Ptolémée IV

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Ptolémée IV
Buste de Ptolémée IV
Buste de Ptolémée IV
Fonctions
Pharaon d'Égypte
222204 avant notre ère (18 ans)
Prédécesseur Ptolémée III Évergète Ier
Successeur Ptolémée V
Biographie
Dynastie Lagides
Date de naissance v. 244 avant notre ère
Date de décès 204 avant notre ère
Père Ptolémée III Évergète Ier
Mère Bérénice II de Cyrène
Grand-père paternel Ptolémée II Philadelphe
Grand-mère paternelle Arsinoé Ire
Grand-père maternel Magas
Grand-mère maternelle Arsinoé
Fratrie Arsinoé III
Conjoint Arsinoé III Théo Philopator
Enfant(s) Ptolémée V
Deuxième conjoint Agathocléa[1]?

Ptolémée IV Philopatôr (en grec : Πτολεμαίος Φιλοπάτωρ) est un pharaon de la période lagide. Son épithète Philopatôr signifie : « qui aime son père ».

Les sources antiques désignent souvent son règne comme le début du déclin de l'Égypte ptolémaïque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un héritier[modifier | modifier le code]

Voir l’article annexe : Arbre généalogique des Lagides.

Ptolémée IV Philopatôr est le fils aîné de Ptolémée III Évergète et de la reine Bérénice II de Cyrène. Il naît probablement en mai/juin 244 avant notre ère mais la date de naissance n'est pas connu avec certitude. [2]

La source principale d'informations concernant Ptolémée IV est tirée d'un ouvrage d'Ératosthène, un savant grec originaire de Cyrène ; aujourd'hui perdu, le texte était consacré à Arsinoé III, sœur et épouse de Ptolémée IV. Ératosthène est notamment connu pour avoir calculé la valeur du méridien terrestre et pour avoir dirigé la bibliothèque d’Alexandrie. Le jeune Ptolémée fut son disciple, son père l'ayant fait venir en Égypte pour être son précepteur. Par son enseignement, Ptolémée était cultivé, il vénérait Homère et composa même une tragédie qu'il nomma Adonis[3].

Polybe fait du règne de Ptolémée IV la charnière du déclin chez les Lagides, par sa débauche et son désintéressement des affaires du pays. Ce jugement inspirera les jugements des auteurs antiques par la suite, Plutarque, Trogue-Pompée, Strabon, Jean d'Antioche, Saint Jérôme ou Appien.

Cependant aujourd'hui, les historiens contemporains nuance le déclin lagide sous Ptolémée IV, qui a probablement débuté avant son règne. Il n'en reste pas moins que Ptolémée IV est considéré comme un roi médiocre.

Arrivée au pouvoir[modifier | modifier le code]

Il arrive au pouvoir entre le 18 octobre et le 31 décembre 222 ou en février 221, à la mort de son père[4].

En 221, afin de consolider et d'éviter toute contestation possible de son pouvoir, il fait massacrer une grande partie de sa famille susceptible de lui subtiliser le pouvoir, dont sa propre mère, Bérénice II de Cyrène, le fils de celle-ci Magas, fruit d'un premier mariage avec Démétrios Kallos, demi-frère du roi de Macédoine Antigonos Gonatas, ainsi que son oncle Lysimaque alors gouverneur de Coptos depuis 240. Ces assassinats sont, en grande partie, orchestrés par ses deux conseillers Sôsibios et Agathoclès, en place depuis le règne de son père. La principale hypothèse pour justifier ces assassinats est que la reine Bérénice désirait mettre en avant Magas son premier fils, qui avait de solides appuis militaires [5].Sôsibios, intelligent mais sans scrupule, aurait manœuvré alors à des moyens extrêmes pour sauvegarder son pouvoir et conserver son influence sur le jeune roi. Cet épisode tragique symbolise la grande importance de ses ministres tout au long de son règne.

Vers 220, il se marie avec sa sœur Arsinoé III, troisième du nom. Ils ont un fils, Ptolémée V, successeur légitime. Peu après la mort de son frère-époux, Arsinoé meurt assassinée en 204.

En 219, le même Sôsibios conduit la politique du pays, orchestrant la déchéance et la mort du roi de Sparte déchu, Cléomène III, alors réfugié en Égypte et qui avait tenté de soulever Alexandrie contre son roi.

La même année, le ministre organise la riposte contre Antichios III, qui a prit la ville de Seuleucie et qui a envahit le Liban. C'est le prélude à la quatrième guerre de Syrie

La bataille de Raphia[modifier | modifier le code]

Le monde méditerranéen en 218 avant notre ère

Les manœuvres de Sôsibios permettent à l'Égypte de mettre sur pied une armée en enrôlant des indigènes égyptiens, une première sous un gouvernement ptolémaïque. Deux années plus tard, le 22 juin 217, l'Égypte triomphe de sa rivale séleucide sur le champs de bataille de Raphia.

En effet, pendant la Quatrième guerre Syrienne (219-217), après des revers initiaux et la perte de Séleucie de Piérie, Ptolémée IV remporte une victoire en Palestine, à Raphia sur le roi Séleucide, Antiochos III. Ptolémée participe à la bataille[6] avec 45 000 fantassins dont 20 000 égyptiens équipés en hoplites, 5 000 cavaliers et 70 éléphants contre des forces quasi équivalente[7]. La bataille était mal engagée, mais les égyptiens selon les écrits de Polybe, ont reprit le dessus, remporté la bataille et sauvé l'Égypte de l'invasion.

La victoire de Ptolémée IV lui permet de récupérer toutes ses possessions en Syrie a l’exception de Séleucie de Piérie. Il ne pousse pas son avantage et un armistice met fin à la guerre.

La province de Syrie sera conservée jusqu'en -198, lorsque Antiochos vaincra l'armée de son fils Ptolémée V à la bataille de Panium.

Cependant, aux yeux de Polybe, la victoire remportée par le jeune roi à Raphia face à son ennemi séleucide ne trouve guère grâce à ses yeux. Pour le grec, Il profitait d'avoir en face de lui deux souverains jeune et inexpérimentés, Philippe V en Macédoine et Antiochos III en Syrie.

Le succès de Raphia n'offre cependant qu'un sursis à la domination égyptienne en Cœlé-Syrie.

Un roi peu concerné[modifier | modifier le code]

Un grand nombre d'historiens de l'antiquité ont décrit de façon négative le règne de Ptolémée IV Philopatôr. Ces jugements proviennent en grande partie de l’image que s’en était faite Polybe non seulement au sujet de sa vie dissolue, des crimes qu’il perpétra mais également de son bilan politique.

Le portrait tracé par Polybe décrit un roi fêtard, absolument pas concerné par la politique extérieure et qui laissait la conduite des affaires à ses proches conseillers, préférant lui-même se consacrer à des beuveries, «des amours inconvenantes et de ses ivresses (methai) déraisonnables et perpétuelles» et des fêtes (les panègurikôteros) . De cette négligence, en résultait donc une dégradation de la situation politique égyptienne.

Polybe attribue une maîtresse royale à Ptolémée, Agathocléa. Il s'agit de la jeune sœur de son ministre et conseiller Agathoclès. Celle-ci, dit Polybe, « dominait le roi et bouleversait tout le royaume. »

Plutarque (Vie de Cléomène) décrit la débauche de la cour lagide dans des termes semblables :

« Car le roi était si ravagé par les femmes et les beuveries que lorsqu'il était sobre et même lorsqu'il était plein d'ardeur, il célébrait les fêtes et quêtait dans son palais avec un tambourin tandis qu'il abandonnait les affaires les plus importantes de son empire à sa maîtresse, Agathocléa, à la mère de celle ci et à Énanthès. »

En plus des fêtes, Ptolémée se consacre également au culte dionysiaque, dont il ordonne le recensement des desservants par une ordonnance retrouvée (prostagsma : C.Ord. Ptol. 29, entre 215 et 205). Ptolémée IV porta même le surnom de Néos Dionysos[8].

Une fin de règne tourmentée[modifier | modifier le code]

Après la bataille de Raphia, des troubles intérieurs émergent en Égypte ainsi qu'un amoindrissement de l'autorité lagide. En effet, malgré la victoire à Raphia, c'est la première fois qu'un souverain égyptien a sollicité des mercenaires égyptiens afin de compléter son armée. Ces indigènes égyptiens vont utiliser la victoire de Raphia pour réclamer plus de droits pour leurs peuples. Cela va mener à plusieurs soulèvements indigènes successifs, ce qui va conduire l'Etat à faire des concessions envers les intérêts locaux, notamment sacerdotaux[9]. À partir de 207, la Haute-Égypte entre ainsi en sécession sous l'autorité de Hérouennéfer, chef militaire d'origine nubienne[10].

La révolte égyptienne était précédé d'un signe avant-coureur. En effet, les dépenses de la guerre ont provoquées une inflation dans le pays. Pour la régulariser, on procède à la dévaluation de la monnaie de bronze, jusqu'à alors isonomos, c'est à dire de valeur équivalente à celle d'argent :

En 216, le statère qui valait auparavant quatre drachmes, deux oboles et un demi bronze en vaut désormais quatre fois plus, à savoir seize drachmes de bronze. Et en 210, le diocète Théogénès crée la drachme-cuivre, valant un dixième de l'ancienne obole de bronze qu'elle remplace (soixante drachmes-cuivres équivalent désormais à l'ancienne drachme de bronze). L'argent, thésaurisé, se raréfie dans la chôra, même s'il reste la référence à l'extérieur, où l'Égypte de Philopator demeure, mais pour peu de temps encore, une puissance reconnue[11].

Le pharaon meurt prématurément, probablement au cours de l'été 204[12] de cause inconnue.

Son fils Ptolémée V, encore enfant, est proclamé roi le 8 septembre[réf. nécessaire] 204.

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature dans l'Égypte antique.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Certains spécialistes lui attribuent une autre épouse ou concubine, en 213/212 avant notre ère, Agathocléa, fille d'Œnanthès, la sœur de son ministre Agathoclès.
  2. Will 2003 T2 p. 28.
  3. Grandjean, Hoffman, Capdetrey, Carrez-Maratrey, Le Monde Hellenistique.
  4. Will 2003 T2 p. 26.
  5. Lefebvre p.99.
  6. Will, T2, p. 37.
  7. Polybe, Histoire, V,17.
  8. À la table des rois, p. 180.
  9. Will, T2, p. 40-41.
  10. Will, T2, p. 41.
  11. Le Monde Héllénistique
  12. Will, T2, p. 108.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source antique 
  • Polybe, Histoire.
Ouvrages généraux 
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Paris, Seuil, coll. « Points Histoire »,‎ (ISBN 202060387X).
  • Grandjean, Hoffman, Capdetrey, Carrez-Maratray, Le Monde Hellénistique, Armand Colin, collection U.
Ouvrages spécialisés 
  • Ludovic Lefebvre, « Polybe, Ptolémée IV et la tradition historiographique », ENIM 2, 2009, p. 91-101.
  • Catherine Grandjean, Anne Heller, Jocelyne Peigney, À la table des rois, luxe et pouvoir dans l'œuvre d'Athénée, collection table des hommes, presses universitaire de Rennes et presse universitaire François-Rabelais.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]