Seth

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Seth
Divinité égyptienne
Image illustrative de l'article Seth
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) « dieu rouge »
dieu « grand de force » (ˁȝ phty)
Nom en hiéroglyphes
sw W t
x
E20 A40

ou
s t
S

ou
z
t
X
Translittération Hannig Swtḫ
Représentation oryctérope du Cap ou chacal
Région de culte Égypte antique

Seth est une divinité de la mythologie égyptienne. On l'appelle aussi le « dieu rouge », le dieu « grand de force » (ˁȝ phty), maître du tonnerre, de la foudre et du désordre, dieu du désert et de l'aridité, des pays étrangers.

Il est associé aux étrangers. Il s'agit d'un dieu complexe dont le rôle et la place dans le panthéon égyptien ont beaucoup évolué et se sont progressivement renversés. Originellement conçu comme un dieu du désert de la Haute-Égypte, il représente la nature brutale et hostile, et est opposé à Horus et Osiris, dieux de Basse-Égypte et associés au Nil et à la terre fertile et nourricière. Protecteur de , il combat le serpent Apopis et participe donc à la bonne marche du monde. Bien qu'inquiétant et lié à des forces aveuglément destructrices, il n'est pas associé particulièrement à des forces maléfiques.

Après l'unification du pays, Seth est plus particulièrement associé au mythe de la vengeance d'Horus et au meurtre d'Osiris, afin de prendre le pouvoir sur toute l'Égypte. Il devient alors un dieu moralement ambigu et dangereux, mais conserve des attributs positifs de défenseur de Ra, et toujours susceptible de protéger l'Égypte des forces naturelles qu'il contrôle. Resté l'une des figures principales de la religion, les Égyptiens le vénèrent tout en le redoutant. Après la conquête de l'Égypte par les étrangers Hyksôs, il est remis en faveur par la nouvelle dynastie qui l'identifie à son propre dieu principal, dans la nouvelle capitale d'Avaris. Après le renversement de la dynastie Hyksôs, le pays connaît une réaction xénophobe dont Seth, dieu des étrangers, souffre. Il semble alors être particulièrement mal vu et considéré comme un dieu mauvais. Son culte à Avaris se poursuit cependant. Seth connait un autre retour en grâce sous la XIXe dynastie, où des pharaons originaires d'Avaris, les Ramessides, le remettent en honneur. Le fils de Ramsès Ier monte sur le trône en -1294 sous le nom de Séthi Ier, « l'homme de Seth ». Son successeur, Ramsès II, conserve à Seth son statut de dieu protecteur de l'Égypte.

C'est à partir de la troisième Période intermédiaire que l'image de Seth se ternit durablement, peut-être en réaction aux prises de contrôle successives de plusieurs peuples étrangers sur le royaume d'Égypte. Seth, associé aux puissances étrangères, devient l'agent maléfique de la perte du pays. Les mythes relatifs à Seth le dépeignent alors comme ambitieux, comploteur, manipulateur, se concentrant sur l'assassinat de son frère Osiris. Il est alors progressivement confondu avec Apopis, le serpent du chaos, malgré l'ancienne tradition selon laquelle il combattait ce même serpent au nom de Ra. Le monde grec l'identifie à Typhon, monstre primordial du chaos et entité maléfique comparable.

Seth est originellement un dieu du désert, et reçoit la terre stérile, tandis que son frère Osiris bénéficiait des sols fertiles. En tant que tel, il est associé à la Haute-Égypte, aride et désertique, par opposition à Osiris, en Basse-Égypte, associé à l'agriculture et à la fertilité du delta du Nil.

Sommaire

Dénomination[modifier | modifier le code]

Hiéroglyphes[modifier | modifier le code]

Transcription Hiéroglyphe Traduction
Setesh
E21
Seth
Setesh
E20
Seth
Setesh
C7
Seth
Setesh
s t
S
Seth
Zetesh
O34
t
S
Seth
Setekh
s t
F32
Seth
Zetekh
O34
t
F32
Seth
Souty
M23 G43 X1
Z4
Seth
Tableau 1./ Diverses manières d'écrire
en hiéroglyphes le nom de Seth

Les Textes des Pyramides sont les plus anciens écrits religieux de l'Égypte antique. Ils apparaissent gravés sur les murs des salles souterraines des pyramides des pharaons des Ve et VIe dynasties. Dans la pyramide d'Ounas, où ils figurent pour la première fois, le nom de Seth est exclusivement écrit avec le logogramme de l'animal séthien couché sur son ventre. Chez ses successeurs, le théonyme est écrit Setesh avec des signes unilitères. Plus tard, le théonyme s'écrit aussi avec les logogrammes de l'animal assis et de l'homme assis à la tête séthienne. Au cours de l'histoire égyptienne, plusieurs formes du nom coexistent : Setesh / Zetesh, Setekh / Zetekh, Soutekh, Set / Souty, etc[n 1]. Toutes ces formes sont des variantes orthographiques du même nom et ne désignent en aucune manière diverses divinités. À partir du Moyen Empire, la forme Set / Souty tend à se généraliser à côté de la forme Setesh, plus ancienne et traditionnelle. Après la XIXe dynastie, s'installe la forme Setekh / Soutekh. La forme Set / Souty est la marque de l'affaiblissement de la consonne finale. Ce phénomène est probablement apparu en Haute-Égypte où la prononciation peut avoir été Sùt puis Sèt. En Basse-Égypte, la prononciation est restée plus dure sous les formes successives de Sùtekh et Sétekh. Ces variations de prononciation persistent durant l'époque copte dans les différents dialectes de la langue. Le Bohaïrique conserve la dureté de la consonne finale tandis que le Sahidique restitue son amoindrissement[1]. Au cours du Ier millénaire av. J.‑C. lorsque les Anciens Grecs sont entrés au contact des Égyptiens, ils ont restitué le théonyme sous les graphies Sēth (Σήθ) / Sēt (Σήτ)[2].

Signification[modifier | modifier le code]

Transcription Hiéroglyphe Traduction
ih
M17 O4 C7
S12
maladie
inedj
M17 K1
M35
I10 C7
être
affligé
mer
U23 G17
D21
C7
être cruel,
malade
peryt
O1
D21
M17 M17 X1 C7
crise
neshni
N35
N37
N35
Z4
E21
rage,
désastre
neqem
N35
N29
G17 C7
souffrir
khenen
D33
N35
N35
E21
A24
pertuber,
tumulte
qeri
N29
D21
M17 E21
orage,
nuage
keha
V31
O4
G1 E20 A24
rugir
nehneh
N35
O4 V1
N35
O4 V1
E20
gronder,
rugir,
tonner
Tableau 2./ Mots du vocabulaire déterminés
par l'animal séthien.

Dans l'état actuel des connaissances, à l'instar d'autres divinités égyptiennes majeures, l'étymologie du nom de Seth reste incertaine. Le grec Plutarque est le premier auteur à fournir une signification en rapportant qu'il s'agit d'un terme qui « signifie force opprimante et contraignante, et veut aussi dire souvent renversement, bond en arrière » (Sur Isis et Osiris, §.49)[3]. Selon les critères scientifique modernes, cette explication tient plus de la pseudo-étymologie. D'après l'égyptologue allemand Hermann Kees elle est néanmoins valable car elle provient des conceptions religieuses égyptiennes tardives et de mots égyptiens qui signifient « embrouiller, morceler ». Dans les textes religieux, les prêtres égyptiens ont usé de jeux de mots où le nom de Seth a été mis en rapport avec les mots tekhtek « mettre en désordre, emmêler », teshtesh « écraser » comme dans la phrase tash ni semaout Setesh « j'ai mis en pièces les compagnons de Seth » (Textes des Sarcophages, chap. 213.i)[4]. Jusqu'à la fin du Nouvel Empire, les lettrés égyptiens ont utilisé l'idéogramme de l'animal séthien comme déterminatif de quelques 25 mots du vocabulaire (voir quelques exemples dans le Tableau 2)[5]. Ces mots recouvrent des notions désagréables et des aspects peu favorables de la réalité. D'une manière évidente, à travers la graphie, la signification de ces mots à été mis en rapport avec l'animal séthien considéré comme étant à l'origine de ces aspects néfastes. Ce groupe de mot fait référence à des comportements humains perturbateurs contraire à la Maât (Harmonie cosmique et sociale) tel la vantardise, la partialité, l'autoritarisme, le rugissement, la cruauté, la crise, le tumulte, le désastre, la souffrance, la maladie et l'affliction. Le dieu Seth a aussi été perçu comme étant à l'origine des perturbations atmosphériques comme la tempête, le tonnerre, les bourrasques de pluie[6].

Figure emblématique[modifier | modifier le code]

Animal séthien[modifier | modifier le code]

 dessin
Animal séthien d'après une tombe de Beni Hassan.

Dès les débuts de l'égyptologie, la morphologie générale de Seth sous sa forme entièrement animale a fortement questionné les savants. Pour les fondateurs de la science comme Jean-François Champollion (1790-1832), Ippolito Rosellini (1800-1843) ou Karl Richard Lepsius (1810-1884) il s'agit d'un animal imaginaire né de l'esprit humain. Leurs successeurs se sont éloignés de cette thèse et ont tenté de déterminer précisément son identité zoologique. La représentation de l'animal séthien, telle qu'elle est connue depuis la IIIe dynastie, lui donne un corps de canidé efflanqué. Son museau est long et courbé, ses oreilles sont droite et tronquées comme aucun animal sauvage n'en est doté. Sa queue est toujours dressée même quand l'animal est figuré couché sur son ventre. Cet aspect étrange fit naître bon nombre de hypothèses. Tour à tour, l'animal été identifié à l'âne, l'oryx, l'antilope, le lévrier, le fennec, la gerboise, le chameau, l'okapi, l'oryctérope, la girafe, le tapir, le lièvre, etc. Il y a cependant toujours eu des égyptologues pour dire que l'animal était fabuleux tels les allemands Ludwig Borchardt (1863-1938) et Günther Roeder (1881-1966). Selon le néerlandais Herman te Velde, auteur en 1967 d'une monographie sur Seth, le hiéroglyphe de l'animal séthien ne représente aucun animal réel et vivant. Des indices laissent même avancer que les Égyptiens le considéraient comme un animal fabuleux. Dans une tombe de Beni Hassan datée du Moyen Empire, des scènes de chasse montrent différents animaux sensés peupler le désert. L'animal séthien, nommé Sha, est suivi d'un canidé à tête de faucon et muni d'ailes et d'un second être, un canidé à tête de serpent. Le débat est cependant loin d'être clos et régulièrement des arguments sont avancé pour identifier l'animal séthien à tel ou tel animal réel[7].

Seth l'oryctérope ?[modifier | modifier le code]

Article connexe : Oryctérope.
gravure en noir et blanc
Oryctérope, vue d'artiste (période contemporaine).
dessin en noir et blanc
Animal séthien figuré sur sur la massue du roi Scorpion II.

En 2005, l'africaniste belge Pierre de Maret, tout en admettant que l'animal séthien soit un être fabuleux et composite, montre que l'oryctérope a sans doute servi de référent zoologique majeur pour cette construction issu de l'imaginaire humain. Mammifère solitaire et fouisseur efficace, l'oryctérope ne sort que la nuit de son terrier pour se nourrir. Son régime se compose principalement de termites, mais aussi de pupes d'insectes et de végétaux divers dont le concombre sauvage. Glouton, son poids peut varier de 40 à 100 kg selon les saisons et la quantité de nourriture disponible. Doté d'une très mauvaise vue mais d'un odorat très fin, l'oryctérope renifle bruyamment le sol lorsqu'il se met à quêter les insectes. Effrayé, ses sursauts sont spectaculaires ; blessé ou apeuré, son cri est sourd proche du hurlement de la hyène. En temps normal, sa démarche rappelle celle des suidés, saccadée, zigzagante et ponctuée de grognements[8].

dessin
Les dieux Seth et Anubis d'après le plafond astronomique de Séthi Ier.

De nos jours, l'oryctérope n'est attesté qu'à travers l'Afrique subsaharienne. Dans la vallée du Nil, il faut ainsi descendre dans les régions méridionales du Soudan pour en rencontrer. L'archéozoologie des sites égyptiens n'a jusqu'à présent pas livré de restes osseux de cet animal. Faute de traces certaines, il est malgré tout possible de croire que les Égyptiens de la période prédynastique, du moins ceux de Haute-Égypte, ont côtoyé et connu l'oryctérope. Selon toute vraisemblance, l'animal est figuré sur quelques vases datés des époques Nagada II (3500-3300 av. J.-C.) et Nagada III (3300-3100 av. J.-C.)[9]. Il disparut d'Égypte après cette période suite aux changements climatiques, son biotope, la savane, faisant progressivement place au désert du Sahara. Les plus anciennes représentations égyptiennes, certaines et connues, de l'animal séthien remontent à la Dynastie 0[10]. La massue de Scorpion II montre un animal massif au dos court, muni de courtes pattes griffues, d'une grosse queue dressée, d'un long crâne surmonté de deux oreilles allongées et d'un museau long en forme de groin. Cette iconographie semble somme toute s'inspirer de l'oryctérope. Avec le temps les représentations évoluent. Au Moyen Empire égyptien, le corps de l'animal séthien devient plus svelte et plus haut sur pattes, sa tête cependant change peu. Durant la période ramesside, il est hautement probable que l'oryctérope ait inspiré l'artiste chargé de peindre le dieu Seth, homme à tête d'animal, qui figure sur le plafond astronomique du tombeau de Séthi Ier. Le souverain se fit peut-être livrer un oryctérope depuis les territoires nubiens les plus reculés ; l'animal pouvant s'adapter à la vie captive[11].

L'oryctérope, un symbole africain contemporain[modifier | modifier le code]

photo d'un animal
Oryctérope.

Si l'identification de Seth à l'oryctérope n'est point certaine, il s'avère que dans l'Afrique contemporaine, nombre de peuples tels les Bambara ou les Tabwa l'ont intégré dans leur pensée symbolique. Son apparence étrange et son comportement effrayant ont engendré nombres de mythes et de croyances à son propos. Une des plus vielle statue en bois d'Afrique centrale le représente. Datée du VIIIe siècle, elle a été découverte dans le lit d'une rivière de l'Angola. Animal hors normes, l'oryctérope est situé par les sages à la frontière entre le village et la savane, entre le monde visible des humains et le monde souterrain des morts. Sa personnalité complexe évoque les couples d'opposition (visible / invisible ; lumière / obscurité ; bon / malfaisant). Certaines facettes de l'oryctérope le rapproche des humains et inspirent la révérence. Tel un humain, il peut se redresser sur ses deux pattes arrières. La femelle, monopare, n'enfante qu'un seul petit, deux plus rarement. Cette fécondité tempérée l'écarte de l'univers sauvage aux naissances innombrables. D'autres caractéristiques inspirent la peur et la méfiance. Animal fouisseur, ses terriers sont de longues galeries labyrinthiques où les chasseurs peuvent s'égarer. Quand aux terriers abandonnés, ils accueillent volontiers les plus redoutables serpents. Animal griffus, l'oryctérope gratte et fouille la terre à la recherche de nourriture. Cette fonction le rapproche des tradipraticiens à la recherche de plantes médicinales mais aussi des agriculteurs occupés à biner dos courbé les champs. Lors de l'initiation, les jeunes Bambara se doivent de séjourner dans ses terriers pour acquérir son endurance au travail, sa science et sa persévérance. Selon les Nyanga, l'oryctérope possède champs et bananeraies et emprisonne, la nuit durant, le soleil dans sa tanière. Chez les Tschokwé, une patte ou une griffe entre dans les objets qui composent le panier du devin en tant que symbole du médecin et du passé oublié. Pour ces derniers comme pour les Rukuba, l'animal symbolise l'autorité qui régule la fécondité, l'ordre et l'harmonie[12].

Mythologie[modifier | modifier le code]

Seth est associé à deux grands mythes :

  • Le mythe héliopolitain qui le met en scène avec , dont il est le petit-fils né de l'union de Geb et de Nout la déesse du ciel. Il est ainsi vu comme un dieu bénéfique représentant la force et l'énergie, défenseur de la barque solaire contre Apophis le serpent, le Mal incarné qui menace l'équilibre du monde. Il s'agit du principal mythe où Seth possède un rôle bénéfique et positif.
  • Le mythe osirien où il assassine son frère Osiris (Ausare), pour régner à sa place et s'oppose à Isis et au fils qu'elle a eu d'Osiris, Horus qui réclame le trône et l'héritage de son père. Suite à la bataille entre Seth et Horus, les dieux examinent la cause et prononcent en faveur de ce dernier qui devient alors roi de toute l'Égypte. Dans ce mythe, Ra défend Seth qui lui est encore fortement associé.

La principale source pour le mythe osirien est le long texte narratif du papyrus Chester Beatty I (XXe dynastie), publié en 1931, que les égyptologues connaissent sous le titre moderne des « Aventures d'Horus et Seth » (« Contendings of Horus and Seth »)[13].

Naissance[modifier | modifier le code]

Seth, fils de Nout[modifier | modifier le code]

Article connexe : Famille osirienne.
dessin colorié
La déesse du ciel Nout séparée de Geb par Shou.

Dès les débuts de la civilisation égyptienne, une des épithètes les plus employées au sujet de Seth est « fils de Nout ». Utilisée sans aucune autre précision, elle est connue pour être le synonyme de « Seth ». Les textes n'évoquent toutefois pas d'amour ou de tendre attachement entre la mère et le fils. Seth et Nout sont deux des neuf divinités de l'Ennéade d'Héliopolis composée d'Atoum le dieu créateur, de Shou et Tefnout (Souffle de vie et Harmonie), Geb et Nout (Sol et Voûte céleste) et des quadruplés Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Atoum donna naissance à un couple mâle et femelle, Shou et Tefnout, en éjaculant dans sa main. À leur tour, ces jumeaux donnèrent naissance à un couple, Geb et Nout. Dès sa naissance, Seth perturbe le processus régulier de la création en venant au monde d'une manière hors norme. Selon le grec Plutarque, auteur au IIe siècle d'un traité sur la mythologie égyptienne, Seth, qu'il assimile à Typhon, est né le troisième des cinq jours épagomènes[n 2] :

« Le troisième jour vint au monde Typhon, non pas à terme ni par la voie commune, mais en s'élançant à travers le flanc maternel, qu'il avait ouvert et déchiré en le frappant d'un grand coup. »

— Plutarque, Isis et Osiris (extrait du §.12), traduction de Mario Meunier[14].

L'affirmation du grec Plutarque semble s'appuyer sur une très ancienne tradition égyptienne. Dès le XXIVe siècle av. J.-C., dans les Textes des Pyramides, le mot mesi « naissance, être né » est évité quant à l'apparition de Seth. Lorsque l'âme du roi Ounas (Ve dynastie) entame son ascension au ciel, elle est comparée à Seth, le dieu fort en magie (Our-hekaou) que sa mère enceinte a violemment vomi[15] :

« Tu t'es pourvu de Our-hekaou, celui qui se trouve dans Ombos, Seigneur de la Haute-Égypte. On ne détachera pas à cause de toi. On ne sentira pas mauvais à cause de toi. Vois donc, tu es un ba, tu es plus puissant que les dieux de Haute-Égypte et que leurs esprits-akh, toi que la parturiente a vomi, tu as fendu la nuit. Tu t'es pourvu de Seth qui a été stoppé ! Combien est prospère celui qu'Isis a loué ! »

— Textes des Pyramides, extrait du chap. 222. Traduction de Raphaël Bertrand[16].

Provocateur d'avortement[modifier | modifier le code]

Article connexe : Avortement.
photo d'une statuette

Dans le mythe, l'apparition à l'existence de Seth est violente et inopportune. Cet épisode fit craindre les femmes égyptiennes que le dieu soit une puissance malsaine cause d'avortement et de fausse couche. Une formule des Textes des Sarcophages datée du Moyen Empire égyptien, nous informe qu'Isis, durant sa grossesse, était dans la peur de Seth et qu'elle craignait pour la vie de son fœtus, le futur Horus fils d'Osiris. La déesse se présente devant Atoum-Rê afin qu'il ordonne qu'aucun dieu ne fasse du tord à l'enfant à venir[17] :

« Je suis Isis, plus Bienheureuse et Vénérable que les dieux. Le dieu qui est à l'intérieur de ce ventre qui est mien, c'est la semence d'Osiris ! » Rê-Atoum dit alors : « Que tu sois enceinte signifie que tu caches aux dieux, ô jeune fille, que tu mets au monde, que tu es enceinte et que c'est la semence d'Osiris ! Que ne vienne pas cet antagoniste (= Seth) qui a tué son père pour briser l'œuf pendant sa jeunesse ! Que le Grand de magie-hékaou (= Thot) monte la garde contre lui ! » « Obéissez à cela, dieux ! » dit Isis puisque Rê-Atoum, le Maître du Château des Voraces, a parlé, et qu'il a ordonné pour moi qu'on protège mon fils à l'intérieur de mon ventre ! »

— Textes des Sarcophages, extrait du chap. 148. Traduction de Claude Carrier[18].

Selon Plutarque, la déesse Taouret était la concubine de Seth mais elle le quitta lorsque Horus entreprit de le capturer afin de pourvoir monter sur le trône royal (Sur Isis et Osiris, §.19). L'égyptologue néerlandais Herman te Velde[19] explique cette affirmation en avançant que la déesse hippopotame, toujours figurée comme étant gravide, est la protectrice des femmes enceintes, par conséquent une puissance divine située à l'opposé de Seth. Dans le vocabulaire égyptien, le mot hai signifie à la fois « Homme » et « commettre l'avortement » tout en étant l'un des surnoms de Seth. Un papyrus magique tardif à présent conservé au Musée égyptologique de Turin fait d'ailleurs dire à ce dernier[20] :

« Je suis un Homme d'un million de coudées, dont le nom est « jour de malheur ». Pour ce qui est du jour de naissance ou de conception, il n'y a aucune naissance et les arbres ne porteront aucun fruit. »

— Papyrus magique de Turin (extrait).

Meurtre d'Osiris[modifier | modifier le code]

Complot familial[modifier | modifier le code]

Les Anciens Égyptiens n'avaient pas pour coutume de narrer longuement les épisodes mythologiques néfastes. À propos du meurtre d'Osiris par Seth, les écrits religieux comme les Textes des Pyramides ou le Livre des Morts se contentent de quelques obscures allusions et ne nous apprennent pratiquement rien des détails de cet épisode crucial. Il faut attendre le IIe siècle de notre ère pour voir le grec Plutarque rédiger un récit cohérent et suivi. Lors d'un complot, Seth apparaît comme un être rusé qui arrive à berner Osiris afin de se débarrasser de lui pour usurper le trône royal :

photo d'une statuette grise
Statuette momiforme d'Osiris.

« Il s'adjoignit soixante-douze complices, et il fut en outre secondé par la présence auprès de lui d'une reine d'Éthiopie, qui s'appelait Aso[n 3]. Ayant pris en secret la longueur exacte du corps d'Osiris, Typhon (= Seth), d'après cette mesure, fit construire un coffre superbe et remarquablement décoré, et ordonna qu'on l'apportât au milieu d'un festin. À la vue de ce coffre, tous les convives furent étonnés et ravis. Typhon alors promit en plaisantant qu'il en ferait présent à celui qui, en s'y couchant, le remplirait exactement. Les uns après les autres tous les convives l'essayèrent, mais aucun d'eux ne le trouvait à sa taille. Enfin Osiris y entra et tout de son long s'y étendit. Au même instant, tous les convives s’élancèrent pour fermer le couvercle. (...) L'opération terminée, le coffre fut porté sur le fleuve, et on le fit descendre jusque dans la mer (...). »

— Plutarque, Sur Isis et Osiris, extrais du §.13. Traduction de Mario Meunier[21]

Dans cette version du mythe, les quadruplés Osiris et Isis, Seth et Nephtys forment deux couples. Après avoir découvert qu'Osiris et Nephtys ont commis l'acte d'adultère, Seth est au comble de la jalousie. Il décide alors de se venger en organisant un complot au cours duquel Osiris sera assassiné en étant noyé dans le Nil. Cependant après de longues recherches, Isis, l'épouse d'Osiris, retrouve le corps de son mari à Byblos et décide de le cacher dans la végétation des marais de Chemnis. Malheureusement, au cours d'une partie de chasse nocturne, Seth tombe par hasard sur la dépouille. Fou de colère, il dépèce le corps en quatorze morceaux puis éparpille les membres à travers tout le territoire égyptien. Au cours d'une seconde quête, Isis reconstitue le cadavre et lui insuffle la vie éternelle. Grâce à sa magie funéraire, elle parvient même à concevoir un fils, Horus. Ce dernier, une fois adulte, fera tout pour devenir le successeur légitime du roi assassiné[22].

Noyade d'Osiris[modifier | modifier le code]

photo d'un paysage
Paysage égyptien

Dès les plus anciens écrits religieux égyptiens, les Textes des Pyramides, des allusions mentionnent le meurtre d'Osiris par Seth. Pour amoindrir la violence du geste, des expressions comme « jeter au sol » ou « couché sur son flanc » paraphrasent le verbe « tuer » :

« Tu es venu chercher ton frère Osiris, quand son frère Seth l'avait jeté sur son flanc de ce côté-là de la terre de Gehesti »

— Textes des Pyramides, §.972

Il semble toutefois que l'épisode de la mort d'Osiris ait connu des variantes discordantes. D'autres allusions rapportent en effet qu'Osiris fut noyé ou, qu'il laissa son corps dériver sur les flots. Il est aussi permis de penser que la noyade et le meurtre sont deux facettes du même événement[23] :

« Je suis l'Incandescent frère de l'Incandescente, le frère d'Isis. Mon fils Horus m'a protégé, avec sa mère Isis, de ce vil ennemi qui a fait ce que vous savez contre moi par Seth, quand il sortit du sein de sa mère, et qui a causé sa noyade, étendu dans les eaux ; ses liens ont été mis à ses mains et ses chaînes à ses bras. Je suis Osiris le plus grand de la corporation, l'Aîné des Cinq, l'héritier de son père Geb. (...) »

— Textes des Sarcophages, formule pour se transformer en Osiris. Extrait du chap. 227. Traduction de Paul Barguet[24].

Mythe originel[modifier | modifier le code]

Les Deux Combattants[modifier | modifier le code]

Seth est un dieu complexe attesté dans l'iconographie dès la période protohistorique (≈ 3300 av. J.-C). D'un point de vue mythologique, il est surtout connu pour être le meurtrier de son frère Osiris et le rival de son neveu Horus pour l'obtention du trône royal. Il apparaît toutefois que la figure d'Osiris n'est apparue que plus tardivement, durant le XXVe siècle av. J.-C. L'intégration de Seth dans la famille osirienne est par conséquent le résultat d'une reformulation théologique. Dans les Textes des Pyramides, les plus anciens écrits religieux disponibles, certaines allusions mentionnent un conflit entre Horus et Seth. Ces données peuvent être vues comme les traces ténus d'un mythe archaïque pré-osirien. Plusieurs expressions lient les deux divinités en un binôme en les appelant les « Deux Dieux », les « Deux Seigneurs », les « Deux Hommes », les « Deux Rivaux » ou les « Deux Combattants ». Le mythe n'est pas exposé en un récit suivi mais seulement évoqué par des bribes éparses[25] :

« Quand aucune colère n'avait encore surgi. Quand aucun cri n'avait encore surgi. Quand aucun conflit n'avait encore surgi. Quand aucune confusion n'avait encore surgi. Quand l'œil d'Horus n'était pas encore devenu jaune. Quand les testicules de Seth n'étaient pas encore impotents »

— Textes des Pyramides, §.1463, Traduction de Christian Bégaint[26].

À partir de ces données, il apparaît que bien avant l'apparition du dieu Osiris au cours de la Ve dynastie, existait un mythe archaïque sans doute élaboré durant la Période thinite (Ire et IIe dynasties) où, déjà, Horus et Seth se chamaillent, se livrent bataille et se blessent l'un l'autre ; le premier perdant son œil, le second ses testicules :

« Horus est tombé à cause de son œil, Seth a souffert à cause de ses testicules »

— Textes des Pyramides, §.679d. Traduction de Bernard Mathieu[27].

Seth ou l'histoire de la défaite de Noubt[modifier | modifier le code]

photo d'un objet en pierre
Palette aux quadrupèdes

Dès les plus anciennes attestations écrites, le dieu Seth est lié à la ville de Noubt (Ombos en grec, Nagada en arabe). À la fin de la période protohistorique, les cités de Noubt et Nekhen, respectivement patronnées par les dieux Seth et Horus, jouent un rôle socio-économique essentiel. D'après certains égyptologues comme l'allemand Kurt Sethe (1869-1934) ou le Gallois John Gwyn Griffiths (1911–2004), le conflit entre Horus et Seth est d'origine politique et reflète les tensions tribales qui existaient alors entre les deux villes. La lutte des « Deux Combattants » symbolise les guerres menées par les fidèles d'Horus contre ceux de Seth avec pour conclusion la victoire de la ville de Nekhen sur Noubt sous le roi Narmer (Ménès). D'autres comme les Néerlandais Henri Frankfort (1897-1954) et Adriaan de Buck (1892-1959) sont revenus sur cette théorie en considérant que les Égyptiens, à l'instar d'autres peuplades antiques ou primitives, appréhendaient l'univers selon des termes dualistes fondées sur des paires contraires mais complémentaires : homme / femme ; rouge / blanc ; ciel / terre ; ordre / désordre ; Haute- / Basse-Égypte, etc. Dans ce cadre, Horus et Seth sont les parfaits antagonistes, les symboles de tous les conflits, de toutes les disputes où finalement l'ordre doit soumettre le désordre sans jamais l’annihiler complètement. En 1967, Herman te Velde estime que le mythe archaïque d'Horus et Seth ne peut pas entièrement se comprendre à partir des événements survenus à l'aube de la civilisation pharaonique. Ses origines se perdent dans les brumes des traditions religieuses de la préhistoire. Un mythe n'est pas inventé mais modifié, de nouvelles variantes se greffant sur les motifs plus traditionnels et anciens[28].

Lumière horienne contre Sexualité séthienne[modifier | modifier le code]

Seth (à gauche) et Horus (à droite) couronnant Ramsès II. Relief d'Abou Simbel.

Depuis les plus anciens textes religieux égyptiens jusqu'aux plus récents, l'œil d'Horus et les testicules de Seth, lumière et sexualité, sont deux symboles contraires appairés. Lorsque l'un domine, l'autre ne peut se manifester et inversement. L'Oudjat (ou Œil d'Horus) est une métaphore complexe, très couramment utilisée par les lettrés égyptiens pour désigner l'astre lunaire et ses différentes phases. L'Œil désigne aussi les offrandes livrées aux dieux lors du culte journalier ainsi que toutes les bonnes choses qui surviennent lorsque règne la Maât (harmonie). Les testicules de Seth représentent la sexualité débridée, les envies sauvages, la confusion des attirances qui doivent être formatées et encadrées avant de pouvoir être fructueuses. Or Seth est un dieu sans limites, irrégulier et confus qui veut avoir des relations tantôt hétérosexuelles, tantôt homosexuelles. Les testicules de Seth symbolisent tant les aspects déchaînés du cosmos (tempête, bourrasques, tonnerre) que ceux de la vie sociale (cruauté, colère, crise, violence). D'un point de vue rituel, les testicules sont la contrepartie de l'Oudjat. Pour que l'harmonie puisse advenir, Seth et Horus doivent être en paix, départagé. Une fois vaincu, Seth forme avec Horus un couple pacifié gage de la bonne marche du monde. Unis, les deux divinités symbolisent la fonction royale. Dès la Ire dynastie, le pharaon régnant est un « Horus-Seth » et la reine, à partir du règne de Khéops est « Celle qui voit Horus-Seth »[29]. L'unification de la Basse et Haute-Égypte sous le terme des « Deux-Terres » est plus qu'un processus historique ponctuel. Il s'agit avant tout de concilier, d'une manière cyclique et renouvelée, les deux pôles opposés de la création en un homme mortel ; le pharaon. Pour assurer la prospérité de son peuple, le souverain intronisé doit à la fois combattre et utiliser la puissance séthienne. Cette violence doit cependant être maîtrisée pour qu'elle puisse être bénéfique à l'ensemble des sujets. Pour ce faire, tel Horus, le roi se doit de chasser la confusion hors du royaume en écrasant les rebelles, en appliquant les lois coutumières et en apaisant les tensions sociales. Cependant, tel Seth, le pharaon se doit aussi de créer le tumulte au sein des peuples étrangers, les rendre inopérant et organiser l'accaparement de leurs richesses par le moyen des recours guerriers comme les expéditions militaires, les raids punitifs, les chasses et les pillages[30].

Violence et confusion sexuelles[modifier | modifier le code]

Les Aventures d’Horus et Seth[modifier | modifier le code]

Parmi les plus remarquables récits hérités de l'Égypte antique figurent Les Aventures d’Horus et Seth. Le texte est consigné sur le papyrus Chester Beatty I et a été publié pour la première fois en 1931 par le Britannique Alan Gardiner (1879-1963). L'auteur et narrateur de ce récit mythologique n'est pas connu. On sait toutefois que le papyrus fut conservé dans une bibliothèque familiale du village de Deir el-Médineh durant l'époque ramesside. Le déroulement de l'intrigue met en scènes une succession d'épisodes où Seth affronte, sans succès, Horus et Isis afin d'obtenir le droit légitime de monter sur le trône jadis possédé par Osiris.

photo d'une statue
Horus, neveu de Seth.

Appuyé par sa mère Isis, Horus fait convoquer le tribunal des dieux afin de régler le contentieux dynastique en suspend depuis 80 années. Le vieux , plutôt favorable à Seth préside les débats, tandis que Thot tient le rôle du greffier. Faute de trouver un accord satisfaisant, les dieux confient à Thot le soin de rédiger une missive à Neith afin de s'enquérir de ses bons conseils. Celle-ci, en réponse propose d'octroyer la couronne à Horus, tandis que Seth devra recevoir les déesses Anat et Astarté comme épouses.

Estimant Horus trop jeune, Rê s'oppose à cette médiation. En retour il se voit gravement insulté par Onouris. Après quelques débats infructueux, Rê décide de déplacer le tribunal dans l'île du milieu (Héliopolis) et accepte la demande de Seth d'écarter Isis des délibérations. Avec ruse Isis se métamorphose en une belle servante, se présente devant Seth et le séduit. Après lui avoir raconté une parabole, Isis berne piteusement Seth en le poussant, malgré lui, à reconnaître la juste légitimité d'Horus. Constatant que Seth s'est déjugé lui-même, Rê donne la couronne à Horus. Dans une colère noire, Seth propose de gagner la couronne lors d'un combat sportif à savoir une épreuve d'apnée sous la forme d'hippopotames. Une intervention d'Isis en faveur de Seth annule l'épreuve. Fâché Horus décapite sa mère et prend la fuite. Seth retrouve son neveu puis arrache et enterre ses deux yeux et retourne se présenter devant le tribunal. Aveugle, Horus recouvre la vue grâce à la médecine d'Hathor. Rê conseille alors à Seth et Horus de se réconcilier lors d'un banquet. Seth invite Horus et, le soir tombé, tente une relation homosexuelle afin de l'humilier et de discréditer ses prétentions au pouvoir[31] :

« Après le temps du soir, on dressa un lit pour eux, et les deux compagnons s'étendirent. Durant la nuit, Seth durcit son membre viril et le plaça en écartant les cuisses d'Horus ; alors celui-ci mit sa main entre ses cuisses et recueillit ainsi sa semence »

— Aventures d'Horus et Seth, extrait. Traduction de Claire Lalouette[32]

Horus déjoue toutefois cet assaut et parvient à berner et humilier son oncle sur les conseils d'Isis qui, entre-temps, à recouvré sa tête grâce à Thot. Après une ultime joute nautique, la dispute est définitivement réglée par Osiris qui, depuis l'au-delà, menace de mettre fin à la fertilité de l'Égypte. Dans la crainte de cette éventualité, les autres dieux couronnent Horus. Seth, définitivement écarté du pouvoir, est appelé par Rê à monter sur la barque solaire et à le défendre contre Apophis. Il devient « celui qui hurle dans le ciel » et ouvre le chemin au soleil. Il remplit alors sa fonction de dieu des tempêtes en déchaînant ses cris sous forme de tonnerre pour écarter le danger[33].

Homosexualité divine[modifier | modifier le code]

Photo d'un bloc gravé
Seth

L'assaut homosexuel de Seth sur son neveu Horus dans les Aventures d'Horus et Seth a d'abord passé pour un trait ribaud isolé qui témoignerait de la culture populaire, ipso facto vulgaire, de l'Égypte tardive (la période ramesside étant l'apogée, et les derniers feux de la période pharaonique). L'éditeur princeps, Alan Gardiner, critiquait ainsi la valeur à la fois littéraire et morale de l'œuvre, qu'il imaginait récitée par un conteur, à la veillée, devant des auditoires de paysans[34]. De même, on a pu estimer que les Aventures, en raison de cet épisode de promiscuité et d'autres passages scandaleux comme la décapitation d'Isis, appartiennent à une branche spéciale de la littérature égyptienne[35]. Mais deux autres passages homosexuels démentent cette conclusion et laissent à penser que l'homosexualité de Seth, tour à tour sexuellement agressif et passif (hemty), doit être un trait de sa personnalité divine comme figure de la confusion et du chaos [36]. Le premier est connu depuis 1898 et figure dans les fragments du Papyrus de Kahun daté du Moyen Empire égyptien. Là, Seth interpelle son neveu en vantant la belle croupe de ce dernier :« La Majesté de Seth dit à la Majesté d'Horus : combien belles sont vos fesses ». Désemparé, Horus raconte à Isis que Seth veut le prendre sexuellement et celle-ci explique à son fils comment le duper durant le rapport :

« La Majesté d'Horus a dit à sa mère Isis... Seth désire avoir des relations avec moi. Et elle lui dit, prends garde, ne t'approche pas de lui à cause de cela ; quand il t'en parlera de nouveau, dis lui : tout bien considéré, c'est trop difficile pour moi à cause de ma nature, puisque tu es trop lourd pour moi ; ma force ne sera pas égale à la tienne, dis lui. Alors, quand il aura constaté ta force, place tes doigts entre tes fesses. Et voilà, ça donnera... et voilà, il jouira excessivement »

— Fragment du Papyrus de Kahoun. Traduction de Christian Bégaint[37].

Le second passage, plus ancien encore, est connu depuis 1977 et seulement publié pour la première fois en 2001. Il s'agit d'un fragment des Textes des pyramides, daté de la Ve dynastie et trouvé dans l'antichambre de la pyramide de Pépi Ier. Seth et Horus sont décrits comme se sodomisant mutuellement, chacun tenant un rôle actif[n 4] :

« Si Horus a amené sa semence dans le postérieur de Seth, c'est que Seth avait amené sa semence dans le postérieur de Horus ! »

— Textes des Pyramides, extrait du chap. *1036. Traduction de Claude Carrier[38].

Naissance du disque lunaire[modifier | modifier le code]

D'après le papyrus des Aventures, lorsque Seth tente de coucher avec Horus, ce dernier parvient à recueillir la semence de son oncle dans ses deux mains. Le jeune dieu, apeuré et ne sachant quoi faire, accourt auprès de sa mère Isis. La bonne déesse, horrifiée, se saisit d'un couteau, tranche les deux mains, les jette dans le Nil et lui en procure de nouvelles[39]. D'après une variante des Textes des sarcophages, sur ordre de , les deux mains purifiées par l'eau du fleuve, sont repêchées par le crocodile Sobek puis réimplantées par Isis à leurs places[n 5]. La mère masturbe alors son fils et recueille sa semence dans un pot.

photo d'une statuette
Thot, dieu-babouin au disque lunaire.

Elle se rend ensuite dans le jardin potager de Seth. Après une discussion avec son jardinier, la déesse apprend que Seth ne mange que des laitues. Alors « Isis mit le sperme d'Horus sur celles-ci. Et Seth vint selon son habitude quotidienne, et mangea les laitues qu'il mangeait habituellement ! Et voici qu'il se retrouva gros du sperme d'Horus ». Ignorant tout de la ruse d'Isis et croyant avoir humilié Horus, Seth convoque Horus devant les dieux afin de se faire couronner pharaon :

« Faites qu'on me donne la fonction de souverain, car Horus que voici, j'ai fait œuvre de mâle contre lui ». L'Ennéade poussa un grand cri. Ils crachèrent à la face d'Horus. Horus rit d'eux. Horus fit un serment par le dieu en ces termes : « Tout ce qu'a dit Seth est mensonge. Faites appeler le sperme de Seth, que nous voyions d'où il répondra, et qu'on appelle le mien, que nous voyions d'où il répondra[40]. »

Thot s'empresse d'appeler la semence d'Horus et elle lui répondit depuis le Nil. Il fait de même pour la semence de Seth :

« Elle lui répondit : « Par où vais-je sortir ? ». Thot lui dit : « Sors par l'oreille ». mais elle répliqua : « Moi, liquide divin, je ne vais tout de même pas sortir par son oreille ! ». Thot lui dit : « Sors par son front ». Elle jaillit sous la forme d'un disque d'or sur la tête de Seth. Seth entra dans une rage folle et tendit la main pour se saisir du disque d'or. Thot le lui enleva et le plaça comme couronne sur sa tête. »

— Les Aventures d'Horus et Seth, extraits. Traduction de Michèle Broze[41].

Thot, fils des Deux Rivaux[modifier | modifier le code]

Thot en adoration devant le disque lunaire ( Oudjat), plafond de Denérah.

D'après les Aventures, lorsqu’après la ruse d'Isis, Thot appelle la semence d'Horus, elle surgit hors du front de Seth sous la forme d'un disque d'or et se place sur la tête de Seth. En colère, il veut s'en saisir mais Thot, plus rapide, la fixe sur sa propre tête telle une couronne. Depuis 1962, grâce à une étude sur les mythes lunaires menée par le belge Philippe Derchain (1926-2012), nous savons qu'il s'agit là d'une tradition relative à l'apparition de la Lune[42]. Ce mythe a traversé tout l'histoire religieuse égyptienne. Déjà dans les Textes des Pyramides, des allusions indiquent que le disque lunaire est identifié à Thot et à l'Oudjat, l'Œil d'Horus. D'autres allusions rapportent que l'Oudjat a été retiré du front de Seth, qu'il est a la merci de sa colère, qu'il peut s'en saisir ou le voler[43]. Le mythe est attesté jusqu'à la période gréco-romaine. À Edfou, une scène montre pharaon offrir de la laitue à Min l’Ithyphallique tout en rappelant la conception singulière du singe Thot :

« Ô Horus, prends la belle plante sur laquelle tu as éjaculé ta semence, elle s'est dissimulée en elle ; Seth l'Efféminé l'a avalé, il en a été fécondé, il a accouché d'un fils mâle qui est sorti de son front sous la forme d'un singe lorsque tu as été légitimé par l'Assemblée divine »

— Temple d'Edfou (E. II, 44). Traduction de Sylvie Cauville[44].

Dans les Textes des Sarcophages, Thot s'adresse à Osiris, tel son petit-fils, lui rappelant sa conception : « je suis le fils de ton fils, la semence de ta semence, celui qui a séparé les Deux Frères ». Dans d'autres textes, le dieu lunaire est appelé le « fils des Deux Rivaux » ou le « fils des Deux Seigneurs qui est sorti du front ». D'autres allusions montrent que le conflit entre Seth et Horus prend fin lorsque Thot s'interpose entre les deux divinités et qu'il parvient à les réconcilier après leur longue querelle[45].

La laitue ou le jaillissement fertilisateur[modifier | modifier le code]

photo d'une laitue
Laitue montée en fleur.

La laitue est dans la mentalité égyptienne un légume symboliquement lié à la fertilité masculine. Aussi, n'est-il pas anodin de voir la déesse Isis verser la semence d'Horus sur un plant de laitue afin de féconder Seth et ainsi le féminiser en l'engrossant. Dans le XVIe Nome de Basse-Égypte, la relique conservée par la ville de Mendès est le phallus d'Osiris. Dans cette ville, le nom de ce phallus fertilisateur et le nom de la laitue plantée dans le jardin sacré sont homonymes en s'appelant conjointement menehep. Ce terme est un composé issu de la racine nehep « jaillir, saillir, féconder » et du préfixe me « dans »[46]. À Mendès, la laitue est mise en relation avec le culte de Banebdjedet, le dieu-bélier considéré comme le réceptacle de l'âme-Bâ d'Osiris. Or, le bélier est un animal à fortes potentialités génésiques. Dans un papyrus ptolémaïque conservé par le Musée du Louvre, Seth de passage dans cette ville tente de détruire la laitue sacrée, signe visible et annonciateur de la venue au monde prochaine d'Horus, son concurrent à la succession d'Osiris[47]. La laitue est aussi mis en rapport avec le dieu Min de Coptos, toujours représenté ithyphallique et souvent avec un jardin de laitue derrière lui. Dans les temples, à Edfou et Dendérah par exemple, des scènes montrent Pharaon offrir des laitues à Min, un don clairement assimilé au phallus. Là, le discourt royal évoque le mythe de la fécondation de Seth l'efféminé par la salade. En retour de son offrande, le souverain égyptien attend de Min qu'il favorise la fertilité masculine[48]. Selon une hypothèse avancée en 1924 par l'égyptologue allemand Ludwig Keimer (1892-1957) l'origine du symbolisme phallique de la laitue résulte du rapprochement entre le lactucarium de la plante et le liquide séminal. Un autre point de vu est défendu en 1985 par Michel Defossez qui met en avant les potentialités de croissance de la salade qui peut « monter » et atteindre, en Égypte, une taille dépassant le mètre, voir le mètre cinquante. Ce même auteur signale que dans l'Égypte contemporaine, la croyance populaire paysanne veut que le fait de manger de la laitue pour un homme le rend susceptible d'engendrer un grand nombre d'enfants[49].

Seth le violeur de déesses[modifier | modifier le code]

relevé d'une stèle
Stèle dédicatoire. En haut, Min, Qadesh, Reshep, en bas Anat.

La sexualité confuse de Seth ne se limite pas à ses débordements homosexuels avec Horus son neveu. Si le grec Plutarque fait de Seth l'époux de Nephtys, les sources égyptiennes, sans contredire ce point, sont cependant assez discrètes. D'après la documentation rencontrée, il serait plus juste de parler d'un lieu commun qui fait de Seth un mâle violeur. Même la déesse Isis a eut maille à partir avec lui. D'après le Papyrus Jumilhac, reflet des traditions du nome cynopolitain, lorsque « Seth vit Isis dans cet endroit, il se transforma en taureau pour courir après elle, mais celle-ci se rendit méconnaissable, en prenant l'aspect d'une chienne, avec un couteau, à l'extrémité de sa queue ». Dans l'impossibilité de la saillir, le taureau souilla de sa semence le sol du désert d'où poussèrent des pastèques au goût amer[50]. D'après une autre source, Seth a également violé son épouse Anat ; il « la monta comme un taureau et saillit comme saillit un bélier. Mais la semence vola à son front et ses sourcils et il gisait dans son lit, dans sa maison ». Malade, Seth se trouve rétablit grâce à la médecine d'Isis. Une légende attribuée au nome tanite par le Papyrus Brooklyn fait de Seth le violeur de la déesse cobra Ouadjet, dame de la ville d'Imet (actuellement Tell Farâoun/Nebesheh), près de Bubastis ; « Il la viola en s'emparant d'elle, et elle devint enceinte de sa semence qui est aussi devenue pour lui Thot qui sort du front ». Les viols d'Anat et Ouadjet se présentent comme des variantes de l'étrange naissance du disque lunaire évoquée par les Aventures. Tous ces récits se basent sur deux jeux de mots majeurs. Premièrement sur le mot égyptien metout qui signifie conjointement « semence » et « venin » et, deuxièmement, sur la paronymie des mots oupet « front » et oupty « singe ». Concernant le viol de Ouadjet, lors de l'assaut, Seth est touché au front par le venin lancé par la victime. Il se produit ainsi un échange de semences, le dieu fécondant la déesse et inversement. Blessé par le venin-semence, Seth donne naissance à Thot qui surgit hors de son front. La déesse Ouadjet donne quant à elle la vie à un singe prématuré dans les eaux du Nil où il reste immergé. Ce petit être symbolise l'astre lunaire dans sa période d'invisibilité mais prêt à réapparaître[51].

Constellation de la Patte-du-Taureau (Grande Ourse)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Grande Ourse.
photo du ciel nocturne
Les sept étoiles de la Grande Ourse

D'après une tradition égyptienne rapporté par le papyrus Leide I348, Seth a tué Osiris alors qu'il s'était transformé en taureau. Il frappa son frère avec sa patte antérieure, une partie du corps dénommée khepesh en langue égyptienne : « la patte avant, la massue de Seth avec laquelle en tant que taureau il tua Osiris ». Selon le Papyrus Jumilhac (époque gréco-romaine), Horus s'est vengé de Seth en anéantissant tous ses complices, en détruisant ses possessions et en mutilant l'agresseur. Il lui coupe la patte et la jette dans le ciel, formant ainsi une nouvelle constellation :

« Après avoir fait cessé le combat et avoir taillé en pièces les rebelles, il anéantit Seth, extermina ses alliés, détruisit ses villes et ses nomes, effaça son nom dans ce pays ; après avoir mis en pièces ses statues dans tous les nomes et avoir coupé son khepesh, il l'emporta au milieu du ciel, des génies étant là pour le garder ; c'est la Meskhtyou (= Grande Ourse) du ciel septentrional, et la Grande Truie (= Taouret) le tient, de telle sorte qu'il ne puisse plus naviguer parmi les dieux. »

— Papyrus Jumilhac, XVII, 9-12. Traduction adaptée d'après Jacques Vandier[52].

Dans les sept étoiles qui constituent la constellation de la Grande Ourse (ou Grand chariot), les Anciens Égyptiens voyaient soit une herminette-meskhtyou soit la cuisse avant d'un taureau. D'après le chapitre 17 du Livre des Morts, les Fils d'Horus sont quatre des sept divinités chargée de protéger Osiris d'une ruade de Seth. Dans les scènes astronomique peint sur les sarcophages à partir de la Ire Période Intermédiaire et sur les plafonds des tombes du Nouvel Empire, les sept étoiles sont figurée soit comme une patte, soit comme un taureau en entier[53]. La dangerosité de ce dernier est maîtrisé par la déesse Taouret figurée avec un corps d'hippopotame muni de pattes de lion et d'un dos de crocodile (peut-être la constellation du dragon)[54].

Lieux de culte[modifier | modifier le code]

Temple dédié à Lieu
Seth Avaris/Pi-Ramsès
Seth Noubt/Naqada
Seth Deir el-Hagar (Oasis d'Ad-Dakhlah)
Seth Mut el-Kharab (Oasis d'Ad-Dakhlah)
Seth Khargeh

Nome coptite[modifier | modifier le code]

Noubt (Ombos)[modifier | modifier le code]

(Coordonnées géographiques : 25° 54′ 00″ N 32° 43′ 36″ E / 25.9, 32.7266 ())

photo d'un relief sculpé
Seth de Noubt donnant vie et puissance à pharaon (à travers la titulature royale).

Le dieu Seth est très anciennement lié au nome coptite (Ve de Haute-Égypte) localisé à une quarantaine de kilomètres au nord de Louxor. Ce nome tire son nom de Coptos, ville vouée au dieu Min et située sur la rive orientale du Nil. Un peu plus en amont et sur l'autre rive se situe la ville de Noubt (Ombos en langue grecque et Nagada en arabe) plus spécialement consacrée au dieu Seth. Le toponyme égyptien Noubt « La Cité de l'Or » trouve probablement son origine au fait que le lieu se trouve être placé au débouchée des principales routes conduisant aux mines aurifères, jadis prospère, du Désert arabique. L'expression « Seth de Noubt » est connue dès les débuts de la civilisation pharaonique. Elle se trouve gravée sur un fragment de bol en porphyre, de provenance inconnu, daté de la IIe dynastie, sur un fragment d'un naos héliopolitain daté du règne de Djéser (IIIe dynastie) ou, encore, sur un bloc de pierre issu du temple funéraire de Sahourê (Ve dynastie). Dans les Textes des Pyramides, Seth est indifféremment appelé « Seth de Noubt », « Seth qui est à Noubt », « Celui de Noubt » ou « Le Haut de Noubt qui est à l'avant de sa chapelle »[n 6]. Le dieu disposait dans cette ville d'un temple qui lui était consacré, un lieu saint déjà mentionné sur une stèle érigée à Saqqarah dans le mastaba du prêtre Khâbaousokar (IIIe dynastie)[55].

Temple de Seth[modifier | modifier le code]

 photo couleur
Tête du monumental sceptre Ouas découvert en 1895 à Noubt.

Le temple, aujourd'hui arasé, fut reconstruit et remanié plusieurs fois au cours de l'histoire. Des fouilles menées à la fin du XIXe siècle par les anglais William Petrie (1853-1943) et James E. Quibell (1867-1935) ont montré que le dernier état remonte pour l'essentiel au Nouvel Empire. il est probable que le culte se soit maintenu jusqu'à la Basse Époque. Le temple suivait un axe est-ouest. Le sanctuaire construit en bloc de calcaire était enfermé dans une enceinte de briques crues longue d'une soixantaine de mètres et ouverte à l'est et à l'ouest par deux pylônes également en briques crues. La plupart des blocs retrouvés datent de la XVIIIe dynastie et notamment de Thoutmôsis Ier. Le musée du Caire conserve un linteau de porte au nom de ce pharaon où l'on peut voir « Seth de Noubt » faisant face à la titulature royale du souverain et lui tendre les signes de la vie et de la puissance. Certaines indications laissent à penser que le monument fut restauré sous Ramsès II. D'après le Papyrus Harris, un long texte qui résume les bienfaits de Ramsès III envers les dieux, le roi a procédé à des reconstructions et à doté le lieux en personnels et en fournitures diverses :

« J'ai restauré le domaine de Soutekh, seigneur d'Ombos, et j'ai rebâti les murs de son temple qui étaient tombés en ruine. j'y ai fondé une maison, vouée à son nom divin, bâtie de manière parfaite (...). Je l'ai pourvue d'esclaves, de prisonniers de guerre et de gens que j'ai formé ; j'ai constitué en sa faveur un troupeau dans la partie nord du pays, afin d'en consacrer les bêtes à son alimentation par ration quotidienne ; j'ai nouvellement institué en sa faveur des offrandes divines, en sus de celle qui y étaient auparavant consacrées en sa présence ; je lui ai donné des champs, des terres qayt, des terres nékhébou et des îles dans les parties sud et nord du pays, produisant orge et blé amidonnier ; enfin, son trésor est empli des biens que mes deux bras sont allés quérir, afin de réitérer les fêtes en face de toi, chaque jour. »

— Papyrus Harris 59,4-59,7. Traduction de Pierre Grandet[56].

Sceptre Ouas monumental[modifier | modifier le code]

photo d'une tombe
Seth tenant dans sa main un sceptre Ouas (KV34).
photo d'un objet bleu
Sceptre Ouas monumental du Temple de Noubt.

Dans la salle nord-ouest du temple de Seth à Noubt, les fouilleurs ont découvert en 1895 une grande quantité de fragments en émail bleu qui se sont trouvées être les parties d'un gigantesque sceptre Ouas dédicacé par le pharaon Aménophis II. Restauré, cet artefact mesure quelques 2,10 mètres de haut pour 60 kg. Il est depuis conservé dans une vitrine du Victoria and Albert Museum de Londres[57]. La nature de cet objet n’est pas certaine. Il pourrait s'agir soit d'un ex-voto déposée par le souverain soit de la « statue » à travers laquelle les prêtres rendaient un culte journalier au dieu[58].

D'une manière générale, le sceptre Ouas est représenté comme une longue canne raide dont la partie inférieure est fourchue à l'imitation des bâtons utilisés pour immobiliser les serpents. L'extrémité supérieure représente une tête de canidé stylisée aux longues oreilles rabattues vers l'arrière. Le sceptre Djam lui ressemble, mis à part le manche qui est ondulé. Selon Alan Gardiner (1879-1963), la tête de ces deux sceptres est une figuration de l'animal séthien. Cette identification n'est cependant pas assurée et d'autres propositions ont été avancées (lévrier, oiseau huppé). Gerald Avery Wainwright (1879-1964) a quant à lui fait remarquer que les deux sceptres Ouas et Djam ont entretenu une relation spéciale et privilégiée avec le dieu Seth. Il y a d'une part la découverte du sceptre monumental à Noubt et, d'autres part, le fait que l'emblème du XIXe Nome de Haute-Égypte, un territoire voué à Seth, consiste en deux sceptres Ouas, figuration du Ouabou, l'objet sacré local. À l'origine, les sceptres Ouas et Djam ont d'abord été considérés comme de possible piliers du ciel[n 7]. Dans la prière figurant sur la Stèle du Mariage de Ramsès II, c'est Seth lui-même qui est décrit comme soutenant le ciel. Ailleurs, dans le Papyrus Bremmer-Rhind, le dieu est accusé d'avoir laissé tombé le ciel sur terre. Le sceptre Ouas dont le nom signifie « pouvoir, domination » est souvent figuré tenu dans la main des dieux. Dans le conte mythologique des Aventures d'Horus et Seth, le dieu Seth se fâche contre l'ensemble des dieux et menace de les tuer tous, un par un, en les assommant avec son sceptre Djam lourd de 4500 nemes (unité de poids égyptienne). Ces sceptres peuvent donc aussi être perçu comme des symboles du désordre d'autant plus que le verbe ouasy signifie « détruire, mettre en ruine »[59].

Nome oxyrhynchite[modifier | modifier le code]

Ouabou
S40 D58 S40
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Seper-Merou[modifier | modifier le code]

Article connexe : Seper-Merou .

Le nome oxyrhynchite (XIXe de Haute-Égypte), de son nom égyptien Ouabou « les Deux Sceptres » est un territoire entièrement dévolu au dieu Seth. Sa capitale est la ville de Ouab aussi dénommée Seper-Merou ou Sepet Merou. La ville et ses temples n'ont laissé que peu de vestiges. D'après le Papyrus Wilbour daté du règne de Ramsès V, la déesse Nephtys y a bénéficié d'une chapelle et Seth d'un temple.

Oxyrhynque[modifier | modifier le code]

Article connexe : Ville d'Oxyrhynque.
photo d'un poisson
Poisson Oxyrhynque.

Le site le mieux renseigné de ce nome est la ville de Per-Medjed connue sous les toponymes grecs de Πέμπτη (Pémptê) et Ὀξύρυγχος (Oxyrhynchos). Ce dernier nom signifie « nez effilé » et fait référence au poisson Oxyrhynque vénéré par les habitants de cette cité. Ce poisson a la particularité d'être dotée d'un barbillon en forme de trompe ce qui le fait ressembler à l'animal séthien[60]. Au IIe siècle, alors que l'Égypte est sous occupation romaine, le grec Plutarque rapporte que les habitants de ce nome, sectateur du dieu Seth, étaient constamment en conflit avec leurs voisins du nome cynopolite (XVIIe de Haute-Égypte), sectateurs du dieu chacal Anubis :

« De nos jours, les Oxyrhynchites parce que les Cynopolitains avaient mangé de l'oxyrhynque, prirent des chiens, les immolèrent et les mangèrent comme victimes. De là naquit une guerre dans laquelle ces deux peuples eurent l'un de l'autre terriblement à souffrir. Dans la suite, ce différent fut réglé par les Romains, qui les châtièrent. »

— Plutarque, Sur Isis et Osiris, §.72. Traduction de Mario Meunier[61]

Oasis de Kharga[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Al-Kharga et Al-Dakhla.
photo d'un temple
Temple de la ville d'Hibis.
photo d'un mur décoré
Seth (en faucon aîlé) terrassant le serpent Apophis (temple d'Hibis).

Hibis et son temple[modifier | modifier le code]

À l'ouest de la vallée du Nil, le Désert Libyque est une vaste étendue aride qui abrite quelques îlots de verdure due à la présence de points d'eau. Les oasis les plus importantes sont, du sud au nord, Kharga, Dakhla, Farafra, Baharia et Siwa. L'oasis de kharga est un site ponctué de nombreux sites archéologiques. Parmi eux figure la ville de Hibis (nom grec), en égyptien Hebet « la ville de l'araire ». Cette cité est un carrefour de routes caravanières ; étape obligée entre la vallée du Nil et l'Oasis de Dakhla. Plusieurs pistes y convergent depuis les villes nilotiques de Lycopolis, Diospolis Parva, Thèbes, Latopolis et Hermonthis. Assez bien conservé, le temple d'Hibis est principalement consacré à la triade thébaine (Amenebis « Amon d'Hibis », Mout, Khonsou) et à la triade abydéenne (Osiris, Isis, Horus). Le sanctuaire est de taille moyenne, 42 mètres de long pour 20 mètres de large. Le bâtiment a été construit en plusieurs étapes, la partie centrale remonte à Psammétique II, des éléments de décoration de Darius II et les portails de l'allée processionnelle de Ptolémée II. Le temple est édifié perpendiculairement au lac de l'oasis auquel il est relié par une allée bordée de Sphinx. Sur cette étendue d'eau, longue de 750 mètres pour 225 mètres de large, naviguait la barque sacrée conduite en procession lors des festivités cérémonielles ; durant les Mystères d'Osiris par exemple[62].

Avaris / Pi-Ramsès[modifier | modifier le code]

(Coordonnées géographiques : 30° 48′ 00″ N 31° 50′ 00″ E / 30.8, 31.8333 ())

Occupation hyksos[modifier | modifier le code]

carte colorée
Carte de l'Égypte durant la Deuxième période intermédiaire.

Après les règnes glorieux des XIe et XIIe dynasties (Moyen Empire égyptien), le royaume égyptien connaît une période d'affaiblissement politique. Durant 70 ans, le principe de la succession héréditaire est remis en cause et la XIIIe dynastie se voit composée d'une soixantaine d'obscurs représentants (militaires, usurpateurs). Tout en réussissant à maintenir la paix sociale, ces derniers ne parviennent pas à éviter la déliquescence de l'État. Dans le Delta du Nil, apparaissent conjointement deux royaumes indépendants, l'un à Xoïs, l'autre à Avaris (XIVe dynastie). Située dans l'est du Delta, Avaris est alors un port fluvial prospère situé sur la branche pélusiaque du Nil occupé à commercer le cuivre avec Byblos (Liban actuel). Durant tout le Moyen Empire, la Basse-Égypte voit s'installer une population sémite syro-palestinienne. Au milieu du XVIIe siècle av. J.-C., lors d'un nouvel afflue, un groupe de rois sémites, les Hyksos, parvient à prendre le contrôle des régions du Delta (XVe dynastie) et à faire payer tribut aux roitelets thébains de la XVIIe dynastie. Durant plus d'un siècle, approximativement entre 1650 et 1540 av. J.-C., les rois Hyksos font d'Avaris leur résidence et place forte[n 8].

relevé d'une fresque
Un Hyksos arrivant en Égypte.

Sous le Nouvel Empire égyptien, lorsque le pays fut a nouveau libre, l'occupation des rois Hyksos fut noircie à l'extrême et ces derniers furent accusé d'impiété. Dans la région d'Avaris, les occupants imposèrent certes leur civilisation avec des sépultures dans les habitations, le sacrifice d'ânes et le culte de divinités cananéennes tels Adad et Baal. Toutefois, ces derniers s'approprièrent aussi des éléments de la culture pharaonique comme la titulature royale, l'architecture et certaines pratiques cultuelles. La présence d'un temple de Seth à Avaris remonte peut-être à la XIIIe dynastie. Une des premières attestations certaines est sa mention sur l'obélisque du roi Néhési probable fondateur de la XIVe dynastie. Durant l'occupation hyksos, le culte de Seth ne cessa pas mais fut encouragé avec son assimilation à Baal, divinité de l'orage et de la fertilité. La vénération des Hyksos envers Seth se reflète dans le Conte d'Apophis et Seqenenrê (papyrus Sallier I, British Museum), une histoire consignée durant le règne de Mérenptah. Le roi hyksos Apophis y est décrit comme un adorateur exclusif de Seth, une manière de montrer ses origines étrangères et la bizarrerie de ses croyances :

« Alors le roi Apophis fit de Seth un seigneur et il n'a servi aucun des autres dieux du pays, sauf Seth. Et il lui a construit un temple comme une maison parfaite d'éternité, à côté du palais du roi Apophis. Il apparaissait au point du jour pour faire les sacrifices quotidien de ... à Seth et les grands du palais venaient voir sa présence avec des petits bouquets, comme il est fait dans le temple de Rê-Harakhty »

— Conte d'Apophis et Seqenenrê (extrait). Traduction de Christian Bégaint[63].

Période ramesside[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Période ramesside, Ramsès II et Pi-Ramsès.
plan en couleur
Plan du site archéologique d'Avaris / Pi-Ramsès.

Après le pillage d'Avaris par les forces thébaines du pharaon Ahmôsis, la ville est en grande partie abandonnée. Le site retrouve quelques activités durant la XVIIIe dynastie en devenant un site militaire dédié à la protection du royaume face aux Hittites et aux Bédouins. Un militaire originaire de la région, le pharaon Séthy Ier fait de la ville une résidence royale. Son fils, Ramsès II porte le site à son apogée et le baptise à son nom ; Per-Ramsès Mery-Amon, la « Demeure de Ramsès, l'aimé d'Amon » ; mentionné dans la Bible sous le toponyme de Pi-Ramsès. Dès son accession au trône, Ramsès II fait de la ville sa capitale et la dote de somptueux palais et temples, de quartiers résidentiels luxueux ou populaires, de zones portuaires et de camps militaires. Très vite, la ville nouvelle, répartie sur différents îlots, déborde largement l'ancienne Avaris vers le nord et s'étend sur une superficie considérable de 10 km². La ville conserve sa puissance durant quelques 150 années. Sous Ramsès III, la réputation de la ville est intacte. Par la suite, Pi-Ramsès décline lentement du fait de la décadence socio-politique du pays et à cause de l'assèchement de la branche pélusiaque du Nil sur laquelle elle est installée. Au début de la Troisième période intermédiaire, la ville de Tanis la surpasse et récupère ses monuments après leur démantèlement et déménagement. Un hymne à la gloire de la ville mentionne quatre temples majeurs. Celui de Seth est situé au sud sur l'emplacement de l'ancienne Avaris :

« Chacun a abandonné sa ville et s'est installé dans son territoire. Son Occident est le temple d'Amon, son Midi est le temple de Seth. Astardé se manifeste en son levant et Ouadjyt en son Nord. »

— Papyrus Anstasi II et IV (extrait). Traduction de Claude Obsomer [64].

D'après le Papyrus Harris, et à l'instar du temple séthien de Noubt, le pharaon Ramsès III a fait procéder à des travaux d'entretien et de décoration dans le temple de Seth à Pi-Ramsès, sans oublier les habituelles dotations (personnels, troupeaux, matières précieuses) et les diverses offrandes alimentaires destinées au dieu et à ses desservants :

« J'ai fait un grand temple, de haute élévation dans le domaine de Soutekh (...), bâti, revêtu de pierre, paré, illustré de décorations, muni de montants de porte en pierre de taille et de portes en pin (...) Je lui ai assigné une collectivité de serfs composés de gens que j'ai formés et d'esclaves des deux sexes et que j'ai ramenés prisonniers de mon bras puissant. J'ai fait pour lui des offrandes divines, qui ont été versées au complet, ayant été purifiées, afin de les sacrifier pour son alimentation chaque jour. (...) »

— Papyrus Harris I, 60,2-60,5 (extraits). Traduction de Pierre Grandet[65].

Stèle des 400 ans[modifier | modifier le code]

dessin en noir et blanc
Relevé de la Stèle des 400 ans.

La Stèle des 400 ans est une pièce archéologique découverte à Tanis en 1863 par Auguste Mariette et redécouverte en 1931 par Pierre Montet après désensablement. Elle est à présent conservée au Musée égyptien du Caire. La stèle, en granite rose, est haute de 2,20 mètres et fut érigée à Pi-Ramsès par le pharaon Ramsès II afin de commémorer ses ancêtres ; son père Séthy Ier, son grand-père Ramsès Ier, son arrière-grand-père l'officier Séthy ainsi que le dieu Seth présenté comme le père de cette dynastie. Le décor montre Ramsès II, au centre, en train d'offrir du vin au dieu Seth. Derrière le souverain se tient un autre personnage, probablement l'officier Séthy. Le dieu est représenté d'une manière inaccoutumé mêlant influences égyptiennes et étrangères. Tel le dieu cananéen Baal, Seth est couronné d'une tiare conique dotée de deux cornes de taureau munie d'un long ruban pendant à l'arrière. Les traits du visage sont ceux d'un sémite, sa poitrine est barré par un baudrier et son pagne, exotique, est ornée de glands. Dans les mains, Seth tient toutefois des attributs typiquement égyptiens, le signe de la vie et de sceptre de la puissance. La stèle remonte dans le temps, 400 ans en arrière, à une époque où la domination, tant abhorrée, des Hyksos ne s'étaient pas encore exercée. Elle dédouane ainsi la famille royale de porter des noms séthiens et de rendre un culte à un dieu égyptien jadis récupéré par les envahisseurs. Dans une réécriture de l'histoire, Ramsès II tente de montrer que le culte de Seth sous sa forme baalienne est déjà vieux de 400 ans, qu'il ne s'agit pas d'un syncrétisme orchestré par les Hyksos, mais d'une vieille coutume égyptienne en rien répréhensible. Le souverain montre à ses sujets, et plus particulièrement aux officiers de l'armée égyptienne qu'il ne manifeste aucune objection à ce qu'ils rendent un culte à Seth sous la forme asiatique de Baal, une pratique alors très en vogue dans cette région jadis occupée par des princes étrangers[66].

Aspects religieux[modifier | modifier le code]

Trickster égyptien[modifier | modifier le code]

Article connexe : Trickster.

Mythes de la transgression[modifier | modifier le code]

photo d'une statue
Statue du dieu Eshu.

Dès 1928, l'historien des religions norvégien William Brede Kristensen (1867-1953) a rangé Seth parmi les « décepteurs divins » du fait de ses paroles et actions ambiguës[67]. En 1967, dans une étude magistrale sur Seth « dieu de confusion », le néerlandais Hermann te Velde, à utilisé le terme trickster pour illustrer certains aspects de ce personnage divin[68]. L'année suivante, en 1968, le même auteur a développé ce propos dans un article plus spécialement dédié : « The Egyptian God Seth as a Trickster »[69]. Le personnage du Trickster (ou en français, fripon, farceur, décepteur) apparaît dans de nombreux mythes africains, amérindiens et océaniens. Sa présence se manifeste aussi, en Europe, dans le corpus des contes et légendes. Le Trickster coexiste avec le Dieu créateur et, par malice, dérange ses plans. Sa personnalité se caractérise par ses comportements fourbes, comiques, amorals et tricheurs. Sa morphologie est le plus souvent animale ; il prend les traits du coyote, du corbeau ou du lièvre en Amérique du Nord, du renard pâle ou du chien blanc en Afrique, du jaguar en Amérique du Sud. Il existe dès les temps primordiaux lorsque les sphères divine et terrestre sont encore indifférenciés. Guidé par sa ruse, sa sexualité débridée et son appétit surdimensionné, ses tours mettent en place un nouvel ordre du monde, celui que les humains connaissent actuellement, marqué par la présence du mal, du chaos et par le cycle de la vie et de la mort[n 9]. En ce qui concerne le continent africain, on peut citer trois exemples de tricksters contemporains. Dans la cosmogonie des Dogon du Mali, Ogo-Yurugu est le Renard pâle criard qui vient à la lumière incomplet et unique. Après sa révolte contre Amma le dieu créateur, il est en lutte continuelle contre son jumeau androgyne Nommo, le génie de l'eau et de la parole. Chez les Anyuak, un peuple nilotique désormais partagé entre l'Éthiopie et le Soudan du Sud, le chien Medho s'allie au couple primordial et contrecarre la mauvaise humeur du dieu Jwok hostile aux humains après les avoir jugé trop imparfait par rapport aux animaux. Ses ruses et tromperies exercées contre Dieu, permettent aux humains d'entrer la civilisation en se voyant doté d'années d'existence avant la mort, du feu pour se réchauffer et cuire les aliments et de lances puissantes pour la chasse[n 10]. Chez les Yoruba (Bénin, Nigeria) le dieu Eshu (ou Legba) est un fauteur de troubles qui transgresse les interdits. Il couche avec sa belle-mère, sa sœur, sa nièce et la fille du chef. Dans la statuaire, il est souvent représenté comme un être ithyphallique ou comme un homme aux cheveux tressés en une longue queue terminée soit par un phallus soit par une tête humaine. Il provoque le désordre et les crises que seul un sacrifice sanguinolant peut résoudre[70].

Désordres et transgressions séthiennes[modifier | modifier le code]

Selon l'historien des religion italien Ugo Bianchi (1922-1995), à l'image du Renard pâle des Dogon, les méfaits accomplis par Seth font de lui un Trickster. Pour les Anciens Égyptiens, la Maât est la déesse qui personnifie l'Ordre cosmique et social. Il s'agit aussi d'un ensemble de valeurs éthiques et de règles de conduite ; en bref, une morale qui constitue un lien puissant entre la sphère humaine et la sphère divine[n 11]. D'après la littérature sapientale égyptienne, le Silencieux est le sage par excellence, capable de maîtrise, d'écoute, de justice et de retenue. À contrario, le Bavard se perd dans sa colère, son ignorance, ses bavasseries ineptes et ses comportements indignes[n 12]. Cet être inéduqué et immature apparaît sous le terme égyptien de shed kherou qui signifie littéralement « élever la voix » et plus généralement « être incorrect, corrompre, attiser les conflits, provoquer l'agitation ». Très naturellement, les lettrés égyptiens déclarent dans leurs biographies n'avoir jamais commis de pareilles déviances contraires à la Maât[71]. Parmi les dieux et les hommes, seul le dieu Seth est rangé dans la catégorie des shed kherou. Dans un hymne à Osiris, il ainsi est affirmé qu'Isis combat grâce à sa magie les « occasions de désordre » c'est à dire les troubles causés par Seth et ses complices[72]. Dans le chapitre 39 du Livre des Morts, Seth lui-même admet être un semeur de confusion et d'orages, des phénomènes qui troublent la paix sociale et le calme du ciel[73].

Sa première transgression est sa naissance volontaire, prématurée et hors norme, craché ou vomi par sa mère Nout. Contrairement au couple Osiris-Isis, Seth est en dehors de la gémellité, son association avec Nephtys étant inféconde. Incomplet, Seth est lié au monde réel par une classe de mots qui recouvrent les aspects négatifs de la vie cosmique, sociale ou personnelle (orage, tonnerre, maladie, tumulte, etc.)[n 13]. Le plus notable est le terme khenen / khenenou qui signifie « troubler, agiter, transgresser la Maât ». Comme d'autres trickster, Seth est à l'origine de la mort. Homicide, il noie grâce à une ruse cruelle son frère Osiris en l'enfermant dans un coffre-sarcophage. Ce geste funeste conduit à l'invention des rites funéraires par Isis, Anubis et Thot. Comme Eshu l'africain ou Maui l'océanien, Seth est exubérant sur le plan sexuel. Il viole ou tente de violer plusieurs déesses (Isis, Anat, Ouadjet) et il est homosexuel avec Horus. Comme les grands tricksters amérindiens, Seth présente des traits démiurgiques. Il permet l'existence du monde en soutenant le ciel de ses bras et libère le soleil en chassant Apophis, la personnification du Chaos primordial. Seth est aussi doté de traits comiques et d'une naïveté quasi-enfantine. Dans les Aventures d'Horus et Seth, à plusieurs reprises, il se laisse facilement berner par Isis, et tel un idiot tente de gagner une course nautique contre Horus en se construisant en bateau en pierre alors que son concurrent, plus malin, se fabrique une barque en bois plaquée de plâtre[74].

Protecteur de la Création[modifier | modifier le code]

Harponneur d'Apophis[modifier | modifier le code]

photo d'un papyrus illustré
Seth harponnant Apophis

Dans la mythologie égyptienne, Seth est avant tout représenté comme un être négatif et brutal. Il est l'assassin d'Osiris et l'usurpateur des droits monarchiques d'Horus. Malgré ces traits sauvages, il apparaît également comme étant celui qui repousse le serpent Apophis, l'incarnation du chaos primordial. Cet épisode positif fait de Seth un dieu protecteur dont la force et la puissance sont au service des cycles cosmiques. Le soir, lorsque la barque de passe du ciel au monde souterrain, elle est assaillie par le serpent Apopis, lové derrière les montagnes de l'horizon. Rê doit vaincre cet être chaque nuit pour assurer le renouveau du jour et la continuation du monde. Au cours de cette navigation nocturne dans le monde inférieur, Seth se tient à l'avant de la barque et transperce le serpent de sa lance, protégeant ainsi Rê et son équipage:

« Je connais cette montagne de Bakhou sur la quelle repose le ciel ; elle est en pierre-ti et a 300 perches de longueur et 120 perches de largeur[n 14] ; Sobek, maître de Bakhou, est à l'est de cette montagne et son temple est en cornaline. Un serpent est au sommet de cette montagne ; il a trente coudées de longueur, et trois coudées de sa partie antérieure sont en silex ; je connais le nom de ce serpent : Celui-qui-est-sur-sa montagne-de-feu est son nom[n 15]. Or, c'est au moment du soir qu'il tourna son œil contre Rê, et il en résulta une pause chez les matelots et une grande surprise dans la navigation. Alors Seth se pencha contre lui. Discours qu'il dit en magie: « Je me dresse contre toi afin que la navigation reprenne dans l'ordre ; toi que j'ai vu de loin, ferme ton œil ! Je t'ai enchaîné, car je suis le Mâle. Cache ta tête, car si tu es valide, je suis valide aussi. Je sui Celui dont le pouvoir magique est grand ; cela m'a été donné contre toi (...) »

— Textes des Sarcophages, chapitre 160 (extrait). Traduction de Paul Barguet[75]

Celui au deux visages[modifier | modifier le code]

image colorée
Seth-Horus, dieu bicéphale.

D'après le texte de la Pierre de Chabaka, un jugement prononcé par Geb a permis de réconcilier Horus et Seth et de faire du premier le souverain légitime du royaume :

« (...) Horus et Seth sont en paix et réunis. Ils fraterniseront désormais et cesseront leurs querelles en tout lieu où ils se rendront (...) »

— Pierre de Chabaka (extrait). Traduction de Claire Lalouette.

L'égyptologue Hermann Kees a démontré que dans plusieurs nomes égyptiens existait un culte rendu à une paire de faucons. Cette paire représente les deux dieux Horus et Seth réconciliés et vénérés conjointement en une divinité unique. Tel est le cas d’Ântyouy seigneur de la ville de Tjébou (Antaeopolis) et dieu principal du Xe Nome de Haute-Égypte. Sur une stèle datée du Nouvel Empire, à présent conservée à l'Institut oriental de Chicago, Ântyoui est représenté comme s'il s'agissait de Seth et le texte dénomme indifféremment la divinité sous ces deux noms. Jusque très tardivement, ce dieu à bénéficié d'un personnel sacerdotal à son service dont le prêtre Sehotep netjerouy « qui réconcilie les deux dieux ». Dans la littérature funéraire, à la 10e Heure du Livre des portes par exemple, l'union d'Horus et Seth est représentée par l'image d'un homme bicéphale muni d'une tête de faucon et d'une tête de Seth. Là, cet être est connu sous le nom d'Horouyfy « Celui qui a deux visages ». Il apparaît donc que si dans le mythe Horus et Seth sont deux divinités distinctes, dans certains cultes locaux, ils ne forment plus qu'une seule puissance divine. De même, les défunts lors de leurs voyages souterrains découvrent que les deux forces contraires Ordre / Désordre sont dépassées et transcendées. Cette réconciliation des contraires dans la Douat (le monde des morts) est d'autant plus importantes qu'elle se produit à la 10e Heure lorsque la Barque de Rê est stoppée par le terrifiant serpent Apophis. Pour Horus et Seth, il ne s'agit plus de se battre entre eux mais ensemble et uni contre l'ennemi de la Création[76].

Protecteur de la monarchie[modifier | modifier le code]

Pharaons séthiens[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Peribsen et IIe dynastie égyptienne.
Titulature de Khâsekhemoui.
Titulature de Peribsen.

Malgré sa mauvaise réputation, le dieu Seth a réussi à trouver des adeptes dans la plus haute couche de la société égyptienne, à savoir la famille royale. Sous la IIe dynastie (aux alentours du XXVIIe siècle av. J.-C.), le culte royal jusqu'alors centré sur la figure du dieu faucon Horus connait un profond bouleversement. Le pharaon Horus-Sekemib « L'Horus au cœur puissant » abandonne son nom d’Horus et met le dieu Seth au rang de divinité principale en devenant Seth-Peribsen « Seth, espoir de tous les cœurs ». Ce changement radical de titulature est jusqu'à présent largement inexpliqué. Il s'agit peut-être d'une victoire des adorateurs de Seth ou le reflet de la division de l'Égypte en deux royaumes concurrents. Sekhemib a peut-être été chassé du Nord pour trouver refuge dans le Sud où il a changé de nom pour devenir Péribsen. Un de ses successeurs, le roi Khâsekhemoui « Horus-Seth, les deux puissances apparaissent » incorpore, fort diplomatiquement, les deux dieux à sa titulature, peut-être une manière de symboliser la réconciliation des deux parties du pays[77]. Selon le Français Jean Sainte Fare Garnot (1908-1963), il n'est nul besoin de faire appel à une hypothétique guerre entre deux factions rivales. Le nom de Péribsen est une phrase verbale qui signifie « leurs sentiments à tous deux se révèlent » et fait référence aux dieux Horus et Seth. Ainsi, autant que le nom de Khâsekhemoui, qui parfois se complète par l'expression « les deux seigneurs qui sont en lui sont réconciliés », le nom de Péribsen fait référence à la réconciliation mythique des deux divinités antagonistes dans la personne du pharaon. D'après une remarque formulée en 1956 par le Gallois John Gwyn Griffiths (1911-2004), durant tout l'Ancien Empire égyptien, dans la titulature royale composées de cinq noms, le Hor Nebou ou « Nom Horus d'Or » a été interprété comme un « Nom d'Horus et Seth »[78].

Au service des pharaons[modifier | modifier le code]

pirre sculptée
Détail du trône de Sésostris Ier montrant les dieux Horus et Seth procéder à l'unification de l'Égypte.

Après la IIe dynastie, plus aucun pharaon n'a daigné évincer Horus au profit de Seth ou à associer les deux divinités dans une titulature royale. Le nom et le culte de Seth ont néanmoins fortement profité du soutien royal en de maintes occasions. Durant le Moyen Empire, sur les statues de Sésostris Ier montré assis sur son trône, le siège royal fait figurer sur ses deux côtés les dieux Horus et Seth entrain d'accomplir le rite du Sema-taouy ou « Réunion des Deux-Terres ». Les deux divinités, debout et les muscles saillants, lient vigoureusement ensemble le lotus et le papyrus (les plantes héraldiques de la Haute et Basse-Égypte) autour d'un poteau symbolisant le pouvoir politique et pacificateur de pharaon[n 16]. Au Nouvel Empire, durant la glorieuse XVIIIe dynastie, le pharaon guerrier Thoutmosis III surnommé « l'aimé de Seth » n'hésite pas à se faire représenter en compagnie de ce dieu. Sur un bas-relief de Karnak, Seth est représenté tel un instructeur en train d'apprendre au jeune Thoutmosis le maniement de l'arc. Placé derrière son élève, le dieu enseigne au roi à bien se positionner en face de sa cible tout en le guidant de la main afin qu'il apprenne à bien viser ses coups de flèches[79]. Plus tard, durant la XIXe dynastie, Seth est mis à l'honneur par Ramsès II sous diverses manières[n 17]. Seth devient un des quatre grands dieux nationaux avec Amon, et Ptah. À Pi-Ramsès, le roi se fait intituler comme « le taureau de Seth ». Dans une scène qui retranscrit le déroulé de la bataille de Qadesh, le souverain combat les Hittites, ses ennemis, tel Seth qui est « Baal sur le champ de bataille ». Une fois le calme revenu, un traité de paix est rédigé en caractères cunéiformes sur une plaquette en argent avec une image de « Seth, souverain du ciel » pour garantir son application effective[80]. Sous la XXe dynastie, si Ramsès III ne fait plus de Seth un grand dieu national à l'image d'Amon, Rê et Ptah, il continu toutefois à entretenir ses lieux de culte à Noubt et à Pi-Ramsès. Ces travaux sont cependant bien moins dispendieux que ceux accomplis pour les trois autres divinités à Thèbes, Memphis et Héliopolis[81]. La période ramesside constitue l'âge d'or du dieu Seth où pas moins de trois pharaons ont porté des prénoms théophores forgés sur le nom du dieu, Séthy Ier, Séthi II « né de Seth » et Sethnakht « Seth est victorieux ».

Punition de Seth[modifier | modifier le code]

Procès[modifier | modifier le code]

Article connexe : Jugement de l'âme.
photo d'un bloc sculpté
Désarroi des pleureuses durant des funérailles.

Dans le mythe osirien, la mort n'est pas un état de fait mais une personne, à savoir Seth le meurtrier. Le moment le plus critique, l'acmé du mythe, n'est cependant pas l'assassinat d'Osiris et son démembrement par Seth mais sa renaissance qui n'est pas garantie par avance. La première étape du retour d'Osiris est la reconstitution de son corps. Son épouse Isis parcourt le pays et, au bout d'une longue quête, parvient à rassembler les quatorze lambeaux que le meurtrier avait dispersé. La seconde étape est la lutte d'Horus pour faire reconnaître ses droits à la succession au trône. Sans cette reconnaissance, Horus n'est rien. Il en va de même pour Osiris, tant que son fils n'est pas conforté dans ses droits, il reste une victime inerte privée de de tout statut. Ce n'est qu'après le couronnement d'Horus qu'Osiris trouve une place sociale dans le cosmos ; celle de souverain de l'au-delà entouré et protégé par les dieux. L'épisode le plus important, tant pour Horus que pour Osiris, est celui de l'affrontement judiciaire qui voit le fils et le père triompher de Seth le perturbateur de la Maât. Jugé et puni par ses pairs, Seth (et donc la mort) est éliminé et vaincu. Lors des cérémoniels funéraires, chaque défunt égyptien, par la magie des rituels et des paroles invocatoires devient un nouvel Osiris et suit la même procédure judiciaire. Comme chaque décès est une atteinte à la Maât, chaque enterrement devient une procédure visant à s'emparer de Seth. Le but recherché n'est pas de nier la mort (chaque défunt se doit de rejoindre l'au-delà de la nécropole) mais de rétablir l'équilibre social que Seth a bouleversé en s'en prenant à l'un des membres du corps social. Par la capture de Seth et le versement de son sang par le truchement d'un sacrifice taurin il s'agit de mettre fin à la confusion que le trublion divin a semé au sein de la famille et, plus largement, dans l'ensemble de la communauté égyptienne[82].

« [Isis] allaite l'enfant dans la solitude d'un lieu inconnu, l'intronise, son bras devenu fort, dans la Grande Salle de Geb. Alors l'Enéade est pleinement en joie ! « Bienvenu ! fils d'Osiris ! Horus au cœur ferme, justifié, fils d'Isis, héritier d'Osiris ! » Le tribunal de justice est réuni pour lui ; l'Ennéade, le Seigneur Universel lui-même. Les Seigneurs de Justice se sont ralliés à elle, voici qu'ils se détournent de l'injustice eux qui siège dans la Grande Salle de Geb, pour donner la fonction royale à son possesseur, la royauté à qui elle revient de droit. On trouve que la voix d'Horus est juste. (...) On a livré au fils d'Isis son ennemi qui a succombé à sa force. On a fait du mal à l'adversaire. Celui qui attaque le fort, son malheur l'atteint ! Le fils d'Isis a défendu son père. Son nom devient sacré et bienfaisant. Le respect s'est reposé en sa place, la révérence est rétablie selon ses propres lois. (...) Le pays est pacifié sous l'autorité de son seigneur. La justice est établie pour son Seigneur, on tourne le dos à l'injustice. Ton cœur est heureux, Onnofris ! Le fils d'Isis a reçu la couronne blanche, la fonction de son père lui a été transmise au sein de la Grande Salle de Geb (...) »

— Grand hymne à Osiris du Louvre (extraits). Traduction de A. Barucq et Fr. Daumas[83].

Bête de sacrifice[modifier | modifier le code]

Porteur d'Osiris[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Seth capturé par Anubis et Quête d'Isis.
Anubis attrape au lasso un taureau
Anubis capture Seth transformé en taureau lors du vol de la momie d'Osiris.

Dès l'époque des Textes des Pyramides (VIe dynastie), la littérature funéraire déclare que Seth est condamné à porter Osiris sur son dos. À partir de la dynastie saïte (XXVIe dynastie) ce propos vient à être illustré sur les sarcophages, dans les temples et les tombeaux par le taureau Apis portant une momie vers son tombeau. D'après le Papyrus de Brooklin, une monographie religieuse rédigée sous Psammétique Ier et traitant des mythes du Delta, le transport des lambeaux du corps d'Osiris est confié à deux animaux ; les viscères sur le dos du taureau Mnévis, le tibia et l'omoplate sur celui d'un âne guidé par Isis[84]. Selon un épisode mythique rapporté par le Papyrus Jumilhac (époque gréco-romaine), Seth fut capturé au lasso par Anubis, castré par ce dernier et condamné à porter la momie d'Osiris sur son dos. Depuis sa castration, Seth porte le nom de Bata, le bœuf sacré de la ville de Saka[85].

Le transport d'Osiris sur le dos de Seth a été diversement interprété par les égyptologues. Pour Hermann te Velde, une allusion des Textes des Pyramides montre que le taureau ou la tête de taureau ont un rapport avec la barque funéraire chargée de convoyer les défunts vers la nécropole. Il est plausible de penser que la barque d'Osiris ait pu être décorée avec la tête d'un taureau sacrifié. Placé à la proue, le bucrane représente Seth portant le défunt en tant que bateau funéraire[86]. Pour Frédéric Servajean, le Papyrus Jumilhac est à mettre en rapport avec le Conte des deux frères, un texte mythologique ramesside qui narre les aventures d'Anubis et Bata. Dans ce texte, durant la période des semailles, Anubis propriétaire d'une grande ferme ordonne à Bata, son valet, de porter sur ses épaules une lourde charge de grains, du grenier depuis les champs. Après une étude structurelle des deux textes, il apparait que le transport de la momie ou des grains par Bata (Seth castré) aurait pour origines un ancien mythe agraire où Anubis est un dieu civilisateur qui fait passer les animaux du monde sauvage au monde domestique[87].

De l'ambivalence à la proscription[modifier | modifier le code]

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Seth et Horus sont tous les deux cités dans le jeu vidéo : Tomb Raider : La Révélation finale. Dans le jeu, Lara Croft libère l'esprit de Seth qui veut se venger d'Horus.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Astronomie égyptienne[modifier | modifier le code]

  • Anne-Sophie von Bomhard, Le calendrier égyptien : Une œuvre d'éternité, Londres,‎ 1999, 105 p. (ISBN 1-902699-04-1)
  • Anne-Sophie von Bomhard, « Ciels d'Égypte. Le « ciel du sud » et le « ciel du nord », ENiM, Montpellier, vol. 5,‎ 2012, p. 73-102 (lire en ligne)

Généralités[modifier | modifier le code]

  • Jan Assmann (trad. Nathalie Baum), Mort et au-delà dans l'Égypte ancienne [« Tod und Jenseits im alten Ägypten »], Monaco, Éditions du Rocher, coll. « Champollion »,‎ 2003, 684 p. (ISBN 2-268-04358-4)
  • S. Aufrère, J.-Cl. Golvin, J.-Cl Goyon, L’Égypte restituée : Tome2 Sites et temples des déserts, Paris, Errance,‎ 1994 (ISBN 2-87772-091-8)
  • Sydney H. Aufrère, Thot Hermès l'Égyptien : De l'infiniment grand à l'infiniment petit, Paris, L'Harmattan, coll. « Kubaba »,‎ 2007, 369 p. (ISBN 978-2-296-04639-9)
  • Sylvie Cauville, L'offrande aux dieux dans le temple égyptien, Paris-Leuven (Belgique), Peeters,‎ 2011, 291 p. (ISBN 978-90-429-2568-7)
  • Jean-Pierre Corteggiani (ill. Laïla Ménassa), L'Égypte ancienne et ses dieux, dictionnaire illustré, Paris, éditions Fayard,‎ 2007, 589 p. (ISBN 978-2-213-62739-7)
  • (en) Alan Henderson Gardiner, The Library of A. Chester Beatty. Description of a Hieratic Papyrus with a Mythological Story, Love Songs, and Other Miscellaneous Texts, n°1, Londres, sans éditeur,‎ 1931
  • Colette J. Manouvrier, Ramsès le dieu et les dieux ou la théologie politique de Ramsès II, Paris, ANRT diffusion,‎ 1996, 790 p. (ISBN 978-2-7295-1545-4)
  • Bernadette Menu, Égypte pharaonique : Nouvelles recherches sur l'histoire juridique, économique et sociale de l'ancienne Égypte, Paris,‎ 2004, 392 p. (ISBN 2-7475-7706-6)
  • Pierre Montet, Géographie de l'Égypte ancienne : Première partie ; To-Mehou, La Basse Égypte, Paris, Librairie C. Klincksieck,‎ 1957, 224 p. (lire en ligne)
  • Pierre Montet, Géographie de l'Égypte ancienne : Deuxième partie ; To-Chemou, La Haute Égypte, Paris, Librairie C. Klincksieck,‎ 1961, 240 p. (lire en ligne)
  • (en) Jean-Fabrice Nardelli, Homosexuality and Liminality in the Gilgamesh and Samuel, Amsterdam, Hakkert,‎ 2007

Hiéroglyphes[modifier | modifier le code]

  • Yvonne Bonnamy et Ashraf Sadek, Dictionnaire des hiéroglyphes, Arles, Actes Sud,‎ 2010, 986 p. (ISBN 978-2-7427-8922-1)

Mythologie[modifier | modifier le code]

  • Ugo Bianchi, « Seth, Osiris et l'ethnographie », Revue de l'histoire des religions, Paris, Armand Colin, vol. 179, fasc. 2,‎ Avril-Juin 1971, p. 113-135 (JSTOR 23667624)
  • Hippolyte Boussac (préf. David Favre), Seth Typhon : Génie des Ténèbres, Marseille, Arqa,‎ 2006, 113 p. (ISBN 978-2755100037)
  • Michel Defossez, « Les laitues de Min », Studien zur Altägyptischen Kultur, vol. 12,‎ 1985, p. 1-4 (JSTOR 25150085)
  • Philippe Derchain, « Mythes et dieux lunaires en Égypte », La lune, mythes et rites, Paris, Éditions du Seuil, série Sources orientales, vol. 5,‎ 1962, p. 17-68
  • Wolfgang Helck et Wolfhart Westendorf (éditeurs), « Seth », Lexikon der Ägyptologie, Wiesbaden, vol. V, Lief. 6.,‎ 1982, p. 908–911 (lire en ligne)
  • (en) Jens Joergensen, Egyptian Mythological Manuals : Mythological structures and interpretative techniques in the Tebtunis Mythological manual, the Manual of the Delta and related texts, Université de Copenhague,‎ 2013, 163 p. (lire en ligne)
  • Pierre de Maret, « L’oryctérope, un animal « bon à penser » pour les Africains est-il à l’origine du dieu égyptien Seth ? », BIFAO, Le Caire, vol. 105,‎ 2005, p. 1-20 (lire en ligne)
  • Bernard Mathieu, « Seth polymorphe : le rival, le vaincu, l'auxiliaire (Enquêtes dans les Textes des Pyramides, 4) », ENiM, Montpellier, vol. 4,‎ 2011, p. 137-158 (lire en ligne)
  • Bernard Mathieu, « Horus : polysémie et métamorphoses (Enquêtes dans les Textes des Pyramides, 5) », ENiM, Montpellier, vol. 6,‎ 2013, p. 1-26 (lire en ligne)
  • Dimitri Meeks et Christine Favard-Meeks, « Les dieux et démons zoomorphes de l'Ancienne Égypte et leurs territoires », Les polythéismes, pour une anthropologie des sociétés anciennes et traditionnelles, Action thématique programmée, Carnoules « (1) Seth-De la savane au désert »,‎ 1986, p. 5-51 (lire en ligne)
  • (en) Herman te Velde (trad. Mrs. G. E. van Baaren-pape), Seth, God of Confusion. A Study of his Role in Egyptian Mythology and Religion, Leyde, Brill,‎ 1967 (réimpr. 1977) (lire en ligne)
  • (en) Herman te Velde, « The Egyptian God Seth as Trickster », JARCE 7,‎ 1968, p. 37-40
  • Herman te Velde (trad. Christian Bégaint), Seth, ou la divine confusion : Une étude de son rôle dans la mythologie et la religion égyptienne, Scribd,‎ 2011, 172 p. (lire en ligne)

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Paul Barguet, Textes des Sarcophages égyptiens du Moyen Empire, Paris, Éditions du Cerf,‎ 1986, 725 p. (ISBN 2204023329)
  • Raphaël Bertrand, Les Textes de la Pyramide d'Ounas, vol. 1./ Traduction et translittération, Paris,‎ 2004, 240 p. (ISBN 2-9507515-1-2)
  • Michèle Broze, Mythe et roman en Égypte ancienne. Les aventures d'Horus et Seth dans le Papyrus Chester Beatty I, Louvain, Peeters,‎ 1996
  • Claude Carrier (préf. Bernard Mathieu), Textes des Sarcophages du Moyen Empire Égyptien, Éditions du Rocher, coll. « Champollion »,‎ 2 décembre 2004, 2732 p. (ISBN 226805229X)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'écriture hiéroglyphique ne restitue que les consonnes et quelques semi-voyelles, les voyelles sont absentes. La vocalisation exacte des mots égyptiens est par conséquent perdue (Betrò 1995, p. 19-22).
  2. Le calendrier nilotique compte 12 mois de 30 jours soit 360 jours auxquels s'ajoutent 5 jours supplémentaires dits « épagomènes ».
  3. Aso est la personnification des vents secs originaires du Soudan.
  4. Nardelli 2007, On trouvera beaucoup de données et de bibliographie dans ce livre très documenté p. 59-61 (le Papyrus de Kahun) et 78-93 (réexamen de tout le dossier de l'homosexualité des deux dieux). Il conclut p. 91 que : The more one looks at the evidence witnessing Seth’s homosexuality from the viewpoint of textual internal motivation for such a behaviour in each myth where it appears, the less one feels bound to suspect that Seth indulges in it for its own sake, so as to satisfy his libido in keeping with his fundamental nature of the divinity of the margins and confusion rather than of plain darkness. If, as it turns out in specific passages, same-sex happens to be a means to attain other goals of his, all the better, but I am confident that, with varying degrees of predominance, sensual pleasure is what Seth desires most in his coupling with Horus.
  5. Cette variante, nommée Connaître les âmes de Nekhen se trouve dans les Textes des Sarcophages au chapitre 158 et dans le Livre des Morts, chapitre 113
  6. Dans la littérature égyptologique, on trouve aussi les traductions de ces expressions d'après le nom grec de la ville : « Seth d'Ombos », « Seth qui est à Ombos », « l'Ombite », etc.
  7. Voir par exemple le décor du peigne du roi Ouadjit (Ire dynastie) et certaines allusions des Textes des Pyramides (§§.339c, 1156c) datés de la Ve dynastie
  8. La chronologie des pharaons égyptiens est une question très discutée entre spécialistes de la chose. Il n'est pas lieu ici d'entrer dans les détails de ce débat complexe, ardu et souvent embrouillé. Quelques lectures utiles :
    • Peter A. Clayton, Chronique des Pharaons, Casterman, 1995.
    • P. Vernus et J. Yoyotte, Dictionnaire des Pharaons, MA éditions, 1988.
    • Michel Dessoudex, Chronique de l'Égypte ancienne, Actes Sud, 2008 (plus technique et moins grand public).
  9. Pour une définition sommaire de ce personnage insolite ; lire : Michel Melin, « Le trickster ou le fripon divin », dans Encyclopédie des religions, tome 2 Thèmes, Bayard éditions, 2000.
  10. Le mythe Anyuak du chien Medho a été recueilli en 1935 par le britannique E. E. Evans-Pritchard (1902 - 1973) auprès d’un informateur qui vivait alors à Beet, une localité située sur les bords de la rivière Sobat près de son point de confluence avec le Nil Blanc (Lire la traduction anglaise dans l'article E. E. Evans-Pritchard, « Folk Stories of the Sudan », Sudan Notes & Records, vol. 23,‎ 1940, p. 58-61 de la partie 1 (lire en ligne). Le même récit fut entendu quatre décennies plus tard par le suisse Conradin Perner auprès de plusieurs autres informateurs. Les versions collectées diffèrent très peu entre elles (C. Perner, The Anyuak - Living on Earth in the Sky, volume I « The Sphere of Spirituality », 1994, p. 88-91).
  11. Pour mieux saisir ce concept lire :
    • Jan Assmann, Maât, l'Égypte pharaonique et l'idée de justice sociale, MdV, 1999, 173 pages.
    • Bernadette Menu, Maât. L'ordre juste du monde, Michalon, 2005, 120 pages
  12. Le thème de l'écoute est plus particulièrement développé dans l'épilogue de l’Enseignement de Ptahhotep.
  13. Voir ci-dessus, le paragraphe consacré à la signification du nom de Seth et le Tableau 2./ Mots du vocabulaire déterminés par l'animal séthien.
  14. La khet ou perche égyptienne est une unité de mesure de longueur qui équivaut à 100 coudées soit 52,50 mètres (100 X 52,5 cm). Les distances indiquées dans le texte pour la montagne équivalent à 15,75 km de longueur sur 6,30 km de largueur. (Voir : Unités de mesure dans l'Égypte antique.
  15. Le serpent mesure 1,575 km de long. Les 3 coudées de silex (157,5 cm) sont la manifestation de sa puissance, le silex étant évoqué pour son tranchant. Le nom d'Apophis ici mentionné correspond à l'égyptien Tepy- djouef-ouhenef. Dans la traduction de Claude Carrier, il est restituée par l'expression « Celui qui est sur sa montagne est celui qui détruit ». (Carrier 2004, p. 395).
  16. Dans d'autres représentations, le rite du Sema-taouy (sema-tawy) est accompli par deux génies Hâpy, personnification du retour annuel de la crue du Nil. Voir par exemple : Christiane Desroches-Noblecourt, « A propos des piliers héraldiques de Karnak, une suggestion. », Cahiers de Karnak, CFEETK, vol. 11,‎ 2003 (lire en ligne)
  17. À ce propos, consulter Manouvrier 1996, tome 2, pages 653-664.

Références[modifier | modifier le code]

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  2. (de) Carsten Knigge Salis, « Seth », sur www.bibelwissenschaft.de,‎ 2006 (consulté le 13 août 2014)
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  6. Velde 1967, p. 33-35
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  8. Maret 2005, p. 114-116
  9. Maret 2005, p. 109-110
  10. Velde 1967, p. 21
  11. Maret 2005, p. 109-110
  12. Maret 2005, p. 118-126
  13. Texte, traduction et notes en sont donnés en dernier lieu chez Broze 1996, p. 13-124
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  18. Carrier 2004, Vol. 1, p. 351
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    Velde 1967, page 43: Seth has sexually abused Horus, and Horus has tricked Seth. Thereby cosmic powers have been wasted. Seth's homosexual act threatens to change the cosmos into chaos.,
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  41. Broze 1996, p. 93-97
  42. Philippe Derchain, « Mythes et dieux lunaires en Égypte » dans La lune, mythes et rites, Paris, Le Seuil, 1962
  43. Voir entre autres Textes des Pyramides, §§. 1407b, 1233b, 73a, 1839c.
  44. Cauville 2011, p. 97-98
  45. Velde 1967, p. 52-55
  46. Koemoth 1994, p. 39, note 188
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  80. Chr. Desroches-Noblecourt, Ramsès II, la véritable histoire, Paris, Pygmalion, 1996, pages 284-286.
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