Tombeau de Toutânkhamon

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KV 62
Tombeau de Toutânkhamon
Tombeaux de l'Égypte antique
Image illustrative de l'article Tombeau de Toutânkhamon
Masque funéraire de Toutânkhamon
Emplacement Vallée des rois
Coordonnées 25° 26′ N 32° 22′ E / 25.44, 32.36 ()25° 26′ Nord 32° 22′ Est / 25.44, 32.36 ()  
Découverte 4 novembre 1922
Fouillé par Howard Carter
Dimensions
Hauteur maximale 3,68 m
Largeur minimale 0,66 m
Largeur maximale 7,86 m
Longueur totale 30,79 m
Superficie totale 109,83 m2
Volume total 277,01 m3
Classement
Vallée des rois - KV62 +
Situation sur carte Égypte
KV 62

Le tombeau de Toutânkhamon (KV62) est un hypogée découvert le 4 novembre 1922 dans la vallée des rois sur la rive ouest du Nil face à Louxor par Howard Carter, égyptologue anglais qui avait été chargé d'effectuer ces fouilles par Lord Carnarvon.

Hypothèses sur la sépulture[modifier | modifier le code]

Bien que la porte du tombeau ait été forcée dans l'Antiquité, le contenu est resté quasi intact. Plusieurs indices ont convaincu Carter que le tombeau reçut par deux fois la visite de voleurs de sépulture, la première aussitôt les cérémonies funéraires achevées. La tombe renfermait de nombreux objets de la vie quotidienne et sa découverte a ainsi aidé à mieux comprendre la vie des Égyptiens de l'Antiquité. Le trésor funéraire était composé d'objets d'or, d'albâtre et d'ivoire.

C'est probablement grâce à la volonté des successeurs de Toutânkhamon, Aÿ et Horemheb puis les ramessides, de faire tomber son règne dans l'oubli, que son tombeau a pu échapper aux pilleurs de tombes. Toutânkhamon est, semble-t-il, le dernier pharaon de la lignée issue du pharaon hérétique (Amenhotep IV) et, avec lui, disparaissent les dernières traces de la période amarnienne. Les noms de Toutânkhamon et de ses prédécesseurs jusqu'à Amenhotep IV sont retirés des listes royales officielles par martelage des cartouches.

L'entrée du caveau a été accidentellement préservée par les gravats provenant de KV9, qui regroupe les tombes de Ramsès V et de Ramsès VI, la protégeant ainsi des pillards jusqu’à sa découverte par Carter et Carnavon. Il a fallu dix ans à Howard Carter pour venir à bout des fouilles du tombeau et répertorier les milliers d'objets qui s'y trouvaient. Il fut aidé dans sa tâche par de nombreux scientifiques, dont le photographe Harry Burton[1].

Au-delà de l'intérêt strictement archéologique du tombeau et de son contenu, Toutânkhamon est devenu également célèbre en raison de la malédiction du pharaon, légende qui naquit peu après la découverte du tombeau, lors du décès mystérieux de lord Carnarvon en avril 1923. Récemment, une étude d'ADNs a été menée sur sa momie et 11 autres par Zahi Hawass.

Plan de la tombe[modifier | modifier le code]

Plan du tombeau : (1) Chambre du trésor, (2) Chambre funéraire, (3) troisième porte, (4) Antichambre, (5) Annexe, (6) quatrième porte, (7) deuxième porte, (8) Corridor, (9) première porte, (10) Escaliers, (A) Mur de plâtre, (B) Mur, (C) Niche

L'entrée de la tombe[modifier | modifier le code]

Seize marches descendent vers la porte d'entrée de la tombe.

Le couloir[modifier | modifier le code]

De là, un corridor conduit à une porte fermant l'entrée de la première pièce, appelée « antichambre » par Carter.

L'antichambre[modifier | modifier le code]

L'antichambre, dont les murs sont nus et sans décorations, contenait plus de 600 objets. Sur le mur de droite, des traces de creusement abandonné indiquent que cette pièce aurait dû être plus grande d'environ deux mètres vers le nord. Sur le mur du fond à gauche, une petite porte surmontée de traits noirs délimitant l'ouverture qu'elle aurait dû avoir, permet d'accéder à une autre chambre.

La chambre funéraire[modifier | modifier le code]

Décoration murale de la chambre funéraire

Au fond du mur droit de l'antichambre, une porte dont des traits délimitent également l'ouverture projetée donne accès à la chambre funéraire. Son sol est en contrebas d'environ un mètre. Des niches en briques, recouvertes de plâtre peint, sont sur chacun des murs de la salle. Cette chambre contenait 300 objets en plus du tombeau situé au centre de la pièce. Seule cette chambre est décorée ; les scènes, dont le fond est jaune d'or, ne sont pas dans le style traditionnel du décor des tombes. Elles représentent le livre des morts, avec :

La chambre du trésor[modifier | modifier le code]

Une autre petite chambre, appelée « chambre du trésor » par Carter, contenait environ 500 objets. Au total dans toute la sépulture on dénombre 2 099 objets.

L'annexe[modifier | modifier le code]

Appelée « annexe » par Carter, qui constate qu'il y a des traits rouges sur les murs et qu'elle est en contrebas de 90 cm. Elle contenait, en désordre, des paniers, des jarres de vin, de la vaisselle en calcite, des maquettes de bateaux et des ouchebtis.

La découverte[modifier | modifier le code]

En 1902, l'Américain Theodore Monroe Davis obtient la concession de fouilles dans la vallée des rois. Pendant une douzaine d’années, il découvre une trentaine de sépultures d’importances diverses. Mais quand il cède sa concession à Lord Carnarvon au tout début de 1915, il est persuadé que « la vallée des Tombes est désormais épuisée »[2],[3].

À plusieurs reprises, il est pourtant passé tout près de la tombe de Toutânkhamon. En particulier en 1905-1906, en 1907 et surtout en janvier 1909. À partir de l'automne 1917, Howard Carter reprend le travail de fouille avec l’unique objectif de trouver enfin la tombe de Toutânkhamon[4]. Les résultats sont cependant peu encourageants et après la décevante campagne de 1921-1922, Lord Carnarvon est sur le point d’abandonner à son tour. C’est l’opiniâtreté de Carter qui seule parvient à le convaincre d’entreprendre une ultime campagne de fouilles en automne 1922[5]. Il s'attaque aux huttes d'ouvriers construites sur 2 m d'épaisseur de déblais.

Le mercredi 1er novembre 1922, le travail de fouille commence. Le 4 novembre, les ouvriers découvrent la première marche d'un escalier qui s'enfonce dans le sol. Le lendemain, douze marches ont été dégagées laissant apparaître le haut d'une porte dont les sceaux sont estompés et peu lisibles. Le 6 novembre, Carter envoie un télégramme crypté à Lord Carnarvon alors en Angleterre : « Avons enfin fait une découverte extraordinaire dans la vallée : une tombe somptueuse dont les sceaux sont intacts ; l'avons refermée jusqu'à votre arrivée ; félicitations[5] ». Carnarvon arrive à Louxor le 23 novembre 1922, accompagné de sa fille Evelyn Herbert[6].

Le 24 novembre, les fouilles reprennent : la totalité de la rampe d'escaliers est rapidement dégagée et les sceaux apparaissent très lisiblement sur le bas de la porte : il s'agit bien de la tombe de Toutânkhamon. Malheureusement, des traces de maçonnerie sur la partie supérieure gauche de la porte laissent penser que la tombe a été « visitée » dès l'Antiquité[6].

Ouverture des portes du sanctuaire funéraire par Carter en janvier 1924

Le 25, la première porte est ouverte et le couloir sur lequel elle donne porte bien les traces d'un tunnel creusé par les pillards. Le dimanche 26 novembre, le couloir est dégagé et Carter est le premier à jeter un œil dans « l'antichambre »[7] :

« Lentement la scène devenait plus nette et nous parvînmes à distinguer quelques objets. Tout d'abord, juste en face de nous - nous le savions mais refusions d'y croire - se trouvaient trois imposants lits funéraires, dorés aux côtés sculptés en forme d'animaux monstrueux dont le corps était curieusement stylisé dans un but utilitaire, mais dont les têtes faisaient preuve d'un réalisme stupéfiant. En toute circonstance, ces figures auraient paru étranges, mais vues comme nous les vîmes, tandis que nos lampes électriques tels les feux de la rampe arrachaient aux ténèbres leur surface dorée et que leurs têtes projetaient sur le mur derrière elles des ombres fantastiques, distordues, ces créatures devenaient presque terrifiantes. Puis à droite, deux statues attirèrent notre attention ; deux statues de roi, noires, grandeur nature, en vis-à-vis telles deux sentinelles, pagnes et sandales d'or, armées d'une massue et d'une canne, le front orné du cobra sacré protecteur... »

— Howard Carter[8].

Le 28, un passage est creusé dans la porte qui ferme la « chambre funéraire » puis celui-ci est rebouché : l'ouverture officielle de la porte n'a lieu que le 17 février 1923. Carter décide de révéler officiellement la découverte le 29 novembre, mais le moment est assez mal choisi : depuis la proclamation unilatérale d'indépendance de mars 1922 par le roi Fouad Ier, la situation politique est tendue et les autorités britanniques[9] en Égypte sont confrontées à une vague de meurtres de leurs ressortissants. La cérémonie se déroule donc en petit comité[10], mais Carter a eu la présence d'esprit de joindre à l'invitation d'Arthur Merton, le représentant de The Times, un petit résumé sur Toutânkhamon et la XVIIIe dynastie : le 30 novembre, le journal londonien consacre deux pleines pages à l'événement[11]. Même le célèbre égyptologue Flinders Petrie, sollicité par The Times, se fend d'un commentaire élogieux[12].

Dans les jours qui suivent, l'agence Reuters et les journalistes égyptiens transmettent leur propre version de la découverte. La nouvelle se répand dans le monde. Aussitôt, des visiteurs de plus en plus nombreux affluent à Louxor et veulent visiter le déjà fameux tombeau : dès le 6 décembre, Carter profite d'un déplacement au Caire pour acquérir du matériel technique et photographique et pour commander une porte en fer pour fermer la tombe. Cette popularité va pourtant servir l'égyptologue : de nombreuses institutions scientifiques se proposent spontanément pour l'aider à exploiter la découverte, à commencer par le Metropolitan Museum of Art de New York[13].

Rapidement, Carnarvon et Carter comprennent qu'ils ne parviendront pas seuls à exploiter la découverte et qu'ils ont besoin du support d'une équipe renforcée, laquelle se constitue progressivement de plusieurs chercheurs et spécialistes, qui souvent proposent spontanément leur assistance : le chimiste Alfred Lucas, l'égyptologue Arthur Cruttenden Mace[14], James Henry Breasted, les architectes Walter Hauser et Lindsay Hall, le philologue britannique Alan Gardiner, le photographe Harry Burton, Arthur Callender, l'égyptologue Percy Newberry[15]

Le dégagement total de la tombe demande dix ans, délai qui exaspérait la presse ; celui de l'antichambre commence le 27 décembre 1922. Carter procède avec beaucoup de minutie et manière systématique : numérotation[16] de tous les objets découverts, photographies nombreuses, croquis, relevés, descriptions, etc. Les tombes avoisinantes servent d'abri, de studio photographique ou d'atelier de restauration. Les pièces dégagées sont envoyées au Caire par bateau ou par train.

Le trésor de Toutânkhamon[modifier | modifier le code]

Une grande partie du second étage du musée égyptien du Caire est consacrée à l'exposition des objets découverts dans la tombe de Toutânkhamon. Le masque funéraire et les sarcophages y occupent une place de choix. Un coffre dont les quatre côtés décorés des déesses Isis, Nephthys, Serket et Neit contenait les vases canopes.

Quatre chapelles gigognes en bois recouvert d'or se succèdent à partir du haut, recouvrant un sarcophage en quartzite rouge contenant trois cercueils momiformes, de bois plaqué de feuilles d'or pour les deux premiers et en or massif pour le troisième.

À l'intérieur reposait la momie du jeune pharaon, la tête et les épaules recouvertes par le célèbre masque d'or, qui symbolise à lui seul la richesse de la civilisation pharaonique.

Popularité de Toutânkhamon[modifier | modifier le code]

Le tombeau KV62[modifier | modifier le code]

Si Toutankhâmon était un pharaon sans importance dont le règne a été court, sa mémoire est restée pratiquement oubliée pendant plus de 3 000 ans. Sa découverte en 1922, la trop fameuse malédiction du pharaon et la richesse archéologique de son trésor lui ont assuré une célébrité universelle. Les visiteurs ont afflué dès la fin novembre 1922. Entre le 1er janvier 1926 et le 15 mars 1926, la tombe KV 62 attira pas moins de 12 000 visiteurs[17]. Depuis le 1er décembre 2007, le nombre de visiteurs du tombeau est limité à quatre cents par jour[18], et en mai 2008, le tombeau a été fermé pour une restauration[19] qui devrait durer cinq ans[20].

Expositions[modifier | modifier le code]

Les expositions consacrées à Toutânkhamon connaissent régulièrement un succès populaire considérable.

En 1967, une exposition du mobilier funéraire de Toutânkhamon au Petit Palais supervisée par Christiane Desroches Noblecourt à Paris a attiré plus de 1 240 000 visiteurs. En 2004, l'exposition « Toutânkhamon – L’Or de l’Au-delà » à Bâle a attiré près de 600 000 visiteurs, mettant à mal la capacité d'accueil du musée où se tenait l'exposition[21]. En 2007, pour une exposition similaire à Los Angeles, on a vendu près de 500 000 billets en un mois[22].

En 2008, une reproduction grandeur nature du tombeau de Toutânkhamon a été faite à la Toni Areal de Zurich[23].

Du 27 mai au 5 juin 2011, la Foire Exposition de Limoges présentait « Le fabuleux trésor de la tombe de Toutânkhamon ». Cette exposition reconstituait chaque pièce de la tombe et plus de 1 000 objets retrouvés dans le tombeau étaient présentés au public (répliques réalisées à l'identique par les artisans des Ateliers du Caire dont les deux sarcophages extérieurs revêtus d’or, le sarcophage intérieur en or massif, le masque en or du roi, les deux chars de parade du roi, le trône d’or, les lits funéraires plaqués d’or et la momie du pharaon[24].

Cette même exposition s'est déplacée à Chambéry du 10 au 19 septembre 2011 à SavoiExpo lors de la Foire de Savoie [25], à Bruxelles du 20 avril au 27 novembre 2011 à Brussels Expo au Heysel[26],[27] et du 12 mai 2012 au 1er septembre 2012 au parc des expositions de la porte de Versailles[28].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La guerre et ses suites, notamment l'agitation des indépendantistes a beaucoup contrarié les opérations.
  2. Nicholas Reeves, p. 36.
  3. Un avis partagé par beaucoup, y compris l'égyptologue français Gaston Maspéro (H.V.F. Winstone, p. 130).
  4. H.V.F. Winstone, p. 125.
  5. a et b Nicholas Reeves, p. 50.
  6. a et b Nicholas Reeves, p. 53.
  7. H.V.F. Winstone, p. 144.
  8. Cité par Nicholas Reeves, p. 78.
  9. De 1914 à 1922, l'Égypte est sous protectorat britannique.
  10. Même Pierre Lacau, le directeur du Service des Antiquités de l'Égypte, n'a pas pu venir. Il sera cependant présent dès le lendemain.
  11. H.V.F. Winstone, p. 155.
  12. En 1892, Petrie avait été le premier patron d'Howard Carter en Égypte avant d'en prendre congé de façon assez discourtoise.
  13. H.V.F. Winstone, p. 160.
  14. Avec qui, Howard Carter publia le compte-rendu de ses découvertes dans The Discovery of the Tomb of Tutankhamen.
  15. Nicholas Reeves, p. 56.
  16. Numérotation principale de 1 à 620 (Nicholas Reeves, p. 60)
  17. Nicholas Reeves, p. 59.
  18. La visite de la tombe KV62 est soumise à une tarification particulière.
  19. Déclaration de Zahi Hawass du 11 novembre 2007
  20. egyptos.net.
  21. Source archeo-info.ch
  22. Source emarrakech.info
  23. Suisse-Info, mars 2008
  24. Source limoges.maville.com
  25. [1]
  26. Site de l'exposition
  27. [2]
  28. Site de l'exposition

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Zahi Hawass, « Les secrets de famille du roi Toutânkhamon », National Geographic,‎ septembre 2010, p. 2-27 (ISSN 12917-1715)
    Une étude scientifique basée sur les ADN de neuf momies
  • Carl Nicholas Reeves, Toutânkhamon. Vie, mort et découverte d'un pharaon, Paris, Éditions Errance,‎ 2003 (ISBN 2-8772-248-1[à vérifier : isbn invalide])
  • H.V.F. Winstone, Howard Carter and the discovery of the tomb of Tutankhamun, Barzan,‎ 2008 (ISBN 1-905521-05-7)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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