Colosses de Memnon

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Colosses de Memnon
Site d'Égypte antique
Image illustrative de l'article Colosses de Memnon
Les colosses de Memnon en 2007.
Localisation
Région Haute-Égypte
Coordonnées 25° 43′ 14″ N 32° 36′ 38″ E / 25.720498, 32.610453 ()25° 43′ 14″ Nord 32° 36′ 38″ Est / 25.720498, 32.610453 ()  

Géolocalisation sur la carte : Égypte

(Voir situation sur carte : Égypte)
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Colosses de Memnon

Les colosses de Memnon sont deux sculptures de pierre monumentales situées sur la rive occidentale de Thèbes (Égypte), sur la route qui mène à la nécropole thébaine. Ils sont les derniers vestiges du gigantesque temple des millions d'années d'Amenhotep III, construit durant la XVIIIe dynastie, qui n'existe plus de nos jours. Ils sont situés au lieu-dit Kôm el-Hettan.

Temple d'Amenhotep III[modifier | modifier le code]

Les deux statues colossales se dressaient sur le parvis du temple des millions d'années d'Amenhotep III qui était alors le plus grand ensemble cultuel de la rive ouest de Thèbes. La taille de ces deux colosses laisse imaginer à quelle dimension fut pensée et réalisée cette entreprise par Amenhotep fils de Hapou, architecte du roi.

Le temple s'étendait alors de ce premier pylône dont la hauteur équivalait celle des colosses, jusqu'aux limites des terres arables, quelque cinq cents mètres plus loin. Il n'en reste que des vestiges épars tant les monuments qu'il contenait servirent de carrière dès les temps antiques. On a retrouvé en effet des reliefs en provenant, dans le temple que se fit construire Mérenptah, le fils et successeur de Ramsès II, à peine un siècle après.

Des fouilles ont lieu actuellement afin de mieux comprendre l'architecture et le plan de ce sanctuaire dédié à Amon et à la gloire d'Amenhotep III lui-même.

Ce que l'on en connaît outre les deux fameux colosses de Memnon, sont les traces d'au moins trois pylônes, une grande colonnade menant à une grande cour solaire qui devait précéder une ou plusieurs hypostyles et le sanctuaire. Dans la grande cour dont l'aspect devait se rapprocher de celle que le roi fit édifier à Louxor sur l'autre rive, de grands colosses osiriaques d'Amenhotep III devaient être intercalés entre chaque grande colonne. On peut encore voir les bases de ces colonnades sur place ainsi que des pieds gigantesques, restes isolés des grandes statues qui rythmaient le péristyle.

On a également retrouvé une grande stèle commémorative du règne qui a été dressée au niveau du deuxième pylône.

Statues[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

Colosse sud
Colosse nord

Les deux colosses représentent le pharaon assis sur le trône de ses ancêtres, les mains posées sur les genoux ; de chaque côté de ses jambes sont figurées sa mère, Moutemouia, et son épouse, Tiyi. Sur les deux côtés du trône figure une représentation symbolique de l'union de la Haute-Égypte et de la Basse-Égypte, le Sema-Taouy, représenté par deux « Nil » nouant le papyrus et le lotus, symboles du « double pays ».

Contrairement à la plupart des autres monuments égyptiens, ces deux monolithes ne sont faits ni de calcaire, ni de granite, ni de grès, mais bien d'une brèche siliceuse de quartzite[1], « masse de cailloux agatisés liés entre eux par une pâte d'une dureté remarquable. Cette matière très dense et d'une dureté tout à fait hétérogène offre à la sculpture des difficultés peut-être plus grandes que celles que présente le granit ; cependant les sculpteurs égyptiens en ont triomphé avec le plus grand succès[2]. ».

Les dimensions, prises sur le colosse sud, sont les suivantes[3] :

  • Hauteur du piédestal : 3,30 m (à moitié enfoncé dans le sol)
  • Aire du piédestal : 10,5 m × 5,5 m
  • Hauteur de la statue : 13,97 m
  • Hauteur totale : 17,27 m
  • Hauteur totale initiale supposée avec la couronne manquante : 21 m
  • Masse : piédestal 556 tonnes ; colosse 749 tonnes ; masse totale 1305 tonnes[1].

Les dimensions, prises sur le colosse nord, sont les suivantes[3] :

  • Hauteur du piédestal : 3,6 m (à moitié enfoncé dans le sol)
  • Aire du piédestal : 10,5 m × 5,5 m
  • Hauteur de la statue : 14,76 m
  • Hauteur totale : 18,36 m
  • Hauteur totale initiale supposée avec la couronne manquante : 21 m
  • Masse : piédestal 602 tonnes ; colosse 758 tonnes ; masse totale 1360 tonnes.

Cependant les derniers calculs donnent des résultat plus proches des 1800 tonnes, car ils prennent en compte la densité de la matière (le granite).

Une majorité d'égyptologues admet que les mégalithes ayant servi à façonner ces deux colosses proviennent de la carrière de Gebel el Ahmar, située près du Caire[4].

Les couches de la roche dont sont extraits les deux colosses sont orientées différemment pour l'un et l'autre. Le colosse du sud voit les couches de son matériau disposées verticalement tandis que celles du colosse du nord le sont horizontalement. Ce fait indique que le premier fut extrait de sa gangue à l'horizontale (couché), tandis que le second le fut à la verticale (dressé)[4].

Des traces très nettes laissées par l'utilisation d'outils ont pu être relevées sur le colosse nord. Les anciens Égyptiens ont donc dû résoudre des problèmes de transport et de génie civil importants afin de mener à bien leur érection : transport fluvial sur une longue distance, érection de masses rocheuses trois fois plus lourdes que les classiques obélisques et façonnage d'un matériau très dur.

Phénomène acoustique[modifier | modifier le code]

Bas-relief, au flanc droit du colosse sud.

Strabon, historien et géographe grec du Ier siècle, est le premier auteur à mentionner les colosses :

« Sur cette même rive se dressaient naguère presque côte à côte deux colosses monolithes : de ces colosses, l'un s'est conservé intact, mais toute la portion supérieure de l'autre à partir du siège a été renversée, à la suite, paraît-il, d'un violent tremblement de terre. »

— Extrait de la traduction d'Amédée Tardieu[5].

Un séisme a effectivement lieu en -27, un an avant le passage de Strabon ; la statue fissurée est la plus septentrionale, c'est-à-dire celle de droite lorsque l'on regarde les colosses de face. Une légende persistante voudra néanmoins que la statue ait été détruite par le roi achéménide Cambyse II, célèbre pour son impiété[6].

Strabon ajoute que depuis lors, selon une légende locale, la statue se met à « chanter » au lever du soleil et témoigne avoir entendu lui-même le phénomène. Il décrit le son produit comme « un bruit analogue à celui que produirait un petit coup sec[5] » mais se montre circonspect quant à son origine. Devenue une véritable curiosité, la statue est ensuite mentionnée par Pline l'Ancien[7], Tacite, qui parle du « son d'une voix humaine[8] » ou encore Pausanias, qui évoque le son d'« une corde de cithare ou de lyre qui se rompt[9] ».

Ce phénomène est interprété par les Anciens comme le cri de Memnon, héros de la guerre de Troie, accueillant sa mère, l'Aurore[10],[11]. Pausanias explique :

« On lui donne généralement le nom de Memnon, qui étant, dit-on, parti de l'Éthiopie avec une armée, traversa l'Égypte et s'avança jusqu'à Suse. Mais les Thébains ne veulent pas que cette statue soit Memnon, et ils y voient Phaménophis [Aménophis III], Égyptien. J'ai aussi entendu dire qu'elle représente Sésostris. »

— Extrait de la traduction de M. Clavier[9].

Philostrate consacre à la statue une longue description dans sa Vie d'Apollonios de Tyane. Pour lui, Memnon n'est pas mort à Troie de la main d'Achille, comme le veut la tradition, mais « en Éthiopie, où il régna durant cinq générations ». Il ajoute :

« La statue de Memnon est tournée vers l'Orient : elle représente un jeune homme imberbe ; elle est en pierre noire. Les deux pieds sont joints, suivant l'usage des sculpteurs du temps de Dédale ; les deux mains sont droites et appuyées sur le siège : on dirait un homme assis qui va se lever. (…) Lorsque le premier rayon éclaira la statue (ce qui arrive au lever du soleil), [les voyageurs] ne se tinrent plus d'admiration. Aussitôt, en effet, que le rayon eut atteint la bouche, Memnon parla, ses yeux devinrent brillants comme ceux d'un homme exposé au soleil. Nos voyageurs comprirent alors que Memnon semble se lever devant le soleil, comme on se lève pour mieux honorer une divinité. Ils sacrifièrent au Soleil Éthiopien et à Memnon Oriental : ce sont les noms que leur donnent les prêtres. »

— Extrait de la traduction d'Alexis Chassang[12].

La description de Philostrate tend à montrer que les colosses sont interprétés dès le début comme Memnon se levant pour honorer le soleil, avant l'apparition du phénomène sonore, comme le confirment trois papyrus du musée égyptien de Turin mentionnant les Memnoneia dès -112/-111[13].

Le phénomène a été diversement interprété à l'époque moderne : à la suite de Strabon, seul auteur ancien à faire preuve de scepticisme, on a soupçonné que des prêtres dissimulés derrière la statue produisaient eux-mêmes en frappant avec un marteau sur une pierre spéciale[14]. Le consensus veut toutefois que le phénomène soit naturel, probablement dû à la dilatation du quartzite sous l'effet des premiers rayons du soleil[14].

Pèlerinages[modifier | modifier le code]

Le colosse devient rapidement un lieu de pèlerinage pour les Grecs et les Romains, qui viennent en nombre entendre l'oracle de Memnon. C'est aussi une curiosité touristique, au même titre que les pyramides[15]. Les visiteurs ont l'habitude d'y laisser un graffiti, comprenant généralement la mention « audi Memnonem » (« j'ai entendu Memnon »), ainsi que leur nom et la date de leur passage.

Le colosse reçoit trois visites impériales. La première a lieu en 130, dans le cadre du grand voyage en Égypte d'Hadrien ; elle est relatée dans quatre épigrammes de Julia Balbilla, poétesse et membre de l'escorte de l'impératrice Vibia Sabina[16]. Remontant le Nil, l'empereur et sa suite assistent le 19 novembre au lever du soleil sur la plaine de Thèbes ; à l'embarras général, la statue ne chante pas et Hadrien doit revenir une seconde fois le lendemain pour assister au phénomène[17]. Au IIIe siècle, l'empereur romain Septime Sévère, voulant honorer la divinité qui se manifeste ainsi chaque matin, ordonne la restauration de la statue, qui depuis cesse de chanter.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Joseph Davidovits, Ils ont bâti les pyramides, éd. J-C. Godefroy, Paris, 2002, (ISBN 2-86553-157-0), p. 359.
  2. Jollois et Devilliers, Description de l'Égypte, vol. II, chap. IX, sect. II, p. 153, cité par J. Davidovits, op. cit., p. 359
  3. a et b Sourouzian Hourig, Rainer Stadelmann, Madden Bianca, Gayer-Anderson Theodore, Annales du service des antiquités de l'Égypte, vol.80, p. 324
  4. a et b Sourouzian Hourig, Rainer Stadelmann, Madden Bianca, Gayer-Anderson Theodore, Annales du service des antiquités de l'Égypte, vol. 80, p. 345
  5. a et b Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne] (XVII, 1, 46).
  6. Voir notamment Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 42) ou l'une des inscriptions de Julia Balbilla, Bernand no 29.
  7. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne] (XXXVI, 58).
  8. Tacite, Annales (II, 61, 1).
  9. a et b Pausanias (I, 42, 3). Extrait de la traduction de M. Clavier.
  10. Philostrate de Lemnos, Tableaux, I, 7, 2
  11. Callistrate, Descriptions de statues, 9.[1]
  12. Vie d'Apollonius de Tyane (VI, 4).
  13. Papyrus no 5, 7 et 11 du musée égyptien de Turin. R. Drew Griffith, « The Origin of Memnon », CA 17/2 (octobre 1998), p. 224 [212-234].
  14. a et b Griffith, p. 223.
  15. Voir par exemple Lucien de Samosate, Toxaris ou l'Amitié (27).
  16. Bernand, Inscriptions…, nos 28 à 31.
  17. Anthony R. Birley, Hadrian, the Restless Emperor, Routledge, 1997, p. 250.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André et Étienne Bernand, Les Inscriptions grecques et latines du colosse de Memnon, Bibliothèque d'étude de l'Institut français d'archéologie orientale, 31, diffusion Picard, Paris, 1960, consulter les inscriptions en ligne
  • (en) G. W. Bowersock, « The Miracle of Memnon » dans Bulletin of the American Society of Papyrologists 21 (1984), p. 21-32.
  • Armin Wirsching, «Excursion on transport and erection of the colossi» in: Wirsching: Obelisken transportieren und aufrichten in Aegypten und in Rom (3rd ed. 2013), (ISBN 978-3-8334-8513-8).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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