Péplum
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sur le tournage de Julius Caesar
de David Bradley (1950)
Le péplum (mot latin peplum, emprunté au mot grec ancien πέπλος / péplos signifiant « tunique »), est l'un des genres du cinéma.
Si le premier film de ce genre (et le plus court, moins d'une minute) dans l'histoire du cinéma est Néron essayant des poisons sur un esclave produit par les frères Lumière et réalisé par Georges Hatot (1896)[1], le mot « péplum » n'a peut-être été employé, pour la première fois, qu'en référence au film La Tunique (1953) ou bien par des habitués du Ciné-club Nickelodéon dans les années 1950.
Depuis le début des années 1950, grâce aux productions italiennes et américaines, ce mot désigne les films dont l'action se situe historiquement dans l'Antiquité et, en particulier, celle de la Rome antique, de la Grèce antique (et mythologique) et de l'Égypte antique. Il existe aussi des péplums bibliques basés sur l'Ancien ou le Nouveau Testament.
Selon Claude Aziza, maître de conférences honoraire de langue et littérature latines à l'université La Sorbonne Nouvelle-Paris III, les recherches des occurrences du mot dans la presse et la littérature indiquent une apparition en 1963 dans un milieu cinéphile lié au metteur en scène Bertrand Tavernier[2].
Dans le numéro 68 de CinémAction (3e trimestre 1993) consacré au Panorama des genres au cinéma, Claude Aziza proposait une ébauche de définition du péplum : « On surnommera péplum tout film dont le sujet se passe dans une Antiquité qu'on fera commencer à la période biblique et terminer à l'aube du haut Moyen Âge. »
Le péplum est, selon les points de vue, un genre bâtard ou total, un des premiers héritiers du théâtre classique et de l'opéra[3] ou un sous-genre du cinéma, proche des influences populaires (music hall[4] ou bande dessinée[5]). Sa place dans l'histoire du cinéma (dès sa naissance) prouve son importance. À la fois noble (il traite de l'histoire, de la religion, utilise des auteurs tels que Homère ou Flaubert) et vulgaire (exploitant la violence et l'érotisme, voire le rire - à ses propres dépens - et l'invraisemblance), le genre antique est associé à l'épopée (pour les Américains, le péplum est une de ses catégories), à la comédie, au fantastique (fantômes, vampires, momies revenues à la vie...) et au merveilleux (dans son utilisation de la mythologie)[6].
Le péplum a attiré les plus grands réalisateurs (de Méliès à Fellini, de Feuillade à Oliver Stone et Martin Scorsese, en passant par Griffith, Duvivier, Walsh, Mankiewicz, Mario Bava ou Pasolini) et possède ses propres maîtres : Cecil B. DeMille, Pietro Francisci, Vittorio Cottafavi... Puisant dans le riche catalogue de la légende et de l'histoire, il offre aux acteurs à tendance cabotine la possibilité d'incarner des personnages prestigieux (en tête, Jésus et Néron, ce qui souligne l'aspect manichéen du genre) et aux stars séduisantes l'occasion d'exhiber dans des tenues légères leur anatomie parfaite.
Spectaculaire ou fauché, le péplum enfin constitue un bon repère pour jauger la qualité d'une production (budgets, imagination ou rigueur) suivant les lieux et les époques.
L’âge d'or du cinéma muet [modifier]
L’exemple français [modifier]
Né en Europe avec le cinéma (invention française), le péplum se développe dès le début du XXe siècle.
Dans l'écurie Pathé, Ferdinand Zecca s'impose en chef de file. Il signe Quo vadis ? en 1902 (du célèbre roman du Polonais Henryk Sienkiewicz, prix Nobel de littérature) d'une durée d'à peine trois minutes[7], deux versions de Samson et Dalila en 1902 et 1908, La Passion en 1903, Messaline en 1910 avec Henri Andréani, ancien assistant de Gaston Velle également responsable de Samson en 1908, David et Goliath en 1910, Saül et David (dont l'attribution est plus douteuse), Moïse sauvé des eaux en 1911, Absalon en 1912, La Fille de Jephté et La Reine de Saba en 1913... Deux assistants de Zecca s'illustrent encore dans le genre : Lucien Nonguet avec Vie et Passion de Jésus de 1902 à 1905, et Gaston Velle avec Au temps des Pharaons en 1910. André Capellani, autre réalisateur de la firme, signe son propre Samson en 1907...
Dans l'écurie rivale de Gaumont, Louis Feuillade, maître du serial, met en scène Le Fils de Locuste en 1911, Androclès et le Lion en 1912 et L'Agonie de Byzance en 1913. Tout ceci n'a que valeur d'exemples parmi d'autres. Le catalogue Gaumont compte ainsi des dizaines de courts métrages entre 1898 et 1919 dont les titres se réfèrent explicitement à l'antiquité (à commencer par La Passion en 11 tableaux) dont la plupart sont signés Louis Feuillade mais on relève aussi les noms de Léonce Perret (La Fille de Jephté d'après un scénario d'Abel Gance) et Maurice Mariaud (Cléopâtre)[8]. Au sein du même studio, Emile Cohl utilise des techniques d'animation de pointe pour Les Douze Travaux d'Hercule et Hérodiade de Victorin Jasset (1910) est présenté comme un « grand film artistique ». En règle générale, les films historiques sont assimilés à des films artistiques, par opposition aux séries (comédies, policiers, westerns...)[9].
À côté de ces productions déjà industrielles, l'œuvre de Georges Méliès (par exemple Néron et Locuste en 1907) relève d'une production indépendante et artisanale[10].
À l'époque les Films d'Art fondés par les frères Laffitte exercent une profonde influence sur le cinéma hexagonal (notamment)[10]. Leur directeur artistique André Calmettes signe pour sa part Britannicus en 1908 et sa propre adaptation de Quo vadis ? en 1910 (film perdu[11]).
La révolution italienne [modifier]
À l'époque du film muet, le cinéma italien réinvente le péplum en créant une Antiquité mythique et mythologique réaliste par les moyens utilisés et donne ses lettres de noblesse au cinéma tout entier, lançant les longs métrages à gros budgets, créant la superproduction. Dans le même temps, le péplum invente le cinéma moderne par ses innovations techniques. Ainsi, le péplum italien occupe la première place au rang mondial avec, en 1909, Néron de Luigi Maggi (marqué par la peinture néo-classique[11]) avec Alberto Capozzi, produit par Arturo Ambrosio et, dans les années 1910, les productions notables de deux réalisateurs :
- Enrico Guazzoni, réalisateur de Agrippine en 1911 produit par la Cines, utilisant avec brio panoramique et hors-champ[11], et surtout du gigantesque Quo vadis? (1912) ;
- Giovanni Pastrone, réalisateur de La Chute de Troie (1911) et surtout de Cabiria (1914), inspiré de Tite Live, auquel participe l'écrivain Gabriele D'Annunzio[12], bénéficiant d'un budget mirobolant : un million de lires or, vingt fois le budget moyen d'un film de l'époque, qui permet notamment la construction de l'imposant temple carthaginois dans les studios de Turin.
Guazzoni pour sa part dirigea également Judas Maccabée en 1911, Ramsès, où figure la divine Francesca Bertini, Messaline en 1922 avec Rina De Liguoro. Pastrone, lui, réalise et interprète Jules César en 1909, et dirige Maciste athlète en 1918.
Si beaucoup de films muets italiens ont été perdus ou détruits, il ne faut pas sous-estimer l'ampleur et la qualité de cette production. Entre autres : La Rivale/Scene di vita di Pompei de Gerolamo Lo Savio, Martyrs pompéïens et la première version complète de L'Odyssée par Guiseppe De Liguoro, Ione, ou les derniers jours de Pompéi d'Enrico Vidali[11]. Quo vadis? (1912), Cabiria, puis Christus (1916) du producteur Giulio Antamoro (réalisateur de Ursus l'année suivante et de La Fanciulla di Pompei en 1925) ont un retentissement international[12].
Maciste et Ursus [modifier]
Dans Cabiria, on découvre le personnage de Maciste, interprété par Bartolomeo Pagano. Ce personnage fera l'objet de nombreux films (plus de 20 entre 1915 et 1926) dont la plupart sont situés à une époque contemporaine comme Maciste chasseur alpin (1916) ou encore Maciste contre le Cheikh (1926) ; on croise ainsi Maciste médium, somnambule, amoureux ou empereur, tous interprétés par Pagano... Ce phénomène de vampirisation du genre historique par le muscle se reproduira dans les années 1960. De la même manière, Bruto Castellani est Ursus, personnage issu du roman Quo vadis ?, grâce à Guazzoni. Définitivement associé à ce géant, Castellani le jouera de nouveau, à 40 ans passés, dans Quo vadis ? de Gabriele D'Annunzio et Georg Jacoby (1924) - avec le grand Emil Jannings dans le rôle du cruel Néron. Castellani s'illustrera aussi dans Marc Antoine et Cléopâtre (1913), Jules César (1914, avec Amleto Palermi dans le rôle titre), Fabiola (1918, rôle de Vercingétorix) - tous signés Guazzoni - et La Sainte Bible (1920, rôle de Caïn).
Les excès de l'industrie cinématographique italienne découragent le public, gavé d'Antiquité. Les Derniers Jours de Pompéi (1926) dirigé par Carmine Gallone et Amleto Palermi pour un budget de sept millions de lires (avec 10 000 figurants)[11] essuie ainsi un échec immérité.
Ce premier âge d'or du péplum italien prend fin au milieu des années 1920 avec l'arrivée au pouvoir de Benito Mussolini. Mais le flambeau a pu être transmis aux Américains.
Hollywood [modifier]
Sidney Olcott adapte dès 1907 le roman du général Lewis Wallace Ben-Hur et en 1908 met en scène David et Goliath. Dans le même temps, Edwin S. Porter supervise pour Edison Nero and the Burning of Rome et Vitagraph produit Way of Cross[13].
En 1915 Samson sera interprété par William Farnum dans l'adaptation d'une pièce de Henri Bernstein, mais la révolution viendra d'ailleurs : influencé par les superproductions italiennes, David W. Griffith dirige dans un premier temps Naissance d'une nation, puis, pour répondre aux accusations de racisme que son premier long métrage a suscitées[14], met en scène le monumental Intolérance (1916) qui comprend un épisode babylonien (auquel Good Morning Babylonia des frères Taviani rendra hommage dans les années 1980) et un épisode sur le Christ. Ce mastodonte nécessite vingt-deux mois de tournage, 5000 figurants, des éléphants, des kilomètres de pellicule, des filtres colorés et des prouesses techniques telles que l'invention de nouvelles lentilles, des caméras placées dans des ballons ou sur des ascenseurs[15]… Civilisation la même année constitue la réponse de Thomas Ince, le rival de Griffith, dont c'est le dernier film. Le metteur en scène d'origine française Maurice Tourneur, lui, filme une « version érotique de Intolérance », Woman, scindée en L'Éternelle Tentatrice et La Fée de la mer, en 1918[16]. Le principe des épisodes liés à des époques différentes subsistera un certain temps puisque Cecil B. DeMille, ancien assistant de Griffith, dirige Gloria Swanson dans une séquence babylonienne dans L'Admirable Crichton en 1919 (pour laquelle Gloria Swanson risque sa vie au milieu des lions[17]) et une séquence romaine dans Le Réquisitoire en 1922, et le futur pape du péplum inclut encore un prologue contemporain dans Le Signe de la croix dans les années 1930.
Theda Bara, première vamp de Hollywood, s'illustre entre autres dans des compositions « à l'antique », dans La Reine des Césars de Raoul Walsh en 1916, et sous la direction de J. Gordon Edwards (grand-père de Blake) dans Cléopâtre en 1917 et Salomé en 1918.
L'année 1923 est marquée par la très originale et stylisée Salomé de Charles Bryant d'après Oscar Wilde, avec la star russe Alla Nazimova, et par Les Dix Commandements de De Mille qui fait suite à un concours de « la meilleure idée de film ». De Mille poursuit son cycle de péplums avec Le Roi des rois, d'après le Nouveau Testament, où H. B. Warner prête son noble mystère au personnage de Jésus.
Déjà le péplum signale (comme dans les années 1950) la dépendance d'Hollywood à l'égard de l'Italie, où sont tournés Néron d'Edwards en 1922 et le spectaculaire Ben Hur commencé par Charles Brabin (époux de Theda Bara) et signé par Fred Niblo en 1925, qui fait de Ramon Novarro une star et où figure Bruto Castellani (mythe du genre) en Golthar. Ce dernier film inclut des séquences en couleurs lorsque Jésus paraît.
Dans le même temps, Buster Keaton s'amuse de cette vogue (et perpétue la structure de Intolérance) dans Les Trois Âges de Eddie Cline (1923).
Ailleurs [modifier]
Rendons à César ce qui lui appartient : c'est à un Britannique (Walter Booth) que revient l'honneur de la première « adaptation » du roman d'Edward Bulwer-Lytton en 1900, d'une durée de quelques minutes, qui remporte un grand succès[11].
Dans les années 1920 le péplum s'est répandu dans toute l'Europe. En Allemagne, Ernst Lubitsch dirige Emil Jannings dans La Femme du pharaon (1922), et en Autriche le Hongrois Mihaly Kertesz, futur Michael Curtiz, enchaîne les superproductions (Le Sixième Commandement/Sodome et Gomorrhe en 1922, qui comprend un prologue contemporain et 5 000 figurants ; L'Esclave reine en 1924, qui emploie 8 000 figurants mais au succès moindre que le précédent ; Samson et Dalila produit par son compatriote Sandor – futur Alexandre – Korda) qui le font remarquer à Hollywood où il réalisera L'Arche de Noé « d'après une histoire de Darryl F. Zanuck »[18] en 1928, sous l'influence de Intolérance et de Les Dix Commandements selon Jean-Loup Bourget[16].
En France, en 1925, Pierre Marodon donne une Salammbô (d'après le roman de Gustave Flaubert) à la réputation flatteuse.
Enfin, dans une Grande-Bretagne pas encore échaudée, Sinclair Hill signe Boadicée en 1926 et Alexander Korda, devenu Moghol du cinéma britannique La Vie privée d'Hélène de Troie en 1927.
Las, le genre entre en demie confidentialité lorsque les fastes du muet sont engloutis par l'irruption du parlant
Les années trente et quarante : les années transitoires [modifier]
Italie et France [modifier]
En 1930 Alessandro Blasetti dirige un Néron parodique dans lequel certains ont voulu reconnaître Mussolini[11]. Ceci expliquant peut-être cela, malgré la création de Cinecittà et la propagande fasciste construite en partie sur la grandeur de la Rome antique, en Italie la période n'est guère favorable aux péplums, hormis le spectaculaire Scipion l'Africain de Carmine Gallone à la gloire de la reconquête africaine (1937). La même année, Mario Mattoli réalise l'obscur Les Derniers Jours de Pompéi ou « de Pompée » (du nom du personnage principal)[11][Nota : ce film, Gli ultimi giorni di Pompeo, n'a rien à voir avec Pompéi ni avec Pompée le Grand... à part que le héros de cette comédie située à l'époque contemporaine s'appelle Pompée] . La Couronne de fer d'Alessandro Blasetti (1941) tient davantage de la fantasy, malgré la présence de Massimo Girotti, futur Spartacus, et de Gino Cervi, futur Néron.
En France, Julien Duvivier se distingue dans le genre en réalisant en Algérie, avec un budget conséquent qui lui autorise une reconstitution spectaculaire de Jérusalem, le biblique Golgotha d'après le roman du chanoine Joseph Reymond, avec Jean Gabin en Ponce Pilate (1935) qui lui vaut ce mot du critique Henri Jeanson : « pour Duvivier, le calvaire ce n'est qu'un travelling ». La sortie du film provoque d'ailleurs un tollé[19].
États-Unis [modifier]
Aux États-Unis, DeMille dirige successivement Le Signe de la Croix (1932, avec le Britannique Charles Laughton en Néron), film condamné par le clergé américain[20], et Cléopâtre en 1934 (avec l'actrice d'origine française Claudette Colbert, ex Poppée, incarnant, selon Olivier-René Veillon, « une ménagère comblée ayant dévalisé tous les supermarchés d'Asie Mineure et du Proche Orient »[21]). Les deux films rencontrent un succès mérité. Dans la foulée, Les Derniers Jours de Pompéi d'Ernest Schoedsack et Merian Cooper en 1935 n'obtiendra pas la même gloire que King Kong, et le cinéphile déplore l'abandon du tournage de Moi, Claude en 1937, un des « films fantômes » les plus illustres de Hollywood. Tout était réuni pour obtenir une perle du péplum : l'histoire forte écrite par Robert Graves, le directeur Josef von Sternberg, les Britanniques (évidemment) Charles Laughton dans le rôle-titre, la sublime Anglo-Indienne Merle Oberon en Messaline, Flora Robson redoutable en Livie[22]...
La malédiction des Anglais [modifier]
L'abandon de Moi, Claude, production britannique d'Alexander Korda pour sa femme Merle Oberon, obligea celui-ci à vendre à la compagnie Rank son studio de Denham - surnommé « Hollywood-on-Thames » et qui était alors le plus moderne d'Europe - un an après sa construction[23].
Après la guerre, le cinéma britannique essuie encore avec César et Cléopâtre de Gabriel Pascal d'après George Bernard Shaw (1945), un de ses plus grands désastres, malgré la présence de Vivien Leigh : Shaw n'autorise aucune modification du texte qui ne soit pas de lui et désavoue l'actrice principale, les retards se multiplient à cause du mauvais temps, des raids aériens et de pénuries de toutes sortes : « avant même que le film ne soit achevé, on parlait déjà d'un budget de 5 millions de dollars ». Après sa sortie, Shaw compare le film à « l'illustration colorée d'une Bible bon marché » [24]. En 1996, ce film est toujours considéré comme « le plus coûteux de toute l'histoire du cinéma britannique »[25]. Si la télévision britannique exploite avec ferveur l'antiquité (notamment dans des adaptations de pièces de théâtre), le cinéma britannique s'éloigne de ce type de production risqué.
L’amorce [modifier]
En 1949, fidèle à son genre fétiche, De Mille signe un classique de plus : Samson et Dalila avec le musclé Victor Mature (appelé à devenir une star du péplum) et la merveilleuse Hedy Lamarr dans son dernier succès (le plus grand !). Selon l'anecdote, De Mille a convaincu les producteurs récalcitrants avec la seule image du couple vedette : un mâle baraqué et une femelle sensuelle à moitié nus. L'affluence du public lui donne raison.
À Cinecitta la même année, les vétérans Gallone et Blasetti donnent l'un Messaline et l'autre le spectaculaire Fabiola d'après le roman du cardinal Nicholas Wiseman, appliquant toujours la même recette : une héroïne irrésistible, traîtresse ou victime (la somptueuse Mexicaine Maria Felix et la Française Michèle Morgan d'une beauté marmoréenne), un héros beau et fort (les Français Georges Marchal et Henri Vidal), un méchant charismatique (Michel Simon). Un an plus tard, Marcel L'Herbier et Paolo Moffa s'associent pour une production franco-italienne, une autre version de Les Derniers Jours de Pompéi, avec l'excellente Micheline Presle (dont ce n'est pas le film le plus marquant), Georges Marchal encore, et Marcel Herrand en méchant bien sûr.
Les conditions semblent réunies pour que le péplum retrouve une place au premier plan du cinéma mondial. Il ne manque plus qu'une étincelle pour que l'incendie de Rome renaisse d'un éclat nouveau.
Années 1950-1960 : le second âge d’or du péplum [modifier]
Sources principales : Dictionnaires du cinéma de Jean Tulard et imdb
Hollywood sur Tibre : des Américains à l’heure européenne (1951-1968) [modifier]
La renaissance du péplum [modifier]
C'est à Cinecitta que s'opère la renaissance du péplum italien grâce aux Américains. En 1951 se déroule à Rome le tournage d'une nouvelle version de Quo vadis ?, signée par Mervyn LeRoy avec Robert Taylor et les Britanniques Deborah Kerr et Peter Ustinov - une renaissance placée sous le signe des premiers martyrs dans la Rome antique. Le triomphe de Quo vadis ? lance la mode du péplum à Hollywood durant plus de dix ans, et sacre Cinecitta capitale du cinéma américain. D'ailleurs, à plusieurs reprises des cinéastes italiens et américains collaborent ; les productions, les distributions et les équipes techniques sont internationales : grâce au péplum américain, Rome devient la capitale la plus cosmopolite du cinéma.
Ombres portées [modifier]
Dans le sillage de LeRoy, des cinéastes prestigieux de Hollywood s'attellent au genre : le vétéran Henry King avec David et Bethsabée (1951) reprend la recette de Samson et Dalila, comme plus tard un autre vétéran, King Vidor, pour son dernier film (pas le meilleur) : Salomon et la reine de Saba (1959) tourné en Espagne avec un budget colossal englouti notamment dans la construction du temple et d'un quartier entier de l'antique Jérusalem dans les studios de Séville, et des batailles tournées dans le désert de Saragosse ; Frank Borzage, encore un vétéran, finira également sa carrière sur un péplum biblique - Simon le pêcheur - en 1959 ; Cecil B. DeMille, le pape du péplum américain, tourne un remake en 1956 de son film Les Dix Commandements sorti en 1923, également dans le registre biblique ; le péplum américain à ce moment est plus que jamais une course au gigantisme : Les Dix Commandements rivalise en nombre de figurants avec La Terre des pharaons de Howard Hawks qui relate l’épopée de la construction titanesque de la pyramide de Khéops, sur un scénario notamment signé par William Faulkner (bien que selon certaines sources, dont Noël Howard, il n'en ait pas écrit une ligne!) et avec des décors d'Alexandre Trauner, dont le tournage a fait l'objet d'un livre de Noël Howard, Hollywood sur Nil[26]. William Dieterle (Salomé en 1953) et Michael Curtiz (L'Égyptien d'après le roman de Mika Waltari en 1954 - trente ans après L'Esclave reine - dont Marlon Brando refuse le rôle-titre, allant jusqu'au procès avec Darryl Zanuck et préférant, à tout prendre, interpréter Napoléon dans Désirée[27]) complètent ce groupe de cinéastes déjà anciens, pour la plupart inexpérimentés dans le genre du péplum jusque dans les années 1950.
Passage obligé ? [modifier]
Parmi les « outsiders », en 1954 Delmer Daves réalise pour 3,5 millions de dollars dans une banlieue de Los Angeles Les Gladiateurs, la suite (au succès moindre) de La Tunique de Henry Koster (premier film en Cinémascope d'un coût de 4,5 millions de dollars en 1953), et Douglas Sirk met en scène Attila (Jack Palance) et l'empereur de Constantinople Théodose dans Le Signe du païen, qui traitent tous des débuts du Christianisme ; Robert Rossen s'attaque à la biographie d'Alexandre le Grand en 1956, tournée en partie en Espagne ; plus tard William Wyler, avec son fameux Ben Hur, évince le souvenir de son prédécesseur de 1926. Tous témoignent pareillement des fastes érotiques, artistiques et/ou athlétiques du Hollywood d'alors. Jules César de Joseph Mankiewicz (1953) n'appartient pas à cette veine spectaculaire, sobre adaptation de la pièce de Shakespeare. Autre adaptation théâtrale : Androclès et le lion de George Bernard Shaw par Chester Erskine est tourné la même année.
D'autres metteurs en scène s'illustrent dans le genre, parfois (souvent) dans des productions européennes : Richard Thorpe, disposant d'un budget dépassant les 5 millions de dollars, relance la carrière de Lana Turner (très dévêtue en prêtresse de l'amour) dans Le fils prodigue d'après saint Luc en 1955 alors que Les Péchés de Jézébel (Sins of Jezebel, inédit en France) de Reginald Le Borg (1953) n'aura pas d'impact notable sur celle de Paulette Goddard ; Richard Fleischer dirige l'excellent Barabbas, avec un Jack Palance halluciné et hallucinant, le frère de Silvana Mangano en Jésus, et une scène de crucifixion tournée au cours d'une véritable éclipse ; Robert Wise (avec Raoul Walsh, non crédité[11]) Hélène de Troie avec, dans un rôle secondaire, la débutante Brigitte Bardot, et Jean Marais joue dans Ponce Pilate d'Irving Rapper (avec aussi une scène de crucifixion tournée au cours de la même éclipse totale du soleil à Roccastrada en Toscane, le 15 février 1961) ; ce dernier dirige également L'Esclave du pharaon, à propos de Joseph et ses frères, associé à un réalisateur italien ; Esclaves de Babylone de William Castle (1960) et La Princesse du Nil de Harmon Jones (1955, avec le couple magnifique formé par Debra Paget et Jeffrey Hunter Nota : ce film ne se situe pas dans l'antiquité contrairement au Serpent du Nil du même Castle sur la reine Cléopâtre) explorent également les hauts lieux de la haute antiquité. Rudolph Maté et Jacques Tourneur (ce dernier avec la complicité de Mario Bava) s'attachent respectivement aux batailles des Thermopyles et de Marathon (la seconde inspirée d'Hérodote et avec des scènes navales réglées par Bruno Vailati) en 1962 et 1960. Rome enfin inspire au Britannique Victor Saville Le Calice d'argent (qui marque les débuts de Paul Newman en 1954) et à André De Toth L'Or des Césars en 1964.
Gravité et fantaisie [modifier]
Le péplum, loin d'être réduit à un simple divertissement, continue d'attirer les grands directeurs jusqu'au début des années 1960. En 1960, Stanley Kubrick livre le spectaculaire Spartacus, au succès mérité et admiré par John Kennedy ; son héros et producteur Kirk Douglas (qui a raconté en détail l'aventure du film dans son autobiographie[28]) tente de faire disparaître la version italienne antérieure, mise en scène par Riccardo Freda ; la même année Raoul Walsh met en image l'épisode biblique d'Esther, avec l'Anglaise Joan Collins ; l'année suivante, Nicholas Ray raconte Jésus dans Le Roi des rois, et Robert Aldrich reprend ou supervise (suivant les sources) le tournage de Sodome et Gomorrhe, cosigné par le jeune Sergio Leone qui méprise le genre et sabote ce film (dont l'échec fait trembler la puissante compagnie Titanus)[11].
À côté s'esquissent des veines parodique et fantastique avec, d'une part la comédie musicale La Chérie de Jupiter réalisée par George Sidney (avec Esther Williams) et Le Forum en folie du Britannique Richard Lester, avec Buster Keaton en guest star, d'autre part Jason et les Argonautes de Don Chaffey qui bénéficie du merveilleux art de Ray Harryhausen.
La condamnation [modifier]
Les échecs successifs — et relatifs — du Cléopâtre de Mankiewicz, en 1963 (au tournage épique entamé par Rouben Mamoulian - qui abandonne ensuite le cinéma - et un des sommets du star system) et de La Chute de l'empire romain, d'Anthony Mann en 1964 (pour lequel le forum romain avait été reconstruit en grandeur réelle), films luxueux devenus des classiques (le second inspira Gladiator), entraînent la chute du péplum à Hollywood ; le genre mettra quatre décennies pour se relever. L'approche moraliste de ces deux mastodontes a peut-être découragé un public majoritairement à la recherche de divertissements légers.
Les monumentaux La Plus Grande Histoire jamais contée de George Stevens (1965, avec Max von Sydow en Jésus et Heston en Jean-Baptiste) tourné dans une région désertique du Sud des États-Unis, et La Bible de John Huston (1966, avec Ava Gardner en Sarah et Peter O'Toole en Ange), qui ambitionnent de restituer l'Ancien et le Nouveau Testaments, passeront presque inaperçus... Pareillement, Le Dernier Romain (produit en Europe d'après un best seller de l'Allemand Felix Dahn paru en 1876) sort en 1968 dans l'indifférence générale, malgré la présence à son générique du réalisateur Robert Siodmak (dont ce fut également le triste chant du cygne) et, face au britannique Laurence Harvey, de Orson Welles et Sylva Koscina dans les rôles de l'empereur Justinien et de sa femme Théodora.
Clichés [modifier]
La recette basique du péplum américain a été fixée par DeMille : beau héros, musclé de préférence (Gregory Peck, Stephen Boyd, Charlton Heston, Yul Brynner, Marlon Brando), belle héroïne, une bombe de préférence (Debra Paget, Rita Hayworth, Susan Hayward, Elizabeth Taylor, les Britanniques Jean Simmons et Claire Bloom, les Italiennes Silvana Mangano, Sophia Loren et Gina Lollobrigida, les Françaises Ludmila Tchérina, Danielle Darrieux, Anouk Aimée et Mylène Demongeot), action spectaculaire (orgies, batailles), décors et costumes somptueux. Les comédiens britanniques y ont généralement une place réservée (le crédit shakespearien), tradition conservée aujourd'hui : ainsi John Gielgud, Charles Laughton, Laurence Olivier, James Mason, Rex Harrison, Stewart Granger, Alec Guiness, George Sanders, Richard Burton ont été mis à contribution.
D'après, le spécialiste Florent Pallares, « cette génération de films à sujet antique fut marquée par des messages pacifiques issus principalement de la religion chrétienne où les Etats Unis semblaient se conforter dans leur double position de peuple élu et de gendarme du monde. Tout cet univers était fortement codifié, avec des héros blonds aux yeux bleus luttant contre des déments bruns aux yeux sombres comme pour suggérer la pureté de l'un et la noirceur de l'autre » [29]
Cinecitta bis : l’Italie antique à la tête du monde (1952-1965) [modifier]
Le péplum traditionnel [modifier]
Les premiers triomphes [modifier]
C'est Riccardo Freda, en maître du cinéma populaire, qui livre le premier son Spartacus en 1952, un de ses chefs-d'œuvre, avec le magnifique Massimo Girotti. La même année Gino Cervi incarne un Néron plus sympathique que d'ordinaire[11] dirigé par Primo Zeglio et Leonora Ruffo la reine de Saba, mise en scène par Pietro Francisci. L'année suivante est placée sous le signe de la femme avec Phryné de Mario Bonnard et la splendide Théodora, impératrice de Byzance de Freda, avec son épouse, la non moins splendide Gianna Maria Canale, dans le rôle-titre. 1954 est marqué par les compositions de Kirk Douglas dans le très réussi (mais incomplet) Ulysse de Mario Camerini au succès international et auquel rend hommage Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore, et d'Anthony Quinn dans Attila de Pietro Francisci, un des maîtres du péplum. À côté, la débutante Sophia Loren, partenaire d'Alberto Sordi (Césarino) et Ettore Manni (Marc Antoine) dans Deux Nuits avec Cléopâtre de Mario Mattoli (sur un scénario d'Ettore Scola), peine encore à s'imposer - elle sera aussi Aïda d'après Verdi, grimée en noir et doublée par la Tebaldi, rivale de Maria Callas.
Vogue [modifier]
Une vogue est lancée : les Français Georges Marchal, Ludmila Tchérina, Sylvie, Henri Vidal, la Grecque Irène Papas font des sauts répétés dans le genre ou des incursions exceptionnelles. En 1955 la rousse américaine Rhonda Fleming s'illustre en Sémiramis, photographiée par Gabor Pogany sous la direction de Carlo Ludovico Bragaglia, qui dirigera plus tard Victor Mature et Sandra Milo dans Hannibal et Louis Jourdan et Nicole Courcel dans Les Vierges de Rome. Sous le signe de la croix (1956), Sous le signe de Rome (1958, terminé par Michelangelo Antonioni), les deux signés Guido Brignone, Aphrodite de Fernando Cerchio et Victor Tourjansky (sur un scénario cosigné par Damiano Damiani) mettent en vedette les plus belles femmes de l'écran : Canale, Anita Ekberg en Zénobie, Belinda Lee, Sous le signe de Rome révèle la danseuse cubaine Chelo Alonso... Elles ont pour partenaires Jacques Sernas ou Girotti ; ce dernier interprète Marc-Antoine dans Hérode le Grand de Genoino et participe au Judith et Holopherne de Cerchio. La fin des années 1950 est marquée cependant par le succès des Travaux d'Hercule de Pietro Francisci (1958), réussite parfaite qui lance le « style culturiste » : l'Américain Steve Reeves demeure à ce jour le meilleur Hercule. Dès lors ce genre ou sous genre ressuscité va tendre à éclipser (parfois par le nombre) le péplum traditionnel.
La guerre des péplums [modifier]
Celui-ci résiste ! En 1959, tandis que Reeves et Chelo Alonso forment le couple le plus hot de l'écran dans La Terreur des barbares du vétéran Carlo Campogalliani, Vittorio Cottafavi, un autre maître du péplum, donne le très beau Les Légions de Cléopâtre avec Linda Cristal (que Jean-Louis Bourget compare aux tableaux de Nicolas Poussin et Jacques Stella[11]), et dirige Belinda Lee en Messaline... L'année suivante, c'est l'explosion.
L'explosion des femmes en réalité : un comble pour un genre réputé machiste ! Canale dans le parodique La Reine des Amazones de Vittorio Sala, face à Rod Taylor et Dorian Gray (!), Debra Paget dans La Vallée des pharaons de Cerchio, Tina Louise dans Sapho de Francisci, Rhonda Fleming dans La Révolte des esclaves de Nunzio Malasomma, Jeanne Valérie dans le Salammbô de Sergio Grieco (avec Sernas, ex Pâris) aux coûteux décors, Rossana Podesta (ex-Hélène) dans L'Esclave de Rome de Grieco encore. Cornel Wilde, dans Constantin le Grand de Lionello De Felice, paraît bien isolé, tiraillé entre Belinda Lee et Christine Kaufmann. Dans le même temps, Girotti rejoint les Argonautes dans Le Géant de Thessalie de Freda ; un autre vétéran, Carmine Gallone, digne rival de Freda ou Blasetti, signe Carthage en flammes avec Pierre Brasseur et Daniel Gélin en réutilisant les décors de Salammbô[11] ; le jeune Sergio Leone filme Le Colosse de Rhodes avec Léa Massari et le Canadien Rory Calhoun. John Drew Barrymore, héritier de la dynastie, Serge Gainsbourg, Ricardo Montalban, Ettore Manni, Edmund Purdom (Le Fils prodigue à Hollywood), Fernando Rey, Dario Moreno, Michel Piccoli, les cascadeurs de l'opéra de Pékin (Maciste dans l'enfer de Gengis Khan de Domenico Paolella), Carlo Rambaldi (futur créateur du monstrueux Alien, bricolant pour le fauché Persée l'invincible d'Alberto De Martino) se coudoient sur les plateaux surchargés...
Essoufflement [modifier]
À partir de 1961-1962, la production de péplums traditionnels baisse, submergée par les culturistes. Elle réserve encore de beaux moments puisque ces années là Silvio Amado et Alberto De Martino donnent leurs versions respectives des légendes de Thésée et Persée ; Mario Costa orchestre La Bataille de Corinthe tandis que Sergio Corbucci illustre l'histoire de Romulus et Rémus avec les culturistes Reeves et Gordon Scott. Le maître Francisci réunit Rossano Brazzi, Tina Louise, Sylva Koscina (sacrée star depuis Les Travaux d'Hercule) et Gino Cervi dans La Charge de Syracuse et l'apprenti Leone cosigne Sodome et Gomorrhe avec encore une distribution internationale : Stewart Granger, Anouk Aimée, Stanley Baker et Rossana Podesta. Campogalliani traite lui de Byzance dans Le Glaive du conquérant avec l'extraordinaire Jack Palance et la belle Eleonora Rossi Drago.
Autres beautés illustrées dans le péplum : Dominique Wilms, Rosanna Schiaffino (Vénus dans L'Enlèvement des Sabines), Virna Lisi, Pascale Petit (la Cléopâtre de Tourjansky et Piero Pierotti)... Autres vedettes américaines présentes : Howard Duff dans Foudres sur Babylone d'Amadio, Cameron Mitchell dans Jules César d'Amerigo Anton (un pseudonyme de plus), Jeanne Crain dans Néfertiti de Cerchio (où figure également Vincent Price), Alan Ladd dans Les Horaces et les Curiaces réalisé par Ferdinando Baldi et le Britannique Terence Young - des stars souvent en fin de course certes, mais un prestige demeure. Baldi, adepte du duo, cosigne également, avec Richard Pottier, David et Goliath. Il signera encore (et seul) en 1965 Le Fils de Cléopâtre. Peut-être a-t-il été le fossoyeur du péplum traditionnel (à définir...) en Italie...
Chute [modifier]
Une autre Sémiramis (Yvonne Furneaux dirigée par l'initiateur Zeglio) ou Les Derniers Jours d'Herculanum selon Parolini ne changeront pas la donne : l'hémorragie a dopé le péplum musculeux, mais aussi le western, le policier et le thriller, le fantastique et l'horreur. Les réalisateurs et les interprètes sont souvent les mêmes. Les scénarios ne sont pas meilleurs ou pires, les budgets sont toujours souvent modestes, les chefs-d'œuvre jalonnent une production populaire foisonnante…
Renouveau enterré [modifier]
Un des grands succès de 1961 est Les Titans de Duccio Tessari, péplum atypique salué par la critique et qui sort du circuit traditionnellement dévolu au genre. La distribution est aussi internationale : Antonella Lualdi et Giuliano Gemma, Pedro Armendariz et Jacqueline Sassard. Mais le ton est nouveau et n'aura pas ou presque de suite.
Parodies [modifier]
Dès qu'il fut plébicité, le Péplum connut un vague interminable de parodies allant du simple sketch au long métrage.Mario Soldati avec OK Néron (et ce trio de rêve : Walter Chiari, Gino Cervi (deux fois Néron) et la bombe Silvana Pampanini) tourné dans les décors du Quo vadis ? de LeRoy[11] en 1951, Steno avec Les Week-ends de Néron (qui bénéficie d'une distribution à tomber : Alberto Sordi en empereur tyrannique et ridicule, l'incommensurable Gloria Swanson en Agrippine abusive, Brigitte Bardot en Poppée délectable, Vittorio De Sica en Sénèque...) en 1956, Luciano Salce avec Les Pilules d'Hercule (à la distribution tout aussi alléchante : Nino Manfredi, Sylva Koscina, Francis Blanche et De Sica -Nota : à part son titre, cette comédie ne fait aucune référence à l'antiquité-) en 1960, voire Bragaglia avec Les Amours d'Hercule qui met en vedette le couple formé à la ville par une autre bombe, l'Américaine Jayne Mansfield, et le culturiste Mickey Hargitay, la même année, peuvent prétendre avoir marqué cette voie marginale.
Le célèbre groupe d'humoristes britanniques des Monty Python a largement ridiculisé le Péplum dans certains sketchs de leur show télévisé Monty Python's Flying Circus ainsi que dans le film La Vie de Brian qui mêle parodie de la vie du Christ avec celle de très célèbres films tels que Ben-Hur. L'affiche de ce film est d'ailleurs une caricature de celle du péplum le plus populaire de l'histoire du cinéma.
Le cinéaste américain Mel Brooks parodie également le péplum dans son film La Folle Histoire du Monde durant toute la partie se déroulant dans une période qui (bien que bourrée d'anachronisme)[style à revoir][réf. nécessaire] correspond à la Rome Antique.
Enfin, le film français Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ de Jean Yanne se rit du péplum en grossissant ses traits et notamment ce côté viril et très masculin. Le personnage principal interprété par Coluche se nomme Ben Hur Marcel.
Le péplum musculeux (1958-1964) [modifier]
Le génie de Francisci et Ennio De Concini [modifier]
Sur une idée d'Ennio De Concini (scénariste illustre, collaborateur d'Antonioni, De Sica et King Vidor[11]), Les Travaux d'Hercule de Pietro Francisci (librement inspiré des Argonautiques d'Apollonios de Rhodes), au succès international, révolutionne le péplum en 1958 : le film relance la mode du péplum musclé et sacre stars l'Américain Steve Reeves et Sylva Koscina (à noter la présence de Primo Carnera, ancien champion du monde de boxe poids lourds, incarnant le géant Antée). Le trio se reforme l'année suivante pour Hercule et la Reine de Lydie auquel participe aussi Sylvia Lopez (épouse de Francis) qui décédera peu après. Érigé en symbole sexuel, Reeves s'illustre au côté de la splendide Chelo Alonso dans La Terreur des barbares de Campogalliani dans le même temps. Si l'acteur culturiste (première vedette de ce type) collectionne les partenaires séduisantes (Mylène Demongeot dans La Bataille de Marathon de Jacques Tourneur en 1960, Gianna Maria Canale dans Le Fils de Spartacus de Sergio Corbucci…), il est aussi abonné aux rôles prestigieux, enchaînant en 1960 La Guerre de Troie de Giorgio Ferroni, Romulus et Rémus de Corbucci avec son premier rival, Gordon Scott, ainsi que Virna Lisi, Sernas et Girotti, en 1961, La Légende d'Énée (rebaptisé Conquérants héroïques en France) de Rivalta en 1962...
Tarzan, Goliath et Ulysse [modifier]
Gordon Scott, ex Tarzan, s'impose dans le rôle du gladiateur Maciste comme le rival d'Hercule (Maciste contre le fantôme de Corbucci et Giacomo Gentilomo avec Canale et Sernas, Le Géant à la cour de Kublai Khan de Freda avec Yoko Tani et Valery Inkijinoff qui se passe au XIIIe siècle) mais marche aussi sur les plates bandes de son prédécesseur Steve Reeves (Hercule contre Moloch de Ferroni en 1961, Hercule, héros de Babylone (dans la version originale le prince Nippur) de Siro Marcellini avec Geneviève Grad en 1963, Hercule et la Princesse de Troie à la télévision en 1965). La star incarne aussi Goliath (par la grâce des distributeurs américains, qui ont rebaptisé ainsi Maciste, héros inconnu aux Etats-Unis) et Coriolan (scénario inspiré de Shakespeare et Plutarque tourné par Ferroni), et dans un registre différent (quoique...) Jules César face à Pascale Petit.
Le genre connaît une production très importante de 1960 à 1964. Les films, parfois avec un budget très limité, sont construits autour d'intrigues très simples dominées par la figure du héros, incarnation du bien et doté d'une force physique surhumaine. De véritables franchises s'organisent : Hercule, Maciste, Ursus, Samson, Goliath, les gladiateurs… Le fantastique et la fantasy imprègnent de poésie les décors naturels étranges et la naïveté assumée des représentations, grâce à une photo souvent recherchée - en tout cas dans les meilleurs des cas.
Les héros musclés se multiplient au même rythme que les « acteurs » apparaissent, à commencer par Kirk Morris (l'ex-gondolier Adriano Bellini) qui interprète Le Triomphe de Maciste en 1961 et Samson l'Invincible en 1963 (avec Margaret Lee... qui est, comme son nom ne l'indique pas, un film de pirates situé aux Antilles!!), les deux signés par Amerigo Anton, et travaille avec les meilleurs réalisateurs du genre : Riccardo Freda pour Maciste en enfer (1962), où l'au-delà antique est figuré par des grottes près de Bari et de Rome[11], et Francisci pour Hercule, Samson et Ulysse en 1964.
Vampires et Mongols [modifier]
Les Britanniques Reg Park (Hercule à la conquête de l'Atlantide de Cottafavi avec - selon le générique – « des séquences additionnelles d'éruption volcanique signées Haroun Terzieff » (sic), Gian Maria Volonté en roi de Sparte, ainsi que des allusions à la menace nucléaire et aux manipulations génétiques ; Hercule contre les vampires de Mario Bava - avec également Christopher Lee en 1961) et Joe Robinson (Taur le roi de la force brutale (!) d'Antonio Leonviola en 1962), le blond Américain Ed Fury (Maciste (Ursus dans la version originale) dans la vallée des lions de Bragaglia en 1961, Maciste à la cour du Cheikh de Domenico Paolella en 1962, Ursus dans la Terre de Feu de Giorgio Simonelli en 1963, Ursus/La Fureur d'Hercule de Campogalliani avec Moira Orfei – quel beau nom…), Mark Forrest (Maciste face à Chelo Alonso dans Le Géant de la vallée des rois de l'inépuisable Campogalliani, Maciste l'homme le plus fort du monde de Leonviola en 1962, Maciste contre les Mongols de Paolella, qui se passe au XIIIe siècle, et Maciste et les Cent Gladiateurs de Mario Caiano en 1964, La Vengeance d'Hercule de Cottafavi face à Broderick Crawford, Hercule contre les fils du Soleil d'Osvaldo Givirami, production italo-espagnole à laquelle participe Giuliano Gemma, vedette des Titans de Tessari) - Forrest profite de sa carrière italienne pour étudier l'opéra et l'enseignera ensuite à Los Angeles -, les Californiens Gordon Mitchell (Maciste contre le Cyclope - et dans les bras d'Alonso - de Leonviola en 1960, La Colère d'Achille de Marino Girolami en 1962, au côté du Français Jacques Bergerac, La Terreur des Gladiateurs de Ferroni avec Pierre Cressoy et Philippe Hersent, après Les Dix Commandements en 1956 et avant le Satyricon de Fellini) et Reg Lewis (Maciste contre les monstres de Quattrini Mazelli en 1962 avec la Britannique Margaret Lee), Mike Lane né à Washington (Ulysse contre Hercule de Caiano, face à Georges Marchal), le Canadien Samson Burke (La Vengeance d'Ursus de Luigi Capuano en 1961), Brad Harris de l'Idaho (Hercule se déchaîne et Samson contre Hercule de Gianfranco Parolini, les deux avec Serge Gainsbourg en 1961), Roger Browne (Mars dans Vulcain, fils de Jupiter et Le Fils d'Hercule contre Vénus en 1962 en France, La Vengeance du Colosse), qui tourne ensuite Les Dix Gladiateurs de Parolini), Alan Steel avec Pierre Brice et Massimo Serato dans Maciste contre Zorro d'Umberto Lenzi,qui se passe... au XVIe siècle (!), Rock Stevens dans Goliath à la conquête de Bagdad et Dan Vadis dans Ursus gladiateur rebelle, les deux dirigés par Paolella, marquent le genre par leurs exploits fantaisistes, occasionnels ou répétés.
Autres voies [modifier]
Dès 1963, les variations fantastiques de Jason et les Argonautes de Don Chaffey, ont créé la Fantasy au cinéma, ancêtre des futurs Conan le Barbare, Barbarians et autres Kalidor des années 1980. Chaffey dirigera aussi, quatre ans plus tard, La Reine des Vikings avec Don Murray et Carita, qui se déroule sous l'occupation romaine, film produit par la Hammer et filmé dans les Cornouailles.
Mais avec la sortie de Pour une poignée de dollars en 1964, le western spaghetti remplace le péplum, et le genre pourtant prolifique disparaît brusquement des écrans. Il survit dans des conditions précaires : ainsi en 1984 Lou Ferrigno endosse la panoplie du roi du péplum musclé dans Hercule de Luigi Cozzi dit Lewis Coates.
Les paysages brûlés d'Almeria en Espagne deviennent le cadre habituel des westerns européens voire américains. S’y déroulent également, tout ou partie, Le Roi des rois de Ray, Cléopâtre de Mankiewicz, Saül et David de Baldi... Le forum romain dans La Chute de l'Empire romain de Mann est reconstitué à Madrid. Le tournage des Vierges de Rome, de Cottafavi, Bragaglia et Robert Vernay, s'effectue entre Belgrade et Epinay... Le Fils de Spartacus est filmé en Égypte et des ruines romaines situées en Algérie apparaissent dans L'Âne d'Or de Sergio Spina[30]... La désaffection du public et des auteurs envers le péplum touche aussi l'Italie, tant le genre et le pays paraissent, une fois de plus, liés.
Entre 1960 et 1964, le cinéma italien produisit 130 péplums, ce qui constituait un quart de sa production totale[31]). De 34 péplums sortis en 1964 (année record), le nombre tombe à 14 l'année suivante et a complètement disparu en 1968[11].
Les films d’auteurs (années 1960) [modifier]
Comme Joseph Mankiewicz avec Jules César, le cinéaste grec Michael Cacoyannis explore une veine mineure du péplum en adaptant trois pièces d'Euripide, avec pour actrice fétiche la tragédienne Irène Papas : Électre en 1962, Iphigénie en 1977 et Les Troyennes en 1971, ce dernier doté d'une distribution royale : l'Américaine Katharine Hepburn, la Britannique Vanessa Redgrave et la Canadienne Geneviève Bujold. Mikis Theodorakis rythme l'action de ses compositions originales.
Si Cacoyannis acquiert une renommée internationale, la fresque antique et amorale du Satyricon de Fellini mise en scène en 1969 et inspirée du roman attribué à Pétrone, courtisan condamné à mort par Néron, est l'un des plus grands films du maestro. L'année précédente, Gian Luigi Polidoro avait réalisé sa propre version du Satyricon, plus modeste, qui réunissait Tina Aumont, Ugo Tognazzi et Valérie Lagrange. Sous le signe du scorpion des frères Taviani, amateurs de péplum ainsi qu'ils l'ont montré dans Good Morning, Babylon, se situant dans un temps indéterminé, se rattache difficilement au péplum.
Pier Paolo Pasolini, autre grand nom du cinéma italien qui avait déjà adapté L'Évangile selon saint Matthieu en 1964 (avec Enrique Irazoqui en Jésus, film accusé de participer à la propagande communiste[19]) exploite pareillement le péplum, recréant une Antiquité crédible à partir de folklores d’Afrique et d’Asie : Médée offre à Maria Callas son seul rôle au cinéma (et quel rôle !) en 1969, et dans Œdipe Roi (1967), d’après Sophocle, sur une bande originale mêlant Mozart et musiques traditionnelles de Roumanie et du Japon, Silvana Mangano ex-Pénélope interprète Jocaste. En 1968, le Britannique Philip Saville réalise sa version d'Œdipe Roi de Sophocle en décors naturels, avec le concours de Christopher Plummer, Lilli Palmer et Orson Welles.
Jerzy Kawalerowicz, compatriote de Henryk Sienkiewicz, donne en 1966 un superbe Pharaon d'après le roman de Boleslaw Prus, qui relate les affrontements entre Ramsès XIII et les prêtres de sa capitale.
Ces films, malgré leur réussite et leur retentissement critique, demeurent des exceptions, presque des exercices de style, à la façon du film de Jean-Luc Godard, Le Mépris (1963), qui met en scène Fritz Lang sur le tournage d'un péplum (L’Odyssée) tandis que le producteur de film, interprété par Jack Palance, est surtout intéressé par la présence de belles actrices en naïades dénudées.
Trois décennies de purgatoire [modifier]
Décadence [modifier]
La vague des films érotiques dans les années 1970 récupère le genre : les orgies romaines sont le cœur de ces films et Caligula y est souvent mis en scène. Messaline, Impératrice et Putain de Sergio Corbucci sort en 1977 et, en 1979, le festival de Cannes découvre avec stupeur les orgies non simulées du Caligula de Tinto Brass, qui bénéficie d'un budget important, de collaborations prestigieuses et éclectiques (Bob Guccione, Hugh Hefner, Gore Vidal)[11], et d'une distribution britannique particulièrement brillante : Malcolm McDowell dans le rôle-titre, Helen Mirren, Peter O'Toole en Tibère, John Gielgud en Nerva… De nombreux péplums érotiques sont produits jusque dans les années 1980 et la Rome antique demeure un cadre classique pour les films pornographiques.
Intermittences [modifier]
Les sujets classiques [modifier]
Malgré sa disgrâce, le péplum continue de hanter le cinéma de loin en loin. Certains interprètes semblent avoir du mal à décrocher... 21 ans après le Marc Antoine de Bradley, Charlton Heston, ex-Ben Hur et Moïse, devient Marc-Antoine dans Jules César sous la direction de Stuart Burge (1970). Le film n'aura pas davantage de retentissement que le court-métrage L'Assassinat de Jules César de Raul Araiza avec Anthony Quinn et Irène Papas, tourné deux années plus tard.
La même année, Carmelo Bene, acteur chez Pasolini, filme Salomé d'après Oscar Wilde (non crédité). Sa pièce (dont l'argument lui fut fourni par un conte de Flaubert[32]) est d'ailleurs la seule pièce « antique » qui semble avoir les honneurs d'adaptations régulières, par Clive Donner en 1973, par Pedro Almodovar en 1978 (court métrage), et surtout par Claude D'Anna en 1986.
Entre respect et transgressions [modifier]
Les prophètes des trois monothéismes font aussi l'objet de films : Le Message de Mustapha Akkad (1976), production britannique, libanaise et libyenne, raconte les débuts de l'Islam ; la même année, Moïse de Gianfranco De Bosio, tourné pour la télévision, offre à Burt Lancaster l'occasion de rivaliser avec Heston ; enfin Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli (1977, coécrit par Anthony Burgess), commandé par le Vatican[19] fait de Robert Powell l'incarnation la plus connue du Christ - avec Anne Bancroft en Marie-Madeleine. Deux années plus tard, Peter Sykes et John Krisch mettent en scène Jésus/Le Film Jésus, projet atypique qui respecte scrupuleusement le texte de l'évangile selon Saint Luc, avec le Britannique Brian Deacon dans le rôle principal. Dans le même ordre d'idée, Roberto Rossellini donne en 1975 Le Messie (qui prend place dans sa série de films « éducatifs » entre Blaise Pascal et La Prise du pouvoir par Louis XIV) au dépouillement évangélique méprisé selon le réalisateur par la critique – « alibi de la société du spectacle au nom de l'esthétique » - mais apprécié d'un public populaire[33].
Plus iconoclaste - ô combien - mais non dénué d'un souci de fidélité « à la lettre », Sebastiane du britannique Derek Jarman (1976) donne à voir le martyre du favori de l'empereur Dioclétien et constitue un ovni même dans la production du cinéma homosexuel underground, entièrement dialogué en latin et interdit aux moins de dix-sept ans à sa sortie, neuf ans après la dépénalisation de l'homosexualité en Grande-Bretagne[34] - notons que le péplum, avec sa charge érotique revendiquée, constitue un terrain privilégié d'expression pour toutes les sexualités (cf. la lecture homosexuelle de la relation entre Ben-Hur et Messala[35]).
Plus léger mais aussi iconoclaste, le péplum biblique et insolent Le Larron de Pasquale Festa Campanile (1981) renoue avec l'humour sans sombrer dans la parodie. Dans un autre registre, Le Choc des Titans de Desmond Davis la même année, avec Harry Hamlin en Persée, entouré par sa compagne Ursula Andress (Aphrodite forcément), les Britanniques Laurence Olivier en Zeus idéal et Claire Bloom en Héra parfaite (selon la recette américaine), et les effets spéciaux du génial Ray Harryhausen, malgré son succès, ne connaîtra pas plus de descendance... jusqu'à une date récente.
Succès et désastre [modifier]
Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ de et avec Jean Yanne (et Michel Serrault en Jules César et Coluche en « Ben Hur Marcel ») (1982) rend compte du délabrement du genre pour le grand public. En 1984, la courageuse tentative de Bruce Beresford et Richard Gere de ressusciter le péplum hollywoodien s'achève en désastre critique et financier, et l'échec de Le Roi David condamne encore le genre à quinze années d'exil et de confidentialité, du moins sur grand écran. En 1986, Warrior Queen de Chuck Russell (inédit en France) met en scène des esclaves à Pompéi[11].
Censure et esthétique [modifier]
Claude D'Anna tourne en 1986 dans les studios de Paolis à Rome une nouvelle version de Salomé librement inspirée de la pièce d'Oscar Wilde, produite par Menahem Golan et Johann Globus, bénéficiant d'un généreux budget, de la photographie de Pasqualino de Santis, avec cottes de maille provenant du film Alexandre Nevski d'Eisenstein et interprètes principaux issus de la scène shakespearienne britannique (exception faite pour Tomas Milian), une armée de figurants et des décors fastueux. Deux versions en réalité, puisque l'une était destinée à la télévision américaine. Les propos du cinéaste montrent une fois de plus le mépris dans lequel est maintenu le péplum traditionnel : « Je n'avais qu'une crainte : tomber dans le peplum. Affubler Hérode d'une petite jupette me terrifiait. Alors on a oublié Rome, on a oublié la Judée, on a travaillé comme si on réalisait un film de science-fiction qui se situerait dans le passé. » et plus loin « Si ce film devait ressembler à quelque chose, ce serait à un opéra. » [36] Mais où est passé ce film ? En 1996 sort tout aussi discrètement Néfertiti, la fille du soleil de Guy Gilles (que celui-ci a eu du mal à financer), avec Ben Gazzara en Aménophis III et Antonella Lualdi en reine Tiyi (selon la recette italienne).
Martin Scorsese adapte le livre polémique de Nikos Kazantzakis, La Dernière Tentation du Christ en 1988, et le film, avec David Bowie en Ponce Pilate, suscite des menaces lors de sa sortie en salles. En 1994, L'Émigré, « fable réaliste » inspirée par l'histoire de Joseph et ses frères[37] interdit par la censure islamiste[38] constitue l'unique incursion de l'Égyptien Youssef Chahine dans l'Antiquité, trois ans avant Le Destin qui se déroule au Moyen Âge (également interdit).
Télévision [modifier]
Les joyaux des années 1970 [modifier]
La monumentale série télévisée européenne L'Odyssée réalisée par Franco Rossi (et Mario Bava pour l'épisode Polyphème) et produite par Dino De Laurentiis (qui vit les choses en grand avec un budget de huit millions de francs, deux ans de préparation et huit mois de tournage) n'a pas non plus lancé un vaste mouvement sur le petit écran. L'Italie, la France, l'Allemagne et la Yougoslavie s'associèrent en 1968 pour produire cette série remarquable. L'Albanais Bekim Fehmiu tenait le rôle d'Ulysse, surclassant Kirk Douglas, la Grecque Irène Papas, habituée du genre, reprenait le personnage de Pénélope ; les Français Renaud Verley (Télémaque) et Juliette Mayniel (Circé) – autre habituée –, et l'Américaine Barbara Bach, en Nausicaa de rêve, complétaient ce casting trois étoiles.
Il faut attendre 1976 pour que le Britannique Herbert Wise (qui n'a rien à voir avec celui qui avait déjà réalisé Seul contre Rome en 1962, de son vrai nom Luciano Ricci, avec Lang Jeffries dans le rôle du gladiateur Brenno et Rossana Podesta) donne un autre chef-d'œuvre du péplum à la télévision. Moi Claude empereur, d'après le roman de Robert Graves Moi, Claude, adapte de façon théâtrale les intrigues familiales de la dynastie julio-claudienne. Autour de Derek Jacobi dans le rôle-titre gravitent notamment Siân Phillips (en vénéneuse impératrice Livie) et John Hurt en Caligula…
L'année suivante, en France, le roman de Maurice Genevoix, Vaincre à Olympie, est adapté sur le petit écran, avec des habitués du genre : Jean Marais et Georges Marchal, jeunes premiers rivaux des années plus tôt.
Les années 1980 : entre politique et glamour [modifier]
Encore quelques années et Masada de Boris Sagal marque l'année 1980 : Peter O'Toole forme le couple vedette avec la magnifique Barbara Carrera, et Anthony Quayle apporte une caution supplémentaire comme Britannique et shakespearien. Comme souvent dans le péplum (romans et films), les implications politiques du sujet sautent aux yeux, et la distance temporelle facilite les transpositions. La même année, James Cellan Jones réalise en Tunisie le téléfilm Le Jour où le Christ est mort (avec Chris Sarandon dans le rôle titre), fidèle au contexte historique et traité à la manière d'une tragédie classique, l'action se déroulant en 24 heures.
En 1984 Peter Hunt remporte un beau succès grâce à l'inusable roman de Bulwer Lytton avec la série télévisée Les Derniers Jours de Pompéi tournée à Pompéi et dans les studios de Pinewood à Londres pour ABC : Lesley-Anne Down et le musclé Duncan Regehr sont les révélations hot de la saison, Olivia Hussey, ex-Juliette chez Franco Zeffirelli, Laurence Olivier apportent leur sérieux, l'Italien Franco Nero fournit l'exotisme en composant un Égyptien fourbe. Cette télésuite est sans conteste une des meilleures adaptations du roman. L'année suivante, une autre série à gros budget, tournée pour NBC, semble annoncer une nouvelle vague de péplums : Anno Domini (à laquelle collabore le grand écrivain Anthony Burgess) qui concerne également les débuts du christianisme offre à Michael Wilding Jr., fils de Michael Wilding et Elizabeth Taylor, le rôle de sa vie : Jésus ; les Britanniques Anthony Andrews (un Néron d'anthologie) et James Mason, les Américaines Ava Gardner - hallucinante en Agrippine - et Jennifer O'Neill (irrésistible Messaline), l'Espagnol Fernando Rey en impeccable Sénèque donnent une idée de cette autre réussite télévisée. En France, Gérard Brach scénarise et dialogue la fable Esclave et Pharaon (1985), tournée en désert naturel, dont l'intrigue se déroule durant les invasions hyksos.
Hélas la vague annoncée vient mourir et le péplum survit à la télévision surtout à travers la fantasy et des héros et héroïnes surhumains, Hercule ou Xéna.
Les pieuses années 1990 [modifier]
1994 marque le début d'une série de téléfilms mettant en scène l'Ancien Testament : Abraham de Joseph Sargent avec Richard Harris, Barbara Hershey en Sarah et Maximilian Schell en Pharaon, et Jacob de Peter Hall avec Matthew Modine, Lara Flynn Boyle en Rachel et l'incontournable Irène Papas en Rébecca, sont suivis l'année suivante par Ben Kingsley en Moïse et Christopher Lee en Ramsès, ainsi que Monica Belucci en reine d'Égypte face à Martin Landau (Jacob) dans Joseph, les deux téléfilms réalisés par Roger Young. Nicolas Roeg signe une nouvelle adaptation de Samson et Dalila en 1996, avec Eric Thal et Elizabeth Hurley dans les rôles titres, Dennis Hopper et Diana Rigg en compléments. En 1999 L'Arche de Noé de John Irvin offre à Jon Voight un rôle monumental et à James Coburn une participation originale.
La même année, Franc Roddam livre une énième Cléopâtre, où le James Bond shakespearien Timothy Dalton prête ses traits à Jules César et Billy Zane les siens au séducteur Marc Antoine, et Roger Young encore signe Jésus avec Jeremy Sisto dans le rôle principal, Armin Mueller-Stahl en Joseph, Jacqueline Bisset en Marie et Gary Oldman en Ponce Pilate ; en France, Serge Moati choisit Arnaud Giovaninetti pour incarner le Christ dans son Jésus adapté de Jacques Duquesne.
Exception dans ce concert de louanges religieuses (mâtinées d'humour) : L'Odyssée par le grand Andrei Konchalovsky (1997) bénéficie d'un budget de 40 millions de dollars et d'une distribution quatre étoiles et plus - Armand Assante, Greta Scacchi (Penelope), Isabella Rossellini (Athena), Irene Papas, Geraldine Chaplin, Christopher Lee en Tiresias, Vanessa Williams en Calypso, Nicholas Clay - mais ne retrouve pas la poésie de Franco Rossi.
Même l'animation semble annoncer la résurrection du péplum lorsque sort Le Prince d'Égypte en 1998...
Années 2000 : la renaissance du genre [modifier]
Les Anglo-Saxons ne partagent plus [modifier]
En 2000, Gladiator, de Ridley Scott, librement inspiré de La Chute de l'empire romain d'Anthony Mann, remporte un vif succès au box-office et suscite un regain d'intérêt pour les films à sujet antique[39]. Russell Crowe s'installe dans la mythologie du genre, ainsi que Joaquin Phoenix en empereur dément ; Richard Harris, Oliver Reed et Derek Jacobi cautionnent l'aventure de leur stature britannique. L'année suivante, le Quo vadis ? de Jerzy Kawalerowicz (35 ans après Le Pharaon) n'obtient pas la même audience. Ce sera le dernier film du grand réalisateur polonais. L'Enquête sacrée/L'inchiesta (2006) de l'Italien Giulio Base, coécrit par Suso Cecchi d'Amico, avec quand même Dolph Lundgren, Ornella Muti (Marie-Madeleine), F. Murray Abraham, Max von Sydow (ex-Jésus) en Tibère, Enrico Lo Verso en saint Pierre – et le réalisateur, non crédité, en Lazare –, ne déplacera pas davantage les foules.
En 2004 sont sortis sur les écrans deux nouveaux blockbusters américains : Troie de Wolfgang Petersen, librement inspiré de l’Iliade (les stars se bousculent, Brad Pitt dans le rôle d'Achille en tête, Julie Christie et Peter O'Toole en Priam cautionnent) et Alexandre d'Oliver Stone, nouvelle adaptation de la vie d'Alexandre le Grand, avec Colin Farrell dans le rôle du conquérant, Angelina Jolie succédant à Danielle Darrieux, et Anthony Hopkins en autorité de la vieille Angleterre.
En France, patrie de Méliès et Feuillade, mais où L'Herbier et Duvivier illustrèrent aussi le genre, l'antiquité est aujourd'hui réduite à la franchise des Astérix, de Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi (avec Christian Clavier, Gérard Depardieu et Roberto Benigni en César) en 1998 à Astérix aux Jeux olympiques (2007, avec Alain Delon en César), en passant par Mission Cléopâtre d'Alain Chabat, où Monica Belucci remplace Isabelle Adjani, initialement prévue dans le rôle de la reine d'Égypte. Et l'échec critique et public retentissant du Vercingétorix de Jacques Dorfmann (2001, avec Christophe Lambert dans le rôle titre) risque de pérenniser la situation.
Il faut maintenant se tourner vers les cinémas asiatiques (en Chine The Emperor's Shadow de Zhou Xiaowen en 1996, L'Empereur et l'Assassin de Chen Kaige en 1999, Hero de Zhang Yimou en 2003...) qui bénéficient de moyens comparables à ceux d'Hollywood pour trouver des fresques de l'antiquité rivalisant en splendeur et en retentissement avec les films américains. D'ailleurs le péplum oriental mériterait un développement propre, ayant produit de nombreux classiques les décennies précédentes (en Inde Chandragupta d'Abdul Rashid Kardar en 1934, Sikandar - Alexandre de Macédoine - de Sohrab Modi en 1941...). Des cinéastes occidentaux adaptent à l'occasion les mythes indiens : Jacques Oger pour Le Ramayana en 1984, Peter Brook pour Le Mahabharata en 1989.
Cette renaissance du genre à Hollywood, est en partie due, d'après le spécialiste Florent Pallares, aux conflits entre le Moyen-Orient et les États-Unis, qui débutent dans les années 1990 après la chute du Mur de Berlin et atteignent leur apogée dans les années 2000 (Tout comme le second âge d'or du genre dans les années 1950/1960 est marqué par la Guerre Froide)[40].
Vers plus de réalisme [modifier]
Troie, malgré son sujet mythologique, tend vers le film historique en prenant le parti de réduire à la portion congrue les apparitions des dieux et les épisodes merveilleux de la guerre de Troie. Ce parti pris est également celui des films Le Roi Arthur d'Antoine Fuqua (2004, avec Clive Owen, Keira Knightley et Stellan Skarsgard) et La Dernière Légion de Doug Lefler (2007, avec Colin Firth et Ben Kingsley), qui s'inspirent des fondements historiques de la légende arthurienne pour mettre en scène les aventures du roi Arthur au temps de la chute de l'Empire romain. Se situant dans une période similaire (le haut Moyen Âge celte se construisant sur les décombres de l'Empire romain), Kevin Reynolds revisite selon les mêmes codes la légende de Tristan et Yseut en 2006 - exit le philtre d'amour.
Dans un autre registre, La Passion du Christ écrit et réalisé par Mel Gibson, par sa représentation réaliste des souffrances de la Passion, crée l'événement et devient un des films les plus rentables de l'histoire du cinéma ; au côté de Jim Caviezel, Monica Belucci compose une bien belle Marie Madeleine.
Gore et fantasy [modifier]
En 2007, 300, de Zack Snyder, adapte à l'écran le roman graphique éponyme de Frank Miller, qui s'inspire très librement de la bataille des Thermopyles pour composer un récit d'action fantastique à l'esthétique gore ; une nouvelle fois, le film obtient un large succès au box-office. La même année, 10 000 de Roland Emmerich, qui mêle préhistoire et (très) haute antiquité, se rattache au même courant fantaisiste. Déjà, en 2002, Le Roi Scorpion de Chuck Russell explorait cette veine largement exploitée par les Italiens quarante années plus tôt.
En 2010, Le Choc des Titans de Louis Leterrier, remake du film de 1981 réalisé par Desmond Davis, voit le retour des dieux et des créatures de la mythologie grecque sur le grand écran : Liam Neeson compose Zeus et Ralph Fiennes son frère Hadès. Dès l'année suivante, Les Immortels de Tarsem Singh (caution britannique : John Hurt) met également en scène héros (Thésée, Phèdre) et dieux (Zeus, Athéna) grecs. En 2012, La Colère des Titans de Jonathan Liebesman, suite de Le Choc des Titans, sort avec les mêmes acteurs. Naturellement ce renouveau entraîne son lot de parodie, notamment Spartatouille/Orgie Movie de Jason Friedberg et Aaron Seltzer en 2008, qui s'inspire en premier lieu de 300.
Pour un péplum féminin [modifier]
Alejandro Amenabar surprend la critique en 2009 avec Agora, péplum plus proche des préoccupations intellectuelles du Cléopâtre de Joseph Mankiewicz que de l'action trépidante et virile de ses contemporains. Le film marque aussi le retour au péplum féminin.
Télévision (suite) [modifier]
Dans le même temps, le genre revit à la télévision, par le biais des téléfilms, des docu-fictions, puis des séries, à sujets antiques, historiques ou mythologiques.
En 2000, le téléfilm Jason et les Argonautes de Nick Willing relate la quête de la toison d'or par les Argonautes ; Derek Jacobi et Dennis Hopper sont embarqués dans l'aventure, qui éveille un certain écho. Mais en 2002, malgré l'immense Richard Harris en apôtre Jean, L'Apocalypse de Raffaele Mertes (qui se déroule sous l'empereur Domitien) ne fait pas de miracle pour le péplum.
En 2003 Hélène de Troie de John Kent Harrison relate la vie d'Hélène et la guerre de Troie, avec Rufus Sewell, John Rhys-Davies en Priam et Stellan Skarsgard en Thésée. En 2004, Robert Dornhelm réalise Spartacus, diffusé sur USA Network, avec Goran Visnjic dans le rôle-titre et le parrainage d'Alan Bates. Un docu-fiction consacré à l'éruption du Vésuve en 79, Le Dernier Jour de Pompéi, est réalisé en 2003 par Peter Nicholson pour la BBC, il suscite un large intérêt, tant public que critique. Ce nouveau genre semble promis à un riche avenir (par exemple Hannibal, coproduction France 2-BBC en 2006).
C'est à partir de 2006 que les séries télévisées s'emparent de nouveau de l'Antiquité, avec la prestigieuse (et coûteuse) Rome, qui raconte les dernières années de la République romaine. Coproduite par la BBC britannique et la HBO américaine, elle révèle Kevin McKidd et Ray Stevenson en légionnaires, James Purefoy en explosif Marc Antoine, ainsi que la superbe Indira Varma, qui disparaît malheureusement dans la seconde saison.
En 2010, Sam Raimi participe à la création de Spartacus : Le Sang des gladiateurs, une nouvelle version romancée (érotique et sanglante en version non édulcorée) de la vie du gladiateur Spartacus.
Liste de péplums (sélection) [modifier]
Années 1900-1910
- 1901 : Quo vadis ? de Ferdinand Zecca
- 1902 à 1905 : Vie et Passion de Jésus de Lucien Nonguet
- 1907 : Néron et Locuste de Georges Méliès
- 1908 : Le Retour d'Ulysse d'André Calmettes et Charles Le Bargy
- 1908 : Les Derniers Jours de Pompéi de Luigi Maggi
- 1909 : Néron de Luigi Maggi avec Alberto Capozzi
- 1911 : Agrippine de Enrico Guazzoni
- 1911 : La Chute de Troie de Giovanni Pastrone et Romano Luigi Borgnetto
- 1912 : Quo vadis ? de Enrico Guazzoni avec Amleto Novelli, Bruto Castellani (Ursus)
- 1913 : L'Agonie de Byzance de Louis Feuillade
- 1914 : Cabiria de Giovanni Pastrone avec Bartolomeo Pagano (Maciste)
- 1916 : Christus de Giulio Antamoro avec Alberto Pasquali
- 1916 : Intolérance de David W. Griffith (épisodes babylonien et juif, ce dernier avec Bessie Love et W. S. Van Dyke)
Années 1920
- 1922 : La Femme du pharaon d'Ernst Lubitsch avec Emil Jannings
- 1923 : Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille (prologue biblique avec Theodore Roberts et Charles de Rochefort)
- 1923 : Salomé de Charles Bryant avec Alla Nazimova
- 1924 : Quo vadis ? de Gabriele D'Annunzio et Georg Jacoby avec Emil Jannings
- 1926 : Ben-Hur de Fred Niblo avec Ramon Novarro, Francis X. Bushman, May McAvoy
- 1926 : Les Derniers Jours de Pompéi de Carmine Gallone avec Victor Varconi, Lina De Liguoro
- 1927 : Le Roi des Rois de Cecil B. DeMille avec H. B. Warner
- 1927 : La Vie privée d'Hélène de Troie d'Alexander Korda
- 1928 : L'Arche de Noé de Michael Curtiz
Années 1930
- 1932 : Le Signe de la croix (The Sign of the Cross) de Cecil B. DeMille avec Fredric March, Claudette Colbert et Charles Laughton
- 1935 : Cléopâtre de Cecil B. DeMille avec Claudette Colbert, Warren William, Henry Wilcoxon
- 1935 : Golgotha de Julien Duvivier avec Robert Le Vigan, Harry Baur, Edwige Feuillère, Jean Gabin
- 1937 : Scipion l'Africain de Carmine Gallone avec Annibale Ninchi, Camillo Pilotto, Isa Miranda
Années 1940
- 1941 : Sikabdar/Sikandar, de Sohrab Modi, coproduction indo-iranienne, avec Prithviraj Kapoor (Alexandre le Grand), Vanamala (Rukhsana/Roxane), Sohrab Modi (Pôros, roi de Pendjab), Shakir (Aristote) - stock shots extraits de Scipion l’Africain de Carmine Gallone (1937)
- 1945 : César et Cléopâtre de Gabriel Pascal d'après George Bernard Shaw avec Vivien Leigh et Claude Rains
- 1949 : Samson et Dalila (Samson and Delilah) de Cecil B. DeMille avec Victor Mature et Hedy Lamarr, George Sanders, Angela Lansbury
- 1949 : Messaline de Carmine Gallone avec Maria Felix et Georges Marchal
- 1949 : Fabiola d'Alessandro Blasetti avec Michèle Morgan, Henri Vidal, Michel Simon
Années 1950
- 1951 : Quo vadis ? de Mervyn LeRoy avec Robert Taylor, Deborah Kerr, Peter Ustinov et Leo Genn
- 1951 : David et Bethsabée (David and Bathsheba) d'Henry King avec Gregory Peck et Susan Hayward
- 1952 : Androclès et le lion (Androcles and the Lion) de Chester Erskine avec Jean Simmons, Victor Mature
- 1952 : Spartacus de Riccardo Freda avec Massimo Girotti, Ludmila Tchérina, Gianna Maria Canale
- 1953 : Jules César (Julius Caesar) de Joseph Leo Mankiewicz avec Louis Calhern (César), Marlon Brando, James Mason, Deborah Kerr, John Gielgud, Greer Garson
- 1953 : La Tunique (The Robe) d'Henry Koster avec Richard Burton, Jean Simmons, Victor Mature
- 1953 : Théodora, impératrice de Byzance de Riccardo Freda avec Gianna Maria Canale, Georges Marchal
- 1953 : Salomé (Salome) de William Dieterle avec Rita Hayworth, Stewart Granger, Charles Laughton, Judith Anderson
- 1954 : Les Gladiateurs (Demetrius and the Gladiators) de Delmer Daves avec Victor Mature, Susan Hayward, Debra Paget, Anne Bancroft
- 1954 : L'Égyptien (The Egyptian) de Michael Curtiz avec Edmund Purdom, Jean Simmons, Victor Mature, Gene Tierney et Bella Darvi
- 1954 : Ulysse (Ulisse) de Mario Camerini avec Kirk Douglas, Silvana Mangano, Anthony Quinn, Rossana Podesta
- 1954 : Attila de Pietro Francisci avec Anthony Quinn
- 1955 : La Terre des pharaons (Land of the Pharaohs) d'Howard Hawks avec Jack Hawkins et Joan Collins
- 1955 : Le Fils prodigue (The Prodigal), de Richard Thorpe avec Lana Turner et Edmund Purdom
- 1956 : Les Dix Commandements (The Ten Commandments) de Cecil B. DeMille avec Charlton Heston, Yul Brynner, Anne Baxter, Yvonne De Carlo, Edward G. Robinson
- 1956 : Alexandre le Grand (Alexander the great) de Robert Rossen, avec Richard Burton,
- 1956 : Hélène de Troie (Helen of Troy) de Robert Wise avec Rossana Podesta, Jacques Sernas et Brigitte Bardot
- 1956 : Sous le signe de la croix de Guido Brignone avec Gianna Maria Canale, Jorge Mistral
- 1958 : Les Travaux d'Hercule de Pietro Francisci avec Steve Reeves et Sylva Koscina
- 1958 : Sous le signe de Rome de Guido Brignone et Michelangelo Antonioni avec Anita Ekberg, Georges Marchal, Gino Cervi, Jacques Sernas
- 1959 : Hercule et la Reine de Lydie de Pietro Francisci avec Steve Reeves et Sylvia Lopez
- 1959 : Les Légions de Cléopâtre de Vittorio Cottafavi avec Linda Cristal
- 1959 : Salomon et la reine de Saba (Solomon and Sheba) de King Vidor avec Yul Brynner, Gina Lollobrigida, George Sanders
- 1959 : Ben-Hur de William Wyler avec Charlton Heston, Stephen Boyd et Jack Hawkins
- 1959 : Simon le pêcheur (The Big Fisherman) de Frank Borzage avec Howard Keel, John Saxon et Martha Hyer
- 1959 : La Bataille de Marathon (La Battaglia di Maratona) de Jacques Tourneur avec Steve Reeves et Mylène Demongeot
- 1959 : La Terreur des barbares de Carlo Campogalliani avec Steve Reeves, Chelo Alonso
Années 1960
- 1960 : Esther et le Roi (Esther and the King) de Raoul Walsh avec Joan Collins et Richard Egan
- 1960 : Spartacus de Stanley Kubrick avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Charles Laughton, Jean Simmons, Tony Curtis, Peter Ustinov
- 1960 : La Reine des Amazones de Vittorio Sala avec Gianna Maria Canale, Rod Taylor
- 1961 : Le Colosse de Rhodes (Il colosso di Rodi) de Sergio Leone avec Rory Calhoun, Lea Massari et Georges Marchal
- 1961 : Le Roi des rois (King of Kings) de Nicholas Ray avec Jeffrey Hunter, Robert Ryan, Hurd Hatfield, Carmen Sevilla
- 1961 : Romulus et Remus (Romolo e Remo) de Sergio Corbucci avec Steve Reeves, Gordon Scott et Virna Lisi
- 1961 : Barabbas (Barabba) de Richard Fleischer avec Anthony Quinn, Silvana Mangano, Jack Palance, Vittorio Gassman, Katy Jurado, Ernest Borgnine
- 1961 : Hercule contre les vampires de Mario Bava avec Reg Park et Christopher Lee
- 1961 : La Charge de Syracuse de Pietro Francisci avec Rossano Brazzi, Tina Louise, Sylva Koscina, Gino Cervi
- 1961 : Le Glaive du conquérant de Carlo Campogalliani avec Jack Palance et Eleonora Rossi Drago
- 1961 : Maciste contre le fantôme de Sergio Corbucci et Giacomo Gentilomo avec Gordon Scott, Gianna Maria Canale, Jacques Sernas
- 1961 : Le Géant à la cour de Kublai Khan de Riccardo Freda avec Gordon Scott, Yoko Tani, Valery Inkijinoff
- 1961 : Les Titans de Duccio Tessari avec Giuliano Gemma, Antonella Lualdi, Pedro Armendariz, Jacqueline Sassard
- 1962 : Maciste en enfer de Riccardo Freda avec Kirk Morris
- 1963 : Cléopâtre (Cleopatra) de Joseph L. Mankiewicz avec Elizabeth Taylor, Rex Harrison, Richard Burton, Roddy McDowall, Martin Landau
- 1963 : Jason et les Argonautes (Jason and the Argonauts) de Don Chaffey avec Todd Armstrong et Nancy Kovack
- 1964: Hercule, Samson et Ulysse de Pietro Francisci avec Kirk Morris
- 1964: La Chute de l'empire romain d'Anthony Mann avec Stephen Boyd, Sophia Loren, Alec Guiness, James Mason, Christopher Plummer, Omar Sharif
- 1966 : Pharaon de Jerzy Kawalerowicz avec Jerzy Zelnik
- 1967 : Œdipe roi de Pier Paolo Pasolini avec Franco Citti, Silvana Mangano, Alida Valli, Carmelo Bene
- 1968 : L'Odyssée de Franco Rossi série
- 1968 : Satyricon de Gian Luigi Polidoro avec Tina Aumont, Ugo Tognazzi et Valérie Lagrange
- 1969 : Médée de Pier Paolo Pasolini avec Maria Callas, Massimo Girotti, Laurent Terzieff
- 1969 : Satyricon (Fellini Satyricon) de Federico Fellini avec Martin Potter, Hiram Keller, Capucine, Magali Noël
Années 1970
- 1970 : L'Âne d'Or de Sergio Spina
- 1973 : Les Troyennes de Michael Cacoyannis avec Katharine Hepburn, Vanessa Redgrave, Irène Papas, Geneviève Bujold
- 1975 : Le Messie de Roberto Rossellini
- 1976 : Sebastiane de Derek Jarman et Paul Humfress avec Leonardo Treviglio, Neil Kennedy
- 1976 : Moi, Claude de Herbert Wise série
- 1976 : Moïse de Gianfranco De Bosio avec Burt Lancaster télésuite
- 1977 : Vaincre à Olympie de Michel Subiela, écrit par Maurice Genevoix, avec Jean Marais, Thierry Dufour, Georges Marchal téléfilm
- 1977 : Jésus de Nazareth (Jesus of Nazareth) de Franco Zeffirelli avec Robert Powell, Olivia Hussey, Michael York, James Farentino, Christopher Plummer, Anne Bancroft, Rod Steiger, Laurence Olivier, James Mason, Anthony Quinn, Ernest Borgnine, Claudia Cardinale.
- 1979 : Caligula de Tinto Brass avec Malcolm McDowell, Helen Mirren, Peter O'Toole, John Gielgud
Années 1980
- 1980 : Massada de Boris Sagal avec Peter O'Toole, Barbara Carrera, Anthony Quayle télésuite
- 1981 : Le Larron de Pasquale Festa Campanile avec Enrico Montesano, Edwige Fenech, Bernadette Lafont
- 1981 : Le Choc des Titans (Clash of the Titans) de Desmond Davis avec Harry Hamlin, Laurence Olivier et Ursula Andress
- 1984 : Le Roi David de Bruce Beresford avec Richard Gere, Alice Krige
- 1984 : Les Derniers Jours de Pompéi de Peter Hunt avec Lesley-Anne Down, Nicholas Clay, Duncan Regehr, Olivia Hussey, Laurence Olivier, Franco Nero télésuite
- 1985 : Anno Domini de Stuart Cooper avec Michael Wilding Jr., Anthony Andrews, James Mason, Ava Gardner, Jennifer O'Neill, Fernando Rey, Susan Sarandon télésuite
- 1986 : Salomé de Claude D'Anna d'après Oscar Wilde avec Jo Champa, Tim Woodward, Pamela Salem, Tomas Milian (Hérode)
- 1988 : La Dernière tentation du Christ de Martin Scorsese avec Willem Dafoe, Harvey Keitel, Barbara Hershey, David Bowie, Harry Dean Stanton
Années 1990
- 1994 : L'Émigré de Youssef Chahine avec Ahmed Bedir, Yousra, Michel Piccoli
- 1996 : Néfertiti, la fille du soleil de Guy Gilles avec Ben Gazzara et Antonella Lualdi
- 1997 : L'Odyssée d'Andrei Konchalovsky avec Armand Assante, Greta Scacchi, Isabella Rossellini, Irene Papas, Geraldine Chaplin, Christopher Lee, Vanessa Williams, Nicholas Clay télésuite
Années 2000
- 2000 : Gladiator de Ridley Scott avec Russell Crowe, Joaquin Phoenix, Connie Nielsen, Richard Harris, Oliver Reed, Derek Jacobi
- 2001 : Quo vadis ? de Jerzy Kawalerowicz
- 2001 : Attila le Hun (Attila), téléfilm de Dick Lowry avec Gerard Butler et Powers Boothe
- 2001 : Vercingétorix : La légende du druide roi (Vercingétorix) de Jacques Dorfmann avec Christophe Lambert, Klaus Maria Brandauer, Max von Sydow, Bernard-Pierre Donnadieu
- 2003 : Le Roi Arthur d'Antoine Fuqua avec Clive Owen, Keira Knightley, Ioan Gruffudd, Stephen Dillane, Mads Mikkelsen
- 2004 : Troie (Troy) de Wolfgang Petersen avec Brad Pitt, Diane Kruger, Eric Bana, Orlando Bloom et Peter O'Toole
- 2004 : Alexandre (Alexander) d'Oliver Stone avec Colin Farrell, Jared Leto, Angelina Jolie, Val Kilmer, Anthony Hopkins
- 2004 : La Passion du Christ de Mel Gibson avec Jim Caviezel, Monica Belucci
- 2004 : Spartacus de Robert Dornhelm d'après Howard Fast avec Goran Visnjic, Alan Bates téléfilm
- 2006 : L'Enquête sacrée de Giulio Base avec Dolph Lundgren, Mónica Cruz, Hristo Shopov, Ornella Muti, F. Murray Abraham, Max von Sydow, Enrico Lo Verso
- 2006 : Rome série
- 2007 : 300 de Zack Snyder avec Gerard Butler, Lena Headey et Rodrigo Santoro
- 2007 : La Dernière Légion de Doug Lefler
- 2007 : Sa Majesté Minor de Jean-Jacques Annaud
- 2008 : Cyclope de Declan O'Brien avec Eric Roberts
- 2008 : Odysseus : Voyage au cœur de ténèbres de Terry Ingram avec Arnold Vosloo, Sonya Salomaa, Stefanie Von Pfetten, Mike Antonakos
- 2008 : Kingdom of War de Ching Siu-tung et Zhao Xiaoding avec Donnie Yen, Guo Xiaodong, Kou Zhenghai (Chine, IIe siècle avant Jésus Christ)
- 2009 : Agora d'Alejandro Amenábar avec Rachel Weisz et Michael Lonsdale (Festival de Cannes 2009)
Années 2010
- 2010 : Le Choc des Titans (Clash of the Titans) de Louis Leterrier avec Sam Worthington et Gemma Arterton
- 2010 : Ben-Hur de Steve Shill avec Joseph Morgan, Kristin Kreuk, Ray Winstone, Art Malik, Ben Cross en Tibère télésuite
- 2010 : Centurion de Neil Marshall, avec Michael Fassbender, Dominic West, et Olga Kurylenko
- 2011 : L'Aigle de la Neuvième Légion de Kevin Macdonald, avec Channing Tatum, Jamie Bell, et Donald Sutherland
- 2011 : Les Immortels de Tarsem Singh
- 2012 : La Colère des Titans de Jonathan Liebesman
Annexes [modifier]
Péplum haute couture / Hollywood Falbalas [modifier]
Dans l'univers « olympien » des stars notamment hollywoodiennes, le vêtement - qui donne ici son nom au genre cinématographique, fait unique semble-t-il - revêt une importance flagrante. Et, comme le film historique en général et le film exotique en particulier, le péplum fait la part belle aux stylistes en mal d'évasion. Il s'agit en outre d'habiller/déshabiller artistiquement quelques-unes (euphémisme) des plus belles femmes de l'écran - accessoirement des hommes aussi, mais un pagne suffit souvent...
Au début de l'industrie cinématographique américaine, les réalisateurs eux-mêmes, et non des moindres, créent les costumes de leurs interprètes, D. W. Griffith et Cecil B. DeMille au premier rang de cette pratique rapidement révolue. Intolérance (1916) marque une date également dans le domaine des costumes puisque pour la première fois ceux-ci sont spécialement conçus et réalisés pour des centaines de figurants et non loués comme à l'habitude.
Avec l'avènement des producteurs banquiers et du star-system, ce dernier incarné dans les premiers temps par l'immortelle Theda Bara, interprète érotisée à l'extrême de Sapho, Cléopâtre et Salomé, le cinéma fait appel à des artistes extérieurs, également des stars dans leur domaine, par exemple Paul Iribe, couturier et décorateur que la Paramount fait venir spécialement aux États-Unis, crée pour Gloria Swanson une robe entièrement faite de perles blanches et une coiffure en plumes de paon (une passion de De Mille censée porter malheur) arborées dans L'Admirable Crichton en 1919 ; cette robe légendaire est encore conservée dans le château du metteur en scène transformé en musée. Trente ans plus tard, Edith Head s'en inspire pour revêtir Hedy Lamarr dans Samson et Dalila du même réalisateur. Entre temps, Travis Banton aura pareillement habillé/déshabillé Claudette Colbert dans Cléopâtre (toujours signé De Mille), usant de lourds bijoux pour compenser la légèreté de ses tenues.
Plus tard, Jean Louis crée pour Rita Hayworth les robes de Salomé (après celles de Gilda), notamment celle dans laquelle la star exécute la fameuse danse des sept voiles, et Herschel McCoy dévoile généreusement l'anatomie de Lana Turner, dont la carrière marquait le pas, dans Le fils prodigue, relançant celle-ci pour dix années - malgré le relatif insuccès du film. Esther Williams est tout aussi exhibée par Helen Rose dans La Chérie de Jupiter (1952) que dans ses comédies aquatiques aux maillots de bain ajustés... Dans Un caprice de Vénus, Orry-Kelly certes habille Ava Gardner d'une longue robe mais une fente découvre sa jambe jusques en haut de la cuisse.
Pour le monumental Cléopâtre de Joseph Mankiewicz (chant du cygne provisoire du genre), 65 costumes (ainsi que 30 perruques et 125 bijoux) sont créés pour la superstar Elizabeth Taylor par Irene Sharaff ; la robe d'Isis, ornée d'or à 24 carats, coûte à elle seule 65 000 dollars. Les suivantes de la reine d'Égypte sont si peu vêtues qu'un garde du corps leur est dévolu ; les figurantes se mettront en grève pour protester contre des attouchements incessants.
Architecture : Hollywood-Babylone [modifier]
Los Angeles et Hollywood se confondent dans notre imaginaire et parfois dans la réalité. Ainsi l'architecture de la ville californienne a été fortement marquée par celle des films - et des péplums en premier lieu. Des décors monumentaux, en stuc ou aggloméré, domineront longtemps la perspective, tels ceux de Intolérance de Griffith (45 mètres de hauteur) ou du Roi des rois de De Mille (ces derniers remaniés pour King Kong en 1933). Les modes égyptienne et assyrienne ont envahi la Californie du Sud de la fin des années vingt au début des années trente : « les immeubles d'habitation copiaient les palais de Ramsès et les temples d'Osiris, une usine de pneus copiait le palais de Ninive, Sid Grauman construisit un vaste théâtre égyptien sur Hollywood Boulevard [en 1922], et même l'hôtel de ville se dota d'une ziggourat[42] »
Le célèbre cinéma égyptien de Sidney Grauman (qui eut l'idée de l'empreinte des mains et des chaussures des stars sur le trottoir d'Hollywood Boulevard) fut la première des splendeurs commanditée par cet homme illustre, dont la statue trône sur ce même boulevard : les architectes Meyer et Holler s'inspirèrent du temple de Karnak et leur œuvre, malheureusement « affreusement rénovée », se dresse toujours au 6712, Hollywood Boulevard. De son côté, George Samson rendit hommage à son homonyme biblique sur la façade assyro-babylonienne du siège social de son entreprise de caoutchouc, la Samson Tyre and Rubber Company, construit en 1929 par Morgan, Wells et Clements au 5675 Telegraph Road, Boyle Heights[43].
Naturellement, l'antiquité africaine et orientale n'a pas l'apanage de ces délires architecturaux, qui empruntent autant au style mauresque qu'à celui des Mayas ou à l'Europe médiévale.
Music for masses (années 50-60) [modifier]
Comme les décors (extérieurs et intérieurs), les costumes, la plastique des acteurs, la photographie, voire les dialogues, la musique participe de l'esthétique du péplum pour une part importante.
États-Unis [modifier]
En Amérique, le compositeur d'origine hongroise Miklos Rozsa s'impose comme le principal spécialiste de l'épopée et du péplum notamment. Selon Christian Viviani[44] : « ses accords violents et furieux » renforcent la grandeur épique des superproductions auxquelles son nom est associé, Quo vadis ? de LeRoy et Ben Hur de Wyler au premier plan, mais également Le Roi des Rois de Ray, Sodome et Gomorrhe et le sobre Jules César de Mankiewicz. C'est le premier de ces films qui lui apporte la gloire et l'associe désormais au genre, grâce notamment aux sources grecques, arabes et siciliennes archaïques auxquelles il puise ; la marche triomphale Ave Caesar demeure un must dans le domaine. L'artiste utilise les mêmes effets dans Ben Hur, incorporant des éléments hébraïques anciens, et les thèmes religieux frappent autant que les scènes d'action - batailles, orgies - tout comme The Lord's Prayer et The Crucifixion dans Le Roi des Rois... De Jules César, on peut retenir notamment la marche funèbre. Quant à Sodome et Gomorrhe (pour lequel il remplace Dimitri Tiomkin tombé malade) au tournage si chaotique, sa musique donne une unité au film voire le sauve du ridicule par endroits[45]. Dans des genres cousins du péplum, Rozsa a aussi illustré des épopées médiévales (Le Cid de Mann, Les Chevaliers de la Table ronde et Ivanhoéde Thorpe) et des aventures exotiques mêlées de merveilleux (Le Voleur de Bagdad, Le Voyage fantastique de Sinbad de Gordon Hessler).
Après Quo vadis ?, le péplum américain s'épanouit sous la direction des plus grands et naturellement les compositeurs les plus importants les accompagnent. Si son travail pour Les Dix Commandements contribue à imposer Elmer Bernstein à Hollywood, celui-ci ne marque pas de reconnaissance particulière envers le genre. Plus importantes seront les contributions d'Alfred Newman (La Tunique, L'Égyptien avec Bernard Hermann, La Plus Grande Histoire jamais contée de Stevens), Alex North (Spartacus, Cléopâtre) ou Dimitri Tiomkin (La Terre des pharaons, La Chute de l'empire romain). Hermann, plus connu pour son travail avec Alfred Hitchcock, revient au péplum - dans la catégorie « fantastique » ou « merveilleux » - avec Jason et les Argonautes.
D'autres travaillent à l'occasion sur le genre « à l'antique » : Max Steiner (Hélène de Troie), Daniele Amfitheatrof (Salomé de Dieterle), Bronislau Kaper (Le Fils prodigue), Victor Young, collaborateur régulier de De Mille succédant à Rudolph Kopp et George Antheil[46] (Samson et Dalila), Franz Waxman (Les Gladiateurs)... On ne soulignera jamais assez la dette du space opera envers le péplum, ainsi qu'en témoigne par exemple l'étourdissante musique écrite par John Williams pour la saga La Guerre des étoiles. Enfin, des contributions originales interviennent, comme celle de Peter Gabriel à la La Dernière Tentation du Christ de Scorsese.
Italie [modifier]
Dans le camp italien, la notoriété est moindre, à la mesure du prestige de la cinématographique populaire nationale. Seul Mario Nascimbene peut prétendre à un statut international grâce à ses collaborations américaines (Alexandre le Grand, Salomon et la Reine de Saba) ; dans son pays il travaille également sur Constantin le Grand ou Foudres sur babylone d'Amadio, et pour l'anecdote compose la musique de La Momie de l'Égyptien Shadi Abd As-Salam (sur le trafic d'objets archéologiques au XIXe siècle). Angelo Francesco Lavagnino travaille également sur des coproductions internationales (Le Colosse de Rhodes, Esther et le Roi avec Roberto Nicolosi, Ponce Pilate de Rapper) et apparaît également au générique de Sous le signe de Rome, Ulysse contre Hercule de Caiano, Les Derniers Jours de Pompéi de Bonnard ou Les Dix Gladiateurs de Parolini.
D'autres noms reviennent aux génériques des péplums italiens : Armando Trovaioli (Deux Nuits avec Cléopâtre, Maciste, l'homme le plus fort du monde, L'Esclave de Rome de Grieco, Le Géant de Métropolis de Scarpelli), Carlo Savina (Sémiramis, déesse de l'Orient de Zeglio, Les Amours d'Hercule de Bragaglia - selon les sources -, Hercule se déchaîne de Parolini, Dans l'enfer de Gengis Khan de Paolella), Carlo Rustichelli (Les Amours d'Hercule selon d'autres sources, Fort Alésia de Margheriti, la série L'Odyssée de Rossi) ou Renzo Rossellini (Les Légions de Cléopâtre, Théodora, impératrice de Byzance, voire Les Tartares de Thorpe). Enfin, Fellini fait appel à son compositeur attitré, Nino Rota, pour la bande originale de son unique péplum, le célèbre Satyricon.
Bibliographie [modifier]
- Claude Aziza, Guide de l'Antiquité au cinéma, Paris, Les Belles Lettres, 2008, 300 p. (ISBN 9782251443546)
- Hervé Dumont, L'Antiquité au cinéma : Vérités, Légendes et Manipulations, Paris, Nouveau Monde Éditions, 15 octobre 2009, 688 p. (ISBN 2847364765)
- Claude Aziza, Le Péplum, un mauvais genre, Paris, Éditions Klincksieck, coll. « 50 questions », 5 novembre 2009, 192 p. (ISBN 9782252037386) [présentation en ligne]
- Florent Pallares, « Représentations de la guerre et de la paix dans le cinéma à sujet antique hollywoodien » in Images de guerre, guerre des images, paix en images : la guerre dans l’art, l’art dans la guerre, Perpignan, Presse Universitaire de Perpignan (PUP), coll. « Etudes », janvier 2013, 357 p. (ISBN 9782354121761) [présentation en ligne]
Liens externes [modifier]
- PEPLVM - IMAGES DE L'ANTIQUITE (Michel Eloy)
- Le péplum sur Free.fr
- Le péplum et ses coutures
- peplumania.info (site allemand avec plus de 500 péplums)
- 8 janvier 2011 : Les Ruines de Pompéi : l'émotion et le rêve, entretien de Claude Aziza avec Jean-Noël Jeanneney dans l'émission de radio Concordance des temps, diffusée sur France Culture (59 minutes) Écouter en ligne
- 26 février 2011 : Le Péplum, thème de l'émission de radio Projection privée de Michel Ciment, diffusée sur France Culture (59 minutes) Écouter en ligne
Notes et références [modifier]
- Précisé par Claude Aziza et Hervé Dumont, invités de l'émission Deux mille ans d'Histoire consacrée au « Péplum » et diffusée par France Inter le 18 novembre 2009.
- Source : émission Concordance des temps diffusée le 4 août 2007 par France Culture.
- Voir l'adaptation de l'opéra de Verdi, Aïda en 1953, ou les propos de Claude D'Anna, réalisateur de Salomé - qui donna lieu également à un opéra de Richard Strauss - dans Télérama numéro 1849, 19 juin 1986
- « Genre sans limites ou limites du genre » par Gérard Legrand dans Positif numéro 456, février 1999, dossier « le péplum italien » : « Dans Ulysse contre Hercule, la reine des oiseaux est succinctement vêtue de plumes comme une avenante meneuse de revue. »
- cf. le récent 300 adapté de Frank Miller
- Dans « Écoles, genres et mouvements au cinéma » (Larousse, collection Reconnaître, 2000), Vincent Pinel inclut le péplum dans les catégories Film d'art, Film biographique, Fantastique, Film historique, Série, Star System, Superproduction, Théâtre filmé, Film de truquages, l'exclut des catégories Film d'action, Film d'auteur, Film d'aventures, Film catastrophe, Comédie, Film érotique, Merveilleux, Film parodique, Film politique, mais le rapproche du Mélodrame, selon des sélections forcément arbitraires et partielles. Il crée en outre les sous-catégories Super-péplum (partagé entre Historique et Superproduction) et « genre all'italiana ».
- Positif numéro 456, février 1999, dossier « le péplum italien » réuni par Claude Aziza et Jean A. Gili
- Gaumont, 90 ans de cinéma, Ramsay, La Cinémathèque Française, 1986
- « Louis Feuillade le précurseur » par Philippe d'Hughes et « Le dieu cinéma » par Renée Carl (interprète de Judith de Feuillade) dans Gaumont, 90 ans de cinéma, 1986
- Dictionnaire Larousse du cinéma français
- Positif numéro 456, février 1999
- Jean Tulard, Dictionnaire des réalisateurs
- Positif" numéro 456, février 1999
- Lillian Gish, Le Cinéma, M. Griffith et Moi
- Télérama numéro 3011, 26 septembre 2007
- Dictionnaire Larousse du cinéma américain
- Gloria Swanson par elle-même, Ramsey Poche Cinéma, 1981, pages 120 à 124
- Le Cinéma américain, les années trente de Olivier-René Veillon, collection Points, éditions du Seuil, 1986
- Jésus-Christ, star de cinéma, documentaire britannique de Martin Goodsmith
- « Quand les films s'appelaient des photoplays » par Christian Viviani dans Hollywood 1927-1941 : la propagande par les rêves ou le triomphe du modèle américain, série Mémoires numéro 9, collection Autrement, septembre 1991
- Le cinéma américain, les années trente, collection Points, éditions du Seuil, 1986
- coffret dvd de la série Moi, Claude
- Histoire du cinéma britannique de Philippe Pilard, Nathan Université, 1996
- Vivien Leigh, d'air et de feu de Serge Mafioly, Henri Veyrier - le sous-titre est extrait de Antoine et Cléopâtre de Shakespeare
- Histoire du cinéma britannique de Philippe Pilard, Nathan Université
- Ramsay Cinéma, 2001 - voir également « Passé imparfait » de Joan Collins, Michel Lafon, 1986, pour le thème de la censure (amusante anecdote du nombril)
- Marlon Brando, Les Chansons que me chantait ma mère, Belfond, 1994
- Le Fils du chiffonnier, Presses de la Renaissance, 1989. On y apprend notamment qu'un premier projet de biographie de Spartacus devait être réalisé par Martin Ritt avec Yul Brynner, et l'auteur y retranscrit intégralement le dialogue homosexuel entre Laurence Olivier et Tony Curtis, qui gêna tant la censure. En revanche, point d'allusion au film de Freda...
- Florent Pallares, « Représentations de la guerre et de la paix dans le cinéma à sujet antique hollywoodien. » in Images de guerre, guerre des images, paix en images : la guerre dans l’art, l’art dans la guerre, P.U.P, 2013. p.109
- peplums.info
- Écoles, genres et mouvements au cinéma de Vincent Pinel, Larousse, collection Reconnaître, 2000
- Télérama numéro 1849, 19 juin 1986
- Fragments d'une autobiographie par Roberto Rossellini, Ramsay, 1987
- Studio, octobre 2006, « Les 20 films gay incontournables »
- The Celluloid Closet de Rob Epstein et Jeffrey Friedman (1995) d'après l'ouvrage de Vito Russo
- Entretien avec Claude D'Anna pour Télérama numéro 1849, 19 juin 1986
- Télérama numéro 2403, 31 janvier 1996
- Entretien avec Youssef Chahine pour Télérama (numéro 2390, 1er janvier 1995) : « Avant son interdiction, L'Émigré a été vu par 800 000 spectateurs, dont 80 % avaient entre quinze et vingt-cinq ans. À ce public, je veux dire et répéter que le fanatisme est la pire des solutions. »
- Claude Aziza (2008), p. 117-119.
- Florent Pallares, « Représentations de la guerre et de la paix dans le cinéma à sujet antique hollywoodien. » in Images de guerre, guerre des images, paix en images : la guerre dans l’art, l’art dans la guerre, P.U.P, 2013. pp.107-119
- Hollywood falbalas d'Evelyne Caron-Lowins, Pierre Bordas et fils, 1995
- « Hollywood et Los Angeles : un mariage difficile » par Mike Davis dans Hollywood 1927-1941 : la propagande par les rêves ou le triomphe du modèle américain, série Mémoires numéro 9, collection Autrement, septembre 1991
- « Une architecture hallucinée » par Francis Lacloche dans Hollywood 1927-1941 : la propagande par les rêves ou le triomphe du modèle américain, série Mémoires numéro 9, collection Autrement, septembre 1991
- Dictionnaire du cinéma américain, Références Larousse
- livrets de The Essential Miklos Rozsa, Silva Screen Records, 2000, et Ben-Hur, a tale of the Christ, Turner Entertainment, 1996
- Le cinéma américain, les années trente de Olivier-René Veillon, collection Points, éditions du Seuil, 1986