Nubie

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Image satellite de la Nubie de nos jours.

La Nubie est aujourd'hui une région du nord du Soudan et du sud de l'Égypte, longeant le Nil.

Dans l'Antiquité, la Nubie était un royaume indépendant dont les habitants parlaient des dialectes apparentés aux langues couchitiques. Le birgid, un dialecte particulier, était parlé jusqu'au début des années 1970 au nord du Nyala au Soudan, dans le Darfour. L'ancien nubien était utilisé dans la plupart des textes religieux entre les VIIIe et IXe siècles.

Toponyme[modifier | modifier le code]

Les anciens Égyptiens appelaient la région Ta-Seti (« le pays de l’arc ») en raison de l’arme caractéristique de ses habitants. Les Égyptiens distinguaient deux régions Ouaouat (la Basse-Nubie égyptienne située entre les deux premières cataractes), et Kouch (la Basse-Nubie soudanaise s’étendant de la deuxième cataracte jusqu'aux environs de Khartoum)[1].

Certains textes hiéroglyphiques affirment que dans cette contrée l’or (en égyptien nwb : noub) était « aussi abondant que la poussière des chemins » : peut-être est-ce là l’étymologie du nom Nubie dont la première mention se trouve dans la Géographie de Strabon, vers l'an 29 avant notre ère[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume de Koush.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Ruines de la cité de Kerma

Les plus anciens habitants connus de la Nubie sont les Badariens, suivis des Amratiens puis des Gerzéens, appelés civilisations du « groupe A ». Depuis l'installation des Gerzéens, la Nubie a réellement commencé à se former - période qui correspond à l'avènement en Égypte de la Ire dynastie, vers l'an -3100. Les Gerzéens étaient à l'origine un peuple nomade qui s'installa en Nubie pour devenir éleveurs, s'occupant de moutons, de chèvres et de quelques vaches. Ils se distinguent par leurs poteries et leurs rites funéraires très différents de ceux des Égyptiens.

La culture gerzéenne déclina aux alentours du XXVIIIe siècle avant notre ère, suivie par les civilisations dites du « groupe B ». On a parfois considéré que les peuples du groupe B avaient envahi la Nubie - on pense aujourd'hui que le groupe B est issu du groupe A. Ces peuples étaient bien plus pauvres que les précédents, et bien moins nombreux. On suppose donc une attaque ou des pillages, probablement égyptiens, qui auraient provoqué une crise en Nubie.

Grâce au commerce avec l'Égypte, la Nubie réussit à acquérir un certain niveau de vie et de stabilité. Autour de la VIe dynastie égyptienne, la Nubie fut divisée en petits royaumes - il y a débat concernant l'appartenance ou non des royaumes à un hypothétique « groupe C ». On remarque l'étonnante similitude entre les poteries des anciens du groupe A et celles du groupe C, semblant dénoter soit une nostalgie de ces derniers, soit un retour des premiers. Le désert du Sahara était à cette époque suffisamment invivable pour provoquer l'exode soudain des peuples nomades qui y résidaient normalement, se réfugiant alors en partie en Nubie.

Des civilisations du groupe C, la première à unifier les régions autour d'elle fut celle du royaume de Kerma - royaume qui tient son nom de la cité de Kerma, que l'on suppose avoir été sa capitale. Par-delà la première cataracte, la Nubie, pays de l'or, a tôt attisé les convoitises des pharaons, qui y multiplièrent les expéditions militaires et commerciales. Après le réveil de l'Égypte sous le Nouvel Empire, les troupes égyptiennes se sont étendues au sud. Sous le règne de Thoutmôsis Ier, vers -1520, toute la Nubie du nord était annexée. Elle prendra une revanche avec l'épisode des pharaons noirs.

Le royaume de Koush[modifier | modifier le code]

Au cours de la Troisième période intermédiaire (-1085 / -750), la Nubie recouvrait son indépendance. Se constitua alors dans le bassin du Nil moyen un « empire koushite » qui allait perdurer durant quelque mille ans. Cette période est traditionnellement divisée en deux époques : celle de Napata, qui a duré de -750 à -300, et celle de Méroé, qui a duré de -300 à 340.

Époque napatéenne[modifier | modifier le code]

Le royaume de Koush reprit beaucoup de pratiques traditionnelles égyptiennes, notamment leur religion, et les pyramides. Le royaume survit plus longtemps que celui d'Égypte, envahissant même ce dernier durant la XXVe dynastie au VIIIe siècle avant notre ère. Vers -660, les pharaons koushites sont repoussés vers leur région d'origine, la Nubie, et forment à Napata un royaume original, synthèse des influences nubiennes et égyptiennes.

Vers -591, suite à l'expédition de Psammétique II contre Koush, la capitale quitte Napata pour Méroé. À ce fait s'était ajouté le durcissement des conditions climatiques ; ce qui reléguait le nord à des fonctions secondaires.

Époque méroïtique[modifier | modifier le code]

Cimetière sud de Méroé

À partir des années -315 / -295, s'accentue la rupture (jamais achevée) d'avec le modèle égyptien.

En effet, sous Nastasen (-335 à -315), Méroé ravissait à Napata les dernières grandes fonctions qui lui restaient. C'était celles de lieu de couronnement et d'inhumation des souverains.

C'est dans ce contexte qu'a eu lieu l'avènement des Candaces, des reines exerçant effectivement le pouvoir politique suprême. L'effectivité de leurs statut et fonctions impériaux est traduite par les titres royaux qu'elles portent et qui sont empruntés au protocole pharaonique. Ce sont Sa-Rê, Neb-tawy et n-swt-bity. Elle est traduite par le geste auguste de massacrer les ennemis qui, depuis Narmer, exprime le triomphe du souverain régnant. Elle trouve aussi un écho dans la Bible.

Durant l'époque romaine, les koushites commerçaient avec les Romains, et étaient également des mercenaires redoutés.

À cette époque, les différentes régions se divisèrent en plus petits groupes armés, dirigés par un général. Ils combattirent pour asseoir leur autorité sur la Nubie, laissant la région faible et vulnérable à toute attaque. Les Noba en profitèrent pour conquérir la Nubie - il est même possible que le nom de la région leur soit dû, à moins que « Nubie » vienne du mot égyptien nub, l'or. Depuis ce temps, les Romains les ont appelés Nobatae.

À l'époque d'Auguste, la Basse-Nubie (appelée le Dodécaschène), fut envahie par les légions romaines d'Auguste, dirigées par Gaius Petronius en 23 av. J.-C.

La Nubie chrétienne[modifier | modifier le code]

Vers l'an 350, la Nubie fut envahie par le royaume éthiopien d'Aksoum. L'ancien gouvernement nubien fut écrasé. Trois nouveaux royaumes se formèrent alors :

  • La Nobatia, au nord, entre la première et la seconde cataracte du Nil, dont la capitale était Pachoras (aujourd'hui Faras) ;
  • La Makuria, au milieu, ayant pour capitale Dongola ;
  • L'Alodia, plus au sud, ayant sa capitale à Soba, près de Khartoum ;

Le roi Silko de Nobatia écrivait en grec et grava ses victoires sur le temple de Talmis (aujourd'hui Kalabsha) vers l'an 500.

Quand Athanase d'Alexandrie consacra Marcus évêque de Philæ avant sa mort en 373, montrant par la même occasion la domination chrétienne sur la région au IVe siècle, Jean d'Éphèse nota qu'un prêtre monophysite nommé Julien convertit le roi et ses nobles vers 545. Il note également que le royaume d'Alodia fut converti vers 569. Ses écrits sont parfois contradictoires, cependant, avec ceux de ses contemporains. L'Église de Nubie prêta allégeance à l'Église orthodoxe (Melkite) puis, en 719, à l'Église orthodoxe orientale (Église copte orthodoxe)[3]

La Nubie islamique[modifier | modifier le code]

Au VIIe siècle, Makuria s'étendit, devenant la principale puissance de la région - assez puissante pour empêcher l'invasion des peuples arabes. Après plusieurs échecs, ces derniers tentèrent un accord de paix avec Dogomba, permettant notamment le commerce entre les deux puissances. Ce traité dura 600 ans. Avec le commerce, la pensée arabe se propagea en Nubie, supplantant rapidement la chrétienté. L'église « royale » de Dongola fut remplacée par une mosquée vers 1350.

Le royaume de Kokka lui débute justement vers 1350 et se termine à l'arrivée des Anglais. Il s'étend alors d'Assouan jusqu'à Dongola, c'est un royaume musulman conquis par le roi Nasser, descendant du compagnon du prophète Mahomet Ubay Ibn Ka'b[réf. nécessaire].

Après plusieurs centaines années de règne et treize rois successifs, le royaume est aboli par les Anglais. Les derniers rois furent Al Dyab, Al Malik, Zubayr, et Abdelaziz qui avait hérité depuis le roi Nasser de tout ce royaume. Il y avait une division en sept districts dont Dongola qui était devenue la capitale économique. Les héritiers et le dernier roi Abdelaziz mort vers 1950 ont conservé des titres honorifiques, comme le suffixe « ourou » signifiant Roi. La couronne ainsi que l'épée du dernier roi et plusieurs terres ont été attribuées à sa descendance.

Nubie moderne[modifier | modifier le code]

Au cours du XIVe siècle, le gouvernement Dongolan s'est effondré, divisant la région qui revint alors sous l'influence de l'Égypte. La Nubie vit défiler les envahisseurs, et l'installation de nombreux royaumes successifs. L'Égypte s'appropria l'extrême nord de la région, laissant le Sud de Dongola au royaume de Sennar vers le XVIe siècle.

L'Égypte obtint le contrôle total de la région sous le règne de Méhémet Ali au XIXe siècle, puis devint un condominium anglo-égyptien.

Avec la fin de la colonisation anglaise, la Nubie fut séparée en deux parties, l'une appartenant à l'Égypte, l'autre au Soudan.

L'histoire récente des Nubiens est marquée par une ultime catastrophe écologique et sociologique de grande envergure. En 1963, les quelque 100 000 habitants de Basse Nubie, entre la cataracte de Dal au Soudan et Assouan en Égypte, sont chassés de leurs maisons et de leurs terres par la construction du haut barrage d'Assouan. Depuis, le lac Nasser a englouti deux cataractes majeures de l'Égypte antique. En aval du barrage, les derniers pêcheurs nubiens tapent encore sur l'eau avec de longs bâtons pour attirer silures et perches du Nil vers leurs nasses. Leurs héritiers préfèrent louer leur service aux touristes du lac Nasser.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ibid.
  2. Musée de la Nubie, p. 17, édité par le ministère égyptien de la Culture.
  3. Bruce Manning Metzger [The early versions of the New Testament] Oxford University Press, 1977, (ISBN 0198261705 et 9780198261704).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robin Thelwall :
    • (de) Lexicostatistical relations between Nubian, Daju and Dinka, 1978 ;
    • Études nubiennes : colloque de Chantilly, 2-6 juillet 1975, 265-286 ;
    • (en) Linguistic Aspects of Greater Nubian History, in Ehret, C. & Posnansky, M. (eds.) ;
  • (en) The Archeological and Linguistic Reconstruction of African History, Berkeley/Los Angeles, 39-56. (en) Version en ligne ;
  • Tidiane N'Diaye, Éclipse des Dieux « La Nubie », Ed Du Rocher, Paris,‎ 2004 ;
  • Frédérique Fogel, Mémoires du Nil. Les Nubiens d'Égypte en migration, Karthala,‎ 1997 ;
  • Saguez de Breuvery et Cadalvène, L'Égypte et la Nubie, Arthus Bertrand,‎ 1841.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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