Sahourê

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Statue de Sahourê

Sahourê est le second souverain de la Ve dynastie (Ancien Empire), mais il est le premier à choisir le site d'Abousir pour construire sa pyramide. Il succède à Ouserkaf et précède Néferirkarê Kakaï. Il règne de -2458 à -2446[1].

Généalogie[modifier | modifier le code]

Sahourê vêtu du manteau de la fête-Sed et portant la couronne rouge de Basse-Égypte
Sahourê
Naissance Date inconnue Décès Date inconnue
Père Ouserkaf Grands-parents paternels
Chepseskaf
Khentkaous Ire
Mère Néferhétepès Grands-parents maternels
Djédefrê
Khentetenka
Fratrie Fratrie inconnue
1re épouse Néferthanebty Enfant(s) Netjerirenrê
Néferirkarê Kakaï (filiation très discutée)
Ranéfer Khakar (identifié parfois au précédent)
Horemsaf
Nebânkhrê
Chepseskarê ?
2e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
3e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
4e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
5e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
6e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
7e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
8e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
Mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
2e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
3e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
4e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu

L'identité des parents de Sahourê a été mise en lumière récemment à la suite des découvertes réalisées à Saqqarah et à Abousir dans les temples funéraires royaux dont le sien propre :

  • À Saqqarah dans le temple funéraire de la pyramide d'Ouserkaf où le cartouche de Sahourê a été retrouvé confirmant que ce dernier avait achevé le complexe de son prédécesseur direct et supposant ainsi un lien de filiation direct[2] ;
  • Non loin de ce site, les fouilles du temple funéraire de la pyramide de Néferhétepès, l'épouse d'Ouserkaf, ont révélé que le monument avait subi des modifications substantielles de son plan peu de temps après son édification. L'ajout, notamment d'un vestibule à colonnes dont le style est identique à celui des colonnes du temple funéraire de Sahourê, apporte un second indice favorisant l'hypothèse de la filiation entre ces différents personnages royaux[2] ;
  • C'est à Abousir que la preuve définitive a été trouvée parmi les découvertes récentes du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes faites dans le temple funéraire de la pyramide de Sahourê. De nouveaux blocs décorés appartenant à la chaussée du temple, et ayant échappé aux fouilles du siècle dernier, ont été mis au jour révélant de nouveaux pans entiers du programme décoratif du monument déjà bien documenté par les travaux de Ludwig Borchardt. Parmi ces scènes inédites figurent celles représentant la famille royale. Néferhétepès y est représentée portant le titre de Mère royale[3]. Cette découverte permet ainsi de compléter le puzzle jusque-là supposé avec les trouvailles de Saqqarah[4].

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature dans l'Égypte antique.

Règne[modifier | modifier le code]

Sahourê tirant à l'arc. Relief provenant de son temple funéraire à Abousir - Musée égyptien de Berlin
Sahourê
Période Ancien Empire
Dynastie Ve dynastie
Fonction IIe pharaon de la dynastie
Prédécesseur Ouserkaf
Prise du pouvoir
Dates de règne -2458 à -2446 (selon J. P. Allen)
-2490 à -2475 (selon R. Krauss)
-2506 à -2493 (selon D. B. Redford)
-2471 à -2458 (selon J. von Beckerath)
-2447 à -2435 (selon J. Málek)
-2464 à -2452 (selon A. D. Dodson)
Durée du règne treize ans (selon Manéthon), douze (d'après le papyrus de Turin), moins de quatorze (d'après la pierre de Palerme)
Successeur Néferirkarê Kakaï
Passation du pouvoir
Sépulture Non trouvé
Date de découverte Inconnue
Découvreur Inconnu
Fouillée par ?

Comme pour son prédécesseur, la durée du règne de Sahourê est encore sujette à discussion, cependant dans son cas, les sources et les hypothèses semblent mieux concorder. Manéthon le nomme Secheres et lui donne treize années de règne. Le papyrus de Turin, document établi au Nouvel Empire lui en accorde douze. La pierre de Palerme, liste et annales dynastiques établies à l'Ancien Empire, mentionne comme dernière année enregistrée dans les annales de la dynastie pour le règne du roi, l'an quatorze, neuf mois et six jours[5]. Cette citation semble préciser le moment exact ou le roi mourut[6].

Le roi Sahourê lance des expéditions militaires contre les libyens qu'il immortalise dans des scènes de son temple funéraire, consacrant aux dieux les prisonniers qu'il rapporte en butin. Il obtient la suzeraineté de l'Égypte sur Byblos et d'autres scènes de son temple funéraire trouvées par Ludwig Borchardt présentent des navires transportant un chargement qui est interprété comme étant du cèdre du Liban. Il aurait épousé une princesse phénicienne. Il organise également une expédition vers le pays de Pount, fait qu'il relate dans son temple funéraire à Abousir et qui viennent compléter les découvertes précédentes[4].

La flotte de Sahourê de retour d'une expédition à Byblos

Ces scènes inédites représentent le retour de l'expédition formée par des navires de haute mer chargés des biens précieux rapportés depuis cette lointaine contrée, dont des animaux exotiques ainsi que des arbres à myrrhe, essence qui ne poussait pas en Égypte. Sahourê semble s'être particulièrement et personnellement intéressé à ces arbres car il s'est fait représenté dans son palais les cultivant en présence de son entourage, se vantant d'être le premier souverain à avoir réussi cet exploit[7]. Cette expédition est par ailleurs citée par les annales de la dynastie conservées sur la Pierre de Palerme, qui mentionnent à la treizième année du règne un tribu versé par le pays de Pount consistant en quatre-vingt mille mesures de myrrhe, en électrum et autres produits précieux. Cette même année est aussi l'occasion du septième grand recensement du bétail[8].

Une grande inscription du Ouadi Maghara relate le passage d'une expédition organisée dans la péninsule[9]. Cette inscription donne la titulature complète du souverain et précise qu'il écrasa « tous les asiatiques de tous les pays étrangers », proclamation sans doute exagérée mais qui peut très bien faire référence à une mission de pacification des tribus nomades de la région afin d'assurer les débouchés vers le Levant et les mines de turquoise du Sinaï[10].

D'un point de vue religieux, on note le renforcement de l'influence du clergé d'Héliopolis sous son règne. Les sources indiquent qu'il a fait bâtir un temple solaire nommé Sekhet-Rê, c’est-à-dire le Champ de Rê, qui n'a pas été retrouvé pour le moment et qu'il faut certainement chercher sous les sables du désert occidental entre les sites d'Abou Ghorab et d'Abousir. Ce temple est cité dans les annales royales lors de la cinquième année du règne, désignant par ailleurs les noms des divinités et Hathor qui y étaient adorées ce qui précise encore davantage le rôle de ces sanctuaires dynastiques. Cette même source nous informe par ailleurs qu'un culte à la déesse Hathor était également rendu dans le temple de la pyramide du roi à Abousir. D'autres divinités sont également honorées par des dons d'offrande telles que Nekhbet, Ouadjit ainsi que la grande Ennéade d'Héliopolis[11].

Plusieurs dignitaires contemporains de son règne sont connus et se font aménager leur mastaba à Saqqarah ou Abousir :

Sahourê épouse une dame de la cour, Néferthanebty, avec laquelle il aura au moins deux fils. L'aîné Netjerirenrê, héritier en titre, meurt avant son père et c'est donc le cadet alors nommé Néferrê qui lui succédera sous le nom de Néferirkarê. Les égyptologues supposent également que Chepseskarê qui règnera un temps après Néferirkarê était un jeune fils de Sahourê né tardivement d'une épouse secondaire.

Sahourê choisit le site d'Abousir pour édifier son complexe pyramidal, et à dater de son règne, fixe le plan principal de tous les autres complexes pyramidaux qui seront bâtis à sa suite.

Au vu de l'intérêt particulier que la Ve dynastie a eu pour ce site accessible depuis une retenue d'eau du fleuve qui formait un véritable lac, il est probable que le palais royal se situait à proximité en contrebas du plateau rocheux sur lequel les mausolées royaux sont édifiés, dominant une ville de pyramide, cité toute consacrée au chantier du règne. Le nom de ce palais était Outjes-néferou-Sahourê, littéralement Loués soient les beautés de Sahourê[18].

Sépulture[modifier | modifier le code]

Le pyramide de Sahourê fait figure d'archétype du complexe pyramidal égyptien de la Ve dynastie.

Le monument a été identifié comme étant une pyramide pour la première fois par Karl Richard Lepsius et porte alors le numéro dix-huit sur la liste des pyramides égyptiennes qu'il réalise lors de l'expédition prussienne de 1842.

C'est Ludwig Borchardt qui identifie son propriétaire et fouille l'ensemble de manière exhaustive au début du XXe siècle, publiant ses travaux par une série d'ouvrages qui feront date dans le monde égyptologique. Il découvre ainsi un ensemble funéraire royal complet composé d'un temple de la vallée, d'une chaussée ascendante de plus de deux cents mètres de longueur et un temple funéraire accolé à la pyramide ruinée du roi. Ces fouilles révèlent en outre des éléments architecturaux imposant comme des colonnes palmiformes et des architraves colossales en granite rouge d'Assouan, ainsi qu'une grande partie du décor qui couvrait les murs de ces monuments.

Le complexe a été partiellement restauré depuis et au cours des travaux d'aménagement a fait l'objet de nouvelles études et fouilles effectuées par le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes. Au cours de ces travaux de nouvelles parties du décor de la chaussée du complexe ont été mises au jour, dont notamment le transport du pyramidion de la pyramide royale. Deux files de haleurs tirent deux cordes reliées au traîneau sur lequel est déposé le pyramidion. Si cette dernière partie du décor est toujours manquante, l'inscription au-dessus de la scène précise la nature du chargement et que le pyramidion était recouvert d'une feuille d'or[19].

Il s'agit là d'une rare représentation antique d'un chantier de construction d'une pyramide et même si la scène représentée concerne davantage la cérémonie d'accueil au chantier du pyramidion venant en quelque sorte consacrer le monument royal, elle est suffisamment inédite pour être mentionnée.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Allen.
    Autres avis de spécialistes : -2490 à -2475 (Krauss), -2506 à -2493 (Redford), -2471 à -2458 (von Beckerath), -2447 à -2435 (Malek), -2464 à -2452 (Dodson)
  2. a et b cf. J. Ph. Lauer et A. Labrousse.
  3. cf. T. El-Awady
  4. a et b cf. Zahi Hawass & Miroslav Verner
  5. Dans l'étude comparative de la pierre de Palerme et des fragments complémentaires du Caire, Georges Daressy parvient à une quinzième année de règne ; cf. G.Daressy
  6. cf. J.H. Breasted § 162 ; p. 70
  7. cf. T. El-Awady
  8. cf. J.H. Breasted § 161 ; p. 70
  9. cf. K. Sethe Ch.1 § 32
  10. cf. J.H. Breasted § 236 ; p. 108
  11. cf. ibidem § 160, p. 69
  12. cf. K. Sethe Ch.1 § 19
  13. cf. ibidem Ch.1 § 24
  14. cf. ibidem Ch.1 § 25
  15. cf. ibidem Ch.1 § 26
  16. cf. ibidem Ch.1 § 27
  17. cf. ibidem Ch. 1 § 30
  18. Ce nom a été trouvé sur des sceaux de jarres de stockage découvertes dans le temple funéraire de Néferefrê, probable petit-fils du roi, ainsi que sur des blocs de la décoration de la chaussée du complexe funéraire de Sahourê ; cf. M. Verner et Z. Hawass & M. Verner
  19. cf. M. Verner, Ch. III, Expeditions to the Quarries, p. 68 et Ch. VI, Sahure's Pyramid, p. 285.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kurt Heinrich Sethe, Urkunden des Alten Reich, vol. 1, Leipzig, J.C. Hinrichs'sche Burchhandlung,‎ 1903 ;
  • James Henry Breasted, Ancient records of Egypt historical documents from earliest times to the persian conquest, collected edited and translated with commentary, vol. I The First to the Seventeenth Dynasties, The University of Chicago press,‎ 1906 ;
  • Ludwig Borchardt, Das Grabdenkmal des König Sahure - Vol. I. Der Bau - Vol. II. Die Wandbilder, Leipzig,‎ 1910/1913 ;
  • Georges Daressy, La Pierre de Palerme et la chronologie de l'Ancien Empire, vol. 12, Le Caire, BIFAO,‎ 1916 ;
  • Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne [détail des éditions], p. La suprématie héliopolitaine ;
  • Jean-Philippe Lauer & Audran Labrousse, Les complexes funéraires d'Ouserkaf et de Néferhétepès, IFAO,‎ 2000 ;
  • Miroslav Verner, The Pyramids: The Mystery, Culture, and Science of Egypt's Great Monuments, Grove Press,‎ octobre 2001 (ISBN 0802139353) ;
  • Miroslav Verner, Abusir - Realm of Osiris, The American University in Cairo Press,‎ 2002 ;
  • Zahi Hawass & Miroslav Verner, The Treasure of the Pyramids, Vercelli,‎ 2003, p. 260-263 The Surprising Abusir Blocks ;
  • Tarek El-Awady, The Old Kingdom and Archaeology, Prague, Bárta, M.,‎ 2006, p. 37-44 Interpretation of a scene depicting king Sahure with precious trees from Punt.
  • Tarek El-Awady, Abusir and Saqqara in the Year 2005, Prague, Bárta, M., Copens, F., Krejčí, J.,‎ 2006, p. 31-45 The Royal Family of Sahure : New Evidence.