Narmer

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Narmer
Palette de Narmer
Palette de Narmer
Fonctions
Souverain d'Égypte
3185 – 3125 avant notre ère[1],[2].
Prédécesseur Scorpion II (ou Shesh Ire)
Successeur Hor-Aha
Biographie
Dynastie Ire dynastie
Période thinite
Conjoint Neith-Hotep
Enfant(s) Hor-Aha
Benerib

Narmer est un roi de l'Égypte antique ayant régné pendant la période thinite, trente-et-un siècles avant notre ère[3].

Il est probablement le successeur du couple Scorpion II / Shesh Ire, roi et reine de la dynastie égyptienne zéro. Certains considèrent qu'il a unifié la Haute et la Basse-Égypte et fondé la Ire dynastie. De fait, il est le premier roi de l’Égypte unifiée.

L'identité de Narmer fait débat, beaucoup d'égyptologues[4],[5],[6] l'identifient à Ménès.

Les informations sur ce pharaon sont essentiellement tirées de la célèbre palette de Narmer palette de schiste, le représentant victorieux contre un peuple que l'on n'a pas identifié. Y figurent les premiers hiéroglyphes clairement définis, qui forment le nom de ce roi (nar-mer, « silure - ciseau »). Sur cette palette, il est représenté alternativement portant la couronne du Sud (couronne blanche des rois de Haute-Égypte) et celle du Nord (couronne rouge des rois de Basse-Égypte ou du delta).

Origine[modifier | modifier le code]

Manéthon donne pour origine aux deux premières dynasties la ville de Thinis[7]. À proximité de Thinis, Abydos est la nécropole des rois de la période prédynastique égyptienne[8].

Toutefois, il pourrait être originaire de Hiérakonpolis, la capitale du royaume du Sud[9]. C'est en ce lieu qu'ont été trouvées la palette et la massue de Narmer, même si ces œuvres y ont probablement été déposées près de mille ans après le règne de Narmer[10].

Généalogie[modifier | modifier le code]

 
Egypte icon pharaon.png
Narmer
 
 
 
Neith-Hotep
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Benerib
 
 
 
Egypte icon pharaon.png
Hor-Aha
 
 
 
Khenthap
 
 
 
 
 
 

Son épouse est Neith-Hotep (Neith est apaisé), une princesse du nord de l’Égypte. À moins qu'elle ne soit l'épouse de Hor-Aha[11],[12]. Des inscriptions mentionnant son nom ont été trouvées dans les tombes de Hor-Aha et de Djer, successeurs immédiat de Narmer, impliquant qu'elle est la mère de Hor-Aha[13],[14].

Le successeur de Narmer, Hor-Aha, est peut-être son fils et celui de Neith-Hotep[15],[14].

L'épouse de son successeur, Hor-Aha est probablement sa fille, Benerib[16]

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature dans l'Égypte antique.

Nom[modifier | modifier le code]

Méni est le nom utilisé sur les documents à partir de la XVIIIe dynastie (scarabée d'Hatchepsout et de Thoutmôsis III)[18]. Ménès en est la forme grecque utilisé par Manéthon. Son nom pourrait signifier « quelqu'un » ou « personne ». Il est possible que les prêtres, ne connaissant pas le nom du premier pharaon, mais devant le citer, aient utilisé cette expression à la place[19].

Dans un article de juillet 2002[20], Bernadette Menu expose que Ménès serait une sorte de titre, « Celui qui établit », porté par les deux premiers souverains de la première dynastie, Narmer et Âha.

Il est possible que Narmer ait changé de nom après l'unification et la mise en place de l'institution pharaonique en prenant le titre de Ménès, « le fondateur »[21]. D'autant plus que les deux noms ont été retrouvés sur un sceau où ils sont associés, mais d'une façon qui n'assure pas qu'il s'agisse de la même personne, le nom de Narmer étant en tant qu'Horus et celui de Ménès de façon normale.

Règne[modifier | modifier le code]

La fameuse palette de Narmer, découverte par James Edward Quibell en 1898 à Hiérakonpolis[22], montre Narmer portant les insignes des Haute et Basse-Égypte, donnant naissance à la théorie selon laquelle il aurait unifié ces deux royaumes[23].

Depuis sa découverte, il y a débat pour savoir si la palette de Narmer représente un événement historique[23],[24] ou est purement symbolique[25],[26]. Toutefois, en 1993, Günther Dreyer découvre à Abydos une étiquette datant de Narmer et décrivant le même événement que la palette de Narmer, montrant par là qu'elle décrit bien un événement historique[27].

Narmer est souvent assimilé à Ménès, le fondateur de la Ire dynastie, dite thinite selon Manéthon[28]. Toutefois, certains égyptologues soutiennent que Ménès est Hor-Aha et pensent qu'il a hérité d'une Égypte déjà unifiée par Narmer[29] ; d'autres soutiennent que Narmer a initié le processus d'unification mais soit sans succès, soit avec un succès limité, laissant Ménès l'achever.

Narmer pourrait, aussi, être le successeur immédiat du roi qui a unifié l’Égypte (peut-être le roi Scorpion II dont le nom a été trouvé sur une tête de massue découverte à Hiérakonpolis), et il aurait adopté les symboles d'unification mis en usage à la génération précédente[30].

Deux listes royales trouvées dans les tombes de Den et citent Narmer comme fondateur de la Ire dynastie, suivi par Hor-Aha. La liste de Qâ indique les huit rois de la première dynastie dans le bon ordre, en commençant par Narmer[31]. Ménès n'est mentionné sur aucune de ces listes car c'est généralement le nom d'Horus qui est utilisé sur les monuments, alors que Ménès est un nom personnel[32].

Durée du règne[modifier | modifier le code]

Manéthon, prêtre sous le règne de Ptolémée II, écrit l'Histoire de l'Égypte (Ægyptiaca) au IIIe siècle avant notre ère. L’œuvre est perdue mais elle est connue par des citations fragmentaires d'historiens du IIIe et IVe siècles. Sextus Julius Africanus donne un règne de soixante ans à Narmer. La version de Eusèbe de Césarée réduit son règne à trente ans[33] .

Les deux versions précisent que Narmer a été tué par un hippopotame. Mais cet épisode pourrait être une allégorie d'un conflit entre Nagada (dont le dieu Seth est le protecteur des hippopotames) et Hiérakonpolis[34].

Succession[modifier | modifier le code]

Narmer / Ménès conserve malgré tout l'image d'un souverain qui aurait donné à l'Égypte les bases de sa prospérité et de sa puissance. Mais on connaît en fait peu de chose sur le personnage.

Sépulture[modifier | modifier le code]

La tombe de Narmer est trouvée à Oumm el-Qa'ab dans la région d'Abydos.

Les tombes de ce site sont découvertes par Émile Amélineau en 1894 et sont fouillées par William Matthew Flinders Petrie entre 1899 et 1901[35]. Depuis 1973, le site a fait l'objet de plusieurs campagnes de fouilles par Institut archéologique allemand, ce qui a permis de comprendre l'architecture et le mode de construction des tombes[35].

La nécropole a été pillée dés l'antiquité, mais des inscriptions portées sur des sceaux permettent d'identifier les rois qui y sont enterrés. Ainsi , Werner Kaiser identifie sa tombe dans le cimetière B grâce à un sceau représentant Narmer[36].

La tombe de Narmer est située à proximité de la tombe de Ka qui gouverna la Haute-Égypte avant lui[37]. Elle est composée de deux chambres en briques de terre crue (B17 et B18), faisant chacune 10 × 3 m, séparées par un mur[38].

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Objets archéologiques[modifier | modifier le code]

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Le nom de Narmer est attesté dans toute l’Égypte et dans le sud de Canaan.

En Égypte, son nom a été trouvé sur treize sites : trois en Haute-Égypte (Hiérakonpolis, Nagada, et Abydos) ; huit en Basse- Égypte (Tarkhan, Helwan, Zaouiet el-Aryan, Tell Ibrahim Awad, Ezbet el-Tell, Minshat Abu Omar, Tell el-Farkha, et Kafr Hassan Dawood) et deux dans le désert (Wadi el-Qaash et Kharaga Oasis)[39].

Durant le règne de Narmer, l'Égypte a une présence économique active dans le sud de Canaan. Des tessons de poterie ont été découverts sur plusieurs sites, certains provenant de jarres fabriquées en Égypte et importées en Canaan, d'autres fabriqués localement dans un style égyptien.

Les dernières découvertes permettent de conclure que la présence de l’Égypte n'est pas simplement le résultat d'échanges commerciaux mais atteste d'une colonisation[40].

Il est possible que la présence de l'Égypte soit le résultat d'une invasion militaire[41], mais ce point de vue n'est pas général[42],[43].

La découverte de trente-trois serekhs sur des tessons de poteries datant de la période prédynastique égyptienne, atteste de l'activité égyptienne dans le sud de Canaan[44]. Le nom de Narmer est inscrit sur treize d'entre eux, provenant de six sites différents : Tel Arad, En Besor, Tel es-Sakan, Nahal Tillah (Halif Terrace), Tel Erani, et Lod[45]. Un serekh provenant de Lod est attribué à Ka, prédécesseur de Narmer[46]. Un autre serekh est attribué à Hor-Aha, successeur de Narmer. Les autres serekhs ne portent pas de nom ou portent des noms ne correspondant à aucun pharaon connu[44].

Après 200 ans d'activité en Canaan[47], la présence égyptienne atteint un pic sous le règne de Narmer avant de décliner après lui[44].

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Vercoutter, L'Égypte et la vallée du Nil, tome 1, p. 200.
  2. 3150 à 3125, selon Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, p. 62.
  3. Wilkinson, Early Dynastic Egypt, p. 67.
  4. Lloyd, Herodotus: Book II, p. 7.
  5. Edwards, Cambridge Ancient History: Early History of the Middle East, p. 13.
  6. Cervelló-Autuori, Narmer, Menes and the seals from Abydos, p. 174.
  7. Jean Vercoutter, L'égypte et la vallée du Nil, tome 1, p. 203.
  8. Toby Wilkinson, Early Dynastic Egypt, Routledge, 1999
  9. Jean Vercoutter, L'Égypte et la vallée du Nil, tome 1, p. 244.
  10. Peter Clayton, Pharaons, p. 17.
  11. Jean Vercoutter, L'égypte et la vallée du Nil, tome 1, p. 210.
  12. Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, p. 61
  13. Joyce Anne Tyldesley, Chronicle of the Queens of Egypt, p. 26-29.
  14. a, b et c Peter Clayton, Pharaons, p. 16.
  15. Jean Vercoutter, L'Égypte et la vallée du Nil, tome 1, p. 209.
  16. Walter Bryan Emery, Ägypten – Geschichte und Kultur der Frühzeit., p. 47.
  17. Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, p. 48.
  18. Jean Vercoutter, L'Égypte et la vallée du Nil, tome 1, p. 199.
  19. Dominique Valbelle, Histoire de l'État pharaonique, p. 17.
  20. Bernadette Menu, L'émergence des structures étatiques dans l'Égypte du IVe millénaire.
  21. « L'Égypte ancienne »
  22. Quibell, Slate Palette from Hierakonpolis
  23. a et b Gardiner, Egypt of the Pharaohs, p. 403-404.
  24. Edwards, Cambridge Ancient History: Early History of the Middle East, p. 41-43.
  25. Baines, Origins of Egyptian Kingship, p. 117.
  26. O'Connor, The Narmer Palette: A New Interpretation
  27. Dreyer, Egypt's Earliest Event, p. 6-7.
  28. Voir page 221 in The Scientific Study of Mummies, Arthur C. Aufderheide, Cambridge University Press, 2003
  29. Midant-Reynes, The Prehistory of Egypt, p. 243-250.
  30. Schulman, Narmer and the Unification: A Revisionist View
  31. Cervelló-Autuori, Was King Narmer Menes ?, p. 31-37.
  32. Seidlmayer, The Rise of the Egyptian State to the Second Dynasty , p. 25.
  33. Waddell, Manetho, with an English translation, p. 29-33.
  34. Vercoutter, L'Égypte et la vallée du Nil, tome 1, p. 208.
  35. a et b Shaw, The Oxford History of Ancient Egypt., p. 67.
  36. Ian Shaw, The Oxford History of Ancient Egypt . , p. 71.
  37. Dreyer, Abydos,Umm el-Qa'ab, p. 110-111.
  38. La nécropole d'Oumm el-Qaab sur le site antikforever.com
  39. Tous, sauf deux d'entre eux sont répertoriés par Alejandro Jiménez-Serrano], Los primeros reyes y la unificación de Egipto, p. 372-373, Table 9. Les deux autres sont Tell el-Farkha (Krzysztof Ciałowicz, 2011, p. 63) et Kafr Hassan Dawood (Hassan, 2000, p. 39).
  40. Porat, Local Industry of Egyptian Pottery in Southern Palestine during the Early Bronze Period, p. 119.
  41. Yadin, The Earliest record of Egypt Military Penetration into Asia ?, p. 193-155.
  42. Campagno, Ethnicity and Changing Relationships between Egyptians and South Leavantines during the Early Dynastic Period, p. 695-696
  43. Porat, Local Industry of Egyptian Pottery in Southern Palestine during the Early Bronze Period, p. 109.
  44. a, b et c Anelkovic, The Relations Between Early Bronze Age, p. 31.
  45. Jiménez-Serrano, Los primeros reyes y la unificación de Egipto, Table 9.
  46. Jiménez-Serrano, Los primeros reyes y la unificación de Egipto, Table 8.
  47. Anelkovic, The Relations Between Early Bronze Age, p. 72.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Égypte ancienne, édition Hachette Multimédia, coll. « Encyclopédie Hachette Multimédia »,‎ 2005.

Document utilisé pour la rédaction de l’article Ouvrages utilisés pour la rédaction de l'article[modifier | modifier le code]

  • (es) Branislav Anelkovic, The Relations Between Early Bronze Age : Canaanites and Upper Egyptians, Belgrade, Faculty of Philosophy, Centre for Archaeological Research,‎ 1995 (ISBN 978-8680269177)
  • (en) John Baines, « Origins of Egyptian Kingship », dans David O'Connor et David P. Silverman, Ancient Egyptian Kingship, Brill,‎ 1995
  • (en) Josep Cervelló-Autuori, « Was King Narmer Menes ? », [Archéo-Nil], no 15,‎ 2005
  • (en) Josep Cervelló-Autuori, « Narmer, Menes and the seals from Abydos », dans Egyptology at the dawn of the twenty-first century: proceedings of the Eighth International Congress of Egyptologists, Le Caire, 2000, Le Caire, The American University in Cairo Press,‎ 2003 (lire en ligne)
  • (en) Marcelo Campagno, « Ethnicity and Changing Relationships between Egyptians and South Leavantines during the Early Dynastic Period », dans Beatrix Midant-Reynes et S. Hendrickx, Egypt at its Origins 2, Louvain, Peeters Publishers,‎ 2008 (ISBN 978-9042919945)
  • (en) Krzysztof Ciałowicz, « The Predynastic/Early Dynastic Period at Tell el-Farkha », dans Emily Teeter, Before the Pyramids: The Origins of Egyptian Civilization, The Oriental Institute of the University of Chicago,‎ 2011
  • (en) Günther Dreyer, « Abydos,Umm el-Qa'ab », dans Kathryn A. Bard, Encyclopedia of the Archaeology of Ancient Egypt, New York, Routledge,‎ 1999
  • (en) F. A. Hassan, « Kafr Hassan Dawood », Egyptian Archaeology: Bulletin of the Egypt Exploration Society, no 16,‎ 2000
  • (es) Alejandro Jiménez-Serrano, Los primeros reyes y la unificación de Egipto, Universidad de Jaen,‎ 2007 (ISBN 978-8484393573)
  • (en) Naomi Porat, « Local Industry of Egyptian Pottery in Southern Palestine During the Early Bronze », Bulletin of the Egyptological, Seminar 8, vol. 8,‎ 1986/1987 (lire en ligne)
  • (de) James Quibell, Zeitschrift für ägyptische Sprache und Altertumskunde : Slate Palette from Hierakonpolis, vol. 36, Berlin, Deutsche Morgenländische Gesellschaft,‎ 1898 (lire en ligne)
  • (en) Alan Schulman, « Narmer and the Unification: A Revisionist View », Bulletin of the Egyptological Seminar, no 11,‎ 1991/1992
  • (en) Stephan Seidlmayer, « The Rise of the Egyptian State to the Second Dynasty », dans Matthias Seidel et Regine Schulz, Egypt: The World of the Pharaohs, Ullmann Publishing,‎ 2010
  • (en) W.G. Waddell, Manetho, with an English translation, Harvard University Press,‎ 1940 (lire en ligne)
  • (en) Yigael Yadin, « The Earliest record of Egypt Military Penetration into Asia ? », Israel Exploration Journal, vol. 5, no 1,‎ 1955 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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