Conte de Sinouhé

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Conte de Sinoué
Genre Conte
Date de parution originale XIIe dynastie
 Pierre en grès clair  avec des images gravées et  peintes  montrant deux  femmes, un dieu à tête de faucon, un homme aux cheveux noirs avec une longue barbiche, un dieu  à tête de chacal  et des hiéroglyphes  égyptiens inscrits au-dessus.
une pierre levée décrivant Amenemhat I accompagné par des dieux; Le décès d’Amenemhat I y est rapporté par son fils Senusret I dans l’ Histoire de Sinouhé.

Le Conte de Sinouhé, que l'on situe durant le règne du pharaon Amenemhat Ier, fondateur de la XIIe dynastie d'Égypte antique,(20 siècles avant JC) et elle est l'une des plus anciennes œuvres littéraires de l'Égypte jamais retrouvée. Il semblerait que cette histoire soit basée sur des évènements réels, quoique cette supposition ne fasse pas l'unanimité au sein des égyptologues. On pense qu'elle a été composée peu de temps après cette date, bien que les extraits de manuscrits les plus anciens datent du règne d'Amenemhat III, c'est-à-dire vers 1800 av. J.-C.[1]. Il persiste un débat non clôt pour savoir si c'est une histoire basée sur des évènements authentiques survenus à une personne réelle nommée Sinouhé [2] bien que le consensus soit que vraisemblablement il s'agisse en partie d'une fiction[3],[4]. Du fait de la nature universelle des thèmes explorés dans cette histoire, comprenant en particulier celui de la providence divine et de la miséricorde, son auteur, par ailleurs anonyme, a été considéré comme le Shakespeare égyptien " dont les idées ont des parallèles dans les textes de la bible. "Sinouhé" est considéré comme un travail écrit en vers et peut être joué au théâtre [5]. La grande popularité de cette œuvre est attestée par le nombre de fragments qui persistent [6],[7].

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le conte débute à la mort d'Amenemhat Ier, et raconte les expériences de Sinouhé. Ce dernier tente d'enrayer une tentative de meurtre visant à empêcher le successeur légitime d'Aménemhat, Sésostris Ier, d'arriver sur le trône. Sinouhé, qui revient d'une campagne militaire en Libye avec l'héritier d'Amenemhat, n'arrive pas à dénoncer le complot et trahit Sésostris en s'enfuyant. Arrivant en Syrie, il se marie à la fille d'un Chef du sud, qui l'adopte. Sinouhé prend progressivement du pouvoir : Sinouhé y combat les tributs rebelles au nom d' Ammunenshi. Et alors qu'il est déjà âgé, suite de la défaite d'un opposant puissant qu'il a vaincu en combat singulier, il prie pour son retour chez lui, dans son pays[5] : "Que Dieu ai pitié de moi . Qu'il écoute la prière de son serviteur si éloigné de chez lui!..Puisse le roi m'accorder miséricorde .Pourrais je être conduit jusqu'à la cité de l' éternité!"[6].

Et après une invitation de Sésostris - qui a survécu à la tentative d'assassinat, il retourne en Égypte. Sésostris le pardonne et fait entrer Sinouhé à son service.Il y vit le reste de sa vie dans les faveurs royales et est admis au repos dans la nécropole dans une tombe somptueuse [5].

Interprétations[modifier | modifier le code]

L'histoire de Sinouhé donné lieu à de nombreux débats dans la littérature explorant les thèmes qu'elle contient avec des perspectives multiples. L'étendue et la variété de ce matériel sont à relier à l'analyse de Hamlet et d'autres travaux notables de cette littérature[5]. Les universitaires débattent de la raison pour la quelle Sinouhé fuit l'Égypte, la majorité y voyant une réponse à type de panique devant la crainte d'un danger perçu[5]. L'histoire est remplie d' allusions symboliques. Le nom de Sinuhe(=“fils du Sycomore”) y est vu comme fournissant un lien important avec la signification de l'histoire. Le sycomore est dans l' ancienne Égypte, l' Arbre de la vie[8], associé à Hathor, (la déesse de la fertilité, qui renait et patronne les contrées étrangères ), qui est un trait marquant de toute l’œuvre[5].

Sinuhe est sous l'orbite protectrice des pouvoirs divins, sous la forme du roi, qu'il essaye initialement de fuir et celui de la reine, une manifestation de Hathor. En s'enfuyant d'Égypte, Sinouhé franchit des voies navigables associées à la déesse Maat,le principe de la vérité, de l'ordre et de la justice pour l' Ancienne Égypte, que l'on trouve à proximité du sycomore[5].

Les Anciens Egyptiens croyaient à la libre volonté, implicite dans le code de Maat, mais toujours accordé par la grâce divine pour travailler et s'y exprimé à travers l'individu , et dominé par la divine providence que l'on voit dans l'envol de Sinouhé puis son retour au pays. Incapable d'échapper à l'influence des pouvoirs divins et de la miséricorde, Sinouhé s'exclame: “Que je sois dans la Résidence, ou que je sois ici, c'est vous qui masqué cet horizon”.[5] Un parallèle a été fait avec la description de la Bible à propos de Joseph dans la Bible hébraïque. Le séjour de Joseph le "Syro-Canaanique" en Égypte, où il devient un membre de l'élite dirigeante, où il acquière une femme et une famille avant de retrouver sa famille d'origine hébraïque, a été considéré comme un signe de la divine providence. De même, Sinouhé l'Egyptien fuyant en vers les territoires Syro-Canéén et devenant un membre de l'élite dirigeante, en y acquérant femme et famille, avant de revenir dans son pays, semble le fait de la divine providence[5]. Un parallèle a aussi été tracé avec d'autres textes bibliques :la tentative infructueuse de Sinuhe de s'échapper de la sphère d'influence du pouvoir divin (= celle du Roi) est reliée à celle du prophète hébreux Jonas qui tente de même[9]. Cet envol avec un prétendant puissant, par qui il est tué avec un simple souffle, est comparé à la bataille entre David et Goliath et son retour au domicile est mis en relation avec la parabole de l'enfant Prodigue[10].

Influences dans la culture moderne[modifier | modifier le code]

Naguib Mahfouz, l'écrivain égyptien Prix Nobel de littérature, a publié en 1941 une histoire titrée "Awdat Sinuhi" traduit par Raymond Stock (en) en 2003 comme "Le retour de Sinhoué" ( "The Return of Sinuhe") dans la collection des courtes histoires de Mahfouz dénommées :" les voix d'un autres monde" ( Voices from the Other World). Cette histoire est basée directement sur l' "Histoire de Sinouhé", bien qu'il y ai ajouté des détails d'une romance qui n'existait pas dans le travail original.

Ce conte inspira le roman de Mika Waltari, Sinouhé l'Égyptien (1949), dont est issu le film hollywoodien « L'Égyptien » (1954). Tous les deux racontent l'histoire d'un certain Sinouhé, ( joué par Edmund Purdom), qui au cours de la XVIIIe dynastie, fuit l'Égypte puis y revient pour demander le pardon.

Elizabeth Peters ( de son vrai nom Barbara Mertz) y fait référence dans sa nouvelle The Falcon at the Portal (en)., en français : La Pyramide oubliée, publié en 1999.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. R. B. Parkinson, The Tale of Sinuhe and Other Ancient Egyptian Poems. Oxford World's Classics, 1999, p. 21
  2. James Karl Hoffmeier, Ancient Israel In Sinai: The Evidence for the Authenticity of the Wilderness Tradition, Oxford University Press 2005, p. 256
  3. James Peter Allen, Middle Egyptian: An Introduction to the Language and Culture of Hieroglyphs, Cambridge University Press 2000, p. 281
  4. The best tale begins with the death of King Amenemhat, who was the first king of the 12th dynasty. In the 'Instructions of Amenemhat' the king describes, from beyond the grave, how he was the victim of an assassination.("Religion in ancient Egypt" Byron Esely Shafer, John b., Leonard H. Lesko, David P. Silverman, p. 160, Taylor & Francis, 1991 ISBN 0-415-07030-9)
  5. a, b, c, d, e, f, g, h et i "In search of Sinuhe: "What's in a Name?", Edmund S. Meltzer, Paper presented at The 58th Annual Meeting of the American Research Center in Egypt, Wyndham Toledo Hotel, Toledo, Ohio, Apr 20, 2007 [1]
  6. a et b M. Lichtheim, Ancient Egyptian Literature, Volume I: The Old and Middle Kingdoms, 1973, p. 222, ISBN 0520028996
  7. http://www.bbc.co.uk/programmes/b041ybj3 , "in our time": The Tale of Sinuhe; discussion de Melvyn Bragg avec ses invités, durée:43 minutes,1 e diffusion:Thursday 2014 sur BBC 4
  8. "Death and salvation in ancient Egypt", Jan Assmann, David Lorton, Translated by David Lorton, p. 171, Cornell University Press, 2005, ISBN 0-8014-4241-9
  9. "God's Word for Our World: Theological and cultural studies in honor of Simon John De Vries", Simon John De Vries, Edmund S. Meltzer, J. Harold Ellens, Deborah L. Ellens, Rolf P. Knierim, Isaac Kalimi, p. 79, Continuum International Publishing Group, 2004 ISBN 0-8264-6975-2
  10. "Tales From Ancient Egypt", Joyce Tyldesley, p. 88, Rutherford, 2004, ISBN 0-9547622-0-7

Liens externes[modifier | modifier le code]