Thoutmôsis IV

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Le pharaon Thoutmôsis IV

Thoutmôsis IV ou Djéhoutymès IV, fils d'Amenhotep II et de la reine Tiâa, est le huitième pharaon de la XVIIIe dynastie. Manéthon l’appelle Thutmosis[1] et lui attribue un règne de neuf ans et huit mois, ce que semblent confirmer les documents retrouvés, dont la date n'excède pas l'an 9.

On situe son règne aux alentours de -1401/-1400 à -1390 (Malek, Arnold, Shaw, Grimal, Krauss, Murnane)[2].

Généalogie[modifier | modifier le code]

Buste au musée du Louvre.
Thoutmôsis IV représenté à l'entrée d'une chapelle de Karnak.
Thoutmôsis IV
Naissance Date inconnue Décès vers -1390
Père Amenhotep II Grands-parents paternels
Thoutmôsis III
Mérytrê-Hatchepsout
Mère Tiâa Grands-parents maternels
Grand-père maternel inconnu
Grand-mère maternelle inconnue
Fratrie Iaret
1re épouse Néfertari Enfant(s) pas d'enfant connu
2e épouse Iaret Enfant(s) Saatoum (peut-être fils de Moutemouia)
3e épouse Moutemouia Enfant(s) Amenemhat
Amenhotep III
Âakhéperourê
Ahmès
Maiherpéra
Tiâa
4e épouse Enfant(s) Phyihia
Tanoutamon
Aménémopet
5e épouse Tenettepihou Enfant(s) pas d'enfant connu
6e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
7e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
8e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
Mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
2e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
3e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
4e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu

Il épouse Néfertary et Iaret[3], toutes les deux grandes épouses royales. Des six fils qu’on lui connaît, l’aîné lui succède sous le nom d'Amenhotep III[4].

La mère de l’héritier, Moutemouia, n’est mentionnée dans aucun document du règne. D’après C. Lalouette[5], elle serait une princesse mitannienne, fille d’Artatama Ier, laquelle aurait adopté le nom de Moutemouia, « Mout est dans la barque solaire », à son arrivée en Égypte. Amenhotep III sort sa mère de l’anonymat en la faisant représenter notamment dans le temple de Louxor, sur un relief de la « salle de la naissance », où elle est approchée par le dieu Amon pour concevoir l’enfant royal que Khnoum façonnera sur son tour de potier[6].

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature dans l'Égypte antique.

Règne[modifier | modifier le code]

La stèle du songe - Reproduction de la stèle originale restée à Gizeh.
Thoutmôsis IV
Période Nouvel Empire
Dynastie XVIIIe dynastie
Fonction Pharaon
Prédécesseur Amenhotep II
Prise du pouvoir
Dates de règne -1419 à -1386 (selon E. F. Wente)
-1419 à -1410 (selon D. B. Redford)
-1413 à -1403 (selon R. A. Parker)
-1413 à -1405 (selon A. H. Gardiner)
-1412 à -1402 (selon E. Hornung)
-1401 à -1391 (selon J. Málek)
-1401 / -1400 à -1390 (selon D. Arnold, I. Shaw, N. Grimal, R. Krauss, W. J. Murnane)
-1398 à -1388 (selon A. D. Dodson)
-1397 à -1388/-1387 (selon J. von Beckerath, Vandersleyen)
-1396 à -1386 (selon K. A. Kitchen)
-1394 à -1384 (selon C. Aldred)
-1388 à -1379 (selon H. W. Helck)
Durée du règne
Successeur Amenhotep III
Passation du pouvoir
Sépulture Non trouvé
Date de découverte Inconnue
Découvreur Inconnu
Fouillée par ?
Obélisque de Thoutmôsis III et Thoutmôsis IV aujourd'hui sur la place Saint-Jean-de-Latran à Rome.

Nous ignorons dans quelles circonstances Thoutmôsis IV prend possession du trône. Il se peut qu’il soit devenu le maître du Deux Terres après avoir écarté l’héritier légitime. Cette hypothèse se fonde sur la stèle dite du Songe que le roi fait élever entre les pattes du sphinx de Gizeh. Il y évoque un prodige qui lui était arrivé alors qu’il était adolescent. Après une chevauchée dans la région de Memphis, il s'était assoupi à l’ombre du dieu. Pendant son sommeil, Rê-Harmakhis, le Sphinx lui-même, lui apparut et lui demanda d'ôter le sable qui l'ensevelissait petit à petit. Puis, le dieu dit :

« Regarde-moi, jette les yeux sur moi, ô mon fils Thoutmôsis ; je suis ton père Harmakhis-Khépri-Rê-Atoum. Je te donnerai ma royauté sur terre à la tête des vivants. Tu porteras la couronne blanche et la couronne rouge sur le trône de Geb, le [dieu] héritier. Le pays sera tien dans sa longueur et dans sa largeur ainsi que ce sur quoi brille l'œil du Maître de l’Univers. Tu recevras les aliments des Deux Terres, ainsi qu'un abondant tribut de tout pays étranger, et une durée de vie comportant un long temps d'années[8] »

Certains ont vu dans cette prophétie une tentative de la part du roi de légitimer a posteriori un pouvoir qui ne lui revenait pas de droit[9]. Cependant, la promesse du dieu d’Héliopolis ne signifie pas nécessairement que Thoutmôsis ait usurpé le trône. En effet, dans une tombe de la nécropole thébaine (TT64), son précepteur Héqarneheh affirme avoir instruit « le fils aîné du roi[10] ». Il n’y a probablement pas lieu d’y voir une tromperie, bien que la tombe soit contemporaine du règne. Toujours est-il que, en l’absence d’indices irréfutables, il nous est impossible d’infirmer avec certitude, ni de confirmer, une usurpation du pouvoir[11], tant la documentation concernant Thoutmôsis IV est réduite.

Pendant ses neuf années de règne, Thoutmôsis IV profite de la paix et de la stabilité que ses prédécesseurs avaient assurées à l’Égypte. Il n’est pas exclu toutefois qu'il ait mené campagne en Galilée, mais son mariage avec une fille d’Artatama Ier met fin aux affrontements qui avaient opposé ses prédécesseurs au Mitanni. En l’an 8, il entreprend une « campagne de victoires » en Nubie, sans doute une simple expédition punitive dans le « pays de Wȝwȝt[12] ». Comme sous ses prédécesseurs, l’administration des « pays du Sud » était confiée à un « Fils royal de Koush ». Sous son règne c'est un certain Amenhotep qui rempli cette fonction et porte ce titre prestigieux qui ne cessera d'être employé jusqu'à la fin du Nouvel Empire.

Chapelle en albâtre de Thoutmôsis IV - Musée en plein air de Karnak.

Quelques sites, peu nombreux, portent témoignage de son activité architecturale. À Amada, il ajoute une salle hypostyle au temple dédié à Amon- et à Rê-Horakhty, dont Thoutmôsis III avait initié la construction. Il est également présent en Abydos, et il fonde un petit sanctuaire à El-Kab, que son fils Amenhotep III achèvera. À Memphis, il fait ériger une porte monumentale ou un pylône. L'édifice est perdu mais un certain nombre de stèles de particuliers nous a conservé le souvenir de ce monument qui devait se trouver, selon l'endroit où elles ont été découvertes, à l'ouest de l'enceinte du temple de Ptah. Les reliefs qui l'ornaient le représentent devant le dieu Ptah dans son naos. Le roi coiffé de la couronne hem-hem est figuré dans l'attitude du massacre rituel des ennemis de l'Égypte[13]. On a aussi retrouvé des traces de son activité à Gizeh, notamment au pied du sphinx, ainsi que dans le petit temple que son père avait fait édifier à proximité.

C'est surtout à Thèbes que l'on retrouve son intervention. Dans le temple de Karnak, il termine l'obélisque inachevé de Thoutmôsis III, aujourd’hui place Saint-Jean-de-Latran à Rome, rajoutant des inscriptions aux côtés de celles de son grand-père et le dressant à l'est du temple d'Amon-Rê.

Devant le quatrième pylône du grand temple, il fait ériger une cour à portiques qui autrefois occupait toute la façade occidentale du grand temple de Karnak[14]. De chaque côté elle englobait deux chapelles en albâtre destinées à recevoir les barques sacrées lors des grandes fêtes annuelles de la capitale. La cour et les chapelles seront démantelées quelque temps plus tard par son fils et héritier sur le trône et utilisée comme matériau de remplissage du IIIe pylône. Les archéologues en fouillant ce dernier pour le consolider, ont retrouvé l'essentiel de l'édifice de Thoutmôsis IV et l'ont patiemment reconstitué, tel un gigantesque puzzle. Comme les reliefs qui l'ornaient étaient protégés dans le massif du pylône d'Amenhotep III, ils sont en relativement bon état et ont conservé leur polychromie. Ils sont un très bel exemple de l'art de la XVIIIe dynastie. L'une des deux chapelles est également restaurée et présente des reliefs d'une grande finesse, presque translucides à la lumière du soleil. L'ensemble est visible désormais dans le musée en plein air de Karnak.

Sépulture[modifier | modifier le code]

Il fit édifier son temple funéraire au sud-ouest de celui de son père, à l'écart de son hypogée de la vallée des rois (KV43). Sa momie fut découverte en 1898 dans la tombe d'Amenhotep II (KV35).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. dans les versions transmises par Sextus Julius Africanus et Eusèbe de Césarée
  2. Autres avis de spécialistes : -1419 à -1386 (Wente), -1419 à -1410 (Redford), -1413 à -1403 (Parker), -1413 à -1405 (Gardiner), -1412 à -1402 (Hornung), -1398 à -1388 (Dodson), -1397 à -1388/-1387 (von Beckerath, Vandersleyen), -1396 à -1386 (Kitchen), -1394 à -1384 (Aldred), -1388 à -1379 (Helck)
  3. sa sœur ou demi-sœur
  4. http://antikforever.com/Egypte/main_egypte.htm
  5. cf. Claire Lalouette, Thèbes ou la Naissance d’un Empire, Flammarion, 1995, p. 419
  6. La naissance divine d'Hatchepsout figure sur un relief de son temple funéraire à Deir el-Bahari, celle de Ramsès II sur des blocs du Ramesseum réutilisés à Medinet Habou : cf. Barry J. Kemp, Egypt : Anatomy of a Civilization, Routledge, 2004, p. 199
  7. le nom générique donné aux ennemis de l'Égypte
  8. « Thoutmôsis était encore un jeune homme, comparable à l'enfant Horus dans les marais de Bouto ; sa beauté égalait celle d'Horus protecteur de son père et l'on voyait en lui le dieu lui-même [...]. Ce qui faisait ses délices, c'était de se distraire sur le plateau désertique de Memphis, à ses extrémités sud et nord de tirer la flèche sur une cible de cuivre, de chasser le lion et la gazelle, de courir sur son char, avec des chevaux plus rapides que le vent, en compagnie de l'un ou de l'autre de ses serviteurs, mais à l'insu de tout le monde [...]. Un jour parmi les autres, le prince royal Thoutmôsis était venu se promener à l'heure de midi, il s'assit à l'ombre de ce grand dieu (le grand sphinx) et le sommeil et le rêve s'emparèrent de lui au moment où le Soleil était à son plus haut point. Il constata que la Majesté de ce dieu sacro-saint parlait de sa propre bouche, comme un père qui s'adresse à son fils : Regarde-moi, jette les yeux sur moi, ô mon fils Thoutmôsis ; je suis ton père Harmachis-Khépri-Rê-Atoum. Je t'accorde ma royauté sur terre, à la tête des vivants. Tu porteras donc couronne blanche et couronne rouge sur le trône de Geb, le dieu héritier ; à toi sera le pays, dans sa longueur et sa largeur, ainsi que tout ce sur quoi l'œil du seigneur universel répand sa lumière. Mon visage est tourné vers toi, et mon cœur vole vers toi ; vois l'état où je suis, et mon corps douloureux, moi le maître du plateau de Guizeh ! Le sable du désert sur lequel je trône s'avance vers moi ; aussi dois-je me hâter de te confier la réalisation de mes vœux, car je sais que tu es mon fils qui vas me protéger : approche, vois, je suis avec toi, et je suis ton guide. À peine eut-il achevé ces mots que le prince royal s'éveilla, parce qu'il venait d'entendre ce discours [...]. Il reconnut que c'étaient les paroles de ce dieu, et il garda le silence en son cœur. » Traduction de Serge Sauneron, Les songes et leur interprétation, dans la collection Sources orientales, vol. 2, Paris, Seuil, 1959
  9. cf. Étienne Drioton et Jacques Vandier, L’Égypte – Des origines à la conquête d’Alexandre, Presses Universitaires de France, 1975, p. 341. Voir aussi Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, Fayard, 1988, p. 264
  10. cf. Betsy. M. Bryan, The 18th Dynasty before the Amarna Period dans : Ian Shaw, The Oxford History of Ancient Egypt, Oxford University Press, 2003, p. 247
  11. ibid., p. 248
  12. la Basse Nubie
  13. W. M. F. Petrie Memphis, tablets of Tahutmes IV ; pl. VIII
  14. Accessible en ligne dans le projet Karnak : http://www.cfeetk.cnrs.fr/karnak/?iu=2775

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]