Sphinx de Gizeh

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Sphinx de Gizeh
Site d'Égypte antique
Image illustrative de l'article Sphinx de Gizeh
Le visage du sphinx de Gizeh.
Localisation
Coordonnées 29° 58′ 31″ N 31° 08′ 16″ E / 29.97528, 31.1377829° 58′ 31″ Nord 31° 08′ 16″ Est / 29.97528, 31.13778  

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Sphinx de Gizeh

Le sphinx[1] de Gizeh (appelé par les Arabes أبو الهول Abou al-Hôl, « père de la terreur ») est la statue thérianthrope qui se dresse devant les grandes pyramides du plateau de Gizeh, en amont du delta du Nil, dans la Basse-Égypte. Sculpture monumentale monolithique la plus grande du monde[2] (73,5 mètres de long, 14 mètres de large et 20,22 mètres de haut), elle représente un sphinx couchant.

Description[modifier | modifier le code]

D'une longueur de 73,5 mètres, d'une hauteur de 20,22 mètres, d'une largeur maximale de 14 mètres (hauteur de la tête 5,20 m ; largeur du visage : 4,15 m ; largeur de la bouche seule : 2,32 m ; hauteur de l'oreille : 1,40 m ; hauteur du nez : 1,70 m) et d'un poids d'environ 20 000 tonnes[3], le sphinx de Gizeh est une sculpture monumentale taillée dans un promontoire naturel dans le roc. Sa tête est taillée dans un piton de calcaire dur et gris de la plaque Mokattam[4] sur laquelle sont construites les trois pyramides, un piton déjà vénéré aux temps pré-pharaoniques[5],[6]. Il se trouve en avant de la grande carrière qui a fourni nombre de blocs à la pyramide. Sa tête est tournée vers le levant.

Le corps du sphinx, sculpté dans la couche sous-jacente de calcaire plus tendre (il est plus précisément constitué de couches tendres et de couches relativement plus dures, d'où les marques d'érosion différentielle[7]), pourrait être celui d'un lion couché, et la tête celle d'un souverain portant le némès, le front orné d'un uræus (on distingue encore l'endroit du front où celui-ci était fixé)[8]. La transition entre la tête et le corps est masquée par la coiffure. Les côtés de son corps sont flanqués de quatre piédestaux (supports en maçonnerie de construction tardive par rapport à celle du sphinx) découverts lors du désensablement par Auguste Mariette vers 1850, l'égyptologue français mettant au jour à cette occasion les fragments d'une statue d’Osiris qui devait être installée sur le piédestal principal[9].

Longtemps identifié au pharaon Khéphren, fils de Khéops, son visage pourrait en fait représenter Khéops lui-même, comme l'affirme l'archéologue de l'Institut français d'archéologie orientale Vassil Dobrev[10]. Plusieurs indices lui ont permis d'élaborer sa théorie, comme l'observation de sa coiffe, la largeur de son menton carré, la forme de ses oreilles ou sa barbe de cérémonie. Cependant, les comparaisons morphologiques et stylistiques révèlent leurs limites, la tête du sphinx étant trop endommagée (nez absent, yeux rapiécés, bouche et oreille abîmées). Un autre argument avancé en faveur de Khéops est l'hypothèse selon laquelle les Égyptiens arrivaient de Memphis[11] par le sud, via un canal du Nil, et observaient le profil droit du sphinx, avec en arrière la pyramide de Khéops[12].

On pense que le sphinx assurait une fonction de gardien du site, ou peut-être plus précisément du temple solaire édifié à côté de la pyramide de Khéops[13].

Construction[modifier | modifier le code]

Le sphinx vu du côté sud, flanqué d'un piédestal qui supportait une statue d’Osiris[9].
La « stèle du rêve » de Thoutmôsis IV, entre les pattes du Sphinx.

Si le corps et la tête sont taillés à même le roc (les archéologues évaluent à environ un million d'heures le temps nécessaire pour sculpter le sphinx à l'aide de burins ou ciseaux en cuivre et des maillets en bois, ce qui correspond à un volume sculpté d'environ 765 m3[12]), les pattes tendues ont été ajoutées en maçonnerie et des blocs de calcaire ont été apposés pour affiner le modelé du corps ou lors de différentes phases de restauration, notamment celle de Thoutmôsis IV (phase I)[14], de la XXVIe dynastie égyptienne (phase II de 664 à à 525 av. J.-C.) et des Romains (phase III de 30 av. J.-C. au IIe siècle) qui posent une couche de protection de pierre sur les pattes et les deux côtés du sphinx[15]. À l'origine, selon les écrits de Pline l'Ancien et les traces présentes sur le visage, le sphinx devait être entièrement recouvert de plâtre peint, visage et corps en rouge[16], le némès en bleu et jaune comme il était courant de le faire sur la statuaire égyptienne. Mais les archéologues datent ces peintures d'une époque plus tardive, du Nouvel Empire, période où le Sphinx était honoré comme divinité dynastique[17].

Émile Baraize a trouvé aussi les fondations d'un temple (le « temple du sphinx »)[18] ainsi qu'une statue en pied d'un roi devant son poitrail, mais il s'agit sans doute là d'ajouts tardifs (1 000 ans après la construction du sphinx)[19], tout comme la stèle de granit rose placée entre ses pattes par Thoutmôsis IV[20]. Taillée directement dans le roc, cette « stèle du rêve » (appelée aussi « stèle du songe ») raconte le mythe du songe de Thoutmôsis IV alors qu'il était venu chasser sur le site. Le texte de la stèle est celui-ci[13] :

« Un jour il advint que le fils royal Thoutmôsis, qui allait se promener à l'heure de midi, se reposa à l'ombre de ce grand dieu ; la torpeur du sommeil le saisit, au moment où le soleil était à son zénith. Il s'aperçut alors que la Majesté de ce dieu auguste lui parlait, de sa bouche même, comme un père parle à son fils, disant : regarde-moi, contemple-moi, ô mon fils Thoutmôsis ; je suis ton père, Horakhéty-Khépri-Râ-Atoum ; je te donnerai la royauté sur terre, à la tête des vivants, tu porteras la couronne blanche et la couronne rouge sur le trône de Geb, le prince (des dieux). La terre t'appartiendra en sa longueur et sa largeur, et tout ce qu'illumine l'œil brillant du maître de l'Univers. (...) Voilà que maintenant le sable du désert me tourmente, le sable au-dessus duquel j'étais autrefois ; aussi hâte-toi vers moi, afin que tu puisses accomplir tout ce que je désire. »

Thoutmôsis fit désensabler le Sphinx pour satisfaire le dieu qui lui serait apparu en rêve, lui promettant en échange le trône du royaume d'Égypte. Il fit également construire une série de murs d'enceinte en briques de terre pour protéger la statue d'un nouvel ensablement[21]. Cet événement légendaire, consigné sur la stèle, lui servit de propagande pour asseoir sa légitimité en étant associé à la postérité du Sphinx[20].

Datation et origine[modifier | modifier le code]

Thèse majoritaire[modifier | modifier le code]

Les égyptologues situent la date de construction de cet ouvrage autour de -2500 (date à laquelle le plateau de Gizeh était une savane[22]), ce qui correspond au règne du pharaon Khéphren, dont le Sphinx serait le portrait. Concernant le temple qui l'accompagne, Christiane Zivie-Coche montre que les lits de calcaire, tels qu'ils sont parfaitement visibles sur la paroi sud de la cavité qui entoure le sphinx, se retrouvent sur les blocs ayant servi pour le gros œuvre du temple du Sphinx, voisin géographiquement et très proche architecturalement du temple de la vallée de Khéphren. Cependant, l'origine du Sphinx est remise en question depuis quelques années, notamment par l'égyptologue Rainer Stadelmann qui, reprenant une thèse plus ancienne, y voit l'œuvre du pharaon Khéops. S'appuyant sur l'analyse stylistique et archéologique, il démontre ainsi que la forme de la coiffure (némès), l'absence de barbe à l'époque de la construction, la présence du sphinx dans une carrière ayant servi à la construction de la pyramide de Khéops et les traits du visage sont caractéristiques du règne de ce dernier. D'après l'égyptologue Vassil Dobrev, Djédefrê (fils de Khéops et frère de Khéphren qui régna entre ces deux pharaons) pourrait être le constructeur du sphinx de Gizeh (à moins qu'il n'ait juste fait que restaurer sa tête)[12] à la gloire de son père. Par ailleurs, des inscriptions sur les dalles qui recouvraient des fosses sur le côté sud de la pyramide de son père Khéops indiquent que c'est Djédefrê qui aurait également fait démonter et enfouir les barques solaires dans ces fosses, pour que celui-ci puisse voyager dans l'autre monde[20].

Estimation climatologique et astronomique[modifier | modifier le code]

En 1990, une équipe de quatre scientifiques, comprenant le géophysicien Thomas L. Dobecki et le géologue Robert Schoch de l'université de Boston a démontré que les traces d'érosion sur le sphinx (hormis la tête qui aurait été retaillée vers -2500[23]) et ses murs d'enceinte sont plus importantes que celles des monuments avoisinants, telles les pyramides. Il présente, en plus de traces de météorisation par le sable, de profondes traces verticales d'érosion par des ruissellements temporaires. Ceci est avancé comme argument pour une datation plus ancienne de sa création, comme l'estime David Coxill, tandis que certains climatologues tel Rudolph Kuper estiment à l'inverse que c'est l'aridification du climat qui est plus tardive qu'originellement estimé (autour de -2600 au lieu de -4000) et que la datation à -2500 concorde[12].

Un autre argument avancé contre la thèse officielle vient de son orientation inexpliquée de 14º par rapport à l'est : ce décalage prend du sens lorsqu'on intègre le fait que cela correspond précisément à l'orientation vers le point cardinal de l'est plusieurs millénaires avant les pyramides (phénomène de précession des équinoxes). Enfin la chaussée funéraire qui mène à la pyramide de Khéphren fait un angle de 30º par rapport à l'est et contourne le Sphinx, ce qui suggère[24] également une construction préalable de ce dernier[20].

Autres thèses sur l'origine du Sphinx[modifier | modifier le code]

Le Sphinx comme sanctuaire d'Anubis[modifier | modifier le code]

Une nouvelle théorie tendrait à rapprocher Anubis et le Sphinx de Gizeh : En 2009, Robert et Olivia Temple publient un livre intitulé The Sphinx Mystery[25] dans lequel ils avancent qu'à l'origine, le Sphinx était probablement une monumentale représentation du dieu Anubis taillée dans la roche pendant l'Ancien Empire.

Les auteurs s'appuient sur les éléments suivants :

  • la disproportion entre la tête très petite par rapport au corps du Sphinx, et le corps à dos plat très différent du corps d'un lion tel qu'il est représenté traditionnellement dans l'Égypte antique et plus proche de celui d'un chien ;
  • le fait que le sphinx ait été taillé sous le niveau moyen du sol, entouré d'un fossé, plutôt que positionné sur un promontoire ;
  • le corps du sphinx très érodé, avec des stries profondes et horizontales, comme celles faites habituellement par de l'eau, alors qu'il a passé de nombreux siècles enseveli, donc protégé de l'érosion ;
  • la tête quant à elle beaucoup moins usée par l'érosion, alors que davantage soumise aux tempêtes de sable :
  • le fossé dans lequel est positionné le sphinx comporte quant à lui des traces d'érosion verticales, jamais expliquées à ce jour, mais qui pourraient être le résultat d'années de travail à retirer le sable du fossé ;
  • un temple qui existait juste devant le sphinx, dont l'usage reste encore inexpliqué, sauf potentiellement à retenir l'eau des fossés ;
  • enfin, la parfaite intégration du volume du Sphinx actuel dans l'enveloppe de Anubis sous forme canine, mis à l'échelle et toutes proportions gardées, cette fois-ci.

Sur la base de l'analyse du sphinx lui-même et des textes anciens, ils concluent que les eaux du Nil parvenaient jusqu'aux pieds de celui-ci, lors des crues annuelles, et qu'un système d'écluses permettait de remplir d'eau le fossé entourant le sphinx, alors représentation du dieu Anubis. Détérioré pendant la Première Période Intermédiaire égyptienne, son visage actuel aurait été retaillé pendant le Moyen Empire pour représenter le pharaon Amenemhat II dans ce qui restait du cou d'Anubis[26],[27].

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Le sphinx comme Gardien des archives[modifier | modifier le code]

Le sphinx est un thème récurrent des écrivains mystiques et des partisans de la pensée magique depuis le XIXe siècle siècle, à l'instar des théories pseudo-scientifiques sur la destination de la pyramide de Khéops, théories relancées lors des travaux d'excavation initiés par l’égyptologue français Émile Baraize au cours du désensablement de 1926, Baraize découvrant des cavités (qui sont en fait des cul-de-sac et non des tunnels) sous la croupe du Sphinx, entre ses pattes et sur le dos, qu’il explore avant d’en condamner l’entrée[28]. Ainsi selon Edgar Cayce, le sphinx aurait été construit à une époque antédiluvienne puis la civilisation de l'Atlantide y aurait laissé des enregistrements contenant toute l'histoire de l'humanité dans la « salle des archives », chambre souterraine accessible à partir de la patte droite du sphinx[29]. Selon l'ésotériste Omraam Mikhaël Aïvanhov, des tunnels reliraient les pyramides au sphinx, ces grands monuments abritant des salles souterraines où s'effectuaient l'enseignement d'écoles initiatiques[30]. Ces théories ont été infirmées par des sondages infructueux à la foreuse[31], ou des sondages sismographiques qui mettent en évidence sous le sphinx non des chambres secrètes mais des cavités souterraines ou dans son flanc des tombes creusées ultérieurement à sa construction, lorsqu'il était ensablé[32]. Ces hypothèses ont été relancées en février 2000 lorsque des égyptologues découvrent l'entrée d'un système de galeries souterraines sous le plateau de Gizeh, des puits menant à des salles faisant office de caveaux (salles avec des niches contenant des sarcophages d'aristocrates datés de -500, un des sarcophages abritant le tombeau symbolique d'Osiris) et un système de tunnels semblant d'un côté conduire au Sphinx, de l'autre à la Grande Pyramide[33],[34].

Ensablement et dégradation[modifier | modifier le code]

Le 17 juillet 1839, le site était totalement ensablé. Lithographie de David Roberts.
Fragments en pierre calcaire de la présumée barbe du sphinx, British Museum.

Le temps a gravement abîmé le grand sphinx, en particulier à cause de l'érosion éolienne, entre autres par le sable qui s'amoncelle constamment et qui a provoqué les « vagues » qui recouvrent maintenant tout le corps. Plusieurs fois, le sphinx a dû être désensablé. De plus, le calcaire constitutif (calcaire marin de faible profondeur contenant parfois d'abondants Coraux et Stromatoporoidés) contient du sel qui est dissous lorsque la nappe phréatique sous le sphinx augmente, et qui, arrivé en surface, l'effrite[35].

À partir de 1816, Giovanni Battista Caviglia, financé par des Anglais, réalise des fouilles à l'occasion d'un désensablement du sphinx. En 1817, il met à jour entre ses pattes les yeux et la bouche du cobra de l'uræus ainsi que la barbe de cérémonie dont des fragments se retrouvent dans le British Museum (fragment de barbe tressée hauteur totale réunie de 78,7 cm et 38 cm de largeur[36]) et le musée du Caire. Cette barbe est probablement un ajout tardif lorsque le sphinx était vénéré sous le nom d'Harmakhis lors de la période du Nouvel Empire égyptien. Selon Vassil Dobrev et Zahi Hawass, il n'y en a aucune trace sur le menton, ce qui suggèrerait qu'elle était juste accolée à ce menton et qu'elle était soutenue par la statue royale d'Aménophis II installée sur un piédestal[37]. Auguste Mariette entreprend de le dégager en 1853 et le dernier désensablement est réalisé par Émile Baraize entre 1925 et 1936 (phase IV de restauration), ce dernier restaurant à cette occasion le sphinx (ciment posé au niveau du cou pour supporter la tête, comblement des fissures)[17].

Une partie de l'épaule droite s'étant effondrée en 1988, son cou étant fragile, des travaux pour sauver le sphinx ont eu lieu dès 1989 (phase VI), succédant à une campagne de restauration catastrophique (phase V de 1955-1987) menée par le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes, catastrophique par le retrait des pierres de l'ancien empire et des briques romaines, ou par le placage de grandes pierres qui ressemblent à celles du Nouvel Empire, pierres recouvertes de ciment et qui rongent le sphinx, selon le directeur général des antiquités du plateau de Gizeh Zahi Hawass[17]. La dernière opération de restauration du sphinx menée par Zahi Hawass depuis avril 2006 a pour objectif de rectifier les erreurs des précédentes restaurations, notamment par l'usage de mortier naturel (à base de chaux et de sable), mais elle soulève également des controverses, telle l'application sur ses pattes d'un placage de blocs de calcaire blanc assemblés avec régularité, procédé jamais utilisé par les égyptiens de l'antiquité[28].

Origine de la mutilation du nez[modifier | modifier le code]

La légende voulait que le nez du sphinx ait été détruit par un boulet de canon mal tiré des soldats de Bonaparte lors de la campagne d'Égypte. Quand on connaît le travail effectué par Bonaparte pour répertorier toutes les manifestations artistiques d'Égypte, on se rend compte du caractère purement légendaire de ces affirmations[38]. En 1995, le militant suprématiste noir américain Louis Farrakhan reprend cette légende, dans un contexte afrocentriste, estimant que « La suprématie des Blancs a conduit Napoléon à détruire le nez du Sphinx parce qu'il rappelait trop la majesté de l'homme noir »[39].

Les historiens ont longtemps considéré que les responsables de la mutilation du nez du sphinx étaient les Mamelouks, qui ont occupé l'Égypte pendant plusieurs siècles avant d'être battus par les troupes de Bonaparte et qui ont utilisé le sphinx comme cible pour leurs exercices de tir de canon. Des gravures datant d'avant la campagne d'Égypte montrent d'ailleurs le sphinx dépourvu de son nez[40], ce qui confirme que la mutilation a précédé l'arrivée des soldats français[41].

En 1980, l'historien allemand Ulrich Haarmann[42], s'appuyant sur les témoignages de plusieurs auteurs arabes du Moyen Âge (comme Rashidi et Ahmad al-Maqrîzî qui décrit le Sphinx comme le « talisman du Nil » favorisant la saison des inondations), a révélé que le visage du Sphinx fut endommagé en 1378 par Mohammed Sa'im al-Dahr, un soufi iconoclaste originaire du khanqah de Sa'id al-Su'ada qui voulait détruire ce qu'il considérait comme une idole païenne (les paysans égyptiens donnant des offrandes à cette idole pour favoriser leurs récoltes), s'attaquant (tout seul) en particulier au nez et aux oreilles[43]. Mohammed Sa'im al-Dahr fut pendu pour vandalisme avant que sa dépouille ne fût brûlée par ces mêmes paysans égyptiens, devant le sphinx.

L'étude archéologique complète effectuée récemment par l'archéologue Mark Lehner[9], montre des traces très nettes de destruction par outil à une époque qui se situerait entre le IIIe et le Xe siècle. Le nez n'a pas été retrouvé bien que des rumeurs infondées prétendent qu'il est aussi dans le British Muséum[44].

Évocations artistiques[modifier | modifier le code]

La destruction du nez du sphinx est souvent expliquée de manière fantaisiste :

  • dans la bande dessinée et le film Astérix et Cléopâtre, le nez est détruit par Obélix qui tente de grimper sur le sphinx pour profiter de la vue ;
  • dans Aladdin de Walt Disney Pictures, un tailleur est surpris de voir Aladdin et la princesse Jasmine sur le tapis volant, et détruit accidentellement le nez ;
  • dans Le Prince d'Égypte de DreamWorks, pendant leur course en char, Moïse et son frère Ramsès II percutent le nez du sphinx qui manque de les tuer en dégringolant tout le long de son échafaudage ;
  • dans une publicité des années 1990 pour un opticien (Krys), un archéologue retrouve les lunettes trop lourdes du sphinx qui lui auraient cassé le nez ;
  • dans Scooby-Doo au pays des pharaons, c'est Sammy qui aurait cassé le nez du sphinx en lançant un feu d'artifice géant qui a dévié de sa trajectoire et atterri sur le sphinx.
  • dans le dixième épisode de la vingt-deuxième saison des Simpson : Faux amis, c'est en jouant à la balle au prisonnier que Bart explose le nez du sphinx.
  • dans l'épisode Les lapins crétins voyagent dans le temps, les lapins dérangent l'ouvrier qui sculpte le nez du sphinx, le faisant ainsi faire un faux mouvement qui casse le nez.

Galerie photos[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme sphinx vient du grec ancien « Σφίγξ »/Sphínx, qui signifie « étrangler », lui même dérivé du sanskrit « स्थग » sthag (en pâli, thak) signifiant « dissimulé » ; une autre interprétation l'attribue à l'ancien égyptien Shesepânkh, qui signifie « statue vivante » ou « automate ».
  2. (en) J. C. Vintner, Ancient Earth Mysteries, Vintner,‎ 2011 (lire en ligne), p. 54
  3. (en) Manly Palmer Hall, The Secret Teachings of the Ages, Wilder Publications,‎ 2009, p. 42
  4. description du Sphinx sur le site "histophile", et lien avec la plaque techtonique Mokattam, consultée le 24/07/13
  5. (en)The Mighty Sphinx, 2Mapa.org : Missouri Association of Professional Archaeologists
  6. Comment une idole pré-pharaonique devient la tête du Sphinx
  7. (en) Louise Toth, Thoth : Jesus of Egypt, Trafford Publishing,‎ 2012, p. 61
  8. Joseph Davidovits, La nouvelle histoire des pyramides, Jean-Cyrille Godefroy Éditions,‎ 2004 (ISBN 2865531759), p. 67
  9. a, b et c (en), Mark Lehner, « archeology of an image : the great sphinx of Giza », Yale, 1991, p. 40-72
  10. Travaux de Vassil Dobrev (IFAO du Caire) publiés dans l'article « Sphinx, son vrai visage dévoilé » du magazine Science et vie n°1050, mars 2005
  11. Les visiteurs actuels arrivent du Caire, par le Nord Est, si bien qu'ils voient le sphinx devant la pyramide de Khéphren.
  12. a, b, c et d Barny Revi, documentaire « La face cachée du sphinx », 2008
  13. a et b Selon le site Insecula
  14. (en) John Baines, Jaromír Málek, Atlas of Ancient Egypt, Facts On File Inc,‎ 1980, p. 36
  15. (en) Kathryn A. Bard, Steven Blake Shubert, Encyclopedia of the Archaeology of Ancient Egypt, Routledge,‎ 1999, p. 412
  16. Actuellement, la couleur rouge est encore visible près de l'oreille gauche.
  17. a, b et c Anne-Marie Molinié, Mémoires d'Égypte, Éditions Publibook,‎ 2010 (lire en ligne), p. 111
  18. Le temple ressemble fortement à son voisin, le « temple de la vallée » de la pyramide de Khéphren orienté lui aussi est-ouest. Son revêtement en granite et le sol en albâtre n'existent plus, seuls subsistent les 24 piliers de la colonnade (associés à des tranchées qui servaient de socles de statues monumentales du pharaon) qui sont supposées représenter les 24 heures d'une journée, et deux niches symétriques qui s'alignent avec la façade sud de la pyramide de Khéphren lors du coucher du soleil aux équinoxes. Source : (en) David P. Silverman, Ancient Egypt, Oxford University Press,‎ 2003, p. 186
  19. (en) Christiane Zivie-Coche, Sphinx : History of a Monument, Cornell University Press,‎ 2004, p. 38
  20. a, b, c et d Documentaire de Clive Maltby, « Le sphinx démasqué », Atlantic Productions, 2006
  21. Le grand sphinx de Gizeh
  22. (en) Maurizio Forte, Virtual archaeology : re-creating ancient worlds, H.N. Abrams,‎ 1997, p. 17
  23. Selon le géologue Colin Reader, la tête initiale était celle d'un lion, symbole royal. Source : (en) Colin Reader, « A geomorphological study of the Giza necropolis with implications for the development of the site », Archaeometry, vol. 43, no 1,‎ 2001, p. 149-165
  24. Cet argument est en effet douteux car la chaussée est construite sur des tombes, ainsi la construction de cette chaussée peut être tardive.
  25. (en) The Sphinx Mystery, the forgotten origins of the sanctuary of Anubis, deep-book ltd avril 2009
  26. Site dédié à cette hypothèse
  27. Article de presse écrit par Robert Temple : (en) http://www.sphinxmystery.info/downloads/new_dawn.pdf
  28. a et b Gary Glassman, Christine Le Goff, documentaire « Les énigmes du sphinx », TelFrance, 2013, 59 min
  29. Dorothée Koechlin de Bizemont, William Fix, Edgar Cayce : la grande pyramide et l'Atlantide, Editions du Rocher,‎ 1990, p. 312
  30. Christophe Fadot, Naissance d'une Civilisation, C. Fadot,‎ 2012, p. 357
  31. (en) Drilling under the Sphinx
  32. Martin Papirowski, documentaire « Le sphinx de Gizeh », prod. ZDF, Arte, 2002
  33. (en)« Ancient sarcophagus discovered », sur BBC,‎ 17 février 2000
  34. récit et photographies par Robert Mingam, égyptologue et historien, de la découverte du "PUITS d'OSIRIS", consulté le 05/08/13
  35. a et b (en) Zahi Hawass, The Secrets of the Sphinx : Restoration Past and Present, The American University in Cairo Press,‎ 1999, 64 p.
  36. http://www.britishmuseum.org/explore/highlights/highlight_objects/aes/f/fragment_of_the_beard_of_the_g.aspx
  37. (en) Zahi A. Hawass, Egyptology at the Dawn of the Twenty-first Century : Archaeology, American Univ in Cairo Press,‎ 2003, p. 468
  38. Christiane Zivie-Coche, Sphinx ! le Père la terreur, Paris, 1997.
  39. « White supremacy caused Napoleon to blow the nose off of the Sphinx because it reminded you too much of the Black man's majesty ». Retranscription des paroles de Louis Farrakhan à l'occasion de la Million Man March, 17 octobre 1995
  40. Les soldats de Bonaparte ont-ils détruit le nez du Sphinx ?
  41. Alberto C. Carpiceci, Art et histoire de l'Égypte : 5000 ans de civilisation, Casa Editrice Bonechi,‎ 2009, p. 66
  42. « Regional Sentiment in Medieval Islamic Egypt », in Bulletin of the School of Oriental and African Studies, Université de Londres, vol. 43 (1980) p. 55-66
  43. Qui a cassé le nez du sphinx ? dans La Minute de la connaissance
  44. (en) Valerie Gwinner, London with Kids, Open Road,‎ 2005, p. 131

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Les Énigmes du Sphinx, film documentaire de Gary Glassman et Christine Le Goff, France, 2010, 60'

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]