Anthropomorphisme

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Portrait de lapin anthropomorphe de John Tenniel, apparaissant dans le premier chapitre des Aventures d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll

L'anthropomorphisme est l'attribution de caractéristiques du comportement ou de la morphologie humaines à d'autres entités comme des dieux, des animaux, des objets, des phénomènes, voire des idées. Le terme a été crédité au milieu des années 1700[1],[2]. Des exemples incluent notamment les animaux et les plantes, ainsi que des forces de la nature comme le vent, la pluie ou le Soleil sont décrits comme des phénomènes à motivations humaines, ou comme possédant la capacité de comprendre et réfléchir. Le terme dérive du grec ancien ἄνθρωπος / ánthrôpos (« homme », « genre humain »), et μορφή / morphế (« forme »). "anthropos" n'est pas du grec ancien mais appartient à la langue grecque depuis Homère jusqu'à nos jours, c'est le mot le plus courant qui soit en grec démotique et qui signifie "être humain", "homme" et non "genre humain".

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Aux commencements de la modernité comportementale humaine à l'ère du Paléolithique supérieur, il y a environ 40 000 ans, des exemples d'œuvres zoomorphes (à l'apparence animale) représentent l'idée de l'anthropomorphisme. L'une des ces œuvres les plus connues incluent la sculpture en ivoire de l'homme lion, une apparence humaine avec la tête d'un lion, dite être âgée de 32 000 ans[3],[4].

Il est impossible de savoir ce que ces œuvres préhistoriques peuvent réellement représenter. Un exemple plus récent inclut le petit sorcier à l'arc musical, une peinture énigmatique localisée dans la grotte des Trois Frères, Ariège, en France ; la signification de cet art reste inconnue, mais elle est interprétée comme une sorte d'esprit ou de maître contrôlant les animaux. En aucun cas, il existe une similitude avec l'anthropomorphisme.

Cet art anthropomorphe a été lié par l'archéologue Steven Mithen (en) avec l'émergence de la chasse à l'ère du Paléolithique supérieur (Mithen, 1998). Il suggère que ceux-ci sont la preuve d'un changement de l'architecture de l'esprit humain, une fluidité cognitive améliorée entre l'histoire naturelle et les capacités sociales, dans lequel l'anthropomorphisme permettait aux chasseurs d'identifier empathétiquement les animaux qu'ils chassaient et ainsi mieux anticiper leur mouvements[5].

Religion et mythologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Anthropothéisme.

Dans la religion et la mythologie, l'anthropomorphisme représente la perception d'êtres divins, ou de dieux, aux apparences humaines, ou les valeurs humaines dans ces êtres. Un bon nombre de ces êtres sont des divinités qui s'expriment à travers des caractéristiques humaines comme la jalousie, la tristesse ou l'amour. Les Dieux grecs, tels que Zeus et Apollon, montrent souvent des traits de caractères humains. L'anthropomorphisme dans ce cas se réfère à l'anthropothéisme[6].

Littérature et fiction[modifier | modifier le code]

L'anthropomorphisme est parfois utilisé pour parler des humains, comme c'est le cas dans les fables d'Ésope ou de Jean de La Fontaine, dans de nombreux dessins animés de Walt Disney, etc. En leur prêtant des physionomies animales, l'auteur est dispensé de s'attarder sur le caractère de ses personnages. Ainsi le renard sera fourbe et malicieux, la souris modeste, le rat opportuniste, le lion majestueux, la louve fidèle et brave, etc. L'anthropomorphisme est très utilisé en bande dessinée et en dessin animé car il permet au dessinateur de différencier ses personnages physiquement tout en leur conférant des psychologies très typées. Dans ce cas, « zoomorphisme » et « anthropomorphisme » sont une seule chose : l'animal sert à parler de l'humain, et une forme d'humanité est attribuée à des animaux.

Film et télévision[modifier | modifier le code]

Certains exemples notables peuvent inclure les personnages de la série Looney Tunes tels que Bugs Bunny, Daffy Duck, Porky Pig, pour ne citer que les plus connus, créés durant les années 1930 jusqu'à aujourd'hui.

Des années 1960 jusqu'aux années 1990, l'anthropomorphisme a été largement impliqué dans les séries animées comme Les Motards de l'espace et SWAT Kats. Et en 1987, l'émission intitulée Les Tortues ninjas a été diffusée pour la première fois, avec pour protagonistes, quatre tortues adoratrices de pizzas possédant un grand savoir du karaté et du kung-fu, menées par leur sensei et rat anthropomorphe, Splinter.

Sort ensuite, en 1988, le film de Robert Zemeckis Qui veut la peau de Roger Rabbit ? : le film met en scène les Toons côtoyant et vivant avec les humains. Les Toons habitent à Toonville, une zone adjacente à Hollywood, et se déplacent régulièrement chez les humains pour tourner des dessins animés. Roger Rabbit, un lapin acteur et héros de dessins animés des Maroon Cartoons, est accusé du meurtre du producteur Marvin Acme, inventeur délirant et directeur de l'ACME Corporation.

En 1991, le jeu vidéo Sonic the Hedgehog est commercialisé, exposant un hérisson bleu comme protagoniste. Les personnages de cette série sont pratiquement tous des animaux anthropomorphes incluant renards, chats et autres hérissons capables de parler et marcher comme de véritables humains. Comme avec la plupart des animaux anthropomorphes, les habits ne représentent pas une réelle importance, bien que certains personnages soient totalement habillé ou ne portent qu'une paire de gants et de chaussures. D'autres personnages de jeux vidéo peuvent également inclure Fox Mc Cloud, Crash Bandicoot, ainsi dans les épisodes d'Animal Crossing: chats, chiens, vaches, lapins possèdent une maison et des vies assez diverses ou encore les Lapins crétins.

En 2006, les films Cars et sa suite, exposent uniquement des voitures ou autres véhicules anthropomorphes.

Architecture[modifier | modifier le code]

En architecture, l'anthropomorphisme consiste à utiliser la représentation du corps humain dans certains ouvrages de structure (par exemple : les cariatides où les statues sont des colonnes). C'est aussi l'intégration de certaines proportions du corps humain dans les proportions de certains ouvrages de structure (par exemple : les proportions de la colonne dorique sont inspirées des proportions d'un guerrier grec en armure). Enfin, il est possible de composer tout un bâtiment, voire une ville ou une portion de territoire, suivant un tracé régulateur directement inspiré des proportions du corps humain.

Éthologie[modifier | modifier le code]

L'anthropomorphisme prend ici la signification de projeter les motivations et les émotions humaine sur l'animal. Le premier à avoir abordé ce sujet est Conway Lloyd Morgan (1852-1936) dans son révolutionnaire (à l'époque) canon de Morgan :

« In no case is an animal activity to be interpreted in terms of higher psychological processes, if it can be fairly interpreted in terms of processes which stand lower in the scale of psychological evolution and development. »

Traduction : « En aucun cas, une activité animale ne doit être interprétée en termes de processus psychologique complexe, si cela peut être interprété en un processus déterminé par moins élaboré dans l'échelle de l'évolution et du développement psychologique. »

L'activité animale doit être expliquée par des processus psychologiques simples excluant toute dérive anthropomorphique. Ce principe fondateur ouvre la voie au behaviorisme.

En zoopsychiatrie, cette notion prend une signification quelque peu différente : c'est le fait d'un propriétaire d'un animal de compagnie qui projette sa propre vision à son compagnon avec toutes ses conséquences. Cet état s'accompagne souvent de dérives comportementales plus ou moins problématiques allant de l'agressivité animale au home grooming (personne, souvent âgée, en rupture sociale compensant par un besoin compulsif extrême de possession d'animaux).[réf. souhaitée]

Quelques dérives de l'anthropomorphisme[modifier | modifier le code]

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L'anthropomorphisme culturel[modifier | modifier le code]

Dans les films à la mode comme Marley et moi de David Frankel, L’ours de Jean-Jacques Annaud ou La marche de l’empereur et Le renard et l’enfant de Luc Jacquet, les animaux ne sont jamais présentés comme ils sont, mais comme des faire-valoir ou des projections narcissiques des êtres humains, la dernière chose à faire si nous voulons changer les mentalités. Le seul film documentaire sur les animaux digne de ce nom est Le peuple singe de Gérard Vienne. Or, comme il fallait s’y attendre, ce film fut un échec commercial retentissant, « l’animal ne réussissant à l’écran, déplore l’ethnologue Eric Conan, qu’à condition de n’avoir plus d’animal que l’apparence, d’être dénaturé[7]. »

Antoine de Saint-Exupéry, avec Le Petit Prince, ne donne pas sa place non plus, en mettant ces mots dans la bouche du renard : « Ma vie est monotone. […] Je m’ennuie donc un peu. Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serais pour toi unique au monde… S’il te plaît… apprivoise-moi! […] Si tu veux un ami, apprivoise-moi. […] Je découvrirai le prix du bonheur. » Or, un animal n’a aucunement besoin d’être apprivoisé pour découvrir le prix du bonheur. Au contraire, il n’est pas du tout dans son intérêt de créer des liens avec lui, de le rendre dépendant, de le sortir du milieu où il vit en diapason avec sa nature. La vie en captivité ne peut en aucun cas remplacer la vie intense que les animaux sauvages vivent au sein de leur niche écologique. Penser par ailleurs que les chasseurs et les éleveurs de poules sont plus cruels que ceux qui apprivoisent les animaux pour en faire leurs « amis » est une erreur de jugement lourde de conséquences. Sous des apparences innocentes, les animaux de compagnie sont en effet exploités avec autant de cruauté que les autres sinon plus, par son hypocrisie subtilement perverse qui se cache pour opérer derrière les bons sentiments et les bonnes émotions[8]. Il est également faux de dire que l’on ne connaît que les choses que l’on apprivoise. C’est plutôt le contraire. Pour vraiment connaître un animal, il faut l’observer dans son milieu naturel, sans interférer. En notre présence, sous notre influence, il y a fort à parier qu’il n’agira pas naturellement.

L'anthropomorphisme juridique[modifier | modifier le code]

Même le concept de droit pour les animaux est erroné, d’abord parce qu’il définit les besoins des animaux toujours selon des critères humains, ensuite parce que la nécessité même de donner des droits aux animaux est un faux besoin créé de toutes pièces par les avocats, les juristes et les protecteurs des animaux. Me Anne-Marie Sohm-Bourgeois, maître de conférence à la Faculté de droit de Clermont-Ferrand, en France, est claire à ce propos : « Ce changement [donner des droits aux animaux] apporterait-il une véritable amélioration de la condition animale? Le but recherché peut-il justifier les problèmes posés par la modification de nos traditionnels concepts juridiques? On doit hélas! répondre par la négative. L’animal, devenu titulaire de droits, ne pourra jamais les exercer et, comme aujourd’hui, c’est son maître, ou un organisme habilité qui le fera pour lui. Or, en l’état actuel des textes, il en est déjà ainsi[9]. »

L’anthropomorphisme éthique[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis où la zoolâtrie est une religion, au nom de l’émancipation animale et la fin du spécisme – l’équivalent animal du racisme, une autre dérive de l’anthropomorphisme – les amoureux des bêtes se livrent, selon le mot du journaliste Michael Schaffer, à de véritables « guerres de chiens ». Ils réclament le droit de laisser leurs chiens errer dans les parcs et les réserves naturelles, mettant ainsi en danger plusieurs espèces animales et botaniques en voie de disparition. Ainsi, à Fort Funstun, par exemple, une réserve naturelle près de San Francisco, la ville dont le nom fait référence à François d'Assise, le saint patron des animaux, l’endroit où l’on retrouve le plus grand nombre d’animaux de compagnie au monde, Schaffer a pu apercevoir en une seule journée plus de 400 chiens laissés en liberté pendant que leurs maîtres se livraient à une véritable kermesse pour célébrer l’entrée tant espérée de leurs amis à quatre pattes dans le panthéon de l’humanité[10]. Ce scénario se répète à différent degré plus ou moins partout dans le monde où sévit ce genre de dérive idéologique.

L’anthropomorphisme cognitif[modifier | modifier le code]

L’humanisation des animaux s’est traduite par une quantité phénoménale d’études sur l’intelligence animale qui n’ont pas la moindre ressemblance avec la science. Plusieurs experts dans différents domaines prétendent que les chiens, les chimpanzés et plusieurs autres espèces comme la mouette et le perroquet par exemple, sous prétexte qu‘ils communiquent entre eux par des moyens fort complexes et inattendus — quelle espèce ne se définit pas par cette notion? —, sont comme nous dans leurs pensées et leurs sentiments et qu’ils sont capables d’apprendre un langage symbolique[11].

Noam Chomsky, l’un des plus importants linguistes au monde, a pourtant montré, sans équivoques, que la faculté d‘apprendre un langage conceptuel comme le nôtre est inscrite dans nos gènes et que nous sommes la seule espèce à pouvoir le faire. Aucun animal n‘a la capacité de penser et de raisonner comme nous et c‘est ce qui nous singularise[12]. « L‘intelligence propre à chaque espèce est merveilleuse en soi, souligne le scientifique Stephen Budiansky, mais c‘est de la folie et de l‘anthropomorphisme de la pire espèce de la définir toujours selon des critères humains. Cette attitude égocentriste ne fait que dénigrer ce que sont les animaux et accroitre leur popularité[13]. »

Comment pensent les animaux ?[modifier | modifier le code]

Si les animaux ont des émotions et s’ils sont capables de souffrir, exactement comme nous, ils n’intellectualisent pas ces sensations comme nous sommes les seuls à pouvoir le faire. Il leur manque un langage symbolique comme le nôtre qui leur permettrait de nommer les émotions et de les catégoriser selon des conventions prédéterminées. Le fameux postulat de Hume « sont-ils capables de souffrir?  » n’est pas le seul critère à prendre en compte. « Est-ce qu’ils pensent comme nous? Est-ce qu’ils construisent des idéologies? » sont des questions cruciales que nous ne prenons jamais la peine de poser précisément parce que nous présupposons d’office que les animaux sont en tout point identiques à nous.

La mort[modifier | modifier le code]

Tout comme les jeunes enfants humains qui n’ont pas encore appris à parler et qui n’ont pas par conséquent de langage symbolique, les animaux sont inconscients de leur finitude. La peur de mourir est un concept humain qui doit être enseigné, car nous ne naissons pas avec cette peur. Pour craindre la mort, il faut d’abord en avoir une idée. Et sans un langage conceptuel, la mort ne peut être ni décrite, ni appréhendée. Un grand nombre d’animaux dans les cliniques vétérinaires et les fourrières qui attendent d’être mis à mort sont en général terrifiés, mais incapables d’envisager leur mort prochaine. Ils réagissent à une situation inhabituelle qu’ils ne comprennent pas, mais n’ont aucun moyen de savoir si la personne qui se trouve à leur côté va les soigner ou les tuer. Autrement dit, sans un langage symbolique, les animaux sont incapables de faire la distinction entre un hôpital vétérinaire et une fourrière ou entre un vétérinaire et un préposé à l’entretien.

L’échelle du temps[modifier | modifier le code]

Le temps newtonien est une échelle du temps inventée par les humains. Les autres espèces ont leur propre horloge interne, mais à la différence des hommes, elles ne mesurent pas la qualité de leur vie par sa longueur. Elles ne peuvent même pas conceptualiser la longueur d’une vie. Par conséquent, lorsque nous pensons que c’est une bonne chose pour les animaux de vivre plus longtemps, nous ne faisons que transposer sur eux non seulement notre propre peur de mourir, mais nos notions sur la qualité de vie et son rapport à la longévité. Nous sommes la seule espèce sur Terre à craindre la mort et à confondre longévité et bonheur. 

Les refuges qui ne tuent pas[modifier | modifier le code]

Ceux qui travaillent dans les refuges qui ne tuent pas pour prolonger indument la vie de leurs victimes, qui ne seront jamais adoptés à cause de tares physiques et psychologiques sans remède, devraient cesser d’imposer aux animaux sous leur joug leurs propres peurs et conceptions de la vie. Certains animaux passent parfois leur vie entière enfermés dans des cages et des enclos, dans des conditions misérables, à la merci de ces bons samaritains qui ne font que se faire plaisir en prolongeant la vie de ces bêtes uniquement par principe, pour des raisons idéologiques, voire financières[14]. L’association animalitaire PETA a au moins raison sur ce point : une mort indolore et rapide par injection est le meilleur service que l’on puisse rendre à ces animaux irrécupérables[15].

L'anthropomorphisme thérapeutique[modifier | modifier le code]

Les animaux ne sont pas plus conscients d’être soignés qu’une voiture d’être réparée, à une différence près : les animaux étant des êtres sensibles sont parfaitement conscients des manipulations, interventions et complications souvent douloureuses qu’on leur impose pour des raisons qui dépassent leur entendement. Il n’existe pas un seul animal qui peut comprendre et apprécier ce qu’on lui fait subir dans un milieu hospitalier. Les animaux malades qui séjournent dans une clinique vétérinaire sont en général peu coopératifs, et les incidents fâcheux sont nombreux. Les odeurs et les bruits non familiers, la silhouette et la voix des intervenants, la couleur de leur sarrau et la présence d’autres animaux leur font peur. La surexcitation, les aboiements et les hurlements de détresse, les mictions et les défécations émotives incontrôlables, la crainte et la soumission excessive, les manifestations de domination sont la norme dans ce genre d’environnement. La contention est de rigueur et les animaux de caractère dominateur ainsi que ceux qui sont mal socialisés ne coopèrent jamais. Le vétérinaire et son personnel de soutien sont exposés quotidiennement aux morsures, aux coups de griffes et à d’autres manifestations de la détresse des animaux[16].

Les animaux n'ont aucune tolérance pour les transplantations d’organes, les chimiothérapies et les dialyses, ils n’aiment pas qu’on les muselle, qu’on les attache, qu’on les enferme, qu’on les pique, qu’on leur mette des bandages, qu’on les gave de comprimés et qu’on leur lave les dents. Bien qu’il ne soit pas sans résultats, « l’anthropomorphisme thérapeutique » est un abus additionnel à ajouter à une longue liste de sévices. Comment, quand on y pense bien, peuvent-ils interpréter autrement ces interventions médicales? Comment peuvent-ils savoir que nous voulons les soigner et les guérir? À qui faisons-nous réellement plaisir? Ces sentiments égocentriques donnent lieu, dans le cas des animaux très malades et des animaux âgés, à un acharnement thérapeutique totalement absurde vu de la perspective cognitive d’un animal.

D’une main, l’homme les rend malades tandis que de l’autre, il tire vanité à les soigner, comme si de rien n’était. Cette confusion des sentiments suggère que l’intérêt des humains pour la santé des animaux sous leur joug est une fin en soi qui ne sert qu’à remplir des besoins uniquement personnels. En d’autres mots, dans cette histoire, les animaux sont les dindons de la farce.

Les vétérinaires rationalisent cette dérive de l'anthropomorphisme avec l’argument du pédiatre qui consiste à dire : « les jeunes enfants aussi ne comprennent pas non plus, mais il faut bien les soigner! » Mais ils oublient bien trop facilement que les enfants dont il est question ne sont pas nos enfants, mais les descendants d’espèces que nous avons enlevées, non seulement de leur milieu biologique, mais de leurs parents, sans aucune arrière-pensée, comme si ça allait de soi. Ils oublient également que les besoins des autres espèces ne sont pas les mêmes que les nôtres, et que n’importe quel propriétaire a l’option d'envoyer à la casse sa propriété si les coûts pour la faire réparer sont trop élevés, une option impensable chez les humains[17].

L'anthropomorphisme animalitaire[modifier | modifier le code]

Comme le pense notamment l’ethnologue italien Sergio Dalla Bernardina, le mouvement animalier est une comédie de l’innocence répondant à des ambitions purement égocentriques. Cette stratégie sert entre autres à résoudre les tensions morales suscitées par notre style de vie en faisant croire qu’un changement est imminent[18]. En échange, les militants qui sont mis en spectacle y gagnent en estime de soi[19], et la collectivité aussi, car ce sont ses émissaires, dans l’esprit de ce texte de Friedrich Nietzsche extrait de L’Antéchrist : « Lorsqu’on est chargé de tâches sacrées comme d’amender, de sauver, de racheter les hommes, lorsqu’on abrite la divinité dans sa poitrine, lorsqu’on est le porte-parole d’impératifs de l’au-delà, du seul fait de cette mission, on se trouve d’emblée hors des évaluations purement intellectuelles soi-même déjà presque sanctifié par cette mission, soi-même déjà l’archétype d’un ordre supérieure[20]. » En d’autres mots, la défense des animaux est une forme vicieuse d’anthropomorphisme où l’enjeu est moins le changement que l’espoir ou l’idée du changement avec la sensation éphémère de bien-être qu’il procure à petit prix. Les cyniques du XVIIe siècle comme La Rochefoucauld étaient fort conscients de cette machination culturelle qu’ils définissaient comme « le tribut que le vice paie à la vertu »[21].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Douglas Harper, « Online Etymology Dictionary », sur etymonline.com
  2. (en) Merriam-Webster, « Merriam-Webster », sur merriam-webster.com
  3. (en) « Lionheaded Figurine », sur showcaves.com (consulté le 13 mai 2007).
  4. (en) Dalton, Lion Man Oldest Statue, VNN World,‎ 1er janvier 2004 (lire en ligne)
  5. (en) Howard Gardner, « Thinking About Thinking », New York Review of Books,‎ 9 octobre 1997 (lire en ligne) :

    « I find most convincing Mithen's claim that human intelligence lies in the capacity to make connections: through using metaphors »

  6. (en) Ologies & -Isms, « anthropotheism », The Gale Group, Inc.,‎ 2008 (consulté le 23 août 2009).
  7. Éric Conan (1989). « La zoophilie, maladie infantile de l’écologisme. » Esprit, no 155, p. 124-126. [En ligne] : Adresse URL : http://www.esprit.presse.fr/archive/review/article.php?code=12670 (page consultée le 24 novembre 2013)
  8. Charles Danten. « Le mythe de l’animal-roi ». Le Québec sceptique no 75. [En ligne] : Adresse URL : http://static.blog4ever.com/2011/07/511128/artfichier_511128_499360_201202102833266.pdf (page consultée le 24 novembre 2013); du même auteur : Le prix du bonheur I. Le mythe de l’animal-roi (2013). Éditions Smashwords. Voir aussi : Caroline Landry (2009). Le scandale de l’animal business, Éditions du Rocher; Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (2008). Éthique animale. PUF; Sztybel David (2006). « Can the Treatment of Animals Be Compared to the Holocaust? » Ethics and the Environment, 11(1); Irvine Leslie (2004). « Pampered or Enslaved? The Moral Dilemmas of Pets. » International Journal of Sociology and Social Policy, vol. 24, no 4: 5-16; Robert Rodgers, DMV (2002). « Un vétérinaire poursuit ses collègues pour fraudes et vol… » [En ligne]: Adresse URL: www.petresource.com/Articles%20of%20Interest/texas_vet.htm (age consultée en septembre. 2013); Marjory Spiegel (1996). The Dreaded Comparison: Human and Animal Slavery. Mirror books; Yi-Fu Tuan (1984). « Animal Pets: Cruelty and Affection. » Dominance and Affection: The Making of Pets. Yale University Press; Jean-Luc Vadakarn (1984). Parle à mon chien, ma tête est malade. Albin Michel; Wolfensohn S. (1981). The Things We Do to Dogs. New Scientist: p. 404-407.
  9. Anne-Marie Sohm-Bourgeois (1990). « La personnification de l’animal : une tentation à repousser. » Recueil Dalloz Sirey, 7e Cahier. [En ligne] Adresse URL : http://pronaturafrance.free.fr/personnif.html (Page consultée le 12 février 2012).
  10. Michael Schaffer (2009). One Nation Under Dog. Henry Holt; p. 41.
  11. Robert F. Brasky (1997). Noam Chomsky: a life of dissident, Toronto, ECW Press : p. 174.
  12. Ibid.
  13. Stephen Budiansky (1998), If a lion could talk. The Free Press; « If they’re so smart how come they aren’t rich. » The Truth About Dogs (2000). Penguin Books: p. 124.
  14. Nathan J. Winograd (2007). Redemption. p. 2.
  15. Collins Kristin (Jan 24 2007). « PETA foes salivate at cruelty trial; Animal-rights group employees charged in dumping of dead dogs and cats. » The News & Observer.
  16. Swabe Joanna (1996). « Animals as a Natural Resource: Ambivalence in the Human-Animal Relationship in a Veterinary Practice. » Amsterdam School for Social Science Research; (1996). « Animals, Disease, and Human Social Life: The Human-Animal Relationship Reconsidered. » Onderzoekers; Clinton R. Sanders (1994) « Biting the Hand that Heals You: Encounters with Problematic Patients in a General Veterinary Practice. » Society and animals; 2(1): 47-66.
  17. Charles Danten (1999). « L'anthropomorphisme thérapeutique. » Un vétérinaire en colère. Éditions VLB. Du même auteur, sur le même thème: Le prix du bonheur I. Le mythe de l'animal-roi. Éditions Smashwords; Le prix du bonheur II. Le mythe de l'enfant-roi. Éditions Smashwords.
  18. Sergio Dalla Bernardina (2006). L’éloquence des bêtes. Métailié. Pour une critique de ce livre par Sophie Bobet, une collègue ethnologue de M. Bernardina voir [En ligne] : Adresse URL : www.inra.fr/dpenv/pdf/BibliC54.pdf (page consultée en juin 2011).
  19. Luc Boltanski (1993). La souffrance à distance : morale humanitaire, médias et politique. Métailié. Dans le chapitre « L’opacité du désir », Boltanski souligne « le soupçon d’impureté qui pèse depuis deux siècles sur les désirs altruistes ». Jeff Greenberg et al (1992). « Why Do People Need Self-esteem? Converging Evidence That Self-Esteem serves an Anxiety-Buffering Fonction. » Journal of personality and social psychology ; vol. 63, no 6, p. 913.
  20. Citation tirée du livre de Sergio Dalla Bernardina. Ouvrage cité.
  21. Patrick West (2004). Conspicuous Compassion: Why sometimes it really is cruel to be kind. Civitas, VII et 27; Anderson Digby et Peter Mullen éd. (1998). Faking it: The sentimentalisation of modern society. Social Affairs Unit. Deux livres sur l’infantilisation massive de la société et les dessous cachés des mouvements de masse comme la protection animale. Voir aussi Éric Conan. Art. cité; Eric Hoffer (1952). The true believer: Thoughts on the nature of mass movements, Perennial Classics: Un classique sur les origines des mouvements de masses; du même auteur: (1954). The Passionate State of Mind. Buccaner Books.