Néferirkarê Kakaï

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Néferirkarê Kakaï est le troisième souverain de la Ve dynastie (Ancien Empire). Il succéda à Sahourê et précéda Chepseskarê. Il règne de -2446 à -2438[1].

L'importance considérable dans l'économie des productions à destination funéraires est révélée par les archives administratives du temple funéraire du roi Néferirkarê Kakaï à Abousir. Si l'administration royale y conserve un droit de regard, ce vaste circuit de l'économie grève de plus en plus les moyens de l'État.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Relief de la chaussée de la pyramide de Sahourê montrant le roi accompagné de ses fils dont Néferirkarê, dont le nom a été modifié et entouré d'un cartouche, et Netjerirenrê figuré au-dessus du premier
Néferirkarê Kakaï
Naissance Décès
Père Sahourê Grands-parents paternels
Ouserkaf
Néferhétepès
Mère Néferthanebty Grands-parents maternels
Grand-père maternel inconnu
Grand-mère maternelle inconnue
Fratrie Chepseskarê ?
1re épouse Khentkaous II Enfant(s) Néferefrê
Niouserrê
2e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
3e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
4e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
5e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
6e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
7e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
8e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
Mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
2e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
3e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
4e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu

L'identité des parents de Néferirkarê est restée longtemps l'objet de controverses, faute de preuves directes indiquant le nom de son père et de sa mère. Se basant sur le conte du papyrus Westcar, les historiens et égyptologues du XXe siècle ont la plupart du temps considéré ce dernier comme étant le frère des deux premiers souverains de la Ve dynastie, Ouserkaf et Sahourê. Lorsque Ludwig Borchardt met au jour dans les ruines du temple funéraire de Sahourê des fragments de reliefs sur lesquels on remarque distinctement que le nom de couronnement de Néferirkarê a été rajouté, l'idée d'une usurpation du trône au détriment de l'héritier principal du trône Netjerirenrê, semblait ainsi confirmer le schéma proposé par le conte Westcar.

Cependant des études approfondies du style de ce conte ont démontré que sa rédaction ne remontait pas au-delà du Moyen Empire, relativisant ainsi les informations qu'il contient. De plus les fouilles effectuées à Saqqarah dans le complexe funéraire d'Ouserkaf et à Abousir dans ceux des membres de la famille royale ne corroborent pas l'hypothèse que les trois premiers souverains de la dynastie soient frères. Bien au contraire ces nouvelles fouilles ont démontré le lien de filiation direct des deux premiers, accentuant ainsi le fond légendaire du conte Westcar qui met en scène les dieux légitimant la montée sur le trône d'une nouvelle lignée, élément de propagande particulièrement adaptée à l'époque de la rédaction du conte[2]. Il reste donc à démontrer le lien de filiation de Néferirkarê.

Or, dans le milieu des années 1990 cette découverte par une équipe d'égyptologues égyptiens du CSA dans le complexe pyramidal de Sahourê de nouveaux reliefs mettant en scène la famille royale de Sahourê peut éclairer cette filiation. En effet, ces nouveaux blocs décorés de la chaussée reliant le temple de la vallée au temple haut de la pyramide royale qui ont échappé aux fouilles de Ludwig Borchardt au début du XXe siècle, montrent Sahourê accompagné de son épouse Néferthanebty et de leurs deux fils nommés Ranéfer et Netjerirenrê. Selon l'un de ses inventeurs, Tarek el-Awadi, cette découverte atteste que le roi avait bien une descendance en âge de lui succéder et que des deux frères c'est Ranéfer qui est monté sur le trône sous le nom de Néferirkarê[3].

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature dans l'Égypte antique.

Règne[modifier | modifier le code]

Néferirkarê figuré sur un relief du temple de Sahourê à Abousir
Néferirkarê Kakaï
Période Ancien Empire
Dynastie Ve dynastie
Fonction 3e roi de la dynastie
Prédécesseur Sahourê
Prise du pouvoir
Dates de règne -2446 à -2438 (selon J. P. Allen)
-2475 à -2465 (selon R. Krauss)
-2492 à -2483 (selon D. B. Redford)
-2458 à -2438 (selon J. von Beckerath)
-2435 à -2425 (selon J. Málek)
-2452 à -2442 (selon A. D. Dodson)
Durée du règne vingt ans (selon Manéthon et le Papyrus Westcar), plus de dix (d'après la pierre de Palerme), au moins onze ans (selon les archives d'Abousir)
Successeur Chepseskarê
Passation du pouvoir
Sépulture Non trouvé
Date de découverte Inconnue
Découvreur Inconnu
Fouillée par ?

Manéthon le nomme Népherchérès et lui accorde vingt ans de règne ce que confirme le papyrus de Turin qui lui donne également une vingtaine d'année de règne. Cependant dans les archives d'Abousir la date la plus élevée relevée est la onzième année et la pierre de Palerme ne conserve qu'une partie des annales de son règne jusqu'en l'an dix.

Selon ces sources et le peu de vestiges contemporains de son règne retrouvés dans les nécropoles de Saqqarah et d'Abousir, les égyptologues sont donc plus enclins à suivre les indications données par les annales de l'Ancien Empire qui bien qu'incomplètes sont contemporaines de Néferirkarê et s'accordent en général pour une durée de règne n'excédant pas les douze années[4]. Le fait que le complexe funéraire du roi ne soit pas achevé va par ailleurs dans le sens d'un règne écourté.

La pierre de Palerme indique que les cérémonies relatives au couronnement du roi eurent lieu le septième jour du deuxième mois de la première année du règne[5]. Ces annales précisent également qu'il honora les divinités d'Héliopolis allouant de nouvelles terres pour l'entretien des sanctuaires de la grande Ennéade ainsi que des Âmes d'Héliopolis et des dieux de Kherâha, localité située un peu au sud de l'antique cité du soleil, dans l'actuelle ville du Caire. Ces indications confirment donc que les cultes d'Héliopolis prennent encore davantage d'importance sous son règne.

Par ailleurs cette même source cite également le temple solaire de Néferirkarê nommé Set-îb-Rê, c’est-à-dire la place du cœur de Rê, temple que le roi fait bâtir en même temps que sa pyramide et qu'il inaugure probablement en l'an neuf de son règne. À cette occasion des cérémonies sont organisées dont la Course autour du Mur, un rite déjà observé lors du couronnement où encore des fêtes jubilaires renouvelant le couronnement du souverain. Détail intéressant, les deux barques du dieu qui devaient faire partie intégrante du temple solaire de Néferirkarê sont également citées, une pour le matin, l'autre pour le soir[6]. Pour le moment aucun vestige de ce sanctuaire dynastique n'a été retrouvé. Cependant de nombreux fonctionnaires sont attachés à cette fondation cultuelle si singulière à la Ve dynastie et elle semble fonctionner jusqu'à la fin de la dynastie comme l'attestent les mentions que l'on retrouve dans les mastaba de nombreux dignitaires de l'époque enterré à Saqqarah :

  • Akhethetep, qui semble entamer sa carrière sous le règne de Néferirkarê en tant que prêtre de et de Maât dans le temple solaire du roi[7] ;
  • Ourkhouou, scribe du palais royal, juge, prêtre du culte de Mykérinos, également prêtre de et de Maât au temple solaire de Néferirkarê[8] ;
  • Kaemnefert, prêtre des cultes de Khéops et de Khéphren, prêtre de la pyramide de Niouserrê, ce qui nous indique le règne sous lequel il exerça ses fonctions de prêtre de et de Maât aux temples solaires d'Ouserkaf et de Néferirkarê[9].

Néferirkarê ne néglige pas les autres dieux du royaume et de nouvelles terres sont allouées au temple de Ptah qui est au Sud de son Mur à Memphis, des statues en électrum sont façonnées pour le dieu Ihy et la déesse Hathor, Dame du Sycomore, ou encore pour la déesse Ouadjit. Tout indique que le roi s'inscrit dans la droite ligne de ses prédécesseurs immédiats Sahourê et Ouserkaf dont il assure les cultes funéraires. Il intervient dans la décoration du temple funéraire de Sahourê et certains prêtres du culte de ces rois sont connus sous son règne[10].

La personnalité de Néférirkarê nous est livrée par des témoignages de premier ordre retrouvés dans les mastaba de trois des plus importants dignitaires du royaume :

  • Raouer, maître des secrets du roi (sorte de secrétaire particulier), prêtre Sem et directeur du palais, dont le mastaba a été retrouvé à Gizeh. Le noble prêtre y a fait inscrire une biographie sur une stèle qui relate un incident survenu alors qu'il accompagnait le roi dans un de ses déplacements. Il toucha accidentellement le souverain, crime de lèse majesté qui aurait dû être sévèrement puni. Le roi l'ayant en haute estime intervient personnellement afin qu'il ne soit pas poursuivi et décrète que Raouer est plus noble devant le roi que n'importe quel homme, insigne honneur qui le rend en quelque sorte intouchable. La stèle sur laquelle ce décret est consigné est aujourd'hui conservée au musée du Caire[11] ;
  • Ptahchepsès, grand prêtre de Ptah, dont la carrière étonnante remonte au règne de Chepseskaf occupait également la prêtrise de -Harmakhis au temple solaire du roi[12]. Son mastaba a été retrouvé à Saqqarah et a livré une grande stèle fausse-porte portant la liste des souverains sous lesquels il servit avec à chaque fois la mention d'un évènement particulier. Pendant le règne de Néferirkarê, il relate que le souverain décréta qu'il ne serait plus permis que le grand prêtre en la présence du roi touche le sol en se prosternant, mais qu'il puisse lui baiser les pieds, autre insigne honneur, le fait de toucher le roi équivalent à toucher une divinité[13] ;
  • Ouash-Ptah, vizir du roi, enterré lui à Abousir. Ouash-Ptah a commencé sa carrière sous le règne de Sahourê et est promu vizir sous le règne de Néferirkarê ce qui fait de lui le premier personnage de l'État et le conseiller particulier du roi. Or un jour qu'il accompagnait le roi et sa famille lors d'une visite de chantier il meurt brutalement sous les yeux de son souverain. C'est Néferirkarê lui-même qui ordonne l'édification de son mastaba et fournit le mobilier funéraire du vieux courtisan[14].
Éléments d'incrustations d'un vase à libation au nom de Néferirkarê - Musée égyptien de Berlin

Un autre vizir est attesté pour son règne, Pehenoukaï, dont le mastaba a livré toute une série de titres et fonctions qui démontrent leur multiplication sous le règne de Néferirkarê. On citera en plus de la fonction prestigieuse de vizir, celles de Chef du Double Grenier, Chef du Double Trésor, Directeur des places des offrandes, fonctions qui le placent à la tête de l'administration du Trésor. D'autres fonctions le rattachent directement au roi comme celles de Chef de tous les travaux du roi, soit l'architecte des monuments du règne dont notamment la pyramide royale, chef des écritures du roi et des secrets des paroles du roi qui font de Pehenoukaï le secrétaire particulier du souverain[15].

Certains dignitaires entament leur carrière sous son règne comme le magistrat Ti dont le tombeau à Saqqarah a livré des marques de carrier au revers des blocs constituant le massif de son mastaba avec le cartouche du roi, attestant que la commande du tombeau avait bien eu lieu sous ce règne[7].

Outre ces cas célèbres et touchant à la haute sphère de la cour royale, on a retrouvé le nom de Néferirkarê accompagné ou non de son deuxième nom Kakaï dans de nombreux mastabas de la période et le roi jouira d'une certaine popularité tout au long de la Ve dynastie.

Il épouse une noble dame nommée Khentkaous qui en raison de son homonymie avec la première du nom, enterrée elle à Gizeh, a jeté un peu plus le trouble dans l'épineux problème que soulève l'existence des deux personnages fréquemment identifiés comme étant une seule et même personne par les auteurs et historiens de l'Égypte antique[16]. Ce sont les découvertes du complexe de l'épouse de Néferirkarê à Abousir qui ont permis d'écarter définitivement cette hypothèse et de restituer à cette Khentkaous deuxième du nom sa place éminente au sein de la Ve dynastie. Elle aura deux fils de son union avec le roi : Neferrê qui succédera à son père sous le nom de Néferefrê et Niouserrê qui montera à son tour sur le trône d'Horus suite au décès prématuré de son aîné[17].

Comme son prédécesseur Sahourê, Néferirkarê choisit le site d'Abousir pour édifier son complexe funéraire.

Sépulture[modifier | modifier le code]

La pyramide de Néferirkarê est placée à la vingt et unième position dans la liste que Karl Richard Lepsius établit lors de l'expédition qu'il mène en Égypte en 1842 pour le compte du roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV.

Comme pour l'ensemble du site d'Abousir il faut attendre les fouilles de Ludwig Borchardt au début du XXe siècle pour mieux connaître le monument et identifier son propriétaire comme étant le troisième souverain de la Ve dynastie[18].

Ces premières études révèlent que la pyramide et son temple funéraire, à l'aspect très ruiné aujourd'hui, sont restés inachevés. Le programme architectural promettait pourtant d'être ambitieux tant par les dimensions du temple funéraire que celles de la pyramide, qui si elle avait été achevée aurait atteint des proportions proches de celle de Mykérinos située plus au nord à Gizeh.

Les gradins qui forment le cœur du monument avaient à peine reçu les premières assises du revêtement qui aurait conféré à la pyramide son aspect à faces lisses, revêtement qui comme pour Mykérinos était conçu pour les premières assises en granite rouge d'Assouan.

Le temple funéraire commençait à s'élever depuis le fond du sanctuaire, mais le trépas du roi interrompit le chantier et ce sont les successeurs de Néferirkarê qui l'achèveront dans des matériaux moins nobles comme le bois pour les colonnes ou les briques crues pour les murs.

Le monument est surtout célèbre pour la découverte à la fin du XIXe siècle de plusieurs lots de papyri conservant les archives du temple, resté en activité jusqu'à la fin de l'Ancien Empire

Références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Allen.
    Autres avis de spécialistes : -2475 à -2465 (Krauss), -2492 à -2483 (Redford), -2458 à -2438 (von Beckerath), -2435 à -2425 (Malek), -2452 à -2442 (Dodson)
  2. Cf. M. Verner, ch. III, Under the Sign of the Sun, p. 71.
  3. Cf. Archaeogate Egittologia: La chaussée de Sahourê
  4. Cf. G. Daressy
  5. J.H. Breasted, § 164, p. 70
  6. J.H. Breasted, § 167, p. 72
  7. a et b E. de Rougé, p. 81
  8. K. R. Lepsius, § 95, p. 116, Bl. 43 et E. de Rougé, p. 82
  9. E. de Rougé, p. 88
  10. Voir notamment le cas de Pehenoukaï, vizir, prêtre du culte d'Ouserkaf sous les règnes de Sahourê et Néferirkarê Kakaï ; cf. K. Sethe, Ch. 1, § 30
  11. Cf. S. Labbé-Toutée & C. Ziegler, § Stela of Ra-wer, p. 396
  12. E. de Rougé, p. 70
  13. J.H. Breasted, § 260, p. 118
  14. J.H. Breasted, § 242, p. 111
  15. E. de Rougé, p. 83
  16. Baptisé le problème Khentkaous, l'identification d'une deuxième Khentkaous a permis de résoudre une partie de l'énigme posée par l'apparition de ces souveraines au nom et titre identiques à des moments clefs des IVe et Ve dynasties
  17. Cf. M. Verner
  18. Cf. L. Borchardt

Bibliographie[modifier | modifier le code]