Seth

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Seth
Divinité égyptienne
Image illustrative de l'article Seth
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) « dieu rouge »
dieu « grand de force » (ˁȝ phty)
Nom en hiéroglyphes
sw W t
x
E20 A40

ou
s t
S

ou
z
t
X
Translittération Hannig Swtḫ
Représentation oryctérope du Cap ou chacal
Région de culte Égypte antique

Seth est une divinité de la mythologie égyptienne. On l'appelle aussi le « dieu rouge », le dieu « grand de force » (ˁȝ phty), maître du tonnerre, de la foudre et du désordre, dieu du désert et de l'aridité, des pays étrangers.

Il est associé aux étrangers. Il s'agit d'un dieu complexe dont le rôle et la place dans le panthéon égyptien ont beaucoup évolué et se sont progressivement renversés. Originellement conçu comme un dieu du désert de la Haute-Égypte, il représente la nature brutale et hostile, et est opposé à Horus et Osiris, dieux de Basse-Égypte et associés au Nil et à la terre fertile et nourricière. Protecteur de , il combat le serpent Apopis et participe donc à la bonne marche du monde. Quoi qu'inquiétant et lié à des forces aveuglément destructrices, il n'est pas associé particulièrement à des forces maléfiques.

Après l'unification du pays, Seth est plus particulièrement associé au mythe de la vengeance d'Horus et au meurtre d'Osiris, afin de prendre le pouvoir sur toute l'Égypte. Il devient alors un dieu moralement ambigu et dangereux, mais conserve des attributs positifs de défenseur de Ra, et toujours susceptible de protéger l'Égypte des forces naturelles qu'il contrôle. Resté l'une des figures principales de la religion, les Égyptiens le vénèrent tout en le redoutant. Après la conquête de l'Égypte par les étrangers Hyksôs, il est remis en faveur par la nouvelle dynastie qui l'identifie à son propre dieu principal, dans la nouvelle capitale d'Avaris. Après le renversement de la dynastie Hyksôs, le pays connaît une réaction xénophobe dont Seth, dieu des étrangers, souffre. Il semble alors être particulièrement mal vu et considéré comme un dieu mauvais. Son culte à Avaris se poursuit cependant. Seth connait un autre retour en grâce sous la XIXe dynastie, où des pharaons originaires d'Avaris, les Ramessides, le remettent en honneur. Le fils de Ramsès Ier monte sur le trône en -1294 sous le nom de Séthi Ier, « l'homme de Seth ». Son successeur, Ramsès II, conserve à Seth son statut de dieu protecteur de l'Égypte.

C'est à partir de la troisième Période intermédiaire que l'image de Seth se ternie durablement, peut-être en réaction aux prises de contrôle successives de plusieurs peuples étrangers sur le royaume d'Égypte. Seth, associé aux puissances étrangères, devient l'agent maléfique de la perte du pays. Les mythes relatifs à Seth le dépeignent alors comme ambitieux, comploteur, manipulateur, se concentrant sur l'assassinat de son frère Osiris. Il est alors progressivement confondu avec Apopis, le serpent du chaos, malgré l'ancienne tradition selon laquelle il combattait ce même serpent au nom de Ra. Le monde grec l'identifie à Typhon, monstre primordial du chaos et entité maléfique comparable.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Seth est un des principaux personnages de la mythologie égyptienne, et fait partie de la Grande Ennéade héliopolitaine. Fils de Geb et de Nout, il est le frère de Nephtys, qu'il épouse, et du second couple royal, Osiris et Isis. Dans certaines versions des mythes créateurs, ses relations avec sa femme engendrent Anubis, et ses relations homosexuelles avec Horus engendrent Thot. Cependant, Anubis et Thot sont plus souvent considérés comme fils de Ra, voir comme auto-générés pour Thot.

Attributs[modifier | modifier le code]

Seth est originellement un dieu du désert, et reçoit la terre stérile, tandis que son frère Osiris bénéficiait des sols fertiles. En tant que tel, il est associé à la Haute-Égypte, aride et désertique, par opposition à Osiris, en Basse-Égypte, associé à l'agriculture et à la fertilité du delta du Nil.

Animal[modifier | modifier le code]

Sa figure animale n'a pas été formellement identifiée, et l'on considère généralement qu'il s'agit d'un animal imaginaire. Parmi les identifications proposés, on compte l'oryctérope du Cap, un animal nocturne d'Afrique subsaharienne[1] ou le chacal, le fennec, le chacal ou un âne. Les oreilles dressées et anguleuses des représentations traditionnelles ont aussi été liées à la girafe.

Les personnes aux cheveux roux ou châtains étaient considérées de son obédience. D'autres Égyptiens lui vouaient des cultes secrets qui exigeaient des sacrifices humains. Ces sectes furent toujours maudites et poursuivies par les pharaons.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Hiéroglyphes[modifier | modifier le code]

Transcription Hiéroglyphe Traduction
Setesh
E21
Seth
Setesh
E20
Seth
Setesh
C7
Seth
Setesh
s t
S
Seth
Zetesh
O34
t
S
Seth
Setekh
s t
F32
Seth
Zetekh
O34
t
F32
Seth
Souty
M23 G43 X1
Z4
Seth

Mythes[modifier | modifier le code]

Seth est associé à deux grands mythes :

  • Le mythe héliopolitain qui le met en scène avec , dont il est le petit-fils né de l'union de Geb et de Nout la déesse du ciel. Il est ainsi vu comme un dieu bénéfique représentant la force et l'énergie, défenseur de la barque solaire contre Apophis le serpent, le Mal incarné qui menace l'équilibre du monde. Il s'agit du principal mythe où Seth possède un rôle bénéfique et positif.
  • Le mythe osirien où il assassine son frère Osiris (Ausare), pour régner à sa place et s'oppose à Isis et au fils qu'elle a eu d'Osiris, Horus qui réclame le trône et l'héritage de son père. Suite à la bataille entre Seth et Horus, les dieux examinent la cause et prononcent en faveur de ce dernier qui devient alors roi de toute l'Égypte. Dans ce mythe, Ra défend Seth qui lui est encore fortement associé.

La principale source pour le mythe osirien est le long texte narratif du papyrus Chester Beatty I (XXe dynastie), publié en 1931, que les égyptologues connaissent sous le titre moderne des « Aventures d'Horus et Seth » (« Contendings of Horus and Seth »)[2].

Seth, défenseur de la barque solaire[modifier | modifier le code]

Linteau d'une porte du temple de Seth de Noubt - Règne de Thoutmosis Ier - Musée du Caire

Le mythe positif de Seth en fait un dieu protecteur : lorsque la barque de Ra passe du ciel au monde sous-terrain, elle est assaillie par le serpent Apopis, monstre maléfique caché derrière l'horizon, que Ra doit vaincre chaque nuit pour assurer le nouveau jour et la continuation du monde. Au cours de ce passage dans le monde inférieur, Seth se tient à l'avant de la barque et perce le serpent de sa lance, protégeant ainsi Ra. Seth est alors la représentation de la force et de la puissance, dépêché par Ra pour combattre le chaos primordial.

La vengeance d'Horus[modifier | modifier le code]

Seth (à gauche) et Horus (à droite) adorant Ramsès II à Abou Simbel

Meurtre d'Osiris[modifier | modifier le code]

Le mythe de la vengeance d'Horus constitue la base de l'image maléfique que Seth acquiert, et qui finira par occulter son rôle neutre ou positif dans le panthéon égyptien. Dans ce mythe, jaloux de son frère Osiris, roi de l'Égypte, il organise un complot au cours duquel il piège Osiris[3]. Il l'assassine en le noyant dans le Nil (dans d’autres versions, roi de Haute-Égypte, il assassine Osiris pour s'emparer de la couronne de Basse-Égypte et unifier les deux royaumes sous sa domination). Isis, l'épouse d'Osiris, retrouve le corps de son mari, l'embaume avec l'aide d'Anubis, et lui donne une sépulture dans le delta du Nil. Seth dépèce alors le cadavre et éparpille ses morceaux sur toute la surface de l'Égypte. Isis reconstitue le cadavre, malgré la perte d'un unique morceau du corps, lui insuffle le souffle de la vie éternelle et, par sa magie, conçoit avec lui un fils, Horus (Hor).

Combats contre Horus[modifier | modifier le code]

Horus, fils d'Osiris réclame la couronne d'Égypte que possédait son père. Seth, transformé en animal, arrache et avale l'œil d'Horus[4]. Appuyé de sa mère Isis, Horus fait convoquer le tribunal des dieux afin de régler ce contentieux. préside, tandis que Thot tient le rôle du greffier. Le débat dure quatre-vingt ans. En dernier lieu, Thot confie la décision à Neith, déesse de Saïs, qui octroie la couronne à Horus, tandis que Seth doit recevoir les déesses Anat et Astarté comme épouses.

Suite à l'opposition de Rê, Isis propose de déplacer le tribunal à Héliopolis (Onou) devant Atoum et Khépri, ce qui conduit Seth à demander à ce qu'elle soit écartée des délibérations. Isis se métamorphose, séduit Seth, et le pousse à reconnaitre la légitimité d'Horus, ce qui amène Rê à donner la couronne à Horus.

Seth propose à Horus des jeux sportifs, notamment une épreuve d'apnée sous la forme d'hippopotames. L'intervention d'Isis annule l'épreuve et fâche les deux participants. Rê ordonne alors à Seth et Horus de se réconcilier. Seth invite alors Horus, avec qui il a une relation homosexuelle[5] afin de l'humilier de de discréditer ses prétentions au pouvoir. La dispute est réglée par Osiris qui menace de mettre fin à la fertilité de l'Égypte, et obtient ainsi la couronne pour Horus.

Seth, définitivement écarté du pouvoir, est appelé par Rê à monter sur la barque solaire et à le défendre. Il devient « celui qui hurle dans le ciel » et ouvre le chemin au soleil. Il remplit alors sa fonction de dieu des tempêtes en déchainant ses cris sous forme de tonnerre pour écarter le danger.

Bisexualité[modifier | modifier le code]

Seth, dieu bisexuel[6], est marié à la déesse Nephtys, et s'est aussi engagé dans des relations sexuelles avec Horus.

Cet épisode avec Horus dans les Aventures[7] a longtemps passé pour un trait ribaud isolé qui témoignerait de la culture populaire, ipso facto vulgaire, de l'Égypte tardive (la période des Ramsès étant l'apogée, et les derniers feux de la période pharaonique) ; ainsi l'éditeur princeps, Alan Gardiner, critiquait la valeur à la fois littéraire et morale de l'œuvre, qu'il imaginait récitée par un conteur, à la veillée, devant des auditoires de paysans[8]. De même, on a pu estimer que les Aventures, en raison de cet épisode de promiscuité et d'autres passages scandaleux comme la décollation d'Isis, appartiennent à une branche spéciale de la littérature égyptienne[9]. Mais deux autres passages homosexuels, l'un connu depuis plus d'un siècle, le papyrus de Lahun / Kahun (du Moyen Empire égyptien), où Seth interpelle Horus en vantant la belle croupe de ce dernier, à la suite de quoi Horus raconte à Isis que Seth veut le prendre sexuellement et celle-ci explique à son fils comment le duper durant le rapport ; l'autre annoncé seulement en 1977 et publié en 2001 (un des textes des pyramides inédit, datant de la Ve dynastie (trouvé dans l'antichambre de la pyramide de Pépi Ier), où Seth et Horus sont décrits en toutes lettres comme se sodomisant mutuellement, démentent cette conclusion et laissent à penser que l'homosexualité[10] de Seth, tour à tour sexuellement agressif et passif (hmty), doit être un trait de sa personnalité divine comme figure de la confusion et du chaos[11],[12].

Dans les textes des pyramides, une scène raconte comment Seth eut une relation homosexuelle avec Horus, en tenant avec celui-ci le rôle actif[13]. Par ailleurs, une autre tradition mythologique attribue à Seth une relation homosexuelle, prolongée et consentie cette fois-ci, avec le dieu libyen Ach[14].

Principaux lieux de culte du dieu Seth[modifier | modifier le code]

Temple dédié à Lieu
Seth Avaris/Pi-Ramsès
Seth Noubt/Naqada
Seth Deir el-Hagar (Oasis d'Ad-Dakhlah)
Seth Mut el-Kharab (Oasis d'Ad-Dakhlah)
Seth Khargeh

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Seth et Horus sont tous les deux cités dans le jeu vidéo : Tomb Raider : La Révélation finale. Dans le jeu, Lara Croft libère l'esprit de Seth qui veut se venger d'Horus.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. P. de Maret, L’oryctérope, un animal « bon à penser » pour les Africains est-il à l’origine du dieu égyptien Seth ?, Bulletin de l’Institut français d'archéologie orientale, 105, 2005, p. 1-20.
  2. Texte, traduction et notes en sont donnés en dernier lieu chez Broze 1996, p. 13-124
  3. Ouser, Weser, Ausare en égyptien ; dieu roi de l'Égypte
  4. Philippe Derchain, Histoire des religions, Encyclopédie de la Pléiade, Paris, Gallimard 1970, p. 114.
  5. (en)Set (Seth), God of Storms, Slayer of Apep, Equal to and Rival of Horus, touregypt.net
  6. (en)Set (Seth), God of Storms, Slayer of Apep, Equal to and Rival of Horus, touregypt.net
  7. Broze 1996.
  8. Gardiner 1931, p. 10-11.
  9. Patanè 1991, p. 91-93.
  10. Colin Spencer, Histoire de l'homosexualité, p. 36-37, Pocket, 1999
  11. Velde 1967, p. 32-53.
  12. Velde 1967, p. 43 : « Seth has sexually abused Horus, and Horus has tricked Seth. Thereby cosmic powers have been wasted. Seth's homosexual act threatens to change the cosmos into chaos. »
  13. George Hart, Mythes égyptiens, p. 64-66, Seuil, 1993
  14. Set dans egyptiandreams

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hippolyte Boussac (préf. David Favre), Seth Typhon : Génie des Ténèbres, Marseille, Arqa,‎ 2006, 113 p. (ISBN 2-4551-0003-6)
  • Michèle Broze, Mythe et roman en Égypte ancienne. Les aventures d'Horus et Seth dans le Papyrus Chester Beatty I, Louvain, Peeters,‎ 1996
  • (en) Alan Henderson Gardiner, The Library of A. Chester Beatty. Description of a Hieratic Papyrus with a Mythological Story, Love Songs, and Other Miscellaneous Texts, n°1, Londres, sans éditeur,‎ 1931
  • Dimitri Meeks et Christine Favard-Meeks, « Les dieux et démons zoomorphes de l'Ancienne Égypte et leurs territoires », Les polythéismes, pour une anthropologie des sociétés anciennes et traditionnelles, Action thématique programmée, Carnoules « (1) Seth-De la savane au désert »,‎ 1986, p. 5-51 (lire en ligne)
  • (en) Herman te Velde (trad. Mrs. G. E. van Baaren-pape), Seth, God of Confusion. A Study of his Role in Egyptian Mythology and Religion, Leyde, Brill,‎ 1967 (réimpr. 1977) (lire en ligne)
  • Herman te Velde (trad. Christian Bégaint), Seth, ou la divine confusion : Une étude de son rôle dans la mythologie et la religion égyptienne, Scribd,‎ 2011, 172 p. (lire en ligne)
  • (en) Jean-Fabrice Nardelli, Homosexuality and Liminality in the Gilgamesh and Samuel, Amsterdam, Hakkert,‎ 2007
    On trouvera beaucoup de données et de bibliographie dans ce livre très documenté p. 59-61 (le Papyrus de Kahun) et 78-93 (réexamen de tout le dossier de l'homosexualité des deux dieux). Il conclut p. 91 que :

« The more one looks at the evidence witnessing Seth’s homosexuality from the viewpoint of textual internal motivation for such a behaviour in each myth where it appears, the less one feels bound to suspect that Seth indulges in it for its own sake, so as to satisfy his libido in keeping with his fundamental nature of the divinity of the margins and confusion rather than of plain darkness. If, as it turns out in specific passages, same-sex happens to be a means to attain other goals of his, all the better, but I am confident that, with varying degrees of predominance, sensual pleasure is what Seth desires most in his coupling with Horus. »

  • Fernand Comte, Le Larousse des Mythologies du Monde.
  • Roland Khater, Décryptage de la religion de l'Egypte Ancienne.

Annexes[modifier | modifier le code]

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