Sextus Julius Africanus

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Sextus Julius Africanus (v. 160/180 - v. 240), d'une famille originaire de la province d'Afrique d'après son surnom, mais apparemment né en Palestine et même à Jérusalem (à l'époque Ælia Capitolina, qu'il appelle son « ancienne patrie », ἀρχαία πατρίς)[1], est un écrivain chrétien de langue grecque, auteur de la première chronique universelle conçue dans une optique chrétienne, chronologie de l'histoire du monde depuis la Création biblique jusqu'à son époque[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa vie est très mal connue ; des déductions sont faites à partir des fragments de textes conservés, et sinon les bribes d'information qui ont été transmises sont tardives et souvent incertaines. Il devait être nettement plus âgé qu'Origène (né vers 185), puisqu'il l'appelle « mon fils » dans la lettre qu'il lui adresse. D'un milieu sûrement très riche, et homme très cultivé, il écrivait en grec, mais connaissait aussi parfaitement le latin, et sans doute l'hébreu (ce qu'on peut déduire de la lettre à Origène). L'auteur des Cestes a été officier dans l'armée, a séjourné à Édesse à la cour du roi Abgar IX (mort en 212), et il y a connu Bardesane. Selon la notice de saint Jérôme dans son De viris illustribus (§ 63), il dirigea une ambassade des citoyens d'Emmaüs Nicopolis en Palestine auprès de l'empereur Héliogabale (regn. 218/22) ; d'après Eusèbe de Césarée (Chronique, ad a. Abr. 2239), la ville fut restaurée et nommée « Nicopolis » en 222 « sous la direction de Julius Africanus, l'auteur de la Chronique » ; d'autres sources, notamment syriaques, l'appellent « évêque » de cette ville, mais c'est douteux. Selon Eusèbe de Césarée (HE, VI, 31), il disait dans sa Chronographie s'être rendu à Alexandrie attiré par la réputation d'Héraclas (évêque de la ville de 232 à 248 environ, mais professeur de philosophie bien avant). Les Cestes (selon Georges le Syncelle) furent dédiés à l'empereur Sévère Alexandre (regn. 222/35). Sous le règne de cet empereur, l'auteur fonda une bibliothèque publique dans le Panthéon de Rome. Julius Africanus ne semble jamais avoir été inquiété pour son christianisme.

Écrits[modifier | modifier le code]

Ses Chronographiai chrétiennes en cinq livres n'ont pas été conservées comme telles, mais elles ont été historiquement la première source et le modèle de toute la tradition chrétienne des Chroniques universelles, et donc particulièrement de celle d'Eusèbe de Césarée. Le texte se reconstitue surtout à partir d'Eusèbe : la Chronique de ce dernier, sûrement inspirée de Julius Africanus (mais sans qu'on puisse forcément isoler ce qui appartient à celui-ci) nous a été directement transmise dans des versions syriaques et arméniennes, et le canon chronologique l'accompagnant a été traduit en latin par saint Jérôme ; il y a aussi un long passage du troisième livre cité dans la Préparation évangélique (livre X), et un autre, du cinquième livre, dans la Démonstration évangélique (livre VIII). Il y a aussi des citations à tirer de chroniqueurs chrétiens plus tardifs (byzantins comme Jean Malalas, Jean d'Antioche, le Chronicon Paschale, Georges le Syncelle particulièrement, Syméon le Logothète..., arabes comme Agapios de Manbij, syriaques comme Michel le Syrien), dont certains témoignent d'un accès au texte indépendant d'Eusèbe. Dans la tradition latine, un texte (les Excerpta barbari, une chronique en mauvais latin produite en Gaule au VIIIe siècle, traduction d'un original grec du Ve siècle) révèle un rapport à la source indépendant de la traduction d'Eusèbe par saint Jérôme.

Ces Chronographiai établissaient la chronologie de l'histoire du monde depuis la Création (en 5499 av. J.-C. selon ses calculs) jusqu'en 221 apr. J.-C. (sous le règne d'Héliogabale). Des calculs millénaristes étaient déduits notamment de la prophétie des soixante-dix semaines du § 9 du Livre de Daniel ; le monde durait six mille ans, puis venait le règne de mille ans du Christ (la « semaine de millénaires », schéma qu'on retrouve chez Irénée de Lyon et Hippolyte de Rome) ; Eusèbe de Césarée, adversaire du millénarisme, n'a pas repris ces spéculations. Il se référait aux chronologies des Égyptiens et des Babyloniens (passage cité par Georges le Syncelle). Pour l'histoire grecque, avant la première olympiade, l'auteur récapitulait simplement les légendes de la mythologie. Pour l'histoire juive, il se fondait notamment sur Juste de Tibériade.

Les Cestes (« Broderies », on trouve aussi le titre Paradoxa) étaient une sorte d'encyclopédie des sciences et des arts en 24 livres (magie, médecine, art militaire, agriculture, poésie...), touchant un peu tous les domaines et illustrée de nombreuses anecdotes, dédiée à l'empereur Sévère Alexandre[2]. Il nous en reste d'assez nombreux fragments (dont un dans les papyri d'Oxyrhynque), portant surtout sur l'agriculture et la guerre (entre autres la description d'une arme appelée « feu automatique » [ἀυτόματον πῦρ]) . Sinon, on possède une lettre adressée à Origène (et la réponse de celui-ci) : Julius Africanus y conteste l'authenticité de l'histoire de Suzanne et les vieillards (Daniel, § 13) en arguant que certains jeux de mots présents dans le texte n'ont de sens qu'en grec, et ni en hébreu, ni en araméen, et Origène entreprend de réfuter ses arguments, de manière d'ailleurs peu convaincante. Deux fragments d'une autre lettre, adressée à un « Aristide » qui n'est pas autrement connu, ont été conservés par Eusèbe de Césarée, dans l' Histoire ecclésiastique (I, 7), et dans le résumé parvenu jusqu'à nous des Problèmes et solutions sur les Évangiles : il s'agit de concilier les généalogies du Christ qui se trouvent au début des évangiles de Matthieu et de Luc (le père de Joseph s'appelle Jacob chez Matthieu, Héli chez Luc : en fait les deux seraient demi-frères d'une même mère et auraient été pères successifs selon la loi du lévirat). Julius Africanus traduisit également en grec l'Apologétique de Tertullien.

Giacomo Leopardi a travaillé en 1815 sur une édition des fragments de Julius Africanus qui, restée inachevée, n'a été publiée qu'en 1997 (Giulio Africano : introduzione, edizione critica e note, Bologne, Il Mulino, Testi storici, filosofici e letterari, 7).

Clavis Patrum Græcorum (CPG) - 1690/1695

Éditions et traductions modernes[modifier | modifier le code]

  • Jules Africain, Fragments des Cestes. Provenant de la collection des tacticiens grecs, Paris, Jean-René Vieillefond (Collection des universités de France),‎ 1932 ;
  • J.-R. Vieillefond, Les “Cestes” de Julius Africanus. Étude sur l’ensemble des fragments avec édition, traduction et commentaires, Florence – Paris, Publications de l’institut français de Florence, coll. « Collection d’études d’histoire, de critique et de philologie 20 / Ire série »,‎ 1970 ;
  • (en) Julius Africanus (trad. S.D.F Salmond, Ante-Nicene Fathers), Chronicles, vol. 6, Edinburgh,‎ 1980 (ISBN 0567093794), p. 130-138 ;
  • (en) Julius Africanus (trad. S.D.F Salmond, Ante-Nicene Fathers), Letter to Aristides, vol. 6, Edinburgh,‎ 1980 (ISBN 0567093794), p. 125-127 ;
  • (en) Julius Africanus (trad. F. Crombie, Ante-Nicene Fathers), Letter to Origen, vol. 4, Grand Rapids,‎ 1980 (ISBN 0802880908), p. 385.
  • (en) Julius Africanus (trad. Martin Wallraff (dir.)), Chronographiae. The Extant Fragments, vol. 1, de Gruyter,‎ 2007 (ISBN 978311019493[à vérifier : ISBN invalide]), p. 350.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Africanus, Sextus Julius. Encyclopædia Britannica. 2005. Encyclopædia Britannica Premium Service. 25 déc. 2005
  • Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique, vol. 28, Paris, 2003, col. 477.
  • M. Wallraff éd., Julius Africanus und die christliche Weltchronistik. Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur Bd 157, Walter de Gruyter, New York - Berlin, 2006.
  • M. Wallraff, L. Mecella éd., Die Kestoi des Julkius Africanus und ihre Überlieferung. Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur Bd 165, Walter de Gruyter, New York - Berlin, 2009.
  • Ch. Guignard, La lettre de Julius Africanus à Aristide sur la généalogie du Christ. Analyse de la tradition textuelle, édition, traduction et étude critique, Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur Bd 167, Walter de Gruyter, Berlin 2011.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bryn Mawr Classical Review 2008.04.43
  2. On s'est longtemps demandé si l'auteur de la Chronographie et celui des Cestes étaient une seule personne, et non deux homonymes. Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, VI, 31) affirme que c'est le même, de même que le patriarche Photius (Bibliothèque, cod. 34), et la Souda (qui qualifie l'auteur de « philosophe africain »). Mais saint Jérôme (De viris illustribus, § 63) parle de la Chronographie et des deux lettres connues, non des Cestes, et le passage d'Eusèbe ne se trouve pas dans la traduction latine (de toute façon très inexacte) de l'Histoire ecclésiastique par Rufin d'Aquilée, si bien qu'on a pu supposer une interpolation dans la tradition grecque du texte. Par ailleurs, les passages sur la magie cités par la Souda ont paru à certains difficilement compatibles avec le christianisme. Ces doutes, formulés au XVIIe siècle, ne semblent guère repris depuis le XIXe siècle.