout, les « Princes des pays étrangers » ou Hyksôs des XVe et XVIe dynasties. Au cours du Moyen Empire, ces migrants sémites ont acquis une puissance croissante. Vers 1720 av. J.-C., ils mettent Memphis à sac et installent un gouvernement propre à Avaris. En partie égyptianisé, les rois Hyksôs adoptent les symboles de la monarchie pharaonique comme la titulature (les rois Sharek, Yaqoub-Her, Khyan, Apophis, etc.). Leur supériorité militaire repose sur une technique de combat jusqu'alors inconnue des Égyptiens : l'utilisation des attelages à chevaux (charrerie) dans les batailles[33]. Dans le Sud, autour de Thèbes, les princes de la XVIIe dynastie (dont les Antef et Sobekemsaf) entretiennent les traditions égyptiennes. Tout d'abord une sorte de paix s'installe entre les deux camps. Les hostilités débutent avec Séqénenrê mais le Thébain est tué au combat. Ses successeurs Kamosé et Ahmôsis poursuivent cependant la lutte et les Hyksôs sont finalement expulsés après les prises d'Avaris et Sharouhen (vers 1540 av. J.-C.)[34].

statue gigantesque d'un homme assis
Statue colossale de Ramsès II à Louxor - XIXe dynastie.

Réunifiée, l'Égypte antique entame sa troisième période de prospérité, le Nouvel Empire. De 1540 à 1070 av. J.-C., soit durant près de cinq-cents ans, trois lignées pharaoniques se font suite : la XVIIIe dynastie des Amenhotep et Thoutmôsis et les XIXe et XXe dynasties des Séthi et Ramsès. Durant cette période, le royaume doit constamment veiller sur sa frontière avec le Proche-Orient. Pour protéger les intérêts égyptiens en Syrie-Palestine face au Mittani, au Hatti et aux Hittites, des pharaons tels Thoutmôsis III, Séthi Ier et Ramsès II entreprennent de fructueuses campagnes militaires (batailles de Megiddo et de Qadesh) ou conduisent d'intenses tractations diplomatiques[35]. Contrairement à leurs prédécesseurs, ces pharaons ne se font plus inhumer dans des pyramides mais dans de profonds hypogées creusés dans la montagne thébaine, la célèbre vallée des rois[36]. La prospérité du trésor royal est entretenue grâce aux importants tributs versés par les peuples soumis. Les constructions gigantesques abondent, ponctuées de hauts obélisques et de statues colossales. Pour preuve, la démesure des temples de Karnak, Louxor, Abydos ou Abou Simbel. Le vrai visage de ces pharaons nous est connu par leurs momies découvertes en 1881 dans la cachette royale de Deir el-Bahari. La richesse de leur trousseau funéraire n'est plus ignorée depuis 1922 avec la découverte du trésor de la tombe de Toutânkhamon[37]. Malgré l'opulence, le Nouvel Empire est ponctué par de sérieuses crises. Face à la surpuissance du clergé d'Amon, la réforme atonienne, balbutiante sous Amenhotep III et paroxystique sous Akhénaton se termine par son abandon définitif dans un État largement désorganisé[38]. La monarchie, remise sur pied par Horemheb, Séthi Ier et Ramsès II sombre à nouveau après la mort de Mérenptah du fait des rivalités entre ses descendants ; le pouvoir de Séthi II se voyant contesté dans le sud par Amenmès[39].

Un temps rehaussée par Sethnakht et son fils Ramsès III, la monarchie se liquéfie inexorablement sous les règnes de leurs descendants dans un climat de grande corruption (Ramsès IV à Ramsès XI)[40]. Ces pharaons, installés dans le Nord, à Pi-Ramsès, perdent peu à peu toute influence dans le Sud face au pouvoir politique grandissant du clergé d'Amon. Sous le dernier Ramsès, le grand-prêtre Hérihor devient une sorte de pseudo-pharaon[41].

Anarchie libyenne[modifier | modifier le code]

Le Ier millénaire av. J.‑C. est pour la monarchie égyptienne une ère de déclin qui débute tout d'abord par l'installation de deux lignées rivales (entre 1069 et 945 av. J.-C.). Dans le Nord, à Tanis, Smendès Ier gendre de Ramsès XI, installe la XXIe dynastie, tandis que dans le Sud, à Thèbes, règnent les prophètes d'Amon. Les liens sont toutefois entretenus par des mariages politiques. Le plus illustre pharaon tanite de ce temps est ainsi Psousennès Ier, fils du grand-prêtre Pinedjem. Les pratiques funéraires royales des souverains de Tanis sont renseignées par la découverte de plusieurs tombes inviolées, le « trésor de Tanis », effectuée en 1939-1940 et 1946 par l'équipe de l'égyptologue français Pierre Montet[42].

masque en or
Sheshonq II - Masque funéraire en or - XXIIe dynastie.

Durant près d'un siècle, entre 945 et 850 av. J.-C., des pharaons de souche libyenne sont au pouvoir (Mâchaouach et Libou). À Bubastis, Sheshonq Ier fonde la XXIIe dynastie. Sous son règne, le royaume égyptien retrouve quelque peu sa puissance à l'extérieur. Il part en campagne en Juda où il assiège Jérusalem puis monte en Israël à la poursuite de Jéroboam. L'activité architecturale est relancée par Osorkon II à Memphis, Thèbes, Bubastis, Éléphantine. Les fils royaux reçoivent en apanage la fonction de Grand-prêtre d'Amon ou la fonction de gouverneur d'Héracléopolis. Les rivalités entre ces lignées de princes conduisent malheureusement le royaume vers une période troublée connue sous le nom d’« anarchie libyenne » (850 à 730 av. J.-C.). Le pays se trouve partagé entre différents pharaons rivaux (jusqu'à cinq roitelets). La XXIIe dynastie règne en parallèle avec les XXIIIe et XXIVe. Le nord est fortement morcelé entre une dizaine de Grand-chefs qui, au mieux, reconnaissent la suzeraineté de l'un des pharaons[43]. Entre 730 et 656 av. J.-C., se déroule le conflit pour la réunification sous l'impulsion de la XXVe dynastie nubienne issue de Napata. Les pharaons nubiens parviennent à annexer le sud mais piétinent dans le nord face aux XXIVe et XXVIe dynasties libyennes fortement installées dans le Delta. Sous l'autorité du nubien Chabaka sont érigés de nombreux monuments dans les principaux centres religieux égyptiens ; à Memphis, Abydos, Dendérah, Esna et Edfou. Les souverains nubiens, très attachés à leur patrie d'origine, se font inhumer dans de petites pyramides érigées dans la nécropole d'El-Kourrou près de Napata (Soudan actuel). À cette période, l'Assyrie émerge puis se développe comme la grande puissance militaire du Proche-Orient. En 671 av. J.-C., sous le règne du nubien Taharqa, les Assyriens d'Assarhaddon pénètrent en Égypte et prennent Memphis ; en 663 av. J.-C., sous Assurbanipal, ils mettent en déroute l'armée de Tanoutamon et pillent Thèbes de ses riches trésors cultuels[44].

Renaissance saïte[modifier | modifier le code]

Article connexe : Basse époque égyptienne.

Avec ses obscurs premiers représentants, la XXVIe dynastie de Saïs n'est d'abord qu'une simple autorité régionale qui se doit de coexister avec les derniers membres de la XXVe dynastie nubienne. Cette situation change dès les débuts du long règne de Psammétique Ier (664 à 610 av. J.-C.). Profitant de l'affaiblissement assyrien, il parvient à réunifier l'Égypte ; d'abord en liquidant les chefferies du Delta avec des mercenaires juifs et grecs (ioniens, cariens et doriens), ensuite en annexant la Thébaïde par la nomination de sa fille Nitocris comme Divine adoratrice d'Amon et le ralliement du grand-prêtre Montouemhat[45].

relief coloré
Psammétique Ier et sa fille Nitocris faisant des offrandes à -Horakhty - Tombe de Pabasa à Thèbes - XXVIe dynastie.

Avec le retour de la stabilité et de la paix, le pays s'ouvre au commerce méditerranéen avec la Phénicie et les villes grecques. Les vieilles valeurs religieuses sont maintenues. Dans le domaine de l'art, les artistes se glissent dans un moule archaïsant en copiant les œuvres des Ancien et Moyen Empires. Sous Néchao II, l'Égypte domine pendant trois ans la Palestine après sa victoire à la Bataille de Megiddo (609 av. J.-C.) contre Josias, roi de Juda. La défaite que lui inflige Nabuchodonosor II à Karkemish en 605 av. J.-C. l'oblige à abandonner cette possession. Psammétique II mène une campagne en Nubie en 592 av. J.-C. où il descend jusqu'à la troisième cataracte du Nil. Son fils Apriès conduit des interventions en Palestine, notamment pour contrer les Babyloniens. En 570 av. J.-C., il est tué lors d'une guerre civile qui l'oppose au général Amasis. Devenu pharaon, ce dernier règne durant quarante-cinq ans de 571 à 526 av. J.-C[46]. Il est probable que l'ensemble des pharaons saïtes se soient fait inhumer dans leur ville, dans l'enceinte du temple de Neith dont il ne reste aujourd'hui plus grand chose. Aussi, seuls quelques-uns de leurs oushebtis sont connus[47].

En 525 av. J.-C., les Perses de Cambyse II envahissent l'Égypte après leur victoire à Péluse face au jeune Psammétique III. Ce dernier est déporté à Suse, la capitale perse. Durant 121 ans, les Perses prennent en charge l'administration du pays (XXVIIe dynastie achéménide). Profitant de déchirements internes à la famille royale perse, l'égyptien Amyrtée, prince de Saïs, se proclame pharaon en 404 av. J.-C. puis étend son autorité jusqu'à Assouan (seul représentant de la XXVIIIe dynastie)[48]. Son rival Néphéritès Ier parvient au pouvoir (398 à 393 av. J.-C.), fonde la XXIXe dynastie et déplace la capitale à Mendès. Après son décès, éclate une crise de succession qui voit Achôris remporter la mise (393 à 380 av. J.-C.). Les pharaons Nectanébo Ier (380 à 362 av. J.-C.) et Nectanébo II (360 à 343 av. J.-C.) de la XXXe dynastie, originaires de Sebennytos, sont les deux derniers plus illustres pharaons de souche égyptienne. Le premier parvient à refouler les Perses mais le second est défait par Artaxerxès III après s'être fait déborder à Péluse. Il s'enfuit en Nubie où l'on perd sa trace. Selon une légende rapporté par le Roman d'Alexandre dans la version du Pseudo-Callisthène, Nectanébo se serait exilé en Macédoine, dans le camp anti-perse[49].

Période ptolémaïque[modifier | modifier le code]

Article connexe : Lagides.
statue noire
Ptolémée III représenté en pharaon - période lagide - Neues Museum.

La seconde domination perse (XXXIe dynastie) ne dure qu'une décennie (343 à 332 av. J.-C.). Lorsque Alexandre le Grand, roi de Macédoine, dans sa guerre contre les Perses, pénètre en Égypte, le pays est livré sans grands heurts par le satrape Mazakès. Le conquérant se rend, de suite, dans l'oasis de Siwa où un oracle le reconnait comme fils du dieu Amon et pharaon. Après la mort d'Alexandre en 323 av. J.-C., le diadoque Ptolémée fils de Lagos, s'empare de l'Égypte. Avec lui s'ouvre la période ptolémaïque longue de plus de trois siècles (323 à 30 av. J.-C.). Quatorze de ses descendants prennent sa suite sous le nom de Ptolémée (XXXIIe dynastie). Leurs reines jouent un grand rôle politique dans le cadre de mariages consanguins (les différentes Bérénice, Arsinoé et Cléopâtre). Le dernier représentant de la lignée est Ptolémée XV issu de la relation entretenue par Cléopâtre VII avec Jules César. Implantés à Alexandrie, les Ptolémée sont avant tout des rois de culture grecque et leur capitale appartient pleinement à la civilisation hellénistique. Leur politique extérieure est tournée vers le monde méditerranéen. À l'instar des pharaons égyptiens, les trois premiers Ptolémée conquièrent la Palestine et la Syrie. Cependant leur véritable horizon est grec. Ils se constituent ainsi un empire maritime avec l'annexion de la Cyrénaïque, de la Cilicie, de la Carie, de Chypre et d'îles égéennes. La période n'est pas exempte de révoltes égyptiennes. Sous Ptolémée V, les pharaons autochtones Hourounnéfer et Ânkhounéfer en viennent à émanciper la Thébaïde. Dans la capitale, sous les derniers lagides, l'agitation politique est surtout le fait de la famille royale elle-même. La lignée est secouée par innombrables complots, intrigues, trahisons et assassinats. En province, de nombreux temples sont agrandis ou reconstruits dont ceux d'Edfou et Philæ. La faiblesse du gouvernement alexandrin favorise l'autonomie d'un clergé égyptien qui profite régulièrement de larges exemptions fiscales[50]. Après la défaite navale d'Actium en 31 av. J.-C., le suicide de Cléopâtre VII et l'assassinat de Ptolémée XV en 30 av. J.-C., l'Égypte passe sous domination romaine en devenant une province de l'Empire administrée par un préfet[51].

Symboles de la royauté pharaonique[modifier | modifier le code]

Le pouvoir de Pharaon vise à maintenir la cohésion d'un double royaume constitué par la Haute et la Basse-Égypte ; chaque partie ayant ses propres symboles héraldiques et ses propres divinités protectrices. Lors du couronnement, sont remis à Pharaon un ensemble d'objets symboliques de la royauté ; couronnes, coiffes, sceptres. Ses liens avec la sphère divine se manifeste par l'élaboration d'un nom sacré composé de cinq titres différents

Réunion des Deux-Terres[modifier | modifier le code]

Double monarchie[modifier | modifier le code]

Carte blanche avec du vert et bleu
Carte de l'Égypte antique.

La pensée égyptienne accorde une grande place au concept de la dualité. Toute réalité s'exprime comme l'union de deux modalités contraires mais appairées. L'univers se dit « le ciel et la terre », se comporter « s'asseoir et se lever », la totalité par « ce qui existe et ce qui n'existe pas ». Dans la langue égyptienne ce fait s'exprime par la présence du « duel (2) », un trait grammatical intermédiaire au singulier (1) et au pluriel (3 et au-delà). Dans le mythe osirien, Horus et Seth sont les « Deux Combattants » ou les « Deux Compagnons » tandis qu'Isis et Nephtys sont les « Deux Sœurs » ou les « Deux Pleureuses ». La monarchie pharaonique est elle aussi imaginée comme une institution duelle dans laquelle le Sud et le Nord sont unifiés. De par sa géographie, très particulière, l'Égypte a été perçue par ses antiques habitants comme une contrée caractérisée par la dualité. Il y a d'un côté la Haute-Égypte, le Sud, depuis Assouan jusqu'à Memphis et constituée par vingt-deux régions administratives (ou nomes). De l'autre, il y a la Basse-Égypte, le Nord, constituée par la plaine marécageuse du delta du Nil avec ses vingt régions. L'opposition joue sur un second couple géographique ; Kemet, la « Terre Noire », est la vallée fertile irriguée par les inondations annuelles du Nil tandis que Deschret, la « Terre Rouge », est le désert montagneux et stérile[52].

En tant que symbole politique de l'unité égyptienne, le pharaon est le « Maître des Deux-Terres » (neb-taouy) car il est avant tout le personnage dans lequel se manifeste l'union des Haute et Basse-Égypte. Cependant, dans le langage officiel, il peut aussi être le « Maître des Deux-Rives » ou le « Maître des Deux-Parts ». Les expressions politiques accordent toutefois la plus grande place au couple Sud-Nord. D'une manière guerrière, pharaon se « saisit des Deux-Terres » ou « les ploie » sous sa puissance ; politiquement, il « les fonde » ; économiquement, il « les fait reverdir » et, tel le dieu créateur, il « les illumine », « les satisfait » ou « les fait vivre »[53]. La dualité de la monarchie peut aussi se remarquer dans le nom des villes royales. Située à la frontière des deux territoires, Memphis, l'antique capitale, est surnommée Mékhat-taouy la « Balance des Deux-Terres » tandis que la cité de Licht est connue par son vrai nom de Amenemhat-itj-taouy (abrégé : Itj-taouy) « Amenemhat se saisit des Deux-Terres » car fondée par Amenemhat Ier, l'inaugurateur de la XIIe dynastie[54].

Deux plantes héraldiques[modifier | modifier le code]

Transcription Hiéroglyphe Traduction
Taouy
N16
Deux-Terres
Ta-Shémaou
N16 M26
Terre du Sud
Ta-Méhou
N17 M15 O49
Terre du nord
Shémaou
M26 D36 G43 N24
Celle du Sud
Méhou
V22 V28 G43 M15
Celle du Nord
Kémet
I6 G17 X1
O49
La Noire
Deshret
D46
N37
D21
X1
N25
La Rouge
Tableau 1./ Écriture hiérolglyphique

L'unité des Deux-Terres est fréquemment évoquée par la scène du Séma-taouy ou « Réunion des Deux-terres ». Ce motif décoratif figure fréquemment sur les deux flancs latéraux du trône royal. La plante du Sud, le lys blanc et celle du Nord, le papyrus, sont vigoureusement nouées ensemble par Horus et Seth ou par deux Hâpy (esprit de l'inondation) autour du hiéroglyphe de la trachée artère (séma), un idéogramme qui évoque les notions d'unité et de réunification. L'intégrité du double royaume est maintenue par le pharaon comme le signale sa titulature qui surmonte ou encadre la scène. Ce motif se rencontre fréquemment dans la statuaire royale lorsque le pharaon est figuré assis sur son trône[55]. Les deux faces latérales du siège royal sont alors ornées des scènes du Séma-taouy comme le trône de Mykérinos (Ve dynastie) du musée des beaux-arts de Boston ou le trône de Sésostris Ier (XIIe dynastie) du musée égyptien du Caire. Cette même scène figure sur le trône des deux Colosses de Memnon (Amenhotep III, XVIIIe dynastie) à Thèbes ainsi que sur le siège des statues colossales de Ramsès II (XIXe dynastie) des temples de Louxor et Abou Simbel[56].

Dans l'écriture hiéroglyphique, la plante-Shema sert d'idéogramme au termes Ta-Shémaou, la « Terre du Sud » et Shémaou « Celle du Sud » c'est-à-dire la Haute-Égypte, les Shémaou étant les « Habitants du Sud ». Les fleurs de cette plante héraldique sont montrées telles des campanules divisées en trois parties. Son identification n'est pas encore certaine. Des représentations font penser à l'Iris mais il y a aussi été vu un spécimen de Kaempferia, une Zingibéracée maintenant disparue d'Égypte mais encore présente au Soudan du Sud et en Éthiopie. Sa fleur, très semblable au lys est de couleur pourpre[57].

Le bouquet de papyrus (Cyperus papyrus) sert lui d'idéogramme pour Ta-Méhou, la « Terre du Nord » et Méhou « Celle du Nord », à savoir la Basse-Égypte. Les Méhou sont les chasseurs des marais et les Méhétyou sont plus précisément les « Habitants du Nord ». Le hiéroglyphe représente trois tiges de papyrus et leurs ombelles respectives. Il représente les denses fourrés de papyrus très souvent figurés dans les tombes. Là, le défunt traverse le marécage en barque pour chasser ou pêcher au harpon. Dans le mythe, Isis et son enfant Horus s'y cachent du terrible Seth[58].

Deux déesses tutélaires[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Nekhbet et Ouadjet.

Dès les débuts de l'histoire égyptienne, les déesses Nekhbet et Ouadjet sont les deux déesses tutélaires de la double-monarchie pharaonique. Le nom de la première signifie, très simplement, « Celle de Nekheb ». Ce lieu est une importante cité de l'Égypte méridionale et se situe sur la rive opposée de Nekhen, la première capitale des pharaons. Au plan national, Nekhbet assume le rôle de déesse protectrice de la Haute-Égypte. Dans l'iconographie, elle apparaît surtout sous la forme d'un vautour blanc, les ailes déployés au-dessus du souverain. Elle peut aussi prendre la forme d'une femme coiffée de la couronne blanche ou comme une femme à tête de vautour. La déesse Ouadjet « Celle du papyrus » est, quant à elle, chargée de veiller sur la Basse-Égypte. La racine de son nom est la plante-ouadj qui véhicule les notions de verdeur, de prospérité, de régénération et d'épanouissement végétal. Elle est originaire de la ville de Bouto située dans le delta du Nil, attesté par l'archéologie dès la période prédynastique. Avant l'unification, Bouto était peut-être la capitale d'un royaume du Nord ensuite assujetti par le Sud. Ouadjet est généralement représentée comme un cobra, comme une femme à tête de cobra ou coiffée de la couronne rouge. Les deux déesses figurent pour la première fois ensemble sur une étiquette en ébène découverte dans la tombe de Neithhotep à Nagada et datée du règne de Hor-Aha (Ire dynastie). Les deux déesses ont exercé leur fonction jusqu'à la fin de la royauté pharaonique et même au-delà. Dans le temple d'Esna, Tibère (empereur romain de 14 à 37) est figuré entre elles deux tel un pharaon couronné du Pschent[59].

Regalia pharaoniques[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Article connexe : Liste des attributs du pharaon.
dessin coloré d'un roi et d'une reine
Représentation du pharaon Thoutmôsis Ier et de son épouse. Copie d'une fresque de Deir el-Bahari, XVIIIe dynastie.

Les regalia sont un ensemble d'objets symboliques de la royauté. Durant toute l'histoire de l'Égypte pharaonique, les couronnes, sceptres, cannes et autres accessoires royaux tels les écharpes, sandales, pagnes, ou barbe cérémonielle ont joué le double rôle de protection et de puissance. Très prosaïquement, ces objets ont servi à distinguer le pharaon des autres humains. Cependant, tous ces objets sacrés ont aussi conféré à leur détenteur une autorité civile en tant que commandant suprême de l'administration étatique, une autorité militaire en tant chef des armées et une autorité religieuse en tant que représentant terrestre des dieux. Chaque regalia est porteuse de sa propre signification symbolique. Chacune d'elles est une puissante amulette magique dont le rôle est de protéger le pharaon de tout danger et d'éloigner loin de lui les forces hostiles qui hantent l'univers (démons invisibles, rebelles égyptiens, pays ennemis). Certains de ces objets sont antérieurs à la fondation de l'État égyptien et sont déjà attestés durant la période prédynastique. D'autres se sont ajoutés sous la Ire dynastie. Durant la IIe dynastie, leurs fonctions se sont formalisées pour ne presque plus se modifier dans le cours des trois millénaires qu'a duré de la royauté pharaonique[60].

Couronnes[modifier | modifier le code]

pharaon à genoux
Psammétique Ier couronné du Pschent - XXVIe dynastie - Nécropole thébaine.

Le pharaon partage avec les divinités majeures le privilège de porter des couronnes. Ces couvre-chefs sacrés sont multiples et variés et certaines se présentes comme des compositions complexes qui mêlent cornes, hautes plumes et uræus. Les trois couronnes royales sont les plus sobres. La couronne blanche est une sorte de mitre allongée terminée par un bulbe. La couronne rouge ressemble à un mortier dont la partie arrière remonte vers le haut et qui est dotée d'une tige terminée en spirale. Dès le cours de la Première dynastie, ces deux couronnes sont venues à représenter respectivement la royauté de la Haute-Égypte et celle de la Basse-Égypte. Emboîtées l'une dans l'autre, elles forment la couronne pa-sekhemty (les « Deux Puissantes ») que les Grecs par déformation ont nommé Pschent[61]. Cette double couronne symbolise l'union du pays dont le pharaon est le garant. Au niveau divin, le Pschent est porté par Atoum le dieu créateur, par Mout la parèdre d'Amon et par le faucon Horus, le protecteur de la double-monarchie et le modèle archétypal du pharaon[62].

Les origines des couronnes blanche et rouge sont perdent dans les brumes de la préhistoire mais toutes deux semblent provenir de la seule Haute-Égypte. La plus ancienne représentation de la couronne rouge figure dessinée sur une poterie trouvée à Nagada (Noubt) et datée de la période Nagada I (-3800 / -3500). La plus ancienne représentation de la couronne blanche figure sur un encensoir découvert à Qoustoul en Basse Nubie (vers -3150), une localité liée à la ville égyptienne de Nekhen d'où est parti la volonté unificatrice de l'Égypte. De ce fait, durant toute l'histoire pharaonique, la supériorité de la couronne blanche sur la rouge est un fait attesté. La plus ancienne représentation du Pschent remonte au règne de Djet (Première dynastie) gravée sur une roche du désert occidental. Par la suite, cette même couronne figure sur une étiquette en ivoire datée du règne de Den et trouvée à Abydos[63]. Selon Bernadette Menu, égyptologue française, la documentation archaïque laisse à penser que les deux couronnes, avant d'être des marqueurs géographique, ont été les indicateurs des deux principaux rôles joué par le pharaon. Coiffé de la couronne blanche, il repousse le désordre en massacrant ses ennemis une massue à la main, tandis que coiffé de la couronne rouge, il amène la prospérité en arpentant les champs et en procédant au recensement des troupeaux[64].

Coiffes[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Némès et Khépresh.

Sans être des couronnes, certaines coiffes sont réservées aux dieux et à pharaon. Le Némès est un linge plissé et rayé de couleur bleu lapis-lazuli et jaune. Porté sur la tête, il enveloppe entièrement la chevelure et retombe sur la poitrine et derrière les épaules où il est rassemblé dans une sorte de tresse. Le Némès semble n'être porté que dans un contexte cultuel lorsque le pharaon officie auprès des dieux ou dans un contexte funéraire. La plus ancienne attestation remonte à une statue du roi Djéser (IIIe dynastie) déposée dans le serdab de la pyramide à degrés (vers -2650)[65]. La représentation la plus colossale de cette coiffe est celle du sphinx de Gizeh dont la tête représente un souverain de la IVe dynastie : Khéops ou Khéphren. Dans le tombeau de Toutânkhamon (XVIIIe dynastie) redécouvert en 1922, la tête de la momie royale portait un masque funéraire en or finement ouvragé. Le pharaon est montré portant le Némès avec au front les symboles des déesses Nekhbet et Ouadjet (vautour et uræus)[66]. Pour de multiples autres représentations royales, le souverain porte la coiffe du Némès et celle-ci sert de support à la double-couronne Pschent[67].

Surnommé la « couronne bleue », le Khépresh est un couvre-chef tardif exclusivement réservé à l'usage des seuls pharaons. Il apparaît à la fin du Moyen Empire mais ne devient fréquent que sous la XVIIIe dynastie. Cette coiffe est relativement haute, en forme de bulbe et parsemée de nombreux petits pois circulaires. Le milieu égyptologique l'a longtemps considéré à tort comme un casque de guerre en fer car le souverain la porte assez fréquemment dans les scènes de batailles. Il s'agit en fait d'un signe distinctif propre au monarque, une marque de triomphe, probablement confectionnée en tissu ou en cuir et décorée de disques en or[68].

Uræus[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Uræus et Cobra égyptien.
masque en or
Masque funéraire du roi Aménémopé muni d'un uræus au front - XXIe dynastie - Musée égyptien du Caire.

Le mot Uræus est la forme latinisée d'un terme grec dérivant de iâret, le nom égyptien du cobra qui signifie « monter, s'élever, se dresser ». On voit ce serpent, prêt à l'attaque, fixé sur le front des dieux, des pharaons et, quelques fois, des reines. En tant qu'insigne pharaonique, l'uræus est un ornement fixé sur les couronnes (blanche, rouge, pschent) et sur les coiffes (némès, khépresh). La plus ancienne représentation de l'uræus sur un front royal remonte au règne de Den (Ire dynastie) sur une étiquette en ivoire qui montre le roi assommer un ennemi. Le cobra est un des aspects de l'Œil de Rê qui peut aussi prendre l'apparence d'une femme (le mot œil est du genre féminin en égyptien) ou d'une lionne dangereuse. La fonction de l'uræus est claire. Ce serpent femelle est un puissant symbole de protection, de pouvoir et de bienfaisance. Fixé au front de Pharaon, le cobra crache le feu de son venin à l'encontre des ennemis du royaume. Le reptile endosse ainsi un pouvoir à la fois agressif et apotropaïque face aux forces malfaisantes du chaos. Dans les plus anciennes scènes royales, Pharaon est précédé par un courtisan qui porte une enseigne où figure le canidé Oupouaout « L'Ouvreur de Chemin » debout sur ses quatre pattes et accompagné d'un uræus protecteur. Le serpent figure seul sur le front de Pharaon lorsque ce dernier est vivant. Dans la mort, le souverain porte le cobra et la tête de vautour, à savoir Ouadjet et Nekhbet, les deux déesses protectrice du Double-Pays égyptien. Tel est le cas sur les sarcophages anthropomorphes de Toutânkhamon, sur ses oushebtis et sur ses vases canopes. Sur le front des pharaons nubiens de la XXVe dynastie figurent deux serpents ; peut-être pour symboliser leur double puissance, sur la Nubie d'où ils sont issus et sur l'Égypte qu'ils ont tenté de conquérir, sans jamais y parvenir entièrement dans le delta du Nil tenu par la XXVIe dynastie[69].

Sceptres[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Crosse-Héqa et Flagellum-Nekhekh.
visage en or
Toutânkhamon les deux sceptres à la main (sarcophage). XVIIIe dynastie.

Le sceptre Héqa est sûrement le plus ancien symbole de la domination pharaonique. Il représente une crosse de berger qui est un bâton avec une extrémité recourbée. Le crochet et son écartement sont conçus pour saisir un ovidé ou un capridé (brebis, chèvre) par la patte arrière afin de lui administrer des soins. La symbolique de la crosse pharaonique est simple à analyser. Reflet des aspects pastoralistes de la société égyptienne, le pharaon est le berger de son peuple, le guidant et le protégeant. Dans l'écriture hiéroglyphique, l'image de la crosse sert d'idéogramme au concept de « pouvoir / autorité / souveraineté » et sert à noter les mots « gouverneur régional » et « souverain étranger »[70]. Les deux plus anciens exemplaires connus proviennent de la nécropole royale d'Abydos (Cimetière U). Le premier est fragmentaire et remonte à la fin de la période Nagada II tandis que le second est complet et date de la fin de la période prédynastique. Ce dernier a été trouvé dans la tombe U-j où un dirigeant thinite a été enseveli, peut-être le roi Scorpion. La plus ancienne représentation montrant un pharaon avec un sceptre Héqa dans la main est une petite statuette au nom de Ninetjer (IIe dynastie). Dans l'autre main, ce même personnage tient le fléau-Nekhekh (ou flagellum). Souvent faussement présenté comme un chasse-mouche, le nekhekh sert en fait à aiguillonner les bovidés et se présente donc lui aussi comme un objet issu de la mentalité agricole égyptienne très marquée par la symbolique de l'élevage[71]. Avec le développement du culte osirien à partir de la IVe dynastie, le sceptre-Héqa et le fléau-Nekhekh deviennent les attributs d'Osiris ; le dieu funéraire tenant l'un et l'autre dans ses deux mains et croisés sur la poitrine. Par assimilation avec cette importante divinité, les pharaons sont eux aussi figurés dans cette posture notamment sur les piliers osiriaques de leurs monuments d'éternité et sur leurs sarcophages[72].

Queue de taureau[modifier | modifier le code]

morceau de pierre triangulaire
Fragment de la Palette au taureau, Période prédynastique, Musée du Louvre.

Le monde animal a grandement influencé l'iconographie royale lors de la formation de l'État pharaonique. Sur plusieurs palettes à fard commémoratives datées de la Période prédynastique, le pharaon est représenté sous la forme animale. Il s'agit alors de montrer que le souverain égyptien est tout imprégné des forces surnaturelles de la nature. Sur la Palette du champ de bataille, le pharaon est montré sous la forme d'un lion tandis que sur la Palette au taureau et sur la Palette de Narmer (verso, registre inférieur) il apparaît tel un taureau furieux. Il piétine ses ennemis vaincus figuré comme des hommes en déroute, paniqués et aux corps démantibulés. Le lion et le taureau sont deux animaux qui symbolisent la férocité. Lorsque le souverain s'approprie ces apparences, il s'agit d'un moyen pictural que les artistes ont utilisé pour montrer son rôle de défenseur de la Création et d'opposant farouche aux forces du chaos. Durant les deux premières dynasties (ou Période thinite), l'iconographie royale se codifie. Durant ce processus, les représentations du pharaon sous la forme entièrement animale sont abandonnées. Les références au monde de la nature sont toutefois conservées mais apparaissent sous des modalités plus subtiles. La puissance innée du taureau, à savoir sa virilité et sa force, est évoquée par le moyen de la queue de taureau portée par le pharaon, suspendue à l'arrière de son pagne. La plus ancienne représentation connue figure sur la Massue du roi Scorpion. À partir de là, la queue de taureau devient un attribut canonique du costume pharaonique jusqu'à la fin de la royauté égyptienne[73].

Barbe[modifier | modifier le code]

Article connexe : Barbe cérémonielle.
visage d'un homme tristounet au gros nez
Le roi Khéphren coiffé du némès et portant la barbe - IVe dynastie - Musée égyptien de Leipzig.

Le visage de Pharaon est généralement montré glabre, rasé de près. Sur un rare ostraca en pierre blanche figure un dessin d'un roi mal rasé. Le témoignage du grec Hérodote, nous apprend, qu'en Égypte, les proches parents d'un défunt se laissent pousser la barbe et ne se coupent plus les cheveux. Par là, nous savons qu'il s'agit d'un nouveau pharaon en deuil de son prédécesseur[74]. La barbe cérémonielle (ou barbe postiche) est cependant un insigne royal attesté dès la période prédynastique. Pharaon partage cet attribut avec les divinités mâles et sert à le distinguer du commun des mortels. La barbe se présente comme une longue barbiche tressée artificielle, droite ou recourbée au bout, portée au menton et fixée aux oreilles par un long fil doré. La pharaonne Hatchepsout (XVIIIe dynastie), en tant que détentrice du pouvoir suprême, n'a pas hésité à porter cet attribut typiquement masculin[75].

Titulature[modifier | modifier le code]

Présentation des titres pharaoniques[modifier | modifier le code]

Article connexe : Titulature des pharaons.
Mur sculpté de hiéroglyphes
Vue sur la titulature de Ramsès II, Tanis, XIXe dynastie.

En Égypte antique comme pour d'autres sociétés anciennes ou primitives, donner un nom à une personne est lourd de signification. Le nom de l'enfant est généralement donné par la mère à la naissance. Il est choisi en fonction des croyances religieuses locales ou est le reflet de préoccupations familiales plus particulières[76]. À partir de l'Ancien Empire, lors du couronnement, chaque nouveau pharaon se voit attribuer une titulature sacrée composée de cinq noms différents. Mis ensemble, ces derniers constituent le programme mystique du règne à venir. Les noms royaux sont tout naturellement imprégnés d'un fort symbolisme politico-religieux car ils visent à intégrer le titulaire de la charge royale dans la sphère du sacré. Au cours du règne, lorsqu'un événement politique d'importance advient, la titulature peut être amendée afin de l'évoquer. Tout au long de la civilisation, certains concepts sont immanquablement mentionnés dans les titulatures comme la puissance, la compétence, la fécondité, la vitalité ou l'harmonie cosmique (Maât). Dans la pensée égyptienne, le nom donne vie à la chose qu'il désigne et le détruire revient à anéantir magiquement son possesseur. D'où l'importance qu'attachent les pharaons aux noms qui les désignent et l'acharnement avec lequel ils ont fait marteler ceux d'un prédécesseur honni. Le terme Nekhbet désigne la titulature complète des cinq noms tandis que l'expression Ren-maâ « nom véritable » s'applique au nom donné à la naissance augmenté des quatre autres attribués lors de l'investiture[77].

Partie de la titulature de Thoutmôsis III, de haut en bas, le Nom d'Horus, le Nom de Nesout-bity et le Nom de Sa-Rê. Temple de Deir el-Bahari.

Dans sa forme canonique, une titulature comprend officiellement cinq noms successifs. Chacun d'eux comprend un titre suivi du nom proprement dit[78]. Pour d'exemple, nous donnons à lire ci-dessous celle du pharaon Thoutmôsis III, un glorieux représentant de la XVIIIe dynastie ayant vécu au XVe siècle av. J.-C. :

  • Nom d'Horus : Kanakht Khâemouaset, Taureau puissant qui apparaît radieux à Thèbes
  • Nom de Nebty : Ouahnesytmirêmpet, Qui établit durablement la royauté [sur terre] à l'instar de Rê dans le ciel.
  • Nom d'Horus d'or : Sékhempéhty Djéserkhâ, Imposant de vigueur, radieux d'apparition.
  • Nom de Nesout-bity : Menkhéperrê, La Manifestation de Rê est durable.
  • Nom de Sa-Rê : Djehoutymès (Thoutmôsis), Mis au monde par Thot[79].

Transcriptions modernes[modifier | modifier le code]

hiéroglyphes
Liste d'Abydos - Cartouches des pharaons Menpehtyrê (Ramsès Ier) n°75 et Menmaâtrê (Séthi Ier) n°76.

Quatre faits notables sont à signaler quant aux noms royaux égyptiens. Contrairement à l'habitude des monarchies européennes modernes, les Anciens Égyptiens tout imprégnés de leur vision cyclique du temps, n'ont pas numéroté les prénoms de leurs souverains afin de les inscrire dans la continuité. Cette habitude ne s'est instituée qu'avec la mise en place de la science égyptologique au XIXe siècle dont les savants pionniers, rappelons-le, sont tous de culture européenne. Deuxièmement, l'orthographe des noms royaux est différente selon que l'on translittère les hiéroglyphes ou que l'on utilise le nom donné par les historiens Grecs. Par exemple, la dénomination Amenhotep (nom transcrit de l'égyptien ancien) est identique à Aménophis (nom grec) ; Djehoutymès à Thoutmôsis ; Chepseskaf à Sebercheres ou à Sasychès. Troisièmement, une des règles de l'écriture hiéroglyphique est l'antéposition honorifique du glyphe divin. Cela revient à inscrire le symbole divin avant tous les autres quand bien même il faut le lire en dernier[80]. Cette règle de lecture est ignorée des premiers égyptologues qui ont ainsi transcrit fautivement le sigle divin en premier. De ce fait, certaines dénominations royales sont traditionnellement connues par deux transcriptions ; tel Raneb (ancienne et fausse transcription) et Nebrê (bonne transcription). Quatrièmement, les égyptologues perpétuent la pratique des historiens grecs qui vise à donner la préférence au Nom de Sa-Rê pour désigner le souverain égyptien. Or, la lecture des listes royales compilées par les Anciens Égyptiens ainsi que des noms figurant sur les statues royales montre que ces derniers ont prioritairement désigné et connu leurs souverains par le Nom de Nesout-bity ; Khâkhéperrê pour Sésostris II, Khâkaourê pour Sésostris III, Âakhéperenrê pour Thoutmôsis II, ''Menkhéperrê pour Thoutmôsis III, Ousermaâtrê-Setepenrê pour Ramsès II, Ousermaâtrê-Mériamon pour Ramsès III[81].

Liste des cinq titres royaux[modifier | modifier le code]

Article connexe : Horus et la titulature royale.

Nom d'Horus :

Aux premiers temps de l'institution pharaonique, (Période prédynastique et début de la Ire dynastie), la titulature royale ne comporte que le seul nom d'Horus. Celui-ci s'inscrit alors à l'intérieur du serekh qui est la représentation stylisée et rectangulaire du palais royal. Surmonté du faucon horien, le nom exprime la nature divine du pharaon en tant que manifestation terrestre du dieu céleste Horus[82].

Nom de Nebty :

Rocher gravé

Durant la Première dynastie, sans doute sous le règne de Sémerkhet se constitue le Nom de Nebty « Les Deux Maîtresses » ou « Les Deux Dames». Ce deuxième titre exprime l'unification des Deux-Terres, la Haute- et la Basse-Égypte dans la personne du roi. Ce fait s'exprime par la présence conjointe de deux divinités femelles, Nekhbet la déesse vautour de la ville de Nekheb (sud) et Ouadjet la déesse cobra de Bouto (nord)[83].

Nom de Nesout-bity :

Au milieu de la Première dynastie, le pharaon Den innove en s'adjoignant le Nom de Nesout-bity. Ce troisième titre se traduit littéralement par « Celui du Jonc et de l'abeille ». D'après la documentation ptolémaïque, il semble cependant devoir être lu sous « Roi de Haute et Basse-Égypte ». Ce titre reflète aussi le concept de la dualité monarchique. Dans la langue égyptienne le mot nesout exprime généralement la fonction royale sacrée issue du monde divin tandis que le terme de bity se rencontre plus dans le contexte humain des affaires administratives et gouvernementales[84].

Nom d'Horus d'or:

Durant l'Ancien Empire se met en place le Nom d'Horus d'or (Hor Noubt) qui s'écrit avec l'image du faucon Horus debout sur le hiéroglyphe de l'or (nebou) qui représente vraisemblablement un collier précieux. Dans la pensée égyptienne, le métal doré est lié au monde divin. Il a aussi des connotations solaires en lien avec les rayons brillants du soleil. Dans les hymnes, l'or est dit être la chair des dieux tandis que l'argent constitue leur ossature. Ce titre peut aussi évoquer la victoire d'Horus sur son oncle Seth. Ce dernier disposait d'un temple dans la ville de Noubt la « ville de l'or » et l'un de ses surnoms est Noubty « Celui de Noubt » ou le « Doré »[85].

Nom de Sa-Rê :

Le Nom de Sa-Rê ou « Fils de Rê » apparaît pour la première sous Djédefrê (IVe dynastie). Dans les faits, il s'agit du nom que l'individu devenu Pharaon porte depuis la naissance. Ce nom de naissance, inséré dans la titulature officielle, signale l'origine divine du souverain. Il témoigne aussi de l'influence grandissante du clergé d'Héliopolis et du culte de dans la vie politique[86]. Avec l'apparition de la titulature complète, le Nom de Nesout-bity et le Nom de Sa-Rê sont protégés par le cartouche royal, un ovale magique qui représente à l'origine une corde nouée à l'une des extrémités, le serekh reste quant à lui réservé au Nom d'Horus dans les grandes inscriptions dédicatoires arrangées en colonnes[87].

Élément de la composition de l'être[modifier | modifier le code]

Article connexe : Composition de l'être.
photo d'une statue
Le cartouche royal personnifié empoignant deux prisonniers par les cheveux. Socle d'un pilier osiriaque de Ramsès III - Médinet Habou - XXe dynastie.

Dans le système de pensée des Anciens Égyptiens, l'être humain est composé de plusieurs éléments matériels et immatériels (corps, âme-Ba, vitalité-Ka, ombre, cœur) qui lient le monde terrestre au monde invisible des dieux et ancêtres. Le nom est l'un de ces éléments essentiels qui définissent et situent l'individu dans la Création. La titulature royale est intimement liée aux statues et aux autres représentations iconographiques de Pharaon. Une statue anonyme est inconcevable car l'absence du nom du détenteur de la charge royale revient à lui dénier l'exercice de la royauté terrestre. Tout comme l'image, le nom est le signe de la présence de Pharaon[88]. Aussi, dans les temples, le nom de Pharaon est omniprésent et figure gravé sur les parois, sur les plafonds, sur les colonnes ; en des frises, entouré ou non par des serpents uræus protecteurs. À l'occasion, surtout sous le Nouvel Empire, la titulature peut représenter la personne toute entière et remplacer la figuration corporelle du pharaon. Sur des monuments, des dignitaires peuvent ainsi être montrés en adoration devant le souverain ou devant sa titulature. Sur un linteau du temple de Seth d'Ombos, le dieu vivifie Thoutmôsis Ier par l'entremise de sa titulature. Sur une décoration du coffre du char de Thoutmôsis IV, le nom royal semble doté d'une vie propre. En lieu et place du pharaon, le cartouche d'une main empoigne un ennemi par les cheveux tandis qu'avec l'autre il brandit une massue pour l’assommer. Le cartouche est en outre figuré avec une tête de faucon horienne couronnée du pschent et muni de plumes caudales[89]. À Médinet Habou, sur la tranche du socle de certaines statues colossales de Ramsès III, le cartouche est là aussi muni de deux bras. Il tient captif et encordé quatre hommes qui sont les symboles des pays étrangers soumis à la puissance de Pharaon[90]. L'identité de substance entre le nom et l'image de Pharaon trouve son expression la plus aboutie dans un groupe statuaire dédié conjointement à Ramsès II et au foucon Houroun. Le disque solaire () couronnant le corps enfantin du roi (mès) et le jonc (sou) qu'il tient dans la main forment le rébus Râ-mès-sou qui signifie Ramsès « Rê l'a engendré » afin d'écrire le prénom de naissance du souverain[91].

Légitimité du pharaon[modifier | modifier le code]

Être complexe, mi-homme, mi-dieu, Pharaon tient sa légitimité du couronnement imaginé comme une glorieuse apparition. Sa personnalité est constituée d'une multitudes d'identités et de filiations divines. Il est le faucon Horus, fils d'Osiris et Isis, le fils d'Amon selon le mythe thébain de la théogamie et le fils de selon la croyance héliopolitaine.

Rites de la monarchie[modifier | modifier le code]

Couronnement[modifier | modifier le code]

Article principal : Sacre des pharaons.
couronnement,
apparition glorieuse
N28
D36
G43 Y1
Z2
khâou

Le sacre (ou couronnement) de Pharaon est un cérémonial complexe formé d'un ensemble de rites destinés à inaugurer un nouveau règne. Il s'agit d'une fête religieuse organisée par les prêtres après les funérailles du roi précédent dans un délais de 70 jours après la mort du roi (délais nécessaire à la momification de la dépouille). La luxuriance de la cérémonie est telle qu'il est jusqu'à présent impossible aux égyptologues de la reconstituer dans ses moindres détails. La documentation disponible (iconographie et textes) insiste sur quelques faits saillants ; sortie du palais, lustration, entrée dans le temple, imposition des couronnes, intronisation, proclamation de la titulature. En tout premier lieu se tient l'avènement qui est la prise de pouvoir effective le lendemain matin après la mort du pharaon précédent. L'avènement peut donc se dérouler à n'importe quel moment de l'année. Ce jour est aussi le début du comput des années de règne. Par contraste, la date du couronnement est mise en relation avec un événement cosmique favorable. Au Moyen Empire, le couronnement se tient le jour du Nouvel An au début de l'inondation du Nil (fin juin). Au Nouvel Empire, la date coïncide avec la réapparition de la Lune dans le ciel comme l'attestent les textes au sujet d'Amenhotep Ier, Thoutmôsis Ier, Amenhotep II, Amenhotep IV (Akhénaton) et Ramsès II. La cérémonie peut aussi se tenir lors des solstices et des équinoxes[92].

Dans les textes égyptiens, l'acte du couronnement est présenté comme une apparition divine dans le monde : khâou nesout « apparition du roi de Haute-Égypte », khâou bity « apparition du roi de Basse-Égypte » et khâou nesout-bity « apparition du roi de Haute et Basse-Égypte ». Le terme khâou « apparition » sert aussi à désigner les couronnes que porte le souverain. Il s'agit d'un dérivé substantivé du verbe khâi qui signifie « apparaître, briller ». Ce verbe sert à décrire le lever du soleil au petit matin lorsqu'il étincelle au dessus de l'horizon. D'emblée, Pharaon est ainsi assimilé à , le dieu solaire[93]. Dans l'écriture hiéroglyphique, khâi et khâou sont deux notions restituée par l'idéogramme d'une colline surmontée d'une sorte d'auréole en éventail. Cette auréole peut être interprétée comme les premiers rayons du soleil sur la terre. Dans les plus anciennes occurrences cette auréole contient quatre bandes concentriques de couleur différentes (bleu, vert et rouge) ; aussi peut-on y voir une représentation plausible de l'arc-en-ciel[94].

Confirmation du nouvel an[modifier | modifier le code]

Selon la vision cyclique du temps des Anciens Égyptiens, la fin de l'année est une période de danger et de rupture. Durant les cinq jours épagomènes, le pouvoir bénéfique des divinités et de Pharaon, leur héritier, connait un affaiblissement auquel des rites de régénération doivent remédier. L'essentiel de la liturgie est documenté par un papyrus conservé au Brooklyn Museum[n 5]. La langue employée remonte au Moyen Empire mais la copie plus tardive date de la Basse époque en suivant une liturgie remaniée au Nouvel Empire[95]. Par allusions, le rite est aussi consigné sur l'embrasure des portes des temples de l'époque ptolémaïque à Karnak, Edfou et Philæ[96] et un hymne d'ofrande figure dans le Livre des Morts (chapitre 168 A/B).

image colorée de deux hommes égyptiens
Le pharaon Toutânkhamon assis sous un dais cérémoniel - XVIIIe dynastie - Copie d'un relief par K. Lepsius.

La cérémonie est une reprise de certains gestes cérémoniels d'intronisation[n 6]. Elle se déroule près et dans la cour de la Maison de vie, sur une quinzaine de jours, avant la venue de la crue du Nil, entre le premier des jours épagomènes et le 9 du mois de Thout. La ville d'origine du rite n'est pas connue, peut-être Héliopolis, mais il s'est diffusé à travers le pays et a été mis en œuvre dans les grands temples provinciaux. À Edfou, la confirmation se tient aussi le premier du mois de Tybi, date anniversaire du couronnement d'Horus, avant l'ensemencement des champs et en lien avec l'investiture annuelle du Faucon sacré[97]. Le pharaon ou à défaut son substitut rituel (le prêtre-du-roi) subit un long cérémonial de renaissance où le pouvoir monarchique est confirmé par l'assimilation de la personne royale à le dieu solaire d'Héliopolis et à Horus, fils d'Osiris. Dans une première phase, durant le Cérémonial du Grand Siège, le pharaon est purifié des miasmes de l'année écoulée. Il reçoit des amulettes en faïence (les glyphes ânkh et ouas, vie et puissance) ainsi que des parures régalienne (écharpe, couronnes, pagne). À neuf reprises, Pharaon est oint avec des onguents prophylactiques destinés à repousser les esprits malins (morts en colère, envoyés de Sekhmet, démons massacreurs de Bastet) et toute chose néfaste. Dans une seconde phase, durant les journées des Rites de l'Adoration d'Horus qui confère l'héritage, se met en place une magie opératoire où le glyphe iaout « fonction royale  » est dessiné sur la main du roi[n 7]. Ce même emblème est confectionné en mie de pain mâchée que le roi doit ingérer. Après l'incorporation de la « fonction » dans le corps du roi, l'année passée est symboliquement enterrée sous la forme d'une galette enrobée dans du limon de l'année nouvelle. La confirmation se parachève par la remise de quatre sceaux, deux au nom de Geb et deux au nom de Maât et Neith, placés sous la tête du roi. Ce dernier est couché sur un lit d'apparat durant un sommeil simulé qui évoque la mort. Le matin du jour de l'an, Pharaon se réveille, jeune et renouvelé. Le rituel se poursuit par divers gestes dont le massacre des ennemis par la décapitation symbolique de sept plantes, des offrandes aux dieux souterrains et aux ancêtres royaux que sont les Suivants d'Horus[n 8] et par le déploiement de neuf oiseaux au-dessus de la tête du roi[98].

Fête Sed (jubilé)[modifier | modifier le code]

Article principal : Fête Sed.
Fête-Sed
s d
N21
O23 W4
heb-sed

Comme tous les êtres humains, Pharaon est soumis au vieillissement et à l'amoindrissement de ses forces. Cependant, en raison de sa proximité avec les dieux, il peut surmonter ces aspects néfastes grâce à des rituels de régénération dont il a le privilège. Dès les débuts de la monarchie pharaonique, les pharaons ont pris pour habitude de célébrer au bout de trente ans de règne une fête jubilaire dénommée Heb-Sed (ou Fête de Sed), ensuite répétée à des intervalles plus rapprochés ; généralement tous les deux-trois ans[99]. Malgré l'importance de la documentation égyptienne, il est très difficile de se faire une idée précise du déroulement de la fête-Sed qui semble s'étendre sur au moins cinq journées consécutives. Sa signification est plus profonde que la simple célébration de la longévité du roi. Dans son essence, il s'agit d'un rituel de régénération dans lequel la puissance magique et la force physique du pharaon en exercice sont renouvelés ainsi que ses relations avec les divinités et avec le peuple.

Djoser effectuant la course rituelle - Ire dynastie - Saqqarah.

Une partie du jubilé réaffirme le pouvoir séculier du pharaon par un rite de revendication territoriale connue sous le nom de « dédicace du champ ». Au sol, deux bornes délimitent un champ de course orienté sud-nord. Cet espace symbolise les limites territoriales du pays dans lesquelles est exercé le pouvoir pharaonique. À quatre reprises, Pharaon se déplace à grandes foulées entre les deux bornes afin de réaffirmer ses prétentions territoriales sur le pays et sur l'ensemble de la création[100]. Cette course n'est cependant pas le rituel central du jubilé. Dans l'écriture hiéroglyphique, le jubilé s'écrit avec le sigle de la tjentjat qui représente deux estrades accolées. Par ce moyen est signifié que l'acte rituélique central est le renouvellement du double couronnement de Pharaon, une fois en tant que roi de Haute-Égypte, une seconde fois en tant que roi de Basse-Égypte[101]. Lors de la fête, Pharaon traverse différents états d'être lors d'un parcourt mystique. Chaque étape est symbolisée par le port d'un costume spécifique. Ces différents costumes cérémoniels apparaissent dans ce qu'il est convenu d'appeler les piliers « osiriaques ». Ces éléments décoratifs appartiennent à l'architecture des temples du culte royal édifiés durant les Moyen et Nouvel Empires. Par le moyen de statues colossales (hautes de 1,95 m à 9,50 m) adossées à des piliers, Pharaon apparaît debout et statique les deux bras croisés sur la poitrine ; par exemple Hatshepsout à Deir el-Bahari et Ramsès II au Ramesseum. Cette attitude n'est pas sans rappeler les figurations du dieu Osiris, surtout lorsque Pharaon est vêtu du suaire mortuaire qui le fait ressembler à une momie. Les textes gravés sur les piliers attestent cependant très clairement le contexte jubilaire : « Première fois de la fête-Sed ; qu'il soit un doué de vie ! », « Première fois de la fête-Sed ; puisse-t'il en célébrer de très nombreuses comme Rê éternellement ! »[102].

Successeur d'Horus[modifier | modifier le code]

Dynastie des dieux-pharaons[modifier | modifier le code]

dessin sur papyrus
Séparation du Ciel (Nout) et de la Terre (Geb) par Shou (air) - Papyrus Greenfield - Basse époque égyptienne - British Museum.

Les Anciens Égyptiens attribuent à leurs divinités une existence en dehors du temps, longue de millions d'années. Les récits mythologiques leur donnent toutefois une existence terrestre et les nombreux incidents qui ont émaillé leur passage sont à la base de toute la topographie religieuse du pays. Le Papyrus Jumilhac est particulièrement riche de ce genre d'anecdotes pour la région cynopolitaine. Les combats entre, d'un côté, Seth et ses acolytes, face à Horus, Anubis et Isis de l'autre ont marqué le paysage (apparition de filons et de massifs rocheux, fondation de temples, création de domaines agricoles)[103]. Même pour les divinités les plus respectées, l'existence se caractérise par un commencement et une fin. Après un long règne, la vie de est marquée par le vieillissement et un départ vers le ciel (Mythe de la Vache céleste), tandis que celle d'Osiris se termine dramatiquement par une mort violente causée par Seth lors d'un complot. Le régime monarchique se projette dans ces récits et de nombreux textes religieux font allusion au règne légendaire d'une dynastie de dieux sur terre. Il est ainsi fait mention de la « royauté de Rê » de celles d'Atoum et d'Horus, de l'« héritage de Geb », de la « fonction d'Atoum » et du « trône d'Horus » transmis aux pharaons humains[104].

La pensée égyptienne, très globalisante, n'a pas fait la distinction entre Histoire et mythologie ou entre politique et religion. Le Canon royal de Turin (XIXe dynastie) et l’Ægyptiaca du prêtre-historien Manéthon (XXXIIe dynastie) sont parmi les sources chronologiques deux témoins majeurs. Tous deux, intègrent une dynastie divine dans la succession des souverains égyptiens en faisant des dieux les précurseurs de la royauté pharaonique. Le premier document se réduit à des fragments de papyrus et le second à des abrégés contradictoires[n 9]. Malgré les lacunes du Canon royal, il est possible de comprendre que le dieu créateur Ptah à longuement régné sur terre. Il est suivi par , Shou, Geb, Osiris, Seth (200 ans), Horus (300 ans), Thot (3126 ans), Maât et un second Horus. La suite est très fragmentaire mais il est fait mention d'une dynastie de demi-dieux : les Shemsou Hor ou « Suivants d'Horus »[105]. Cette succession dynastique se déroule sans interruption sur une période de quelques 36 620 ans[n 10] avant le règne de Mény, le premier pharaon humain[106].

Sur le Trône d'Horus[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Horus et Seth.
dessin
Horus donnant l'accolade à Pharaon - Relevé de la Stèle de Qahedjet - IIIe dynastie - Musée du Louvre.

Dans les textes funéraires et dans l'iconographie royale, Horus et Pharaon sont dans une totale symbiose. Dès les Textes des Pyramides, il est indiqué que le roi égyptien est « assis sur le Trône d'Horus » ou est « Horus sur le trône des vivants ». Planant haut dans le ciel, le faucon Horus est une très ancienne divinité céleste attestée dès la période prédynastique. Puissance invisible, son corps se confond avec le ciel et ses deux yeux sont le soleil et la lune. Au tournant des IVe et IIIe millénaires d'avant notre ère, lorsque s'est formulé l'idéologie pharaonique, mythes et faits historiques se sont imbriqués. Les premiers rois unificateurs (Dynastie égyptienne zéro) sont issus de la ville de Nekhen (Hiéraconpolis) vouée au culte du dieu faucon. Nombre d'entre eux ont ainsi adopté un « Nom d'Horus » ; Hor, Ny-Hor, Hat-Hor, Pe-Hor, etc. Vraisemblablement, ces derniers ont réussi à soumettre la cité de Noubt consacrée à Seth. À partir de là, la rivalité entre Horus et Seth devient la référence mythologique par excellence jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne. D'après les Textes des Pyramides, Horus et Seth se sont blessés mutuellement lors d'un combat, l'un atteint à l'œil gauche, l'autre aux testicules. Dans le rituel funéraire, l'œil d'Horus blessé par Seth et guéri par Thot, est venu à symboliser les phases lunaires et les offrandes livrées au roi défunt pour assurer sa régénération post-mortem. Sur la Palette de Narmer, le souverain massacre un ennemi sous le regard approbateur d'un faucon qui maintient ligoté une tête de prisonnier issue d'un fourré de papyrus. D'une manière allégorique, Narmer apparaît comme le substitut d'Horus sur terre en ayant été représenté dans une taille supérieure aux humains qui l'entourent. Dès la Ire dynastie, le nom du pharaon est inscrit dans le serekh (image stylisée du palais royal) surmonté du faucon horien. Dans la titulature, ce lien se renforce sous la IVe dynastie avec la création du Nom d'Horus d'or où Pharaon bénéficie de l'éclat divin du dieu solaire. Par sa brillance et son inaltérabilité, l'or est en effet considéré comme la chair des divinités[107].

Roi-faucon[modifier | modifier le code]

Article connexe : Art de l'Égypte antique.

Dans l'idéologie royale, Horus et Pharaon se partagent la souveraineté de l'univers. À Horus reviennent les contrées célestes tandis qu'à Pharaon reviennent les contrées terrestres. L'origine horienne du pouvoir pharaonique s'exprime très remarquablement et sur des modes très divers dans la statuaire. Parmi les plus célèbres représentations du roi Khéphren (IVe dynastie) figure une statue conservée au musée égyptien du Caire. Cette œuvre est l'un des exemples qui combine l'image de la personne royale avec celle du faucon Horus. Le souverain est assis sur son trône et le faucon est figuré debout, juché sur le dossier du siège. Tous deux regardent dans la même direction. Vu de face, le faucon est cependant invisible, caché par l'ample coiffe némès portée par le pharaon. Les deux ailes de l'oiseau sont ouvertes et enveloppent la nuque royale. Par ce geste est signifiée la protection divine envers le titulaire humain de la charge pharaonique ainsi que sa filiation mythologique. Bien plus tard, sous la XVIIIe dynastie, Pharaon incorpore totalement la puissance divine d'Horus en devenant un homme-faucon. Dans une représentation de Thoutmôsis III en jaspe rouge mais malheureusement fragmentaire (musée du Louvre), faucon et roi se fondent l'un dans l'autre en un être composite d'un seul corps. Le devant du corps est humain, l'arrière est animal et divin sous la forme de l'oiseau rapace.

Sous le règne de Nectanébo II (XXXe dynastie) se développe un groupe statuaire où le pharaon est montré debout, minuscule, blotti entre les pattes du faucon Horus, majestueux, les ailes repliées. Plus qu'une représentation du dieu ou du pharaon, il s'agit de démontrer la consubstantialité entre la fonction pharaonique et le faucon divin[108].

Osiris ou la continuité dynastique[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Osiris et Isis.
Statue de 3 bonshommes bras-dessus et bras-dessous
Osiris entouré par un pharaon ramesside (à gauche) et Horus (à droite) - XXe dynastie - Musée du Louvre.

Dans la France monarchique, « Le roi est mort, vive le roi ! » est une phrase traditionnelle proclamée lors de l'avènement d'un nouveau monarque. À sa manière, l'Égypte antique a connu pareille formule. Aux ouvriers de Deir el-Médineh, chargés de creuser et décorer les hypogées royaux, l'annonce « Le faucon s'est envolé vers le ciel et un autre s'est levé à sa place » a été signifiée par des officiels pour les presser de finir leur chantier. Après la mort, le destin de Pharaon est de rejoindre les dieux célestes. Par les rites funéraires, il devient Osiris et, à ce titre, il est accueilli par les dieux tel un égal, voire comme un supérieur qui exercerait sur eux le suprême commandement[n 11].

Le mythe d'Osiris s'est élaboré au cours de la Ve dynastie et n'a cessé de gagner de l'ampleur pour parvenir à totale maturité durant le Ier millénaire av. J.‑C.[109]. Le dieu Osiris est à la jonction entre la religion funéraire et l'idéologie royale. Dans l'iconographie, il est constamment représenté momiforme avec les insignes pharaoniques (couronne, sceptres, barbiche, uræus)[110]. Souverain bienfaisant pour son peuple et pour l'humanité toute entière, Osiris meurt assassiné dans un complot, noyé puis dépecé par Seth, son frère ennemi et dieu de la confusion. Par les soins de ses sœurs Isis et Nephtys, le corps d'Osiris est réveillé à la vie. Dans tous les corpus funéraires (Textes des Pyramides, Textes des Sarcophages, Livre des Morts), Osiris est montré comme le prototype de pharaon mort qui a gagné l'éternité par la momification et le service des offrandes funéraires[111].

peinture sépulcrale victime de moisissures dégueulasses
Le pharaon Aÿ accomplissant les rituels funéraires sur la momie de l'Osiris-Toutânkhamon - XVIIIe dynastie - KV 62.

L'accomplissement du cérémonial est placé sous la direction d'Horus, fils d'Osiris, dont les fonctions premières sont d'entretenir le souvenir social de son père défunt par sa présence sur le trône et d'accomplir les rituels d'offrandes[112]. Ce mythe est transposé au sein de la famille royale et justifie la succession de père en fils de la charge pharaonique en lieu et place de la succession aux frères par rang d'âge[113]. L'acte filial d'Horus (pharaon vivant) auprès d'Osiris (pharaon mort) légitimise la succession et constitue le gage de la pérennité de l'institution pharaonique. Le pharaon vivant s'insère dans une trinité qui a été formulée dans un groupe statuaire daté de la période ramesside et à présent conservé au Musée du Louvre. Au centre figure Osiris le symbole de l'éternité monarchique. À ses côtés et en une symétrie complémentaire, figurent le pouvoir en place, le pharaon humain hypostase vivante d'Horus, principe royal intemporel représenté tel un homme à tête de faucon[114]. Dans ce cadre mythologique, toute intronisation pharaonique découle des rituels funèbres accomplis envers le prédécesseur mort. Dans l'iconographie des tombeaux royaux ce fait s'exprime dans le motif du prêtre-setem. Revêtu d'une peau de léopard, le nouveau pharaon procède à des rituels vivificateurs sur la momie de son père (Séthi Ier pour Ramsès Ier par exemple). Cet acte fondamental de la piété filiale est à ce point légitimant que tout nouveau pharaon se doit d'y procéder et, ceci, même lorsqu'aucune filiation génétique réelle est de mise. C'est ainsi que le pharaon Aÿ, successeur de Toutânkhamon, joue le rôle rituel de son fils alors qu'il est en âge d'être son grand-père[115].

Naissance divine[modifier | modifier le code]

Mythe de la théogamie[modifier | modifier le code]

un enfant assis sur les genoux d'une reine
Le pharaon Pépi II, enfant, assis sur les genoux de la reine-mère Ânkhésenpépi II - VIe dynastie - Brooklyn Museum.

La nature de Pharaon est double. Il est à la fois un humain soumis à la mort et l'incarnation de l'éternelle volonté divine. Au Nouvel Empire, le Rituel de la naissance royale ou Mythe de la théogamie est un récit qui évoque la naissance miraculeuse de Pharaon. Afin d'engendrer le successeur au trône, un dieu mâle descend nuitamment du ciel sur terre. Il entre dans les appartements du palais et s'unit charnellement avec la reine en prenant l'apparence du pharaon régnant. Les textes et images de ce mythe ne sont conservés qu'à partir de la XVIIIe dynastie mais le modèle est bien plus ancien et semble remonter aux débuts de la monarchie pharaonique[116]. Le Papyrus Westcar, rapporte une série de quatre contes rédigés au Moyen Empire et place fictivement l'action sous le règne du célèbre Khéops de la IVe dynastie. La dernière histoire rapporte l'origine divine des trois premiers souverains de la Ve dynastie. Le magicien et prophète Djédi, après avoir exécuté quelques tours de magie, annonce à Khéops l'avènement d'une nouvelle dynastie issue de l'union d'une femme avec . Redjdjédet, la femme d'un prêtre du dieu solaire d'Héliopolis et officiant dans la ville voisine de Sakhebou, reçoit la visite de Rê dont elle conçoit trois fils ; Ouserkaf, Sahourê et Kakaï[117]. La trame de ce conte se joue de la réalité historique mais s'inspire du rituel de la théogamie tel qu'il est renseigné par les sources thébaines du Nouvel Empire. Deux versions complètes sont connues. Au début de la XVIIIe dynastie, le temple de Deir el-Bahari rapporte la visite d'Amon-Rê à la reine Ahmès, épouse de Thoutmôsis Ier. De cette rencontre est issue la pharaonne Hatchepsout. Un siècle plus tard, une salle du temple de Louxor expose la visite d'Amon à Moutemouia, épouse de Thoutmôsis IV et mère d'Amenhotep III. Une troisième version documentée par des blocs épars du Ramesséum expose la visite d'Amon à Mouttouya, épouse de Séthi Ier et mère de Ramsès II (XIXe dynastie). Deux stèles offrent des versions provinciales en présentant Ramsès II et Ramsès III comme les fils divins de Ptah venu visiter leurs mères respectives sous l'apparence de Banebdjedet, le bélier de Mendès[118].

Sur les trois acteurs principaux de toutes les variantes du récits, deux appartiennent à l'histoire, la reine et son nourrisson, tandis que le troisième est mythique mais de forme humaine. Par sa conception, Pharaon est ainsi présenté de sang royal par sa mère et d'essence divine par son père, fils d'une incarnation terrestre du dieu[119]. Après un silence de près d'un millénaire, ce même mythe réapparaît à Dendérah sous le règne de Nectanébo Ier (XXXe dynastie). Puis durant l'époque gréco-romaine, le mythe figure sur les parois des mammisi des grands temples (Dendérah, Edfou, Philæ) afin de célébrer la naissance des dieux-enfants tel Ihy, fils d'Horus et Hathor[120].

Naissance miraculeuse[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Amon et Khnoum.
Khnoum, accompagné de Héqet modèle Ihy sur son tour de potier - mammisi de Dendérah - période gréco-romaine.

Au Nouvel Empire, le Mythe de la théogamie est illustré par une séquence imagée d'une quinzaine de scènes. Le texte qui l'accompagne n'est pas toujours un commentaire exact des images, sa composition relevant d'une tradition plus ancienne[n 12]. Le mystère de la naissance royale débute au ciel par l'annonce faite par Amon à son Ennéade d'engendrer un futur héritier terrestre. Étant un dieu céleste éloigné des choses humaines, Amon charge Thot de descendre sur terre afin de s'assurer de l'identité de l'heureuse élue. Après enquête, Thot remonte auprès d'Amon et l'incite à descendre vers la reine pour la rejoindre dans le palais. Après une nuit d'amour entre le dieu et la reine, Amon remonte au ciel et ordonne au bélier Khnoum de façonner sur son tour de potier le futur pharaon. Aussitôt, Khnoum se met à l'ouvrage en modelant conjointement le corps et le ka du futur nourrisson. Durant le modelage, la grenouille Héqet insuffle la vie à l'enfant en lui présentant aux narines le signe Ânkh, symbole du souffle vital. Ceci fait, Thot se rend auprès de la reine et lui annonce qu'elle porte en son sein un enfant divin. Le temps de la gestation révolu, la reine au ventre rebondi est conduite par Khnoum et Héqet vers la chambre d'accouchement. La délivrance passée, le nourrisson dans les mains de Thot est présenté à Amon. Assis sur son trône, Amon enserre dans ses bras son enfant, le reconnaît et le confirme dans ses droits à la royauté[121].

Union mystique[modifier | modifier le code]

mur décoré
Visite d'Amon à la mère d'Amenhotep III - XVIIIe dynastie - Louxor.

Dans les deux versions thébaines les mieux conservées de la conception miraculeuse de Pharaon (Hatchepsout à Deir el-Bahari et Amenhotep III à Louxor), l'union sexuelle d'Amon avec la Grande épouse royale est relatée par l'image et le texte. Dans l'iconographie, la rencontre des deux partenaires est figurée d'une manière pudique. Amon et la reine apparaissent chacun couronné d'une coiffe aux deux hautes plumes et se trouvent assis sur une couche nuptiale identifiée hiéroglyphiquement au ciel. Les deux amants sont face à face et leur relation est suggérée par le croisement discret de leurs jambes et la rencontre furtive de leurs bras. D'une main, la reine soutient l'un des coudes d'Amon en un geste habituel et métaphorique de l'union charnelle. Le dieu présente à la reine le signe Ânkh de la vie tandis que les déesses protectrices Serket et Neith sont assises sur un lit et soutiennent vers le ciel les pieds des deux amants[122]. Contrairement à l'image, le texte ne s'embarrasse pas de retenue. La description de l'acte procréateur est l'un des morceaux d'anthologie de la littérature érotique égyptienne :

« [Amon] la trouva qui dormait dans l'intimité de son palais. À l'odeur du dieu elle s'éveilla ; elle sourit devant sa majesté. Alors il s'avança auprès d'elle immédiatement ; il la convoita ; il porta son désir vers elle[n 13] ; il fit qu'elle le vit dans son aspect de dieu après qu'il se fut avancé vers elle, et elle se trouva réjouie de contempler sa perfection. Son désir s'insinua dans son corps, tandis que le palais était inondé du parfum du dieu, toutes ses senteurs étant celles du Pount. La majesté du dieu fit tout ce qu'il avait désiré à son sujet. Elle fit qu'il prit du plaisir avec elle. Elle l'embrassa... »

— Amon s'unit à la reine. Traduction de Pascal Vernus[123]

Allaitement hathorique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Hathor.

L'allaitement de Pharaon par une nourrice divine est un thème récurrent de l'idéologie royale. Dans l'iconographie, la scène se codifie durant l'Ancien Empire au tournant des Ve et VIe dynasties. Sur les parois des temples funéraires, une déesse est montrée debout ou assise sur un trône. D'une main, elle tend un de ses seins vers les lèvres d'un pharaon montré adulte mais de petite taille, tandis que de sa main libre, elle l'enlace. Les nourrices divines sont innombrables ; Hathor, Isis, Mout, Bastet, Nekhbet, Anoukis, etc. Dès les Textes des Pyramides, le lait des déesses est pour Pharaon un gage de vie éternelle et de souveraineté. D'une manière générale, le rite de l'allaitement est évoqué lors des moments de « passage » que sont la naissance, le couronnement et l'accession à l'éternité après la mort. Les liens entre le jeune pharaon et la vache Hathor sont particulièrement mis en avant dans l'iconographie à partir du Moyen Empire. C'est ainsi que sur les murs de Deir el-Bahari on voit la pharaonne Hatchepsout agenouillée sous la vache divine en train de téter au pis son lait fortifiant et régénérateur. Plus tard, dans la statuaire, le roi Amenhotep II se fait représenter dans la même position, dans la nudité de l'enfance sous une vache qui surgit hors d'un fourré de papyrus. Le pharaon apparaît une seconde fois, debout et adulte sous le mufle protecteur de l'animal[124]. Au Nouvel Empire, l'allaitement par Hathor est partie intégrante du Mythe de la théogamie. Pour Hatchepsout, la période de gestation est évoquée par les figures de deux nourrices bucéphales assise devant la reine-mère, l'une allaitant l'enfant royal, l'autre son ka[125].

Fils de Rê[modifier | modifier le code]

Mythologie solaire[modifier | modifier le code]

Article principal : .
vieux machin en pierre
Thoutmôsis III faisant une offrande à -Horakhty - stèle de la XVIIIe dynastie - Altes Museum.

À partir des IVe et Ve dynasties et jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne, la théologie solaire des prêtres d'Héliopolis imprègne fortement l'idéologie royale. À l'instar de , le dieu soleil qui est le souverain de l'univers, Pharaon son fils terrestre, est au centre du pouvoir politico-religieux[126] :

« Rê a mis le roi sur la terre des vivants pour l'éternité et à jamais, afin de juger les hommes et de satisfaire les dieux, d'instaurer la Maât et d'anéantir le mal, tout en instituant l'offrande aux dieux et l'offrande funéraire aux esprits-Akhou. Le nom du roi est au ciel comme celui de Rê, il vit dans la félicité comme Rê-Horakhty. »

— Hymne au soleil. D'après une traduction de Jan Assmann[127].

Le soleil est adoré sous divers noms ; dans son apparition matinale, il est le scarabée Khepri ; dans sa puissance zénithale, il est Horakhty, le faucon des deux horizons ; dans son aspect vieillissant et démiurgique, il est Atoum « celui qui est et n'est pas ». Les liens consubstantiels existant entre le soleil et les pharaons transparaissent le plus parfaitement dans nombre de prénoms royaux de l'Ancien Empire ; Nebrê « Rê est le Seigneur », Djédefrê « Stable comme Rê », Khâfrê « Il apparaît comme Rê », Menkaourê « Durable sont les âmes de Rê », Sahourê « Celui qui est proche de Rê », Néferirkarê « Parfaite est l'âme de Rê », Niouserrê « Celui qui est investi du pouvoir de Rê », Mérenrê « L'aimé de Rê ». Au Nouvel Empire, le prénom Ramsès « Rê l'a engendré » est porté successivement par onze souverains[128]. L'édification des pyramides, des temples solaires et des obélisques est le révélateur de cette option idéologique. Ces ouvrages semble en effet être les transpositions architecturales du tertre ou rocher primordial. En effet, selon le mythe héliopolitain des origines, le tout premier jour, l'âme-ba de Rê s'est manifestée sous la forme d'un héron cendré. Cet oiseau, le benou – le phénix des grecs - s'est posé sur une colline de sable ou s'est manifesté sous la forme du Benben (un bétyle) qui est un rocher météoritique tombé du ciel à Héliopolis et adoré dans un temple qui lui est spécialement consacré : « Atoum-Khépri, tu as culminé sur la butte, tu t'es élevé sous la forme du Phénix, qui est maître du bétyle dans le Château du Phénix à Héliopolis »[129].

Arbre de la vie éternelle[modifier | modifier le code]

bas-relief aux couleurs défraîchies
Ramsès II devant un arbre sacré - XIXe dynastie - Temple de Derr.

La naissance du soleil au petit matin a été illustrée par diverses images mystiques ; un jeune enfant installé entre les cornes de la vache céleste Hathor ; un disque solaire posé au dessus d'un arbre sacré d'Héliopolis ; un dieu anthropomorphe surgissant hors du feuillage de cet arbre ou le scarabée Khépri poussant l'astre solaire hors de la cime de ce même arbre. Sous l'influence des prêtres héliopolitain, le mythe de l'arbre sacré ished (Balanites aegyptiaca) s'est diffusé dans d'autres villes saintes, à Memphis, à Thèbes et à Edfou. D'après certaines allusions textuelles, Amon-Rê est ainsi « celui qui ouvre l'arbre-ished ». Dans cette expression, l'arbre est une métaphore de l'horizon oriental ; c'est-à-dire le lieu où, à l'aube, se lève le soleil, jeune et régénéré, après son voyage nocturne dans le monde souterrain. En tant que symbole de la régénération de l'astre solaire vieillissant, l'arbre-ished a été associé aux festivités jubilaires du Heb-Sed[130]. Sur les bas-reliefs, le vieux pharaon est assimilé à Rê et est représenté debout devant l'arbre tel Ramsès II sur une décoration du temple de Derr (au sud d'Assouan)[131].

dessin
Relévé d'un bas-relief du Ramesséum - Atoum, Thot et Séchat inscrivent le nom de Ramsès II sur un arbre sacré.

À partir du Nouvel Empire et jusqu'à la période ptolémaïque, dans de multiples scènes du couronnement pharaonique sont figurés Thot et Séchat en train d'inscrire le nom du roi sur les feuilles ou les fruits de l'arbre sacré d'Héliopolis. Par ce moyen, les dieux promettent à Pharaon une infinité d'années de vie et des millions de fêtes jubilaires. Ce dernier est soit agenouillé devant l'arbre sacré, soit assis sur le trône d'Horus. Par les textes inscrits tout autour de l'image, la fonction monarchique terrestre est mise en relation avec celle de au ciel et avec les grands cycles cosmiques[132].

« Paroles dites par Thot, qui départage les deux advesaires, qui apaise les dieux, scribe équitable de l'Ennéade, seigneur de la durée de vie, qui décompte les années et consigne par écrit tout ce qui existe dans le pays : éternité, infinité, millions, centaines de milliers, dizaines de milliers, milliers, centaines, dizaines.

J'écris tes annales avec des millions de jubilés. Paroles dites par Séshat la grande dame de l'écriture, grande par sa magie, qui préside à la bibliothèque, qui décompte toutes choses dans le pays entier, qui grave le décret du seigneur de l'univers. Je grave ta royauté exercée pendant l'époque de Rê, les années d'Atoum, sous la double couronne. Je fixe ta royauté pour des millions et des millions d'années. »

— Temple d'Edfou. Traduction de Nathalie Baum[133].

Savoir ésotérique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Initiation (Égypte antique).
images ésotériques abracadabrantesques
Cinquième division du Livre des cavernes - Tombeau de Ramsès VI - XXe dynastie.

En Égypte antique, la course du soleil a inspiré une littérature très développée. Une centaine d'hymnes à a été conservée. Ces prières étaient adressée à l'astre aux moments cruciaux de la journée (aube, midi, coucher). Une large part de la population y a eu accès. La plupart de ces hymnes ont été gravés sur des stèles, à l'entrée des tombeaux ou en des lieux où s'exerçait le culte funéraire. Parallèlement à ces textes s'est mis en place un savoir secret réservé aux seuls pharaons. Cet enseignement ésotérique s'expose dans plusieurs compositions ; le Livre de l'Amdouat, le Livre des cavernes, le Livre des portes, le Livre de la terre, le Livre du jour et de la nuit et d'autres encore. Ces livres du monde souterrain sont des compositions qui mêlent textes et images. Les plus anciens présentent ce qui se passe durant les douze heures de la nuit dans le monde souterrain de la mort. Le parcours du soleil est présenté comme une gigantesque procession acclamée par les âmes des défunts. L'astre est figuré comme un être à tête de bélier debout dans une barque et accompagné par de proches divinités Hou, Sia, Héka, Horus, Seth, Isis, etc. Le moment le plus critique est la rencontre avec le serpent Apophis, l'ennemi primordial qui tente de stopper la progression du voyage. Ailleurs, se déroule la rencontre mystique avec la momie d'Osiris. Durant un cours instant, Rê et Osiris ne font plus qu'un. De cette union, l'astre solaire tire une force nouvelle. Régénéré, il remonte vers le monde des vivants. Aussi longtemps que Rê accomplis ce voyage nocturne auprès d'Osiris, l'équilibre précaire de univers est maintenu. Toutes ces compositions sacrées ornent les tombeaux royaux du Nouvel Empire creusés dans la Vallée des rois. Ces lieux étaient scellés et aucun culte ne s'y déroulait contrairement aux tombes des notables. Le but de ces livres est de codifier un savoir théologique et de le transmettre à Pharaon afin de lui permettre de participer à ce grand cycle cosmique qu'est le voyage du soleil dans les cieux nocturne et diurne[134].

« Le roi connait ce discours secret que prononcent les baou orientales lorsqu'elles jouent leur musique à la gloire du dieu du Soleil à son lever, à son apparition sur l'horizon et quand elles lui ouvrent les battants des portes de l'horizon oriental pour qu'il puisse partir en bâteau sur les chemins du ciel. Il connait leurs aspects et leurs incarnations, leurs demeures au pays de dieu. Il connait leur position quand le dieu du Soleil parcourt le début du chemin. Il connait ce discours que prononcent les équipages des bateaux quand ils tirent la barque de celui qui est à l'horizon. Il connait la naissance de Rê et sa métamorphose dans les flots. Il connait cette porte secrète par laquelle sort le Grand Dieu. Il connait celui qui est dans la barque du matin et la grande image dans la barque de la nuit. Il connait ses territoires à l'horizon et ses trajectoires chez la déesse du ciel. »

— Traité de théologie cultuelle (extrait). Traduction de Jan Assmann[135].

Idéologie du pouvoir pharaonique[modifier | modifier le code]

Maât, la référence[modifier | modifier le code]

visage d'une femme
Personnification de la déesse Maât, la référence du pouvoir pharaonique.

L'État pharaonique résulte de la conjonction de plusieurs éléments : à savoir l'autorité unique du pharaon, le territoire délimité de l'Égypte, l'homogénéité culturelle de la population, le centralisme gouvernemental et administratif, la déconcentration régionale des quarante-deux nomes, l'écriture commune des scribes, les structures judiciaires et militaires et d'abondante ressources agricoles et artisanales. La Maât est l'idéologie de référence, la norme qui légitime toutes les institutions et tous les comportements humains. Cette référence s'exerce à tous les niveau de la hiérarchie sociale de la plus humble à la plus élevée[136].

Le pharaon est un monarque absolu et sacré qui concentre en sa personne les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Les dérives despotique et tyrannique lui sont interdites par le jeu de la Maât. La littérature égyptologique désigne généralement cette notion par les concepts de « Vérité-Justice » et d'« harmonie cosmique » mais il faut aussi lui ajouter les notions de la « prospérité » et de la « victoire guerrière ». En résumé, la Maât est un principe de vie ; l'ensemble des conditions qui font apparaître et se renouveler la vie[137]. Son exact contraire est isefet manifestation des aspects déchaînés de la vie sociale (vol, mensonge, avidité, cruauté, colère, crise, violence). D'après des textes comme les Lamentations d'Ipou-Our et la Prophétie de Néferti, les périodes de grande crise se caractérisent par l'absence conjointe de la Maât et de Pharaon. Ce dernier est son garant terrestre, celui qui par son discours et ses comportements incite chaque individu à observer des pratiques justes[138].

Tout au long de l'histoire de la monarchie égyptienne, le discours pharaonique se caractérise par l'antinomie entre les concepts de Maât et isefet. Dès les Textes des Pyramides, le pharaon est « celui qui met Maât à la place d’isefet » et « celui qui amène la Maât, qui repousse l’isefet ». Selon Bernadette Menu cette assertion résume les deux fonctions essentielles du roi égyptien. En tant que combattant, pharaon repousse isefet par la guerre contre les envahisseurs et la chasse contre les bêtes sauvages. Pour réussir cela, il se doit de disposer d'un appareil militaire (troupes, police). Dans son rôle nourricier, le pharaon amène la Maât en accomplissant des rites agraires et en garantissant, par sa neutralité, une bonne justice (scribes, juges) ; en particulier au sujet du bornage des champs après l'inondation annuelle[139].

Rassemblement des Nomes (provinces)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Nome (Égypte antique).
Carte des quarante-deux nomes de Haute et Basse-Égypte.

Les civilisations antiques de la Grèce et de Rome ont fondé leurs sociétés politiques sur le concept de la communauté de citoyens libres (polis et civitas). En Égypte ancienne, où le phénomène est plus ancien, la fondation des groupes humains ne s'est pas appuyé sur la citoyenneté mais sur le concept africain du lignage. Le lignage ne repose pas tant sur les liens du sang que sur celui du partage en commun d'un culte spirituel dédié à un ancêtre commun (paternel ou maternel). Chaque lignage dispose de sa propre personnalité juridique qui, comme personne morale non physique, a des droits et des obligations avec un mandat de représentation pour un ensemble de familles évoluant sur un même territoire. Le mandataire du lignage est celui qui exerce l'autorité politique et celui qui officie aux cultes des ancêtres. Il est aussi chargé d'accomplir les rites agricoles de la fertilité car avant de cultiver les champs, il est nécessaire de s'adresser aux ancêtres pour espérer de bonnes récoltes[140]. Durant la Période prédynastique, les lignages villageois se sont progressivement fédérés entre eux pour constituer des aires plus vaste. Ces territoires sont désignés sous le terme égyptien de sepat (nome en grec), un mot qui est déterminé dans l'écriture hiéroglyphique par l'image d'un champ irrigué[141]. Ces nomes, d'abord territoires tribaux autonomes, sont devenus, sous les premières dynasties, des divisions régionales administrées par un fonctionnaire : le nomarque dont la charge est d'appliquer la volonté royale et les coutumes traditionnelles des anciens lignages[142].

Tout au long de l'histoire égyptienne, les nomes ont conservé leur légitimité propre basé sur le culte des dieux locaux (Anubis à Cynopolis, Horus à Edfou, Hathor à Dendérah, Seth à Noubt, etc. Pour les Égyptiens, une communauté humaine est avant tout une large famille placée sous la protection d'ancêtres communs ; à savoir, in fine, les grandes divinités égyptiennes. En période forte (Ancien, Moyen et Nouvel Empires), le pharaon partage le pouvoir avec les dieux des Nomes qu'il domine. Cette suprématie royale s'incarne dans le faucon Horus, dieu emblématique de la monarchie et vainqueur de Seth, le semeur de trouble. En période faible (les trois Périodes intermédiaires), la royauté se morcelle entre les dieux des Nomes et leurs représentants (nomarques) dans l'attente d'un nouveau roi fort capable de fédérer l'ensemble du pays[142].

Loyalisme[modifier | modifier le code]

Parmi les textes légués par l'Égypte antique figure le genre des prophéties où un sage capable de prédire l'avenir s'adresse à Pharaon en des termes pathétiques. Deux textes majeurs sont connus ; les Lamentations d'Ipou-Our et la Prophétie de Néferti. Ils décrivent un royaume égyptien dévasté par d'horribles événements où les voleurs règnent en maître, où tout bonheur est absent et où les cycles naturels sont bouleversés[143] :

« On prendra les armes de guerre, le pays vivra dans le tumulte. On fabriquera des pointes de flèches en cuivre, on demandera du pain avec du sang. On s'esclaffera devant la souffrance, on ne pleurera plus devant la mort, on n'observera plus le jeûne rituel lors d'un décès. Le cœur de l'homme ne se préoccupera que de lui-même. (…) Je te décris le fils comme un adversaire, le frère comme un ennemi, l'homme assassinant son père. Chaque bouche sera emplie de cette parole : "Seul compte mon intérêt". »

— La Prophétie de Néferti (extraits). Traduction de A. Fermat et M. Lapidus[144].

statue antique
Buste colossal de Ramsès II - XIXe dynastie - British Museum.

Le milieu égyptologique considère généralement ces deux textes comme la descriptions des graves troubles politiques et sociaux de la Première période intermédiaire qui a entre autres vu le pillage des pyramides de l'Ancien Empire. Selon l'égyptologue Miriam Lichtheim les prophéties égyptiennes s'inscrivent plutôt dans une perspective symbolique. Seul un pharaon juste et puissant est capable de mettre fin au chaos. Si le gouvernement de Pharaon est mauvais, s'il n'observe pas la Maât (la loi divine) alors le chaos-isefet prend le dessus, le malheur se répand et l'injustice règne en maître[145]. La lecture du Livre de l'Exode nous a habitué à voir en Pharaon un être injuste qui gouverne ses sujets par la violence et l'assujetissement. Les sages égyptiens ont cependant eu une perception toute contraire de l'institution pharaonique. Dans le ciel, les forces cosmiques sont incapable de fonctionner sans , le maître des dieux. Sur terre, les Égyptiens ne peuvent prospérer sans Pharaon, le maître des hommes[146]. Toute action humaine doit nécessairement s'insérer dans les structures de l'État pharaonique imaginé comme la transposition terrestre du gouvernement céleste de Rê. Dans ce cadre idéologique, la réussite d'une existence individuelle découle forcément de son loyalisme envers Pharaon ; lui-même étant assimilé aux dieux vivificateurs :

« (…) unissez-vous à Sa majesté dans vos cœurs ; car il est le dieu Sia qui réside dans les cœurs, et ses yeux sondent chaque corps. Il est , grâce aux rayons duquel on voit, et il illumine le Double Pays plus que le disque solaire. Il est aussi celui qui fait reverdir la terre plus que le Nil en sa crue, après qu'il a empli les Deux Terres de force et de vie. (…) Il donne la force à ses compagnons et des nourritures à ceux qui suivent son chemin. Le roi est un ka ; sa bouche, c'est l'abondance. C'est lui qui crée ce qui sera. C'est Khnoum pour tous les corps, qui a engendré les êtres venus à l'existence. C'est Bastet qui protège le Double Pays. Celui qui l'adorera trouvera assistance. Mais c'est Sekhmet pour qui transgresse son ordre ; et celui qu'il hait sera accablé de misère. Combattez pour son nom, témoignez du respect pour sa vie ; ainsi vous serez exempts de toute action dommageable ; celui qui est aimé par le roi sera un imakhou. Il n'y a pas de tombe pour qui se révolte contre Sa Majesté, et son cadavre est jeté à l'eau. Agissez donc ainsi et votre corps sera sain et prospère. Vous découvrirez que ceci est valable pour l'éternité. »

— Instruction royaliste de Séhotepibrê (extrait). Traduction de Claire Lalouette[147].

Pharaon comme dieu[modifier | modifier le code]

Selon les concepts de l'idéologie royale, la nature de Pharaon est double : humaine et divine. La notion de la divinité de Pharaon a évoluée selon les époques. Sous L'Ancien Empire, Pharaon est par essence un dieu chargé de maintenir en ordre la création. Selon la théologie dominante, il est comme le dieu solaire dont il est le fils. Après les bouleversements politiques de la Première période intermédiaire, sous le Moyen Empire, Pharaon se rapproche de ses sujets. Il est choisi par Rê et joue le rôle de médiateur. Au Nouvel Empire, Pharaon est le fils charnel du dieu, sa semence. Les liens filiaux entre le roi et les dieux sont mis en avant. À partir de Thoutmôsis III, la divinité de pharaon devient un instrument du pouvoir et la légitimité est, au besoin, prouvée par le mythe de la théogamie ou entérinée par le recours à un oracle dans le temple d'Amon. À toutes les époques la divinité de Pharaon est exploitée à des fins politiques et de propagande. Moins l'accession au trône est justifiée, plus le roi régnant prend la peine de démontrer qu'il a été choisi entre tous et que les dieux l'ont désigné, parfois même dès sa naissance[148].

temple antique
Les quatre colosses de Ramsès II à Abou Simbel.

L'aspect divin de la personnalité de Pharaon s'exprime à travers le concept du Ka Nesout ou « Ka du roi ». Le Ka est l'autre corps du roi, son tempérament, son double, son élément immortel. Par son Ka, le pharaon est lié aux dieux et s'intègre dans toute la lignée de ses prédécesseurs royaux. Dans les scènes de la théogamie, le Ka apparaît en même temps que le corps lors de la conception. Cependant Pharaon ne devient divin qu'à partir du moment où il s'unit à son Ka, lorsque sa forme humaine fusionne avec cet élément immortel. Cette fusion se produit lors du couronnement lorsque l'individu prend place sur le trône d'Horus. Pharaon est en effet perçu comme la personnification du Ka d'Horus. C'est la fonction royale qui fait du roi un dieu, c'est-à-dire lorsque le roi s'identifie pleinement à Horus, fils d'Osiris et à , le dieu créateur, dont il est le fils[149]. Le Ka du roi peut être matérialisé de différentes manières. La forme la plus spectaculaire est la statue-colosse haute de plusieurs mètres. Plus que tous les autres pharaons, Ramsès II a usé de ce moyen de propagande ; à Memphis, à Thèbes, à Pi-Ramsès ou à Abou Simbel en les plaçant à l'entrée des temples. Ces colosses sont plus que des objets de décoration. Il s'agit d'objets du culte destiné à la vénération du peuple. Ces statues jouent le rôle d'intercesseur auprès des dieux car elles portent en elles une part de l'essence divine du souverain[150].

Fonctions[modifier | modifier le code]

Personnage central de l'État, Pharaon est l'intercesseur entre les dieux et les humains. Dans les temples, s'il est figuré comme l'égal des dieux, il est avant tout leur serviteur et leur premier desservant. Seul humain admis à dialoguer avec les dieux, Pharaon le premier des prêtres, le père nourricier du peuple, le protecteur valeureux des frontières et le législateur suprême.

Prêtre[modifier | modifier le code]

Temple égyptien[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Divinités égyptiennes et Temple égyptien.
monument en pierre
Entrée du temple d'Horus à Edfou.

Le temple égyptien est un lieu sacré interdit à la foule. Le terme égyptien Hout-Netjer, traduisible par « Demeure du dieu » indique qu'il s'agit d'un lieu destiné à accueillir sur terre une parcelle de l'éternité divine. Il ne s'agit pas d'un lieu de rassemblement où une assemblée de croyants communie dans une même foi. Cet aspect n'est cependant pas totalement évacué. Lors de rares exceptions, durant quelques festivités annuelles, les dévots sont autorisés à fouler le sol des cours intérieures. À l'abri dans le naos, au plus profond du sanctuaire, la statue divine concentre en elle le mystère des forces cosmiques à l'œuvre dans l'univers. À heure fixe, les Hem-Netjer (ou « Serviteurs du dieu » c’est-à-dire les prêtres) prodiguent à la statue des soins domestiques précis. Des hymnes sont entonnés pour la réveiller, elle reçoit des vêtements et des parures. Ses forces sont entretenues par plusieurs repas quotidien. D'une manière théorique, Pharaon est seul autorisé à approcher la statue. Dans les faits, physiquement absent, il est remplacé par les prêtres, ses substituts. Pharaon est toutefois omniprésent par l'image. L'entière décoration des murs est consacrée à sa rencontre avec la divinité. Dès les pylônes d'entrée, il rend hommage aux dieux en leur offrant une grappe de prisonniers agenouillés qu'il assomme de sa massue. Sur les parois extérieures, des scènes guerrières montrent les exploits royaux lors des batailles. Debout dans son char, Pharaon décoche des flèches mortelles tandis que ses fiers chevaux piétinent et mettent en déroute les forces ennemis. Par ce geste, la tranquillité du pays est assurée face au chaos extérieur. Sur les parois intérieures, l'intimité avec les dieux est totale. Pharaon est enlacé, embrassé et vivifié par ses égaux divins. Ailleurs, plus humblement, il se tient debout ou agenouillé et procède devant les dieux aux nécessaires libations, fumigations et purifications. De multiples gestes d'offrande sont accomplis. Boissons, nourritures, parures, onguents et minéraux sont apportés afin d'entretenir les forces divines qui assurent la prospérité au pays[151].

Serviteur des dieux[modifier | modifier le code]

Serviteur
U36 Z1
hem

Dans les textes égyptiens, la personne royale est souvent désignée par le titre de hem. Les égyptologues, imprégnés de la philosophie monarchique européenne, traduisent généralement ce terme antique par le mot « Majesté » qui provient du latin magnitas « grandeur ». Cette traduction est toutefois un contresens flagrant. L'écriture hiéroglyphique restitue le mot hem par l'image du battoir ou bâton de blanchisseur ; un ustensile utilisé pour battre le linge afin de l'assouplir et d'éliminer les dernières impuretés. Dans le lexique égyptien, le mot hem n'est ainsi pas associé à la grandeur mais est en lien avec la notion du service ; hem / hemet (serviteur / servante) et hemou (blanchisseur). Dans la Satire des métiers, le blanchissage du linge est présenté comme le plus impur des labeurs de par son contact avec le sang menstruel des femmes[n 14]. Associé au mot Netjer (dieu), hem-netjer signifie « prêtre » et, plus littéralement, « serviteur du dieu »[152].

un groupe de deux statues
Horemheb agenouillé devant Atoum avec deux pots d'offrandes dans les mains - fin de la XVIIIe dynastie - Musée de Louxor.

D'après les textes gravés sur les murs des temples, Pharaon se place avec ferveur et sincérité sous la dépendance des dieux. Pour montrer sa reconnaissance à Amon, le roi Thoutmôsis Ier dit très humblement : « Je baise le sol devant Ta Majesté ». Un souverain ramesside, en approchant le même dieu déclare : « ... étendu par terre, je baise le sol pour ton auguste figure ». Ces paroles d'humilité correspondent à de vraies postures et à des gestes cultuels réels. Dès la IVe dynastie, la statuaire royale montrent Pharaon dans des attitudes serviles. Le souverain est montré à genoux avec des objets rituels dans les mains ou les levant dans un geste d'offrande et d'adoration. Cette soumission a pour corollaire l'obéissance. Dans les sources textuelles, les mots « ordre » et « ordonner » reviennent constamment. Pharaon se doit d'appliquer les ordres reçus par les dieux. Devant Amon, Thoutmôsis III dit : « Je ne suis pas négligent au sujet de ce que tu as ordonné de faire... Je le lui fait conformément à son ordre ». Ces ordres divins sont très divers ; construire un temple, monter une expédition, ériger une paire d'obélisques, creuser un puits dans le désert, etc. Cette obéissance résulte d'un lien de parenté. Pharaon est le fils des dieux et des déesses. Sans être exhaustif, dans le Papyrus Harris, Ramsès III se dit être le fils d'Amon, d'Atoum, de Ptah, de Thot, d'Osiris, d'Oupouaout. Chaque divinités peut être considéré comme le père ou la mère de Pharaon. Ces rapports de subordination du fils envers ses parents entraînent des devoirs et des obligations. Les dieux ont placé Pharaon sur le trône, en échange, il se doit de se mettre à leur service s'il veut espérer un règne long et prospère[153].

Desservant du culte[modifier | modifier le code]

Article connexe : Clergé de l'Égypte antique.
homme agenouillé
Le pharaon Amenhotep II faisant une offrande - XVIIIe dynastie - Musée égyptien de Turin.

Aux murs des temples, dans les scènes cultuelles, Pharaon est l’interlocuteur exclusif des dieux. Épisodiquement, les épouses, fils et filles royaux mais aussi les prêtres et les dignitaires ont droit de figuration en tant que faire valoir. Le rythme biologique des divinités est calqué sur celui des humains avec son alternance de sommeil et de veille, s’ajoute à cela la nécessité de se nourrir. Le rôle de Pharaon est d’entretenir cette vitalité divine. Toutes les richesses, tous les vêtements, toutes les nourritures qui convergent vers le temple et ses entrepôts sont un devoir contractuel entre les dieux et les humains mais Pharaon en est le seul garant et responsable. Le choix, la quantité et la fréquence des offrandes dépendent du dieu auquel le temple est dédié. Chaque dieu à sa spécificité religieuse ou géographique. Khnoum, le dieu de l’inondation reçoit de l’eau, Geb le dieu de la terre reçoit des bouquets de fleurs, Min qui protège les expéditions commerciales et minières reçoit de l’encens et de la myrrhe, Thot le chef des scribes reçoit du matériel d‘écriture, les déesse se voient offrir colliers, sistre et miroirs, etc. Les offrandes sont généralement facilement reconnaissable et leur iconographie n’a que peu évolué au cours des époques. Peu de différences se discernent entre les scènes du Nouvel Empire gravées à Karnak ou Abydos et celles de l’époque gréco-romaine de Philæ, Edfou, Dendérah même si 1 500 ans les séparent. La décoration des temples ptolémaïques est cependant bien plus prolixe. Le seul temple d’Edfou compte ainsi 1 800 scènes de ce genre. Pour chaque don, Pharaon attend un contre-don bénéfique à son peuple. Par les offrandes de nourritures, il obtient la fécondité et la fertilité, par les boissons la joie et l’ivresse, par l’eau une inondation conséquente, par le lait du lait, par les couronnes un long règne prospère, par les pierres précieuses des produits miniers en quantité[154].

Offrande de la Maât[modifier | modifier le code]

Article connexe : Maât.

D'après le mythe de La Vache céleste, à l'origine, dieux et hommes constituent une seule et même communauté présidée par le dieu créateur. Après une révolte humaine, Rê décime la population humaine et se retire dans le ciel sur le dos de Nout transformée en gigantesque vache. Depuis lors, du plus haut des cieux, Rê préside aux phénomènes des cycles cosmiques. Sur terre, Pharaon est mandaté par Rê pour accomplir un rôle de substitut. Chargé de poursuivre l'œuvre bénéfique du créateur, Pharaon instaure le bien-être général en réalisant la Maât et en chassant le désordre-isefet. En tant que concept référentiel, la Maât permet à Pharaon de maintenir un contact intime avec les forces divines à l'œuvre sur terre depuis le ciel. D'après les Textes des Sarcophages (chapitres 75-81)[n 15], à l'origine des temps, le dieu créateur Atoum a pris conscience de lui-même au cours d'un dialogue avec Noun, l'océan primordial :

« Respire ta fille Maât, mets-la à ton nez afin que ton cœur vive ! Qu'ils ne s'éloigne pas de toi, ta fille Maât et ton fils Chou qui se nomme Vie ! Ainsi tu te nourriras de ta fille Maât, et c'est ton fils Chou qui t'élèvera. »

— Paroles du Noun à Atoum, Textes des Sarcophages, chap. 80 (extrait). Traduction de Paul Barguet[155]

morceau de pierre triangulaire
Ramsès IX accomplissant l'offrande de la Maât (ostraca). - XXe dynastie - Metropolitan Museum.

Dans ce texte allégorique, Chou et Tefnout, les deux enfants jumeaux d'Atoum, sont la Vie et la Maât. Tous les trois forment une unité consubstantielle. Sans l'Univers créé, Vie et Maât ne peuvent exister et sans Vie et Maât, l'Univers ne peut se créer. Sur le plan terrestre, dans son rôle nourricier, Pharaon est celui qui institue la vie. Il est celui qui organise l'agriculture et l'élevage en garantissant la bonne distribution des terres. Sur les terrains en friche, il fonde de vastes et prospères domaines agricoles. Afin d'avoir de bonnes récoltes, il exécute dans les temples des rites agraires en l'honneur des dieux de la fertilité. La Maât est l'ensemble des forces positives qui font fonctionner ce système. Dans l'iconographie des temples, l'offrande de la Maât est une scène qui montre Pharaon tendre à une divinité une corbeille sur laquelle est assise Maât. Par ce geste, Pharaon déclenche les cycles divins qui assurent la vie. En offrant la Maât terrestre telle une nourriture, il montre à la divinité à laquelle il s'adresse qu'il est capable d'organiser le bien-être général. En retour de ce don, sans doute le plus précieux de tous, Pharaon obtient des dieux que le système perdure par l'envoie de la Maât cosmique que sont les cycles du temps et des saisons[156].

« Paroles à dire : Je suis venu vers toi ; moi, je suis Thot, les deux mains réunies pour porter Maât. Salut à toi ! Amon-Rê, ce dieu auguste, maître de l'éternité (...) Maât est venue, pour qu'elle soit avec toi ; Maât est en toute place qui es tienne, pour que tu te poses sur elle ; voici qu'apparaissent vers toi les cercles du ciel ; leurs deux bras t'adorent chaque jour. C'est toi qui as donné les souffles à tout nez pour vivifier ce qui fut créé de tes deux bras (...) Salut à toi ! Munis-toi de Maât, auteur de ce qui existe, créateur de ce qui est. C'est toi, le dieu bon, l'aimé ; ton repos, c'est quand les dieux te font l'offrande. Tu montes avec Maât, tu vis de Maât, tu joins tes membres à Maât, tu donnes que Maât se pose sur ta tête, qu'elle fasse son siège sur ton front. Ta fille Maât, tu rajeunis à sa vue, tu vis du parfum de sa rosée ; Maât se met comme une amulette à ton cou, elle se pose sur ta poitrine ; les dieux paient leurs tributs avec Maât, car il connaissent sa sagesse. Voici venir les dieux et les déesses qui sont avec toi en portant Maât, ils savent que tu vis d'elle ; ton œil droit est Maât, ton œil gauche est Maât, tes chairs et tes membres sont Maât (...) »

— Rituel du culte divin journalier. Chapitre de donner Maât (extraits). Trad. Alexandre Moret[157]

Conjuration des calamités[modifier | modifier le code]

Article connexe : Sekhmet.

Les déesses égyptiennes sont par nature des puissances bipolaires ; à la fois terrible et douce. Chacune d'elles est arrivée à incarner le principe femelle de , le dieu solaire. Toutes sont assimilées à l'Œil de Rê, à savoir l'Uræus posé au front des dieux et des pharaons. Lorsque ces déesses sont sous contrôle, leur puissance est vivifiante. En fureur, elles déchaînent leur colère dévastatrice sur le pays égyptien. La plus terrible de ces déesses est la lionne Sekhmet dont le nom signifie « La Puissante ». Dans le Livre de la vache céleste, la lionne incarne l'aspect terrible de Hathor envoyée par Rê pour décimer les humains en révolte contre lui. Ayant pris goût au sang, la déesse est incapable de se restreindre. Pour calmer sa furie, invente la bière et la saoule pour l'endormir. Dans l'exercice de sa charge, Pharaon se doit de conjurer la colère de Sekhmet et de ses envoyés[n 16]. Selon la croyance, la colère de Sekhmet s'exerce surtout aux périodes de transition lorsque les cycles cosmiques doivent retrouver leur équilibre (changement de jour, de décade, de mois, d'année. Le moment le plus redouté est le Nouvel An, durant les cinq jours épagomènes qui le précèdent, juste avant l'arrivée de l'inondation[n 17]. Il revient à Pharaon de mettre à profit la puissance de la déesse furieuse (contre les pays extérieurs) ou de l'apaiser par l'offrande. Le rituel le mieux connu est le Sehotep Sekhmet ou « Apaisement de Sekhmet » mis en œuvre au Nouvel An. Pour chaque mois de l'année correspond un hymne. Tout le long, la puissance de la déesse est exalté et Pharaon la supplie de se calmer. Lors de l'offrande du sistre, Sekhmet est enjoint de devenir la douce Bastet, la déesse chatte[158]. La fureur de Sekhmet fut particulièrement redoutée par le roi Amenhotep III (XVIIIe dynastie). Ce dernier fit sculpter plusieurs centaines de statues ; près de six-cents plus ou moins abîmées sont connues à ce jour. Il n'est pas exclu de penser que le total s'élevait à 720 (= 360 x 2), soit une statue pour chaque demi-journée de l'année égyptienne. Ces statues ont sans doute été installées dans son temple funéraire situé dans l'Ouest thébain. Mais, très tôt, elles ont été dispersées à travers le pays, dès le règne de Ramsès II. Selon l'égyptologue Jean Yoyotte, ce vaste ensemble statuaire est à considérer comme une invocation à l'apaisement de Sekhmet[159].

« Salut à toi, Sekhmet, en ces noms parfaits qui sont siens ! Le Roi de Haute et Basse-Égypte vient auprès de toi car il est Rê. Sauve-le des génies massacreurs, des émissaires qui se précipitent à ta suite, qu'ils n'aient pas d'emprise sur lui. Daigne écarter tes errants qui dardent toute flèche néfaste, toute contagion mauvaise, que ne puisse l'anéantir aucun souffle néfaste, aucun passant pernicieux, aucune atteinte néfaste, etc. de cette année. Le Fils de Rê est dans un berceau de vie, il vit au sein des vivants qui sont tiens ! »

— Le Rituel du Sehotep Sekmet (extrait). Traduction de J.-Cl. Goyon[160].

Nourricier[modifier | modifier le code]

Crue du Nil[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Nil, Hâpy et Agriculture dans l'Égypte antique.
mur décoré
Hâpy agenouillé et portant un plateau d'offrandes - Médinet Habou - XXe dynastie.

Société agricole entourée par le désert, l'Égypte antique a fondé sa prospérité sur les eaux du Nil. Le régime annuel du fleuve est marqué par deux extrêmes ; la crue et l'étiage qui sans cesse se répètent. Si la crue est un phénomène impressionnant, elle est rarement dévastatrice. Tout au long de l'histoire, les techniques de cultures et d'irrigation sont restées rudimentaires mais efficace en raison d'une gestion habile (consolidation des digues, creusement de bassins d'inondation, curage des canaux). Chaque année au plus fort des chaleurs du mois de juin, la crue est attendue avec fébrilité et impatience. Avec fatalisme, un bon niveau d'inondation était espéré. Des eaux trop basses signifiaient des récoltes insuffisantes annonciatrices de disette ou de famine. Au contraire, des eaux trop hautes brisaient les ouvrages de retenue et engloutissaient les habitations[161]. Dans le système de pensée égyptien, le niveau de l'inondation dépend du bon vouloir des divinités ; Horus, Khnoum, Amon, Osiris, Ptah, etc. En elle-même, la crue a été divinisée sous la forme de l'androgyne Hâpy. Les Égyptiens n'ont jamais imaginé que Pharaon était capable de commander (tel un dieu) le phénomène de l'inondation. Son rôle est moindre et se limite à obtenir la bienveillance des divinités ; la régularité et l'abondance des eaux étant assurées par le moyen des offrandes cultuelles. La coopération entre Pharaon et les dieux est une question de survie mutuelle. Au sein des temples, l'approvisionnement des autels dépend de l'inondation et celle-ci n'est accordée qu'à la condition d'un service régulier et généreux[162]. Dans les hymnes aux dieux, le discours de Pharaon ne manque pas de rappeler cette évidence :

« Tu me donneras une crue haute et abondante afin de pourvoir à tes offrandes divines et de pourvoir aux offrandes divines des dieux et déesses, maîtres de la Haute- et de la Basse-Égypte, afin de faire vivre les taureaux sacrés, afin de faire vivre tout le peuple de ton pays, leur bétails et leurs arbres que ta main a créés. »

— Hymne de Ramsès IV à Osiris. Traduction de M.-A. Bonhême et A. Forgeau[163].

L'entretient des digues et des canaux d'irrigation n'est pas du ressort direct de Pharaon, cette tâche incombant aux communautés locales et aux nomarques. Il n'en reste pas moins que la maîtrise du paysage agricole a inspirée des comparaisons métaphoriques où le souverain égyptien est qualifié de « digue de pierre » ou de « canal qui endigue le fleuve contre le flux de l'eau ». Le pouvoir royal ne s'est totalement désintéressé des travaux hydrauliques. Sur la Massue du roi Scorpion, le pharaon est montré en train de creuser un système de canaux. D'après Hérodote, le roi Meny a dévié le cours du Nil pour fonder Memphis. Durant l'Ancien Empire des bassins et des débarcadères ont été aménagés pour acheminer les matériaux de constructions des pyramides. Sous le Moyen Empire, à l'ouest, la région agricole du Fayoum a été mise en valeur par la canalisation du Bahr Youssef. À la Basse Époque, à l'est, le Canal des pharaons a permis d'assurer la liaison entre le Nil et la Mer Rouge[164].

Garant de la fertilité des terres[modifier | modifier le code]

Article connexe : Mystères d'Osiris.
 paysage égyptien
Chapelles dédiées à Hâpy par Ramsès II et Merenptah au Gebel Silsileh - XIXe dynastie.

Affilié aux dieux, Pharaon est le garant de la fertilité des terres et de la fécondité des troupeaux d'élevage. Le bien-être général de la population est, entre-autres, assuré par la mise en œuvre de rituels festifs annuels destinés à provoquer la prospérité agricole avant la mise en culture des sols. Lors de la montée des eaux de la crue, Pharaon dirige des rituels où la force fécondante de Hâpy est encouragée par des offrandes jetées dans le fleuve ; pains, gâteaux, fleurs, fruits, statuettes à l'image du dieu. En tant que prêtre suprême, il peut aussi ordonner des sacrifice supplémentaires si la crue est jugée insuffisante. Ces traditions ont perduré dans l'Égypte musulmane ; Bonaparte et ses troupes en furent témoins en 1798 au Caire. Il est naturellement impossible de certifier de la présence effective de Pharaon à toutes les cérémonies annuelles. Thoutmôsis III n'a fait une apparition à Thèbes lors de la fête d'Opet que la première année de son règne. D'une manière générale, un patronage symbolique est suffisant par l'image du souverain dans la décoration murale des temples. La montée des eaux peut aussi être le prétexte de sorties royales de prestige hors de la capitale. Pharaon attend la venue des eaux dans le nome le plus méridional puis descend vers l'aval en voyageant en bateau sur le Nil dans un parcourt ponctué de multiples étapes provinciales avec célébrations dans les temples locaux. C'est ainsi que Ramsès II ou Ramsès III sont présents au Gebel Silsileh pour assister à l'apparition de la crue. Bien plus tard, Ptolémée IX se rend à Éléphantine pour la même raison. Faute de pouvoir assister en personne à une célébration, Pharaon peut envoyer un délégué doté de moyens fastueux[165].

Providence royale[modifier | modifier le code]

Bédouins mourant de faim - Ve dynastie - Musée du Louvre.

Dès l'Ancien Empire, des famine sont évoquées. À Saqqarah, sur la chaussée montante du temple funéraire d'Ounas (Ve dynastie), des bédouins faméliques, amaigris et aux côtes saillantes sont montrés venu chercher quelques nourritures en Égypte. Durant la Première Période Intermédiaire, une inscription laissée par un nomarque évoque des cas d'anthropophagie en période de disette ; un propos repris au Ier siècle av. J.-C. par l'historien romain Diodore de Sicile : « On raconte que les habitants de l'Egypte, étant on jour en proie à la disette, se dévorèrent entre eux sans toucher aucunement aux animaux sacrés. » (Bibliothèque historique, Livre I-84)[166]. Il est fort probable que la dislocation de l'Ancien Empire et le déclin du Nouvel Empire sont à chercher dans l'incapacité du pouvoir pharaonique à juguler les dramatiques conséquences des mauvaises crues nilotiques. Le dessèchement des récoltes entraîne la pénurie et l'affaiblissement des habitants, l'injustice sociale augmente avec la corruption et la prévarication accrues des élites tandis que l'insécurité se répand dans les campagnes par le banditisme des affamés jetés sur les chemins[167].

deux statues royales en piteux état.
Statues d'Amenemhat III en porteur d'offrandes - XIIe dynastie - Musée égyptien du Caire.

Tirant les leçons des années troubles de la Première Période Intermédiaire, les pharaons du Moyen Empire ont enrichi le discours idéologique du thème de l'abondance et de la redistribution des nourritures. La providence royale est présentée comme le contraire exact des calamités de la famine. En ordonnant l'ouverture des réserves, Pharaon met fin à la pauvreté et telle une puissance surnaturelle assure l'abondance générale. Dans l’Enseignement d'Amenemhat Ier, le souverain assure à son fils Sésostris Ier que son règne fut bénéfique pour le peuple : « Je suis quelqu'un qui a créé de l'orge, auquel Népri a marqué sa prédilection. Étant donné qu'Hâpy me témoigna de la sollicitude dans chaque espace ouvert, on n'eut pas faim pendant mes années, et on n'y eut pas soif »[168]. Les qualités nourricières du pharaon sont reprises au Nouvel Empire. Sous la XIXe dynastie, le pharaon Séthi Ier est « celui qui emplit les magasins, élargit les greniers, donne des biens à celui qui en est dépourvu ». Son successeur Ramsès II se présente comme « celui qui permet aux jeunes générations de croître en leur permettant de vivre » par l'augmentation miraculeuse des rations de nourritures. Sous ce dernier, mais déjà sous Akhénaton (XVIIIe dynastie), l'action pharaonique est assimilée à la puissance fécondante du fleuve par le truchement de panégyriques où Pharaon endosse pour son propre compte tous les bienfaits accordé par Hâpy et jusqu'alors vantés dans les Hymnes au Nil. Dans la statuaire, le pharaon Amenemhat III (XIIe dynastie) est le premier à se faire représenter comme un porteur d'offrandes, ses bras soutenant une table chargée de poissons et de plantes aquatiques. Cette thématique est par la suite reprise par Thoutmôsis III (XVIIIe dynastie) et Sheshonq Ier (XXIIe dynastie)[169].

Dévolution des terres[modifier | modifier le code]

fresque colorée
Récoltes céréalières - Tombe thébaine d'Inéni - Nouvel Empire.

Mandataire des dieux, Pharaon est le seul propriétaire du sol égyptien. Cet héritage divin est de fait indivisible car aucun pharaon n'est autorisé à vendre à un tiers une parcelle cultivable ou de négocier avec une puissance étrangère la cession d'une partie du territoire. Tout le long de l'histoire, il n'a été permis aux pharaons que d'engager deux actions. La première est de fonder de nouveaux domaines sur des terres vierges ou en friches ; la seconde est la dévolution des terres agricoles, c'est-à-dire la concession à un tiers de droits et de revenus attaché à un sol mis en culture. Fondation et concession peuvent être associées ou dissociées selon les buts recherchés ; une concession peut résulter d'une fondation nouvelle et une fondation peut résulter du transfert de nouveaux droits sur un fond déjà existant[170].

Par des actes écrits dûment enregistrés et conservés dans les archives palatiales, Pharaon délègue sa propriété, à titre provisoire ou permanent, aux temples divins, à leurs administrateurs et à des particuliers méritants (courtisans, militaires) afin de faire vivre leurs familles et financer leurs fondations funéraires. De ces terres confiées par le souverain, les bénéficiaires en tirent des revenus en nature car l'économie égyptienne est fondée sur le troc et sur l'échange de services (corvée, travail contractuel). Le pays ne connaît ainsi pas la monnaie avant la fin de la Basse Époque et la rencontre avec le monde grec. Les bénéficiaires directs des revenus terriens peuvent à leur tour déléguer une partie de leurs droits sur le sol. Les démembrements successifs n'entachent cependant en rien le respect de la propriété unique et éminente de Pharaon car, en réalité, seuls sont concédés les revenus du domaine. Durant les périodes d'affaiblissement du pouvoir central (les périodes intermédiaires), la propriété unique de Pharaon est proche de la fiction mais reste malgré tout le cadre juridique de la répartition des terres[171]. Ce système complexe du démembrement de la propriété pharaonique perdure sans grand changement jusqu'à la conquête d'Alexandre le Grand. Toutes les transactions à propos des champs qui nous sont connues par l'archéologie ne concernent donc que des opérations sur un bien incorporel à savoir la perception des revenus de la terre (donation, tenure, emphytéose). Ce système centralisé comporte nécessairement une grande part de redistribution. Les surplus agricoles sont prélevés par l'impôt et sont affectés aux divers besoins (salaires des fonctionnaires, rations alimentaires, offrandes divines et funéraires). Le Trésor est en outre alimenté par des taxes périodiques et des réquisitions occasionnelles sur le bétail et les produits manufacturés[172].

Guerrier[modifier | modifier le code]

Mythe du combat originel[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Noun, Apophis et Rituels d'envoûtement.
photo d'un papyrus illustré
Seth harponnant Apophis. Illustration du Livre des Morts.

L'imaginaire religieux égyptien est dominé par le mythe du conflit originel. Les explications sur l'origine de l'Univers sont multiples mais toutes font référence à un combat entre un Dieu Créateur et un Serpent maléfique. Les différents récits puisent d'un même schéma directeur. Un démiurge prend conscience de lui-même et émerge hors du Noun, l'océan marécageux originel. Cette masse liquide est cependant hantée par un gigantesque serpent qui est l'incarnation du néant. Le démiurge prend forme humaine (ou animale selon les versions) et fait se soulever une montagne. Aussitôt, il se met à organiser sa création en y établissant les luminaires (soleil, lune, étoiles), la vie divine, humaine et animale. Amoindri dans ses possessions, le serpent attaque l'univers créé. S'engage alors l'éternel combat du Soleil contre le Serpent. Ces combats produisent un équilibre précaire entre la Création et le Chaos[173]. D'après les livres ésotériques du Nouvel Empire (Livre de l'Amdouat, Livre des Portes, Livre de la terre) reproduits sur les parois des sépulcres royaux, chaque nuit, la barque de est attaquée par le serpent Apophis. Le plus grand danger pour Rê est de voir son embarcation définitivement échouée sur un banc de sable. La bonne traversée vers le jour est cependant assurée par un dieu Harponneur (Seth, Horus ou Horouyfy) qui n'hésite pas à transpercer le serpent[174].

Dans cette vision pessimiste d'un univers sans cesse menacé, l'expression courante « le banc de sable d'Apophis » est une métaphore qui servait aux Égyptiens pour désigner la « famine » et d'une manière générale la « détresse ». Or, pour ce peuple antique, à la pensée très globalisante, les crises mythiques, politiques, sociales et individuelles se réfèrent les unes aux autres. Aussi, quand dans le mythe, Rê triomphe d'Apophis alors, sur terre, c'est Pharaon qui triomphe de toute famine, épidémie, rébellion et guerre. Chaque nuit au sein des temples et sous l'égide de Pharaon, étaient donc exécutés des rituels d'envoûtement destinés à provoquer la défaite d'Apophis, la victoire de l'ennemi cosmique ne pouvant avoir que des répercussions néfastes en terre égyptienne[175] :

« Si on ne décapite pas l'ennemi qu'on a devant soi qu'il soit modelé en cire, dessiné sur un papyrus vierge, ou sculpté en bois d'acacia ou en bois-hema, suivant toutes les prescriptions du rituel, les habitants du désert se révolteront contre l'Égypte, et il se produira la guerre de rébellion dans le pays tout entier ; on n'obéira plus au roi dans son palais, et le pays sera privé de défenseurs. »

— Papyrus Jumilhac, XVIII, 9-12. Traduction Jacques Vandier[176].

Lutte contre les forces du chaos[modifier | modifier le code]

mur gravé
Défilé de prisonniers. - Médinet Habou - XXe dynastie.

En tant que garant de la Maât sur terre, Pharaon se doit de mater les rébellions, de repousser les invasions et de chasser les pillards qui menacent l'Égypte. Dans les temples, décorations pariétales et stèles commémoratives consignent par l'image et le texte les exploits militaires des souverains. Pour le seul Nouvel Empire, sont ainsi connues les guerres de Thoutmôsis Ier en Nubie et au Mitanni, celles de son petit-fils Thoutmôsis III (une quinzaine de campagnes en Syrie-Palestine dont une nouvelle incursion au Mitanni)[177], la bataille de Qadesh de Ramsès II contre les Hittites[178] et la victoire de Ramsès III contre les Peuples de la mer[179]. Pour les Anciens Égyptiens, les hauts-faits militaires ne relèvent pas de l'Histoire car cette science avec ses méthodes leur est inconnue. Pour eux, l'événement politique est la réactualisation du mythe du combat originel (Rê contre Apophis). En tant que dépositaire de l'énergie du Démiurge (Atoum, Rê, Amon, Ptah, etc.), Pharaon est celui qui arrête les forces maléfiques. Dans cette optique, tout rebelle, envahisseur et pillard est une manifestation du chaos primordial. Chaos que Pharaon se doit d'éradiquer par sa puissance guerrière[180].

Scène du triomphe pharaonique[modifier | modifier le code]

La scène du « massacre de l'ennemi » est une représentation du triomphe royal dont la reproduction perdure sur les trois millénaires de la civilisation pharaonique. Pharaon est montré debout, armé d'une massue et tenant par les cheveux un ennemi agenouillé. La massue est brandie bien haut, prête à fracasser le crâne d'un captif apeuré, les bras levés dans un ultime geste défensif. Certaines scènes vont jusqu'à démultiplier le prisonnier en une grappe humaine composée d'un nombre indiscernable d'individus. La première représentation historique connue figure sur la Palette de Narmer datée du XXXIIe siècle av. J.-C. Le roi est coiffé de la couronne blanche et exerce sa toute-puissance guerrière sous le regard du faucon Horus[181]. L'origine de cette scène est cependant plus ancienne et trouve ses origines dans la préhistoire[182]. De nombreux exemples sont attestés pour les périodes dites de la Culture de Nagada (3800 à 3100 av. J.-C.) et montrent des souverains anonymes dans la même posture. La plus ancienne attestation iconographique connue figure sur une poterie trouvée dans la nécropole d'Abydos (période Nagada I). Le massacre de l'ennemi est une illustration du premier devoir du souverain : la sauvegarde de l'ordre pharaonique (Maât) des assauts des puissances coalisées du désordre (isefet). Sur certaines figurations, Pharaon empoigne un groupe de trois ennemis. Chacun d'eux représente l'un des trois peuples voisins de l'Égypte, un Nubien (sud), un Libyen (ouest) et un Sémite (est). Tout comme le désert est l'antithèse de la vallée fertile du Nil, ces trois peuples sont considérés comme à l'opposé des Égyptiens et de leur mode de vie[183]. Le triomphe de Pharaon figure immanquablement sur les murs des temples ; Ramsès II à Abou Simbel, Ramsès III à Médinet Habou, Ptolémée XII à Edfou. Une des dernières représentation connue date de la colonisation du pays par l'Empire romain. Un relief du mammisi de Dendérah montre ainsi l'empereur Trajan dans le traditionnel costume de Pharaon et la massue à la main[184].

Pharaon sur son char[modifier | modifier le code]

 image noir et blanc
Ramsès II sur son char lors du siège de Dapour.

Le char de combat est introduit en Égypte durant la Deuxième période intermédiaire lorsque le Delta du Nil est sous la domination des Hyksos. Ces derniers sont chassés hors du royaume par Ahmôsis. Dès lors, les pharaons de la XVIIIe dynastie ont toutes possibilités d'étendre leur influence en Syrie-Palestine où ils multiplient les campagnes militaires. L'exemple le plus éclatent est Thoutmôsis III qui enchaîne en vingt ans seize expéditions militaires (entre l'an 23 et l'an 42 de son règne)[185]. Les pharaons du Nouvel Empire ne cherchent toutefois pas à coloniser le Moyen-Orient. Il s'agit plus de se constituer une zone d'influence où l'administration reste aux mains de roitelets locaux surveillés par des fonctionnaires égyptiens et qui sont remplacés en cas d'insoumission. Le char de guerre jouant un grand rôle lors des opérations militaires, celui-ci devient le nouveau symbole du pouvoir pharaonique (à la fois dans l'iconographie et la phraséologie). La première représentation d'un pharaon sur son char remonte à Ahmôsis sur une scène de bataille figurée dans son complexe funéraire d'Abydos. Le roi est debout sur son char et crible de flèches ses ennemis. Les représentations historiques de ce genre sont relativement peu nombreuses jusqu'à Thoutmôsis III. Elles se multiplient sous Ramsès II à Karnak, à Louxor, au Ramesseum et dans les temples nubiens. Certaines scènes relatent des faits historiques avérés comme les variantes de la Bataille de Qadesh, d'autres sont plus douteuses quant à leur véracité. Le but n'est pas la recherche de la vérité historique mais la sublimation de la puissance de Pharaon dans son combat contre les forces du chaos. Les dernières grandes fresques remontent à Ramsès III pour relater ses campagnes contre les Libyens et les Peuples de la mer. Après lui, les scènes de char se font plus discrètes mais ne sont pas abandonnées et figurent sur des bijoux, des calices ou sur des scarabées. Symbole de l'oppression égyptienne, l'image de Pharaon sur son char est battue en brèche dans le Livre de l'Exode lorsque la charrerie égyptienne est engloutie dans la mer, victime de la puissance du Dieu de Moïse[186].

Législateur[modifier | modifier le code]

Pratiques juridiques et judiciaires[modifier | modifier le code]

L'Égypte antique est une civilisation qui n'a pas connue de magistrats professionnels. À tous les niveaux de la société, la fonction de juger résulte de l'autorité administrative déléguée selon le système hiérarchique. Un fonctionnaire, quel que soit son rang, qui détient l'autorité sur un territoire ou sur un service donné, exerce un pouvoir judiciaire lié à sa fonction. Aucune distinction n'est faite en justice et religion ou entre droit pénal et droit civil. Au bas de l'échelle, les litiges entre particuliers et les affaires courantes (vols, larcins, adultères, impayés, disputes de voisinage) sont traitées par le chef de village, le chef de chantier ou le chef d'équipe. Le juge tente de discerner le vrai du faux selon une procédure contradictoire entre accusateur et accusé avec audition de témoins. C'est la pratique de la palabre où une solution de médiation est tentée afin d'assurer la paix sociale. Pour s'assurer de la véracité des paroles de l'accusé, celui-ci doit prêter serment sur la Vie de Pharaon ou sur la Vie des dieux. Trahir ce serment, c'est s'exposer à la peine de mort. Dans les cas les plus graves, la procédure devient inquisitoriale avec le recours à la torture. Tel est le cas dans l'affaire du Complot du Harem où les criminels ont visé la personne de Ramsès III. Plus on monte dans la hiérarchie, plus le procès est important et donc, plus les juges sont des proches de Pharaon : vizir, échansons, flabellifères. Dans chacune des régions, le nomarque est l'autorité suprême en matière judiciaire pour les affaires à portée locale. À partir du Nouvel Empire, les juges se recrutent de plus en plus dans le clergé. En dernière instance, le droit de juger revient à Pharaon surtout lorsqu'il est question d'appliquer la peine de mort. Au cours du Ier millénaire av. J.-C. s'est aussi largement pratiqué le recourt juridique aux dieux par le moyen des pratiques oraculaire[187].

morceau de pierre
Fragment d'un décret d'exonération fiscale en faveur du temple de Min accordé par Pépi II - VIe dynastie - Metropolitan Museum.

L'État égyptien se caractérise par une organisation basée sur un vaste ensemble de lois écrites (règlements, jurisprudences, édits royaux, exemptions fiscales, contrats locatifs, testaments, fondations funéraires, dotations, etc.) qui, lors d'un procès, peuvent être présentées en tant que preuve de bonne foi. Toute acte juridique est nécessairement formulé en écriture hiéroglyphique sur un rouleau de papyrus et se trouve conservé dans une salle d'archives. Cet ensemble législatif n'a toutefois pas été systématisé en une constitution et un code raisonnés. Chaque acte trouve sa référence ultime dans la Maât (qui est la norme de la Vérité et de la Justice) et se place sous le patronage divin de Thot, le « Maître des lois ». Selon une légende rapportée par Diodore de Sicile, ce dieu aurait donné les premières lois à Ménès, le premier pharaon (Bibliothèque historique I, 94)[188]. La majeure partie de ce corpus juridique est à présent perdu mis à part quelques procédures sur papyrus et ostraca livrées par les hasards des fouilles archéologiques. Les édits royaux considérés comme emblématique d'un règne figurent conservés sur les murs des temples ou sur des stèles monumentales. Un des plus fameux document de ce genre est la Pierre de Rosette, un décret d'exonérations fiscales promulgué par Ptolémée V en faveur des temples de son royaume[189].

Lois pharaoniques[modifier | modifier le code]

Il ne fait pas de doute que Pharaon est le principal initiateur des mesures législatives. D'une manière générale, les hymnes apologétiques le chargent de « raffermir » les lois, de les « parfaire », de les « promulguer » et de les « faire appliquer ». Le fonctionnement effectif de la monarchie est assuré par les lois (hépou) promulguées au moyen de décrets royaux (oudjou nesout ; littéralement, les « ordres du roi »). Ces décrets recouvrent une vaste réalité de décisions tels les annonces d'un nouveau règne, les lettres à des fonctionnaires ou à des courtisans, les arrêtés de nomination ou de destitution, les ordres à l'administration comme l'organisation d'une campagne militaire, d'une expédition minière, de l'élévation d'un obélisque ou de la levée d'un impôt exceptionnel. Le souverain peut aussi décider de favoriser un temple en le dotant de terres, de desservants et de cheptels supplémentaires voire d'ordonner son embellissement, sa rénovation ou sa complète reconstruction. Les décrets concernent aussi l'organisation du culte funéraire de ses proches courtisans par le don d'un sarcophage, d'un mastaba ou d'une fondation agricole destinée à la production des offrandes alimentaires. Il apparaît ainsi que les décrets ont soit une portée générale comme l'amélioration des conditions sanitaires, soit une portée particulière comme l'exemption fiscale d'un seul domaine. La composition des décrets fait appel au discernement royal après discussion et consultation des notables, des courtisans mais aussi par la consultation des écrits d'archives[190]. Parmi les nombreux décrets royaux recensés par les égyptologues figure l’Édit de Horemheb. Daté de la fin de la XVIIIe dynastie, il est destiné à réorganiser une Haute-Administration rongée par la corruption après l'incurie de l'épisode amarnien d'Akhénaton. Pour ce faire, Horemheb nomme des hommes de confiance, supprime des taxes les plus susceptibles d'être détournée, ordonne la peine de mort pour les juges impartiaux, etc. Afin de donner un caractère d'éternité à cette volonté réformatrice, le décret est recopié sur une haute stèle granitique placée dans l'enceinte d'Amon-Rê à Karnak :

« Il a commencé d'établir des lois, pour faire régner la Vérité et la Justice à travers les Deux Rives ; il se réjouit lorsqu'il embrasse la beauté de la déesse. Donc, Sa Majesté délibéra avec son cœur pour étendre sa protection sur le pays tout entier (...) pour repousser le mal et détruire le mensonge ; ses projets sont un refuge efficace afin de chasser la violence. On amena le scribe de Sa majesté ; il se saisit d'une palette et d'un rouleau de papyrus, et se mit à écrire, reproduisant toutes les paroles du roi car celui-ci dicta lui-même le décret [...] décret scellé auprès de Sa Majesté, pour mettre fin au brigandage dans le pays (...) »

— Début de l’Édit de Horemheb. Traduction de Claire Lalouette[191].

Le Tjaty (vizir du pharaon)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Vizir dans l'Égypte antique.

Second dans l'ordre de préséance et dignitaire le plus important du gouvernement, le Tjaty est le plus proche collaborateur de Pharaon. Depuis le XIXe siècle, époque des premiers égyptologues, ce titre est traduit par le mot « vizir » en référence aux pratiques ottomanes et sans doute aussi influencé par le courant orientaliste alors en vogue en Europe. Le caractère écrasant de la fonction est renseigné par le texte des Devoirs du Vizir gravé dans la tombe de Rekhmirê, un haut personnage installé dans le vizirat sous le règne de Thoutmôsis III. À dater du Nouvel Empire (XVIIIe dynastie), mais peut-être déjà sous la XIIIe dynastie, la charge est dédoublée et le pays compte deux vizirs : un pour la Haute-Égypte à Thèbes et un second pour la Basse-Égypte à Memphis. De par sa fonction, le vizir est le premier responsable de l'Administration et joue le rôle d'intermédiaire entre Pharaon et son peuple. Ses obligations sont multiples comme récolter les ressources agricoles de l'État, superviser les instances régionales ou assurer la surveillance policière du Palais[192].

La tombe de Rekhmirê est également remarquable pour sa transcription du Discours de l'Installation prononcé par Thoutmôsis à l'attention de son vizir nouvellement promu. Le souverain est pleinement conscient du caractère désagréable de la fonction vizirale. Le fonctionnaire se doit de toujours contenter son maître, éviter les médisances, ne pas léser sa parentèle au profit d'inconnus, se garder de fréquenter les arrogants et les malhonnêtes, écouter jusqu'au bout tous les griefs, ne jamais se mettre en colère et toujours garder un jugement impartial. Le respect de la Maât est au cœur de cette allocution ainsi que la nécessaire bonne pratique de la Justice au sein des tribunaux[193].

« Tu devras désormais veiller sur la pièce d'audience du vizir, surveiller tout ce qui s'y fait, car c'est le support du pays tout entier. Vois-tu être vizir ce n'est pas là chose douce et agréable, cela peut être même parfois amer comme du miel. Le vizir c'est le cuivre qui protège l'or de la maison de son maître ; il ne baisse pas son visage devant les hauts fonctionnaires et les juges, et il ne fait pas ses clients de n'importe qui. (…) Des plaignants du Sud et du Nord, du pays tout entier viendront... Toi, tu veilleras à ce que toutes choses soient faites conformément aussi à leur droit, en assurant la justice pour chaque homme. (…) Vois-tu, c'est le sûr asile d'un juge que d'agir conformément à la règle, lorsqu'il répond à ce que demande un plaignant. (…) Vois encore, un homme demeure dans sa fonction autant qu'il agit selon ce qui lui est indiqué ; tout va bien pour lui s'il fait ce qui lui a été dit. Ne cesse à aucun moment de rendre la justice, dont les lois sont connues. (…) »

— Discours de l'Installation (extrait). Traduction de Claire Lalouette[194].

Six grands législateurs[modifier | modifier le code]

Dans la culture grecque, un législateur est un homme sage et avisé qui par son charisme et ses compétences politiques et juridiques arrivent à dénouer les situations de crise les plus inextricables ; les athéniens Dracon et Solon par exemple. Selon Diodore de Sicile, historien grec du Ier siècle av. J.-C., l'Égypte antique a connu six grands pharaons législateurs ; Narmer / Ménès le premier des pharaons humains à qui Thot a donné les premières lois, Chepseskaf / Sasychès de la IVe dynastie, Sésoosis (une figure légendaire qui amalgame les traits de Sésostris Ier, Sésostris III et Ramsès II), Bakenranef / Bocchoris roi saïte de la XXIVe dynastie, Ahmôsis II / Amasis de la XXVIe dynastie et l'empereur perse Darius Ier[195] :

Tête d'une statue attribuée à Amasis - XXVIe dynastie - Ägyptisches Museum.

« (…) le premier qui engagea les hommes à se servir de lois écrites fut Ménès, homme remarquable par sa grandeur d'âme, et digne d'être comparé à ses prédécesseurs. Il fit répandre que ces lois, qui devaient produire tant de bien, lui avaient été données par Mercure. (…) Le second législateur de l'Égypte a été Sasychès, homme d'un esprit distingué. Aux lois déjà établies il en ajouta d'autres, et s'appliqua particulièrement à régler le culte des dieux. Il passa pour l'inventeur de la géométrie et pour avoir enseigné aux Égyptiens la théorie de l'observation des astres. Le troisième a été Sésoosis, qui, non seulement s'est rendu célèbre par ses grands exploits, mais qui a introduit dans la classe des guerriers une législation militaire, et a réglé tout ce qui concerne la guerre et les armées. Le quatrième a été Bocchoris, roi sage et habile ; on lui doit toutes les lois relatives à l'exercice de la souveraineté, ainsi que des règles précises sur les contrats et les conventions. Il a fait preuve de tant de sagacité dans les jugements portés par lui que la mémoire de plusieurs de ses sentences s'est conservée jusqu'à nos jours. (…) Après Bocchoris, Amasis s'occupa encore des lois. Il fit des ordonnances sur le gouvernement des provinces et l'administration intérieure du pays. (…) Darius, père de Xerxès, est regardé comme le sixième législateur des Égyptiens. Ayant en horreur la conduite de Cambyse, son prédécesseur, qui avait profané les temples d'Egypte, il eut soin de montrer de la douceur et du respect pour la religion. Il eut de fréquentes relations avec les prêtres d'Egypte, et se fit instruire dans la théologie et dans l'histoire consignée dans les annales sacrées. (…) »

— Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, Livre I, 94-95 (extraits)[196].

Famille royale[modifier | modifier le code]

À l'image des dieux, les pharaons ont brouillé les liens familiaux en pratiquant à l'occasion des unions incestueuses ou rituelles. Grand polygame, Pharaon dispose de nombreuses concubines ; la première de toutes étant la Grande épouse royale. Garante du sang royal, certaines princesses ont endossé la charge monarchique à l'image d'Hatchepsout. Évoluant dans un harem, ces concubines sont parfois des étrangères, filles de rois voisins. Lieu de rivalités intestines, le harem fut parfois secoué par des conspirations visant à éliminer un pharaon sénescent.

Pratiques matrimoniales[modifier | modifier le code]

Inceste royal[modifier | modifier le code]

Nombre de travaux ethnologiques réalisés depuis la fin du XIXe siècle ont mis en avant les fondements structurels des royaumes africains. D'une manière générale, en Afrique, toute société humaine (petites communautés de quelques villages ou vastes royaumes) se caractérise par son organisation lignagère. Symbole d'une unité réalisée à partir de la diversité, le roi africain est l'arbitre suprême de la société qu'il gouverne. Il est un individu isolé car placé en dehors des lignages de l'édifice social. Son pouvoir sacré, magique et religieux s'établit sur une distanciation morale en rupture avec les règles matrimoniales traditionnelles. Aussi, dans plusieurs États africains, au moment de l'intronisation, le roi réalise un acte rituel transgressif ; un inceste avec une sœur ou une tante qui, par son horreur et sa bestialité, le rejette en dehors des lignages[197].

Ce retournement ou ce brouillage des règles matrimoniales se retrouve déjà dans les pratiques royales de l'Égypte pharaonique. Dans les mythes, les unions frère-sœur sont bien attestées de même pour d'autres relations scabreuses ; Shou avec sa sœur Tefnout, Geb avec sa sœur Nout, viol de Tefnout par son fils Geb, relations homosexuelles entre Seth et son neveu Horus. Quant à Osiris et Isis, ils sont les principes de la fertilité et selon Plutarque, ils s'unissent déjà dans le sein maternel de Nout[198]. Dans la famille royale, le mariage frère-sœur est bien documenté, notamment sous l'Ancien Empire et plus particulièrement sous les IVe et VIe dynasties[199]. Cette constatation est tout aussi valable pour les Moyen et Nouvel Empires. Sous la XVIIIe dynastie, le roi Toutânkhamon est issu de l'union d'Akhénaton avec sa sœur, une princesse pour nous encore anonyme (momie de la Jeune Dame). En âge de se marier, Toutânkhamon épouse sa demi-sœur Ânkhésenamon et conçoit d'elle deux enfants morts-nés. Il faut cependant se garder d'ethnocentrisme car le tabou de l'inceste varie fortement d'une société à l'autre. L'horreur de l'union frère-sœur n'a ainsi pas eut court en Égypte sous annexion romaine. D'après les recensements de cette époque, ce type d'union est même assez fréquent dans le Fayoum où il représente près d'un tiers des mariages[200]. Cette pratique n'a bien évidemment pas été introduite par les Romains. Pour les époques antérieures, en Égypte, ce type d'union est toléré sans être fréquemment attesté. Certains types d'inceste sont malgré tout réprimés. Les unions parents-enfants sont condamnés de même que les relations maritales ou adultérines entre un individu avec deux consanguins à savoir un homme avec deux sœurs ou inversement une femme avec deux frères (inceste de second type)[201]. De ces interdits, les pharaons s'en sont largement affranchis et cela à toutes les époques ; sans doute par rite d'inversion[202]. Sous l'Ancien Empire, il est possible de penser que Khéops ait fait de ses filles ses épouses rituelles ; ces dernières disposant d'un tombeau près de sa pyramide. On sait de manière certaine que Pépi Ier a épousé deux sœurs Ânkhésenpépi I et Ânkhésenpépi II (inceste de second type). Au Nouvel Empire, il est attesté qu'Amenhotep III, Akhénaton puis Ramsès II et Ramsès III ont convolé rituellement avec plusieurs de leurs filles[203].

Transmission de la royauté[modifier | modifier le code]

Après une révolte humaine, le dieu-roi s'est retiré vers le ciel en laissant aux dieux de l'Ennéade la direction du monde, puis à des rois semi-divins et enfin à des monarques humains, les pharaons, qui sont ses fils et représentants sur terre. La légitimité de Pharaon se fonde donc sur une ascendance divine. Selon le Mythe de la théogamie, chaque fois que le démiurge Amon-Rê désire engendrer un représentant terrestre, il prend l'apparence du pharaon régnant et s'unit charnellement à une humaine qui, de ce fait, devient la reine mère[204]. En Égypte ancienne, il n'existe aucun mot pour désigner l'institution du mariage et aucune cérémonie publique ou privée n'a existé pour les particuliers. Le mariage est un état de fait ; une cohabitation d'un homme et d'une femme au sein d'une même maison[205]. Grand polygame, Pharaon dispose d'un grand nombre de concubines. Au sein des temples, ce fait est généralement passé sous silence dans l'iconographie où l'accent est surtout mis sur la relation entre le roi et son épouse principale ; cette dernière jouant un rôle rituel d'importance. Au niveau de la famille royale, la règle successorale est la primogéniture illustrée par le mythe d'Osiris et son fils Horus. Dans les faits, de par la grande mortalité infantile, une grande souplesse a prévalue et nombre de princes issus d'un même souverain mais de mères différentes ont ainsi pu se prévaloir du titre de « Fils aîné du roi »[206]. Selon toute apparence, les petits-fils royaux dont le père n'a lui même pas régné sont exclus de la succession. À défaut d'héritier mâle, la transmission s'effectue au plus proche parent par droit d'aînesse, de frère aîné à frère cadet. Si une lignée est épuisée, la transmission peut passer à une autre branche de la famille royale. Une même famille peut ainsi se répartir sur plusieurs dynasties ; les IVe et Ve dynasties, les XVIIe et XVIIIe dynasties et probablement aussi les XIXe et XXe dynasties[207].

vieille pierre sculptée et décorée
Akhénaton en compagnie de son épouse Néfertiti et de trois princesses - XVIIIe dynastie - Altes Museum.

Dans l'idéal, la légitimité de l’héritier de la couronne est garantie, tout à la fois, par l'origine royale du père et de la mère. Contrairement à une idée largement répandue, il n'existe pas de matriarcat et la transmission n'est pas véhiculée par la lignée de la mère. L'épouse n'est que la gardienne de la pureté royale donnée au futur héritier. Si l'héritier est issu d'une épouse secondaire ou d'une concubine, il se doit d'épouser sa demi-sœur née de la Grande épouse royale. Dans ce cas, la continuité de la dynastie passe par l'épouse mais le pouvoir revient à l'époux. C'est donc à la fois le souci d’assurer la légitimité de l’héritier du trône et la volonté de souligner la nature divine de Pharaon qui explique la prérogative royale de l’inceste[208]. Le mariage avec une princesse du sang royal n'est cependant pas une obligation et nombre de pharaons ont pris des roturières pour Grande épouse. De plus, tel pharaon dont la légitimité était douteuse ou contestée pouvait légitimer sa prise du pouvoir en faisant valoir qu'elle avait été voulue par la divinité. Le dieu marquait son choix par un signe, une naissance prodigieuse (théogamie) pour les rois de la Ve dynastie et pour Hatchepsout, un rêve de l'heureux élu tel Thoutmôsis IV au pied du Grand Sphinx ou un oracle rendu par Amon au bénéfice d'Horemheb et d'Alexandre le Grand[209].

Place des femmes[modifier | modifier le code]

Quatre pharaonnes[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Nitokris, Néférousobek, Hatchepsout et Taousert.

Sur les quelques 200 pharaons qui ont gouverné l'Égypte durant plus de trois millénaires, on ne connaît que quatre femmes qui ont réussi à accéder à la charge suprême. D'après l'historien Manéthon de Sebennytos (IIIe siècle av. J.-C.), le principe juridique qu'une femme puisse devenir Pharaon a été accepté par les Égyptiens sous le règne de Ninetjer, le troisième souverain de la IIe dynastie (XXVIIIe siècle av. J.-C.). À toutes les époques, la suprématie masculine fut affirmée. Aussi, le règne des femmes est associé à la déliquescence du pouvoir monarchique et se présentent comme la prolongation d'une dynastie en proie aux difficultés[210].

Buste de la pharaonne Néférousobek - XIIe dynastie - Musée du Louvre.

La pharaonne Nitokris semble n'être qu'un personnage légendaire. Les sources grecques parlent de ce souverain comme d'une femme (Hérodote, Manéthon, Ératosthène) mais le nom grec de Nitokris semble dériver du nom égyptien Nétikerti, un roi de la fin de la VIe dynastie mentionné par le Canon royal de Turin et assimilable au roi Netjerkarê de la Table d'Abydos. Aucun autre document archéologique égyptien mentionne Nitokris. Selon la tradition grecque, Nitokris aurait régné à la fin de la VIe dynastie après l'assassina de son frère Mérenrê II. Au moyen d'une ruse, elle se serait vengée des meurtriers en tuant un grand nombre d'Égyptiens puis, pour éviter des représailles, se serait suicidée[211].

Le personnage de Néférousobek « la beauté de Sobek » est incontestable ; elle est la fille du pharaon Amenemhat III et la sœur-épouse d'Amenemhat IV auquel elle succède. La fin de son règne marque la fin de la XIIe dynastie et le début de la XIIIe dynastie. Selon le Canon royal de Turin sont règne se limite à trois années et dix mois. Le Musée du Louvre conserve d'elle une statue fragmentaire, acéphale et se réduisant au buste. Elle porte une robe féminine et, par-dessus, le pagne masculin des pharaons. Sur les épaules, on devine qu'elle porte aussi la coiffe némès. Sa sépulture est une petite pyramide édifiée à Mazghouna[212].

statue marbrée d'une reine
Statue d'Hatchepsout - XVIIIe dynastie - Rijksmuseum van Oudheden.

La plus célèbre des quatre pharaonnes est Hatchepsout « Celle qui est à la tête des nobles dames » (XVIIIe dynastie). Fille aînée de Thoutmôsis Ier et épouse de son demi-frère Thoutmôsis II, elle devient après la mort de son époux la régente du très jeune Thoutmôsis III, son beau-fils. La septième année de la régence, elle s'empare du pouvoir, se fait couronner et établir une titulature royale. Thoutmôsis III est, dans les apparences, associé au pouvoir et tous les événements restent datés par rapport à son règne. Hatchepsout conserve le pouvoir jusqu'à sa mort en l'an XXII. Son règne n'est pas marqué par des conquêtes mais par nombre de restauration architecturales à Thèbes et en province. Son nom est surtout associé à son temple funéraire de Deir el-Bahari dont les parois relatent, entre autres, l'expédition navale vers le pays de Pount. Considérée comme une usurpatrice par ses successeurs mâles, ses cartouches ont été martelés et son nom écarté des annales royales officielles[213].

Bien moins fameuse est la pharaonne Taousert « La Puissante » dont le règne clos la XIXe dynastie, une quinzaine d'années après la mort de Ramsès II dont elle est une probable petite-fille. Fille de Mérenptah, elle épouse son demi-frère Séthi II et s'empare du pouvoir après la mort du chétif Siptah. Elle adopte une titulature royale et fonde un temple funéraire à Thèbes. Son nom est écarté des annales et sa tombe est réutilisée par son successeur, le roi Sethnakht de la XXe dynastie[214].

Grande épouse royale[modifier | modifier le code]

Article connexe : Grande épouse royale.

En Égypte antique, l'accès d'une femme au pouvoir suprême est un fait hors norme. D'une manière générale, les femmes de la famille royale sont des personnes qui, contrairement aux hommes, n'occupent pas de positions dans la hiérarchie administrative de l'État. De par ses titres, la reine n'est pas un personnage indépendant. Bien au contraire, elle se définit de par ses liens parentaux avec le souverain en tant que mout nesout « mère du roi », sat nesout « fille du roi » ou hemet nesout « épouse du roi »[215]. Grand polygame, Pharaon peut multiplier les mariages mais seule la hemet nesout ouret ou « Grande épouse du roi » joue un rôle d'importance dans l'idéologie politico-religieuse de la monarchie. Les héritiers du trône doivent en principe être les fils de la Grande épouse, mais par défaut, ils peuvent être issus d'une épouse secondaire. Dès la Ire dynastie, les reines ont joué le rôle de proche conseillère du roi. Certaines ont mis à profit leur compétence politique en tant que reine-mère, régente ou tutrice. Tel est le cas de la reine Ânkhésenpépi II dont le fils Pépi II est monté sur le trône à l'âge de six ans (VIe dynastie). À partir du Nouvel Empire, en tant que hemet netjer « épouse du dieu » ou djeret netjer « main du dieu », la reine incarne l'aspect féminin du démiurge Amon-Rê ; le principe qui entretient les ardeurs sexuelles et créatrices du maître de l'univers. Ces reines, en tant qu'incarnation terrestre de la déesse Mout sont venues à porter une perruque arborant une dépouille de vautour (symbole des qualités maternelles)[216]. Parmi ces grandes dames, on peut retenir les noms de Tétishéri l'ancêtre des rois de la XVIIIe dynastie, d'Ahmès-Néfertary la première des Divines adoratrices, de Tiyi l'épouse d'Amenhotep III, de la belle Néfertiti l'épouse d'Akhénaton, de Néfertari l'épouse de Ramsès II. Pour cette dernière, son époux lui a consacré le petit temple d'Abou Simbel et une tombe thébaine qui a conservé son admirable décoration murale d'origine[217].

Harem[modifier | modifier le code]

Deux bimbos égyptiennes à poil et dansant frénétiquement
Musiciennes et danseuses - Nouvel Empire - British Museum.

L'institution de l’ipet-nesout « appartement du roi » ou per khener « maison de la réclusion » est approximativement traduite par le mot « harem » en référence à la résidence des concubines des sultans musulmans de l'Empire ottoman. En Égypte antique, le harem est une institution parallèle à l'administration royale et indépendante de celle-ci. C'est le lieu de résidence de la Grande épouse royale, des épouse secondaires, des khékérout nesout « Ornements du roi » et des néferout « les Beautés ». En ce lieu vivent aussi les enfants royaux, les veuves des pharaons défunts ainsi que leurs suivantes et leurs servantes. Ce vaste groupement humain dispose de sa propre structure de gestion assurée par une hiérarchie administrative de scribes, de percepteurs et de gardiens masculins ; le tout sous la mainmise de la Grande épouse. Le harem possède son propre domaine agricole qui lui assure des revenus réguliers et considérables (troupeaux, pâturages, champs, pêcheries, chasses). Durant leurs journées, les femme pratiquent le filage et le tissage d'une manière industrielle et leurs productions alimentent les temples et la cour royale[218]. Il n'existe pas qu'un seul harem car cette institution se localise dans les principales villes du royaume ; à Thèbes, à Memphis et à Amarna (sous Akhénaton). Il semble aussi avoir existé une structure itinérante placé dans la suite de pharaon et l'accompagnant à chaque instant, même durant les guerres en territoires étrangers. Ramsès II a ainsi été accompagné d'une partie de sa famille durant la bataille de Qadesh. Un des harems le plus considérable a été édifié en Moyenne-Égypte, dans le Fayoum à Mer-Our, l'actuelle Médinet Gourob[219]. Ce lieu fondé par Thoutmôsis III a été très florissant sous Amenhotep III et, selon toute apparence, a encore fonctionné sous les ramessides[220]. Le harem égyptien n'est pas qu'un lieu de villégiature royale et une unité économique florissante. Les princes royaux y sont éduqués aux côtés des fils des grands dignitaires locaux et étrangers. Les compagnons d'enfance du futur pharaon sont généralement destinés à de brillantes carrières professionnelles en tant que directeur administratif, commandant militaire, héraut ou échanson. Entre le début de la XIIe dynastie et la fin de la XVIIIe dynastie, le palais et le harem forment ces jeunes gens dans le Kep ; une salle des appartements royaux spécialement réservée à l'instruction[221].

Épouses étrangères[modifier | modifier le code]

Dès l'Ancien Empire, des princesses étrangères sont devenues les épouses secondaires des rois égyptiens. Sahourê semble ainsi avoir reçu auprès de lui une princesse de Byblos. Inversement, durant le Moyen Empire des égyptiennes ont été envoyées auprès des dirigeants de cette ville phénicienne. Les unions diplomatiques sont cependant mieux renseignées pour la période du Nouvel Empire. Durant tout le IIe millénaire av. J.‑C., les pharaons successifs ont échangé avec leurs homologues du Moyen-Orient une intense correspondance en akkadien, la langue diplomatique de l'époque ; pour preuve les tablettes cunéiformes découvertes à Amarna en Égypte, à Ougarit dans l'actuelle Syrie et à Hattusa dans l'actuelle Turquie.

Carte du Moyen-Orient au XIVe siècle av. J.-C.

D'après une tombe commune découverte en 1916 par des pilleurs dans la Vallée des singes, on sait que Thoutmôsis III a épousé trois cananéennes ; les princesses Manheta, Manouai et Marouti[222]. En son temps, Thoutmôsis IV épouse une princesse du Mitanni, la fille du roi Artatama Ier. Son fils et successeur Amenhotep III épouse au moins quatre princesses étrangères de haute lignée. Giloukhepa, fille de l'empereur Shutttarna II du Mitanni arrive en l'an 10 avec une escorte de 317 dames et servantes. En l'an 36, elle est suivie par sa nièce Tadukhipa, sœur de l'empereur Tushratta. Il est aussi attesté qu'Amenhotep III a épousé une sœur et peut-être une fille du roi Kadashman-Enlil Ier de Babylonie[223]. Après la mort d'Amenhotep III, la princesse Tadukhipa, vue son haut-rang devient une épouse secondaire d'Akhénaton. Par la suite, ce dernier a aussi épousé une babylonienne, fille de Burna-Buriash II[224]. Parmi les nombreuses épouses secondaires de Ramsès II figurent des princesses nubiennes du pays de Ouaouat et des princesses asiatiques, filles des rois vassaux. La mariage le plus prestigieux est célébré en la 34e année de règne lorsque l'empereur hittite Hattushili III envoie en Égypte sa fille aînée Maâthornéferourê[225].

Conspirations[modifier | modifier le code]

Régicide[modifier | modifier le code]

En dépit de son statut quasi-divin, Pharaon n'a jamais été à l'abri d'une perfidie fomentée par un membre de la famille royale ou d'une trahison orchestrée par un proche dignitaire. Quelques sources historiques, assez parlantes, dépeignent une famille royale désunie et agitée par de basses rancœurs. Régulièrement, le harem est en proie à de sérieuses luttes d’influence. Autour d'ambitieuses concubines s'agrègent des clans rivaux composés par des princes en manque de reconnaissance et par des courtisans plus ou moins retors. Dans les cas les plus graves, ces rivalités se manifestent sous la forme de conspirations et la vie du souverain s'en trouve menacée. Tout ceci au bénéfice espéré d’une épouse secondaire et de l’aîné de ses fils en compétition avec celui de la Grande épouse[226].

arme rouillée
Arme tranchante égyptienne - XVIIIe dynastie - LACMA.

En Égypte antique, mais aussi pour les royaumes africains pré-coloniaux, la problématique du régicide s'inscrit dans un fond cosmo-mythologique très prégnant. Chez les Moundang du Tchad, le roi de Léré se devait d'être exécuté au bout de sept années de règne avant qu'il ne perde son pouvoir sur les phénomènes météorologiques. Chez les Shilluk du Nil Blanc, le roi de Fachoda est exécuté par ses gardes sur recommandation des épouses royales lorsque, vieillissant, il n'arrive plus à les satisfaire sexuellement. L'idée sous-jacente est la crainte que, par mimétisme, la décrépitude physique du souverain fasse connaître à la nation entière le même sort[227]. Dans le mythe osirien, référence obligée de la royauté pharaonique, le roi Osiris meurt dans sa 28e année de règne dans un complot fomenté par son frère Seth. Par la suite, la problématique principale n'est pas tant de châtier le coupable que de trouver le meilleur candidat à la charge pharaonique. Le choix doit se faire entre Seth et Horus qui tous deux rivalisent de puissance. La préférence se porte finalement sur Horus fort du soutient de son père Osiris qui, depuis l'au-delà, a la maîtrise sur la fertilité agricole. Deux régicides pharaoniques, distants entre eux de huit siècles, sont relativement bien documentés ; les assassinats d'Amenemhat Ier (XIIe dynastie) et Ramsès III (XXe dynastie). Dans les deux cas il s'agit de souverains forts, restaurateurs de l'ordre dynastique, mais âgés et vieillissants ; l'un et l'autre septuagénaires. Il est troublant de constater que les comploteurs ont perpétré leurs actes meurtriers à un moment où l'aura sacré du pharaon est épuisée, juste avant la célébration de la Fête Sed censée régénérer le souverain et lui redonner toute sa vigueur divine[228].

Complots sous la VIe dynastie[modifier | modifier le code]

Article connexe : VIe dynastie.
Le pharaon Téti, mort assassiné (selon Manéthon) - Musée égyptien du Caire.

À en croire l'historien ptolémaïque Manéthon de Sebennytos, la VIe dynastie a connu deux affaires de régicides (aux alentours du XXIIIe siècle av. J.-C.). Son fondateur est le pharaon Téti-Othoès. Son accession au trône est problématique car il n'est pas le fils de son prédécesseur Ounas. Aussi, ne sait-on pas s'il est ou non un usurpateur et par quels moyens il a accédé à la charge royale. Il aurait régné trente années puis aurait péri par la ruse de ses gardes du corps[229]. Cette lignée royale se termine tout aussi tragiquement. Toujours selon Manéthon, mais sur ce point il est rejoint par le grec Hérodote (Histoires, Livre II, 100), le dernier pharaon est assassiné à l'issue d'un complot (il est probablement question de Mérenrê II). Sa sœur, la pharaonne Nitokris venge sa mort en noyant les conjurés lors d'un banquet puis se jette dans les flammes pour se suicider. De ces deux complots, les sources égyptiennes de l'époque sont muettes et, en l'état, il est impossible d'affirmer s'il est question de faits avérés ou d'anecdotes pseudo-historiques[230].

Il est toutefois possible de croire que ces deux affaires aient eu un fond de vérité. Il est attesté qu'une sombre histoire s'est produite durant cette dynastie, sous le règne de Pépi Ier. Grâce à la biographie du haut dignitaire Ouni, inscrite dans son mastaba abydéen, nous savons qu'un procès secret s'est tenu au sein du harem afin de juger les méfaits d'une épouse royale. Les détails, les tenants et les aboutissants sont inconnus. Le chef d’accusation n'est pas mentionné mais l'affaire paraît hautement gravissime. Le pharaon Pépi a eu un long règne, 53 ans, et selon l'hypothèse de l'égyptologue autrichien Hans Gœdicke, la mère de son successeur Mérenrê Ier aurait comploté contre lui en la 42e année[231] :

« Sa majesté me nomma Attaché de l'État à Hiéracônpolis, car il avait confiance en moi plus qu'en tout sien serviteur. J'écoutais les querelles étant seul avec le vizir de l'État en toute affaire secrète et toute chose qui touchait au nom du roi, du harem royal, du tribunal des Six (…). Il y eut un procès dans le harem royal contre l'épouse royale grande favorite en secret. Sa Majesté fit que je me porte à juger seul, sans qu'il y eût aucun vizir de l'État, ni aucun magistrat là sauf moi, parce que j'étais capable, parce que j'avais du succès dans l'estime de Sa Majesté, parce que Sa Majesté avait confiance en moi. C'est moi qui mis le procès verbal par écrit étant seul, avec un Attaché de l'État à Hiéracônpolis qui était seul, alors que ma fonction était celle de directeur des employés du grand palais. Jamais quelqu'un de ma condition n'avait entendu un secret du harem royal auparavant, mais Sa majesté me le fit écouter, (…). »

— Biographie d'Ouni (extraits). Traduction d'Alessandro Roccati[232].

Assassinat d'Amenemhat Ier[modifier | modifier le code]

L'assassinat d'Amenemhat Ier dans sa 30e année de règne et les conditions houleuses dans lesquelles son fils aîné Sésostris Ier est parvenu à lui succéder sont renseignés par deux sources littéraires d'importances ; le Conte de Sinouhé et l’Enseignement du roi Amenemhat à son fils (XXe siècle av. J.-C.). Le vieux roi s'apprête à célébrer sa première fête-Sed destinée à régénérer son pouvoir divin. Négligeant, il n'a pas encore fait savoir au pays quel fils lui succédera en cas de décès. Son successeur naturel, le prince Sésostris est absent du palais, occupé à guerroyer dans le désert Libyque, sans doute pour commettre des razzias destinées à alimenter les dépenses somptuaires du jubilé royal[233]. Dans ce cadre se met en place un vaste complot destiné à supprimer le souverain et son prétendant. Une nuit, une partie de la garde prétorienne du harem se soulève contre son maître, pénètre dans les appartements royaux et assassine le pharaon. Cette soirée tragique est relatée dans l’Enseignement du roi et la parole est donnée à la victime[234] :

« C'était l'après-dîner, une fois la nuit venue. Comme j'avais pris un moment de bien-être, j'étais allongé sur mon lit, je m'étais laissé aller, et mon esprit avait commencé à suivre ma somnolence. Or donc, les armes destinées à la protection furent mises en mouvement contre moi, qui me retrouvait traité comme un serpent du désert. Me réveillai-je à cause du combat, reprenant possession de mes moyens, que je constatai qu'il s'agissait d'une bataille engageant les gardes du corps. Quant au fait que je me précipitai les armes à la main, je fis reculer les lâches sous les coups. Mais il n'y a de brave la nuit, il n'y a pas de combattant solitaire. Le succès ne saurait advenir sans protecteur. »

— Enseignement du roi Amenemhat à son fils. Traduction de Pascal Vernus[235].

Comme le relate le début du Conte de Sinouhé, le prince Sésostris est informé de l'attentat par un messager. Sans doute, a t'il aussi été averti de la participation dans la conjuration de quelques-uns de ses frères présent dans les rangs de son armée. Sans avertir personne, Sésostris rentre précipitamment au palais en laissant derrière lui son armée, dans la crainte qu'on lui fasse subir le même sort funeste. Nous ne savons pas comment Sésostris a repris le contrôle de la situation et comment il a réussi à se faire couronner. Il est cependant attesté que le début de son règne a connu une situation de guerre civile et que le nouveau souverain a été contraint de réprimer très brutalement des forces séditieuses liguées contre lui[236].

Complot contre Ramsès III[modifier | modifier le code]

Article connexe : Conspiration du harem.
Tête d'une statue colossale de Ramsès III - XXe dynastie - Museum of Fine Arts (Boston).

Dans la 32e année du règne de Ramsès III se produit la Conspiration du harem, un coup d'état qui vise à remplacer l'héritier légitime, le futur Ramsès IV, fils de la reine Iset, par le prince Pentaour, fils de la reine Tyi, une épouse secondaire. Cette affaire est documentée par un ensemble d'écrits dont le Papyrus judiciaire de Turin et le papyrus Harris. D'après une étude IRM effectuée en 2012 sur la momie de Ramsès III, le pharaon semble avoir été égorgé[237]. Sur ce point, les sources écrites nient la réussite de l'action derrière des formules stéréotypées ; sans doute y a-t'il eut des réticences à exprimer l'indicible[238]. La conspiration est de grande ampleur, nombre de dignitaires du harem sont impliqués. Des hommes armés sont appelés à marcher contre le palais. Le complot a des ramifications jusque dans les provinces où des séditieux sont appelés à jouer les fauteurs de trouble. Les conjurés menés par la reine Tiyi ont cependant échoué à remplacer l'héritier légitime. Prenant le dessus, Ramsès IV monte une cour de justice composée de douze magistrats. Les condamnations pleuvent sur une trentaine de comploteurs, actifs ou passifs ; 17 sont exécutés, 7 sont incités au suicide dont le prince Pentaour. Signe de la déliquescence du pouvoir monarchique, lors du procès, trois juges et deux policiers se laissent corrompre sous la promesse de parties fines au sein du harem. Dénoncés, ils sont arrêtés pour collusion et condamnés à l'ablation du nez et des oreilles[239]. La conspiration s'augmente d'un volet surnaturel car les conjurés ont ralliés à eux des prêtres experts en sorcellerie. Tout au long de son règne, Pharaon est protégé par une magie prophylactique basée sur l'identification du roi à et des séditieux à Apophis. Pour arriver à leurs fins, les comploteurs ont pratiqué l'envoûtement pour neutraliser la garde palatiale et pour démonter l'apparat magique entourant le pharaon[240].

Pratiques et croyances funéraires[modifier | modifier le code]

Pyramides d'Égypte[modifier | modifier le code]

Monuments funéraires[modifier | modifier le code]

Article principal : Complexe pyramidal égyptien.
dessin par ordinateur
Essai d'élévation du complexe de la pyramide de Djedkarê Isési et de sa reine restée anonyme.

Dans l'imaginaire collectif contemporain, les pyramides sont le symbole de l'Égypte ancienne. La pyramide est le monument où le corps du pharaon mort est déposé dans un sarcophage afin de le préserver. Là, s'opère une transformation mystique où la dépouille passe de l'immobilité de la mort vers une vie nouvelle auprès des grands dieux du panthéon égyptien. L'origine du tombeau pyramidal remonte à l'Ancien Empire égyptien. Durant la période thinite (Ire et IIe dynasties), chaque pharaon se fait inhumer dans un tombeau surmonté par un mastaba de forme rectangulaire. Sous Djéser, premier roi de la IIIe dynastie, la superposition de six mastabas de pierre donne la pyramide à degrés. Le passage vers la pyramide à faces lisses est réalisé par étapes sous le règne de Snéfrou (IVe dynastie): pyramide à sept degrés à Meïdoum, pyramide rhomboïdale à Dahchour (Sud) et pyramide parfaite à Dahchour (Nord). Ses successeurs, Chéops et Khéphren se font édifier les plus imposantes à Gizeh (147 et 144 mètres de haut). Les pharaons qui suivent se contentent de monuments plus modestes à Gizeh, Saqqarah et Abousir. Les puissants pharaons du Moyen Empire égyptien poursuivent la pratique, à Licht notamment. Les pillages de la fin de l'Ancien Empire, ont incité les architectes à doter ces édifices de mesures de sécurités plus compliquées avec des corridors à herses et des impasses. Le pharaon Ahmôsis (fondateur de la XVIIIe dynastie) est le dernier souverain à bénéficier d'une pyramide, grâce à son cénotaphe d'Abydos. Toute pyramide bénéficie d'une substructure intérieure qui comprend des couloirs qui relient une succession de chambres funéraires. Dès la fin de la IVe dynastie, l'intérieur se normalise et suit une règle stricte d'une enfilade de trois chambres successives. Chaque pyramide est desservie par un temple haut adossé à son pied et qu'une chaussée couverte relie à un temple bas aménagé en bordure d'un canal en liaison avec le Nil. Généralement de plus petites pyramides sont édifiées autour de celle du pharaon pour recevoir les dépouilles de la mère ou des épouses royales[241]. La mémoire du pharaon défunt est entretenue par l'intermédiaire d'un culte funéraire rendu dans les temples haut et bas par un personnel de prêtres spécialement affecté à cette charge. Ces derniers sont rémunérés par les revenus d'une fondation et sont logés, le temps de leur office, dans des cités dortoirs, les villes de pyramide[242].


Éléments du complexe pyramidal
pyramide rhomboïdale du pharaon Snéfrou (IVe dynastie) à Dahchour.
Pyramide satellite Pyramide temple haut chaussée cérémonielle couverte temple basBent Pyramid Complex.png
À propos de cette image
  1. Pyramide
  2. Pyramide satellite
  3. temple haut
  4. chaussée cérémonielle
  5. temple bas

Textes des Pyramides[modifier | modifier le code]

Article principal : Textes des Pyramides.
mur couvert de hiéroglyphes
Chambre intérieure de la pyramide d'Ounas couverte de textes - Ve dynastie.

Les chambres funéraires de la plupart des pyramides sont restées anépigraphes (sans inscriptions). Les pyramides des pharaons Ounas, Téti, Pépi Ier, Mérenrê Ier, Pépi II et Qakarê-Ibi présentent toutefois l'intérêt exceptionnel de voir figurer sur leurs parois les Textes des Pyramides. Ces inscriptions sont les plus anciens textes religieux connu à ce jour et sont à la base de nos connaissances sur les fondements de la religion égyptienne. Les formules magiques et liturgiques qui composent cette collection sont très disparates. Elles témoignent de différents courants de pensée mais toutes se rejoignent dans une préoccupation unique ; assurer à Pharaon une survie éternelle. Les moyens pour parvenir à l'éternité sont multiples. Dans certains passage, le défunt est identifié à Osiris et règne sur les morts dans le sombre royaume de l'Occident. Dans d'autres, influencé par la doctrine des prêtres d'Héliopolis, Pharaon est le dieu solaire qui parcourt glorieusement le ciel dans ses barques diurne et nocturne[243]. Dans l’Hymne cannibale, la force magique de Pharaon est entretenue par l’absorption du corps des dieux débités en morceaux. À l'occasion de dialogues ésotériques avec un passeur récalcitrant, la traversée d'un canal est assimilé à un voyage vers les contrées de l'Au-delà. Dans d'autres formules, encore, Pharaon désire sortir de sa pyramide et monter vers les étoiles afin de briller éternellement, sans fatigue, dans le ciel nocturne. Le thème majeur de tous ces textes est la montée de Pharaon vers les contrées céleste. Pour ce faire de nombreux moyens d'ascension sont mis à sa disposition, le Pharaon grimpe à une corde ou à une échelle fixée entre ciel et terre, navigue dans des barques mythiques, devient flamme ardente ou fumée d'encens, se transforme en oiseau (faucon, oie, pélican, vautour, etc), en taureau sauvage, en serpent, en insecte, marche, nage, bondit ou pagaye dans des attitudes sportives ; devient nuage, orage, lumière, vent ou air[244].

Nécropole thébaine[modifier | modifier le code]

Avec les pharaons du Nouvel Empire prend fin la période de construction des pyramides d'Égypte. Durant près de 500 ans, sous les XVIIIe, XIXe et XXe dynasties se met en place une pratique funéraire qui consiste à effectuer une scission géographique entre la tombe et le temple mémoriel (ou Temple des millions d'années).

Hypogées de la Vallée des Rois[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Hypogée et Vallée des rois.
montagne rouge pointue
Vue sur la montagne thébaine.

Durant tout le Nouvel Empire, la plupart des pharaons ont été inhumés à l'ouest de Thèbes. Leurs tombes souterraines (hypogées) ont été creusées au sein de la Vallée des rois, un ouadi situé au nord-est de « La Cime » ; une colline pyramidale qui culmine à 300 mètres de haut. Les Anciens Égyptiens ont probablement vu dans cette élévation naturelle un symbole du tertre primordial sur lequel s'est éveillé à l'aube des temps. Sur les trente-deux pharaons de cette époque, au moins vingt-six ont fait le choix de ce lieu. La plus ancienne tombe royale connue sur le site est celle de Thoutmôsis Ier (Tombe n°20), la dernière étant celle qui a été apprêtée pour Ramsès XI (Tombe n°4). Vers la fin, la vallée était percée par une soixantaine de tombes royales ou princières ce qui ne manqua pas de poser des problèmes de place et d’empiétement. Le choix du lieu de creusement revenait aux architectes et aux carriers. Ce choix était ensuite approuvé par le vizir et le pharaon. Une fois le lieu choisi, se déroulait un rituel de purification et de fondation par le creusement de quatre à cinq petits puits dans lesquels étaient déposés des offrandes (outils, vases, amulettes). Il n'existe pas deux tombes royales semblable. La taille d'une tombe n'est pas corrélée avec la longueur du règne même si des considérations de temps et de ressources ont pu entrer en jeu. Son plan dépend bien plus des notions théologiques élaborés par les prêtres pour le pharaon défunt car les textes et les scènes pariétales qui y figurent servent à son âme comme comme des guides sur les chemins de l'au-delà. La vie des ouvriers et artisans chargés de creuser puis décorer ces tombes est relativement bien documentée. Ceci grâce aux vestiges archéologiques de leur lieu d'habitation ; le village de Deir el-Médineh composé de près de soixante-dix maisons regroupées à l'intérieur d'un mur d'enceinte[245].

Temple des Millions d'années[modifier | modifier le code]

Article principal : Temple des millions d'années.

Après l'hypogée, le temple des millions d'années est le second élément architectural du culte funéraire des pharaons du Nouvel Empire égyptien. Chacun de ces temples a été édifié à la lisière du désert sur la rive occidentale de Thèbes dans une zone que les voyageurs grecs de l'Antiquité ont baptisée Memnonnia. Elle s'étend au pied de La Cime qui est la colline au sein de laquelle ont été creusées les tombes pharaoniques. S'ils avaient tous été conservés intacts, ces temples auraient constitués une rangée quasi ininterrompue depuis le temple de Séthi Ier à Gournah, au nord, jusque vers le temple de Ramsès III à Médinet Habou, au sud, en passant entre autres par les temples de Montouhotep II et Hatchepsout à Deir el-Bahari, le temple de Ramsès II (Ramesséum) et le temple d'Amenhotep III (Aménophium). L'état de conservation de ces édifices est très divers. L'Aménophium, le plus gigantesque, a très tôt disparu ; dès la période ramesside. Aujourd'hui, il n'en reste plus que les deux colosses de Memnon. Ceux de Séthi Ier et Ramsès II, sont très ruinés et le mieux conservé est celui de Ramsès III[246].

Le rôle des temples des millions d'années est avant tout funéraire. Dans les décors du saint des saints y sont évoquées les multiples formes de renaissance de Pharaon sous les aspects d'Osiris et de -Horakhty. Ces lieux servent cependant aussi à commémorer les victoires militaires et les tous les hauts-faits royaux car les dieux ont confié à Pharaon la charge de promouvoir l'ordre afin d'asseoir la Maât (harmonie cosmique et sociale). Ces temples sont, en outre, aussi consacrés au dieu Amon car les rois qui y sont honorés le sont en qualité d'invités de cette grande divinité. Chaque année au cours de la Belle fête de la vallée (2e mois de la saison de l'Inondation), les statues d'Amon et de Mout quittaient leurs temples de Karnak et se rendaient en procession dans la nécropole thébaine avec des arrêts dans chaque temple des millions d'années. Tous ces sanctuaires disposaient d'un important personnel de prêtres et de serviteurs et drainaient de considérables ressources en natures entreposées dans des greniers attenants[247].

Momies pharaoniques[modifier | modifier le code]

Articles connexes : TT320 et KV35.
rocher
Entrée de la cachette royale de Deir el-Bahari (TT320).

Les momies de la plupart des grands pharaons du Nouvel Empire sont parvenues jusqu'à nous. À la fin de la XXe dynastie débutent les premiers pillages des tombeaux de la Vallée des rois ; les pilleurs étant avide de s'emparer des bijoux précieux disposés entre les bandelettes des momies ou rangés dans des coffrets funéraires. Le phénomène s'accentue au début de la XXIe dynastie. Pour préserver les corps, les autorités de cette époque décident d'exhumer les dépouilles royales, de les regrouper puis de les cacher en des lieux secrets. Durant plusieurs millénaires, ces momies sont oubliées de tous. En 1871, les trois frères Mohamed, Ahmed et Soliman Abd el-Rassoul, habitants du village de Gournah, découvrent une de ces cachettes. Durant dix ans, ils profitent de cette aubaine et vendent discrètement des amulettes précieuses à de riches touristes. En 1878, l'égyptologue Gaston Maspero prend connaissance de ce trafic d'antiquités. Le 6 juillet 1881, après enquête de la police, les trois frères révèlent l'emplacement de la cachette située dans les rochers de Deir el-Bahari. Émile Brugsch est le premier scientifique à descendre dans la cachette royale, à l'origine une tombe creusée pour le grand-prêtre Pinedjem II. Dans un désordre indescriptible, il constate la présence d'une cinquantaine de momies dont celles des plus illustres pharaons des XVIIe, XVIIIe, XIXe et XXe dynasties ; Séqénenrê Taâ, Ahmôsis Ier, Amenhotep Ier, Thoutmôsis Ier, Thoutmôsis II, Thoutmôsis III, Ramsès Ier, Séthi Ier, Ramsès II, Ramsès III, Ramsès IX. Après un très rapide dégagement, les momies sont déposées à Louxor puis acheminées par bateau jusqu'au Caire où elles arrivent à la mi-juillet. Les années suivantes, elles sont étudiées par Gaston Maspéro et son équipe du Musée de Boulaq[248]. L'année 1898 est la date de la découverte d'une seconde cache. Après avoir procédé à des sondage de terrain dans la Vallée des rois, l'égyptologue Victor Loret découvre, le 6 mars, l'entrée de la tombe d'Amenhotep II. Il y constate la présence de la momie de son propriétaire ainsi que les corps de huit autres pharaons ; Thoutmôsis IV, Amenhotep III, Mérenptah, Séthi II, Siptah, Ramsès IV, Ramsès V, Ramsès VI. Dans les mois suivants ces deux découvertes, les momies ont été débandelettées et les mieux conservées exposées au public. Elles sont à présent conservées par le Musée égyptien du Caire. Certaines identifications effectuées par Maspéro sont maintenant controversées ; celle de Thoutmôsis Ier n'est probablement ainsi pas la bonne[249].

Trésor funéraire de Toutânkhamon[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Toutânkhamon et Tombeau de Toutânkhamon.
Howard Carter et un assistant égyptien occupés à nettoyer la momie du jeune pharaon

Le règne du pharaon Toutânkhamon a été court et peu glorieux (fin de la XVIIIe dynastie). Il monte sur le trône, très jeune, à l'âge de neuf ans et meurt précocement avant ses vingt ans. À l'occasion de ses funérailles, il bénéficie à l'instar des autres pharaons d'une tombe dans la Vallée des rois dotée d'un riche matériel funéraire. Dans les années suivantes, son tombeau a été visité par deux fois par les pilleurs de tombe. Mais le jeune souverain n'ayant pu imposer sa renommée à ses contemporains, sa tombe a cependant été très vite oubliée de tous. La redécouverte de ce tombeau quasiment inviolé remonte à novembre 1922 après plusieurs années de fouilles infructueuses conduites par Howard Carter et financées par Lord Carnarvon[250]. Le tombeau se présente comme un modeste hypogée avec un couloir en pente douce qui conduit vers quatre salles souterraines regorgeant de plus d'un milliers d’artéfacts ; trônes, fauteuils, lits funéraires et lits utilitaires, coffres, malles, boîtes, chars d'apparat et chars utilitaires, vaisselle, statues, statuettes, vêtements, oushebtis, etc[251]. Entre l'automne 1922 et l'hiver 1927, la sépulture est méticuleusement vidée de son contenu. L'ensemble des objets est à présent conservé par le Musée égyptien du Caire. Dans la chambre funéraire, la momie du pharaon repose dans trois cercueils anthropomorphes de taille croissante. Le tout est déposé dans un sarcophage de pierre de forme rectangulaire, long de 2,74 m sur 1,47 m de large. Ce dernier est lui-même protégé par une succession de trois chapelles en bois doré de taille dégressive, emboîtées les unes dans les autres ; la plus grande occupant presque tout l'espace de la chambre funéraire. Sur leurs parois, la décoration évoque des chapitres du Livre des Morts, du Livre de l'amdouat et du Livre de la vache du ciel[252].

Nécropole royale de Tanis[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Tanis et Nécropole royale de Tanis.
dessin par ordinateur
Essai de restitution du temple d'Amon à Tanis et de la nécropole royale (en bas à droite).

Durant la Troisième période intermédiaire, la ville de Tanis est la grande métropole de Basse-Égypte et le lieu de résidence des pharaons. Elle se présente comme comme la jumelle septentrionale de Thèbes avec ses grands temples consacrés à Amon, Mout et Khonsou. À cette époque, à la suite d'incessants pillages, la Vallée des rois est abandonnée. Aussi, c'est dans l'enceinte du temple d'Amon de Tanis que l'égyptologue français Pierre Montet, entre 1939 et 1946, a découvert les sépultures des pharaons des XXIe et XXIIe dynasties ; Psousennès Ier, Aménémopé, Siamon, Psousennès II, Sheshonq II, Takélot Ier, Osorkon II, Sheshonq III et Sheshonq IV. L'inclusion de la nécropole royale dans l'enceinte religieuse constitue une innovation qui caractérise le Ier millénaire av. J.-C. et l'on retrouve la même situation à Saïs pour les sépultures royales de la XXVIe dynastie[253].

La plupart des sépultures de Tanis ont été découvertes inviolées. La tombe de Psousennès Ier était intacte. Ce pharaon reposait dans un imposant sarcophage rectangulaire en granit rouge qui refermait un cercueil en granit noir de forme anthropomorphe. Dans ce dernier, la dépouille était placée dans un cercueil en argent massif ; lui aussi anthropomorphe. À cause de l'humidité du Delta du Nil, la momie a été trouvée très dégradée mais sur son visage était placé un masque en or. Il est le plus finement ouvragé de tous ceux découvert à Tanis mais est loin de soutenir la comparaison avec celui de Toutânkhamon, plus ancien[254].

Postérité[modifier | modifier le code]

Textes antiques[modifier | modifier le code]

Littérature égyptienne[modifier | modifier le code]

gribouillages égyptiens
Fac-similé du Papyrus Berlin 3022 avec le début du Conte de Sinouhé.

Un nombre appréciable de contes de l'Égypte antique ont été redécouverts depuis les débuts de l'égyptologie au milieu du XIXe siècle. Dans quelques uns de ces récits, Pharaon apparaît comme l'un des personnages. Il s'agit soit d'un souverain fictif ou anonyme soit un monarque historique dont le nom est entré dans la légende. Le Conte de Sinouhé daté de la XIIe dynastie est considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de cette littérature. Le personnage principal, Sinouhé fuit l'Égypte après le meurtre d'Amenemhat Ier lors d'un complot. Après avoir passé plusieurs année en exil chez des nomades, il revient au pays rappelé par Sésostris Ier qui lui accorde son pardon sur ses errements[255]. Les contes du Papyrus Westcar sont contemporain de cette époque. Le début est perdu, mais dans le reste qui nous est parvenu, le pharaon Khéops se fait narrer de prodigieuses histoires du passé par ses fils Khéphren, Baoufrê et Djédefrê[256]. Le Conte prophétique ou Prophétie de Néferti a une portée plus politique. Pour tromper son ennui, Snéfrou convoque auprès de lui le sage Néferti pour lui prédire l'avenir du pays. Ce dernier lui décrit une nation bouleversée par les troubles, les invasions et les dissensions. Il rassure toutefois le souverain en annonçant l'avènement d'Amény, un pharaon sauveur ; sans doute Amenemhat Ier. Ce sombre tableau est généralement interprété comme une description de la chaotique Première période intermédiaire égyptienne[257]. Dans le Conte des deux frères rédigé au milieu de la période ramesside, le héros Bata combat un pharaon anonyme qui a organisé le rapt de sa compagne[258]. De la même époque date le conte du Prince prédestiné dont la fin est malheureusement perdue. Un pharaon sans héritier, obtient un fils après une prière adressée aux dieux. Les Sept Hathor révèlent toutefois qu'une malédiction mortelle plane sur le jeune prince. Anxieux, le pharaon enferme l'enfant dans une maison en plein désert. Le prince parvient toutefois à convaincre son père de le laisser partir au loin afin d'accomplir son destin[259].

Chroniques bibliques[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Royaume de Juda et Liste des rois d'Israël.
livre posé sur une table
La Sainte Bible.

Dans la Bible, les annales juives de l'Ancien Testament mentionnent plusieurs pharaons historiques de la Troisième période intermédiaire et de la Basse époque égyptienne (première moitié du Ier millénaire av. J.‑C.). Le pharaon libyen Sheshonq Ier (XXIIe dynastie) apparaît sous les noms de Sesaq ou Shishak. Dans le Premier livre des Rois (11, 40), il accueille Jéroboam, un serviteur rebelle de Salomon. Après la mort de ce dernier, Jéroboam retourne en Juda mais en conflit avec Roboam, fils de Salomon, il fonde le Royaume d'Israël (ou Samarie). D'après le Deuxième livre des Chroniques (12, 1-16), ce même Sheshonq profite de la désunion juive et monte un raid guerrier contre Roboam, fils de Salomon. Il assiège Jérusalem et parvient à acheter la paix en se faisant livrer les trésors cultuels du Temple à l'exception de l'Arche d'alliance. Après ce haut-fait, le pharaon s'attaque à Jéroboam, son ancien protégé qui prend la fuite vers la Jordanie. L'archéologie confirme ce raid guerrier car Shesonq s'est arrêté à Megiddo où il fit ériger une stèle commémorative proclamant sa victoire[260]. D'après le Deuxième livre des Rois (17, 1-6), Osée, le dernier roi d'Israël, a tenté de s'allier avec le pharaon So pour affranchir son pays de la tutelle assyrienne. Les documents égyptiens ne mentionnent pas de pharaon So mais il s'agit peut-être d'un diminutif du prénom Osorkon, en l'occurrence celui d'Osorkon IV. Le nom de Taharqa de la XXVe dynastie apparaît dans le Deuxième livre des Rois (19, 9) et le Livre d'Isaïe (37, 9) à propos de sa guerre contre l'Assyrie de Sennacherib[261]. Nékao II de la XXVIe dynastie est présenté dans le Deuxième livre des Rois (23, 29) et le Deuxième livre des Chroniques (35, 20-25) comme le responsable de la mort Josias, seizième roi de Juda, lors de la Bataille de Megiddo en 609 av. J.-C[262].

Mythes et légendes grecques[modifier | modifier le code]

Voir aussi : Histoire : Livre second - Euterpe sur Wikisource.
vase décoré
Héraclès tuant le roi égyptien Busiris - vers 470 av. J.-C. - Musée national archéologique d'Athènes.

Un épisode du mythe d'Héraclès (Hercule) se déroule en Égypte à l'époque du règne de Busiris[n 18], un pharaon imaginaire présenté comme le fils de Poséidon. Pour éloigner la famine de son royaume, Busiris sacrifie chaque année à Zeus un étranger de passage. Une année, Busiris capture Héraclès mais ce dernier se libère de ses liens et tue le roi et un grand nombre d'Égyptiens devant l'autel sacrificiel[263]. Au Ve siècle av. J.-C., l'historien grec Hérodote est le premier à prendre du recul face à ce mythe qu'il perçoit comme une sottise ; les Égyptiens ne sacrifiant pas les humains (Euterpe, XLV). À propos des souverains égyptiens, le même auteur insère, sans trop y croire, des épisodes légendaires aux faits historiques. Il s'attarde longuement à narrer le conte de Rhampsinite « Ramsès fils de Neith », un roi possesseur d'un grand trésor mais dévalisé à plusieurs reprises par un astucieux voleur (Euterpe, CXXI). Hérodote continue en affirmant que ce même Rhampsinite descendit vivant dans les Enfers auprès de Deméter et que depuis lors les prêtres égyptiens commémorent cet épisode par une fête annuelle (Euterpe, CXXII)[n 19]. Le successeur de Rhampsinite serait le tyrannique Khéops qui causa la ruine du pays en obligeant 100 000 hommes à participer à la construction de sa pyramide. Manquant d'argent, Khéops aurait obligé sa propre fille à se prostituer (Euterpe, CXXIV-CXXVI). Khéphren aurait été tout aussi retors, contrairement à Mykérinos plus soucieux de justice (Euterpe, CXXIX). L'historien grec poursuit son exposé en évoquant des souverains plus proche de son époque tels Amyrtée, Psammétique Ier et Shabaka[264]. Bien plus tardif est le Roman d'Alexandre dont la première version connue, celle du Pseudo-Callisthène, remonte aux environs du IIIe siècle de notre ère. Au commencement de ce recueil de légendes, le conquérant Alexandre le Grand est présenté comme le fils bâtard du pharaon Nectanébo en exil en Macédoine depuis sa défaite contre les Perses. La reine Olympias, stérile, craint d'être répudiée par son mari Philippe II. Devenu mage et astrologue, Nectanébo annonce à la reine que le dieu Ammon lui donnera un fils lors d'une rencontre théogamique. Il se fait passer pour le dieu et engendre Alexandre[265]. Très prisé dans l'Europe du Moyen Âge, le roman se voit amputé de cet épisode dans ses versions en Ancien français. Pour les auteurs médiévaux, la bâtardise d'Alexandre n'est qu'une calomnie diabolique visant à salir la réputation d'Olympias[266].

Pharaon de l'Exode[modifier | modifier le code]

Traversée de la Mer Rouge[modifier | modifier le code]

Le plus fameux des pharaons bibliques est celui qui, dans le Livre de l'Exode, s'oppose à Yahweh dont la volonté est de faire sortir les Hébreux hors d'Égypte sous la conduite de Moïse et Aaron. Depuis une famine survenue du temps des patriarches Jacob et Joseph, les Enfants d'Israël sont installés dans le pays de Goshen situé dans le nord-est de l'Égypte (Livre de la Genèse chap. 37-50). Depuis lors, Pharaon, dans la crainte d'un soulèvement armé de leur part, les a réduit en esclavage en les faisant durement participer à l'édification des villes de Pithom et Pi-Ramsès. Adopté par la princesse Bithiah, fille de Pharaon, Moïse est élevé en prince égyptien. Un jour, voyant un contremaître égyptien frapper un Hébreu, il tue l'Égyptien et prend la fuite vers le pays de Madian. Sur le Mont Horeb, dans un buisson ardent, Dieu ordonne à Moïse de retourner en Égypte et de délivrer les Hébreux de ses oppresseurs. Après bien des hésitations, Moïse se présente devant Pharaon afin de le persuader de laisser les Hébreux quitter l’Égypte. Après dix terribles plaies, Pharaon consent à les libérer. Très vite, il se repend de les avoir laissé partir et monte une armée pour les rattraper[267] :

gloub, gloub, dans une panique extrême, le égyptiens se noient.
Frederick Arthur Bridgman - « L'armée de Pharaon engloutie par la Mer Rouge » - peinture à l'huile - 1900.

« On annonça au roi d’Égypte que le peuple avait pris la fuite. Alors le cœur de Pharaon et celui de ses serviteurs furent changés à l’égard du peuple. Ils dirent : Qu’avons-nous fait, en laissant aller Israël, dont nous n’aurons plus les services ? Et Pharaon attela son char, et il prit son peuple avec lui. Il prit six cents chars d’élite, et tous les chars de l’Égypte ; il y avait sur tous des combattants. L’Éternel endurcit le cœur de Pharaon, roi d’Égypte, et Pharaon poursuivit les enfants d’Israël. Les enfants d’Israël étaient sortis la main levée. Les Égyptiens les poursuivirent ; et tous les chevaux, les chars de Pharaon, ses cavaliers et son armée, les atteignirent campés près de la mer, vers Pi Hahiroth, vis-à-vis de Baal Tsephon. Pharaon approchait. Les enfants d’Israël levèrent les yeux, et voici, les Égyptiens étaient en marche derrière eux. Et les enfants d’Israël eurent une grande frayeur, (...). Moïse étendit sa main sur la mer. Et l’Éternel refoula la mer par un vent d’orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. Les enfants d’Israël entrèrent au milieu de la mer à sec, et les eaux formaient comme une muraille à leur droite et à leur gauche. Les Égyptiens les poursuivirent ; et tous les chevaux de Pharaon, ses chars et ses cavaliers, entrèrent après eux au milieu de la mer. (...) Moïse étendit sa main sur la mer. Et vers le matin, la mer reprit son impétuosité, et les Égyptiens s’enfuirent à son approche ; mais l’Éternel précipita les Égyptiens au milieu de la mer. Les eaux revinrent, et couvrirent les chars, les cavaliers et toute l’armée de Pharaon, qui étaient entrés dans la mer après les enfants d’Israël ; et il n’en échappa pas un seul. (...) »

— Passage de la mer Rouge, extraits du chap. 14 du Livre de l'Exode.
Traduction de Louis Segond[268].

Tradition juive alternative[modifier | modifier le code]

Comme son nom l'indique, la Bible (du grec ancien βιϐλία « les livres ») est une compilation de différents écrits. Au cours du temps, certains livres n'ont plus été considérés comme digne d'y figurer et ont été retranchés. De ceux-là, certains sont encore mentionnés par les livres subsistants. Le Livre de Josué (10, 13) et le Deuxième livre de Samuel (1, 18) évoquent ainsi le Livre du Juste ou Sepher Haiyaschar. Dans son état actuel, le Livre du Juste se présente comme un apocryphe biblique qui raconte à sa manière l'histoire du peuple hébreux durant les époques de la Genèse et de l'Exode. Le récit se présente comme une chronique historique et se compose de deux éléments distincts ; de probables fragments de l'ancien et véritable Livre du juste et des ajouts ultérieurs en langue rabbinique du Moyen Âge central. Les Saintes Écritures passant sous silence certains faits historiques ou anecdotes au sujets des premiers prophètes, le Livre du Juste tente d'apporter certains éclairages sur un grand nombre de passages du Pentateuque jugés peu satisfaisants ou lacunaires[269].

Le passage de la Mer Rouge d'après une fresque de la Synagogue de Doura Europos - IIIe siècle - Syrie.

Le récit biblique de l'Exode s'intéresse peu à Pharaon en tant qu'individu. Il est avant tout le symbole de la puissance égyptienne qui doit s'incliner devant la toute puissance du Dieu de Moïse. Tout au contraire, le Livre du Juste, s'efforce de mieux caractériser et individualiser les souverains égyptiens. La 32e année de la présence des Hébreux en Égypte, lorsque Joseph est âgé de 71 ans, meurt le Pharaon qui l'a accepté à sa cour. Lui succède son fils, le pharaon Magron ; Joseph continue cependant à gouverner l'Égypte avec sagesse[270]. Joseph meurt à l'âge de 110 ans après avoir passé 93 ans en Égypte dont 80 ans en tant que vice-roi. À cette date, Pharaon prend l'essentiel du pouvoir et commence à réduire les Hébreux en esclavage[271]. La 102e année de la présence des juifs, le pharaon Magron meurt et son fils Molal, âgé de 26 ans, lui succède. Son règne dure 94 ans. Selon les desseins de Dieu, les Égyptiens ne cessent d'opprimer les Hébreux[272]. Pour se venger de la cruauté du pharaon Molal, Dieu envoie sur lui la maladie de la lèpre. Couvert de plaies de la tête aux pieds, Pharaon voit ses magiciens lui prescrire un remède composé du sang frais de petits enfants Hébreux ; 175 enfants sont égorgés durant les 10 années que dure la maladie. Aigri et désirant se rendre à Goshen pour réprimer les Hébreux, le pharaon Molal se blesse durement dans un accident de char. Après trois années d'atroces souffrance, il meurt et son corps putride est enseveli à la hâte sans momification[273]. La 206e année de la présence des juifs en Égypte, le pharaon Adica monte sur le trône à la suite de son père Malol. Lorsqu'il devient roi, il est âgé de 13 ans. Ce pharaon est celui de l'Exode. La traversée de la Mer Rouge se passe durant sa quatrième année de règne. Adica est présenté comme un homme intelligent et rusé. Il est cependant petit et fort laid ; sa barbe lui descendant jusqu'aux chevilles[274]. Le récit canonique de l'Exode est très vague quant au destin de Pharaon lors de la submersion de l'armée égyptienne dans les eaux de la mer. Le Livre du Juste est on ne peut plus limpide :

« Pharaon fit donc atteler son char de guerre, et ne laissant dans le pays que les femmes et les enfants, il fit marcher avec lui tous les hommes, au nombre d'un million de combattants. Et il atteignit Israël campé sur la mer Rouge. Les enfants d'Israël en levant les yeux virent que toute l'Égypte arrivait sur eux, et ils eurent grand'peur, et ils invoquèrent Jéhova. (...) Moïse se mit ensuite lui-même en prière; mais Jéhova lui dit: Que fais-tu? Ce n'est pas le moment de m'invoquer. Commande aux enfants d'Israël de marcher. Pour toi, étends ta verge sur la mer, et divise-la afin que les enfants d'Israël passent au milieu d'elle à pied sec. Moïse ayant étendu sa verge sur la mer, ses flots se partagèrent en douze voies dans lesquelles les tributs des enfants d'Israël passèrent avec leurs chaussures sèches, ainsi qu'un homme qui chemine sur une route pavée. Quand les enfants d'Israël furent entrés dans la mer, les Égyptiens les y suivirent; mais les flots retombèrent sur eux, et ils furent tous noyés. Pharaon seul échappa du désastre général, parce qu'il rendit gloire à Jéhova, et crut en lui. Jéhova envoya un ange qui le retira du milieu des Égyptiens flottants dans l'eau, et le jeta sur la terre de Ninive. Il devint roi de ce pays et y régna longtemps »

— Pharaon sauvé par un ange. Livre du Juste (extraits). Traduction de Paul Drach[275].

Récit coranique[modifier | modifier le code]

Articles principaux : Coran et Moussa.

Selon la croyance musulmane, le Coran regroupe les paroles d'Allah révélées au prophète Mahomet par l'archange Gabriel entre les années 610 et 632 de l'ère commune. Mis par écrit après la mort du prophète, cette révélation se divise en 114 sourates de longueur très inégale. Si le Coran reconnaît l'origine divine de l'ensemble des livres sacrés du judaïsme et du christianisme (Sourate 2, 129-135), il considère toutefois qu'ils sont, dans leurs interprétations actuelles, le résultat d'une falsification partielle (Sourate 5, 13-21)[276]. Dans ce cadre et du fait de sa proximité avec Dieu, le prophète Moïse (sous le nom de Moussa) est l'un des personnages les plus souvent cité dans le Coran. Le Pharaon de l'Exode y est présenté comme l'adversaire obstiné de Dieu et Moïse. Son comportement vil, tyrannique et hautain en fait le symbole du mécréant. Dans la Sourate 28, Pharaon se gargarise de sa puissance « S'adressant alors aux dignitaires, Pharaon dit : « Vous n’avez pas, que je sache, un autre dieu que moi ! Et toi, Hâmân, fais-moi cuire des briques et construis-moi une tour pour que je monte jusqu'au Dieu de Moïse ! Je suis certain que Moïse est un imposteur »[277]. La noyade des Égyptiens dans la Mer Rouge est évoquée par deux fois. Dans la Sourate 8, il s'agit d'un châtiment résultant de leur impiété : « Et il en fut de même des gens de Pharaon, ainsi que de ceux qui avaient auparavant renié les signes de leur Seigneur et que Nous avons fait périr en punition de leurs péchés. Et Nous avons fait engloutir les gens de Pharaon, car ils ont été tous coupables »[278]. Dans la Sourate 10, Pharaon voyant venir la mort par noyade se soumet in-extremis à la puissance véritable de Dieu. Mais son repentir de mourant ne le sauva pas car Dieu jugea sa conversion trop tardive. Il préserva toutefois son corps. Selon le commentateur Abdullah ibn Abbas, cousin et compagnon de Mahomet, les Hébreux doutant de la mort de Pharaon, Dieu envoya Gabriel tirer son corps hors des eaux afin de l'exposer à leurs yeux en guise de preuve de sa puissance[279] :

« Nous fîmes alors à Moïse et à son frère cette révélation : «Prenez pour votre peuple en Égypte des demeures. Faites-en des lieux de culte. Observez la prière et annoncez la bonne nouvelle aux fidèles.» Et Moïse d’implorer : « Seigneur ! Tu as gratifié Pharaon et ses notables de faste et de grandes richesses en ce monde, qu’ils emploient, Seigneur, pour s’écarter davantage de Ta Voie. Seigneur ! Anéantis leurs richesses et endurcis leurs cœurs, afin qu’ils ne croient qu’au moment où ils seront en face du terrible châtiment ». – « Votre vœu est exaucé, répondit le Seigneur. Suivez le droit chemin, ton frère et toi ! Ne vous laissez pas entraîner par ceux qui ne savent pas ! » Nous fîmes franchir la mer aux fils d’Israël. Pharaon et son armée se lancèrent à leur poursuite par haine et par iniquité, jusqu'au moment où Pharaon, débordé par les flots, s’écria : « Oui, je reconnais qu’il n’y a d’autre dieu que Celui en qui croient les fils d’Israël, et me soumets totalement à Lui ». – « C’est maintenant que tu te soumets, lui dit le Seigneur, alors que naguère tu désobéissais et tu te solidarisais avec les corrupteurs ? Aujourd'hui, Nous allons épargner ton corps afin que tu serves d’exemple à tes successeurs, bien que la plupart des hommes restent indifférents à Nos signes ! »

— Le Noble Coran (Sourate 10, 87-92). Traduction par Mohamed Chiadmi[280].

Moïse contre Ramsès II, un mythe moderne[modifier | modifier le code]

Pharaon d'opérette
Yul Brynner dans le rôle de Ramsès II - Les Dix Commandements - 1956.

Durant tout le XXe siècle, de nombreux scientifiques (historiens, biblistes, théologiens, exégètes) ou même de simples autodidactes ont tenté de cerner la véracité historique de la sortie hors d'Égypte du peuple hébreux. Dans le Livre de l'Exode, le nom du souverain égyptien, contemporain de Moïse, n'est pas mentionné. Anonyme, il n'est désigné que par le terme « Pharaon » ou par l'expression équivalente de « roi d'Égypte ». L'identité de ce personnage a été l'objet de nombreuses spéculations de la part de ceux qui se représentent l'Exode comme un événement réel. Les principaux souverains du Nouvel Empire égyptien ont tour à tour été mis en avant comme candidat ; Ahmôsis Ier, Thoutmôsis III, Aménophis II, Amenhotep IV, Aÿ, Ramsès II, Mérenptah (liste non exhaustive). Pour chacun de ces candidats de nombreux arguments permettent de conclure par la négative. Prenant le contre-pied de ces hypothèses, l'égyptologue allemand Rolf Krauss a tenté de démontrer que l'obscur pharaon Amenmes a été à l'origine du personnage de Moïse[281]. Dans la culture populaire, Ramsès II est largement identifié au Pharaon de l'Exode et est présenté comme l'adversaire de Moïse et de son Dieu. Dans les faits, aucun document historique ou archéologique (tant égyptien qu'israélite), ne vient corroborer cette thèse. Ce lieu commun est malgré tout entretenu par les moyens de la culture de masse d'origine nord-américaine. Sans doute s'agit-il, consciemment ou non, de donner à Moïse un adversaire prestigieux et ainsi renforcer auprès du grand public sa stature prophétique[282]. En 1923, Cecil B. DeMille réalise pour la Paramount Pictures Les Dix Commandements, un film muet épique, où Moïse (Theodore Roberts) affronte Ramsès II (Charles de Rochefort). En 1956, ce même réalisateur livre un remake spectaculaire, lui aussi nommé Les Dix Commandements où les mêmes adversaires sont respectivement incarné par Charlton Heston et Yul Brynner. Ce même affrontement est dépeint en 1998 dans Le Prince d'Égypte, un long-métrage d'animation réalisé par les studios DreamWorks. En 2000-2002, une comédie musicale française écrite par Élie Chouraqui et Pascal Obispo s'inscrit dans la lignée en s'attribuant le titre des Dix Commandements. En 2014, le film Exodus: Gods and Kings réalisé par Ridley Scott pérennise à son tour ce mythe moderne et l'on voit l'acteur Joel Edgerton jouer le rôle du pharaon Ramsès contre le prophète incarné par Christian Bale.

Figure archétypale[modifier | modifier le code]

page d'une bible
Le passage de la Mer Rouge - illustration d'une bible arménienne du XIIIe siècle.

La vie de Moïse, telle qu'elle est racontée par le Pentateuque, a été mise par écrit pour la première fois durant les VIIIe et VIIe siècles av. J.-C., soit durant la domination de l'Assyrie sur le Proche-Orient ancien. Le récit n'a pas été écrit en un seul trait mais est le résultat de la mise en commun de plusieurs influences et interprétations. La naissance de Moïse et son abandon dans une corbeille lancée sur le Nil s'inspire de la naissance légendaire du roi Sargon d'Akkad. La sortie d'Égypte s'est probablement construite sur le vieux souvenir de l'expulsion des sémites Hyksos (vers 1540 av. J.-C.) et sur la présence de nomades sémites (entres autres Hapirou et Shasou) en Canaan et en Basse-Égypte durant le Nouvel Empire[283]. Le Pharaon de l'Exode est anonyme et rien n'empêchait les auteurs bibliques de lui donner un nom. Selon le théologien Thomas Römer, ce fait montre que les auteurs juifs ont voulu se placer sur le plan mythique et non pas historique[284]. Il est donc vain d'identifier ce personnage à un pharaon ayant vécu. Le Pharaon de l'Exode est une figure archétypale ; le représentant arrogant d'un mode de vie égyptien basé sur le polythéisme mais qui doit finalement s'incliner devant la puissance du Dieu unique des Enfants d'Israël[285]. Le passage à travers une étendue d'eau est un lieu commun des récits légendaires[286]. Dans la Bible, le même miracle se reproduit lorsque Josué, successeur de Moïse, ordonne le passage du fleuve Jourdain ; les eaux se coupent devant les porteurs de l'Arche d'alliance et tous traversent à pied sec (Livre de Josué : 3, 5-17)[287]. Les eaux se retirent miraculeusement devant Alexandre le Grand lorsqu'il se présente devant la Mer de Pamphylie (ancien nom de la baie d'Antalya)[n 20]. Après un sacrifice humain, l'impénétrable marécage du Sudd s'ouvre devant le roi africain Nyikang dans sa migration vers un nouveau royaume (légende du peuple Shilluk)[288]. Selon l'égyptologue Sydney Aufrère, la noyade de Pharaon et son son armée est une amplification d'un thème égyptien qui apparaît de-ci, de-là dans la littérature égyptienne. Dans le Conte des deux frères (XIXe dynastie), lorsque Anubis veut tuer son frère Bata, un berger destiné à devenir pharaon, Rê intervient et sépare les deux rivaux en faisant apparaître une grande étendue d'eau[289]. Dans l'un des contes du Papyrus Westcar (Moyen Empire), lorsque une concubine du pharaon Snéfrou fait tomber une pendeloque dans un lac, un magicien pose une moitié des eaux sur l'autre moitié afin de pouvoir aller à pied sec chercher le bijou et le rendre à sa propriétaire. Finalement, le magicien remet les eaux en leur premier état[290]. Dans le Conte de Setné Khâemouaset (époque ptolémaïque), un magicien jette du sable dans le Nil et les flots s'ouvrent afin de laisser voir un écrit magique. Selon la légende de la pharaonne Nitokris, elle se serait vengée du meurtre de son frère en noyant ses ennemis dans des flots d'eau au cours d'un banquet. En fin de compte, l'engloutissement de la charrerie de Pharaon dans la Mer Rouge est le retournement de l'un des motifs favoris de la propagande pharaonique, celui qui fait voir Pharaon debout sur son char et terrassant seul contre tous une armée entière[291].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Péplums[modifier | modifier le code]

Article principal : Péplum.

Le péplum est un genre cinématographique de fiction historique dont l'action se déroule dans l'Antiquité dans des décors restituant plus ou moins fidèlement l'Empire romain, la Grèce antique ou l'Égypte antique. De nombreux films se sont attachés à faire revivre les pharaons célèbres. Il n'est pas lieu ici de les citer tous. Comme évoqué plus haut, dans les films s'inspirant de la Bible, l'affrontement entre Moïse et Pharaon est régulièrement mise en scène comme dans Les Dix Commandements (1956) ou dans Exodus: Gods and Kings (2014). L'origine de la présence des juifs en Égypte est quant à elle évoquée dans une production italo-yougoslave de 1960 ; L'Esclave du pharaon qui restitue la vie du patriarche Joseph ; un esclave vendu par ses frères devenu le puissant conseiller du pharaon.

En 1954, le film américain L'Égyptien (The Egyptian) de Michael Curtiz adapte librement le roman Sinouhé l'Égyptien de l'écrivain finlandais Mika Waltari paru en 1945. Fils de médecin, Sinouhé (Edmund Purdom) est recueilli par ses parents alors que nouveau-né il dérivait dans une barque sur le Nil, puis médecin lui-même il officie dans un quartier pauvre de la ville. Bien que de condition modeste, il devient l'ami et le médecin du très pacifique pharaon Akhénaton (Michael Wilding), ainsi qu'avec l'ambitieux et fougueux Horemheb (Victor Mature), général et futur pharaon[292].

En 1955, La Terre des pharaons (Land of the Pharaohs) de Howard Hawks, tourné en CinémaScope, relate l’épopée de la construction titanesque de la pyramide de Khéops. Ce dernier est joué par le britannique Jack Hawkins et est présenté comme un despote mégalomane. Ce film s'est avéré être un échec commercial et artistique. Avec le recul, il vaut surtout pour quelques unes de ses reconstitutions tel le long panoramique qui montre l'étendue des carrières où des milliers de figurants - jusqu'à 12 000 - travaillent à ériger le tombeau de pharaon[293].

Sorti en 1966, Le Pharaon (Faraon) est un péplum polonais réalisé par Jerzy Kawalerowicz, tiré du roman homonyme de Bolesław Prus publié en 1897. L'action se déroule à la fin de la période ramesside dans une Égypte antique en déliquescence. L'action décrit les manipulations des hauts-prêtres conservateurs à l'encontre du nouveau monarque Ramsès XIII (pharaon fictif joué par Jerzy Zelnik), jugé trop progressiste à leurs yeux, et qu'ils finiront par éliminer en jouant de la crédulité populaire. Le pouvoir communiste de l'époque, en finançant le film, invitait à y voir une métaphore de sa propre situation face à la puissante Église catholique polonaise[294].

Romans historiques[modifier | modifier le code]

image d'un homme en pleine discussion
Christian Jacq - Salon du Livre de Paris - 2013.

L'Égypte antique et sa culture ont très tôt inspiré les auteurs de fiction. Le Séthos de Jean Terrasson (1670-1750) a connu au XVIIIe siècle un réel succès d'édition et a popularisé la notion de « mystères égyptiens ». À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, avec le développement de l'égyptologie et la redécouverte des pharaons, des romanciers ont imaginé des fictions avec pour toile de fond un épisode (parfois majeur) de l'Histoire pharaonique. Dans ce genre littéraire, sont généralement mêlés des événements et des personnages réels et fictifs. L'intrigue s'efforce d'apparaître vraisemblable en regard de la vérité historique et l'auteur s'appuie quelques fois sur une importante documentation. En 1939, l'Égyptien Naguib Mahfouz (1911-2006) met sa poésie au service du conte pharaonique La Malédiction de Râ qui se déroule sous le règne de Khéops. En 1943, L'Amante du pharaon a pour personnage principal la courtisane Rhodopis de laquelle s'éprend le jeune pharaon Mérenrê II. En 1974, l'auteure Andrée Chedid (1920-2011) publie Néfertiti et le Rêve d'Akhnaton : Les Mémoires d'un scribe. L'égyptologue et romancier Christian Jacq (né en 1947) a quasiment exploité toutes les époques égyptiennes ; La Reine Soleil (1988) décrit le couple formé par Toutânkhamon et Ânkhésenpaaton, les cinq tomes de Ramsès (1995-1996) constituent une biographie romancée du fougueux Ramsès II, Le Pharaon noir (1997) relate les luttes de Piankhy contre les princes lybiens, les trois tomes de La Reine liberté (2001-2002) relate l'expulsion des Hyksos, en quatre tomes Les Mystères d'Osiris (2003-2004) narrent des intrigues sous le règne de Sésostris III, les trois tomes de Et l'Égypte s'éveilla (2010-2011) montre la formation du royaume égyptien sous la conduite de Narmer, tandis que Imhotep, l'inventeur de l'éternité (2011) est une biographie fictive du concepteur de la pyramide de Djéser[295]. Il est aussi possible de signaler les ouvrages du romancier Guy Rachet (né en 1930), passionné d'archéologie et d'égyptologie ; en deux tomes Les Vergers d'Osiris (1981) montre une action situé à la fin de la période ramesside, les cinq tomes du Roman des Pyramides (1997-1998) se déroulent sous la IVe dynastie durant les règnes des constructeurs des pyramides de Gizeh (Khéops, Khéphren et Mykérinos) et Les larmes d'Isis en trois tomes (2006-2007) sous l'occupation des pharaons Hyksos[296].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Adam et Christiane Ziegler, Les pyramides d'Égypte, Paris, Hachette Littérature,‎ , 213 p. (ISBN 2702825796)
  • Zahi Hawass (dir.), Trésors des Pyramides, Vercelli (Italie), White Star,‎ (réimpr. 2011), 416 p. (ISBN 9788861123823)
  • Kent R. Weeks (dir.), La Vallée des rois, Paris, Gründ,‎ , 434 p. (ISBN 9782700021547)

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

  • Maria Carmela Betrò, Hiéroglyphes : Les mystères de l'écriture, Paris, Flammarion,‎ , 251 p. (ISBN 2-08-012465-X)
  • Yvonne Bonnamy et Ashraf Sadek, Dictionnaire des hiéroglyphes, Arles, Actes Sud,‎ , 986 p. (ISBN 978-2-7427-8922-1)
  • Jean-Pierre Corteggiani (ill. Laïla Ménassa), L'Égypte ancienne et ses dieux, dictionnaire illustré, Paris, éditions Fayard,‎ , 589 p. (ISBN 978-2-213-62739-7)
  • Maurizio Damiano-Appia, L'Égypte. Dictionnaire encyclopédique de l'Ancienne Égypte et des civilisations nubiennes, Paris, Gründ,‎ , 295 p. (ISBN 2700021436)
  • (en) Alan Henderson Gardiner, Egyptian Grammar, Oxford University Press,‎
  • Michel Dessoudeix, Chronique de l'Égypte ancienne : Les pharaons, leur règne, leurs contemporains, Actes Sud,‎ , 780 p. (ISBN 9782742776122)
  • Jean Leclant (directeur), Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, PUF,‎ (réimpr. 2011), 2390 p. (ISBN 9782130589853)
  • Guy Rachet, Dictionnaire de la Civilisation égyptienne, Paris, Larousse-Bordas,‎ , 268 p. (ISBN 2702815588)
  • Pascal Vernus et Jean Yoyotte, Dictionnaire des pharaons, Paris, Éditions Noêsis,‎ (réimpr. 1998), 226 p. (ISBN 2702820018)

Biographies des grands pharaons[modifier | modifier le code]

(classement par ordre chronologique des règnes)

  • Michel Baud, Djéser et la IIIe dynastie, Paris, Pygmalion,‎ (réimpr. 2007), 302 p. (ISBN 9782756401478)
  • Nathalie Favry, Sésostris Ier et le début de la XIIe dynastie, Paris, Pygmalion,‎ , 380 p. (ISBN 9782756400617)
  • Pierre Tallet, Sésostris III et la fin de la XIIe dynastie, Paris, Pygmalion,‎ , 332 p. (ISBN 2857048513)
  • Christophe Barbotin, Âhmosis et le début de la XVIIIe dynastie, Paris, Pygmalion,‎ , 295 p. (ISBN 9782857048602)
  • Joyce Tyldesley, Hatshepsout : La femme pharaon, Monaco, Éditions du Rocher,‎ , 289 p. (ISBN 9782268025162)
  • Christiane Desroches Noblecourt, La Reine mystérieuse Hatchepsout, Paris, Pygmalion,‎ , 502 p. (ISBN 2702870783)
  • Florence Maruéjol, Thoutmosis III et la corégence avec Hatchepsout, Paris, Pygmalion,‎ , 478 p. (ISBN 9782857048947)
  • Agnès Cabrol, Amenhotep III le magnifique, Monaco, Le Rocher,‎ , 536 p. (ISBN 2268035832)
  • Dimitri Laboury, Akhénaton, Paris, Pygmalion,‎ , 477 p. (ISBN 9782756400433)
  • Christiane Desroches Noblecourt, Toutânkhamon, vie et mort d'un pharaon, Paris, Pygmalion,‎ (réimpr. 1988), 312 p. (ISBN 2857040121)
  • Aude Gros de Beler, Toutânkhamon, Paris, Molière / GLM,‎ , 133 p. (ISBN 2702843425)
  • Madeleine Della Monica, Horemheb général pharaon, Paris, Maisonneuve et Larose,‎ , 151 p. (ISBN 2706814683)
  • Collectif, « Horemheb : Grand serviteur de l'État et pharaon », Égypte, Afrique et Orient, Montségur,‎ (ISSN 12769223)
  • Julie Masquelier-Loorius, Séthi Ier et le début de la XIXe dynastie, Paris, Pygmalion,‎ , 489 p. (ISBN 9782756400587)
  • Christiane Desroches Noblecourt, Ramsès II, la véritable histoire, Paris, Pygmalion,‎ , 426 p. (ISBN 285704481X)
  • Colette J. Manouvrier, Ramsès le dieu et les dieux ou la théologie politique de Ramsès II, Lille, Diffusion ANRT,‎ , 745 p. (ISBN 9782729515454, présentation en ligne)
  • Claude Obsomer, Ramsès II, Paris, Pygmalion,‎ , 558 p. (ISBN 9782756405889)
  • Frédéric Servajean, Mérenptah et la fin de la XIXe dynastie, Paris, Pygmalion,‎ , 399 p. (ISBN 9782756409917)
  • Pierre Grandet, Ramsès III, histoire d'un règne, Paris, Pygmalion,‎ , 419 p. (ISBN 2857044089)

Études[modifier | modifier le code]

  • Jan Assmann, Maât, l'Égypte pharaonique et l'idée de justice sociale, Fuveau, La Maison de Vie,‎ , 173 p. (ISBN 2909816346)
  • Jan Assmann (trad. Nathalie Baum), Mort et au-delà dans l'Égypte ancienne [« Tod und Jenseits im alten Ägypten »], Monaco, Éditions du Rocher, coll. « Champollion »,‎ , 684 p. (ISBN 2-268-04358-4)
  • Sydney H. Aufrère, Pharaon foudroyé : Du mythe à l'histoire, Gérardmer, Pages du Monde,‎ , 365 p. (ISBN 9782915867312)
  • Michel Baud, Famille royale et pouvoir sous l'Ancien Empire égyptien, IFAO,‎ (réimpr. 2005) (ISBN 9782724702484)
  • Marie-Ange Bonhême et Annie Forgeau, Pharaon : Les secrets du Pouvoir, Paris, Armand Colin,‎ , 349 p. (ISBN 2200371209)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Peter A. Clayton (trad. Florence Maruéjol), Chronique des Pharaons : L'histoire règne par règne des souverains et des dynasties de l'Égypte ancienne, Casterman,‎ , 224 p. (ISBN 2203233044)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Collectif, « Aspects de l'idéologie royale égyptienne », Égypte, Afrique et Orient, Montségur, Centre d'égyptologie, no 74,‎ (ISSN 12769223)
  • Sylvie Cauville, L'offrande aux dieux dans le temple égyptien, Paris-Leuven (Belgique), Peeters,‎ , 291 p. (ISBN 9789042925687)
  • Christiane Desroches Noblecourt, La Femme au temps des Pharaons, Paris, Stock / Pernoud,‎ (réimpr. 2000), 255 p. (ISBN 2234052815)
  • Christiane Desroches Noblecourt, « À propos des piliers héraldiques de Karnak : une suggestion », Cahiers de Karnak, CFEETK, no 11,‎ (lire en ligne)
  • Henri Frankfort (trad. Jacques Marty et Paule Krieger), La royauté et les dieux : Intégration de la société à la nature dans la religion de l'ancien Proche Orient, Paris, Payot,‎ , 436 p.
  • Pierre Grandet, Les pharaons du Nouvel Empire : Une pensée stratégique (1550-1069 av. J.-C.), Monaco, Le Rocher, coll. « L'art de la guerre »,‎ , 281 p. (ISBN 9782268064482)
  • Nicolas-Christophe Grimal, Les termes de la propagande royale égyptienne de la XIXe dynastie à la conquête d'Alexandre, Paris, Imprimerie Nationale / Diffusion de Boccard,‎ , 764 p. (ISSN 03983595)
  • Francis Janot, Momies : Rituels d'immortalité dans l'Égypte ancienne, White Star,‎ , 366 p. (ISBN 9788861121539).
  • Rolf Krauss, Moïse le pharaon, Monaco, Le Rocher,‎ , 328 p. (ISBN 2268037819)
  • Claire Lalouette, Thèbes ou la naissance d'un empire, Paris, Flammarion,‎ , 643 p. (ISBN 2080813285)
  • (en) Maria Michela Luiselli, « The Ancient Egyptian scene of Pharaoh smiting his enemies: an attempt to visualize cultural memory ? », Cultural Memory and Identity in ancient Societies, Londres,‎ , p. 10-25 (lire en ligne)
  • Bernadette Menu, Recherches sur l'histoire juridique, économique et sociale de l'ancienne Égypte. II, Le Caire, coll. « Bibliothèque d'étude » (no 122),‎ (réimpr. 2008), 423 p. (ISBN 9782724702170)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Bernadette Menu (préf. Charles de Lespinay et Raymond Verdier), Égypte pharaonique : Nouvelles recherches sur l'histoire juridique, économique et sociale de l'ancienne Égypte, Paris, L'Harmattan,‎ , 391 p. (ISBN 2747577066)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Thomas Römer (préface), Ce que la Bible doit à l'Égypte, Paris, Bayard / Le Monde de la Bible,‎ , 284 p. (ISBN 9782227477674)
  • Georges Posener, « De la divinité du pharaon », Cahiers de la Société Asiatique, Paris, no 15,‎ Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pascal Vernus, Affaires et scandales sous les Ramsès, Paris, Pygmalion,‎ , 274 p. (ISBN 2857043937)
  • (en) Toby A.H. Wilkinson, Early Dynastic Egypt, Londres, Routledge,‎ , 413 p. (ISBN 0415186331)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Hilary Wilson (trad. Guy Rachet), Lire et comprendre les hiéroglyphes : La méthode, GLM,‎ (réimpr. 1996), 301 p. (ISBN 2702815081)

Géographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Montet, Géographie de l'Égypte ancienne : Première partie ; To-Mehou, La Basse Égypte, Paris, Imprimerie Nationale, Librairie C. Klincksieck,‎ , 224 p. (lire en ligne)
  • Pierre Montet, Géographie de l'Égypte ancienne : Deuxième partie ; To-Chemâ, La Haute Égypte, Paris, Librairie C. Klincksieck,‎ , 240 p. (lire en ligne)

Royauté sacrée[modifier | modifier le code]

  • Alfred Adler, La mort est le masque du roi : La royauté sacrée des Moundang du Tchad, Paris, Payot,‎ , 430 p. (ISBN 2228130605)
  • Alfred Adler, Le pouvoir et l'interdit : Royauté et religion en Afrique noire, Paris, Albin Michel,‎ , 330 p. (ISBN 2226116648)
  • Sydney H. Aufrère, « Quelques notes sur l'inceste en Égypte pharaonique, lagide et romaine », Barbares et civilisés dans l'Antiquité, cahier KUBABA 7, Paris, L'Harmattan,‎ , p. 269-279 (lire en ligne)
  • Anne Forgeau, « La mémoire du nom et l'ordre pharaonique », Histoire de la famille. Tome 1./ Mondes lointains, Paris, Armand Colin (Le Livre de poche),‎ , p. 175-208
  • Luc de Heusch, Écrits sur la royauté sacrée, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles,‎ , 314 p. (ISBN 2800409282)
  • Keith Hopkins, « Le mariage frère-sœur en Égypte romaine », Épouser au plus proche : Inceste, prohibitions et stratégies matrimoniales autour de la Méditerranée, Paris, Éditions EHESS,‎ , p. 79-95 (ISBN 2713210097)
  • Stephen Quirke, Le culte de Rê : L'adoration du soleil dans l'Égypte antique, Monaco, Le Rocher,‎ , 255 p. (ISBN 2268049264)

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Paul Barguet, Textes des Sarcophages égyptiens du Moyen Empire, Paris, Éditions du Cerf,‎ , 725 p. (ISBN 2204023329)
  • Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne, Paris, Cybèle,‎ 2009-2010 (ISBN 9782915840100) en 6 volumes.
  • Mohamed Chiadmi (traducteur), Le Noble Coran : Nouvelle traduction française du sens de ses versets, Lyon, Éditions Tawhid,‎ , 760 p. (lire en ligne)
  • Paul Drach et Robert-Jean Victor, Le livre du juste Yaschar, Monaco, Le Rocher, coll. « Gnose »,‎ , 318 p. (ISBN 2268000966, lire en ligne)
  • André Fermat et Michel Lapidus, Les prophéties de l'Égypte ancienne, Fuveau, La maison de Vie,‎ , 250 p. (ISBN 2909816338)
  • Jean-Claude Goyon, Confirmation du pouvoir royal au nouvel an : Brooklyn Museum papyrus 47.218.50, Le Caire, IFAO,‎ , 142 p. (ISBN 9780913696170)
  • Claire Lalouette (préf. Pierre Grimal), Textes sacrés et textes profanes de l'ancienne Égypte I : Des Pharaons et des hommes, Paris, Gallimard,‎ , 345 p. (ISBN 2070711765)
  • Gustave Lefebvre, Romans et contes égyptiens de l'époque pharaonique, Paris, Librairie d'Amérique et d'Orient Adrien Maisonneuve,‎ (réimpr. 1976), 232 p.
  • (en) Manéthon (trad. W. G. Waddell), Manetho with an english translation, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press,‎ (réimpr. 1964) (lire en ligne)
  • Alessandro Roccati, La littérature historique sous l'Ancien Empire égyptien, Paris,‎ , 320 p. (ISBN 2-204-01895-3)
  • Louis Segond, La Sainte Bible : qui comprend l'Ancien et le Nouveau Testament traduits sur les textes originaux hébreu et grec, Genève, La maison de la Bible,‎ (lire en ligne)
  • Pascal Vernus, Sagesses de l'Égypte pharaonique, Paris, Imprimerie Nationale,‎ , 414 p. (ISBN 2743303328)

Webographie[modifier | modifier le code]

  • José Do Nascimento, Le concept de pharaon selon le lexique politique des langues africaines,‎ (écouter en ligne)
    Conférence en ligne, durée 3 h 56 min.
  • Thomas Römer, La sortie d'Egypte : la construction d'une histoire mythique, Paris, Collège de France,‎ (écouter en ligne)
    Conférence en ligne, durée 60 min.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans l'écriture hiéroglyphique égyptienne, le terme pharaon s'écrit avec l'idéogramme de la « maison » (O.1 de la classification des hiéroglyphes et le phonogramme de la « colonne en bois » (O.29). La maison est figurée sous la forme d'un rectangle ouvert qui reprend le tracé des murs sur le sol (Betrò 1995, p. 168 et p.186).
  2. Nous signalons aux lecteurs que dans le reste de cet article les mots « pharaon », « roi », « monarque » et « souverain » sont à prendre comme des synonymes ; bien que cela puisse constituer un abus de langage ; les valeurs politico-religieuses des Anciens Égyptiens ne pouvant exactement se fondre dans le vocabulaire des langues européennes.
  3. Dans les livres consacrés à l'Égypte ancienne, on peut trouver des différences dans les dates de règnes, dues essentiellement à la méthode de datation utilisée par les anciens Égyptiens. Les Égyptiens divisaient l’année en trois saisons : Inondation (Akhet), Germination (Peret) et Chaleur (Shemou), suivies de cinq jours supplémentaires ou épagomènes. Chaque saison comptait quatre mois de trente jours chacun. À l’origine, le début de l’Akhet coïncidait avec le lever héliaque de Sothis qui a lieu, d’après le calendrier julien, le 19 juillet. Toutefois, étant donné que l’année solaire compte 365 jours et six heures – et non 365 jours -, cette différence de six heures entraîna un décalage croissant entre l’année civile et l’année solaire : de telle sorte que la saison Akhet débuta à plusieurs reprises en hiver. Il s'y ajoute que les Égyptiens n’employaient pas de datation absolue. Les événements étaient datés d’après les années de règne de pharaon, p. ex. an 2, 3e mois de l’Akhet, 2e jour sous la Majesté du roi Untel. Tous les 1460 ans, le début de l’année civile égyptienne (le 19 juillet dans le calendrier julien) coïncide avec le lever héliaque de Sothis, c’est-à-dire l’apparition de l’étoile au lever du soleil. Cette coïncidence frappa les Égyptiens, qui la consignèrent, notamment en 139 de notre ère. Cette dernière date sert de repère et permet ainsi une datation absolue des règnes : en l’an 9 d’Amenhotep Ier par exemple, il y eut aussi coïncidence du début de l’année civile et du lever héliaque de Sothis ; l’an 7 correspondrait donc à -1545. Il n’empêche que l’établissement d’une datation absolue constitue un vrai casse-tête pour les égyptologues : non seulement, pour être exact, il faudra connaître le lieu de l'observation du lever héliaque de Sothis, mais encore, au Moyen Empire, l'an 1 d'un roi correspondait au début de l’année civile qui suivait son avènement ; au Nouvel Empire l'an 2 du règne commençait 365 jours après le jour de l'avènement ; et enfin, à la Basse Époque, il commençait le jour du lever héliaque de Sothis suivant l'avènement, l'an 1 du règne pouvant être ainsi réduit à quelques jours.
  4. Cette période troublée est évoquée dans la littérature pessimiste du Moyen Empire. Lire par exemple les traductions du Dialogue d'un homme avec son âme.
  5. Ce document, le Papyrus Brooklyn 47.218.50, long de 1,94 m pour 25 cm de haut, a été acquis par le collectionneur Charles Edwin Wilbour (1833-1896) et a été déroulé en 1966 par l'égyptologue Serge Sauneron (1927-1976) puis découpé en trois partie inégale pour une mise sous verre. Le texte a été traduit en français en 1972 par Jean-Claude Goyon (cf. Goyon 1972, p. 1, 13).
  6. Pour un résumé détaillé du rituel de confirmation, lire : Dimitri Meeks et Christine Favard-Meeks, La vie quotidienne. Les dieux égyptiens, Paris, Hachette, 1993, chapitre : La machine univers au moment de tous les dangers.
  7. O44
    Ce glyphe représente une sorte de colonne papyriforme qui supporte une paire de cornes de bovidé entre laquelle s'insère la spirale de la couronne rouge de Basse-Égypte. Ce symbole est en lien avec le dieu de la fertilité Min.
  8. Cette partie est l'une des versions connues du chapitre 168 A/B du Livre des Morts.
  9. Le chroniqueur byzantin Georgius Syncellus, en se fondant sur Manéthon, rapporte une liste de sept dieux sur 12 294 années :
    • Vulcain (Ptah) 9000 ans,
    • Hélios (Rê) 992 ans,
    • Agathodaemon (Shou ? Noun ?) 700 ans,
    • Chronos (Geb) 501 ans,
    • Osiris et Isis : 433 ans,
    • Typhon (Seth) 359 ans,
    • Horus 309 ans.
    Ce groupe et suivi par huit demi-dieux (noms latinisés) sur un total de 2328 années :
    • Mars,
    • Anubis,
    • Hercule,
    • Apollon,
    • Ammon,
    • Tithoès,
    • Zôsos,
    • Jupiter
    Lire : Sir John Gardner Wilkinson, The Fragments of the Hieratic Papyrus at Turin: Containing the Names of Egyptian Kings, with the Hieratic Inscription at the Back,‎ (lire en ligne)
  10. Règnes jusqu'aux Shemsou-Hor, 23 200 années ; durée des vénérables Shemsou-Hor, 13 420 années (Canon royal de Turin, colonne 2, lignes 9-11)
  11. La montée de Pharaon vers les dieux est le thème principal des Textes des Pyramides. Pour une traduction française, lire par exemple : Raphaël Bertrand, Les Textes de la Pyramide d'Ounas, Paris, Anoup éditions, 2004, 240 p.
  12. La séquence du temple de Deir el-Bahari figure, par exemple, dans l'ouvrage Edouard Naville, The temple of Deir el Bahari (Band 2): The Ebony shrine, northern half of the middle platform, London,‎ (lire en ligne), Planches XLVI-LIV.
  13. Le texte égyptien est assez peu conforme à la pudibonderie contemporaine. Aussi, les égyptologues ont souvent édulcoré leurs traductions pour ne point choquer leur lectorat. La française Christiane Desroches Noblecourt traduit par « il lui imposa son (brûlant) désir » (Desroches Noblecourt 2002, p. 166) ; il y a un siècle l'américain James Henry Breasted recourt au « voile » du latin : coivit cum ea (accouplé avec elle). Tout au contraire, l'anglaise Joyce Anne Tyldesley ne s'encombre point de ces restrictions et restitue plus justement par « son pénis dressé devant elle » (Tyldesley 1997, p. 125)
  14. Cette manière de présenter le pharaon comme un serviteur se trouve confirmé par le récit mythologique du Conte des deux frères. Il s'agit d'un texte rédigé par un groupe de lettrés égyptiens pour le prince royal Séthi-Mérenptah en préparation de son investiture à la charge pharaonique (XIXe dynastie). L'histoire met en scène les dieux Anubis et Bata mais le personnage principal est Bata, une divinité taurine dont le nom signifie « Âme de la terre ». La narration expose l'accession au trône de ce dernier mais, au début, le jeune Bata est tout d'abord présenté comme le serviteur fidèle et zélé de son frère Anubis, montré comme un riche propriétaire terrien. Un des moments clefs de l'histoire est la présentation par des blanchisseurs à Pharaon d'une tresse de cheveux arrachée par le dieu Yam (océan) à la compagne de Bata, fille de l'Ennéade de Rê. Ce texte, à la symbolique subtile, a été diversement commenté par les universitaires modernes. Voir par exemple :
    • (en) Susan Tower Hollis, The Ancient Egyptian "Tale of Two Brothers" : A Mythological, Religious, Literary, and Historico-Political Study, Oakville, CT, Bannerstone Press, 2008, 226 p. (ISBN 978-0-9774094-2-6)
    • de) Wolfgang Wettengel, Die Erzählung von den beiden Brüdern : Der Papyrus d'Orbiney und die Königsideologie des Ramessiden, Fribourg (Suisse) et Göttingen (Allemagne), coll. « OBO » (no 195), 2003, 213 p. (ISBN 3-7278-1441-1)
    • Frédéric Servajean, « Le conte des Deux Frères (1). La jeune femme que les chiens n’aimaient pas », ENiM 4, Montpellier, 2011, p. 1-37. Du même auteur, « Le conte des Deux Frères (2). La route de Phénicie », ENiM 4, Montpellier, 2011, p. 197-232.
    Dès sa redécouverte au XIXe siècle, le récit a été vu comme une source d'inspiration pour les auteurs bibliques (Joseph et la femme de Potiphar). Le texte présente toutefois aussi des similitudes structurelles avec les mythes fondateurs des peuples Shilluk et Anuak du Haut-Nil. L'épisode de la Razzia de Nyikang au Pays du Soleil (vol de vaches et de femmes) ressemble assez à l'expédition militaire que monte Pharaon contre Bata dans le Pays du Pin parasol (un lieu fréquenté par Rê) pour lui ravir sa compagne. Lors de l'intronisation des rois Shilluk, le prince destiné à monter sur le trône est tout d'abord capturé par des dignitaires et symboliquement réduit en esclavage par les paroles « Tu es notre serviteur Dinka ».
  15. Cette suite de texte constitue une variante du mythe de la vache céleste. Il s'agit d'un texte funéraire où le défunt affirme être Chou, le souffle de la vie. Ce dieu est aussi un pilier qui permet à la voûte céleste, la vache Nout de ne pas s'effondrer. Il est assisté dans ce rôle par huit hypostases qui, deux par deux, maintiennent ferme les quatre pattes de la vache.
  16. Les Douze Massacreurs de Sekhmet sont de terribles démons associés au douze mois de l'année et les trente-six démons-flèches sont les décans.
  17. Durant cette période de sécheresse, les eaux croupies répandent leurs miasmes et les corps sont affaiblis par la sécheresse.
  18. Ce nom est inspiré de celui d'Osiris et de sa ville de Bousiris : « Per-Ousir », la Demeure d'Osiris.
  19. Cette fable n'est pas sans rappeler un conte de l'époque ptolémaïque où Khâemouaset (fils de Ramsès II) descend dans la Douat guidé par son fils Saousir pour voir le tribunal d'Osiris rendre la justice aux âmes des défunts
  20. Cette légende est évoquée par Quinte-Curce et s'inspire probablement d'un dire de Clitarque. Voir : Annette Flobert, Quinte-Curce. Histoire d'Alexandre, Paris, Gallimard, 2007, page 139 et note a page 409 :

    « Alexandre voulu passer par la mer de Pamphylie. Mais il lui arriva un incident inattendu, extraordinaire et même divin : comme il s'apprêtait à embarquer, la mer se retira, l'eau recula et les bateaux furent échoués. Alexandre put alors traverser à sec avec son armée. Les Pamphyliens observaient ce phénomène étrange du haut des montagnes, ils en furent stupéfaits et craignirent que la mer ne reviennent et n'engloutissent Alexandre et son armée. Mais il n'en fut rien. Car les vents se mirent à souffler contre le courant jusqu'à ce qu'Alexandre et les siens eurent traversé. »

Références[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]