Ramsès III

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Tête d'une statue de Ramsès III

Ramsès III (Ramsès Ousermaâtrê-Méryamon : né de Râ, la justice de Rê est puissante, apprécié d'Amon) est le dernier grand souverain du Nouvel Empire. Pendant son règne, qui dure un peu plus de trente ans, le souverain ne cesse pas de lutter contre la corruption qui gangrène le pays ; il doit également repousser les peuples de la mer, des envahisseurs coalisés.

Ramsès III a régné de -1186 à -1154[1], après un règne que les chroniques (papyrus Harris) indiquent avoir duré 31 ans et 41 jours.

Biographie[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Ramsès III
Naissance Date inconnue Décès -1153
Père Sethnakht Grands-parents paternels
Grand-père paternel inconnu
Grand-mère paternelle inconnue
Mère Tiyi-Meryaset Grands-parents maternels
Grand-père maternel inconnu
Grand-mère maternelle inconnue
Fratrie Fratrie inconnue
1re épouse Iset ou Iset-Tahemdjeret Enfant(s) Amonherkhépeshef
Ramsès IV
Mériatoum
Ramsès VI
2e épouse Minéfer Enfant(s) Montouherkhépeshef
3e épouse Tiyi Enfant(s) Khâemouaset
Pentaour
Parâherounemef
Séthiherkhépeshef
Ramsès VIII
4e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
5e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
6e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
7e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
8e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
Mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
2e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
3e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
4e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu

Ramsès III a eu de nombreux fils, dont beaucoup ont disparu avant lui : Parâherounemef, Séthiherkhépeshef, Khâemouaset, Amonherkhépeshef[2]. Le prince Ramsès, alors âgé de plus de 45 ans, devient l'héritier légitime du trône.

Accession au trône[modifier | modifier le code]

Ramsès III représenté sur une fresque dans la tombe de son fils Amonherkhépeshef dans la vallée des reines

Ramsès III est le fils du pharaon Sethnakht et de son épouse Tiyi-Meryaset.

Sa date d'accession au trône est le 26e jour du mois de Chémou de l'an 1 et la date de son décès est le 15e jour du mois de Chémou de l'an 32[3].

Dans la description du Couronnement du pharaon (en) dans le Temple funéraire de Médinet Habou, quatre colombes ont été « expédiées aux quatre coins de l'horizon pour confirmer que le Horus vivant, Ramsès III, est (encore) en possession de son trône, que l'ordre de Maât prévaut dans le cosmos et la société »[4],[5].

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature dans l'Égypte antique.

Règne[modifier | modifier le code]

Ramsès III
Période Nouvel Empire
Dynastie XXe dynastie
Fonction Pharaon
Prédécesseur Sethnakht
Prise du pouvoir
Dates de règne -1186 à -1154 (selon N. Grimal)
-1182 à -1151 (selon Piccione)
-1183 à -1152 (selon J. von Beckerath)
-1184 à -1153 (selon J. Málek)
-1198 à -1166 (selon D. B. Redford)
-1185 à -1153 (selon A. D. Dodson)
-1194 à -1163 (selon D. Arnold)
-1182 à -1151 (selon A. H. Gardiner)
Durée du règne Inconnue
Successeur Ramsès IV
Passation du pouvoir
Sépulture Non trouvé
Date de découverte Inconnue
Découvreur Inconnu
Fouillée par ?

Invasions[modifier | modifier le code]

L'Égypte fut souvent menacée au cours de la période du règne de Ramsès III par des forces extérieures.

En l'an V de son règne, dans l'ouest du delta, il vainc des tribus libyennes dont il intègre une partie des troupes dans son armée. Il les affronte et les vainc une nouvelle fois, six ans plus tard, en l'an XI de son règne[6]. Les vaincus, marqués au fer rouge sont emmenés, avec femmes et enfants, et sont à l'origine des communautés libyennes installées dans le pays[6].

En l'an VIII, le pharaon arrête les vagues dévastatrices des peuples de la mer auxquelles se sont joints des Philistins[6]. Leur flotte est anéantie dans une bataille navale relatée sur les murs de son temple funéraire de Médinet Habou[6]. Les conflits vont durer pendant presque onze ans, souvent remportés par Ramsès III.

Œuvre architecturale[modifier | modifier le code]

Statues de Ramsés III représentant Osiris, temple de Karnak.

Ramsès III prend pour modèle l’œuvre architecturale monumentale de Ramsès II.

Il fait construire son Temple des millions d'années à Médinet Habou. Situé à proximité du Ramesséum, le temple funéraire est installé sur un site comportant déjà des temples et pylônes érigés durant la XVIIIe dynastie par Amenhotep Ier, Hatchepsout et Thoutmôsis III[7]. Le temple n'est complètement terminé qu'après le décès du souverain. Il servit à la fois de lieu de culte pour Amon-Rê et pour le pharaon. Là sont enterrés les membres de la cosmogonie hermopolitaine, selon la légende, et ils reçurent un culte jusqu'à l'arrivée des Romains.

À Karnak, il fait construire un temple consacré au dieu Khonsou et à la déesse Mout, ainsi qu'un temple-reposoir[8].

D'autres constructions ont été faites durant son règne : dans le temple de Louxor, mais aussi à Pi-Ramsès, Héliopolis, Memphis (Égypte), Athribis, Hermopolis, Assiout, Thinis, Abydos, ainsi qu'en Nubie et en Syrie, tel que le rapporte le Papyrus Harris qui est une chronique du règne de Ramsès III[8].

Première grève de l'histoire[modifier | modifier le code]

La XXIXe année du règne Ramsès III est marquée par la première grève dont l'histoire ait gardé la trace[2],[9]. Les difficultés politiques et économiques de cette période aboutissent à des retards chroniques dans le ravitaillement du village des ouvriers de Deir el-Médineh[2]. Les travailleurs ont arrêté le travail et sont allés se plaindre à divers temples mortuaires sur la rive ouest, ainsi qu'au vizir Ta, au Ramasseum[2].

Le papyrus de la grève, rédigé par le scribe Amennakht et conservé à Turin, fournit un compte rendu détaillé des événements sous Ramsès III, tandis que d'autres papyrus et ostraca offre de plus amples informations sur les conflits ultérieurs.

Conspiration et meurtre[modifier | modifier le code]

La conspiration[modifier | modifier le code]

La fin du règne de Ramsès III voit le déclenchement d'une cabale de palais, la conspiration du harem.

La reine Tiyi, seconde épouse de Ramsès III, fomente une conspiration afin de mettre son fils Pentaour sur le trône[2]. Les conspirateurs comprennent plusieurs femmes du harem, un échanson, un majordome, un général et un commandant des troupes de Koush. Soit vingt-huit personnes connues par les pseudonymes que leur donne le papyrus judiciaire de Turin : « le mal dans Thèbes », « Ra le déteste »[2].

Selon Pierre Grandet[10], les instigateurs profitèrent vraisemblablement de l'annonce imminente de la mort du roi pour passer à l'acte. Lors de la Belle fête de la vallée, les conjurés devaient agir en utilisant, entre autres, l'envoutement[2].

Le procès[modifier | modifier le code]

Ramsès monte sur le trône après la mort de son père. C'est lui qui traduit les conjurés devant un tribunal de douze hauts fonctionnaires civils et militaires[2]. Le papyrus judiciaire de Turin relate le déroulement du procès et de ses rebondissements. Il est également corroboré par une série de fragments, les papyri Lee, Rollin, Varzy et Rifaud.

À son terme, dix-sept des conspirateurs sont exécutés[2] (le texte utilise la formule « leur peine est venue vers eux »). Leurs noms sont transformés pour les vouer à la déchéance éternelle. Sept dont Pentaour sont incités au suicide[2], probablement du fait de leur proximité avec la fonction royale.

Cinq des juges eux-mêmes ont été mis en cause par les accusateurs, soit pour collusion, soit pour leur parenté avec les accusés. Si un seul est incité au suicide, trois ont eu le nez et les oreilles coupés, le dernier faisant l'objet d'une simple réprimande[2].

Les sources disponibles ne donnent aucune précision quant au sort de la reine Tiyi et des proches de la famille royale. Il est fort possible que leur position dans la hiérarchie ainsi que leurs fonctions sacerdotales les aient mis à l'abri de la peine capitale.

Ayant réglé la succession de son père défunt et légitimé son accession en présidant aux cérémonies funéraires, Ramsès IV peut commencer son propre règne qui dura six années.

Momie[modifier | modifier le code]

Momie de Ramsès III

Le papyrus judiciaire de Turin est muet sur le sort de Ramsès III, si ce n'est que le procès a lieu après sa mort[11].

Sa momie est retrouvée en 1881 dans la tombe thébaine TT320, où les prêtres d'Amon ont regroupé les momies de la vallée des rois afin de mieux les protéger des voleurs.

Selon les dernières recherches par IRM sur le corps du défunt[12], Ramsès III a eu la gorge tranchée jusqu'aux vertèbres cervicales[11]. Cette blessure ne pouvant résulter du travail des embaumeurs, Ramsès III est mort assassiné durant la tentative de coup d'État, bien que ce dernier ait finalement échoué[11]. C'est donc son successeur Ramsès IV qui s'est chargé de veiller à la bonne marche du procès des conjurés.

Lors de la même étude, une momie anonyme qui se trouvait avec celle de Ramsès III , celle de l'« homme E », a fait l'objet d'analyses. Le scanner a montré qu'il s'agissait d'un jeune homme de 18 à 20 ans. Contrairement aux pratiques de momifications, son cerveau et des organes n'ont pas été retirés. Il est recouvert d'une peau de chèvre, considérée comme rituellement impur. L'analyse génétique montre que Ramsès III et l'« homme E » sont probablement père et fils. L'inconnu pourrait être Pentaour[12], qui après son suicide, aurait été enterré avec son père dont il aurait organisé l'assassinat[13].

Études génétiques[modifier | modifier le code]

Selon une étude scientifique menée par Zahi Hawass et ses collègues et publiée en décembre 2012, Ramsès III et sa lignée patrilinéaire appartenaient à l'haplogroupe du chromosome Y E1b1a[12],[14], que l'on trouve principalement en Afrique subsaharienne[15].

Sépulture[modifier | modifier le code]

Ramsès III fait commencer la tombe KV3, dans la vallée des rois. Son creusement est abandonné en cours de construction[16]. La décoration est composée principalement de représentations de Ramsès III, suivie par un prince, devant diverses divinités[17].

Il fait reprendre les travaux dans le tombeau KV11, prévu au départ pour Sethnakht. Lors du creusement du troisième couloir, les travailleurs débouchent dans la tombe KV10. L'axe du tombeau est alors décalé vers l'ouest[16],[18]. Cette tombe est d'une finesse absolue, les scènes sont fidèles à l'art égyptien. La décoration[19] comprend les Litanies de Rê, le livre des portes, le livre des morts, le livre de la terre, livre de la vache et du ciel. Les chambres annexes ont des décors uniques portant sur des activités telles que la préparation des aliments, les provisions et l'équipement funéraire[18].

Le tombeau fut cartographié pour la première fois en 1737-1738 par Richard Pococke, puis par James Bruce en 1769, puis par James Burton et Robert Hay en 1825. Les premières fouilles seront faites par Giovanni Battista Belzoni en 1816 et 1819.

Ramsès III meurt dans sa 65e année, selon beaucoup de spécialistes, comme Edward Frank Wente, Charles Cornell Van Siclen, Alexander John Peden et Rolf Krauss, le 15e jour du 3e mois de la saison Shemou.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Grimal.
    Autres avis de spécialistes : -1182 à -1151 (Piccione), -1183 à -1152 (von Beckerath), -1184 à -1153 (Málek), -1198 à -1166 (Redford), -1185 à -1153 (Dodson), -1194 à -1163 (Arnold), -1182 à -1151 (Gardiner)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Grimal, [1988], p. 365
  3. E.F. Wente & C.C. Van Siclen, "A Chronology of the New Kingdom" in Studies in Honor of George R. Hughes, (SAOC 39) 1976, p.235, ISBN 0-918986-01-X
  4. Murnane, W. J., United with Eternity: A Concise Guide to the Monuments of Medinet Habu, p. 38, Oriental Institute, Chicago / American University in Cairo Press, 1980.
  5. (en) Wilfred G. Lambert, A. R. George et Irving L. Finkel, Wisdom, Gods and Literature: Studies in Assyriology in Honour of W.G. Lambert, Eisenbrauns,‎ 2000, 384– p. (ISBN 978-1-57506-004-0, lire en ligne)
  6. a, b, c et d Grimal, [1988], p. 358
  7. Grimal, [1988], p. 362
  8. a et b Grimal, [1988], p. 364
  9. « La première grève connue de l'histoire », sur Egyptos
  10. P. Grandet, Ramsès III
  11. a, b et c Article du Monde (18 décembre 2012)
  12. a, b et c Article du British Medical Journal, décembre 2012, en anglais.
  13. « Plus de 3 000 ans après, la vérité sur la mort de Ramsès III »
  14. Academia.edu, Article du British Medical Journal, mis en ligne le 17 décembre 2012, en anglais.
  15. Distribution de l'haplogroupe E1b1a dans le monde
  16. a et b Grimal, [1988], p. 366
  17. Theban Mapping Project - KV3
  18. a et b Theban Mapping Project - KV11
  19. Theban Mapping Project - Photos du décor

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Friedrich Abitz, Ramses III. in den Gräbern seiner Söhne, Orbis Biblicus et Orientalis 72, Universitätsverlag, Freiburg, 1986.
  • Paul Barguet, Un complot contre Ramsès III, d'après le papyrus N°1875 de Turin, les papyri Lee I et II, et le papyrus Rollin, Centre culturel de l'Ordre de la Rose-croix, Paris, 1989.
  • Eric H. Cline et David O'Connor, Ramesses III: The life and times of Egypt's last hero, University of Michigan Press, Ann Arbor, 2012.
  • Pierre Grandet, Ramsès III. Histoire d'un règne, Paris, Pygmalion,‎ 1993
  • Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne [détail des éditions]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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