Louis Segond

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Louis Segond, né le 3 octobre 1810 à Genève (quartier de Plainpalais) et mort le 18 juin 1885 dans cette même ville, est un pasteur et théologien suisse qui, à la demande de la Compagnie des Pasteurs de Genève, a traduit la Bible en français à partir des textes originaux hébreux et grecs.

Louis Segond était un théologien protestant libéral modéré (opposé à d'autres théologiens dits « orthodoxes » qui ne voulaient pas remettre en cause les héritages ancestraux du protestantisme). Sa traduction de la Bible fut donc mal accueillie par les protestants «orthodoxes». Toutefois Segond refusa toujours de retoucher son travail[1] tout en stipulant qu'on pourrait réviser sa traduction après son décès. Malgré ces attaques, la traduction de Louis Segond toucha rapidement un large public au sein du protestantisme: trois cent mille exemplaires seront produits entre 1880 et 1910[2].

La première publication de sa traduction de l'Ancien Testament est datée de 1874 et celle du Nouveau Testament de 1880. Les deux seront publiées en un seul volume pour la première fois à Oxford en 1880[2]. Cette traduction est usuellement appelée la Bible Segond. Elle deviendra pour un siècle la référence au sein du protestantisme français. Au-delà du protestantisme, la traduction de la Bible Segond est devenue une référence majeure du texte biblique dans le monde francophone.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Louis Segond est issu d'un milieu modeste. Son père, catholique d'origine française qui a servi dans l'armée de Napoléon, tient une échoppe de cordonnier dans la rue de la Croix-d'Or à Genève. Sa mère est protestante genevoise. Les deux fils du couple sont baptisés dans l'Église réformée.

Après ses études secondaires achevées en 1826, Louis Segond entre à l’Académie de Genève où il étudie les sciences naturelles et la médecine. Mais en 1830 il change de cap et choisit la théologie. Au cours de ses études, il remporte un concours organisé par la Compagnie des pasteurs sur le thème du dogme de l’immortalité de l’âme chez les Hébreux. En 1834, à l'université de Strasbourg, il obtient le titre de bachelier en théologie avec un travail sur le livre de Ruth et il est accepté au service de l'Église de Genève. En 1835 il reçoit, toujours à Strasbourg, la licence de théologie avec un travail en français sur Qohelet et un travail en latin sur la représentation vétéro-testamentaire du Shéol. Un an plus tard, il est reçu docteur en théologie avec une thèse qui a pour titre : De la nature de l'inspiration chez les auteurs et dans les écrits du Nouveau Testament.

Carrière pastorale[modifier | modifier le code]

En 1836, Louis Segond fonde à Genève une société d’exégèse du Nouveau Testament qui subsistera jusqu’en 1841. Entre 1838 et 1840, il prépare des cours libres sur l’histoire de la langue hébraïque (1838) et sur l’interprétation de la Genèse (1839-1840). En 1839, il devient pasteur de la paroisse de Chêne-Bougeries dans la banlieue genevoise. Durant ses vingt-quatre ans de ministère à Chêne, Segond entretient sa passion pour l’étude de l’hébreu et de l’Ancien Testament, publiant notamment en 1841 le Traité élémentaire des accents hébreux, envisagés comme signes de ponctuation (réédité en 1874), en 1856 la Géographie de la Terre sainte (rééditée en 1886) et en 1864 la Chrestomatie biblique qui est un échantillon d’une traduction complète de la Bible.

Traduction de l'Ancien Testament[modifier | modifier le code]

En juillet 1864, Louis Segond démissionne de sa paroisse et vient habiter Genève afin de se mettre à la disposition de la Compagnie des Pasteurs de Genève, qu'il sait désireuse de faire faire une nouvelle traduction de l'Ancien Testament, à la fois fidèle aux textes originaux et exprimée dans une langue actuelle. La Compagnie cherche à confier la tâche à une personne qui en porte « la responsabilité devant l’Église et devant Dieu ».

En février 1865, Louis Segond signe une convention avec la Compagnie des pasteurs de Genève. Elle stipule que le travail de traduction de l'Ancien Testament devra être accompli en six ans et qu'à la fin de chaque année Louis Segond rendra compte de son avancement. Elle précise que Louis Segond aura le dernier mot par rapport aux remarques éventuelles de la Compagnie des pasteurs. Après avoir calculé le nombre de versets qu'il devra traduire chaque jour, Louis Segond se met au travail. Jamais il ne prendra de retard sur son planning. On rapporte qu'il pesait chaque mot de son texte, mais qu'une fois écrit, il se refusait à en changer le moindre détail[3].

Fin 1871, conformément à la Convention, il remet son manuscrit.

La parution avait commencé par étapes, au fur et à mesure de la traduction, et le recueil complet paraît en 1873 (avec la date de 1874) aux Éditions Cherbuliez.

Traduction du Nouveau Testament et professorat[modifier | modifier le code]

En 1872, Louis Segond est nommé professeur d’hébreu et d’exégèse de l’Ancien Testament à l’Académie de Genève. C'est l'époque où il entreprend, sur la base de l’édition critique de Konstantin Tischendorf, la traduction du Nouveau Testament. En 1878, paraît l'évangile de Matthieu, suivi, l'année suivante, par celui de Jean. C'est en 1880 que le Nouveau Testament complet voit le jour, également aux Éditions Cherbuliez[4].

Il poursuite ensuite son enseignement de l'hébreu biblique et de l’Ancien Testament à l’Académie de Genève. Il décède en 1885.

Réception et évolution de la Bible Segond[modifier | modifier le code]

Réception de la Bible Segond[modifier | modifier le code]

  • En 1874, paraît la première édition de la traduction de l'Ancien Testament de Louis Segond, associée à une traduction du Nouveau Testament due à Hugues Oltramare, professeur de Nouveau Testament à la Faculté de Genève. Véritable perfectionniste, Louis Segond se rend personnellement à Oxford pour s'assurer de la qualité du premier tirage.
  • La traduction soulève les critiques des protestants "orthodoxes". Segond fut notamment accusé de porter atteinte à la doctrine de l'inspiration des Écritures et de rejeter certaines prophéties messianiques de l'Ancien Testament[5].
  • Toutefois le succès d'édition est si grand que Louis Segond décide de se lancer dans la traduction du Nouveau Testament, en utilisant les mêmes principes que ceux utilisés pour l'Ancien Testament, bien qu'il soit davantage spécialiste de l'hébreu que du grec. Malgré l'influence d'Oltramare, il parvient à se faire missionner par la Compagnie des pasteurs de Genève pour cette traduction qui est achevée en 1879[3].
  • La Bible Segond en un seul volume paraît pour la première fois en 1880, avec un premier tirage de cinquante mille exemplaires. Elle aura un énorme succès : éditée simultanément à Oxford, Paris, Lausanne, Neuchâtel et Genève, trois cent mille exemplaires seront produits entre 1880 et 1910[2].

Raisons du succès de la traduction Second[modifier | modifier le code]

  • La Bible version Segond, qui a été payée par la Compagnie des pasteurs de Genève, est mise à disposition des maisons d'éditions chrétiennes libre de droits. Cela s'explique par le fort élan missionnaire qui caractérise la période et qui amène les responsables d’Église à distribuer cette édition auprès des personnes récemment évangélisées.
  • La qualité de la traduction Louis Second est largement reconnue. Elle combine trois caractéristiques :

1. elle reflète fidèlement la forme du texte original, ce qui en fait une traduction d'une précision exceptionnelle, particulièrement pour l'Ancien Testament. Selon le professeur Samuel Amsler, cette traduction est le chef-d’œuvre d’un des meilleurs hébraïsants protestants de l’époque contemporaine, dont le sens très remarquable de la langue française impressionne aujourd’hui encore[6]«"».

2. la langue utilisée possède des qualités littéraires et une grande rigueur syntaxique (L’écrivain Paul Claudel en était un lecteur assidu[6]!),

3. le vocabulaire en a été mûrement réfléchi et est très riche.

  • Elle sera sans cesse révisée, améliorée et remise au goût du jour. L’adjonction de références parallèles, en tête des paragraphes et en colonnes, contribuera par exemple au succès de l'édition de la bible Segond révisée de 1910.

Versions ultérieures dérivées de la Bible Segond[modifier | modifier le code]

  • 1888 : parution de la première révision, juste après le décès de Louis Segond (de son vivant, il refusait toute modification de sa traduction). Elle supplante la version de 1880 et la version la plus ancienne à être diffusée est la « Segond 1888 révisée »[7].
  • 1910 : première révision importante après la mort de Segond : la Société biblique britannique et étrangère révise la traduction, en 1910, en choisissant d'autres termes doctrinaux plus conformes à la pensée protestante orthodoxe (par exemple : « sacrificateurs » à la place de « prêtres », « foi » à la place de « fidélité »)[8]. Cette version 1910 deviendra la traduction protestante la plus lue au cours du XXe siècle. L'absence de copyright (droits commerciaux) sur ce texte favorisera une diffusion très large.
  • 1978 : L'Alliance Biblique Universelle (ABU) révise à son tour le texte de la Segond 1910 et la publie dans une version dite « à la Colombe », en raison du dessin de sa couverture.
  • 1979 : Parution de la Version Segond 1979 dite «Nouvelle édition de Genève» (NEG).
  • 2002 : Parution de la "La Nouvelle Bible Segond" (NBS) : en 1987, l'ABU décide de se lancer dans une révision encore plus importante de la Bible Segond, pour donner une alternative à la TOB, Traduction Œcuménique de la Bible (entre des protestants et des catholiques). La NBS est en 2002 l'aboutissement de ce long travail de révision au service des Églises de sensibilité protestante.
  • 2007 : Parution de la Bible Segond 21 : Bible Segond révisée pour le XXIe siècle utilisant le vocabulaire d'aujourd'hui[9].

Situation actuelle de la Bible Segond[modifier | modifier le code]

Selon l'Alliance biblique française, la concurrence d’autres traductions plus modernes et le handicap que représente une langue qui a vieilli n'empêche pas la version Segond de 1910 d'aborder le 3e millénaire sans faiblir. Elle est à présent davantage diffusée en Afrique et aux Amériques (Antilles, Haïti, Canada) qu'en Europe, et largement disponible sur tous les nouveaux supports numériques, puisqu’elle est libre de droits. Pour la seule année 2009, ce sont environ 700 000 de ces Segond 1910 qui ont été diffusées dans le monde, notamment dans de grands pays francophones comme la République démocratique du Congo ou la Côte d’Ivoire. La Société biblique haïtienne, à elle seule, en a vendu et distribué plus de 66 000 exemplaires. Et ces chiffres de diffusion restent en croissance[6].

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Ancien Testament Segond 1874[modifier | modifier le code]

Bible Segond 1880[modifier | modifier le code]

Bible Segond 1910[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « NBS », Bibliorama
  2. a, b et c « Histoire de la Bible de Louis Segond », LaBible.net
  3. a et b La Bible Segond : ses origines, son histoire, site de l'Alliance biblique française, article du 5 février 2004 [1]
  4. Daniel Lortsch, Histoire de la Bible française aux Éditions Perle, p. 150
  5. Gustave-A Kruger, « avant-propos », dans Remarques sur la version de la Bible de M Louis Segond,‎ 1881 (présentation en ligne), p. IX, XI.
  6. a, b et c Un double anniversaire pour la Bible Segond, article du 8 septembre 2010[2]
  7. Publiée par La Société Biblique Esaïe 55 (Allauch, France), la « Segond 1888 révisée » figure au « Catalogue », Librairie chrétienne CLC France.
  8. Voir La nouvelle Bible Segond, historique de la traduction, sur le site de l'Alliance biblique française [lire en ligne].
  9. « Qu'est-ce que la Segond 21 ? », Univers de la Bible