Anubis

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Anubis
Divinité égyptienne
Anubis penché sur une momie
Anubis penché sur une momie
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) Inpou, Anoupou
Nom en hiéroglyphes
i n
p
w C6
Translittération Hannig ἰnpw
Représentation Canidé noir,
Homme à tête de canidé
Parèdre Anupet
Culte
Région de culte Égypte antique
Lieu principal de célébration Cynopolis
Symboles
Attribut(s) mort
Animal canidé
Couleur noir

Anubis est un dieu funéraire de l'Égypte antique représenté sous la forme d'un canidé noir couché sur son ventre (sans doute un chacal), ou sous la forme d'un homme à tête de canidé. La signification du nom Anubis, inpou en égyptien ancien, Anoub en copte, Ἄνουβις (Anoubis) en grec ancien, demeure obscure. De nombreuses explications savantes ont été avancées mais il ne s'agit, peut-être, que d'une simple onomatopée visant à imiter le hurlement nocturne du chacal. La forme canine du dieu a probablement été inspirée aux Anciens Égyptiens par le comportement inné des canidés, la plupart étant des charognards opportunistes. Le jour, ces mammifères évoluent discrètement à la frontière de la civilisation humaine et des collines désertiques. La nuit, ils errent dans les nécropoles en quête d'un cadavre à déchiqueter et à dévorer. Rassasiés, ils emportent un morceau de la dépouille, l'enterrent au loin, l'abandonnent puis reviennent dévorer la chair quand la faim se fait ressentir à nouveau.

Les principales épithètes du dieu Anubis mettent en avant ses liens avec les grandes nécropoles du pays ainsi que ses fonctions de divinité funéraire qu'il exerce en leur sein. Placé au commandement des défunts, il les accueille auprès de lui dans le « Bel Occident » (un euphémisme pour le pays des morts), il momifie leurs corps afin de les rendre imputrescibles et éternels, il purifie leurs cœurs et entrailles souillés par les turpitudes terrestres, il évalue les âmes lors de la pesée du cœur devant les juges divins et accorde de nombreuses offrandes alimentaires aux défunts ayant accédés au rang de dignes ancêtres. Les égyptiens ont élaborés de multiples traditions quant aux liens familiaux d'Anubis. La version transmise par le grec Plutarque (IIe siècle de notre ère) fait de lui le fils adultérin de Nephtys et d'Osiris. Quand ce dernier est assassiné par Seth, Anubis participe avec Isis et Nephtys, à la reconstitution du corps d'Osiris démembré par son frère ennemi, inaugurant par ce geste la pratique de la momification.

Sommaire

Dénomination [modifier]

Hiéroglyphes [modifier]

Transcription Hiéroglyphe Traduction
inpou
E15
Anubis
inpou
E16
Anubis
inpou
M17 N35
Q3
Anubis
inpou
M17 N35
Q3
G43 E15 G7
Anubis
inpou
M17 N35
Q3
C6
Anubis
sab
S29 D58 E17
chacal
inp
M17 N35
Q3 Aa2
décomposition
inpou
M17 N35
Q3
G43 A42
enfant royal
inpou
M17 N35
Q3
A18
enfant royal
Tableau 1./ Hiéroglyphes.

Le théonyme Anubis provient de l'égyptien ancien inpou (Inpou, Anpou, Anoup, Anoupou)[n 1] par l'intermédiaire de sa forme hellénisée Ἄνουβις (Anoubis)[1]. Le dieu Anubis, ou un dieu canidé du type d'Anubis, figure parmi les plus anciennes divinités de l'Égypte antique. Le hiéroglyphe du canidé couché (sur le sol ou sur une chapelle)[n 2], est connu depuis la période prédynastique. Des fouilles archéologiques à Oumm el-Qa'ab, la nécropole royale de la cité d'Abydos, ont permis de découvrir des tessons de poterie et des plaquettes en ivoires où figure l'idéogramme du canidé couché datés du roi Scorpion de la dynastie Zéro et du roi Den de la Ire dynastie (3100 à 3000 av. J.-C.)[2]. Durant l'Ancien Empire, le hiéroglyphe se rencontre fréquemment dans les textes des formules d'offrandes funéraires. Il est généralement interprété par les égyptologues comme étant Anubis. Il est cependant très difficile de l'attribuer à cette seule divinité car il faut tenir compte du fait que le nom d'Anubis n'est pas écrit avec des hiéroglyphes phonétiques avant la VIe dynastie (vers 2200 av. J.-C.). Sur les monuments, l'idéogramme est le seul mode d'écriture durant les IVe et Ve dynasties. La graphie phonétique, avec ou sans le déterminatif du canidé, apparaît occasionnellement à la fin de la VIe dynastie sous le règne de Pépi II et ne devient fréquente qu'à partir de la Première Période Intermédiaire (entre 2180 et 2040 av. J.-C.)[3]. Pour les temps les plus reculés, la lecture du hiéroglyphe du canidé couché par Inpou (Anubis) n'est donc pas garantie. Les autres possibilités de lectures sont relativement nombreuses ; Khenty Imentyou « Celui qui est à la tête des occidentaux », Inpou Khenty Imentyou « Anubis, celui qui est à la tête des occidentaux »[4], Sedi « celui à la queue », Oupiou « celui qui ouvre (l'aîné) », Meniou « le gardien du troupeau », Sheta « le mystérieux » et même Sab le mot qui sert à désigner les chacals et les chiens du déserts[5].

Étymologie [modifier]

La signification du nom inpou (Anubis) reste le sujet de nombreuses discussions entre spécialistes et aucun consensus ne s'est encore dégagé. La même situation s'applique à d'autres importantes divinités. Malgré maintes hypothèses, les théonymes , Min, Ptah, Osiris, Seth et Anubis ne disposent pas d'étymologies scientifiquement satisfaisantes[6].

hiéro. trans. symbole signification
i
i roseau vent
n
n vaguelette eau
p
p natte, tabouret désert
Tableau 2./ Étymologie du nom d'Anubis
d'après le Papyrus Jumilhac.

La plus ancienne explication du nom d'Anubis remonte à la fin de l'époque ptolémaïque et apparaît dans le Papyrus Jumilhac (VI, 6-7). Cette monographie religieuse, traduite en 1961 par Jacques Vandier (1904-1973), expose les principaux mythes et rituels du nome cynopolite en Moyenne-Égypte. Il y est indiqué qu'Anubis a reçu son nom de sa mère Isis et qu'il « fut prononcé relativement au vent, à l'eau et au désert ». Ces trois mots sont les représentations symboliques des trois hiéroglyphes phonétiques qui composent la racine inp du nom d'Anubis. Le roseaux i représente le vent, la vaguelette n évoque l'eau du Nil et, plus curieusement, le meuble en roseau p est interprété comme le symbole du désert[7]. Selon Georges Posener (1906-1988), cette étymologie sacrée viserait à cimenter une association entre les dieux Shou (vent), Osiris (eau) et Anubis (désert)[8].

À l'instar des auteurs antiques du Papyrus Jumilhac, nombres de savants modernes ont enfreint les règles de l'étymologie pour trouver une signification au nom d'Anubis. Avant le déchiffrement des hiéroglyphes, en 1752, le théologien et orientaliste Paul Ernest Jablonski (1693-1757) relie le nom d'Anubis au mot copte noub (Or) en affirmant que les chacals sont associés à ce métal[9]. En 1872, le britannique Charles Wycliffe Goodwin (en) (1817-1878) affirme péremptoirement que le son égyptien n est une déformation du son l et que le nom inpou est lié à la racine sémitique alp qui est à la base de termes qui désignent des animaux[10].

Selon les égyptologues allemands Kurt Sethe (1869-1934) et Hermann Kees (1886-1964), la signification du mot inpou est « chien » et plus spécialement « chiot » après avoir remarqué qu'en égyptien ancien le mot s'appliquait aussi pour désigner un « jeune prince ». En 1929, l'italien Giulio Farina (1889-1947)[11] suppose que le mot égyptien inpou est similaire au mot sémitique ṷlp, ṷulūp qui désigne le chacal. En 1972, Pierre Lacau (1873-1963) estime que plusieurs divinités thériomorphes tirent leur nom de leur animal sacré. Concernant Anubis, inp est un terme archaïque qui sert à désigner un canidé et Inpou est le nom de la divinité canine. Le terme inp ayant été divinisé, le mot sab aurait prit le relais pour désigner les canidés sauvages[12]. En 1976, Dimitri Meeks[13] traduit le nom inp par « celui qui est couché sur son ventre », cette attitude étant la pose traditionnelle de la forme animale du dieu. Il remarque aussi qu'un passage des Textes des Sarcophages rapproche le nom d'Anubis du mot inp « putréfaction », un hapax issu d'un calembour élaboré à partir des mots irpou « vin » et repou « fermentation »[14].

Plus proche de nous, en 2005, le britannique Terence DuQuesne[15], notamment auteur d'une considérable monographie sur les dieux-chacals égyptiens, propose de ne voir dans le terme inpou (vocalisé sous *yanoup) qu'une simple onomatopée visant à imiter le hurlement du chacal ; en conformité avec la pratique égyptienne de former les noms d'animaux à partir de leur cris ; miou pour le chat, reret pour le cochon, ia pour le singe[16].

Représentations [modifier]

Canidé couché [modifier]

Animal emblématique [modifier]

Statue d'Anubis couché
Anubis couché sur le sarcophage de Djeddjehoutefankh, XVIIIe dynastie.

Comme d'autres divinités funéraires égyptiennes, tels Oupouaout, Khentyimentiou et Sed, Anubis appartient au groupe des divinités canines. La morphologie générale d'Anubis sous sa forme entièrement animale avec son museau pointu, ses deux oreilles dressées, son torse mince, ses quatre longues pattes et sa queue allongée, indique clairement qu'il s'agit d'un membre de la famille des Canidae qui regroupe en Afrique de l'Est, les loups, les chacals, les renards et les chiens sauvages et domestiques. Cependant, la combinaison des éléments morphologiques d'Anubis ne correspond à aucune espèce connue de canidé en particulier. L'emblème animal du dieu semble bien plus être un mélange de plusieurs types ; la tête et le museau correspondent à un large éventail de canidés mais les oreilles pointues semblent davantage ressembler à celles du renard tandis que le corps efflanqué rappelle celui du lévrier, un chien domestique. La queue d'Anubis ressemble à celle du chacal mais elle est toutefois bien plus longue et étroite que celle de cet animal et la queue du renard, si elle tombe à terre comme celle d'Anubis, est toutefois bien plus touffue et épaisse. De plus, Anubis est dans la plupart des cas représenté avec un pelage noir, une couleur rarement commune parmi les espèces possibles de canidés[17].

Tout au long du XXe siècle, nombre de spécialistes ont estimés que l'animal d'Anubis est un être hybride, chien-loup, loup-chacal, chacal-chien, etc[18]. Selon George Hart, conservateur au British Museum[19], « le chien Anubis est probablement un chacal (…). Mais d'autres chiens, par exemple le paria de couleur rouille, peuvent avoir servi de prototypes. Anubis est peut-être une quintessence de ces chiens du désert »[20]. L'assimilation d'Anubis au chacal se base sur un critère comportemental. Ce canidé nocturne est connu pour hanter les cimetières durant la nuit et plus particulièrement autour des tombes fraichement creusées, afin de déterrer et dévorer les cadavres. Ce comportement aurait été associés par les Anciens Égyptiens avec la mort et par extension à la momification et aux cérémoniels funéraires. La couleur noire d'Anubis est un symbole qui est principalement expliquée de deux manières ; premièrement par la coloration en noir du corps du défunt par l'utilisation de résines durant l'embaumement et deuxièmement par l'association de la couleur noire avec le concept de la régénération, la crue du Nil apportant chaque année du limon noir et fertile sur les terres agricoles[21].

Canidés fouisseurs [modifier]

photo d'un chacal dans la savane
Un chacal après avoir enterré de la viande

Le chacal n'est toutefois pas le seul canidé à errer dans les cimetières, les renards et les hyènes faisant de même. Les canidés, s'ils diffèrent physiquement ont cependant certains comportements communs. L'un des plus saisissant est de s'éloigner puis de cacher de la nourriture en enterrant le surplus lorsqu'il est impossible de tout consommer sur place. Ce comportement inné suit invariablement un même schéma stéréotypé. L'animal s'éloigne d'abord avec un reste de viande dans la gueule afin de trouver un endroit propice à l'enfouissement. Pour trouver cet endroit, il renifle périodiquement le sol et gratte la terre avec une des pattes avant. Une fois qu'un endroit est trouvé, il creuse un trou de plus en plus rapidement en utilisant alternativement les deux pattes avant. La viande est ensuite déposée dans l'excavation, parfois en ayant été poussée à plusieurs reprises avec le bout du museau. L'animal comble ensuite le trou en poussant la terre excavée et en la tapotant avec le museau. À la fin du procédé, il n'y a plus qu'une légère perturbation du sol à remarquer et l'animal s'éloigne pour ne revenir qu'un jour ou deux plus tard afin de retrouver et de consommer la viande enterrée. Les Anciens Égyptiens n'ont sûrement pas manqué de remarquer ce comportement chez leurs chiens de chasse ou chez les canidés connus par eux, tel le chacal doré (Canis aureus), le renard roux (Vulpes vulpes), le fennec (Vulpes zerda) ou le lycaon (Lycaon pictus). Le dieu Anubis a peut-être été représenté sous la forme canine à cause de ce comportement fouisseur, le principal rôle d'une divinité funéraire étant de soustraire les dépouilles mortelles à la vue des vivants[22].

Forme animale [modifier]

Le dieu Anubis est représenté sous forme de hiéroglyphes, peintures murales, bas-reliefs, amulettes ou statues tout au long de l'histoire de l'Égypte antique, de la période prédynastique jusqu'à l'occupation romaine. La plus ancienne et la plus commune des représentations est la forme animale, tel un canidé noir efflanqué en alerte, couché sur son ventre à même le sol ou sur un coffre reliquaire[23]. Dès les époques les plus reculées, un rare signe hiéroglyphique montre le canidé couché avec une grande plume lui sortant du dos. Il s'agit sans doute d'une manière d'associer Anubis au dieu Shou (souffle vital) ou à la Maât (vérité-justice), le canidé exerçant la fonction de juge dans le tribunal des âmes. La plume apparaît aussi sur la coiffure d'Anupet, la déesse de Cynopolis, il se peut alors que l'on soit en présence d'une manière de différencier le mâle Anubis (sans plume) de la femelle Anupet (avec plume) ou d'un procédé scriptural permettant de lier Anubis au nome cynopolitain[24]. On trouve aussi des représentations montrant le canidé couché tenant dans ses pattes avant le flagellum et le sceptre-sekhem ou avec le flagellum lui sortant du dos[25].

Il est généralement admis que les représentations du canidé debout et marchant sur ses quatre pattes sont à mettre en rapport avec le dieu Oupouaout. Cette assertion se vérifie de manière générale mais il faut toutefois éviter tout systématisme car en de rares occurrences ce signe peut désigner Anubis à partir de la IVe dynastie, l'inverse étant vrai également. Le hiéroglyphe du canidé debout sert aussi de déterminatif au nom de la divinité Oupiou, à l'herminette-noua et au mot sab (chacal)[26].

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Homme à tête de canidé [modifier]

Forme hybride [modifier]

Statue du roi Niouserrê vivifiée par Anubis et Ouadjet
Statue du roi Niouserrê vivifiée par Anubis et Ouadjet

Vers la fin de la IIe dynastie apparaissent les premières représentations de divinités hybrides combinant des éléments animaux et humains[27]. La plus ancienne attestation d'un dieu à tête de chacal remonte à cette période et figure sous la forme d'un graffiti sur un fragment d'un bol en porphyre, de provenance inconnue et conservé depuis 1977 au British Museum à Londres. Le dieu dont le nom est inconnu est figuré debout, il tient dans sa main droite un sceptre-ouas et dans sa main gauche un symbole ânkh (vie). L'apparence de la tête avec son museau caractéristique laisse suggérer qu'il s'agit d'Anubis mais il a aussi été proposé d'y voir Seth ou Ash[28]. La plus ancienne attestation certaine de l'image d'Anubis en dieu anthropomorphe à tête de chacal remonte à la Ve dynastie et figure sur un fragment d'un relief du temple haut de la pyramide de Niouserrê (vers 2420 av. J.-C.). Ce bloc de pierre découvert au début du XXe siècle est depuis lors exposé au Neues Museum de Berlin. On voit le roi assis sur son trône tenir de sa main gauche trois signes-ânkh et en train d'en recevoir trois autres dans sa main droite de la part d'Anubis. Le dieu, debout dans l'attitude de la marche, vivifie le souverain en lui touchant les lèvres et le nez avec un septième ânkh. La déesse Ouadjet, symbole de la Basse-Égypte se tient immobile derrière le roi et lui touche une épaule. Il est probable que dans ce contexte, Anubis symbolise la Haute-Égypte. Le registre inférieur de cette scène montre treize hommes courbés en train d'exécuter le rituel khebes-ta ou « piochage de la terre », un geste rituel en lien avec le renouveau printanier mais aussi connu pour être joué lors de l'inauguration des temples[29].

Cynocéphales du Sahara [modifier]

photographie du désert lybien
Paysage du sud-ouest libyen

La forme hybride du dieu Anubis, corps d'homme et tête de canidé, a été rapprochée d'une série de gravures préhistoriques représentant des hommes cynocéphales. Ces œuvres se répartissent dans tout le Sahara central mais se concentrent principalement sur les parois rocheuses des plateaux montagneux du Messak et du Tadrart Acacus dans le sud-ouest libyen. La datation de ces images est une entreprise difficile mais il est admis que la plupart de ces œuvres remontent au Néolithique (entre 12 000 et 3 000 av. J.-C.). À cette époque, cette zone ne s'était pas encore désertifiée mais ressemblait encore à l'actuelle savane africaine[30]. Des figurations de lions, rhinocéros, éléphants, hippopotames côtoient des scènes pastorales où des femmes gardent moutons et bovidés. Ailleurs, des scènes de chasses exposent des hommes portant des masques animaliers. On rencontre aussi des géants mythiques à tête de lycaon et armés de haches. La force surhumaine de ces créatures est indiquée par leurs activités cynégétiques. Tel Cynocéphale porte un aurochs adulte sur ses épaules, tel autre traîne le cadavre d'un rhinocéros, tel autre empoigne d'une seule main un oryx. Une série de gravures met en scène des Cynocéphales ithyphalliques, certains désirent s'accoupler à des éléphants adultes en fuite, d'autres avec des femmes humaines cuisses écartées[31]. En 1966, en se basant sur des représentations de danseurs à masque de chacal du Fezzan libyen, Jacques Bernolles[32] propose de situer les origines du dieu Anubis dans cette région car pour lui « le sens de migration du concept Anubis-Chacal n'est point Égypte-Sahara mais bien Sahara-Égypte »[33]. En 1998, Jean-Loïc Le Quellec, après avoir passé en revue les multiples similitudes existant entre les données sahariennes et égyptiennes, estime que les rapprochements ne sont guère convaincant. Sa principale objection tient au fait que le chacal Anubis n'a jamais été représenté en train de dompter ou de massacrer d'énormes bêtes sauvages[34]. Avant lui, en 1991, Alfred Muzzolini (1922-2003) estime que les similitudes entre les Cynocéphales sahariens et l'Anubis égyptien tiennent plus d'un fond archaïque africain commun, l'influence culturelle des populations sahariennes sur l'Égypte prédynastique puis pharaonique étant, selon lui, assez improbable[35].

Épithètes [modifier]

Les principales épithètes appliquées à Anubis mettent en avant son rôle de divinité funéraire et le décrivent volontiers comme étant le chef du domaine funéraire en son entier ou comme le chef d'une des subdivisions de ce domaine. Dès les débuts de la civilisation égyptienne, Anubis est doté de ses cinq principales épithètes ; Khenty imentyou « Celui qui est à la tête des Occidentaux (les morts) », khenty ta djeser « Celui qui est à la tête du pays sacré », tepy djouef « Celui qui est sur sa montagne », Khenty seh netjer « Celui qui préside au pavillon divin » et imy-out « Celui qui préside à la salle d'embaumement », les quatre dernières persistant jusqu'à l'époque gréco-romaine (entre le IVe siècle av. J.-C. et le IVe siècle ap. J.-C.)[36].

Translittération Hiéroglyphe Traduction
khenty imentyou
xnt n
t y
imnt tyw Z3
Celui qui est à la tête des occidentaux
neb ta djeser
V30
N16
D44
Seigneur du pays sacré,
Seigneur de la terre consacrée
tepy djouef
D1 N26
I9
A40
Celui qui est sur sa montagne,
Celui qui se tient sur sa montagne
khenty seh netjer
xnt n
t y
R8 O21
Celui qui est à la tête du pavillon divin,
Préposé au pavillon divin
imy-out
Z11 G43 X1
O49
Celui qui préside à la salle d'embaumement
Tableau 3./ Épithètes du dieu Anubis

Celui qui est à la tête des Occidentaux [modifier]

L'épithète khenty imentyou « Celui qui est à la tête des Occidentaux » (variantes: khenty imentet, neb imentet,) est surtout attribuée à Osiris à partir de la toute fin de l'Ancien Empire égyptien quand il devient la divinité majeure du domaine funéraire, mais Anubis n'en sera jamais totalement dépourvu[37]. Cette épithète pose de nombreux problèmes car Khentyimentyou est aussi le nom du dieu-canidé de la ville d'Abydos attesté dès la Ire dynastie par des documents archéologiques. Il s'agit donc de bien distinguer le nom d'une divinité indépendante et la fonction homonyme attribuée à Anubis à partir de la Ve dynastie et à Osiris à partir de la VIe dynastie[38].

Seigneur du pays sacré [modifier]

Les aspects d'Anubis en tant que divinité du monde souterrain se reflètent dans les épithètes Khenty ta djeser « Celui qui est à la tête du Pays sacré » et Neb ta djeser, « Seigneur du pays sacré ». La première expression est sans doute la plus ancienne, la seconde n'apparaissant que sous la IVe dynastie (aux alentours de 2500 av. J.-C), seule ou en association avec l'épithète khenty seh netjer. Le « pays sacré » est une désignation de la nécropole et, par extension, de tout le royaume de l'au-delà. D'après une stèle du Nouvel Empire égyptien conservée au Musée Royal des Antiquités de Leyde, le ta djeser est aussi un toponyme qui sert à désigner la nécropole du nome thinite (la région de la ville d'Abydos) dont les liens avec les divinités canines sont attestés depuis les époques historiques les plus reculées. L'épithète neb ta djeser est surtout attribuée à Anubis, mais très communément aussi, au dieu Osiris, surtout durant le Moyen Empire égyptien à Abydos et dans le reste du pays[39].

Celui qui est sur sa montagne [modifier]

photographie d'un coffret décoré par une image d'Anubis assis sur un trône
Coffret funéraire d'une adoratrice d'Anubis, Musée archéologique de Florence.

L'épithète tepy djouef « Celui qui est sur sa montagne » est l'une des plus fréquente depuis les débuts de l'histoire et jusqu'à la période romaine. Elle se retrouve très souvent sur les murs des mastabas de l'Ancien Empire et sur des stèles élevées à Abydos durant le Moyen Empire égyptien. Cette expression apporte une précision géographique quant au lieu où les Égyptiens ont installés leurs nécropoles. L'épithète montre que la puissance d'Anubis s'exerce sur les franges désertiques situées entre la fin des terres cultivables et le début des collines désertiques (ghebel en arabe). Dans cette zone montagneuse, le terrain est très accidenté mais très riche en pierres, minerais et métaux précieux utilisés lors des funérailles les plus somptueuses[40]. Cette zone est aussi l'endroit où errent les canidés prédateurs et charognards en quête de pitance. L'égyptologue Georg Möller (1876-1921)[41] a proposé une explication géographique en rapprochant cette épithète de djouefet « la montagne de la vipère », le nom du XIIe nome de Haute-Égypte, une région située juste en face du nome lycopolitain dédié au canidé Oupouaout[42]. Le mot égyptien djou survit dans la langue copte sous le terme toou qui sert à forger des toponymes en liens avec les montagnes désertiques et les monastères reculés[43].

Celui qui préside au pavillon divin [modifier]

L'épithète khenty seh netjer, « Celui qui préside au pavillon divin », apparaît régulièrement dans les plus anciennes formules d'offrandes inscrites durant l'Ancien Empire égyptien sur les murs des mastabas des particuliers mais aussi sur les murs des pyramides à textes des souverains de la VIe dynastie. Le seh netjer est une structure temporaire (tente) ou une structure durable (bâtiment), un endroit liminal situé entre le monde des vivants et le monde des morts, une sorte de sas d'entrée de la nécropole. Il s'agit d'un lieu où Anubis exerce sa protection sur les corps morts en cours de transformation lors de la momification. Le coffre qui représente un temple ou un naos et sur lequel Anubis est souvent figuré couché est peut-être une représentation du seh netjer[44].

Celui qui préside à la salle d'embaumement [modifier]

La fonction la plus connue du dieu Anubis s'exprime dans l'épithète imy-out « Celui qui préside à la salle d'embaumement », « Celui de la bandelette » qui lui est spécifiquement attribué. Les sens précis de cette expression n'est pas clairement établi. Le mot out est en rapport avec la momification et plus particulièrement avec les bandelettes, tandis que les prêtres qui participent à l'emballement des corps sont désignés sous le terme générique de outy. En tant que substantif, le mot out se réfère aussi au lieu où se déroule le rituel de la momification. Il est aussi possible que ce mot soit en rapport avec le terme ouhat « oasis », lieu d'où sont originaires de nombreux produits, comme les résines, nécessaires à la conservation des corps. Sous la dynastie des Ptolémées, le toponyme Out désigne la nécropole du XVIIe nome de Haute-Égypte, un lieu sacré très lié à Anubis[45].

Dieu funéraire [modifier]

Croyance nationale [modifier]

Maître des nécropoles [modifier]

La plupart des dieux funéraires égyptiens ne sont vénérés qu'au plan local. La zone d'influence de ces divinités mineures ne dépasse pas les frontières de la ville ou de la province d'origine. Seuls quelques rares dieux et déesses, très vénérés dans leurs régions, ont réussi à se hisser au plan national, tel est le cas d'Oupouaout d'Assiout et d'Anubis du nome lycopolitain. Ce dernier acquiert très tôt une large influence nationale[46].

photo d'une statuette d'Anubis
un adorateur agenouillé devant Anubis

Dès les débuts de l'Ancien Empire égyptien, Anubis est invoqué dans les formules d'offrandes funéraires des nécropoles situées entre Memphis et Éléphantine. Certaines de ses épithètes le relie plus particulièrement aux grandes nécropoles du pays. Elles font de lui le seigneur de Ro-Sétaou, un cimetière situé près de Gizeh et le seigneur de Ro-Qereret, la nécropole de la ville d'Assiout. Anubis est aussi lié à la localité de Sepa, un lieu non localisé avec certitude mais situé dans les environs de Memphis. Anubis exerce aussi sa puissance sur la carrière de Tourah d'où ont été extraits les blocs de calcaire ayant servi à l'édification des pyramides de Gizeh et de Saqqarah[47]. Par comparaison, sa parèdre Anupet restera, à toutes les époques, exclusivement cantonnée à son rôle de déesse tutélaire du XVIIe nome de Haute-Égypte[46].

Avant le Moyen Empire égyptien, les preuves de l'existence de temples consacrés à Anubis sont indirectes. Une inscription de la tombe de Tefib révèle ainsi l'existence d'un lieu de culte à Assiout et plusieurs stèles démontrent l'existence d'un culte florissant à El-Lahun dans le Fayoum[48]. Vers la début de la VIe dynastie, dans une variante de la traditionnelle énumération des bonnes actions accomplies durant la vie terreste, le gouverneur Henqou du XIIe nome de Haute-Égypte déclare vénérer le dieu chacal d'après une inscription de sa tombe de Deir el-Gebraoui: « J'ai donné du pain à l'affamé dans le nome de la Montagne de la Vipère. J'ai donné des vêtements à celui qui était nu. (…) J'ai satisfait les chacals de la montagne et les oiseaux de proie du ciel avec de la viande de mouton et de chèvre. »[49]. Cette affirmation funéraire, sans mentionner un temple, semble au moins suggérer la présence d'une activité rituelle en lien avec les chacals dans cette région[50].

Origines [modifier]

Le processus d'élaboration des croyances égyptiennes est complexe. Concernant Anubis, quelques faits dominent dans le domaine funéraire. Pour le souverain, l'au-delà est un domaine situé dans le ciel et la personne royale est considérée comme un fils de , le dieu soleil. Cette vision ce met progressivement en place à partir de la IIe dynastie mais ne culmine réellement que sous les IVe et Ve dynastie. Les autres égyptiens n'ont pas les contrées célestes pour destination post-mortem. Pour eux, l'au-delà est situé à l'Occident qui est une extension des nécropoles terrestres. Durant les trois premières dynasties (de 3000 à 2600 av. J.-C.), Anubis est la seule divinité funéraire qui se rencontre tant au service du roi que des particuliers. À partir de la fin de la IVe dynastie, l'Occident est surtout connu pour être le royaume d'Osiris, le dieu-roi assassiné puis ressuscité. Mais cette vision de l'Occident n'est qu'une seconde étape ; antérieurement, l'Occident était surtout dominé par Anubis[51].

Fausse-porte du tombeau de Manéfer. Règne de Djedkarê Isési, Ve dynastie, Musée égyptologique de Berlin.

Une fois la royauté pharaonique bien installée (vers 3000 av. J.-C), les familiers et les fonctionnaires royaux se font édifier des tombeaux et des mastabas autour du domaine funéraire royal constitué par des pyramides plus ou moins monumentales[52]. Pour le groupe des serviteurs royaux, la religion funéraire consiste en une vie post-mortem qui se déroule à l'intérieur de des sépultures. Le défunt bénéficie d'offrandes funéraires distribuées par faveur royale et sous le regard d'une divinité funéraire. L'Occident est d'abord le cimetière réel puis cette notion s'élargit et se charge de caractères plus spirituels. L'Occident devient alors une contrée lointaine gouvernée par une divinité[53]. Entre les Ire et IVe dynasties égyptiennes, la religion funéraire patronnée par Anubis parvient à attirer à elles de nombreux fidèles non royaux. Mais cet prédominance d'Anubis sur l'Occident ne s'est pas faite sans la concurrence d'autres divinités funéraires. La divinité qui garantit au défunt des aliments est très variable suivant les cas. Durant la Première dynastie, la grande rivale d'Anubis dans cette fonction est la déesse Neith issue de la ville de Saïs[54].

Durant la première moitié de la IVe dynastie (vers 2500 av. J-C.), les grands personnages de l'État pharaonique se placent presque tous sous la protection d'Anubis. Le recourt à ce dieu apparaît dans des formules gravées sur les murs des chapelles qui surmontent les tombeaux. À l'extrême fin de la IVe dynastie ou durant les débuts de la Ve dynastie, Osiris s'installe à côté d'Anubis. Au cours de la Ve dynastie, Osiris supplante Anubis et Osiris devient le souverain incontesté des mondes de l'au-delà. Toutefois, Anubis conserve une place non négligeable dans les croyances funéraires en tant que divinité protectrice[55]:

« Une offrande que donne le roi et que donne Anubis, préposé au pavillon divin, qui se tient sur sa montagne, imi-out, seigneur de la terre consacrée, afin qu'il puisse recevoir un enterrement parfait dans sa tombe qui est dans la nécropole occidentale, après être devenu très vieux en tant que possesseur de la condition d'imakhou auprès du dieu grand, seigneur de l'Occident.

Une offrande que donne le roi et que donne Osiris, préposé à Bousiris, afin qu'il soit accompagné par ses kas dans les places pures, et que sa main soit reçue par le dieu grand, et qu'il soit conduit sur les chemins sacrés de l'Occident, sur lesquels se promènent les possesseurs de la condition d'imakhou.

Une offrande que donne le roi et que donne Anubis, préposé à la ville de Sépa, afin qu'il joigne la terre (soit enterré) et traverse le firmament, et que la (déesse de la) Nécropole lui offre ses bras en paix, en paix auprès du dieu grand, (au) possesseur de la condition d'imakhou auprès de son seigneur, qui a fait des offrandes et qui a atteint la condition d'imakhou.

Une offrande que donne le roi et Osiris Khentamentiou, seigneur d'Abydos, afin que l'offrande lui soit donnée dans sa tombe qui est dans la nécropole (...), en toute belle fête, chaque jour, par jour pour la durée de l'éternité, car j'étais un qui est aimé de son père, loué de sa mère. »

— Linteau d'une tombe anonyme de Saqqarah. VIe dynastie[56].

Pourvoyeur d'offrandes [modifier]

Dès les époques les plus reculées, la fonction d'Anubis est d'approvisionner les défunts dans dans le cadre de ses activités de divinité funéraire. Le dieu est le neb qereset, c'est-à-dire le « maître de la sépulture » ou le « maître de l'enterrement ». Les formules d'offrandes funéraires, les épithètes et les actions d'Anubis qui apparaissent dans les textes funéraires attestent clairement de ce rôle. Sous l'Ancien Empire, très fréquemment, les défunts lui demandent d'assurer de bons enterrements dans le désert occidental, semyt imentet, afin qu'ils puissent devenir des imâkhou (esprits glorifiés, morts bienheureux), c'est-à-dire des ancêtres aptes à bénéficier d'un culte funéraire régulier et pérenne financé par des dotations royales et/ou privées[57]. Dans tous les corpus de textes funéraires, des Textes des Pyramides au Livre des Morts, en passant par les Textes des Sarcophages, apparaissent des souhaits où il est exigé à Anubis de garantir des offrandes alimentaires en abondance:

« Qu'Anubis donne une offrande au Chef des Occidentaux ! Tes milliers de pain ! Tes milliers de bière ! Tes milliers d'huile ! tes milliers d'albatre ! Tes milliers de vêtement ! Tes milliers de bovin ! »

— Antichambre de la Pyramide de Mérenrê, VIe dynastie, §§. 745 a-d[58]

« (L'Osiris N[n 3]. est) un pur dans la suite d'Osiris, chef des Occidentaux, au cours de chaque jour ; ses champs sont dans la Campagne des Félicités parmi les initiés, parmi ceux qui préparent les aliments pour Osiris; N. est auprès de Thot parmi ceux qui préparent les offrandes alimentaires. Anubis a ordonné (à) ceux qui sont parmi les offrandes que les offrandes de N. soient en sa possession, sans que cela puisse lui être enlevé par ceux qui s'occupent du butin. »

— Livre des Morts, Nouvel Empire, chapitre 144[59].


XVIIe nome de Haute-Égypte [modifier]

Hardaï (Cynopolis) [modifier]

Liste des nomes de la Chapelle blanche de Karnak.

Anubis est étroitement lié aux XVIIe et XVIIIe nomes de Haute-Égypte, le pavois du premier représente d'ailleurs un chacal couché. Durant la VIe dynastie, Anubis est associé à la ville de Hout-Benou située dans le XVIIIe nome. Jusqu'à la période ramesside les deux nomes sont clairement délimités. Le XVIIe est situé sur la rive occidentale avec la ville de Hénou pour capitale tandis que le XVIIIe est situé sur la rive orientale avec la ville de Houtnésou pour capitale. Une inscription gravée sur la Chapelle blanche qu'a fait édifier Sésostris Ier à Karnak durant la XIIe dynastie révèle qu'Anubis est le dieu majeur de Hénou tandis que le faucon Dounânouy règne sur Houtnésou. À partir de la période ramesside et jusqu'au règne de Ptolémée V, la ville de Hardaï située sur la rive orientale est la capitale du XVIIe nome tandis que la ville de Houtnésou sur la même rive reste la cité majeure du XVIIIe. À partir de Ptolémée V et durant le reste de la période gréco romaine, la ville de Saka (rive occidentale) est la capitale du XVIIe nome tandis que la ville de Houtredjou (rive orientale) est la capitale du XVIIIe[60].

Après avoir voyagé à travers l'Égypte vers l'an 25 av. J.-C., le géographe grec Strabon entreprend de décrire le pays. Il parle de la ville de Hardaï en l'appellant Cynopolis, la « ville des chiens »:

« ensuite, on trouve le nome cynopolite et Cynopolis où l'on rend un culte à Anubis ; les chiens y sont honorés et reçoivent une nourriture fixée par le rite »

— Strabon, Géographie, Livre 17, 1, 40[61].

Il est probable que dans cette ville le culte traditionnel d'Horus a été évincé au profit de celui d'Anubis originaire de la rive d'en face, le toponyme Hardaï signifiant « Horus est ici ». Le changement de culte s'est sans doute effectué durant la XIXe dynastie, peu avant la rédaction du Papyrus d'Orbiney, ce conte mythologique reflétant la rivalité religieuse de cette région. La première mention certaine ne remonte toutefois qu'à la XXe dynastie lorsqu'un domaine est attribué à Anubis, le seigneur de Hardaï à l'occasion de l'accession au trône de Ramses IV (Papyrus Harris). Peu de données archéologiques existent au sujet de cette localité. On a y toutefois découvert une nécropole de canidés datée de l'époque gréco-romaine. Ces animaux ont été tués puis momifiés afin d'être transformés en ex-voto en l'honneur Anubis. La nécropole est située au sud-est de l'actuelle Sheikh Fadl dans un paysage de collines désertiques ; une série de tombes humaines désaffectées datée du Nouvel Empire égyptien ayant servi à inhumer les canidés[62].

Anupet, la parèdre [modifier]

photographie de trois statues
Le roi Mykérinos entouré par Hathor et Anupet (à droite de la photo)
Emblème du nome cynopolite

En tant que toponyme, il semble que le nom Anupet apparaît dès la Période prédynastique sur des étiquettes en ivoire. À partir de la IVe dynastie, on commence à voir le XVIIe nome de Haute-Égypte être patronné par une déesse chacal. Cette région sera par la suite toujours très liée au dieu Anubis (inpou) et à sa parèdre la déesse Anupet (inpout). Cette dernière semble être la forme primitive de la déesse chacal car on remarque, dans la religion égyptienne, l'existence de doublets féminins dotés de peu de consistance être associés à des dieux importants et bien caractérisés (Amon et Amonet par exemple). La déesse du nome de Cynopolis apparaît dans un groupe de trois statues, dites Triade de Mykérinos, à la gauche du roi Mykérinos, la déesse Hathor étant figurée à sa droite. Elle est représentée sous l'apparence d'une femme avec sur sa tête une plume d'autruche barrée de l'emblème du chacal couché, le symbole du nome de Cynopolis[63].

Sanctuaires [modifier]

Chapelle d'Anubis à Deir el-Bahari [modifier]

Anubis n'a bénéficié d'un grand temple indépendant que dans la cité de Cynopolis. Il pouvait cependant posséder une chapelle dans les grands temples funéraires royaux, les « Châteaux des Millions d'Années » consacrés au Ka des souverains égyptiens. La plus fameuse d'entre-elles est la chapelle inférieure d'Anubis de Deir el-Bahari consacrée par la pharaonne Hatshepsout durant la XVIIIe dynastie (vers 1460 av. J.-C.)[64].

La cour supérieure du temple funéraire d'Hatshepsout est délimitée à l'ouest par des portiques, le portique intermédiaire étant prolongé au sud par la chapelle d'Hathor et au nord par la chapelle inférieure d'Anubis. Cette dernière est accessible depuis une salle hypostyle rectangulaire à douze colonnes cannelées et au plafond parsemmé d'étoiles. Le mur septentrional est percé d'une niche consacrée à Anubis tandis que son vis à vis méridional est percé d'une niche consacrée à Osiris. La salle est ornée de nombreux bas-reliefs montrant Hatchepsout, son époux Thoutmosis II et son beau-fils Thoutmosis III faisant des offrandes à différents dieux dont Anubis, Osiris, , Amon et Sokaris. Le mur occidental est percé en son milieu par une ouverture conduisant au Saint des Saints organisé en une succession de trois petites chambres voutées se succédant en chicane. Le programme décoratif de ce sanctuaire a été interprété par Christiane Desroches Noblecourt (1913-2011) comme les ultimes métamorphoses de la pharaonne avant sa renaissance, Anubis étant la souveraine elle-même[65].

Anubeion de Saqqarah [modifier]

Croquis d'une momie de canidé
Croquis d'une momie de canidé

À partir de la XXVIe dynastie se développe pour les canidés un aspect de la religion égyptienne qui vise à les sacrifier puis à les momifier rituellement afin de les consacrer à la divinité qu'ils représentent, en l'occurrence Anubis et Oupouaout. Les momies étaient vendues par les prêtres à des croyants en pèlerinage, servaient d'ex-voto puis étaient déposées en masse dans des nécropoles spécialement dédiées. Ce rite a perduré et prospéré jusqu'à l'époque romaine puis a disparu avec la fermeture des temples païens en 391 sur ordre de l'empereur Théodose Ier. Les recherches archéologiques ont permis de découvrir une douzaine d'importantes nécropoles de canidés réparties entre Memphis et Thèbes (outre ces deux villes on peut signaler Lycopolis, Cynopolis, Coptos, Denderah, Abydos, etc.)[66].

L'Anubeion de Saqqarah, un sanctuaire ptolémaïque consacré à Anubis, s'est inscrit dans cette pratique cultuelle. Cette aire sacrée de la région memphite a été aménagée à l'est de la pyramide de Téti et au nord du Bubasteion, une nécropole de félins consacrée à la déesse Bastet. L'Anubeion reste encore très mal renseigné fautes de fouilles archéologiques détaillées. On sait cependant qu'il lui était joint une nécropole où des canidés momifiés étaient entassés en masse dans des puits et dans des grands souterrains. Le Musée égyptien du Caire conserve plusieurs beaux sarcophages de canidés issu de cette nécropole bien que très peu de momies animales aient bénéficié de ce meuble funéraire. Ces caisses sont rectangulaires avec un couvercle plat et portent des décorations funéraires. Un exemplaire présente sur ses côtés plusieurs figurations peintes d'Anubis couché sur une barque en roseaux avec un couvercle qui porte une statuette d'un canidé noir couché. D'autres cercueils en bois de sycomore, hauts de 55 cm, reproduisent sous forme de statuette le dieu Anubis assis sur un trône sous sa forme hybride d'homme à tête de canidé ; le trône ou le torse du dieu servant de réceptacle à la momie. À l'époque romaine, certaines momies étaient conservées dans de grossiers vases en terre cuite rouge avec pour décor un ou plusieurs canidés debout[67].

Nécropoles [modifier]

Mastabas de l'Ancien Empire [modifier]

photo en noir et blanc de la gravure d'Anubis chez Koufoukhâef
Mastaba de Koufoukhâef (relief nord)

À Gizeh, vers 2530 av. J.-C., dans le cadre d'une série très restreinte de formules d'offrandes, des reliefs datés de la IVe dynastie font voir des hiéroglyphes de chacals couchés considérablement agrandis par rapport au texte où ils figurent. Il semble que toutes ces représentations trouvent leurs origines dans l'entourage familial du roi Khéops, le bâtisseur de la Grande Pyramide. Pour chaque formule d'offrande, l'image du chacal est à la fois un immense hiéroglyphe intégré au texte et une figuration du dieu, telle une icône[n 4]. Le plus ancien relief figure dans le mastaba du prince Kaouab, fils de Khéops, et montre un chacal bien plus grand que les hiéroglyphes qui l'accompagnent. Le texte, dégradé lors de sa découverte, a été restauré en 1946-1947 par l'égyptologue américain William Stevenson Smith (1907-1969)[68]. Concernant les autres reliefs, la grandeur du chacal est légèrement atténuée mais les détails de la gravure sont plus affirmés. Dans le mastaba du prince Koufoukhâef, un autre fils de Khéops, figurent deux chacals gravés en bas-relief sur les jambages de la porte de la chapelle méridionale. La tête des canidés est montrée avec un œil humain et coiffée d'une perruque à mèches tressées. L'une de ces perruques dispose d'un ménat en guise de contrepoids (relief sud)[69].

« Une offrande donnée par Anubis khenty ta djeser, à savoir une heureuse vieillesse avant d'arriver auprès du grand dieu, pour le fils royal Khoufoukhâef (relief nord).

Une offrande donnée par Anubis imy-out, à savoir puissance et noblesse avant d'arriver devant le grand dieu, pour le fils royal Khoufoukhâef (relief sud). »

— Mastaba de Koufoukhâef[70]

Des représentations assez similaires figurent sur le seuil de la chapelle funéraire du mastaba de la reine Mérésânkh III, fille de Kaouab, épouse et nièce du roi Khéphren. Le même type de grand chacal peut aussi se retrouver sur des sarcophages, tel celui de la princesse Mérésânkh II, une fille de Khéops[71]. Le sarcophage de Hotep (un dignitaire de la fin de la Ve dynastie), découvert à Saqqarah en 1937 par Selim Hassan (1893-1961), est cependant le plus spectaculaire avec un chacal figuré dix fois plus grand que les autres hiéroglyphes. Toujours à Saqqarah, dans le mastaba de Ty, le chacal est rendu avec de nombreux détails, sa longue queue étant plus particulièrement mis en évidence. L'importance accordée à l'appendice caudal du chacal est de l'ordre du symbolique. Le nom du dieu chacal Sed signifie « queue » et la queue-sed de taureau est l'un des accessoires du costume cérémoniel des dieux mâles et des pharaons[72]. La taille démesurée d'Anubis est peut être une manière de manifester l'importance du dieu dans son rôle de protecteur des tombes de la famille royale et de souligner l'importance vitale du culte funéraire royal, le dieu chacal étant l'une des apparences divines que revêtent les souverains et les courtisans égyptiens dans l'au-delà[73].

Protecteur de la momie d'Osiris [modifier]

Au cours du Moyen Empire, Anubis est considéré comme un juge sans pitié envers les défunts de mauvaise vie. Le chapitre 335 des Textes des Sarcophages permet aux morts d'échapper à sa colère. Ce texte a ensuite été intégré au Livre des Mort (chapitre 17), un recueil funéraire constitué au cours de la XVIIIe dynastie et en usage jusqu'à la période gréco-romaine. Le chapitre en question est un hymne à surchargé de nombreuses gloses, ces ajouts reflétant la diversité des points de vue ayant existé entre les villes de Héracléopolis et d'Héliopolis au sujet des détails du mythe d'Osiris[74]. Dans la première partie, le défunt se compare à Atoum- le dieu créateur qui tire son énergie de se séjours nocturnes auprès de la momie d'Osiris. Dans la seconde partie, le défunt en tant qu'accompagnateur de Rê dans ses voyages, lui demande qu'aucun mal ne lui soit fait ; les dieux assignés à la protection d'Osiris et de son monde souterrain se montrant intraitable envers les impies. Pour ne pas être considéré comme l'un de ces malfaisants, le défunt s'adresse à un tribunal créé par Anubis et composé de trois membres. Seth et Isdès en sont les juges (maîtres de Maât) et le cobra femelle (uréus) Hotepes-Khoues « celle qui est favorable et qui protège » est la gardienne. Elle ne laisse passer que les justes, ceux qui peuvent prétendre égaler la valeur des sept esprits-Akh[n 5] qu'Anubis à assigné à la garde rapproché de la dépouille d'Osiris le jour de son assassinat:

« Salut à vous, Maîtres de Maât, tribunal autour d'Osiris, qui placez la terreur chez les coupables, qui êtes dans la suite de "Celle qui apaise celui qu'elle conduit" ! Regardez-moi qui suis venu près de vous (afin) que vous chassiez le mal qui (me) concerne comme ce que vous avez fait pour ces sept Bienheureux qui sont dans la suite du Maître du nome (et) dont Anubis a créé la place ce jour de "Viens donc là". »

— Extrait du chap. 335 des Textes des Sarcophages, traduction de Claude Carrier[75].

Illustration du chapitre 17 du Livre des Morts (Papyrus d'Ani)
à gauche: la tête de Rê surgit hors du sarcophage abydéen d'Osiris gardé par les quatre Fils d'Horus et par Maanitef, Kheribaqef, Horus Khenty-en-irty.
au centre: Anubis
à droite: les gardiens Nedjeh-nedjeh, Aâqed-qed, Khentihehef, Amy-ounou-tef, Desher-irty, Bes-mââ-em-ghereh, Ini-em-herou

Protecteur des tombes [modifier]

Papyrus d'Ani, Nouvel Empire, chapitre 151A

Dans la pensée égyptienne, au même titre que la voix humaine, les images et les textes funéraires inscrits sur les murs, sur les sarcophages ou sur des rouleaux de papyrus ont une puissance performative. Tout ce qui a été dit au cours d'un cérémoniel, ou écrit sur un support quelconque, est considéré comme ayant été accompli dans les faits par la grâce du verbe créateur. Quand un prêtre assimile un défunt à un dieu, le défunt devient ce dieu. Quand un défunt affirme être protégé par une amulette, il est protégé par cet objet ; peu importe si cette amulette est un objet réel ou un simple dessin sur papyrus[76]. À partir du Nouvel Empire (vers 1550 av. J.-C.) et jusqu'au premier siècle de notre ère, les riches défunts égyptiens se dotent d'un exemplaire du Livre des Morts pour bénéficier dans l'au-delà de la puissance magique d'écrits et de dessins performatifs. Parmi les nombreuses formules de ce corpus funéraire, les chapitres 137A et 151A accordent au défunt la protection de quatre amulettes censées être placées sur des briques d'argile et déposées dans des cavités creusées dans les parois de la chambre funéraire. Pour le mur oriental, il est question d'une statuette d'Anubis figuré sous la forme d'un canidé couché sur une chapelle et chargée de repousser toute attaque malfaisante venant en sa direction[77] :

« Ce qui doit être mis dans le mur Est. Paroles à dire : « Je (t')écarte, je te surveille, Celui qui est sur (sa) montagne veille à ce que ton attaque soit repoussée ; j'ai repoussé ton attaque, rageur ; je suis la protection de l'Osiris N. »

Qu'on dise cette formule sur un Anubis d'argile crue mélangée d'encens, placé sur une brique d'argile crue sur laquelle est gravée cette formule ; on fait pour lui une niche dans le mur est et on le tourne vers l'ouest ; (puis) on mure sur lui. »

— Chap. 137A du Livre des Morts, traduction de Paul Barguet[78].

La chambre funéraire du roi Toutânkhamon (fin de la XVIIIe dynastie) a réellement bénéficié de ce genre de protection magique. Après avoir retiré le sarcophage royal, l'équipe de Howard Carter s'est attachée à remettre au jour ces quatre amulettes en perçant l'enduit de plâtre qui masquait les niches secrètes. La disposition de ces amulettes est toutefois différente des prescriptions magiques figurant dans le Livre des Morts. Chez le jeune roi, la figurine d'Anubis a été placée dans le mur occidental tournée vers le nord[79].


Est Ouest Nord Sud
Livre des Morts
chap. 137A
statuette d'Anubis
tournée vers l'ouest
pilier Djed
tourné vers l'est
statuette d'un homme
tourné vers le sud
mèche enflammée
tournée vers le nord
chambre funéraire
de Toutankhamon
statuette d'Osiris
tournée vers le sud
statuette d'Anubis
tournée vers le nord
statuette d'un homme
tourné vers l'ouest
pilier Djed
tourné vers l'est

Momification [modifier]

Patronnage [modifier]

Chef des embaumeurs [modifier]

photographie d'un masque d'Anubis
Masque à l'effigie d'Anubis, Musée de Hildesheim.

Les textes de la littérature funéraire fourmillent de mentions et d'allusions à Anubis et certains passages décrivent volontiers ses activités d'embaumeurs ou de chef embaumeurs dans le ta-djeser, le « Pays sacré » (c'est-à-dire la nécropole) et le seh-netjer, l'atelier d'embaumement ; il replace les viscères dans l'abdomen, place ses mains sur la dépouille, enveloppe, parfume, embaume et redresse le défunt, rend le cœur ou replace la tête sur le reste du corps[80]:

« (...) le cœur des habitants de l'horizon est joyeux quand ils te voient dans cette tienne dignité que ton père Geb t'a réservée ; il t'a livré tes ennemis révoltés contre toi dans l'atelier d'embaumement. Anubis a rendu agréable ton cœur devant ta place dans le pavillon divin ; il te donne l'encens en tout temps sans qu'il y ait diminution à la nouvelle lune ; [Anubis et Geb] te sauvent des Accroupis, les agents de mort de la secrète salle d'abattage. Tu es apparu à l'avant de la barque et tu commandes à tribord, sans qu'on ait pouvoir sur ton âme, sans que ton cœur te soit enlevé, (...) Car tu es le roi, le fils du prince héritier ; aussi longtemps que ton âme existera, ton cœur sera en toi. Anubis se souvient de toi dans Busiris, ton âme jubile dans Abydos et ton corps, qui est dans le plateau désertique, se réjouit, celui qui a été embaumé jubile dans toutes ses places. Ah oui, soit dénombré, sois préservé dans cette momie qui est devant moi ! Anubis est joyeux du travail de ses mains, le chef du pavillon divin est heureux quand il voit ce dieu parfait, maître de ceux qui existent, souverain de ceux qui ne sont plus. (...) »

— Extraits du chap. 45 des Textes des Sarcophages. Traduction de Paul Barguet[81]

Mystères funéraires [modifier]

En tant que chef des embaumeurs, toutes les activités funéraires du dieu Anubis se résument dans son appellation de hery seshta, traduit en français par « Maître des secrets », « Supérieurs des mystères » ou « Celui qui préside aux secrets (funéraires) ». L'écriture cryptographique de cette expression est le hiéroglyphe du canidé couché sur un coffre ressemblant à une chapelle[82]. Ce meuble de rangement sert à entreposer les outils et les matériaux nécessaires aux rituels de l'embaumement, une pratique qui doit rester un secret aux oreilles et aux yeux des démons à la solde de Seth, l'assassin du dieu Osiris mais aussi à tout Égyptien des cercles profanes. Dans la tombe du roi Toutânkhamon, la salle qui contenait les vases canopes était gardée par une représentation d'Anubis, maître des secrets sous la forme d'un magnifique coffre en bois doré surmonté d'une statue de chacal noir couché ; l'intérieur du coffre contenait des amulettes, des objets du culte, des simulacres d'offrandes, des scarabées[83]

Photographie d'un coffre anubien
« Anubis sur ses secrets », coffre du roi Toutânkhamon.

Les embaumeurs, plus que des thanatopracteurs, sont des prêtres funéraires chargés d'intégrer les défunts dans le monde divin de l'au-delà en les assimilant à Osiris. Le chef des prêtres funéraires et directeur des rites de l'atelier d'embaumement est le prêtre « Anubis, supérieurs des mystères » (hery-seshta) ; il porte un masque reproduisant la figure d'Anubis et son rôle est de veiller au bon déroulement de la cérémonie. Sa surveillance est plus particulièrement active lors de l'enveloppement de la tête du défunt[84].

L'exécutant principal est le « Chancelier divin ». À l'origine, il est le principal prêtre d'Osiris dans la ville sainte d'Abydos où il joue le rôle de Horus, le fils d'Osiris et d'Isis. Dès la VIe dynastie, il devient le chef des praticiens-embaumeurs. Il est secondé par plusieurs autres prêtres-lecteurs, les hery-heb « ceux qui portent la fête » dont le rôle est de lire la liturgie funéraire. Les diverses manipulation du cadavre (préparateurs des onguents et des bandelettes, laveurs de viscères, porteurs d'eau et de natron, etc.) sont exécutés par une série d'hommes désignés sont le nom générique de outyou « les poseurs de bandages », le mot out signifiant « bandelettes, bandages ». Parmi ces artisans funéraires, ceux qui sont le plus élevés en grade officient à côté du Chancelier divin et portent les titres d' « Enfants d'Horus » et d' « Enfants de Khenty-en-Irty »[n 6], [85].

Fétiche imy-out [modifier]

photographie du dieu Osiris
Osiris entouré par deux imy-out
fétiche imy-out
Z11 G17 G43 X1
Aa2
{{{trans}}}

Le terme imy-out est connu pour être l'une des principales épithètes d'Anubis. Il s'agit cependant aussi de la désignation d'un objet sacré, la peau d'un animal, canidé ou bovidé, sans tête ni pattes postérieures, probablement une sorte d'outre funéraire attachée à un poteau fiché dans un pot ou dans le sol[86]. Ce fétiche est étroitement associé au dieu Anubis à toutes les périodes de l'histoire de l'Égypte antique. En tant que désignation du fétiche, le terme imy-out est parfois traduit en français sous « nébride » en référence à la peau de cerf portée par les adorateurs de Dionysos[n 7]. Les plus anciennes attestations de l'imy-out remontent à la période prédynastique avec des figurations sur des fragments de poteries, sur des sceaux et sur des étiquettes en ivoire, dont un vase découvert à Hiérakonpolis et daté de la période Nagada II (3500 à 3200 av. J.-C.). L'imy-out est rarement représenté durant l'Ancien Empire égyptien. Il apparait toutefois sur des stèles frontières datées du règne de Djoser (IIIe dynastie) accompagné de textes faisant références à « Anubis à la tête du pays sacré », les plus anciennes mentions du lien spécifique entre le dieu et le fétiche. Plus tard, l'imy-out figure sur des reliefs sculptés à l'occasion des jubilés Heb Seb des rois Niouserrê et Pépi II des Ve et VIe dynasties[87]. Dans les Textes des Pyramides, les quatre Fils d'Horus aident le roi Pépi II à monter au ciel auprès d'Atoum grâce à une échelle dont les barreaux sont renforcés avec des lanières coupées dans le cuir de l'imy-out mis au monde par la vache primordiale Hésat[88]. Un seul exemplaire réel de l'imy-out a été découvert, il mesure 62 cm de haut et conserve encore des restes d'une véritable peau, l'animal est toutefois non identifié. Cette trouvaille archéologique remonte à la XIIe dynastie et a été exhumée lors des fouilles du temple de la pyramide de Sésostris Ier à Licht[89]. La chambre funéraire du tombeau de Toutânkhamon (XVIIIe dynastie) contenait, quant à elle, deux répliques en bois doré hautes de 1,67 m et plantées dans de pseudo-vases en albâtre[90]. Le fétiche, perçu comme une poche placentaire, est un puissant symbole de renouveau et de régénération. Une des anecdotes du Papyrus Jumilhac (XII,20-XIII,14) rapporte que la vache Hésat a fait revivre le faucon Ânti, une forme du dieu Horus, grâce à l'imy-out en plaçant ses ossements et ses organes à l'intérieur et en ayant aspergé le tout d'une goutte de son lait[91].

Qebehout, l'eau lustrale [modifier]

qebehout
W16 X1 I12 H6
R12
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Durant l'Ancien Empire, la déesse Qebehout est la seule divinité à être dotée explicitement d'un lien de parenté avec Anubis:

« Que Néferkarê puisse aller vers le Champ de Vie, vers la demeure de Rê dans le Firmament ! Que Néferkarê trouve [Qebehout], la fille d'Anubis, qui va au devant de lui avec ses quatre jarres-néméset dont elle rafraîchit le cœur du grand dieu son jour de réveil (et) dont elle rafraîchira pour Néferkarê son cœur pour la vie ! »

— Extrait des Textes des Pyramides (§§. 1180a-1181a), Trad. de Claude Carrier[92]

Le nom de Qebehout est déterminé par une serpente et par une aiguière d'où s'écoule de l'eau. Il a été proposé de traduire son nom par « Celle qui purifie avec de l'eau fraîche », le mot qebeh signifiant « purification » et « pureté ». Dans les pyramides à textes, le mot qebehou sert à désigner le ciel aussi peut-on voir en Qebehout une serpente évoluant dans les eaux céleste. Cette divinité n'a jamais bénéficiée d'un lieu de culte attitré et il s'agit bien plus de l'anthropomorphisation d'une fonction rituelle que d'une véritable déesse. Il a aussi été proposé de voir en Qebehout une manifestation du cobra femelle ouadjet, symbole du Xe nome de Haute-Égypte[93].

Osiris ou la momie idéale [modifier]

Articles principaux : Osiris et Mythe osirien.

Anubis dans le mythe osirien [modifier]

Anubis sur une photographie de la tombe du roi Horemheb
Osiris sous la protection d'Anubis et Horus

Les relations entre Anubis et Osiris sont étroites mais relativement tardives. Ceci provient du fait qu'historiquement Anubis est un dieu bien plus ancien qu'Osiris. Le premier est déjà bien attesté sous la Ire dynastie, vers 3150 av. J.-C., tandis que le second n'apparaît que 600 ans plus tard, durant la Ve dynastie, vers 2510 av. J.-C. L'apparition d'Osiris, un dieu roi assassiné par un meurtrier, son frère Seth au caractère bien trempé, fait probablement suite à une décision politique d'affermissement du pouvoir royal, une décision qualifiée par l'égyptologue Bernard Mathieu de « Réforme osirienne »[94]. Terence DuQuesne avance l'idée qu'il se pourrait qu'Osiris soit l'anthropomorphisation d'une divinité chacal. Le but recherché par le pouvoir pharaonique aurait été de faciliter l'identification du roi défunt avec une divinité bien définie. Avant l'introduction du mythe osirien, les monarques pouvaient prétendre posséder les caractéristiques des chacals Anubis et Oupouaout mais la légitimation d'un pouvoir politico-religieux puissant d'origine divine ne pouvait facilement se faire accepter qu'à travers l'assimilation du roi à un dieu entièrement anthropomorphe[95], à savoir Osiris dont le nom signifierait « le Puissant », « Celui du trône » ou « Celui qui est devenu un dieu par les rites »[96].

À la fin de l'Ancien Empire, dans les Textes des Pyramides, Anubis est bien plus lié au pharaon défunt qu'à Osiris et il ne semble pas qu'Anubis soit déjà lié aux divinités du mythe osirien. Par la suite, sous le Moyen Empire, Anubis devient un intermédiaire entre les morts et le dieu Osiris, érigé en tant que parangon de la survie post-mortem. Visiblement, Anubis n'a pas acquit son caractère de divinité funéraire par son intégration au mythe d'Osiris. Tout au contraire, Anubis a été rapproché d'Osiris de par ses anciennes fonctions de ritualiste funèbre auprès des rois défunts. La première mention d'une action d'Anubis sur la dépouille mortelle d'Osiris figure dans les Textes des Sarcophages, un corpus funéraire destiné aux nomarques de la Moyenne-Égypte durant le Moyen Empire. Rê affligé de la mort d'Osiris, envoie son fils Anubis prendre soin du corps de l'assassiné afin de lui redonner une belle apparence, un statut d'ancêtre et la possession éternelle d'une tombe bien approvisionnée en offrandes funéraires[97]:

« Que le roi soit gracieux et donne, et Anubis qui préside au pavillon divin, maître de la Douat, à qui les occidentaux rendent hommage, maître de Sepa, qui préside à la Terre sacrée, lui qui(?) réside au ciel médian, le quatrième des enfants de Rê, qu'on a fait descendre du ciel pour parfaire Osiris tant est grande son excellence au cœur de Rê et des dieux ! »

— Chapitre 908 des Textes des Sarcophages, traduction de Paul Barguet[98]

Les liens filiaux entre Osiris et Anubis ne mettent en place à partir du Nouvel Empire comme lorsque Anubis est qualifié de fils d'Osiris (sa Ousir) sur une stèle memphite de la XIXe dynastie (tombe de Hor-Min à Saqqarah). Cette affirmation ne devient cependant courante qu'à partir de la Basse époque égyptienne. Cette relation tire probablement son origine dans le fait que l'organisation des funérailles du père incombait à son fils aîné. Or pour un dieu aussi prestigieux qu'Osiris, ce privilège ne pouvait revenir qu'à Anubis, le plus ancien et le plus efficace des dieux funéraires[99].

Mères, multiples traditions [modifier]

statuette de la déesse Bastet à tête de chat
statuette de la déesse Bastet

Bien qu'Anubis joue un rôle essentiel dans le mythe d'Osiris à partir de la Première Période Intermédiaire, les théologiens égyptiens n'ont pu l'intégrer dans la famille osirienne qu'avec de grandes difficultés. Cet embarras se révèle dans son ascendance maternelle, plusieurs déesses coexistant dans le rôle de la mère d'Anubis[100].

Au Nouvel Empire, le Conte des deux frères consigné sur le Papyrus d'Obiney et daté du règne de Séthi II (le petit-fils de Ramsès II) fait d'Anubis le frère aîné du vigoureux Bata, le dieu taureau de la ville de Saka[n 8]. D'après cette source, les deux divinités sont nées de la même mère et du même père. L'identité des parents n'est toutefois pas révélée.

D'après un relief gravé sur une paroi du temple de Séthi Ier à Abydos, la déesse chatte Bastet est la mère d'Anubis. Le papyrus N3776 (S) daté de l'époque ptolémaïque et conservé au Musée du Louvre suit cette même filiation[101]. Les liens théologiques entre Bastet et Anubis sont obscurs. Les deux divinités ont peut être été liées du fait de leur proximité cultuelle à Memphis, le temple du Bubasteion voisinant avec l'Anubeion dans la nécropole Ankh-Taouy « La Vie des Deux-Terres ». Selon l'allemand Hermann Kees, le nom de Bastet inclut la notion d'onguent et évoque l'activité du momificateur[102].

D'autres déesses, telles Hésat, Isis ou Nephtys apparaissent comme étant la mère d'Anubis. La mention de la vache primordiale Hésat, quoique implicite, est la plus ancienne et remonte au règne de Pépi II lorsqu'il est dit du roi qu'il monte au ciel sur une échelle consolidée par le cuir de l'imy-out enfanté par Hésat, ce fétiche étant une des formes du dieu Anubis (T.P.: §2080e). La vache Hésat a ensuite été assimilée à la vache Hathor, très souvent représentée en train d'allaiter le prince héritier, inpou en langue égyptienne[88].

La mention de la déesse Isis en tant que mère d'Anubis est très tardive, seuls deux documents font état de cette filiation, le Papyrus Jumilhac[n 9] et le Papyrus démotique magique de Londres et de Leyde[103]. Ces deux sources professent une similitude entre Horus et Anubis. D'après le dernier document, une compilation de formules magico-médicales datée du IIIe siècle de notre ère, Anubis se trouve en Syrie le jour où les mauvais dieux complotent contre la vie de son père Osiris. Isis appelle son fils Anubis à son secours mais, en cours de route, il est piqué par un scorpion. Isis guérit Anubis en lui appliquant de l'huile curative après lui avoir ordonné de lécher la plaie tel un chien blessé. Une mésaventure, presque similaire, est infligée au jeune Horus d'après le texte magique de la Stèle de Metternich. Isis réussi à guérir son fils après avoir poussé le vieux à révéler son nom secret, ce nom étant la plus puissante des formules magiques[n 10].

Fils adultérin d'Osiris [modifier]

Statuette de Nephtys
Statuette de Nephthys

La relation filiale d'Anubis avec le dieu solaire est attestée dès le Moyen Empire égyptien (chap. 908 des Textes des Sarcophages). Dans le cadre d'une conjuration magique sur l'eau, le Papyrus magique Harris daté de la fin de la période ramesside (XIIe siècle av. J.-C.), poursuit ce dire tout en affirmant d'abord la maternité de la déesse Nephtys, sœur d'Osiris, Isis et Seth:

« Autre formule: Ô âme ! Ô âme ! Moi, je suis Anubis, dieu de l'Orient, fils de Nephtys ! - (dire quatre fois).
Autre formule: Côté droit ! Côté gauche ! Moi, je suis Anubis, dieu de l'Orient, fils de Rê ! - (dire quatre fois). »

— Extrait du Papyrus magique Harris (7/7-7/8). D'après la traduction de François Lexa[104].

Cette citation est la seule affirmation égyptienne de la maternité de Nephtys sur Anubis avant la rédaction du traité Isis et Osiris, le premier récit continu du mythe osirien, par le philosophe grec Plutarque (vers 110-120 de notre ère) qui fait d'Anubis le fils issu de la relation adultérine entre Nephtys et Osiris, cette relation (pudiquement présenté sous la forme d'une méprise) étant la cause de la fureur de Seth et du meurtre par lui de son frère Osiris[105]:

« Isis apprit ensuite qu'Osiris amoureux avait eu, par méprise, en la prenant pour Isis elle-même, commerce avec Nephtys sa sœur. Ayant trouvé dans la couronne de mélilot qu'Osiris avait laissé auprès de Nephtys, un témoignage évident de leur union, Isis se mit à rechercher l'enfant que la mère, dans la crainte de Typhon, avait exposé tout aussitôt après lui avoir donné le jour. Isis conduite par des chiens, le retrouva difficilement et à grand'peine. Elle se chargea de le nourrir, et cet enfant, répondant au nom d'Anoubis, devint son accompagnateur et son gardien. On le dit préposé à la garde des dieux, comme les chiens le sont à la garde des hommes. »

— Plutarque, Isis et Osiris (extrait du §14), traduction de Mario Meunier[106].

Anubis, le rassembleur des membres d'Osiris [modifier]

photographie des berges herbeuses du Nil
Berges du Nil

Le mythe d'Osiris a donné lieu a de nombreuses variantes locales, parfois contradictoires entre elles, les prêtres ayant pour habitude de placer les épisodes centraux de ce mythe national dans leur périmètre régional. Le Papyrus Jumilhac, rédigé à l'époque gréco-romaine, même en se concentrant sur les légendes anubiennes ayant cours dans les XVIIe et XVIIIe nomes de Haute-Egypte n'est pas exempt de contradictions. L'auteur de cette compilation religieuse place successivement la découverte de la tête d'Osiris par Anubis dans les montagnes proches d'Abydos dans le VIIIe nome de Haute-Égypte (III.19-IV.4) puis dans les marais de Nedjit dans le IXe nome de Basse-Égypte (X.20 à XI.14). Ce dernier passage fournit avec quatre autres mentions[n 11] l'origine légendaire du rituel de l'ouverture de la bouche et de la pratique annuelle de façonner des statues d'Osiris en argile lors du mois de Khoiak[107]. Le dieu Seth après avoir assassiné son frère Osiris, maquille son crime en dépeçant le corps de la victime et en dispersant les membres. Anubis part à la recherche des lambeaux et trouve la tête à Nedjit, un banc de sable situé près de la ville d'Andjéty (Bousiris). La tête est ensuite transportée vers la nécropole de Cynopolis (Hardaï) soit par Anubis lui-même transformé en Horus sous la forme d'un faucon soit par les quatre Fils d'Horus. Pour retrouver les autres membres d'Osiris, Anubis et Thot se mettent à réfléchir. Le dernier finit par trouver une solution en ensorcelant la tête, le but étant de faire parler l'esprit d'Osiris. Mais pour ce faire, la tête doit disposer d'un corps de substitution en glaise. Après de nombreuses paroles magiques, la tête du dieu mort révèle finalement l'emplacement des autres membres et Anubis se rend aussitôt vers les lieux qu'elle lui a indiqué. Pour transporter plus facilement les membres, Anubis fabrique un récipient imy-out, probablement sous la forme d'une corbeille en papyrus. De retour à Hardaï, Anubis momifie le corps d'Osiris et dépose la dépouille dans un caveau funéraire afin de le soustraire à la furie de Seth[108]:

« Anubis alla pour chercher son père Osiris, sur la butte des papyrus, sur ce banc de sable de Nedjit, à côté d’Andjty, après que le grand naufrage (?) eut lieu dans ce pays. Il trouva la tête auguste de son père sur la colline, trouvé manquant : tout son corps. Son fils Anubis se transforma en faucon, il la mit entre ses bras, il vola avec elle aux confins de l’horizon, il atteignit Hardaï, (plus précisément) la nécropole qui est là. Or, Thot était avec lui. Ils réfléchissaient vigoureusement. Ils apportèrent de l’argile pure du lac en ce lieu, sur le côté ouest de la nécropole. Une statuette fut dressée debout, sa (partie) manquante étant en terre, après qu’il (Anubis ou Thot ?) eut réuni la tête de son père avec sa poitrine. Elle (i.e. la tête) fut ensorcelée par Thot grâce à de nombreuses incantations, pour lui (la tête ou Osiris ?) faire révéler le(s) lieu(x) où se trouvaient ses membres. Et ce dieu [tint conseil avec eux] et les (i.e. les membres) indiqua dans le Double-pays, les déserts à tribord (i.e. à l’ouest) et à bâbord (i.e. à l’est), et les îles de la Grande-verte. Son fils Anubis alla les chercher. Il les trouva dans le(s) lieu(x) qu’il avait divulgué(s) pour eux. Puis, il arracha des tiges de papyrus et les lia comme cette image : (imy-out). Il y réunit les membres du dieu et les mit sur son épaule jusqu’au sanctuaire - out. Il les déposa en ce lieu, il les cacha dans la chambre auguste, après qu’il les eut rappareillés dans le coffre mystérieux. »

— Extrait du Papyrus Jumilhac (X.20 à XI.14), traduction de Sandra L. Lippert[109].

Embaumement [modifier]

Article principal : momification.

Préservation des corps [modifier]

photographie d'une momie au musée du Louvre

Dès le début du IIIe millénaire av. J.‑C., les Égyptiens se sont attachés à préserver les corps de leurs morts. Les premiers essais ne concernent d'abord que la famille royale (la plus ancienne momie royale à avoir été retrouvé est celle du roi Mérenrê Ier) et la méthode employée est très rudimentaire. Les corps sont enveloppés dans des linges gorgés de résine ou de plâtre et le visage est peint sur la toile (entre 2600 et 2100 av. J.-C.). L'éviscération abdominale commence à être pratiquée dans les débuts de la IVe dynastie, sur le corps de la reine Hétep-Hérès Ire par exemple, mais est loin d'être systématique[110]. Les techniques commencent à être plus efficaces à partir du Moyen Empire. L'éviscération devient habituelle sous la XIIe dynastie (entre 1990 et 1784 av. J.-C.) comme en témoigne la présence de vases canopes dans les tombes pour recueillir les viscères momifiées. À partir de la seconde moitié du IIe millénaire av. J.‑C., la momification atteint son meilleur niveau[111]. Sous le Nouvel Empire et à la Basse Époque, la momification de la dépouille mortelle d'un personnage de haut rang (roi, noble, grand-prêtre) ou d'un animal sacré comme le taureau Apis s'étale sur une durée de soixante-dix jours. Le jour du décès, la famille confie le corps aux embaumeurs qui le placent dans la « Tente de purification » pour le laver et l'oindre. Durant quatre jours, la famille est astreinte à un jeûne strict. Le cinquième jour après le décès, le corps est placé dans la ouâbet, la « place de l'embaumement »[112] :

« La longueur de sa vie sur terre fut de soixante deux ans, cinq mois et quatorze jours, quand il fut placé dans la salle de purification (ouâbet) à la charge des mains d'Anubis. Il fut fait pour lui tout ce qui doit être fait pour chaque grand personnage décédé. Il passa soixante-dix jours dans la Belle Maison (per nefer: lieu où étaient momifiés les cadavres). Il fut content d'être un Bienheureux (imakh) et fut tiré dans sa maison d'éternité, y restant pour toujours »

— Texte gravé sur un statue d'Osiris, Karnak, XXIe dynastie[113].

Processus [modifier]

L'entrée du défunt dans la ouâbet, marque pour la famille le début d'une période de soixante-dix jours de deuil marqué par un jeûne constitué de maigres repas de pain, d'eau et de légumes cuits. Le matin de cette journée l'abdomen du mort est incisé au flanc gauche pour permettre à son âme- de monter au ciel[114]. Le corps est ensuite éviscéré :

« Cet auguste défunt devra être couché sur le flanc droit, sur de la paille de blé. La partie gauche de l'abdomen sera incisée puis seront enlevés le fois, la rate, les poumons et ce qui reste à l'intérieur du ventre. Le coupeur. C'est lui qui fera le traitement dans la place de l'embaumement (ouâbet) »

— Extrait du Papyrus médical du Louvre E.32847. Traduction de Thierry Bardinet[115]

photographie de quatre vases canopes
vases canopes au nom de Ramsès II, Musée du Louvre

Durant quinze jours, le corps est desséché par un salage au natron. La dernière nuit de cette période, le corps est placé dans un bain de résine sefet afin que toutes les parties du corps en soient imprégnées. Le sefet est probablement un onguent à base d'huile de lin car cette substance a la propriété de se solidifier au bout de quelque temps. Durant les trente-quatre jours qui suivent, la dépouille est entourées par une sorte de coque imperméable constituée d'une douzaine de couches de bandelettes collantes imprégnées dans une solution chaude de graisse de bœuf, d'huile sefet, d'encens et de cire, à raison d'une couche tous les quatre jours, chaque nouvelle couche devant d'abord sécher durant deux jours. La momie continue à sécher pendant encore une vingtaine de jours durant lesquels elle continue à être habillée par un entrelacement de bandelettes et d'amulettes protectrices[116]. Le soixante-dixième jour, la momification est achevée et le corps est de nouveau déposé dans la « Tente de purification », où il subit le rituel de l'ouverture de la bouche, une opération magico-funéraire destinée à rendre les cinq sens au défunt. Le jour suivant, le corps est déposé en procession dans le caveau funéraire, son lieu de repos éternel[117].

Rituel codifié [modifier]

La momification du corps n'est pas qu'une simple technique de préservation. Son but est de transfigurer la dépouille mortelle en un corps glorieux et éternel assimilé à Osiris, ce dieu étant le premier mortel à avoir bénéficié de ce rituel de revivification. Le rituel de l'embaumement n'est plus connu dans son ensemble mais deux manuscrits, le Papyrus no 5158 du Louvre et le Papyrus no 3 de Boulaq permettent d'en appréhender une partie. Ces deux documents sont datés de la première moitié du Ier siècle de notre ère, mais il s'agit vraisemblablement de copies d'un texte rédigé au Nouvel Empire. Le document originel se présentait à la manière d'un manuel subdivisé en paragraphes. Le début est malheureusement perdu et seuls les onze dernières étapes du procédé nous sont parvenues. Chaque paragraphe est subdivisé en deux parties, la première traite des manipulations opérées sur le corps (massage, onction, emballement) tandis que la seconde expose les paroles liturgiques à prononcer avant, durant ou après les gestes techniques. Ce rituel funéraire est toutefois bien plus ancien ; les plus anciennes allusions à ce sujet remontent à l'Ancien Empire et figurent sur les murs de la pyramide à textes du roi Pépi Ier de la VIe dynastie. De brèves mentions figurent aussi dans les Textes des Sarcophages et dans les exemplaires du Livre des Morts[118]:

« Qu'elles [Isis et Nephtys] empêchent que tu te décomposes selon ce nom qui est tien d'Anubis ! Qu'elles empêchent que ta putréfaction ne s'écoule à terre selon ce nom qui est tien de Chacal de Haute Égypte ! Qu'elles empêchent que l'odeur de ton cadavre ne devienne mauvaise selon ce nom qui est tien de "Horus de Shat" ! Qu'elles empêchent que ne se putréfie Horus Oriental ! Qu'elles empêchent que ne se putréfie Horus de la Douat ! Qu'elles empêchent que ne se putréfie Horus, le Maître du Double Pays ! »

— Allusion à la momification du roi Pépi II (VIe dynastie). Traduction de Claude Carrier[119]

Revivification [modifier]

Retour à la vie [modifier]

Conte des Deux Frères [modifier]

Anubis et Bata [modifier]

Le Conte des Deux Frères, découvert en 1852 et rédigé à l'occasion de l'accession au trône du jeune roi Séthi II à la fin du XIIe siècle av. J.-C. est l'un des textes de l'Égypte ancienne les plus traduit et commenté qui soit[120]. Sa nature exacte n'est cependant pas encore bien déterminée. Ses premiers traducteurs, Emmanuel de Rougé (1811-1872) et Auguste Mariette (1821-1881) ont pensé qu'il s'agit d'un conte. Depuis, l'opinion générale parmi les égyptologues est d'être en présence d'une œuvre littéraire chargée de données mythologiques[121]. En 2003, Wolfgang Wettengel[122] y voit un mythe politique destiner à expliquer, dans une période de crise successorale et de migration sémitique, l'origine divine et séthienne de la lignée de Ramses II, les dieux Seth et Baal se cachant sous les traits de Bata, un berger devenu roi avec l'aide d'Anubis[123]. En 2011, sur la base d'une comparaison avec les données consignées dans le Papyrus Jumilhac, Frédéric Servajean estime que cette histoire est une sorte de mythe qui camoufle les relations conflictuelles entre les clergés des XVIIe et XVIIIe nomes de Haute-Égypte, la frontière de ces deux régions étant très fluctuante. Les deux principaux personnages sont en effet les frères Anubis et Bata, chaque divinité étant la figure emblématique de l'un des deux nomes rivaux[124].

Bata et ses multiples vies [modifier]

Les deux frères mènent d'abord une existence paisible mais entrent en conflit le jour où la femme du premier tente de séduire le second. Bata refuse les avances de la séductrice. Anubis, furieux, tente d'assassiner son cadet, mais en vain. Le lendemain, les deux frères s'expliquent et Anubis reconnaît s'être emporté à tort. Pourtant, les frères se séparent. Anubis rentre chez lui et tue son épouse infidèle. Bata, bouleversé par cette mésaventure incestueuse, se châtre et décide de quitter l'Égypte pour la « Vallée du Pin parasol », située probablement dans l'actuel Liban[125]. Il mène quelque temps une vie solitaire, se construit une demeure sous le plus grand des pins parasol et survit grâce aux produits de ses chasses quotidiennes. Pris de pitié, l'Ennéade lui fabrique une magnifique compagne. Lorsque Pharaon apprend l'existence de cette déesse, il monte une armée, enlève la femme et trouve le moyen de tuer Bata en suivant les consignes de la déesse, cette dernière ayant choisi de trahir Bata. Chez lui, Anubis apprend la mort de Bata par l'entremise d'intersignes (vin aigre et bière rance). Il accourt aussitôt auprès de la dépouille de frère et s'active à le faire revivre en lui faisant boire son cœur placé dans un bol d'eau fraîche[n 12]. Ayant recouvré la vie, Bata se transforme en taureau et retourne en Égypte guidé par Anubis. Offert en cadeau à Pharaon, le taureau Bata se présente devant sa compagne qui, entre temps, est devenu la concubine préférée de Pharaon. Prise de terreur, la déesse supplie Pharaon de sacrifier le taureau aux dieux. Pharaon cède à cette demande mais deux gouttes du sang de Bata éclaboussent les montants d'un portail et donnent naissance à deux magnifiques perséas. La déesse, sachant qu'il s'agit de Bata demande à Pharaon de les faire abattre afin d'en faire des meubles. Lors de la coupe, un copeau s'envole et finit dans la bouche de la déesse. Ayant avalé l'esprit de Bata, la déesse se trouve ainsi enceinte de lui et lui redonne naissance tant que prince héritier. À la mort de Pharaon, Bata lui succède et fait traduire en justice la déesse traîtresse. Il règne sur le pays durant trente années, et, au bout de ce temps de vie humaine, il meurt et rejoint le ciel, non sans avoir fait d'Anubis son successeur légitime[126].

Boire son cœur [modifier]

Anubis et une momie
Anubis fait boire le cœur-haty à la momie de Inerkhaou (T.T. 359)

À la mort d'un individu, le cadavre, l'âme-Ba, le Ka, l'ombre-shout et le cœur se séparent et deviennent indépendant. Dans le mythe osirien, cette séparation des organes physiques et des éléments immatériels (Ba, Ka, prénom) est symbolisée par le dépeçage du corps d'Osiris par Seth[127]. Concernant le cœur, il s'agit de bien distinguer le muscle cardiaque-haty des autres organes internes (foie, poumons, intestins, vaisseaux sanguins, ligaments, sang, lymphes, etc.) désignés par le terme générique de cœur-ib[n 13], le second étant dirigé et soumis par les pulsations du premier qui est aussi le siège des sentiments et de la conscience individuelle. La vieillesse est le symptôme d'une fatigue du cœur-haty tandis que la mort est le résultat de sa disparition, c'est-à-dire de l'arrêt de sa « danse » pulsative. Par conséquent, de nombreuses divinités, Nout par exemple, sont invoquées afin d'aider le mort à retrouver son cœur[128]. Ce souhait est plus particulièrement lié à la momification et Anubis joue un grand rôle dans sa réintégration dans le corps. Une scène de la tombe thébaine de Inerkhaou (T.T. 359) montre Anubis, un bol à la main, debout devant la momie, en train de faire boire le cœur-haty au défunt[129]. Plusieurs vignettes illustrant le chapitre 26 du Livre des Morts font de même, l'objectif de la formule magique étant de « Rendre son cœur-haty (au défunt) dans le Netjer Kheret (nécropole) »[130]. Ce geste est explicité dans le Conte des deux frères (XIXe dynastie) lorsque Anubis tire son frère Bata du sommeil de la mort en lui faisant boire son cœur disparu :

« Alors [Anubis] pleura, en voyant son frère cadet gisant sans vie. Il alla sous le pin pour chercher le cœur de son cadet, le pin sous lequel Bata avait coutume de s'allonger durant le jour. (...) Et voilà qu'il trouva une graine, et s'arrêta alors, en la portant ; c'était le cœur de son frère cadet. Il amena un bol d'eau fraîche, il l'y jeta, et s'assit selon sa coutume quotidienne. Après que la nuit fut venue, et que le cœur eut absorbé l'eau, Bata se mit à trembler en tout son corps ; il advint alors qu'il put apercevoir son frère aîné, tandis que son cœur était encore dans le bol. [Anubis] saisit le bol d'eau fraîche où reposait le cœur de son cadet, et le fit boire à celui-ci. Et le cœur se tint (à nouveau) à sa place ; Bata redevint comme il avait été. »

— Extraits du Conte des deux frères, traduction de Claire Lalouette[131]

L'embaumement ou fin d'une maladie [modifier]

D'après les papyrus médicaux, la maladie est un dérèglement du ib et tout acte médical doit viser à rétablir l'état initial d'équilibre. Certains textes suggèrent même que le ib est un dieu ou un endroit habité par un dieu, en fait un souffle vital d'origine divine. Ce souffle se mêle au sang et aux lymphes et leurs interactions animent le corps. La mort est une destruction totale du ib et le but des rituels funéraires est de le restaurer et de le rendre au défunt. Durant l'embaumement, les organes internes (ib) sont retirés du corps puis placés dans quatre vases canopes placés sous le patronage des quatre Fils d'Horus. Le cœur-haty est laissé à sa place afin de garantir au défunt sa personnalité. Quand la momie est placée dans le caveau funéraire, les quatre vases canopes sont placées près d'elle. L'intervention d'Anubis permet au défunt de retrouver son unité en se penchant sur lui :

fresque de la tombe de Sennedjem
Anubis penché sur le cœur de la momie de Senndejem

« Paroles dites par Anubis qui préside à la salle de l'embaumement : « Si je suis venu au dessus de toi, (ô) Osiris dessinateur Pached, juste de voix, c'est parce que j'ai replacé ton ib à sa place. Ton ventre est ainsi rempli et puissant grâce à l'huile divine et à l'onguent d'Osiris » (...) »

— Tombe thébaine de Pached (T.T. 323), d'après la traduction de Fr. Servajean[132]

Dans le chapitre 151 du Livre des Morts ce même discours est mis dans la bouche de Qebehsenouf, l'un des quatre Fils d'Horus. Toutefois, dans l'exemplaire du défunt Qenna, conservé par le Musée de Leyde, Anubis invite le défunt à se rendre dans la « maison des cœurs » afin d'y chercher ses organes et de les remettre en place, dans le ventre:

« Tu entres dans la maison des cœurs-ib et dans la place remplie de cœurs-haty, tu prends le tien et le mets à sa place. Ta main n'est pas détournée, ton pied n'est pas dévié de sa marche, tu ne vas pas la tête en bas, tu marches debout. »

— Extrait du chap. 151 du Livre des Morts de Qenna, d'après une traduction de Jan Assmann[133].

Ouverture de la bouche [modifier]

Rituel de vivification [modifier]

procession funéraire
Procession funèbre de Hounéfer

Après soixante-dix jours de momification, le corps sort de la salle d'embaumement tel un nouvel Osiris. La nuit avant la mise au tombeau se déroulent douze heures de veilles où sont invoqués les dieux assignés à la garde de la momie d'Osiris afin qu'ils préservent aussi la momie du défunt des assauts de Seth. Avec forces lamentations poétiques, les Deux Sœurs (Isis et Nephtys) figurées par des prêtresses appellent l'âme Ba à se poser sur le corps momifié. Le défunt est ensuite glorifié et justifié dans une mise en scène lithurgique du jugement des morts, cette accession au statut d'ancêtre-Akh étant illustrée dans Livre des Morts par les chapitres 30 et 125[134].

Le cérémoniel de l'Ouverture de la bouche s'est mis en place durant les Ire et IIe dynasties puis à perduré tout au long de l'histoire de l'Égypte antique. À l'origine, il s'agissait pour un fils d'aller chez des artisans afin de leur faire confectionner, sur ses directives, une statue de son père décédé dans le cadre du culte rendu au Ka (esprit familial qui se transmet de père en fils). La statue était ensuite inaugurée par des prêtres, sans doute lors de la taille du visage, pour qu'elle puisse passer de l'inertie de la pierre au stade d'image cultuelle propice à recevoir les offrandes funéraires. Avec l'amélioration des techniques de momification au cours de l'Ancien Empire, le rituel s'est ensuite attaché aux corps momifiés[135]. Les premières représentations détaillées du cérémonial ne remontent toutefois qu'au Nouvel Empire et figurent surtout dans les tombes des dignitaires thébains[136].

Seth ou le meurtrier sacrifié [modifier]

Le jour de la mise au tombeau, la momie est déposée sur une civière, placée sur un traineau tiré par des bœufs blancs, et menée en procession vers la tombe. Les vases canopes, déposés dans un coffre et placés sous la protection d'une statue d'Anubis couché, suivent le cortège sur un traineau halé par un groupe d'hommes. Un prêtre ouvre le chemin en faisant des libations de lait suivi de près par un groupe de pleureuses professionnelles, deux d'entre-elles endossant les rôles d'Isis et de Nephtys. Devant la tombe, vers midi et tournée vers le soleil[137], la momie bénéficie du rituel de l'Ouverture de la bouche par Horus représenté par le prêtre-Sem vêtu de sa traditionnelle peau de panthère. Son principal assistant est le prêtre-lecteur (perruque à mèches et étole croisée sur la poitrine), représentant de Thot, auquel se joint, durant les offrandes, le prêtre-out « l'embaumeur », figuré au Nouvel Empire sous les traits d'un homme au masque d'Anubis[n 14]. Ce dernier soutient la momie, tenue dressée devant l'entrée de la tombe, en l'enserrant dans ses bras[138].

cérémonie de l'ouverture de la bouche
Rituel de l'Ouverture de la bouche de Hounéfer

Le geste cultuel le plus important est l'abattage du taureau-nag, le bovidé étant le substitut du dieu Seth, l'assassin d'Osiris et par voie d'assimilation, le responsable de la mort du défunt[139]. Une patte avant du taurillon est coupée par un boucher. En courant, un prêtre porte le cuisseau encore palpitant de vie à la bouche de la momie. Ce geste est suivi par la présentation du cœur de l'animal. Cet abattage ne vise pas à alimenter la momie mais à l'animer en transmettant la force vitale du jeune bovidé vers le défunt[140]. Après cela, des gestes rituels mettent en contact la bouche, les yeux et les oreilles de la momie avec de nombreux objets lithurgiques inspirés par les outils des sculpteurs (herminettes, ciseaux, polissoirs, etc.). Dans la tombe thébaine de Pairy (T.T.139), il est par exemple question de l'herminette-noua d'Anubis, un outil de menuisier-charpentier formé d'un manche à double courbure en un bois exotique rouge et d'une lame à large tranchant[141]. Tous ces gestes, sacrifices et passes magiques, sont dédoublés ; la première fois pour la Haute-Égypte, la seconde fois pour la Basse-Égypte[142]. À la fin, la momie est placée dans son tombeau et commence à bénéficier du service des offrandes funéraires[143].

Combats contre Seth [modifier]

Prêtre égyptien avec une peau de panthère sur l'épaule
Revêtu d'une peau de panthère, le roi Séthi Ier endosse le rôle de prêtre funéraire de son père Ramses Ier.

Le début du Papyrus Jumilhac expose une série d'affrontements mythiques autour de la tombe du dieu Osiris. Un des épisodes, sur la base de jeux de mots, d'assonances et d'allitérations, raconte l'origine fabuleuse du prêtre funéraire Sem (ou Setem) et de son habit cérémoniel qui consiste en une peau de léopard. À l'origine, le prêtre Sem était un membre du clergé de Ptah à Memphis chargé de l'habillage des statues divines. Il tenait aussi le rôle de l'héritier royal lors des cérémonies funèbres royales. Cet officiant est aussi devenu le chef du clergé de Sokaris, le dieu faucon momifié, une divinité funéraire très tôt assimilée à Osiris. À travers cette fonction, le Sem est devenu un des principaux acteurs du rituel de l'ouverture de la bouche pratiqué sur les défunts momifiés le jour de la mise au tombeau[144].

Assigné à la protection de son père défunt, Anubis et ses fidèles mettent tout en œuvre afin de protéger la dépouille momifiée des assauts malfaisants de Seth et de ses complices. Seth trompe la vigilance des gardiens de la crypte en prenant l'apparence d'Anubis et parvient ainsi à s'approcher au plus près du corps d'Osiris. Il réussit à dérober un des vases funéraires contenant les entrailles d'Osiris puis s'enfuit. Mais Horus et Anubis se mettent à le poursuivre. Ils réussissent à le capturer et à le traduire en justice devant le tribunal de Rê. Seth est reconnu coupable mais il réussit à s'évader en emportant avec lui son précieux butin. Il trouve refuge dans le désert dans un oued mais il est très vite repéré par Horus qui réussit à lui reprendre le vase et à le déposer dans une crypte surmontée d'une colline sacrée et sous la protection d'un serpent. Transformé en léopard, Seth tente une nouvelle attaque. Anubis parvient à capturer son ennemi et, en l'honneur de Rê, jette son corps dans un feu en tant qu'animal sacrificiel[145]:

« Puis Anubis coupa la peau de Seth, le dépeça et mit cette peau sur son dos. Puis il entra dans la Chambre Pure d'Osiris, afin de faire des libations pour son père disant: « Seth est là. » (Depuis) on appelle Setem le prêtre pur de ce dieu, à cause de cela. Anubis, ensuite apposa sur Seth sa marque au fer rouge, qui demeura jusqu'à ce jour. Le prêtre Sem, porte sur lui une peau de panthère, à cause de cela aussi, jusqu'à aujourd'hui[n 15]. »

— Papyrus Jumilhac (II, 11-15), traduction de Claire Lalouette[146].

Herminette d'Anubis [modifier]

Anubis sur une fresque d'une tombe thébaine
Anubis ouvrant la bouche à la momie de Nakhtamon (Tombe Thébaine 335).

Le but du rituel de l'Ouverture de la bouche est de faire retrouver au défunt l'usage de ses sens et de sa capacité de mouvement. Quelques passages du Livre des Respirations vont dans ce sens[147]. Les exemplaires de ce document funéraire sont surtout attestés dans la région thébaine et sont très tardifs (deux premiers siècles de notre ère) même si une légende datée du règne de l'empereur Auguste fait remonter leurs origines à la XXVIe dynastie[148]:

« (...) ta chair adhère à tes os selon la forme qui était tienne quand tu étais sur terre. Tu bois avec ton gosier, tu manges avec ta bouche, tu reçois les offrandes en même temps que les baïs des dieux. Anubis te protège, il assure que tu ne sois pas repoussé aux entrées de la Douât. Thoth (...) a rédigé pour toi un document de respiration, de ses propres doigts, et ton baï respire pour toujours. (...) [ Oupouaout ] t'ouvre le bon chemin ! Tu vois avec tes yeux, tu entends avec tes oreilles, tu parles avec ta bouche, tu marches avec tes jambes, ton baï est divin dans la Douât, accomplissant n'importe quelle transformation, selon son désir. (...) »

— Livre des Respirations, extraits des §§ V-VI, trad. de Jean-Claude Goyon.

Le prêtre-Sem est le principal officiant du rituel de l'Ouverture de la bouche. Dans les tombes thébaines des ouvriers de Deir el-Médineh, chargés de creuser et de décorer les tombeaux royaux du Nouvel Empire, ce rôle est souvent attribué à Anubis en personne. On voit par exemple, dans la tombe de Neben-Maât (TT335) ou dans celle de Nakhtamon (TT335), le dieu Anubis penché sur la momie, une herminette à la main, en train de pratiquer ce rituel de revivification[149]. Un cercueil découvert dans la nécropole de ce même village relie le dieu à la fonction de ritualiste des défunts en affirmant qu'Anubis est le prêtre-lecteur en chef (shery-heb tepy) de la Place de Vérité[n 16] et selon le Papyrus Jumilhac, Anubis a pris la forme du prêtre-Sem pour ouvrir la bouche de son père Osiris afin de le protéger. Anubis procède au rituel en utilisant l'herminette-nou, parfois désignée à partir du métal-bia (cuivre) dont elle est faite. Le dieu Anubis a détaché ce métal du ciel et l'a donné au dieu funéraire Sokaris de Memphis, connu par ailleurs pour ses talents de forgeron:

« Le bia a été détaché du ciel par Anubis. Le bia est descendu. L'Occident est ouvert: c'est ce bia qui est posé sur ma bouche, (ce bia) que Sokaris a rendu efficient dans Héliopolis et qui purifie ma bouche. »

— Extrait du chapitre 816 des Textes des Sarcophages, traduction de Jean-Claude Grenier[150].

Ancestralisation [modifier]

Juge du tribunal des morts [modifier]

Premières attestations [modifier]

Ruines de la pyramide de Pépi 2
Vestiges de la pyramide de Pépi II

Durant toute l'histoire de l'Égypte pharaonique, Anubis est considéré comme un dieu impliqué dans le jugements des morts. La plus ancienne mention d'une association d'Anubis à un quelconque tribunal apparaît vers la fin de l'Ancien Empire lorsque les dieux Thot et Anubis sont conjointement honorés du titre de ser djadjat c'est-à-dire de « magistrat du tribunal ». Cette mention se trouve gravée sur la paroi méridionale du vestibule de la pyramide de Mérenrê Ier (vers 2555 av. J.-C.). Le même texte figure ensuite chez Pépi II, son successeur, dans le vestibule de sa pyramide. Ces deux modestes monuments, situés à Saqqarah et culminant respectivement à 52 et 79 mètres de haut à l'origine, sont aujourd'hui fortement ruinés et réduits à l'état de collines informes[151]:

« (Si) la terre te parle, c'est qu'est ouverte pour toi la porte d'Aker (et) que sont ouverts pour toi les deux vantaux de la porte de Geb (afin) que tu puisses sortir à la voix quand [il te] glorifie tel Thot (et) tel Anubis le magistrat du tribunal. Puisses-tu juger quand tu t'appuyes sur la Double Ennéade qui se trouve entre les deux sceptres-sekhem avec ce pouvoir-akh qui est tien dont les dieux ont commandé que ce soit pour toi ! »

— Extrait des Textes des Pyramides (§§.1713a-1714b), traduction de Claude Carrier[152].

Pesée du cœur [modifier]

À partir du Nouvel Empire, Anubis apparaît très clairement comme l'un des magistrats attachés au tribunal divin d'Osiris dans la « Salle des Deux-Maât ». Les illustrations des chapitres 30B et 125 du Livre des Morts dépeignent le dieu Anubis en train de contrôler une grande balance constituée d'un fléau aux bouts duquel sont suspendu deux plateaux[153]. Le cœur du défunt est placé sur l'un des plateaux et son poids est jaugé par rapport à une plume d'autruche placée sur l'autre plateau. Le poids du cœur est constitué par les multiples errements et fautes du défunt, ses mauvaises actions ne devant pas peser plus lourd que la plume qui symbolise la déesse Maât, la déesse Vérité-Justice. Dans certains cas, le défunt demande expressément à Anubis de maintenir l'équilibre de la pesée: « Celui qui est dans la tombe dit: je te prie, ô peseur d'équité (Maât), fais que la balance reste stable »[154]. D'après le chapitre 335 des Textes des Sarcophages, la peur d'un verdict défavorable de la part d'Anubis est déjà connue durant le Moyen Empire lorsque le défunt implore le dieu créateur Rê de le sauver du « dieu aux formes mystérieuses, dont les sourcils sont les deux bras de la balance, cette nuit où l'on examine le malfaiteur ». Ce texte funéraire est ensuite connu comme étant le chapitre 17 du Livre des Morts. Dans ce dernier corpus, une glose ajoute que cette mystérieuse divinité se dénomme Inâef « Celui qui produit son bras », en fait un surnom d'Anubis lorsqu'il lève son bras pour arrêter les oscillations du fléau de la balance (il est à remarquer que dès le paragraphe 896a des Textes des Pyramides, Anubis est qualifié de dieu aux formes mystérieuses)[155].

Pesée du cœur d'Ani dans le tribunal des dieux

Un conte de l'époque ptolémaïque, la trilogie des Tribulations de Setni-Khaemouas met en scène le prince Khâemouaset, le quatrième fils de Ramsès II et grand-prêtre de Ptah à Memphis ; sa sagesse ayant fait de lui un personnage légendaire et un magicien de talent. Lors de sa deuxième aventure, le prince descend dans les Enfers guidé par son jeune fils, le prodigieux Sa-Ousir. Après avoir traversé six salles de tortures, les deux voyageurs arrivent dans le tribunal d'Osiris[156]:

« (...) Setni put contempler la forme cachée cachée d'Osiris, le grand dieu, siégeant sur un trône d'or fin, couronné de l'atef ; Anubis, le grand dieu, était à sa gauche, le grand dieu Thoth à sa droite, et les divinités constituant le tribunal du monde des morts se tenaient (de part et d'autre) à gauche et à droite. la balance était placée au centre (de la salle), devant eux, et ils pesaient les méfaits face aux bonnes actions ; Thoth, le dieu grand en tenait le registre, tandis qu'Anubis informait son collège. L'homme dont les méfaits étaient trouvés plus nombreux que les bonnes actions était livré à la « Dévoreuse », qui dépendait du maître de l'au-delà ; son ba était à jamais arraché de son corps, et il ne lui était plus permis de respirer encore. Mais celui pour lequel les bonnes actions étaient jugées plus nombreuses que les méfaits, celui-là était admis au nombre des divinités qui constituent le tribunal du maître de l'au-delà, cependant que son ba montait jusqu'au ciel avec les esprits illustres. (...) »

— Extrait de la deuxième histoire des Tribulations des Setni-Khaemouas et de son fils Sa-Ousir, traduction de Claire Lalouette[157].

Annexes [modifier]

Bibliographie [modifier]

Généralités [modifier]

  • (fr) Peter A. Clayton (trad. Florence Maruéjol), Chronique des pharaons : L'histoire règne par règne des souverains et des dynasies de l'Égypte ancienne, Paris, Casterman, 1995, 224 p. (ISBN 2-203-23304-4) 
  • (fr) Christiane Desroches Noblecourt, La reine mystérieuse: Hatshepsout, Paris, GLM, 2002, 503 p. (ISBN 2-7028-7078-3) 
  • (fr) Christiane Desroches Noblecourt, Le fabuleux héritage de l'Égypte, Paris, Éditions SW-Télémaque, 2004, 319 p. (ISBN 2-286-00627-X) 

Hiéroglyphes [modifier]

  • (fr) Yvonne Bonnamy et Ashraf Sadek, Dictionnaire des hiéroglyphes, Arles, Actes Sud, 2010, 986 p. (ISBN 978-2-7427-8922-1) 

Mythologie [modifier]

  • (fr) Aude Gros de Beler, La mythologie égyptienne, Paris, Grand Livre du Mois, 1998, 133 p. (ISBN 2-7028-1107-8) 
  • (fr) Bernard Mathieu, « Mais qui est donc Osiris ? Ou la politique sous le linceul de la religion », ENIM 3, Montpellier, 2010, p. 77-107 [texte intégral] 
  • (fr) Lewis Spence et James Putman (Introduction) (trad. Françoise Ghin), Le grand livre illustré de la mythologie égyptienne [« The Illustrated Guide to Egyptian Mythology, London, 1996 »], Rome, Gremese, 1998, 144 p. 

Préhistoire du Sahara [modifier]

  • (fr) Alfred Muzzolini, « Masques et thériomorphes dans l'art rupestre du Sahara Central », Archéo-Nil, 1991, p. 17-42 + 13 figures [texte intégral] 
  • (fr) François Soleilhavoup, « À propos des masques et des visages rupestres du Sahara », Archéo-Nil, 1991, p. 43-58 + 39 figures [texte intégral] 
  • (fr) Axel et Anne-Michelle Van Albada, La montagne des hommes-chiens : Art rupestre du Messak libyen, Paris, Seuil, 2000, 139 p. (ISBN 2-02-032779-1) 

Cultes et croyances funéraires [modifier]

  • (fr) Jan Assmann (trad. Nathalie Baum), Mort et au-delà dans l'Égypte ancienne [« Tod und Jenseits im alten Ägypten »], Monaco, Éditions du Rocher, coll. « Champollion », 2003, 684 p. (ISBN 2-268-04358-4) 
  • (fr) Alain Charron, « Les canidés sacrés dans l'Égypte de la Basse Époque », Égypte, Afrique et Orient, vol. 23, 2001, p. 7-23 (ISSN 1276-9223) 
  • (fr) Thierry Bardinet, « Hérodote et le secret de l'embaumeur », « Parcourir l'éternité » Hommages à Jean Yoyotte, BREPOLS, vol. 156 « Bibliothèque de l'École des Hautes Études-Sciences religieuses », 2012, p. 59-82 (ISBN 978-2-503-54756-5) 
  • (fr) Françoise Dunand, « Des corps sortis du temps : Techniques de conservation des corps dans l'Égypte ancienne », La mort et l'immortalité. Encyclopédie des savoirs et des croyances, Bayard, 2004, p. 325-346 (ISBN 2-227-47134-4) 
  • (fr) Françoise Dunand et Roger Lichtenberg, « Anubis, Oupouaout et les autres », « Parcourir l'éternité » Hommages à Jean Yoyotte, BREPOLS, vol. 156 « Bibliothèque de l'École des Hautes Études-Sciences religieuses », 2012, p. 427-440 (ISBN 978-2-503-54756-5) 
  • (en) Terence DuQuesne, « Milk of the jackal: Some reflections on Hezat, Anubis and the imywt », Cahiers Caribéens d'Égyptologie, vol. 1, 2000, p. 53-60 
  • (en) Terence DuQuesne, The Jackal Divinities of Egypt I : From the Archaic Period to Dynasty X, Londres, Darengo, coll. « Oxfordshire Communications in Egyptology » (no VI), 2005, 566 p. (ISBN 1-871266-24-6) 
  • (fr) Anne-Sophie Peres (Rédactrice en chef), Les momies et leurs fascinants secrets, Éditions Atlas, coll. « Passion de l'Égypte », 2002, 125 p. (ISBN 2-7312-2615-3) 
  • (en) Linda Evans, « The Anubis animal: A behaviourial solution ? », Göttinger Miszellen, vol. 216, 2008, p. 17 à 24 (ISSN 0344-385-X) 
  • (fr) Isabelle Franco, Rites et croyances d'éternité, Paris, Grand Livre du Mois, 1993, 279 p. (ISBN 2-7028-0456-X) 
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  • (fr) Sandra L. Lippert, « L’étiologie de la fabrication des statuettes osiriennes au mois de Khoiak et le Rituel de l’ouverture de la bouche d’après le papyrus Jumilhac », ENIM 5, Montpellier, 2012, p. 215-255 [texte intégral] 
  • (fr) Anaïs Martin, « L’embaumeur est-il « out » ? », ENIM 5, Montpellier, 2012, p. 195-213 [texte intégral] 
  • (fr) Luc Pfirsch, « Sortir au jour : Le jugement des morts et l'accès à l'au-delà dans l'Égypte ancienne », La mort et l'immortalité. Encyclopédie des savoirs et des croyances, Bayard, 2004, p. 373-384 (ISBN 2-227-47134-4) 
  • (fr) Luc Pfirsch, « Le retour à la vie : Le mythe d'Osiris », La mort et l'immortalité. Encyclopédie des savoirs et des croyances, Bayard, 2004, p. 549-555 (ISBN 2-227-47134-4) 
  • (en) Joanna Popielska-Grzybowska, « Some Preliminary Remarks on Atum and Jackal in the Pyramid Texts », Göttinger Miszellen, Göttingen, vol. 173, 1999, p. 143-154 (ISSN 0344-385 X) 
  • (fr) Frédéric Servajean, « Le cycle du ba dans le Rituel de l'embaument P.Boulaq III, 8, 12-8, 16 », ENIM 2, Montpellier, 2009, p. 9-23 [texte intégral] 
  • (fr) Frédéric Servajean, « Le conte des Deux Frères (1). La jeune femme que les chiens n’aimaient pas », ENIM 4, Montpellier, 2011, p. 1-37 [texte intégral] 
  • (fr) Frédéric Servajean, « Le conte des Deux Frères (2). La La route de Phénicie », ENIM 4, Montpellier, 2011, p. 197-232 [texte intégral] 
  • (fr) Frédéric Servajean, « Atteindre le temps et l'éternité », CENIM 5, Montpellier, 2012, p. 699-717 (ISSN 2102-6637) 
  • (fr) Raymond Weill, « Le livre du « désespéré », le sens, l'intention et la composition littéraire de l'ouvrage », BIFAO 45, 1947, p. 89-154 (ISSN 0255-0962) 
  • (en) Harco Willems, « Anubis as a judge », Egyptian religion, the last thousand years : studies dedicated to the Memory of Jan Quagebeur / 1, Leuven/Louvain, vol. OLA 84-85, 1998, p. 719-744 (ISBN 90-429-0669-3) 

Traductions [modifier]

  • (fr) Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne : Tome III, Textes de la pyramide de Pépy II, Paris, Cybèle, 2010 (ISBN 978-2-915840-13-1), p. 1151 à 1813. 
  • (fr) Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne : Tome IV, Textes des pyramides de Mérenrê, d'Aba, de Neit, d'Ipout et d'Oudjebten, Paris, Cybèle, 2010 (ISBN 978-2-915840-14-8), p. 1819 à 2709. 
  • (fr) François Lexa, La magie dans l'Égypte antique de l'Ancien Empire jusqu'à l'époque copte, vol. II, Les textes magiques, Paris, Librairie orientaliste Paul Geuthner, 1925, 235 p. 
  • (fr) Alessandro Roccati, La littérature historique sous l'Ancien Empire égyptien, Paris, 1982, 320 p. (ISBN 2-204-01895-3) 
  • (de) Wolfgang Wettengel, Die Erzählung von den beiden Brüdern : Der Papyrus d'Orbiney und die Königsideologie des Ramessiden, Fribourg (Suisse) et Göttingen (Allemagne), coll. « OBO » (no 195), 2003, 213 p. (ISBN 3-7278-1441-1) 

Pseudo-science [modifier]

  • (en) Robert Temple et Olivia Temple, The Sphinx Mystery : The Forgotten Origine of the Sanctuary of Anubis, Rochester, Vermont, USA, Inner Traditions, 2009, 565 p. (ISBN 978-159477271-9) 

Conférence [modifier]

  • (fr) Youri Volokhine, « Colère et châtiment divins en Égypte ancienne : la question des maladies cutanées », Colloque interdisciplinaire 2012-2013, Chaire des Milieux Bibliques, Collège de France: Colères et repentirs divins, Paris, 24 avril 2013 [texte intégral] 

Notes [modifier]

  1. L'écriture hiéroglyphique ne restitue que les consonnes et quelques semi-voyelles, les voyelles sont absentes. La vocalisation exacte des mots égyptiens est par conséquent perdue (Betrò 1995, p. 19-22). La présence de la semi-voyelle -ou a fait dire à Pierre Lacau que la valeur phonétique de inpou est *einoupew (ou quelque chose de similaire), le théonyme devenant Ἄνουβις (Anoubis) en grec ancien (Livre I de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile par exemple) ou Άνουπις (Anoupis) ou Ένουβις (Enoubis), Anubis en latin et Anoup en copte. Pascal Vernus utilise le théonyme Anoubis dans son ouvrage Dieux de l'Égypte, Paris, 1998, (p. 185) le jugeant plus correct. Selon Terence DuQuesne, la prononciation égyptienne serait *yanoup (DuQuesne 2005, p. 80-81).
  2. Hiéroglyphes E15 et E16 de la Classification des hiéroglyphes de Gardiner.
  3. La lettre N remplace le nom du défunt.
  4. En 2009, Robert et Olivia Temple ont publié un ouvrage pseudo-scientifique intitulé The Sphinx Mystery, the forgotten origins of the sanctuary of Anubis dans lequel ils ont rapproché Anubis du Sphinx de Gizeh. Ces auteurs avancent qu'à l'origine, durant tout l'Ancien Empire, le Sphinx était une monumentale représentation du dieu Anubis taillée dans la roche. La tête aurait été détériorée durant les troubles de la Première Période Intermédiaire égyptienne, puis son visage actuel aurait été taillé durant le Moyen Empire pour représenter le pharaon Amenemhat II dans ce qui restait du cou de l'Anubis. Les auteurs s'appuient sur certaines évidences : la disproportion entre la tête et le corps du Sphinx, le corps à dos plat très différent du corps d'un lion tel qu'il est représenté traditionnellement dans l'Égypte antique et plus proche de celui d'un chien, la parfaite intégration du volume du Sphinx actuel dans l'enveloppe de l'Anubis sous forme canine, mis à l'échelle et toutes proportions gardées. Selon eux, les figurations géantes de chacals dans les mastabas princiers sont la confirmations de l'existence d'une gigantesque statue de chacal couché. Ils oublient cependant que dans ces mêmes tombeaux les propriétaires de ces lieux sont eux aussi figurés plus grand que nature tels des géants donnant des ordres à une foule d'humains. La taille des sarcophages indique pourtant qu'il s'agissait d'humains comme les autres... Plutôt que de lier Anubis au Sphinx, l'évidence voudrait qu'il faille lier les propriétaires aux figurations géantes d'Anubis chacal, cet animal étant une des manifestations des défunts dans l'au-delà (par exemple dans le chapitre 213 des Textes des Pyramides).
  5. Il s'agit en fait de deux équipes de sept gardiens.
  6. Le Papyrus Boulaq no 3 parle, sans doute fautivement, des Enfants de Khent-Aout. Les Enfants de Khenty-en-Irty (Haroëris en tant que dieu créateur) sont quatre divinités très souvent mis en parallèle avec les quatre Fils d'Horus, ils participent à la veillée funéraire d'Osiris, et participent à son embaumement
  7. Il est probable que l'épithète imy-out et le fétiche imy-out n'aient pas eut la même prononciation.
  8. La ville de Saka (ou Kasa) c'est-à-dire le « Dos du Taureau » est l'actuelle El Qis (El Kaïs) et se situe sur la rive gauche du Nil. La ville de Hardaï (Cynopolis), actuellement Ech-Cheikh Fadel, dédiée à Anubis se trouve presque en face, sur la rive droite (voir Servajean 2011, p. 23-26).
  9. À savoir les colonnes V,6 et VI,2, 5-6, 11-12, 14-16.
  10. La formule magique évoquant Anubis est destinée à guérir les piqures de scorpions. Une traduction en français se trouve dans Lexa 1925, p. 144-145. Concernant la piqure infligée à Horus, voir dans le même ouvrage la traduction de la Stèle de Metternich, p.78
  11. à savoir les passages des colonnes III,11-18 (texte du bas), IV.24-V.2, IX.6-9 et XI.19-22
  12. Un intersigne est un fait de la vie courante que l'on perçoit, par superstition, comme l'annonce d'un événement survenu loin de nous (Dictionnaire Petit Larousse, année 1965). Le pourrissement de ces deux boissons a été prédit par Bata à Anubis lors de leur séparation comme le signe annonciateur de sa mort. Lors de son arrivée dans la vallée du Pin parasol, Bata cache son cœur dans une pomme de pin au sommet du plus grand des arbres. Il confie ce secret d'immortalité à sa compagne. Mais cette dernière, pour se débarrasser de lui, révèle la chose à Pharaon son nouvel époux. Afin de tuer Bata, Pharaon ordonne à un corps expéditionnaire de couper l'arbre et de détruire le cœur. Ceci fait, Bata meurt sur le champ. Lorsque Anubis trouve Bata sur son lit de mort, il se met à rechercher le cœur durant trois années et ne le retrouve, sous la forme d'un pépin de raisin, qu'au début de la quatrième année (cf. section: Boire son cœur).
  13. Toutes les traductions modernes ne font pas ce distinguo et rendent indifféremment par le mot « cœur », le cœur-haty (muscle cardiaque) et le cœur-ib (tous les organes internes, cœur excepté) sans préciser duquel il s'agit. Sur cette question physiologique, voir Th. Bardinet, Les papyrus médicaux de l'Égypte pharaonique, Paris, Fayard, 1995 (rééd. 2001), p. 82. Cet auteur traduit la mot ib par « intérieur-ib ».
  14. Concernant le prêtre-out en tant que ritualiste du défunt durant l'Ancien Empire, voir Martin 2012 (ENIM 5).
  15. Ce mythe étiologique s'appuie sur une succession d'assonances. Il apparaît ici que le dieu Anubis créé la fonction sacerdotale Setem en faisant une libation sath et en prononçant la parole Setesh im « Seth est là ». Le mot aby « panthère » est rapproché des mots ba « peau de léopard », ouabet « place pur », ouab « prêtre pur » et abou « marquer au fer rouge ». Voir Lalouette 1987, p. 283.
  16. La Place de Vérité est le toponyme égyptien de Deir el-Médineh. Pour en savoir plus sur cette communauté d'artisans, voir Guillemette Andreu (directeur), Deir el-Médineh et la Vallée des Rois, Éditions Khéops, 2003 (Actes du colloque « La vie en Égypte au temps des pharaons du Nouvel Empire » des 3 et 4 mai 2002 du musée du Louvre).

Références [modifier]

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Lien externe [modifier]