Histoire du Maroc
L'histoire du Maroc et de son territoire débute lors des premiers peuplement du Paléolithique inférieur dont les plus anciennes traces sont identifiées à Djebel Irhoud. Il est marqué durant l'Antiquité par des influences phéniciennes puis carthaginoises qui soutiennent l'émergences de royaumes berbères comme le royaume de Maurétanie. Annexé à l'Empire romain et devenant la Maurétanie tingitane, le territoire est envahi par les Vandales et le Royaume des Maures et des Romains est formé, avant que le territoire ne se disloque en plusieurs groupes en conflits.
La conquête musulmane du Maghreb s'achève en 709 par celle du territoire marocain, appelé par les Arabes Maghreb al-Aqsa (Maghreb extrême). En 788, lors de son exil, qu'Idris Ier, fuit les persécutions du califat des Abbassides et fonde un État gouverné par sa dynastie qui s'effondre en 972. Au XIe siècle, les Almoravides occupent le territoire et fondent la ville de Marrakech vers 1070. Ils sont remplacés par des dynasties berbères sous l'Empire almohade de 1121 à 1269, le sultanat mérinide de 1244 à 1465 puis les Wattassides de 1472 à 1554. À partir de 1554, des dynasties chérifiennes sont instaurées avec les Saadiens de 1554 à 1659 puis les Alaouites de 1664 jusqu'à ce jour.
Durant le XIXe siècle, le Maroc précolonial est marqué par les pressions des puissances coloniales européennes et le pays s'implique dans plusieurs conflits tels que la conquête de l'Algérie par la France, la guerre franco-marocaine et la guerre hispano-marocaine. Dès le début du XXe siècle, la pression coloniale provoque une succession d'événements majeurs tels que la crise de Tanger, la conférence d'Algésiras et le coup d'Agadir qui se conclue par la signature du Traité de Fès. Le traité instaure le protectorat français et place le Rif et le sud du territoire dans le protectorat espagnol dès 1912. Le territoire est secoué de 1920 à 1927 par la guerre du Rif, puis par la Seconde Guerre mondiale et la Campagne d'Afrique du Nord.
Dans son discours de Tanger, Mohammed V appelle en 1947 à l'indépendance du pays. Il est envoyé en exil en 1953 par le général Alphonse Juin en vue d'endiguer le mouvement qui cause, en 1952, des émeutes à Casablanca et le déclenchement de la révolution du Roi et du Peuple. L'indépendance du Maroc est officialisée le . Sous le règne d'Hassan II (1961-1999), des tensions relatives à la décolonisation du Sahara occidental sous domination espagnole émergent et le Maroc organise la Marche verte dans le but d'en reprendre le contrôle. Le territoire reste encore à ce jour fortement contesté. Le règne actuel de Mohammed VI est marqué par le printemps arabe et la pandémie de Covid-19.
Préhistoire
[modifier | modifier le code]Premières traces de peuplement
[modifier | modifier le code]
Les premières traces identifiées remontent à l'Acheuléen (Paléolithique inférieur), près de Casablanca, avec des objets lithiques datés d'1,3 million d'années[1]. D'autres traces de présence d'hominidés sont également trouvés à Casablanca, datant d'environ 700 000 ans. Parmis ces traces se trouvent des fragments humains (mandibules, maxillaires et fragments crâniens d'Homo erectus)[2]. L'« Homme de Salé », identifié à Salé, est un squelette d'homo rhodesiensis datant de 400.000 ans[3]. Enfin, à Djebel Irhoud, les plus anciens restes d'Homo sapiens au monde, datant de plus de 300 000 ans sont découverts en juin 2017[4]. En 2021, les archéologues découvrent 33 bijoux formés de petits coquillages provenant de la grotte de Bizmoun (sud-ouest du Maroc) sous forme d'un gisement remontant à plus de 142 000 ans, ce qui en font les bijoux les plus anciens au monde[5].
L'arrivée d'Homo sapiens au Maghreb avant l'Épipaléolithique a été démontrée puisque les industries atériennes ne sont pas l'œuvre de l'homme de Néandertal, dont l'aire de répartition est exclusivement eurasiatique, mais bel et bien d'Homo sapiens présentant des caractéristiques archaïques. Les plus anciens restes d'Homo sapiens au monde ont été découverts au Maroc à Djebel Irhoud en juin 2017 et datent de plus de 300 000 ans[6].

La période de l'Atérien, de 145 000 à 30 000 AP, est connue uniquement en Afrique du Nord. Cette période se caractérise par la maîtrise de la production d'outils présentant des pédoncules destinés à faciliter l'emmanchement. Plusieurs outils pédonculés sont retrouvés dans de nombreuses grottes situées sur le littoral atlantique (Dar Soltane 2)[7]. Néanmoins cette période a surtout été marquée par de profonds bouleversements climatiques ayant entraîné une désertification sans précédent du territoire marocain ainsi que la raréfaction voire la disparition d'un grand nombre d'espèces animales et végétales. Cette dynamique a cependant été contrecarrée par le rempart naturel que constituent les chaînes de l'Atlas et du Rif, que ce soit au Maroc ou dans le reste du Maghreb.
Le Paléolithique supérieur est marqué par l'arrivée d'Homo sapiens, porteur de l'industrie ibéromaurusienne. À Taforalte (Berkane), les outils retrouvés datent de 30 à 20 000 ans av. J.-C. Des rites funéraires sont identifiés : les morts ont le corps en décubitus latéral et les os peints. Une étude sur des restes âgés de 15 000 ans dans la région a démontré que l'Afrique du Nord a reçu des quantités importantes de flux génétique d'Eurasie avant l'holocène et le développement des pratiques agricoles[8],[9].
Mésolithique et Néolithique
[modifier | modifier le code]
Dès 7500 av. J.-C., la culture du Capsien s'étend au Maghreb dans la région allant de Gafsa à Tébessa, puis d'avantage à l'ouest au sein du territoire du Maroc à la fin du Ve millénaire av. J.-C.Anthropologiquement, l'homme Capsien est considéré comme ancestral au type berbère[10].
Les études de l'ADNa révèlent que les Nord-Africains du début du néolithique (vers - 7000 AP) trouvent leurs ancêtres dans ces groupes paléolithiques d'Afrique du Nord, tandis que les groupes du néolithique tardif (il y a 5 000 ans) contiennent une composante ibérique, suggèrant un flux de gènes par Gibraltar. Ces signaux différents entre les individus du Néolithique ancien et ceux du Néolithique tardif indiquent que la propagation des pratiques agricoles en Afrique du Nord a impliqué à la fois une diffusion culturelle et démique depuis l'Europe[8]. Les similitudes culturelles et génétiques entre les traditions ibériques et néolithiques nord-africaines renforcent encore le modèle de migration ibérique vers le Maghreb[11].
Antiquité
[modifier | modifier le code]Contacts extérieurs : Égypte, Phénicie, Carthage (1300 à 300 av. J.-C.)
[modifier | modifier le code]Durant l'Antiquité, le territoire du Maroc est l'objet de plusieurs mythes et légendes dans les textes grecques puisqu'il s'agirait de la patrie d'Atlas et de sa fille Calypso, habitant l'île d'Ogygie, à proximité de Ceuta. Antée aurait également vécu non loin de là, près de Tanger, avant d'être tué par Héraclès qui ouvre le Détroit de Gibraltar[12]. Si ces textes alimentent les questionnements sur les premiers habitants du Maroc et leur origine, l'historiographie recense plusieurs noms données aux populations du territoire : Libyens, Afri, Gétules, Numides ou Maures avant d'être finalement désigné Berbères par les grecs[12]. La phase de l'âge du bronze tardif, vers 1300-900 av. J.-C. demeure très mal connue[13].
Les Libyens, sous Ramsès II (1301-1235) sont réputés pour leurs qualités militaires et jouent un rôle important dans l'histoire de l'Égypte antique puisque le descendant d'un chef libyen, Sheshonq Ier, fonde la XXIIe dynastie égyptienne. Les premières influences antiques dans le territoires s'observent dans des apports dans les cultes religieux berbères d'éléments égyptiens. Le culte du bélier et du taureau restent notamment pratiqués dans le sud du Maroc encore après l'ère musulmane[14].

Les Phéniciens, commerçants entreprenants originaires de la Phénicie située dans le pays de Canaan, installent leurs premiers établissements dans ce que les géographes grecs comme Strabon nomment la Libye (terme qui désigne alors l'ensemble de l'Afrique du Nord à l'ouest de l'Égypte, et non la seule Libye contemporaine) et notamment sur les côtes marocaines, dès le XIe siècle av. J.-C. La flotte phénicienne fonde des comptoirs à Tingi (Tanger), Lixus (près de Larache), Thymiateria (Mehdia), Azama (Azemmour) et Cerné (qui serait localisée à Dakhla). À l'époque de l'arrivée des Phéniciens, le territoire de l'actuel Maroc était loin d'être inhabité. Des établissements comme celui de Kach Kouch témoignent de l'installation des populations locales, qui ont maintenu des rapports commerciaux avec les Phéniciens mais en conservant une architecture locale de cabanes bâties en terre[15].
Carthage, fondée au IXe siècle av. J.-C., n'étend pas son influence politique sur le territoire du Maroc comme c'est le cas en Tunisie et en Algérie, mais s'insère dans le réseau commercial établi par les phéniciens[16]. Selon Homère, l'attrait commercial pour le territoire est que « tout homme a son content de fromage, de viande et de laitage ». Cependant on y exploite également des plantations de blé, de vigne, de figuiers et d'oliviers. L'exploitation de mines de cuivre, de plomb, de fer et d'argent est également importante[16]. Le chameau commence à être introduit, cependant ce sont des attelages de chevaux qui sont encore favorisés pour utiliser les liaisons commerciales qui traversent le territoire depuis l'Afrique du nord vers le sud du Sahara. La principale route part du Souss pour rejoindre l'Adrar et la zone occupée par la culture Tichitt[17].
Les influences Carthaginoises sont notamment renforcée par le périple d'Hannon le Navigateur. À partir du VIe siècle av. J.-C., leurs activités commerciales s'y renforcent ainsi que leurs relations avec les groupes tribaux de l'intérieur des territoires. Ils leur paient un tribut pour s'assurer leur coopération et avoir le droit d'exploiter les ressources naturelles du territoire[18]. Ils s'intéressent aux métaux précieux, au murex (utilisé pour produire la teinture pourpre prisée) et de bois rares des forêts nord-africaines. Ces échanges introduisent des éléments culturels phéniciens[réf. nécessaire].
Maurétanie (300 av. J.-C. à 430)
[modifier | modifier le code]
À partir du IVe siècle av. J.-C. apparaît le royaume de Maurétanie[19], dont le plus ancien souverain connu est Baga[20]. Les plus anciens textes historiques associe ce royaume aux villes de Lixus et Chellah[19]. Le royaume est alors actif avec les Numides durant la deuxième guerre punique afin de réduire l'influence carthaginoise en Afrique du Nord[21]. Le punique, variété carthaginoise du phénicien, est la langue officielle utilisée pour les documents administratifs, les rapports diplomatiques et les cultes de Baal, de Tanit et des divinités du panthéon libyco-carthaginois. Les souverains de Maurétanie parviennent à supplanter l'influence de Carthage et Rome en certains endroits[22].
Lorsque les Romains s'implantent en Afrique vers le IIe siècle av. J.-C., ils s'allient au roi Bocchus de Maurétanie contre la Numidie. Le souverain maurétanien gagne en récompense le titre d'Ami du peuple romain décerné par la République romaine ainsi que l'estime du consul Caius Marius[12]. Mais, faute d'héritier pour la lignée des Bocchus, le royaume finit par échoir à une dynastie d'origine numide, avec le règne de Juba II à partir de 25 av. J.-C., après un court interrègne romain[23]. Le roi Juba fait explorer le Haut Atlas, une partie des régions désertiques sahariennes, ainsi que Madère et l'archipel des îles Canaries. La civilisation maurétanienne qui se distingue sous son règne intègre des influences carthaginoises, hellénistiques et égyptiennes, avec un art et une esthétique qui s'expriment dans l'urbanisme des cités comme Tamuda, Zilil, Lixus, Césarée de Maurétanie et Rusibis, et dans la construction de monuments funéraires tels que le Mausolée royal de Maurétanie ainsi que le bazina d'El Gour[12].

En 33 av. J.-C., la Maurétanie devient un État client de Rome puis devient une province romaine après que le dernier roi, Ptolémée de Maurétanie, est assassiné par Caligula vers 40[24]. Claude annexe le royaume à l'Empire romain. La partie à l'ouest du fleuve Moulouya devient la province de Maurétanie tingitane avec pour chef-lieu la cité de Tingis. La domination romaine se limite aux plaines du nord (jusqu'à la région de Volubilis près de Meknès) et l'Empire ne cherche pas à contrôler le pays brutalement : il semble que les tribus pacifiques, comme celles des Baquates, des Zegrenses ou des Macénites sont incluses dans le territoire de la province et assurent même les communications avec la Maurétanie césarienne[25].

Le christianisme s'implante progressivement dans les villes romanisées de la Tingitane à Tingis et Volubilis au milieu du IIIe siècle[26]. En 298 à Tingis, sous le règne de Dioclétien, le centurion Marcellus est décapité, ce qui en fait un martyr plus tard canonisé sous le nom de saint Marcel[27], de même que Cassien de Tingis considéré également comme saint par l'Église catholique et par l'Église orthodoxe. Six évêchés ont été recensés en Tingitane (à Tingis, Septem, Zilil, Lixus, Tamuda et Sala)[28].
Sous l'Bas-Empire romain (soit à partir des réformes territoriales de Dioclétien), la Maurétanie tingitane releva du diocèse d'Hispanie[29], dont le vicaire réside à Mérida, et de la préfecture des Gaules, dont le préfet résidait à Trèves ; la Maurétanie césarienne et la Maurétanie sétifienne relevèrent, comme la Numidie, du diocèse d'Afrique, dont le vicaire résidait à Carthage, et de la préfecture d'Italie, dont le préfet résidait à Rome.

Vandales, Byzantins, Wisigoths et royaumes maures (429 à 698)
[modifier | modifier le code]
En 429, une coalition germanique traverse le détroit de Gibraltar et s'avance vers Annaba. Ceux-ci forment le royaume vandale après la prise de Carthage et impose l'arianisme dans les territoires d'Afrique du Nord[30]. L'année 429 correspond également au regain d'indépendance de nombreuses zones libérées des ingérences césarienne et tingitane. Cependant, la morphologie de cette partie de l'Afrique du Nord post-romaine est très mal connue. On y retrouve des confédérations formant des royaumes, comme celle du royaume des Maures et des Romains, ou des principauté centrée sur des villes importantes comme Volubilis[31].
Le , l'Église vandale applique des prescriptions contre les cultes chrétiens africains qu'elle considère hérétiques : suppression des réunions de culte, destruction des livres religieux, interdiction de bâtir des églises, confiscation des biens, déportation de prêtres, destitution des fonctionnaires, etc. Ces mesurent désorganisent les groupes locaux qui se soulèvent contre le pouvoir vandale[32]. La région est, au moment du choc vandale, constituée d'une multitude de groupes ethniques, culturels et religieux généralement gouvernés par des chefs chrétiens. De nombreuses communautés juives y vivent également car la région, à l'extrémité de la Méditerranée, bénéficie d'un faible contrôle des pouvoirs centraux romains ou religieux[33].

Il faut attendre 533-534, pour que s'engage la campagne d'Afrique, dite guerre des Vandales, décidée par l'empereur byzantin Justinien Ier, avec une puissante armée commandée par le général Bélisaire. Le corps expéditionnaire byzantin anéantit le royaume vandale et déporte ses élites en Asie mineure. La pacification du territoire reconquis est plus laborieuse à l'intérieur des terres et se heurte à la pugnacité des Maures[34].
Le contrôle byzantin, depuis l'Espagne byzantine, se limite à la côté sud du détroit de Gibraltar, couvrant Ceuta (Septem Fratres) et Tanger (Tingis)[35],[36]. La reconquête espagnole par les Wisigoths et la fondation du royaume wisigoth d'Espagne repousse le contrôle byzantin de l'Hispanie, mais ils échouent à prendre les côtes marocaines. Le dernier Comte Julien byzantin de Ceuta issu de la tribu rifaine des Ghomaras[37].
Plus au sud, les peuples de la vallée du Draâ auraient connu une cohabitation parfois pacifique, parfois hostile, entre des entités politiques encore méconnues, notamment un royaume juif et un royaume chrétien[38],[39]. Le judaïsme aurait été apporté par l'une des premières diasporas, après la grande révolte juive contre les Romains et la destruction du Temple de Jérusalem par Titus en 70 (voir Histoire des Juifs au Maroc), tandis que le christianisme aurait été introduit depuis la province de Maurétanie Tingitane, sous une forme qui n'a pas été élucidée (catholicisme, arianisme, voire monophysisme)[40].
Avènement de l'Islam (VIIe au XIe siècle)
[modifier | modifier le code]Conquête et révolte berbère (VIIe au VIIIe siècle)
[modifier | modifier le code]La conquête musulmane du Maghreb s'interrompt quelque temps avant qu'Hassan Ibn Numan ne capture l'Exarchat de Carthage, dirigeant ensuite son armée vers la partie occidentale du Maghreb. toutefois, il est défait lors de la bataille de l'oued Nini en 698 par l'armée berbère de la reine Kahina[41]. En 704, une nouvelle campagne est menée par Moussa Ibn Noçaïr qui l'emporte à Tabarka[42], capture plusieurs villages fortifiés du Rif, occupe Tanger et soumet le dernier Comte Julien de Ceuta. Depuis cette position, il divise son armée en plusieurs colonnes qui se répandent dans toutes les directions vers le sud, parvenant à soumettre la plupart des tribus berbères. Il achève la conquête en 710[43]. En gouverneur de l'Ifriqiya, il se limite à occuper les villes et noue des liens de clientèles avec les chefs berbères dont il intègre l'aristocratie à ses armées, comme Tariq ibn Ziyad. Ce dernier se lance dans la conquête de l'Hispanie en 711 depuis Tanger[44].

Malgré cela, des inégalités de traitements entre Arabes et Berbères se mettent en place dans la politique Omeyyades[45]. À partir de 720, des signes de crispations alimentés par l'installation récente de groupes kharjites hostiles au Omeyyades, commencent à secouer la région. L'appel du message kharijite aux oreilles berbères permet à leurs militants de pénétrer progressivement les régiments berbères et les centres de population. Le gouverneur ifriqiyen Yazid ibn Abi Moslim, qui reprend ouvertement la Djizîa et humilie sa garde berbère en marquant au fer leur mains, est assassiné par cette dernière en 721[46].
En 739 Maysara al-Matghari présente les doléances des Berbères auprès du calife Hicham qui n'y donne pas suite[47]. Une insurrection se déclenche à Tanger et Maysara s'empare de la ville, puis du Souss. Sa tyrannie l'amène à sa perte et il est remplacé par Khalid ibn Hamid al-Zanati qui permet aux Berbères d'être victorieux contre l'armée arabe sur les bords du Chelif, au début de 740[48]. Une nouvelle armée est défaite sur les rive du Sebou en [48]. Le gouverneur égyptien Handhala Ibn Safwan intervient et arrête les deux armées kharidjites au cours de deux batailles à Al-Qarn et à El-Asnam (Algérie) alors qu'elles menaçaient Kairouan (actuelle Tunisie) au printemps 742[49]. La carte du Maghreb se morcelle alors en une série de petits États indépendants dont les principaux sont les royaumes sufrite de Tlemcen ainsi que l'Émirat de Nekor, le royaume Berghouata et l'Émirat de Sijilmassa[50].
Premiers États musulmans (VIIIe au Xe siècle)
[modifier | modifier le code]Émirat Idrisside
[modifier | modifier le code]
L'histoire des Idrissides commence, lorsqu'un prince arabe chiite de la famille de `Ali (quatrième calife de l'islam), Idris Ibn 'abd Allah al-Kamil et son affranchi Rachid Ben Morched El Koreichi, se réfugient dans le Moyen Atlas. Fuyant la menace des Abbassides (qui avaient massacré des Alides et leurs partisans chiites lors de la bataille de Fakh près de La Mecque), ils séjournent en Égypte avant de s'installer à Walilah (Volubilis), sous la protection de la tribu berbère des Awerbas. Parvenant à rallier les tribus locales à sa cause, Idriss est investi Imam et fonde la ville de Fès en 789 sous le nom d'Idris Ier. C'est le début de la dynastie des Idrissides[51]. Idris Ier est assassiné par un émissaire du calife abbasside Hâroun ar-Rachîd de Bagdad, un certain Sulayman Ibn Jarir Al Chammakh, qui avait été en fait avisé par le puissant vizir barmécide Yahya ben Khalid[52].

Après onze années sous la tutelle de Rachid, Idris II est proclamé Imam des croyants de Fès. Il mène une politique expansionniste qui lui permet d'élargir sa zone de domination sur le Maghreb al-Aqsa. Le royaume idrisside englobe ainsi toute la portion de territoire s'étendant de Tlemcen à l'est jusqu'au Souss au sud et au Gharb à l'ouest[53]. Il semble que la dynastie idrisside, du moins à ses débuts, ait professé le chiisme et plus précisément le zaydisme[54].
Se considérant à l'étroit à Walilah, Idriss II quitte l'antique cité romaine pour Fès, où il fonde le quartier des Kairouanais (également appelé Al-Alya) sur la rive gauche (Idris Ier s'était établi sur la rive droite, le quartier des Andalous). Les Kairouanais sont issus de familles arabes orientales et arabo-persanes (originaires du Khorassan) établies en Ifriqiya depuis l'époque abbasside[55]. Ces familles sont expulsées de Kairouan en raison des persécutions infligées par l'émir aghlabide Ibrahim Ier. Les Andalous qui s'installent à Fès sont quant à eux des opposants aux Omeyyades, originaires des faubourgs cordouans qui s'étaient révoltés massivement contre l'émir omeyyade d'Al-Andalus Al-Hakam Ier (notamment du faubourg de Rabed, d'où le nom de Rabedis attribué aux éléments de cette première vague d'immigration andalouse au Maroc)[56].
Le royaume idrisside connaît une importante phase d'urbanisation, illustrée par la création de villes nouvelles telles que Salé, Wazzequr, Tamdoult et Basra, cette dernière inspirée de la Basra irakienne. Ces nouveaux centres sont des foyers de diffusion de culture arabe et des vecteurs d'islamisation en pays profondément berbère[57].
Bien que considéré comme le premier État du Maroc, l'organisation politique et la gouvernance Idrisside ne parvient pas à implanter les bases viables pour son maintien[58]. Cependant, ses conséquences dans la région sont importantes puisqu'il contribue fortement au processus d'islamisation et au renforcement de l'activité du commerce transsaharien[59],[60]. Le IXe siècle est connu sous le nom de la « Paix des Idrissides » qui permet aux différents États musulmans de coexister[61]. Cette période de conflits internes est dès lors caractérisée par une très grande prospérité économique, commerciale et démographique[61].
En 985, les Idrissides perdent tout pouvoir politique au Maroc et sont massivement exilés en Al-Andalus par le calife omeyyade Al-Hakam II. Installés à Malaga, ils récupèrent peu à peu leur puissance, au point d'engendrer une dynastie pendant l'époque des taïfas, les Hammudites. Ces derniers vont jusqu'à revendiquer la fonction califale à Cordoue en remplacement des Omeyyades déchus en 1016[62].
Émirat de Nekor
[modifier | modifier le code]En 710, Salih Ibn Mansour fonde la dynastie Banū Şālih en 710, date retenue comme celle de la fondation de l'émirat de Nekor. Bien que la tradition le désigne comme un un Arabe himyarite originaire du Yémen[63],[64], cette origine est contestée par al-Ya'ķūbi, qui l'associe à la tribu berbère Nafzī dans son Kitab al-Buldan (en)[65]. Sa capitale est initialement située à Temsamane puis Nekor (en), fondée vers 760[65],[63]. L'émirat salihide (du nom du fondateur) adopte une structure tribale et s'aligne politiquement sur les Omeyyades d'al-Andalus[66].
En 859, une importante expédition viking pille la capitale pendant huit jours[67]. Par la suite, les tensions entre Fatimides et Omeyyades de Cordoue provoque le déclin progressif de l'émirat qui se retrouve pillé à de multiples occasions par le passage des troupes[68]. Plusieurs entités politiques successives contrôlent le Rif entre les VIIIe et XIVe siècles. L'émirat de Nekor prend fin avec la destruction de sa capitale Nekor en 1080. La région est intégrée par la suite aux domaines des Almoravides, puis à ceux des Almohades et des Marīnides[69].
Confédération des Berghouata
[modifier | modifier le code]Les Berghouatas, confédération de tribus issues essentiellement des Masmoudas, forment un royaume puissant entre le VIIIe et le XIe siècle[70]. À la suite de la grande révolte kharijite de Maysara, ils établissent un émirat indépendant dans la région de Tamesna, sur les côtes de l’Atlantique entre Safi et Salé, sous l’égide de Tarif al-Matghari[71]. Son fils, Salih ibn Tarif (en), devient quant à lui le père spirituel de ce royaume qui établit une doctrine à la base d'une nouvelle religion d'essence messianique[72],[73]. Ce culte ascétique dérivé de l'Islam mêle des éléments du sunnisme, du chiisme et du kharidjisme[74]. Les rois berghouatas prennent les titres de Mahdi et de Salih al Mou'minine[73].
Les Berghouatas maintiennent leur indépendance dans la région des plaines atlantiques. Capable de mobiliser une armée nombreuse, il jouent un rôle politique dans l'histoire médiévale du Maroc. En 1058, ils sont annexés par les Almoravides. En 1149, ils sont écrasés par les Almohades[74],[73].
Émirat de Sijilmassa
[modifier | modifier le code]
L'État de Sijilmassa est fondé en 758 dans un contexte commercial particulièrement favorable[75],[76]. En 773, une nouvelle dynastie Meknassas dirige Sijilmassa. L'arrivée de cette dynastie au pouvoir fait adopter à l'Émirat de Sijilmassa une politique extérieure bien plus affirmée[77]. En 784, Abou Qassim, nouvel imam élu et fils du précédent, entreprend une expansion territoriale visant à soumettre l'ensemble des territoires berbères orientaux afin de s'assurer le contrôle des exploitations minières du Draa et des voies commerciales transsahariennes[78],[77]. Il mène ensuite une politique d'urbanisation importante à Sijilmassa. Sa politique l'amène à recevoir le titre d'Émir Midrar en 823, donnant naissance à l'Émirat de Sijilmassa[77].
L'étendue considérable de l'émirat lui permet de contrôler l'ensemble des voies du commerce transsaharien menant à l'Empire du Ghana et approvisionnant le monde musulman en or et esclaves noirs. Ce contrôle permet à l'émirat de s'enrichir et d'entretenir des relations privilégiées avec les principaux pouvoirs musulmans : Abbassides, Rostémides et Fatimides[78]. La grandeur Sijilmassa est particulièrement vantée par les auteurs contemporains qui indiquent qu'en 951, le versement de la moitié de sa taxe douanière s'élevait à 400.000 dinars[79],[80]. Toutefois, lors de la transition sous autorité Omeyyade, la dynastie est remplacée vers 977 par celle des Maghraouas[76]. Au XIe siècle, l'émergence du mouvement Almoravide, puis son expansion politique et territoriale, font disparaître cet émirat qui est annexés à l'empire Almoravide en 1058[81],[76].
Période des empires berbères (1055-1554)
[modifier | modifier le code]Dynastie almoravide (1055-1147)
[modifier | modifier le code]
La fondation du mouvement Almoravide trouve son origine à la suite d'un pèlerinage à La Mecque dans les années 1030 effectué par Yahya ben Ibrahim, émir de la confédération sanhadja. À son retour, il souhaite réformer la foi religieuse dans ses territoires et, sur les conseils d'Abu Imran al-Fasi (en), rencontre Waggag ibn Zallu al-Lamti (en) dans le Souss. Ce dernier dirige une école malikite et le met en relation avec Abdellah ben Yassin qui accepte de mener ces réformes[82],[83]. Il édifie un premier ribat chez les Goudala et prêche un malikisme orthodoxe qui prône le djihad, suscitant des tensions. Lorsque Yahya ben Ibrahim meurt, il est chassé du territoire et trouve refuge chez les Lemtouna auprès de Yahya ben Omar[84].
Dès 1055, le djihad est lancé. Les campagnes visent à soumettre les différentes tribus sahariennes puis à mener une expansion territoriale provoquant les conquêtes d'Aoudaghost, de Sijilmassa et d'Azuggi. Cette première vague sachève en 1056 avec la mort de Yahya ben Omar au combat son frère Abou Bakr ben Omar lui succède[83],[85]. La seconde phase d'expansion reprend en 1058 et s'étend vers le nord en occupant Massa et Taroudant, puis en engageant le conflit contre les Berghouata. L'imam Ibn Yassin est tué au combat en 1059 et Abu Bakr est investi de la direction religieuse en plus de ses fonction d'émir, transformant le mouvement Almoravide en émirat[86],[87]. Vers 1070, Marrakech est fondée et Abou Bakr dirige son armée contre l'Empire du Ghana en 1076 tandis que Youssef ben Tachfine contrôle le nord et s'affirme en tant que nouvel Émir Almoravide[86],[85].

À partir de 1075, il prend le contrôle des villes du nord, de Tanger et de l'Émirat de Nekor, puis en 1083, il se dirige vers ´Ténès et occupe Alger[88]. Il capture ensuite Ceuta, dernière ville non-almoravide[89]. En 1086, les Almoravides entament la conquête de la péninsule ibérique et parviennent, en 1094, à occuper tout al-Andalus[90]. L'Empire s'étend alors de l'Èbre en Espagne jusqu'au fleuve Sénégal[91]. Ali Ben Youssef succède en 1106, parvient à préserver les différentes conquêtes et s'étend même au sein du Portugal et des Îles Baléares. Sa dernière victoire espagnole date de 1134[92]. Le début de son règne est marqué par une politique d'édification et de construction importante[93].
Cependant, le contrôle intérieur des territoires montre des faiblesses importantes qui propulsent le déclin de l'empire. Au sud émerge le mouvement almohade tandis que l'Espagne plonge dans sa seconde période des Taïfas au début des années 1140[94]. Privé de ces deux principales sources économiques et d'effectifs militaires, l'armée almoravide n'est pas en mesure de réprimer l'expansion almohade et s'effondre définitivement en 1147 avec la capture de Fès et Marrakech[95].
Dynastie almohade (1121-1269)
[modifier | modifier le code]
Le mouvement almohade est fondé dans le Haut Atlas dans l'actuel Maroc[96] au début du XIIe siècle par Muhammad Ibn Toumert[96]. Il instaure la doctrine almohade qui s'oppose aux rites malékites des Almoravides[97]. Accusé d'avoir fomenté une rébellion, l'émir almoravide décide de l'expulser de Marrakech[98] et Ibn Toumert se réfugie dans le Haut Atlas[99]. En 1123, après la prise de Tinmel, Ibn Tûmart réaffirme le dogme de l'unicité divine (tawhid) afin de s'autoproclamer Mahdi et « Imam infaillible », et déclare la guerre sainte (djihad) contre les Almoravides[100],[101],[102]. Il fédère les tribus et établit une hiérarchie pyramidale. Du sommet à la base se trouvent le Conseil des Dix, puis des Cinquante, des talaba, des huffaz, et du reste de la population : la totalité (al-kaffa), c'est-à-dire la masse des partisans structurés en tribus[103],[102]. Le mouvement almohade assiège Marrakech en 1130 et, après la défaite d'Al-Buhayra, se replie[104],[105],[106]. Ibn Tûmart meurt peu de temps après, mais sa mort est dissimulée le temps que sa succession soit assurée. Il faut deux ans avant qu'Abd al-Mumin ne soit désigné comme souverain dans un contexte où il n'est pas complètement soutenu[102],[100].

En 1132, il est proclamé amîr al-mu'mimin et revendique le titre de calife[107],[108],[109]. Les armées almohades avancent dans les zones montagneuses, défavorables à la cavalerie almoravide, et remonte jusqu'au Rif[110],[107]. Après une importante défaite almoravide à Tlemcen en 1144[110],[111], les Almohades capturent Oujda, Guercif et Meknès et Fès puis descendent vers Salé puis Marrakech qu'ils capturent en mars 1147[112]. Les derniers membres de la dynastie almoravide y sont tués et les différentes villes acceptent de se soumettre au nouveau pouvoir en place[113].
Cette première phase d'expansion se clôture par la stabilisation des nouveaux territoires contrôlés et la répression de mouvements de dissensions. Et, en 1151, Abd al-Mumid conduit les almohades à la conquête du Maghreb central et de l'Ifriqyia. Il prend le contrôle des territoires hammadides et l'emporte contre les Hilaliens qu'il convainc de le rejoindre[114],[110]. En 1159, il achève la conquête lors d'une seconde campagne qui évince les Normands du royaume d'Afrique, et prolonge son territoire jusqu'à Barqa, à la frontière avec les Fatimides[115],[116]. En parallèle, la situation instable en Al-Andalus ne permet pas d'assurer l'autorité almohade. Les possessions se trouvent menacées en 1158 par Muhammad ibn Mardanis[117], le royaume du Portugal et le royaume de Castille. Le successeur d'Abd al-Mumin, Abu Yaqub Yusuf I, parvient à mettre fin au conflit avec Muhammad ibn Mardanis et à soumettre ses fils en 1172[118].

Durant cette période, l'empire Almohade traverse une période de prospérité dans laquelle son organisation politique, son armée et son administration sont réformées, établissant les fondations du Makhzen marocain[119]. La politique d'urbanisation et de construction d'édifices important marquent l'empreinte de l'art almohade sur le Maghreb et les territoires andalous[120]. L'accent est également mis sur le développement des capacités portuaires afin de soutenir l'emploi de flottes militaires ainsi que le renforcement de l'activité commerciale méditerranéenne. Plusieurs villes portuaires sont fondées afin de soutenir cette politique telles que Mehdia et Rabat, et les ports existents sont renforcés comme à Tanger et Ceuta[121].
Cependant, le processus de la reconquista affecte également la stabilité de l'Empire almohade en al-Andalus dès le départ[118]. La gestion centralisée des armées par le calife représente une faiblesse qui ne lui permet pas de maintenir son contrôle sur tous les fronts. Ainsi, Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, se confronte d'abord en Ifriqiya et au Maghreb central à l'émergence d'un nouvel État almoravide (Beni Ghania) en 1187[122], puis après de premières victoires doit se rendre en Espagne où il l'emporte lors de la bataille d'Alarcos, poursuivant une campagne victorieuse contre le royaume de Castille[122].

En conséquence, le XIIIe siècle marque un tournant dans la domination almohade. Le jeune et nouveau calife, Muhammad an-Nasir, est à son tour confronté aux Beni Ghania qu'il parvient à vaincre partiellement sur les conseils militaires d'Abû Muhammad ben Abî Hafs. Ce dernier est nommé gouverneur d'Ifriqyia en 1207 et forme les base du futur sultanat hafside de Tunis[123]. Tout comme le calife précédent, il doit rapidement intervenir en Espagne pour faire face à une croisade des trois royaumes de Castille, d'Aragon et de Navarre. Le , la défaite à la bataille de Las Navas de Tolosa marque le début de la déroute almohade en Andalousie[123]. Les califes qui se succèdent après l'empoisonnement de Muhammad an-Nasir en 1213, ne parviennent pas à endiguer la situation[124]. À l'est, l'Ifriqyia gagne en indépendance, au Maghreb central les Mérinides gagnent en influence et en Espagne les royaumes chrétiens gagnent du terrain[125]. Cet important déclin amène à des successions précipitées, des guerres intestines et l'élévation du pouvoir des tribus fondatrices du mouvement almohade[126]. Abu al-Ala Idris al-Mamun tente de contrer cette appropriation du pouvoir en reniant la doctrine almohade, provoquant une épuration sanglante, mais il est assassiné en 1232[127]. La désagrégation de l'Empire s'accélère à partir de là avec l'indépendance du sultanat hafside de Tunis ainsi que la perte des derniers territoires andalous au profit de l'autonomie du nouveau royaume de Grenade dirigé par les Nasrides[128]. Ce climat plonge les Almohades dans une longue lutte de pouvoir jusqu'en 1269, date à laquelle les Mérinides capturent Marrakech et destituent le dernier calife, Abou al-`Oula Idriss al-Wathiq, mettant ainsi fin à la dynastie almohade[129],[130].
Dynastie mérinide (1244-1465)
[modifier | modifier le code]
Les mérinides ou Beni Merin sont un tribu berbère zénète[131] originaire du Zab[132]. Contrairement aux précédentes dynasties almoravide et almohade, les mérinides ne se mobilisent pas pour des motifs de réformations religieuses ou des prétentions politiques, mais d'abord par des intérêts économiques[133]. Ils profitent de l'affaiblissement almohade suite à la bataille de Las Navas de Tolosa pour imposer un tribut aux vills du Rif telles que Taza, Fès et Ksar El Kébir[134]. Après avoir été défait en 1240, l'émir Abu Yahya ben Abd al-Haqq reprend les conquêtes en 1244 et intègre Meknès, Salé et Rabat en 1248[135].

En 1260, Salé est capturée par les troupes d'Alphonse X de Castille et les mérinides interviennent pour la libérer[136]. Les différents territoires almohades sont progressivement intégrés et la capture de Marrakech en 1269 met fin à la dynastie almohade[135]. Suite à cela, Abu Yusuf Yaqub se fait proclamer sultan et confirme son statut préexistant d'émir[137]. Il fait de Fès sa capitale[135] et entreprend de multiples interventions militaires pour légitimer son pouvoir[135]. Il intervient au secour de l'émir nasride de Grenade et défait les chrétiens, parvenant à capturer les villes de Tarifa, Algésiras, Ronda et Cadix[138]. Au Maghreb central, il affronte les zianides mais ne parvient pas à conquérir Tlemcen[139]. Cette conquête sera reprise par ses successeurs et Abu Yaqub Yusuf an-Nasr parvient à contrôler la majorité du Maghreb central, sauf Tlemcen[140].

Le sultanat mérinide atteint son apogée sous le règne d'Abu al-Hasan ben Uthman (1331-1348) qui reprend la politique d'expansion territoriale au Maghreb central[137], capture Tlemcen en 1337 après un siège de deux ans, et poursuit sa conquête en direction de l'Ifriqiya[141]. Dans la péninsule ibérique, la déroute qui suit la bataille du Río Salado met fin aux ambitions mérinides de reconquête[142]. En conséquence, l'expansion en Ifriqiya reprend jusqu'à Barqa[142].

Cette domination reste de courte durée et, en 1358, après l'assinat d'Abu Inan Faris par son vizir, le sultanat plonge dans une phase de déclin importante marquée par la domination des vizirs. Cette période, appelée « règne des vizirs » ou première et deuxième éclipse mérinide, est marquée par l'effacement du pouvoir des sultans, de nombreuses intrigues et des conflits de successions[143]. Seuls quelques sultans ont un règne de plus de 5 ans durant ce siècle de déclin[144]. Cette période, propice aux révoltes, permet également au royaume de Castille et au royaume du Portugal de mener des expéditions militaires visant à conquérir des territoires outre-mer. Tétouan, Ceuta et Perejil sont perdues. Tanger résiste, défendue par le vizir Abû Zakariyâ Yahyâ al-Wattasi alors que le dernier sultan, Abu Muhammad Abd al-Haqq, n'est pas en âge de régner[145]. En 1458, ce dernier se retourne contre son régent et fait massacrer la majorité de la famille wattasside. Sa gestion suscite la colète des chérifs idrissides qui s'emparent du pouvoir et mettent fin à la dynastie mérinide[146].
La révolte des chérifs de Fès ne marque pas seulement la fin du pouvoir mérinide, mais constitue un élément important de la future légitimisation saadienne. En effet, il s'agit d'un coup d'État politique et religieux puisqu'il vise à consacrer un descendant Idrisside dans un contexte de fondation du culte dédié à Idris II à Fès, sa tombe étant redécouverte en 1438 par les chérifs[147],[148]. La reconquête de Fès, pour le chef wattasside Mohammed al-Cheikh, devient dès lors un enjeu politique important, et il parvient à en prendre possession en 1471[149].
Dynastie wattasside (1471-1554)
[modifier | modifier le code]Les ancêtres des Wattassides sont poussés à migrer d'est en ouest par les Hilaliens, qui envahissent l'Afrique du Nord à partir du XIe siècle, ou encore par les Sanhadja. Sous les Mérinides, les Wattassides sont implantés au Nord du Maroc et plus précisément dans le Rif. Ils occupent des fonctions importantes et les derniers vizir mérinide sont des wattassides. L’événement déterminant de l’ascension au pouvoir des Wattassides est l'assassinat du sultan mérinide Abou Saïd Othmane III et de presque toute sa famille en 1420. Seul un fils du sultan, Abdelhaq alors âgé d'un an, est épargné ; le vizir, Abû Zakariyâ Yahyâ al-Wattasi, est alors son régent, il exerce une influence considérable sur le Makhzen. Son fils Yahya ben Abi Zakariya Yahya devient vizir à son tour en 1458 mais est massacré avec sa famille en 1459 par le sultan mérinide Abdelhaq[150].
En 1465, la révolte chérifienne éclate à Fès et, en 1471, Abu Abd Allah ach-Chaykh Muhammad ben Yahya, survivant du massacre de sa famille reprend la ville et devient le premier souverain wattasside effectif[151],[150]. Le Maroc se trouve coupé en deux, avec à Marrakech les émirs Hintata auxquels succède la dynastie arabe émergente des Saadiens, et à Fès le sultanat wattasside déclinant. Plus au nord, à Tétouan et à Chaouen, apparaît une principauté à dominante andalouse peuplée par les réfugiés du royaume de Grenade (conquis par les Espagnols catholiques en 1492) et dirigée par une femme nommée Sayyida al-Hurra[152]. L'histoire de la dynastie des Wattasside est tumultueuse. Seuls deux sultans auront un règne consistant : Muhammad ach-Chaykh (1472-1501) et son fils Mohammed al-Burtuqâlî (1501-1526). La dynastie va être confrontée dès 1524 à la montée des chérifs saadiens, leur concurrents directs pour le trône[150].

Au nord, les possessions portugaises s'étendent et forment le Maroc portugais contre lequel un nouveau pouvoir émerge. Les zawiyas désignent les Saadiens pour mener la guerre sainte contre les Portugais. Reconnaissant d'abord nominalement l'autorité centrale des Wattassides, les Saadiens, qui prennent Marrakech en 1524 et en font leur capitale, entrent en confrontation avec les premiers dès 1528[153]. Les possessions de la Couronne lusitane constituent des fronteiras, équivalent portugais des presidios espagnols, et sont utilisées comme escales sur la route maritime du Brésil et de l'Inde portugaise. Néanmoins la plus grande partie du Maroc portugais est reconquise par les Saadiens en 1541[154].
En 1554 alors que toutes les villes Wattassides déposent les armes les unes après les autres, le sultan Abou Hassan Ali avec l'appui de Salah Raïs, beylerbey d'Alger, reprend Fès[155], mais les Saadiens réagissent rapidement, reprennent la ville au bout de 9 mois et tuent le dernier prétendant wattasside. Les derniers Wattasides fuient alors le Maroc mais sont tués à la suite de raids pirates sur leur bateau tandis que les fils du dernier sultan Wattasside trouvent refuge dans la régence d'Alger[155].
Période chérifienne précoloniale (1554-1911)
[modifier | modifier le code]
Dynastie saadienne (1554-1659)
[modifier | modifier le code]Émergence et affirmation
[modifier | modifier le code]L'émergence des Saadiens tient lieu en réaction aux Croisades de la Reconquista et aux incursions ibériques sur le territoire maghrébin[156]. Vers 1509, la confrérie Jazoulia prête serment d'allégeance à Abou Abdallah al-Qaim qui adopte le titre d'al-qâ'im bi-amr Allâh (« Celui qui s'élève sur l'ordre de Dieu »)[157],[158]. Il mène le jihad contre les Portugais dès le mois d'août 1511[159],[160], mais ne parvient qu'à reprendre Massa. Son successeur Ahmed al-Araj parvient à reprendre, en 1524, plusieurs positions dont Santa Cruz de la Mar Pequeña[161]. Après avoir repris Marrakech en 1525, il se fait proclamer émir et y installe sa capitale[161],[162],[163]. Cette décision provoque le conflit avec les Wattassides qui se conclue par leur défaite en 1537[164],[163],[165]. En 1541, Mohammed ech-Cheikh reprend Agadir, puis en 1544 Safi et Azemmour[164],[163]. Après ces victoires, il usurpe le trône et se proclame Mahdi[166].

À partir de 1549 les Saadiens contrôlent entièrement le Maroc et entreprennent même leur extension en Oranie en direction de Tlemcen et de Mostaganem, alors que le Maghreb central et oriental est sous la domination des Ottomans. Mohammed ech-Cheikh est un adversaire résolu du sultan-calife ottoman Soliman le Magnifique. Pour conjurer la menace exercée par les gouverneurs turcs d’Alger, le sultan saadien n’hésite pas à chercher l’alliance des Espagnols qui occupent Oran et lui permettent de s’emparer de Tlemcen[167],[168],[169]. En 1554, les troupes turques de Salah Raïs aident Abu al-Hasan à reprendre Fès et restaurer le pouvoir watasside. Cependant, la population se révolte et Mohammed ech-Cheick tue le dernier Wattasside lors de la bataille de Tadla le [167].

En 1557, le sultan est assassiné par des assassins à la solde du beylerbey d’Alger Hassan Pacha qui décapitent le sultan marocain et envoient sa tête en trophée à Constantinople, où Soliman la fera accrocher sur les murs du Sérail de Topkapı[170],[171],[172],[173]. Cet événement a peu d'incidence et son fils, Abdallah el-Ghalib, maintient une forte politique extérieure avec les pouvoirs européens afin de tempérer les ambitions ibériques et turques[174]. À sa mort, un conflit dynastique oppose son héritier Muhammad al-Mutawakkil et Abu Marwan Abd el-Malik[175]. Le premier est évincé et le roi du Portugal Sébastien Ier saisit l'opportunité pour soutenir le prétendant et tenter de le remettre sur le trône. Le , la bataille des Trois Rois a lieu près de Ksar el-Kébir (ou Alcazarquivir), au nord du Maroc, et les 40 000 cavaliers du sultan anéantissent les troupes portugaises. Al-Mutawakkil se noie dans l'oued el Makhazin en tentant de fuir, Sébastien meurt au combat, quant à Abd el-Malik, il meurt lui aussi au cours de la bataille, d'une intoxication alimentaire[176].
Apogée et expansion
[modifier | modifier le code]
La victoire marque un tournant du pouvoir saadien qui affirme le Maroc au rang des puissances européennes[177]. Les conséquences de la bataille sont multiples : l'Union ibérique met fin aux prétentions de croisade sur le sol marocain, la menace ottomane s'estompe, la vente des prisonniers issus de la bataille rapporte une fortune au nouveau sultan Ahmed al-Mansour[178],[179]. Cette affirmation de l'autonomie offre un nouveau souffle à la dynastie qui entre dans une période de prospérité favorable au développement économique, culturel et artistique[180].

En ne s'impliquant pas dans la guerre anglo-espagnole, malgré une alliance avec le royaume d'Angleterre[181], Ahmed al-Mansour saisit l'opportunité de frontières stabilisées au nord pour entamer une politique expansionniste au sud. En 1583, il contrôle le Touat et le Gourara, couloirs du commerce transsahariens[182], et obtient l'allégeance du Kanem-Bornou. Cette situation amène l'empire songhaï à poser un embargo caravanier vers Teghazza, alors sous domination marocaine[183]. En 1590, le sultan lance une expédition militaire vers le Bilad al-Sudan, le Soudan sous hégémonie songhaï. Après la victoire décisive de la bataille de Tondibi, l'administration songhaï s'effondre. Ce nouveau territoire forme le pachalik de Tombouctou[184]. Au terme de cette conquête, la dynastie saadienne est en contrôle des trois principales zones d'échanges du commerce transsaharien : la zone maghrébine, la zone saharienne et la zone sahélo-soudanaise. Cette situation permet au sultanat de s'enrichir fortement, au point qu'Al-Mansour soit qualifié de « prince le plus riche du monde »[185]. Cependant, ces conséquences économiques importantes sont rapidement annulées par les effets conjugués des révoltes, des famines et d'une importante épidémie de peste dès 1597[186],[187].
Déclin et chute
[modifier | modifier le code]Dès 1595, les premiers signes de la décomposition du régime sont palpables avec la révolte menée par le prince héritier Mohammed ech-Cheikh el-Mamoun[188]. Puis, dès 1597, l'épidémie de peste, dépeuple fortement les villes et porte un coup important à l'économie du pays ainsi qu'à ses effectifs militaires[189],[187]. Les sources permettent d'avancer des chiffres de la conséquence démographique, envisageant plus de 1000 morts par jour à Fès et 2000 à Marrakech, avec un point culminant de mortalité en 1598[189]. Les élites et l'aristocratie fuient les villes. Al-Mansour prend des mesures pour que ses proches, en particulier son fils héritier, restent à l'écart des villes au moindre indice de peste. Cependant, malgré ces précautions, le sultan est lui-même contaminé et meurt le à Dar-al-Zawiya (près de Fès)[190]. Zaidan el-Nasir se fait proclamer roi de Fès dès l'annonce du décès tandis qu'Abdallah Abou Faris se fait proclamer sultan à Marrakech et fait libérer Mohammed ech-Cheikh el-Mamoun pour le soutenir dans un intense conflit dynastique[191],[192].
Dès 1612, les gouverneurs de Tombouctou cessent d'obéir directement au sultan, et l’or du Mali ne parvient plus jusqu’à Marrakech malgré la tentative de reprise en main du Soudan marocain par le pacha renégat Ammar el Feta. Moulay Zaidan doit affronter le faqih Ibn Abî Mahalli qui se proclame Mahdi et Imam infaillible comme Ibn Toumert avant lui, et veut prendre le pouvoir avant d'être vaincu en 1613. Profitant du désordre politique au Maroc, la France sous l'impulsion du cardinal de Richelieu tente de s'emparer de Mogador et charge Isaac de Razilly d'y installer un comptoir[193]. Finalement Louis XIII y renonce et un traité de paix est conclu en 1631 avec le sultan Al-Walid[194].
Les différentes factions de la dynastie saadienne continuent leur lutte frattricide, multipliant les assassinats. L'avant dernier roi saadien, Mohammed ech-Cheikh es-Seghir parvient à avoir un long règne malgré ces conflits. Son fils, Ahmad al-Abbas, lui succède en 1655. Son assassinat en 1659 par son oncle maternel, Kerroum al-Hajj al-Shabani, met fin à la dynastie saadienne[195],[196].
Expulsion des Andalous et des Morisques
[modifier | modifier le code]Après la révolte des Alpujarras (1568-1571), menée par les morisques grenadins, ceux qui ont subi le moins d'acculturation, l'opinion selon laquelle cette minorité religieuse constitue un véritable problème de sécurité nationale gagne du terrain : ils sont couramment soupçonnés de complicité avec les Turcs, les pirates barbaresques[197],[198],[199] qui pillent périodiquement le littoral espagnol, ou même les Français[200].
Le est rédigé le décret ordonnant l'expulsion des Morisques et, le 22 du même mois, le vice-roi ordonne la publication du décret. On permet à ces derniers de prendre tout ce qu'ils peuvent emporter mais leurs maisons et terrains sont octroyés à leurs seigneurs ; ils sont menacés de la peine de mort en cas d'incendie ou de destruction avant le transfert des biens[réf. nécessaire]. Environ 120 000 Morisques sont expulsés par voie maritime, sans compter ceux qui le sont par voie terrestre[201].

Les derniers Morisques à partir vers le Maroc en 1614 rejoignent les Hornacheros, morisques de Hornachos en Estrémadure, installés à Rabat depuis la deuxième moitié du XVIe siècle, sous le règne du sultan saadien Abu Marwan Abd al-Malik[202]. Ceux-ci créent une république corsaire qui commerce avec différents États européens (France, Pays-Bas, Angleterre)[203],[204],[205]. Cette entité politique, comparable par certains aspects aux Régences d'Alger, de Tunis et de Tripoli sous domination ottomane, subsiste de courses commerciales fructueuses et d'activités de piraterie barbaresque qui amènent ses caïds-gouverneurs à négocier avec les principales puissances européennes. La témérité des capitaines salétins est en effet réputée, et quelques-uns d'entre eux mènent des raids audacieux jusqu'en Islande voire jusqu'en Amérique du Nord (jusqu'à Terre-Neuve notamment)[206]. De même, la ville de Tétouan, peuplée majoritairement « d'Andalous » depuis sa reconstruction à la fin du XVe siècle, forme une principauté de facto indépendante, gouvernée par la famille Naqsis pendant la première moitié du XVIIe siècle, dans le contexte d'affaiblissement du makhzen saadien et de morcellement territorial du pays. La principauté accueille des dizaines de milliers de Morisques à la suite de leur expulsion d'Espagne en 1609[207].
Dynastie alaouite (1664-présent)
[modifier | modifier le code]
L'un des plus illustres Alaouites est le sultan Moulay Ismaïl, deuxième souverain de la dynastie, à qui les chroniqueurs et les témoins d'époque s'accordent à donner 26 ans lors de son avènement (1672). Il est le demi-frère de Mohammed Ier et de Moulay Rachid ; né d'une esclave noire, Mubaraka bint Yark al-Maghafri[208], dont il gardera un teint mat prononcé. Son règne se situe entre 1672 et 1727. Moulay Ismaïl succède à son demi-frère Rachid, mort accidentellement à Marrakech. Le règne de Moulay Ismail correspond à une période d'apogée exceptionnelle de la puissance marocaine[209].





Le sultan impose son autorité sur l'ensemble de l'Empire chérifien grâce à une armée composée de milices d'esclaves originaires d'Afrique occidentale et du pachalik marocain de Tombouctou (les Abid al-Boukhari ou Bouakhers de la Garde noire sultanienne, soldats d'élite dévoués exclusivement à la personne du souverain et qui lui prêtent serment de loyauté et d'obéissance sur le Sahih al-Bukhari). Cette armée noire est comparable par son concept aux janissaires de l'Empire ottoman et aux ghulams de la Perse safavide[210]. Les troupes de Moulay Ismail incluent aussi des tribus arabes guich (Oudayas, Cherrardas, Cheragas) cantonnées aux abords des villes impériales et dans les points stratégiques importants, comme la forteresse de Boulaouane ou la citadelle de garnison de Kasba Tadla. Des unités seront également levées parmi les Rifains, réputés pour leurs qualités guerrières, afin de former le Jaysh al-Rifi[211] et de lutter notamment contre les Anglais et les Espagnols.
Dans le système guich, les tribus bénéficient d'exonérations fiscales et de terres agricoles en échange de leur service dans l'armée du sultan, cela aboutissant à la formation d'une caste militaire toute puissante au sein de laquelle le makhzen recrute également une grande partie de son personnel administratif.
L'État ismaïlien est donc un pouvoir très solidement établi qui contrôle le pays depuis Meknès, nouvelle capitale impériale en remplacement de Fès et de Marrakech. Sous le règne d'Ismaïl Meknès se dote d'une véritable cité privée qui s'inscrit dans la tradition des anciennes capitales califales de l'Islam classique comme Samarra ou Madinat al-Zahra, avec ses ensembles de palais (Dâr-el-Kbira, Dâr-al-Makhzen), de bassins (Agdal), de mosquées, de jardins, de forteresses et de portes monumentales. Cette structure gigantesque est destinée à abriter le souverain, sa Cour, son harem, sa garde personnelle et l'ensemble des hauts fonctionnaires et dignitaires de son administration.
Ismaïl est souvent comparé à son alter ego européen Louis XIV; par ailleurs le sultan marocain entretient une correspondance suivie avec le roi de France, auquel il demande la main de sa fille, Marie-Anne princesse de Conti, néanmoins sans succès. L'ambassadeur marocain en France en 1699, l'amiral des mers marocaines Abdellah Benaïcha, est l'auteur du premier essai en langue arabe décrivant Versailles et les splendeurs de la Cour royale française. Il suivait de quelques années le baron de Saint-Olon, ambassadeur de France à Meknès en 1693, auteur d'une relation (rapport diplomatique) sur l'Empire de Fez et de Maroc.
Les rapports entre les deux pays connaissent une phase de déclin en raison de l'échec des rachats des captifs chrétiens par les missions religieuses catholiques, et en raison également du sort des galériens musulmans retenus en France. Le rapprochement entre la France et le Maroc avait été motivé par l'opposition des deux pays envers l'Espagne de Charles II, mais l'accession au trône espagnol de Philippe V (Philippe de France, comte d'Anjou), petit-fils de Louis XIV, en 1700, met fin à cette entente. Par conséquent les liens diplomatiques officiels sont rompus entre Meknès d'une part et Paris et Madrid d'autre part en 1718, sous l'impulsion du Régent de France Philippe d'Orléans[212]. Ils ne seront rétablis qu'en 1767. Ismaïl considère en effet la monarchie franco-espagnole des Bourbons comme désormais entièrement hostile aux intérêts du Maroc. La France est donc supplantée dans l'Empire chérifien par la Grande-Bretagne du roi George Ier de Hanovre, ce que concrétise la brillante ambassade britannique du commodore Charles Stewart et de John Windus à Meknès en 1721, qui est l'occasion de resserrer les liens d'amitié et de coopération avec Londres[213],[214].
Ismaïl mène une lutte continuelle contre les seigneurs de guerre comme Khadir Ghaïlan et les derniers Dilaïtes vaincus en 1677, et contre les tribus rebelles du Moyen et du Haut-Atlas (qu'il finit par soumettre), mais aussi contre les ennemis extérieurs : les Espagnols qui occupent Mehdia, Larache et Assilah, les Anglais de la colonie britannique de Tanger jusqu'en 1684, et les Ottomans du dey d'Alger qui convoitent Oujda et les provinces orientales marocaines. Le sultan étend l'autorité chérifienne sur la Mauritanie jusqu'au fleuve Sénégal grâce au concours des émirs maures et hassanis de l'Adrar, du Trarza, du Tagant et du Brakna, réaffirmant la souveraineté du makhzen sur le pays de Bilad Chenguit et de Tichitt. À l'est, les oasis du Touat jusqu'à In Salah reconnaissent l'autorité du pouvoir central de Meknès, dont les troupes mènent des offensives contre les forces turques d'Algérie, dans la région de l'Oranie et jusqu'au Djebel Amour, notamment en 1678 et en 1701. Des traités sont conclus avec les Ottomans, qui mettent fin aux revendications marocaines sur Tlemcen et fixent la frontière entre l'Empire chérifien et le Deylik d'Alger sur l'Oued Tafna. Durant les années 1700, Ismaïl livre également des campagnes militaires contre quelques-uns de ses propres fils désireux de se tailler des principautés dans le Souss, à Marrakech et dans l'Oriental, comme les princes Moulay Mohammed, Moulay Zidan et Moulay Abdelmalek, ainsi qu'il avait fait face précédemment à son neveu Ahmed ben Mehrez vaincu à Taroudant en 1687.
De 1727 à 1757 le Maroc connaît une grave crise dynastique au cours de laquelle les Bouakhers font et défont les sultans, tandis que les tribus guich se soulèvent et razzient les villes impériales. Les autres tribus profitent de l'anarchie pour entrer en dissidence (siba). De cette période troublée émerge la personnalité du sultan Abdallah II, renversé et rétabli à plusieurs reprises entre 1729 et 1745. Sa mère la sultane douairière Khanatha bint Bakkar, veuve de Moulay Ismail issue de l'une des plus prestigieuses tribus des provinces sahariennes, joue alors un rôle prédominant de régente et tente de préserver les institutions fondamentales de l'Empire chérifien[215]. Abdallah doit subir les sécessions de ses demi-frères qui établissent des quasi-royaumes dans les provinces qu'ils dominent (Gharb, Fès, Marrakech, Tafilalt), avec l'appui des différentes factions armées des Bouakhers ou des tribus militaires guich. Les habitants de Salé et de Rabat renouent avec l'autonomisme corsaire, tandis que les pachas successeurs du puissant émir militaire Ali Ben Abdallah du Jaysh al-Rifi établissent une véritable dynastie qui contrôle Tanger et Tétouan. Les confédérations tribales berbères des Moyen et Haut-Atlas, naguère soumises au makhzen ismailien (comme les Aït Idrassen, les Zemmours, les Aït Immour et les Guerrouanes), se constituent en blocs politiques et s'emparent du trafic caravanier qui relie les villes commerçantes aux oasis sahariennes et au Soudan marocain. Les gouverneurs de Tombouctou profitent également de la crise dynastique pour se comporter en princes indépendants et négocier séparément avec les Touaregs et les Peuls, ce qui affaiblit considérablement l'autorité marocaine dans la région de la boucle du Niger.


L'ordre est finalement rétabli par Mohammed III (1757-1790), qui restaure l'unité du pays et réimpose tant bien que mal l'autorité du makhzen sur l'ensemble de l'Empire. La politique de Mohammed III se caractérise par l'ouverture diplomatique et commerciale de l'État marocain qui entend percevoir les taxes douanières afin d'alléger la pression fiscale intérieure[216]. Des traités sont conclus avec les principales puissances européennes, qui entretiennent des consulats et des maisons de commerce dans les nouveaux ports marocains fondés par Mohammed III. L'exemple le plus connu de ces nouvelles places économiques est la ville de Mogador (Essaouira, 1764)[217], conçue et édifiée par l'ingénieur et architecte français Théodore Cornut pour le compte du souverain chérifien. Les ports d'Anfa (Casablanca) et de Fédala (Mohammédia) sont également aménagés et symbolisent le développement du littoral atlantique longtemps marginalisé, libéré de toute occupation étrangère après la reconquête de Mazagan sur les Portugais qui marque la fin définitive du Maroc portugais en 1769. Mohammed III est également le premier chef d'État à reconnaître l'indépendance de la jeune république américaine des États-Unis en 1777. Le sultan établit une amitié épistolaire avec George Washington[218], ce qui vaut aux États-Unis de conclure avec le Maroc un traité de paix, d'amitié et de commerce le (pour une durée de cinquante ans, renouvelé par le traité de Meknès de 1836)[219]. La diplomatie marocaine alors particulièrement active, est animée par des ministres et ambassadeurs compétents à l'image d'Ibn Othman Al Maknassi, d'Abou El Kacem Zayani ou de Tahar Fennich qui font carrière sous le règne de Mohammed III et de ses successeurs.

Sur le plan intérieur, le règne est marqué par des mutineries suscitées par le corps des Bouakhers (notamment à Meknès en 1778), et par une grave sécheresse de six ans (1776-1782) qui génère des conséquences économiques et démographiques désastreuses. Cette conjoncture négative va en s'accentuant avec Yazid Ier (1790-1792), fils d'une concubine irlandaise de Mohammed III selon Jan Potocki[220]. Son règne très bref s'entache de persécutions et de déprédations qui frappent les dignitaires du makhzen aussi bien que les populations citadines et notamment la communauté juive[221], puis s'achève par une guerre catastrophique contre l'Espagne de Charles IV qui s'immisce alors de plus en plus dans les affaires internes marocaines[222]. La disparition brutale de Yazid entraîne le retour des troubles de la guerre dynastique et de l'anarchie tribale. L'Empire chérifien se scinde en deux makhzens rivaux, l'un à Fès avec Moulay Sulayman, l'autre à Marrakech avec Moulay Hisham. Sulayman parvient à vaincre définitivement son frère et rival de Marrakech, qui était soutenu par les Espagnols, puis réunifie le sultanat du nord au sud en 1797.
Moulay Sulayman (1792-1822) mène une politique isolationniste, à l'inverse de Mohammed III. Le sultan ferme le pays au commerce étranger, notamment européen, et supprime les postes de douane créés par son père. Sur le plan interne ses dahirs d'inspiration ouvertement salafiste provoquent des révoltes de villes et de tribus, liées à sa décision d'interdire les moussems et le soufisme militant de certaines confréries hostiles au makhzen. Les Berbères du Moyen Atlas, notamment les Aït Oumalou, se regroupent sous la direction du chef de guerre mystique Boubker Amhaouch et forment une grande coalition tribale à laquelle se joignent également une partie des Aït Idrassen avec Bouazza Bennacer al Mtiri ainsi que les Rifains et la puissante zaouïa d'Ouezzane[223]. Durant les années 1810, l'armée du makhzen essuie ainsi de lourdes défaites, notamment à la bataille de Lenda en 1818, entraînant la chute de Fès, et le repli du sultan sur les provinces côtières atlantiques qui lui sont restées fidèles. Les tribus insurgées et la population de Fès vont jusqu'à essayer d'imposer des neveux de Sulayman, les princes Moulay Ibrahim puis Moulay Saïd fils de l'ancien sultan Yazid[224] sur le trône chérifien, mais finissent par échouer dans leur tentative de changement de pouvoir au profit de l'une des branches de la dynastie alaouite.



Le sultan parvient à écarter sur le plan extérieur les velléités de pression exercées par Napoléon Ier et par son frère Joseph Bonaparte intronisé roi d'Espagne à Madrid, proches voisins de l'Empire chérifien depuis l'occupation de la péninsule Ibérique par les troupes françaises en 1808, et affiche une neutralité bienveillante à l'égard des Britanniques qui occupent les présides espagnols du Maroc en réaction à l'invasion française de l'Espagne. Napoléon aurait proposé au makhzen, par le biais de son émissaire à Fès, le capitaine Burel, de s'allier avec la France contre la Grande-Bretagne; en contrepartie le Maroc aurait reçu toute la partie ottomane de l'Afrique du Nord, entre le Deylik d'Alger et le Pachalik d'Égypte[225]. Mais les efforts français demeureront vains. En direction de l'Orient, Sulayman noue des relations diplomatiques avec Saoud ben Abdelaziz, prince de l'Émirat saoudien du Najd en Arabie, manifestant un fort intérêt pour le salafisme wahhabite en pleine progression[226]. Ce rapprochement stratégique, politique et religieux, s'explique par les sentiments anti-ottomans que partagent le sultan alaouite et l'émir saoudien, ainsi que par les sensibilités salafistes du souverain chérifien[227]. Profitant de sa campagne militaire contre les Turcs d'Algérie, Moulay Sulayman parvient à expulser définitivement les troupes ottomanes du bey d'Oran qui occupaient l'Est marocain et à rétablir ainsi son pouvoir sur le Touat et les autres oasis du Sahara oriental, en y nommant des caïds représentants du pouvoir chérifien qui s'assurent du versement de la Zakât au Trésor makhzénien[228]. Guelmim et le Tazeroualt acceptent également de se soumettre au sultan.
Le sultan finit néanmoins par abdiquer en 1822 au profit de son neveu Abd ar-Rahman et au détriment de son propre fils Moulay Ali, après la lourde défaite infligée à l'armée makhzen par la zaouia Cherradia près de Marrakech[229]. Moulay Abd ar-Rahman (1778-1859) essaie de sortir l'Empire chérifien de son isolement extérieur, mais ses volontés sont contrecarrées par les premières agressions du colonialisme européen moderne. Le règne de ce sultan correspond en effet à la conquête de l'Algérie par la France, dans laquelle le Maroc se trouve impliqué en apportant son soutien à l'émir Abd el-Kader, et en dépêchant le prince Moulay Ali (cousin du sultan) prendre la tête de Tlemcen et de la province oranaise alors que les populations de cette région avaient fait allégeance au souverain chérifien après le départ des Ottomans[230]. L'armée marocaine menée par le prince Sidi Mohammed ben Abd ar-Rahman est défaite à la bataille d'Isly par les troupes du maréchal Bugeaud pendant la campagne militaire française du Maroc de 1844, tandis que la flotte française commandée par le prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe Ier, bombarde Tanger puis Mogador. L'Empire chérifien est contraint de signer avec le France le traité de Lalla Maghnia en 1845, qui impose entre autres une délimitation frontalière entre le Maroc et les possessions françaises d'Algérie depuis l'embouchure de l'Oued Kiss sur la Méditerranée jusqu'au col de Teniet-Sassi dans l'Atlas tellien. La fin du règne de Moulay Abd ar-Rahman est également assombrie par la guerre hispano-marocaine de 1859-1860, provoquée par des incidents frontaliers entre la garnison de Ceuta et la tribu des Anjra. Le conflit tourne en défaveur des Marocains, et se conclut par l'humiliant traité de Wad-Ras (1860), et l'occupation de Tétouan par le corps expéditionnaire espagnol sous les ordres du général Leopoldo O'Donnell jusqu'en 1862.
À la suite de ce conflit catastrophique pour le makhzen, qui doit payer au gouvernement espagnol une indemnité de guerre de quatre millions de livres sterling empruntés auprès des banques britanniques, Mohammed IV (1859-1873) successeur de Moulay Abd al-Rahman amorce une politique de modernisation urgente de l'Empire chérifien. L'armée est le premier champ de ces réformes structurelles. Le système des tribus guich est aboli et remplacé par un recrutement au sein de toutes les tribus nouaïbs (soumises à l'impôt régulier) qui sont tenues de fournir des tabors (unités) d'askars (soldats) et tobjias (artilleurs); l'organisation et les uniformes militaires sont calqués sur ceux de la nouvelle armée ottomane du Nizam-i Djédid[231],[232]. L'instruction et la formation de ces troupes sont confiées à des conseillers militaires turcs puis européens, à l'instar de l’Écossais Sir Harry Mac-Lean (qui obtient le titre de caïd pour l'organisation des Harrabas, régiment d'élite du sultan formé sur le modèle britannique)[233], et l'armement est acheté auprès d'entreprises étrangères telles que la firme allemande Krupp[234], (ce qui marque le début de l'influence de l'Allemagne dans les affaires marocaines), quand il n'est pas fabriqué sur place. En 1871, Mohammed IV envisage de demander l'assistance des États-Unis du président Ulysses S. Grant, sortis depuis peu de leur guerre de Sécession, sous forme d'un protectorat américain sur l'Empire chérifien[235], afin de se soustraire aux pressions anglo-espagnoles (la France étant momentanément absente de la scène nord-africaine en raison de sa défaite face aux Allemands en 1870).



Parallèlement à cette modernisation de l'armée, quelques industries sont créées par des étrangers (comme l'arsenal de Dar al-Makina fondé à Fès par des Italiens[236]), et des progrès notables sont enregistrés comme l'installation de la première imprimerie moderne arabe du Maroc en 1865. Mais cette politique de remise à niveau entraîne des dépenses qui nécessitent d'importants financements. Le makhzen, affaibli par les conséquences de la guerre hispano-marocaine de 1860 et les emprunts bancaires, se voit donc contraint de lever des taxes supplémentaires non conformes à la Loi islamique et nommées mûkûs[237], rapidement impopulaires et désapprouvées par les oulémas et l'ensemble des corps sociaux et professionnels. Les tensions liées à cette décision éclatent au lendemain de la mort de Mohammed IV et à l'avènement de son successeur Hassan Ier en 1873. Elles prennent dans les villes la forme d'émeutes durement réprimées, dont la révolte des tanneurs de Fès est un exemple illustratif[238].
Le règne de Hassan Ier correspond à la volonté du sultan de concilier les exigences d'une modernisation de l'État aux complexités sociales et politiques du Maroc. Ce règne s'inscrit de plus dans la perspective des rivalités impérialistes européennes qui deviennent plus pressantes encore à la suite de la Conférence de Madrid de 1880, qui préfigure le futur partage de l'Empire chérifien sur l'échiquier international. À l'image de la Turquie, de l'Iran ou de la Chine de cette époque, le Maroc devient un « homme malade » selon l'expression consacrée par les milieux colonialistes du XIXe siècle. Par le biais des concessions économiques et du système des emprunts bancaires, chacune des puissances européennes intéressées, notamment la France, l'Espagne, le Royaume-Uni puis l'Allemagne, espère préparer la voie à une conquête totale du pays. L'habileté du makhzen est de savoir tenir à distance les convoitises conjuguées de l'impérialisme européen et de jouer des rivalités entre les puissances. Mais le décès de Hassan Ier, survenu au cours d'une expédition dans le Tadla en 1894, laisse le pouvoir au très jeune Abd-al-Aziz, fils d'une favorite circassienne du harem impérial du nom de Reqiya et originaire de Constantinople[239], qui par ses intrigues et son influence favorise l'ascension du grand vizir Bahmad ben Moussa[240].
Une véritable régence est alors exercée par le grand-vizir Bahmad, issu de l'ancienne corporation des Abid al-Bukhari du Palais impérial. Le grand-vizir sait continuer intelligemment la politique pragmatique de Hassan Ier, mais sa disparition en 1900 entraîne une aggravation de l'anarchie et des pressions étrangères, de même qu'une rivalité entre Moulay Abd al-Aziz et son frère Moulay Abd al-Hafid, khalifa du sultan à Marrakech, rivalité qui se transforme en guerre de course au pouvoir en 1907. Après la victoire d'Abd al-Hafid sur Abd al-Aziz (désormais exilé sous la protection des troupes françaises qui occupent déjà Casablanca et sa région à la suite d'un bombardement et d'un débarquement très meurtriers), des intellectuels réformateurs influencés par la révolution des Jeunes-Turcs dans l'Empire ottoman et par la Nahda venue d'Égypte et du Levant, représentés notamment par Ali Zniber et dont les idées sont exprimées par le journal Lisan Al-Maghrib, tentent de soumettre au nouveau sultan un projet de Constitution chérifienne le [241]. Cependant, la crise profonde des institutions du sultanat et la pression accrue de l'impérialisme européen rendent impossible l'aboutissement du projet constitutionnel.
La faiblesse du makhzen permet en outre à un aventurier du nom de Jilali Ben Driss plus connu comme le rogui Bou Hmara de se faire passer pour un fils de Hassan Ier, et de se faire reconnaître comme sultan à Taza et dans l'ensemble du nord-est du Maroc, de lever sa propre armée capable de tenir en échec les mehallas impériales chérifiennes pendant quelques années, avant d'être finalement capturé et exécuté à Fès en 1909. Un autre chef rebelle, El-Raisuni, établit son fief dans la région des Jebalas et à Asilah d'où il rejette l'autorité du gouvernement impérial de Fès et provoque par ses enlèvements de ressortissants américains (affaire Perdicaris[242]) l'intervention personnelle du président des États-Unis Theodore Roosevelt, qui menace le makhzen d'envoyer des navires de l'US Navy débarquer des troupes pour occuper Tanger[243]. La libération des otages évitera les représailles de Theodore Roosevelt et donc la menace d'une invasion américaine, dans un contexte international déjà marqué par une forte tension entre la France et l'Allemagne au sujet de l'avenir de l'Empire chérifien.
Pression coloniale (1810-1911)
[modifier | modifier le code]
Puissances en présence
[modifier | modifier le code]


Durant le XIXe siècle, les puissances coloniales européennes tentent d'asseoir leur influence en Afrique du Nord. Lors de la conquête de l'Algérie, la France obtient du Maroc une promesse de neutralité (1832). Mais en 1839, le sultan Abd el-Rahman soutient l'action de l'émir algérien Abd el-Kader, et le conflit s'étend alors aux provinces marocaines de l'Oriental. L'armée marocaine est défaite par les troupes françaises du maréchal Bugeaud à la bataille d'Isly le . Le traité de Tanger, du , met hors la loi Abd el-Kader et définit pour la première fois une délimitation entre les deux pays, de la Méditerranée jusqu'à l'oasis de Figuig.
Le Royaume-Uni cherche à accroître sa puissance économique et signe en 1856 un traité commercial à son avantage. L'Espagne pousse son désir de reconquête. Répondant aux succès des colonisations accomplies par la France, elle prend possession des îles Jaafarines, petit archipel méditerranéen au large des côtes marocaines, en . Elle déclenche et gagne par la suite la guerre hispano-marocaine de Tétouan en 1859-1860. Cette défaite impose au Maroc de lourdes pertes humaines ainsi qu'une importante indemnité de guerre empruntée auprès des Britanniques, ce qui aggrave une situation économique déjà fragile.
La France quant à elle, désireuse de constituer en Afrique du Nord un territoire homogène signe, en 1863, une convention franco-marocaine. Les avantages accordés à la France et au Royaume-Uni sont élargis à tous les pays européens lors de la Conférence de Madrid de 1880. Le sultan Moulay Hassan à la tête du pays durant cette période (1873 - 1894) tente de le moderniser comme son prédécesseur Mohammed IV, et joue sur les rivalités européennes (opposant notamment la France au Royaume-Uni, à l'Allemagne et à l'Espagne) pour conserver son indépendance. Mais à son décès, et encore plus à la mort du grand-vizir régent Ahmed ben Moussa (dit « Ba Ahmad ») en 1900, les manœuvres coloniales reprennent de plus belle autour du Maroc. Si l'Espagne est présente dans une partie du Sahara atlantique (Rio de Oro) à partir de 1884, la France quant à elle occupe et annexe un grand nombre de régions marocaines orientales et surtout sud-orientales au département d'Oran et aux territoires sahariens de l'Algérie française entre 1902 et 1904[244],[245]. C'est ainsi que Lalla Maghnia et le Sahara central touchant la frontière du Mali, le Touat, Tidikelt, la Saoura, Béchar, Jorf Torba, Abbadia, Métarfa, Hassi Regel, N'khaila, El Hamira, Kenadsa et Timimoun, passent peu à peu sous contrôle français. En effet, depuis sa conquête et sa colonisation de l'Algérie, la France entreprend de sécuriser les confins algéro-marocains et lorgne sur l'Empire chérifien qui est alors l'un des derniers États indépendants du continent africain au même titre que l'Éthiopie et le Liberia. Les commerçants et entrepreneurs français établis au Maroc se montrent très actifs et en concurrence avec les Allemands[246], notamment à Casablanca, un port au développement récent qui sera promis à une grande expansion au temps du protectorat.
La politique menée par Abd al-Aziz conduit le pays à une quasi-faillite financière, et accélère le processus de domination précoloniale puis coloniale qui sera confirmé durant le court règne de Moulay Abd el-Hafid entre 1908 et 1912, qui se conclut par la mise en place d'un protectorat franco-espagnol sur l'Empire chérifien.
Crise de Tanger (1904-1905)
[modifier | modifier le code]

En 1904, un accord conclu entre les partenaires de l'Entente cordiale, la France et le Royaume-Uni, laisse à la France le Maroc comme zone d'influence, le Royaume-Uni se concentrant sur l'Égypte ; le nord du Maroc est concédé à l'Espagne. Grâce à cet accord, la France a toute liberté d'agir au Maroc ; en échange, elle concède aux Britanniques le droit d'instaurer leur tutelle sur l'Égypte où la France conservait de fortes positions économiques et financières, dont la présidence de la Compagnie du Canal de Suez. Un accord similaire avait été conclu avec l'Italie en 1902, qui accordait une totale liberté d'action aux Italiens contre les Turcs en Libye en échange de leur désintéressement du Maroc. L'empereur Guillaume II et le chancelier Bülow protestent contre les ambitions de la France au Maroc. Conformément à sa nouvelle doctrine de Weltpolitik, l'Allemagne veut avoir sa part des conquêtes coloniales, notamment en Afrique subsaharienne, en Chine, dans l'Empire ottoman, et au Maroc où réside une colonie germanique influente (dont font partie par exemple les frères Mannesmann, propriétaires du groupe industriel éponyme ainsi que d'un important patrimoine foncier dans l'arrière-pays de Fédala[247]).
Le , en vue de prévenir la mainmise de la France sur le Maroc, Guillaume II débarque théâtralement à Tanger, traverse la ville à cheval, à la tête d'un imposant cortège, va à la rencontre du sultan Abd al-Aziz pour l'assurer de son appui et lui faire part de son désaccord face aux droits concédés à la France sur le Maroc. Il est prêt à entrer en guerre si la France ne renonce pas à ses ambitions marocaines. Le sultan Abd el-Aziz impressionné par ce discours décide de refuser toutes les réformes préconisées par l'ambassadeur Eugène Regnault. La France hésite, mais ne s'estimant pas prête pour la guerre, accepte la demande d'arbitrage de l'Allemagne. Ce « coup de Tanger » entraîne une poussée de germanophobie en France et la démission du ministre français des Affaires étrangères, Théophile Delcassé.
Conférence d'Algésiras (1906)
[modifier | modifier le code]
Du 7 janvier au , à la suite de l'affaire de Tanger, se tient à Algésiras, dans le Sud de l'Espagne, une conférence internationale sur le Maroc afin d'apaiser les tensions entre les différentes puissances qui se disputent le pays. Elle rassemble les principaux pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Autriche-Hongrie, Espagne, Russie, Suède, Belgique, Portugal, Pays-Bas) ainsi que les États-Unis. Cette conférence confirme l'indépendance de l'Empire chérifien, mais rappelle le droit d'accès de toutes les entreprises occidentales au marché marocain, et reconnaît à l'Allemagne un droit de regard sur les affaires marocaines.
Toutefois, au grand dam de Guillaume II, la France et l'Espagne se voient confier la sécurité des ports marocains et un Français est chargé de présider la Banque d'État du Maroc. La police franco-espagnole des ports, dirigée par un officier helvétique, est créée officiellement pour assurer l'ordre dans l'ensemble des ports marocains ouverts au commerce extérieur[248]. En 1909, l'Espagne étend sa zone d'influence sur tout le Rif, afin de contrôler ses mines de fer. Les troupes du général Diaz-Ordonez se heurtent néanmoins à une résistance efficace des tribus locales menées par le Chérif Améziane. Les Espagnols cherchent alors au Maroc un terrain d'expansion pour compenser la perte de leurs dernières colonies (Cuba, Porto Rico, Philippines, Guam) à la suite de leur guerre contre les États-Unis.
Incident d'Agadir (1911)
[modifier | modifier le code]
En juillet 1911, l'Allemagne provoque un incident militaire et diplomatique avec la France, appelé coup d'Agadir (ou crise d'Agadir), en envoyant une canonnière (navire léger armé de canons) de sa Marine impériale dans la baie d'Agadir en vue d'y débarquer des troupes. Aux termes d'âpres négociations, les Allemands renoncent à être présents au Maroc en échange de territoires du Congo en Afrique-Équatoriale française cédés au Cameroun allemand. Un traité franco-allemand est signé le , entérinant cet accord et laissant définitivement les mains libres à la France dans l'Empire chérifien. Tout est désormais en place pour que la France puisse installer son protectorat conjointement avec l'Espagne sur le Maroc.
Protectorats français et espagnol (1912-1956)
[modifier | modifier le code]







Depuis 1902, la pénétration économique et militaire européenne s’est intensifiée (la France occupe dès 1907 Casablanca et les plaines occidentales du Maroc), au point que le sultan Moulay Abd al-Hafid est contraint de signer en 1912 le traité de protectorat, aussi appelé convention de Fès. La nouvelle de la signature du traité de protectorat provoque par ailleurs un soulèvement sanglant de la population de Fès, rejointe par des unités de goumiers marocains entrées en mutinerie. Cet événement n'est pas étranger à la décision des autorités françaises de transférer définitivement la capitale du Maroc de Fès à Rabat[249].
Le traité institue, à partir du le régime du protectorat français. En octobre de la même année, le sous-protectorat espagnol est mis en place sur le Nord du Maroc et inclut également les territoires sahariens de Tarfaya et du Rio de Oro.
En zone française le pouvoir exécutif est incarné par le résident général désigné par la France, et qui dispose d'une assez large liberté de manœuvre. Le sultan et son makhzen sont maintenus comme éléments symboliques de l'Empire chérifien, l'autorité réelle étant exercée par le résident et par ses fonctionnaires et soldats (contrôleurs civils et officiers des affaires indigènes). Les Français divisent en effet leur zone de protectorat au Maroc en sept régions administratives : trois civiles (Casablanca, Rabat, Oujda), trois militaires (Meknès, Fès, Agadir), et une à statut mixte civil et militaire (Marrakech)[250]. À la suite du départ de Lyautey en 1925, la résidence devient néanmoins sensible aux pressions exercées par les puissants lobbys coloniaux, représentés par les patrons de la haute finance et de la grande industrie, et par les Chambres françaises d'agriculture du Maroc.
Le Maroc connaît en effet une expansion économique importante, illustrée par le développement fulgurant de Casablanca (en 1930 le port de Casablanca devient ainsi le septième de l'Empire colonial français par l'intensité de son trafic[251]) et la construction de nombreuses infrastructures (routes, voies ferrées, barrages, usines, création de villes nouvelles comme Port-Lyautey, Petitjean, Khouribga, Louis-Gentil ou Martimprey-du-Kiss). Par conséquent, se forme un puissant milieu capitaliste européen qui dispose de groupes de pression parfaitement organisés, aussi bien à Rabat qu'à Paris. Un tel essor économique accroît le fossé des inégalités, et à l'exception d'une poignée de dignitaires locaux — tels que le célèbre pacha de Marrakech Thami El Glaoui, qui jouera un rôle primordial dans les événements de 1953 — le peuple marocain subit le sort dramatique d'oppression et d'exploitation partagé par tous les autres peuples colonisés. Une politique de colonisation de peuplement comparable par certaines caractéristiques à celle de l'Algérie française se met également en place, encouragée par les résidents successifs et par les milieux d'affaire français. À la veille de l'indépendance en 1956, la population européenne du protectorat s'élève ainsi à plus de 500 000 personnes, constituée d'éléments de toutes origines (français, espagnols, italiens, grecs, suisses, russes, etc.) à l'image des Pieds-noirs d'Algérie[252]. C'est de cette époque coloniale charnière que datent les entreprises-clés de l'économie marocaine, tels que le groupe ONA et l'Office chérifien des phosphates, et plus généralement plusieurs données sociales et politiques du Maroc contemporain.
La zone espagnole dispose d'une organisation assez semblable à la zone française, avec un haut-commissaire (es) nommé par Madrid. Le sultan est représenté par un khalifa (es), lequel réside à Tétouan, capitale du protectorat hispanique. Ce territoire ne connaît pas de développement économique comparable à la zone française, mais joue un rôle décisif dans l'avenir de l'Espagne. C'est en effet depuis le Maroc espagnol qu'éclate le soulèvement du général Franco, commandant des troupes coloniales (Légion espagnole des tercios et unités indigènes regulares), contre la République espagnole le . Cet événement déclenche la guerre civile opposant les nationalistes et la phalange fasciste ibérique aux républicains, conflit particulièrement sanglant et dévastateur qui se solde par la victoire des partisans de Franco en 1939. En 1946 le régime franquiste commet une violation du traité hispano-marocain en soustrayant les territoires sahariens à la responsabilité du khalifa du sultan à Tétouan et en les annexant directement comme "provinces d'outre-mer" sous le nom d'Afrique occidentale espagnole.
La ville de Tanger quant à elle constitue une zone internationale au statut particulier défini en 1923. Cette entité territoriale est régie par une commission de puissances étrangères dans laquelle siègent les États-Unis et un certain nombre de pays européens. Le mendoub, haut fonctionnaire du makhzen, est le délégué du sultan et à ce titre le représentant officiel de l'Empire chérifien, mais le pouvoir appartient en réalité aux membres de la commission internationale. La France, l'Espagne, le Royaume-Uni et l'Italie sont les pays les plus influents au sein de la commission et les plus représentés dans la gestion de la zone internationale.
Première Guerre mondiale (1914-1918)
[modifier | modifier le code]En 1915, Hubert Lyautey reçoit l'ordre de Paris de retirer les troupes de l'intérieur pour les envoyer sur le front en France. Cette évacuation semble prématurée dans la mesure où la pacification se heurte encore à des mouvements rebelles soutenus par les Allemands. L'amghar Mouha Ou Hammou Zayani à la tête des Zayanes parvient ainsi à anéantir toute une colonne de l'armée française dans la poche de Khénifra en (bataille d'Elhri). Plus au sud le cheikh Ahmed al-Hiba fils de Ma El Aïnin, proclamé sultan à Tiznit en 1912, galvanise la résistance des tribus Chleuhs et Reguibat, et parvient à tenir encore l'Anti-Atlas malgré les offensives des forces coloniales jusqu'à sa mort en 1919 à Kerdous (Anti-Atlas). L'Allemagne lui fournit du matériel par l'intermédiaire de la zone espagnole car l'Espagne reste neutre durant le conflit. Aux abords du Rif, l'émir Abdelmalek petit fils d'Abd el-Kader entretient un foyer d'insoumission anti-française avec l'appui des Allemands et des Turcs[253]. Les opérations militaires françaises ne s'achèvent définitivement qu'en 1934, avec d'une part la soumission des tribus Aït Atta du djebel Saghro (aux confins du Haut et de l'Anti-Atlas, et des vallées du Drâa et du Dadès), et d'autre part avec la prise de Tindouf (aujourd'hui située en Algérie). Les territoires mauritaniens des confins sud de l'Empire chérifien (Bilad Chenguit et Tichitt) sont également complètement pacifiés en 1934, mais séparés du Maroc et inclus dans l'Afrique-Occidentale française.
Guerre du Rif (1920-1927)
[modifier | modifier le code]


En 1921, la tribu berbère des Beni Ouriaghel de la région d'Al Hoceïma, sous la conduite d'Abdelkrim el-Khattabi, se soulève contre les Espagnols. Le général espagnol d'origine cubaine Manuel Fernández Silvestre dispose alors d'une armée forte d'environ 60 000 soldats pour réprimer l'insurrection. En juin, cette armée espagnole est presque totalement anéantie à Anoual. Cette défaite pousse le général à se suicider sur le champ de bataille. En , Abdelkrim el-Khattabi proclame la République confédérée des Tribus du Rif, et met en place toutes les structures d'un État moderne avec drapeau, ministères, assemblée législative, armée permanente et télécommunications. Les Rifains espèrent alors rallier les tribus de la zone française et initier un vaste soulèvement au Maroc et dans le reste de l'Afrique du Nord. Le gouvernement d'Ajdir bénéficie au niveau international du soutien du Komintern et de la neutralité bienveillante du Royaume-Uni. Le prestige d'Abdelkrim est célébré du Maghreb jusqu'au Machrek et en Turquie, où l'opinion publique le compare à Mustafa Kemal Atatürk et le surnomme le "Ghazi victorieux"[254]. En France le Parti communiste et la CGT appellent à des mutineries et à des grèves en solidarité avec la cause rifaine[255]. La résonance d'Anoual atteint l'Extrême-Orient et l'Amérique du Sud[256] et l'épopée rifaine sera citée comme modèle de référence de la guerre de libération moderne par les plus célèbres leaders révolutionnaires du XXe siècle, tels que Mao Zedong, Hô Chi Minh, Che Guevara[257], ainsi que par Tito qui dans les Balkans s'inspirera des méthodes de guérilla des Rifains pour libérer la Yougoslavie de l'occupation nazie[258].
Les troupes d'Abdelkrim, équipées du matériel abandonné par les Espagnols, menacent dès lors directement Fès, cœur spirituel du Maroc sous protectorat français. Face à leur avancée, la puissance coloniale française envoie le maréchal Philippe Pétain, rendu célèbre par la bataille de Verdun, pour mener l'offensive militaire sur le Rif à la tête de 250 000 soldats et auxiliaires et d'une quarantaine d'escadrilles d'aviation (dont une unité américaine[259]), et avec l'assistance des troupes coloniales fournies par le gouvernement espagnol de Miguel Primo de Rivera. Le résident général Lyautey, jugé trop attentiste, est contraint de démissionner puis est rappelé à Paris en 1925. S'ensuit alors une lourde répression contre les Rifains, où bombardements terrestres et aériens, usage d'armes chimiques de fabrication allemande (y compris sur des populations civiles) et supériorité numérique obligent les troupes d'Abdelkrim à capituler en .
Abd el-Krim est exilé dans un premier temps à La Réunion jusqu'en 1948, puis s'établit en Égypte où il prend la tête du Comité de Libération du Maghreb (qui réunit également Allal El Fassi et Habib Bourguiba), et ce jusqu'à son décès au Caire en 1963, pour lequel le raïs égyptien Gamal Abdel Nasser fera organiser des funérailles nationales[260]. Si la reddition de 1926 marque la fin de l'expérience rifaine, une résistance politique issue des milieux citadins marque le pas dès le début des années 1930 avec la création du Comité d'action marocaine, embryon du mouvement nationaliste marocain.
Seconde Guerre mondiale (1939-1945)
[modifier | modifier le code]
La promulgation en mai 1930 du Dahir berbère va, à partir de la médina de Salé, provoquer la réaction pacifique de la jeunesse nationaliste dans tout le pays, avec la récitation de la prière du latif[261] dans les mosquées et la signature de télégrammes de protestation contre ledit dahir le , avant de passer à une coordination nationale de la protestation par la création d'un Comité d'action marocaine dès 1934. Interdit en 1937, tous ses initiateurs sont pourchassés, emprisonnés ou exilés. Parmi eux il faut citer Allal El Fassi (exilé au Gabon), Mohamed Hassan Ouazzani (placé sous résidence surveillée), Ahmed Balafrej, qui sont les fondateurs historiques du mouvement pour l'indépendance. L'affaire du dahir berbère aura tout de même déclenché une vaste mobilisation médiatique dans le monde musulman, grâce notamment à l'action de l'émir druze libanais Chakib Arslan, fervent militant de la cause arabe et ami personnel de nombreux leaders nationalistes marocains[262].
La Seconde Guerre mondiale se déclenche en Europe alors que l'opposition nationaliste au Maroc est décimée par la répression. Ses dirigeants n'ont jamais appelé à pactiser avec les forces de l'Axe germano-italo-japonais contre l'occupant français (à l'exception de Brahim Ouazzani[263]). Mieux ils ont attendu, et profité du débarquement américain de 1942 au Maroc, pour reprendre leur mouvement public de revendication.
La défaite de la France a pour conséquence de placer l'administration coloniale sous les ordres du régime de Vichy pro-hitlérien et collaborationniste, qui veut obliger le sultan Sidi Mohammed ben Youssef (futur roi Mohammed V), souverain chérifien depuis 1927, à appliquer les lois antisémites d'inspiration nazie aux Marocains de confession juive. Mais le sultan s'y refusera et cette attitude ainsi que son soutien indéfectible à la cause de la France libre lui vaudront la reconnaissance de Charles de Gaulle lors de la victoire alliée de 1945, reconnaissance symbolisée par la dignité de compagnon de la Libération conférée au sultan marocain.



En a lieu le débarquement américain sur les côtes marocaines, à Port-Lyautey (Kénitra), Fédala (Mohammédia), Casablanca et Safi. Il s'agit de l'opération Torch, supervisée par les généraux Eisenhower et Patton. Les forces fidèles à l'État français sont rapidement mises en déroute, et le protectorat français du Maroc quitte le camp de Vichy et de l'Axe pour celui des Alliés. Il s'ensuit en la conférence de Casablanca, qui rassemble le président américain Franklin Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill, ainsi que le chef de la France libre, le général de Gaulle, et son rival en Afrique française du Nord le général Henri Giraud. Cette conférence, malgré l'absence remarquée de Staline, marque un tournant dans le déroulement de la guerre. Les dirigeants alliés annoncent en effet la poursuite du conflit jusqu'à capitulation inconditionnelle de l'Allemagne nazie, de l'Italie fasciste et du Japon impérial, ainsi qu'une aide matérielle importante à l'URSS et l'ouverture de nouveaux fronts en Europe occidentale avec les débarquements projetés en Sicile (opération Husky) et en Normandie (opération Overlord). Localement la conférence a également un impact déterminant. Le sultan Mohammed Ben Youssef est en effet invité à Anfa par Roosevelt et Churchill, et reçu avec tous les honneurs dus à un chef d'État à part entière. L'impact d'un tel événement influe sur la structuration forte du mouvement nationaliste marocain qui réclame désormais ouvertement l'indépendance et l'abrogation du traité de Fès.

Le souverain chérifien, à la suite de la victoire alliée, donne son appui à la France libre, et soutient l'organisation et le recrutement des forces françaises en Afrique du Nord. Le Maroc paie un lourd tribut à la guerre européenne : entre 25 000 et 30 000 hommes tombent pour la libération de la France. Les goumiers marocains s'illustreront notamment au cours de la campagne de Tunisie, de la campagne d'Italie, du débarquement en Provence, puis au cours de la campagne d'Allemagne.
Par conséquent, un puissant esprit de contestation nationaliste se développe dans le pays. L'invasion de la France par les Allemands puis, en 1942, le débarquement américain sur les côtes marocaines, avaient atteint l'autorité de la métropole et jeté le discrédit sur le résident Charles Noguès, qui avait autorisé l'installation d'une délégation de la Commission allemande d'armistice à Casablanca en 1940, dans le cadre de la collaboration entre les autorités françaises de Vichy et le IIIe Reich. En 1943, le parti de l'Istiqlal (Indépendance) est créé par le principal courant nationaliste marocain qui publie le Manifeste de l'Indépendance le .
Mohamed Hassan Ouazzani, alors en exil intérieur au Sud marocain, rival d'Allal El Fassi depuis 1934, fonde son propre parti, le modeste PDI (Parti démocratique de l'indépendance). L'Istiqlal et, dans la mesure de ses moyens le PDI, vont organiser des réseaux clandestins à travers de nombreuses régions avec comme objectif ultime l'obtention finale de l'indépendance. Dans la zone espagnole s'active le Parti de la Réforme nationale d'Abdelkhalek Torres, inspiré par certains mouvements nationalistes arabes du Machrek comme le PSNS ou Misr El-Fatat, et marqué sur le plan idéologique par une influence notable du phalangisme hispanique[264] avec son organisation paramilitaire de jeunesse des Fityanes[265].
À partir des années 1950, le mouvement national marocain prend la forme d'une lutte armée avec la création de l'Armée de libération nationale qui établit des foyers de guérilla principalement dans les régions montagneuses du Moyen-Atlas, du Rif et de la frontière algérienne, ainsi que dans les confins du Sud. Dans les villes se développent des groupes combattants adaptés au milieu urbain, tels que le Croissant noir (proche du PDI et du PCM), et l'Organisation secrète (liée à l'Istiqlal)[266]. Les actions combinées des organisations nationalistes aboutissent aux représailles des autorités françaises, qui s'enchaînent sur un cycle de violences qui culmineront après la déposition du sultan Mohammed Ben Youssef par le résident général Augustin Guillaume, qui place sur le trône chérifien le "sultan fantoche" Mohammed ben Arafa. Ce coup de force du est soutenu par les colons ultra-conservateurs, le préfet de police de Casablanca Philippe Boniface, les grands notables marocains liés à la France comme le pacha El Glaoui, ainsi que par le parti extrémiste Présence française du docteur Causse qui assassine les personnalités françaises favorables à l'indépendance marocaine à l'instar de Jacques Lemaigre Dubreuil[267].
De l'idée d'indépendance à l'indépendance réelle (1930-1956)
[modifier | modifier le code]

- : signature à Salé du manifeste contre le dahir berbère promulgué en mai ; première prise de conscience politique des nationalistes.
- 1934 : création de l'Action marocaine.
- : célébration à Fès de la première fête du Trône.
- 1937 : scission de l'Action marocaine ; Mohamed Hassan Ouazzani fonde le mouvement populaire qui deviendra après la Seconde Guerre mondiale, en 1946, le Parti démocratique de l'indépendance (PDI) ; Allal El Fassi crée le Parti national, qui se transformera en Parti de l'Istiqlal (PI) en .
- : signature du Manifeste de l'indépendance par 67 leaders nationalistes de toutes tendances ; les manifestations de soutien sont sévèrement réprimées et de nombreux leaders emprisonnés.
- 10 avril 1947 : le sultan Mohammed Ben Youssef prononce le discours de Tanger, réclamant l'indépendance du pays et son intégrité territoriale. Ce discours provoque le limogeage du résident Labonne, considéré comme trop tolérant envers les nationalistes. Il est remplacé par le général Alphonse Juin, qui inaugure une logique de confrontation avec le sultan et l'ensemble du mouvement nationaliste marocain.
- 1950 : expansion du gisement de minerai de fer de l'Omnium nord-africain, première entreprise marocaine et huitième française[268].
- : Émeutes de Casablanca.
- : exil du sultan Mohammed Ben Youssef et de la famille royale en Corse, puis à Madagascar (Antsirabe). Un nouveau sultan âgé de 70 ans, Mohammed ben Arafa, est élu par les oulémas avec l'appui du pacha de Marrakech, Thami El Glaoui. Cette manœuvre engendre des émeutes populaires à Casablanca, durement réprimées. L'Espagne de Franco, non prévenue de la décision, refuse d'en reconnaître la légitimité.
- 1953 : le général Augustin Guillaume, successeur du général Juin au poste de résident, échappe de peu à un accueil aux cocktails Molotov préparé par le PDI pour sa première visite officielle à Agadir.
- : déclenchement de la « Révolution du Roi et du Peuple »[269].
- mai 1954 : le général Guillaume est remplacé par un civil, Francis Lacoste.
- 22- : des pré-pourparlers de négociation sont menés à Aix-les-Bains (Savoie) entre, côté marocain : Si El-Hadj El-Mokri, Grand Vizir, Si Kolti, délégué du Grand Vizir aux PTT, Si Thami El-Mosbi, délégué du Grand Vizir aux Finances, Si Berrada, Vizir adjoint au Grand Vizir pour les affaires économiques, Si Abderrahaman El-Hajoui, directeur adjoint au protocole et S.E. Hadj Fatemi Ben Slimane, ancien pacha de Fès, et côté français : Edgar Faure, président du Conseil, Antoine Pinay, ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman, garde des Sceaux, Pierre July, ministre des Affaires marocaines et tunisiennes et le général Koenig, ministre de la Défense nationale ; le sultan Moulay Ben Arafa démissionne le 1er octobre 1955.
- [270] : attaque coordonnées et simultanée de trois bureaux indigènes (Boured, Tizi ouasli, Imouzzer Marmoucha) par l'ALN. La plus emblématique, celle de Boured[271] marque le début de la formation d'un "front Nord" et d'une guerre totale de grande envergure principalement sur le territoire des Igzennayen dans le Rif français[272]. Les combats ne prendront fin de l'indépendance le après l'appel du sultan ce sens[273].L'ALN est alors pilotée politiquement par le "Commité de Tetouan" dirigé, entre autres par Abdelkhalek Torres, le Docteur El Khatib et Cheikh Messaoud Ababou[274].
- : le gouvernement français reconnaît le principe de l'indépendance du Maroc[275],[276].
- : retour triomphal du sultan Mohammed Ben Youssef à Rabat-Salé.
- : Mohammed Ben Youssef célèbre la fête du Trône à la Tour Hassan de Rabat
- : visite du sultan en France. Ouverture des négociations franco-marocaines en vue de l'indépendance du Maroc et de l'abrogation du traité de Fès de 1912, établissant le protectorat français. Le parti de l'Istiqlal, représenté par Abderrahim Bouabid, Mohamed Lyazidi et Mehdi Ben Barka, ainsi que le PDI (Parti pour la démocratie et l'indépendance), représenté par Abdelhadi Boutaleb et Ahmed Cherkaoui, participent à ces négociations.
- : le sultan et le gouvernement français annoncent officiellement l'indépendance du Maroc (déclaration commune franco-marocaine)[276].
- 29 mars 1956 : l'ALN annonce, sur demande du sultan seule autorité qu'elle se reconnait et au nom de laquelle elle se bat, la fin des combats pour l'indépendance[273].
- : Mohammed Ben Youssef et le général Franco mettent fin au protectorat espagnol sur le nord du pays (déclaration commune hispano-marocaine)[276].
- 4 juillet 1956 : L'ALN se met à disposition du sultan au nom duquel elle se battait déjà[277].
- : la zone de Tanger, qui était soumise à un statut international particulier, est elle aussi réintégrée au Maroc[276].
Le Maroc moderne (1950-présent)
[modifier | modifier le code]Le sultan prend le titre de roi sous le nom de Mohammed V[278]. Son fils Hassan II lui succède en 1961, puis son petit-fils Mohammed VI, en 1999.
Règne de Mohammed V (1927-1961)
[modifier | modifier le code]
Au cours des premières années d’indépendance, jusqu'en 1960, la politique marocaine consiste à reconstituer le « Grand Maroc » (ou du moins l'Empire chérifien dans ses frontières antérieures à 1912) englobant la Mauritanie, une partie de l'Algérie, le nord-ouest du Mali, voire l'archipel des îles Canaries, projet dans lequel le roi ne voulait pas être débordé par le parti de l'Istiqlal. Après le retrait d'Allal El Fassi, l'abandon de cette idéologie se confirme par la reconnaissance officielle par Rabat de la République islamique de Mauritanie nouvellement indépendante. Le gouvernement d'Abdallah Ibrahim (1958-1960), d'orientation socialiste, marque la volonté d'émancipation du Maroc qui se traduit diplomatiquement par son adhésion à la Ligue arabe et par son soutien au panafricanisme, et financièrement par l'abandon du franc marocain, indexé sur le cours du franc français, au profit du dirham. Les négociations s'accélèrent pour l'évacuation des bases militaires américaines situées sur le territoire marocain[279]. Le Maroc s'affirme en outre comme l'un des membres fondateurs de l'Organisation de l'unité africaine, et abrite en 1961 un sommet auquel participent le Mali, la Guinée, le Ghana, la République arabe unie et le GPRA, tous réunis au sein du groupe de Casablanca qui milite pour une unification avancée du continent[280].
L'opposition à la France et à sa politique coloniale, notamment durant la guerre d'Algérie, conduit également le Maroc à abriter des bases et des camps d'entraînement du FLN algérien, ainsi que le commandement de la Wilaya V : il s'agit de l'état-major de l'armée des frontières, connu sous le nom de clan d'Oujda et regroupant les futurs dirigeants de l'Algérie indépendante, tels que Houari Boumédiène et Abdelaziz Bouteflika.
Règne de Hassan II (1961-1999)
[modifier | modifier le code]

Le , à la mort de son père, le prince Moulay Hassan est proclamé roi du Maroc sous le nom de Hassan II. Les années 1960 sont marquées par un climat politique particulièrement tendu. En octobre 1965 disparaît à Paris Mehdi Ben Barka, chef de l'opposition de gauche issue de la scission avec l'Istiqlal (Union nationale des forces populaires) et qui, en tant que leader du tiers monde, devait présider la Conférence tricontinentale de La Havane en 1966. Toujours en 1965, Casablanca est agitée par de graves émeutes sociales violemment réprimées. Le régime instaure un état d'exception jusqu'en 1970. Cette décennie ouvre ainsi la période des années de plomb au Maroc.
La tension politique latente, consécutive à l'état d'exception, se manifeste par la tentative de coup d’État militaire du général Mohamed Medbouh et du colonel M'hamed Ababou contre le palais de Skhirat (1971), ainsi que par l'attaque du général Mohamed Oufkir contre le Boeing royal en plein vol (coup d'État des aviateurs de 1972). En 1973, afin d'atténuer ces tensions politico-sociales, Hassan II procède à la « marocanisation » des entreprises et des terres encore détenues par des colons français (près de 100.000 Français vivent encore au Maroc en 1971)[281].
Il envoie également un corps expéditionnaire marocain combattre aux côtés des autres armées arabes durant la guerre du Kippour contre Israël, et qui s'illustrera sous les ordres du colonel Abdelkader El Allam au cours de l'offensive du plateau du Golan. Le Maroc assure aussi sa dimension géopolitique africaine en envoyant, en coordination avec les États-Unis, la France et la Belgique, des détachements de ses forces armées royales combattre au Katanga les rebelles pro-soviétiques du FLNC opposés au dirigeant zaïrois Mobutu Sese Seko pendant la première et la deuxième guerre du Shaba (1977-1978).
En 1969, à la suite de l'incendie criminel de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem, les dirigeants des pays musulmans se réunissent à Rabat et décident de la création de l'Organisation de la coopération islamique. Le roi Hassan II devient président du comité Al Qods chargé de surveiller l'évolution de la situation de Jérusalem et de ses lieux saints musulmans soumis à l'occupation israélienne. Le Maroc s'implique dans les négociations secrètes entre les États-Unis, Israël et l'Égypte qui aboutiront aux accords de Camp David en 1978 et à la restitution du Sinaï occupé par les Israéliens depuis 1967 aux autorités égyptiennes[282]. Les guerres israélo-arabes successives auront cependant eu pour effet de provoquer l'émigration massive de la très importante communauté juive marocaine vers l'État hébreu mais également vers la France et le Canada. Par ailleurs, la révolution islamique iranienne de 1979 qui aboutit à la chute du Chah Mohammad Reza Pahlavi prive le Maroc d'un allié très précieux au Moyen-Orient[283]. Pour contrer la menace incarnée à ses yeux par l'ayatollah Khomeini, Hassan II se rapproche de l'Arabie saoudite afin de former une sorte de front sunnite renforcé[284].
C'est sur les territoires du Sahara occidental sous domination espagnole (que les Marocains revendiquent comme Provinces du Sud) que se porte l'attention du roi en 1975. En 1969, l'Espagne rétrocède l'enclave d'Ifni, onze ans après le territoire de Tarfaya (1958), mais la décolonisation du Sahara est incomplète, puisque le Rio de Oro et le Seguia el-Hamra connaissent encore l'occupation coloniale et la répression militaire espagnoles. C'est au lendemain de la disparition de Francisco Franco, caudillo de l'État espagnol depuis 1939, que le Maroc entame une récupération planifiée de ces territoires, connue sous le nom de Marche verte (novembre 1975).
Guerre des Sables (1963)
[modifier | modifier le code]La guerre des Sables d'octobre 1963 est un conflit militaire opposant le Maroc et l’Algérie peu après l’indépendance de celle-ci. Après plusieurs mois d'incidents frontaliers, la guerre ouverte éclate dans la région algérienne de Tindouf et Hassi Beïda, puis s'étend à Figuig au Maroc. Les combats cessent le , et l'Organisation de l'unité africaine obtient un cessez-le-feu définitif le , laissant la frontière inchangée[285],[286],[287].
Conflit du Sahara (1975-1991)
[modifier | modifier le code]Instabilité sociale (1980-1990)
[modifier | modifier le code]
Depuis les dernières décennies post-coloniales, le Maroc penche pour une politique nationale agricole tandis que son voisin algérien se tourne vers l'industrialisation et la planification socialiste. Cette décision ne suffit pas à enrayer les inégalités sociales qui déclencheront la colère de la population à travers les émeutes de 1981 à Casablanca et de 1984 à Marrakech et dans le Nord (Tétouan, Al Hoceima, Nador). Les campagnes agricoles sont victimes d'une longue période de sécheresse, tandis que la chute des cours du phosphate et la politique de rigueur budgétaire imposée par le FMI assombrissent la conjoncture économique. Durant les années 1980, le roi Hassan II annonce la candidature marocaine à l'adhésion à la Communauté européenne[288], qui est déclinée par la Commission de Bruxelles. Le Maroc obtiendra cependant un statut de partenaire avancé auprès des institutions européennes et sera un acteur incontournable du dialogue euro-méditerranéen.
En revanche, l'année 1988 est celle de la réconciliation officielle entre le Maroc et l'Algérie, concrétisée par le rétablissement des relations diplomatiques et la réouverture des frontières, cette dernière mesure prenant fin en 1994. En 1989 à Marrakech une réunion des cinq chefs d'État maghrébins marque la naissance de l'Union du Maghreb arabe, regroupant le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie[289], et prévoyant à terme l'émergence d'un marché unique et la libre circulation des biens et des personnes. La crise latente entre Rabat et Alger via le conflit au Sahara empêche cependant la réalisation de ces objectifs.
En 1984 avait déjà eu lieu une tentative de fusion maroco-libyenne par le traité d'Oujda[290] pour compenser le retrait du Maroc des instances de l'OUA (à la suite de la reconnaissance officielle du mouvement sahraoui par l'organisation panafricaine). Mais cette union binationale échoue en 1986 en raison de la visite au Maroc du Premier ministre israélien Shimon Peres, accueilli à Ifrane par le roi, et du bombardement aérien de la Libye par les États-Unis alliés du Maroc. L'hostilité profonde de l'administration Reagan à l'encontre du régime de la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi entérine donc la fin de l'union maroco-libyenne[291].
De 1991 à 1999
[modifier | modifier le code]Le Maroc se distingue comme faisant partie des pays arabes ayant envoyé un contingent au Koweït aux côtés des Occidentaux pendant la guerre du Golfe, malgré les fortes manifestations populaires dans les rues marocaines en faveur de l'Irak de Saddam Hussein.
Sur le plan intérieur, les années 1990 voient s'amorcer une relative libéralisation du régime par le roi Hassan II, politique qui culmine avec la tenue des élections démocratiques de 1997 et la formation d'un gouvernement dit d'alternance, présidé par Abderrahman Youssoufi de l'USFP (socialiste), et qui succède aux gouvernements technocratiques de Mohammed Karim Lamrani et d'Abdellatif Filali. Les prérogatives royales restent néanmoins confirmées par les référendums constitutionnels de 1992 et 1996.
En 1994 Marrakech abrite la réunion internationale qui aboutit à l'Accord de Marrakech instituant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Règne de Mohammed VI (1999-présent)
[modifier | modifier le code]
En 1999, Mohammed VI succède à Hassan II. L'une des premières mesures du nouveau roi est de démettre Driss Basri de sa fonction de ministre de l'Intérieur (qu'il occupait depuis 1979) mais de maintenir El Youssoufi à son poste de Premier ministre jusqu'en 2002. Succèdent au vieux leader de gauche, comme chefs du gouvernement, Driss Jettou puis Abbas El Fassi à partir des élections législatives de 2007 qui voient la victoire de l'Istiqlal.
Au début du XXIe siècle, le Maroc se trouve confronté à un certain nombre de crises et de défis : conflit de l'îlot Persil avec l'Espagne en 2002, terrorisme avec les attentats de Casablanca du 16 mai 2003[292],[293], et celui du 28 avril 2011 à Marrakech[294],[295],[296],[297], puis émeutes à Sidi Ifni en 2008 et à Taza en 2012, qui mettent en relief toutes les problématiques auxquelles le pays doit faire face. Par ailleurs, depuis fin 2016, la région du Rif connaît un mouvement de protestation à dominante sociale et identitaire, nommé le Hirak, et auquel prend part activement la jeunesse locale. Le Hirak rifain, imité dans d'autres régions du pays comme à Jerada[298], est réprimé et ses leaders condamnés à de lourdes peines d'emprisonnement[299]. L'année 2019 connaît des atteintes contre certains droits humains[300], malgré une volonté de l'État de poursuivre le développement socio-économique notamment le long de l'axe Tanger-Agadir[301].
Le Maroc est touché en 2011 par les remous du printemps arabe et connaît une série de manifestations populaires axées autour du mouvement du 20 Février. Le roi fait alors approuver une nouvelle Constitution par référendum, qui redéfinit entre autres le rôle du gouvernement et officialise l'usage de la langue amazigh au côté de l'arabe. Les élections législatives qui s'ensuivent sont remportées par les islamistes modérés du PJD. Abdel-Ilah Benkiran issu du PJD est nommé à la suite de ce scrutin chef d'un gouvernement de coalition avec le RNI, le Mouvement populaire et le PPS. Le PJD confirme sa forte présence au niveau local et régional à la suite des élections communales de 2015[302].Saad Dine El Otmani remplace Benkiran à la tête du gouvernement en 2017.
Sur le plan extérieur, toujours en 2015, le Maroc participe officiellement à l'Opération Tempête décisive déclenchée par l'Arabie saoudite contre l'insurrection houthiste au Yémen. Mais avec la crise diplomatique du Qatar, les relations du Maroc avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se dégradent, Ryad et Abou Dabi reprochant à Rabat une neutralité bienveillante en faveur du Qatar. Les rapports maroco-saoudiens se détériorent gravement, ce qui amène le Maroc à se retirer de la guerre saoudienne au Yémen au début de 2019[303] et à rappeler son ambassadeur aux Émirats en 2020[304]. En 2016, Rabat opère un virage stratégique en direction de la Russie et de la Chine, après des visites royales dans ces pays[305],[306]. Le Maroc réintègre l'Union africaine en 2017 afin de retrouver sa dimension géopolitique continentale, et entreprend d'adhérer à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest[307]. L'intervention de la Turquie dans la guerre en Libye qui se complexifie et dans laquelle s'affrontent plusieurs belligérants extérieurs plonge l'environnement maghrébin dans l'incertitude, ce qui pousse le Maroc à adopter une ligne prudente et à réitérer son attachement aux accords de Skhirat qu'il a abrité[308]. Pour prévenir une aggravation du conflit, les autorités marocaines organisent à Bouznika des négociations entre les différentes parties libyennes en vue de privilégier une solution politique[309],[310]. L'ouverture d'un consulat des Émirats arabes unis à Laâyoune en novembre 2020 signe une réconciliation spectaculaire avec Abou Dabi après une longue période de brouille et conforte la souveraineté marocaine sur le Sahara à l'échelle internationale[311],[312]. Néanmoins le Maroc subit durement la pandémie de Covid-19 de 2020, et ses retombées sur le plan sanitaire, économique et social[313].
En septembre 2025, le Maroc est touché par une série de manifestations. Menés par le collectif GenZ 212, les manifestants appellent le roi Mohammed VI à dissoudre le gouvernement qu'ils accusent de corruption[314].
Le 31 octobre 2025, le conseil de sécurité adopte la résolution 2797 consacrée au Plan d’autonomie marocain présenté en 2007 comme référence principale pour résoudre le conflit autour du Sahara occidental. Dans son discours, Mohammed VI souligne qu’après cinquante ans de sacrifices, le Royaume entame « un nouveau chapitre victorieux » et que désormais le 31 octobre sera une fête nationale nommée « Aïd Al Wahda » (fête de l'Unité).
- Galerie de premiers ministres depuis 2000
-
Abderrahman Youssoufi
1998-2002 -
Driss Jettou
2002-2007 -
Abbas El Fassi
2007-2011 -
Abdel-Ilah Benkiran
2011-2017 -
Saad Dine El Otmani
2017-2021 -
Aziz Akhannouch
2021-présent
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ L'inscription en arabe ornant la façade de la Porte Marine d'Essaouira dit : « Louange à Dieu. Cette porte, ordonnée par le glorieux des rois, Sidi Mohammed ben Abdallah, a été construite par son serviteur Ahmed Laâlaj en l'an 1770 ».
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Rosalia Gallotti, Giovanni Muttoni, David Lefèvre et Jean-Philippe Degeai, « First high resolution chronostratigraphy for the early North African Acheulean at Casablanca (Morocco) », Scientific Reports, vol. 11, no 1, , p. 15340 (ISSN 2045-2322, DOI 10.1038/s41598-021-94695-3, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jean-Paul Raynal et Pierre-Jean Texier, « Découverte d'Acheuléen ancien dans la carrière Thomas 1 à Casablanca et problème de l'ancienneté de la présence humaine au Maroc », Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, Série II, t. 308, no 19, , p. 1743-1749 (ISSN 0249-6305, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Hassan Aouraghe, « Histoire du peuplement paléolithique de l'Afrique du Nord et dynamique des interactions entre l'homme et son environnement », Comptes Rendus Palevol, cLIMATS-CULTURES-SOCIETES aux temps préhistoriques, de l'apparition des Hominidés jusqu'au Néolothique, vol. 5, no 1, , p. 237–242 (ISSN 1631-0683, DOI 10.1016/j.crpv.2005.09.017, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Jean-Jacques Hublin, Abdelouahed Ben-Ncer, Shara E. Bailey et Sarah E. Freidline, « New fossils from Jebel Irhoud, Morocco and the pan-African origin of Homo sapiens », Nature, vol. 546, no 7657, , p. 289–292 (ISSN 0028-0836 et 1476-4687, DOI 10.1038/nature22336, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) El Mehdi Sehasseh, Philippe Fernandez, Steven Kuhn et Mary Stiner, « Early Middle Stone Age personal ornaments from Bizmoune Cave, Essaouira, Morocco », Science Advances, vol. 7, no 39, (ISSN 2375-2548, PMID 34550742, PMCID PMC8457661, DOI 10.1126/sciadv.abi8620, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Des Homo sapiens il y a 300 000 ans au Maroc ! », sur Hominides.com, (consulté le ).
- ↑ André Debénath, Jean-Paul Raynal, Jean Roche, Jean-Pierre Texier et Denise Ferembach, « Stratigraphie, habitat, typologie et devenir de l'Atérien marocain : données récentes », L' Anthropologie (Paris), t. 90, no 2, , p. 233-246 (lire en ligne).
- Mário Vicente et Carina M Schlebusch, « African population history: an ancient DNA perspective », Current Opinion in Genetics & Development, genetics of Human Origin, vol. 62, , p. 8–15 (ISSN 0959-437X, DOI 10.1016/j.gde.2020.05.008, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Marieke van de Loosdrecht, Abdeljalil Bouzouggar, Louise Humphrey et Cosimo Posth, « Pleistocene North African genomes link Near Eastern and sub-Saharan African human populations », Science, vol. 360, no 6388, , p. 548–552 (DOI 10.1126/science.aar8380, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Danilo Grébénart, « Capsien », Encyclopédie berbère, no 12, , p. 1760–1770 (ISSN 1015-7344, lire en ligne)
- ↑ Rosa Fregel, Fernando L. Méndez, Youssef Bokbot et Dimas Martín-Socas, « Ancient genomes from North Africa evidence prehistoric migrations to the Maghreb from both the Levant and Europe », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 115, no 26, , p. 6774–6779 (DOI 10.1073/pnas.1800851115, lire en ligne, consulté le )
- Abitbol 2014, p. 13.
- ↑ (en) Hamza Benattia, Youssef Bokbot, Jorge Onrubia-Pintado et Meryem Benerradi, « Rethinking late prehistoric Mediterranean Africa: architecture, farming and materiality at Kach Kouch, Morocco », Antiquity, vol. 99, no 404, , p. 354–374 (ISSN 0003-598X et 1745-1744, DOI 10.15184/aqy.2025.10, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abitbol 2014, p. 15.
- ↑ BOKBOT, Youssef ; ONRUBIA PINTADO, Jorge (1995) : Substrat autochtone et colonisation phénicienne au Maroc. VIe CIHAAN, p. 219-231.
- Abitbol 2014, p. 16.
- ↑ Abitbol 2014, p. 17.
- ↑ « From c.500 BC to AD 1050 », dans The Cambridge history of Africa, Cambridge Univ. Press, (ISBN 978-1-139-05456-0)
- (en) Andy Burnham, Pete Evans (Layout), The Megalithic Portal and Megalith Map, « Chellah » [archive du ], sur The Megalithic Portal (consulté le )
- ↑ G. Camps, « Baga », Encyclopédie berbère, no 9, , p. 1305–1306 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.1250, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jean-Luc Panetier et Hassan Limane, Volubilis: une cité du Maroc antique, Maisonneuve & Larose Malika éd, (ISBN 978-2-7068-1612-3)
- ↑ (en) Alvin M. Josephy, Africa: A History, New Word City, (ISBN 978-1-61230-978-1, lire en ligne)
- ↑ G. Camps, « Bocchus », Encyclopédie berbère, no 10, , p. 1544–1546 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.1775, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Sviatoslav Dmitriev, « Claudius’ Grant of Cilicia to Polemo », The Classical Quarterly, vol. 53, no 1, , p. 286–291 (ISSN 1471-6844 et 0009-8388, DOI 10.1093/cq/53.1.286, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abitbol 2014, p. 20.
- ↑ Abitbol 2014, p. 24.
- ↑ Anne Bernet, Les Chrétientés d'Afrique, éditions de Paris, 2006, p. 174-176.
- ↑ Zamane numéro 79 page 37
- ↑ Rivet 2012, p. 68.
- ↑ Abitbol 2014, p. 22.
- ↑ Mokthar 1980, p. 542.
- ↑ Abitbol 2014, p. 25.
- ↑ Abitbol 2014, p. 26-27.
- ↑ Arnold Joseph Toynbee, La Grande Aventure de l'humanité, chap. 42-43.
- ↑ Ahmed Siraj, « De Tingi à Tandja : le mystère d'une capitale déchue », Antiquités africaines, vol. 30, , p. 290-291 (lire en ligne).
- ↑ (en) Walter Emil Kaegi, Muslim Expansion and Byzantine Collapse in North Africa, Cambridge University Press, , p. 256.
- ↑ Abitbol 2014, p. 29.
- ↑ Abitbol 2014, p. 30.
- ↑ Rivet 2012, p. 32-33.
- ↑ D. Jacques-Meunie, « Notes sur l'histoire des populations du sud marocain », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, no 11, , p. 137-150 (ISSN 0035-1474, DOI 10.3406/remmm.1972.1148, lire en ligne).
- ↑ Yves Modéran, Kahena, vol. 27 : Encyclopédie berbère, (lire en ligne)
- ↑ El Fasi 1990, p. 267.
- ↑ El Fasi 1990, p. 268.
- ↑ El Fasi 1990, p. 269.
- ↑ El Fasi 1990, p. 274.
- ↑ Ivan Hrbek, Africa from the Seventh to the Eleventh Century, University of California Press, volume 3, 1992, p. 131.
- ↑ Gabriel Camps, Encyclopédie berbère, vol. 27, [lire en ligne], (ISBN 2857442017 et 9782857442011).
- Évariste Lévi-Provençal, Histoire de l'Espagne musulmane, vol. 1, Maisonneuve & Larose, 1999 [lire en ligne], (ISBN 2706813865 et 9782706813863).
- ↑ (en) Jamil M. Abun-Nasr, A history of the Maghrib in the Islamic period , Cambridge University Press, 1987, [lire en ligne] (ISBN 0521337674 et 9780521337670).
- ↑ El Fasi 1990, p. 276-278.
- ↑ Rivet 2012, p. 60.
- ↑ Zamane numéro 63 page 40
- ↑ Abitbol 2014, p. 39.
- ↑ « Dans la série, démystifier l’histoireLes premiers Idrissides étaient-ils chiites?Par Mouna Hachim », L'Economiste, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Hichem Djait, « L'Afrique arabe au VIIIe siècle (86-184 H./705-800) », Annales, vol. 28, no 3, , p. 601–621 (DOI 10.3406/ahess.1973.293371, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Evariste Lévi-Provençal, Histoire de l'Espagne musulmane, Maisonneuve et Larose, (ISBN 978-2-7068-1386-3, lire en ligne)
- ↑ Abitbol 2014, p. 41-43.
- ↑ Abitbol 2014, p. 40.
- ↑ Abitbol 2014, p. 41.
- ↑ Rivet 2012, p. 87-88.
- Rivet 2012, p. 86.
- ↑ Idrissides.
- Picard, Christophe, Sea of the Caliphs: The Mediterranean in the Medieval Islamic World, Harvard University Press, , p. 247
- ↑ Anderson, Glaire D.; Fenwick, Corisande; Mariam, Rosser-Owen, The Aghlabids and Their Neighbors: Art and Material Culture in Ninth-Century North Africa, BRILL, , p. 58
- Charles Pellat, Encyclopedia of Islam, vol. VII, , 941–943 p., « Nakūr »
- ↑ H. Monès, General History of Africa III: Africa from the Seventh to the Eleventh Century, vol. 3, International Scientific Committee for the drafting of a General History of Africa, (ISBN 92-3-101 709-8), « The conquest of North Africa: The Berbers after the Arab conquest », p. 243
- ↑ Irene García Losquiño, Vikings in the Mediterranean: Proceedings of an International Conference co-organized by the Norwegian, Swedish, and Danish Institutes at Athens, 27-30 November 2019, Athens, Norwegian Institute at Athens, (ISBN 978-618-85360-4-3), « Vikings in the Spanish Mediterranean: Measuring Impact Through Local Responses », p. 70
- ↑ J.D. Latham, Encyclopedia of Islam, vol. VII, , 641–642 p., « Musa b. Abi'l-Afiya »
- ↑ (it) Coletti, « Risultati e aspetti problematici della ricerca archeologica a Melilla e nel Rif (Marocco settentrionale) », Antiquités africaines. l'Afrique du Nord de la protohistoire à la conquête arabe, vol. 54, no 54, , p. 37 (DOI 10.4000/antafr.966)
- ↑ (en) « Barghawāṭah | Berber Tribes, Almohad Dynasty, North Africa | Britannica », sur www.britannica.com (consulté le )
- ↑ Mbarek Redjala, « Les Barghwâta (origine de leur nom) », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, vol. 35, no 1, , p. 115–125 (DOI 10.3406/remmm.1983.1984, lire en ligne, consulté le )
- ↑ A. Khelifa, « Masmuda », Encyclopédie berbère, no 30, , p. 4644–4646 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.488, lire en ligne, consulté le )
- « Nos ancêtres les Berghwatas, les grands absents des manuels d’histoire », sur Le 360 Français (consulté le )
- G. Deverdun, « Bargẖawāṭa », Encyclopédie berbère, no 9, , p. 1360–1361 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.1294, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abitbol 2014, p. 46.
- Chloé Capel, « Sijilmâsa (et autres graphies : Siǧilmâsa, Sidjilmassa, Sijilmassa…) », Encyclopédie berbère, no 43, , p. 7406–7415 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/14u2h, lire en ligne, consulté le )
- Chloé Capel et Abdallah Fili, « Sijilmasa au temps des Midrarides : nouvelles approches historiques et premier bilan archéologique », dans L’ibadisme dans les sociétés de l’Islam médiéval, vol. 33, Walter de Gruyter, , 137 p. (lire en ligne)
- A. M. Di Tolla, « Midrār (Banū) ou Midrārides », Encyclopédie berbère, no 32, , p. 5005–5019 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.599, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abitbol 2014, p. 48.
- ↑ Anna Maria Di Tolla, « Sijilmâsa dans les sources arabes et la tradition orale », Encyclopédie berbère, no 43, , p. 7416–7428 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/14u2i, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abitbol 2014, p. 50.
- ↑ Abitbol 2014, p. 53.
- Fatima-Zohra Oufriha, « Chapitre II. Les Almoravides : l’ascension du Maghreb (1056-1147) », Hors collection, , p. 55–78 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ G. Camps, « Gudâla/Guezula », Encyclopédie berbère, no 21, , p. 3223–3224 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.1788, lire en ligne, consulté le )
- Pascal Buresi et Mehdi Ghouirgate, « Chapitre 2. Les Almoravides », Cursus, , p. 29–41 (DOI 10.3917/arco.bures.2021.01.0029, lire en ligne, consulté le )
- Abitbol 2014, p. 55.
- ↑ El Fasi 1990, p. 378.
- ↑ Rivet 2012, p. 110.
- ↑ El Fasi 1990, p. 380.
- ↑ Rivet 2012, p. 112.
- ↑ El Fasi 1990, p. 383.
- ↑ Abitbol 2014, p. 63.
- ↑ Abitbol 2014, p. 64.
- ↑ Abitbol 2014, p. 65.
- ↑ Rivet 2012, p. 115.
- Éditions Larousse, « Encyclopédie Larousse en ligne - Almohades en arabe al-Muwaḥḥidūn », sur www.larousse.fr (consulté le )
- ↑ Almohades, Encyclopédie Larousse
- ↑ (en) Hugh Kennedy, Muslim Spain and Portugal: A Political History of al-Andalus, Routledge, (ISBN 978-1-317-87041-8, lire en ligne)
- ↑ Ahmed S. Ettahiri, Abdallah Fili, Jean-Pierre Van Staevel, « Nouvelles recherches archéologiques sur les origines de l'empire almohade au Maroc: les fouilles d'Igiliz. », Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres, , p 1109-1142 (lire en ligne)
- Laroui 2001, p. 132.
- ↑ La notion d'impeccabilité est attribuée aux imams dans la tradition chiite, spécialement le chiisme imamite duodécimain. Elle est associée à la notion d'infaillibilité, ces deux qualités constituant la 'isma (selon Dominique et Janine Sourdel, Dictionnaire historique de l'Islam, éd. Presses Universitaires de France, 1996, (ISBN 978-2-1304-7320-6), page 411.
- E. B, « Ibn Toumart », Encyclopédie berbère, no 23, , p. 3604–3606 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.1629, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Pascal Buresi et Hicham El Aallaoui, « Gouverner l'empire : La nomination des fonctionnaires provinciaux dans l'empire almohade (Maghreb, 1224-1269) », Casa de Velázquez, , p. 28-31
- ↑ Messier 2010, p. 150-151.
- ↑ (en) Wāṣil ibn ʻAṭāʼ, Wasil ibn 'Ata' als Prediger und Theologie, BRILL, (ISBN 978-90-04-08369-1, lire en ligne).
- ↑ Michel Abitbol, « Les Almohades », Tempus, , p. 72–113 (lire en ligne, consulté le ).
- Abitbol 2014, p. 73.
- ↑ (en) « Abd al-Mu'min : Almohad caliph », Encyclopedia Britannica, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Rivet 2012, p. 125.
- Rivet 2012, p. 126.
- ↑ Abitbol 2014, p. 73-74.
- ↑ Abitbol 2014, p. 74-75.
- ↑ Abitbol 2014, p. 75.
- ↑ Abitbol 2014, p. 76.
- ↑ Abitbol 2014, p. 78.
- ↑ Niane 1985, p. 57-58.
- ↑ Guichard 1995, p. 214.
- Niane 1985, p. 64.
- ↑ Rivet 2012, p. 127-128.
- ↑ Abitbol 2014, p. 79.
- ↑ Buresi et Ghouirgate 2021, p. 49.
- Abitbol 2014, p. 82.
- Guichard 1995, p. 222.
- ↑ Abitbol 2014, p. 86.
- ↑ Guichard 1995, p. 224.
- ↑ Rivet 2012, p. 133.
- ↑ Guichard 1995, p. 225.
- ↑ Rivet 2012, p. 134.
- ↑ Niane 1985, p. 77.
- ↑ Abitbol 2014, p. 87.
- ↑ Les premiers sultans mérinides, 1269-1331: Histoire politique et sociale, Editions L'Harmattan, (ISBN 978-2-296-38553-5, lire en ligne), p. 33
- ↑ Gilbert Meynier, L'Algérie, cœur du Maghreb classique: de l'ouverture islamo-arabe au repli (698-1518), La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5231-2, lire en ligne), p. 171 :
« Les Marînides sont une tribu zénète, nomadisant à l’origine dans le Zab, entre Djelfa et Biskra. Fin xie siècle, l’avancée des Arabes bédouins les pousse vers les Hautes Plaines occidentales. »
- ↑ Abitbol 2014, p. 104.
- ↑ Niane 1985, p. 108.
- Niane 1985, p. 110.
- ↑ Qantara, centre de recherche historique méditerranéen, version d'Ibn Khaldoun sur la prise de Salé.
- A. Khaneboubi, « Mérinides (Berb. : Ayt Mrin) », Encyclopédie berbère, no 31, , p. 4889–4895 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.568, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abitbol 2014, p. 107.
- ↑ Abitbol 2014, p. 108.
- ↑ Abitbol 2014, p. 110.
- ↑ Abitbol 2014, p. 111.
- Abitbol 2014, p. 113.
- ↑ Niane 1985, p. 115.
- ↑ Abitbol 2014, p. 118.
- ↑ Abitbol 2014, p. 120.
- ↑ Abitbol 2014, p. 121-122.
- ↑ Gilbert Meynier, « 9. Les Marînides de Fès entre al-Andalus et le Maghreb médian », Hors collection Sciences Humaines, , p. 188-189 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Mercedes García-Arenal, « Chapitre 3. Imposture et transmission généalogique : une contestation du sharifisme ? », dans Émirs et présidents : Figures de la parenté et du politique dans le monde arabe, CNRS Éditions, coll. « Hors collection », , 111–136 p. (ISBN 978-2-271-07845-2, lire en ligne)
- ↑ Abitbol 2014, p. 122.
- Pierre Berthier, La bataille de l'oued el-Makhazen : dite bataille des Trois Rois : 4 août 1578 / Pierre Berthier, (lire en ligne), p. 27-29
- ↑ Herman L. Beck, L' image d'Idrīs II, ses descendants de Fās et la politique s̱ẖarīfienne des sultans marīnides: 656 - 869/1258 - 1465, BRILL, (ISBN 978-90-04-09054-5, lire en ligne)
- ↑ Mouna Hachim, « Une femme dans l’histoire: Sitt Al-Hurra, reine de Tétouan », sur leconomiste.com, .
- ↑ (en) H. J. Kissling, Bertold Spuler, N. Barbour et J. S. Trimingham, The Last Great Muslim Empires, BRILL, (ISBN 978-90-04-02104-4, lire en ligne)
- ↑ « Quand Portugais et Espagnols tentaient de prendre pied en Afrique du Nord », sur clio.fr.
- Chantal De La Veronne, « Relations entre le Maroc et la Turquie dans la seconde moitié du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle (1554-1616) », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, vol. 15, no 1, , p. 391–401 (DOI 10.3406/remmm.1973.1258, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abitbol 2014, p. 147.
- ↑ Mustapha Naïmi, La dynamique des alliances ouest-sahariennes, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, (ISBN 978-2-7351-1917-2, lire en ligne).
- ↑ Mustapha Naïmi, L'Ouest saharien: la perception de l'espace dans la pensée politique tribale, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-8111-0822-9, lire en ligne).
- ↑ (en) Kevin Shillington, Encyclopedia of African history, Band 1, CRC Press, , 1824 p. (ISBN 1-57958-453-5, lire en ligne), p. 893.
- ↑ Rivet 2012, p. 184.
- Rivet 2012, p. 185.
- ↑ (en) Jamil M. Abun-Nasr et Abun-Nasr, Jamil Mirʻi Abun-Nasr, A History of the Maghrib in the Islamic Period, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-33767-0, lire en ligne), p. 211
- Berthier 1985, p. 29.
- Abitbol 2014, p. 149.
- ↑ El Fasi 1999, p. 239.
- ↑ Rivet 2012, p. 186.
- Abitbol 2014, p. 153-154.
- ↑ Berthier 1985, p. 29-31.
- ↑ Abitbol 2014, p. 154.
- ↑ Chronologie Maroc, De la décadence mérinide au royaume saadien - Clio - Voyage Culturel.
- ↑ Abitbol 2014, p. 156-157.
- ↑ Berthier 1985, p. 32.
- ↑ Rivet 2012, p. 187.
- ↑ Abitbol 2014, p. 156-160.
- ↑ Berthier 1985, p. 33.
- ↑ Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique du Nord : Égypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, Monaco, éditions du Rocher, , 732 p. (ISBN 978-2-268-08167-0), p. 247.
- ↑ Rivet 2012, p. 188.
- ↑ Abitbol 2014, p. 167.
- ↑ Rivet 2012, p. 189.
- ↑ El Fasi 1999, p. 247-249.
- ↑ Abitbol 2014, p. 170.
- ↑ Abitbol 2014, p. 183.
- ↑ Abitbol 2014, p. 185-186.
- ↑ Abitbol 2014, p. 187-189.
- ↑ Abitbol 2014, p. 189-190.
- ↑ Abitbol 2014, p. 191.
- Rivet 2012, p. 193.
- ↑ Abitbol 2014, p. 192.
- Abitbol 2014, p. 193.
- ↑ Abitbol 2014, p. 194.
- ↑ Abitbol 2014, p. 195.
- ↑ Rivet 2012, p. 194.
- ↑ Yves Cazaux, « XI - Cent associés », Hors collection, , p. 207–216 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Memoarts - Documantation - Histoire du Maroc » [archive du ], sur www.memoarts.com (consulté le )
- ↑ Germain Mouette, Histoires Des Conquestes De Mouley Archy, Connu Sous Le Nom De Roy De Tafilet, Jean Cochart, , p. 50-51.
- ↑ Abitbol 2014, p. 197.
- ↑ (en) Article « Morisco » de l'Encyclopædia Britannica
- ↑ En dépit des estimations de certains historiens, peu de preuves formelles n'établissent l'existence de telles connivences selon Fernand Braudel, op. cit., tome III, p. 215.
- ↑ Gonzalez-Raymond, Anita., Inquisition et société en Espagne : les relations de causes du tribunal de Valence (1566-1700), Paris, Annales littéraires de l'Université de Franche-Comté, , 374 p. (ISBN 2-251-60618-1 et 978-2-251-60618-7, OCLC 37162624, lire en ligne), p. 27-29L'auteur écrit avoir relevé de nombreuses preuves établissant des connivences en vue de soulèvements.
- ↑ Manuel Lomas Cortés, « Gouvernement et administration dans l’expulsion des morisques », Cahiers de la Méditerranée, no 79, , p. 245–265 (ISSN 0395-9317, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (es) Domínguez Ortiz, Antonio., Historia de los moriscos : vida y tragedia de una minoría, Madrid, Alianza Editorial, 1985, ©1984, 313 p. (ISBN 84-206-2415-2 et 978-84-206-2415-0, OCLC 12168365, lire en ligne), p. 184-185
- ↑ Leila Meziane, Salé au XVIIe siècle, terre d’asile morisque sur le littoral Atlantique marocain, dans: Cahiers de la Méditerranée vol.79 (2009) [1]
- ↑ Leïla Maziane, Salé et ses corsaires, 1666-1727 : un port de course marocain au XVIIe siècle, éd. Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2007 (ISBN 2841332829)
- ↑ Jordi Aguade, Patrice Cressier et Angeles Vicente [sous la dir. de], Peuplement et arabisation au Maghreb occidental : dialectologie et histoire, Madrid/Saragosse, éd. Casa de Velazquez/Université de Saragosse, 1998 (ISBN 8486839858)
- ↑ (es) Mercedes García-Arenal, La diáspora de los andalusíes, éd. Cidob, Barcelone, 2003 (ISBN 8474266661)
- ↑ « Les corsaires de Salé ont semé la terreur en… Amérique », sur Zamane, (consulté le )
- ↑ E.G. Friedman, North African Piracy on the Coasts of Spain in the Seventeenth Century: A New Perspective on the Expulsion of the Moriscos, The International History Review, Vol. 1, no 1 (Jan., 1979), p. 1-16.
- ↑ Le Maroc noir, Chouki el Hamel, page 263, éditions La Croisée des Chemins
- ↑ https://www.sarrazins.fr/moulay-isma%CA%BFil-sultan-des-marocains/
- ↑ Fauvelle-Aymar, François-Xavier, « Black Morocco : A History of Slavery, Race, and Islam. », Cahiers d’études africaines, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, no 217, (ISSN 0008-0055, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Morsy, Magali, « Moulay Isma'il et l'armée de métier », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 14, no 2, , p. 97–122 (DOI 10.3406/rhmc.1967.2943, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique du Nord, page 279
- ↑ Younes Nekrouf, Moulay Ismail et Louis XIV, une amitié orageuse.
- ↑ (en) « Morocco and England – Some Early Encounters », sur reepinfo.org (consulté le ).
- ↑ « La reine-mère : Lalla Khnata Bint Bekkar », sur Zamane, (consulté le ).
- ↑ Mohamed Kenbib, « Une autre histoire du Maghreb », La Fabrique de l'histoire, .
- ↑ Sidney S. Corcos, « La communauté juive de Mogador-Essaouira : Immigrations et émigrations, recherche généalogique et onomastique » (consulté le ).
- ↑ « http://www.maroc-hebdo.press.ma/MHinternet/Archives288/Semaine288/LHISTOIRE%20AMERICAINE.html »(Archive.org • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?).
- ↑ Abdelkhaleq Berramdane, op. cité, p. 20.
- ↑ Jean Potocki, Voyage dans l'Empire de Maroc : Journal de voyage, , 192 p. (ISBN 978-2-35284-674-1, lire en ligne), p. 98.
- ↑ « Moulay El Yazid ou l'ère antisémite de l'histoire du Maroc », sur Yabiladi.com (consulté le ).
- ↑ Ahmed Dreif, « Moulay Yazid, sultan controversé », sur zamane.ma, (consulté le ).
- ↑ « Équilibre des forces aux temps de Moulay Slimane », sur wikimazigh.com (consulté le ).
- ↑ [Zamane no 50 page 26]
- ↑ Jean Wolf, Les secrets du Maroc espagnol : l'épopée d'Abd-el-Khaleq Torrès, , 368 p. (ISBN 978-2-7158-1050-1, lire en ligne), p. 64.
- ↑ « La Gazette du Maroc »(Archive.org • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?)
- ↑ Zamane no 25 novembre 2012 p. 28-33.
- ↑ Le Mémorial du Maroc, volume 4, page 188
- ↑ [2].
- ↑ « Histoire : Quand la population ouest-algérienne a prêté allégeance à un sultan marocain », sur Yabiladi.com (consulté le ).
- ↑ Lugan 2016.
- ↑ Le Mémorial du Maroc, volume 8 page 262
- ↑ [lire en ligne].
- ↑ Pierre Guillen, « L'Allemagne et le Maroc de 1870 à 1905 », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, no 4, , p. 191-193 (ISSN 0035-1474, lire en ligne).
- ↑ [3]
- ↑ [4]
- ↑ « Les révoltes urbaines » [livre], sur Openedition.org, Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans, (consulté le ).
- ↑ Moulay Hassan I sultan du Maroc.
- ↑ [lire en ligne].
- ↑ MarocAntan, documents et souvenirs du Maroc d'autrefois : Autour des caïds de Berrechid.
- ↑ Maroc, Constitution de 1908, MJP.
- ↑ [5]
- ↑ "Zamane" no 40 mars 2014 p. 6 à 10.
- ↑ http://www.cosmovisions.com/histTouat.htm
- ↑ medisma, « La France coloniale, le Royaume Chérifien et l'Oasis de Touat », sur Blog.com, le blog lintegral, (consulté le ).
- ↑ "Zamane" no 31 p. 25-26.
- ↑ [6]
- ↑ [7].
- ↑ Majid FATHI, « Comment Rabat est-elle devenue la capitale du Maroc? », sur Flasheconomie.com, (consulté le ).
- ↑ [Zamanenuméro 50, janvier 2015, page 45]
- ↑ [Zamane numéro 20, juillet 2012, page 86]
- ↑ [8].
- ↑ [9]
- ↑ Jacques Benoist Mechin in Lyautey l'Africain
- ↑ Abdelkrim, une épopée d'or et de sang (Zakyad Daoud), page 319
- ↑ Zakya Daoud Abdelkrim
- ↑ Yasmina, « Abdelkrim el-Khattabi rend les armes », Jeune Afrique, (lire en ligne).
- ↑ Abdelkrim, une épopée d'or et de sang(Zakya Daoud), page 458
- ↑ [10]
- ↑ María Rosa de Madariaga, Abd el-Krim El Jatabi. La lucha por la independencia, Éd. Alianza Editorial, Madrid, 2009.
- ↑ https://www.persee.fr/doc/remmm_0035-1474_1984_num_38_1_2047
- ↑ [11].
- ↑ [12]
- ↑ « N° 1 – L’histoire méconnue des fascistes marocains », sur Zamane, (consulté le ).
- ↑ Mémorial du Maroc, volume 6, page 84
- ↑ [13]
- ↑ [14].
- ↑ René Clozier, « Les sociétés milliardaires en France », L’Information géographique, vol. 14, no 14-2, 1950, p. 69.
- ↑ [15].
- ↑ Yabiladi.com, « Armée de libération marocaine #6 : La situation avant le », sur www.yabiladi.com (consulté le )
- ↑ « Reportage à Boured sur la résistance Marocaine -ريبورتاج حول المقاومة ضد الاستعمار ببورد / تازة » (consulté le )
- ↑ par Abderrahim Bouabid, « Vers l’Indépendance du Maroc : LES PRÉMISSES D’UN DIALOGUE DANS UN CONTEXTE TROUBLÉ (Juin – Août 1955) : Le commencement de la deuxième guerre du Rif », sur Libération (consulté le )
- « " L'ARMÉE DE LIBÉRATION " DU MAROC annonce la " cessation provisoire des opérations militaires " », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Quand nationalistes marocains et algériens se battaient côte à côte contre la France – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com (consulté le )
- ↑ Mémoire et vérité des combattants d'Afrique française du Nord : Préface de Bernard Gillis, Paris, L'Harmattan, , 172 p. (ISBN 2-7475-0216-3, lire en ligne), p. 31.
- Jean-Pierre Maury, « Maroc – Indépendance du Maroc », sur mjp.univ-perp.fr, université de Perpignan, (consulté le ).
- ↑ « Cinq mille hommes de l'"Armée de libération" se mettent à la disposition du sultan », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « MOHAMMED V ou MUHAMMAD V BEN YOUSSEF », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
- ↑ https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2003-2-page-125.htm
- ↑ [16]
- ↑ [17]
- ↑ [18]
- ↑ « Maroc-Iran : retour sur 40 ans de relations tourmentées - H24info », sur H24info (consulté le ).
- ↑ « Hassan II : « Le chiisme demeure une hérésie » », sur Telquel (consulté le ).
- ↑ Introuvable réconciliation entre Alger et Rabat, Le Monde diplomatique.
- ↑ Voir [19].
- ↑ Alf Andrew Heggoy, Colonial Origins of the Algerian-Moroccan Border Conflict of October 1963, in African Studies Review, vol. 13, no 1, (avril 1970), p. 17-22, version en ligne sur JSTOR.
- ↑ [20].
- ↑ Discours du 20e anniversaire de l'UMA.
- ↑ [21].
- ↑ Z. Daoud, Les Années Lamalif, p. 322 et 354.
- ↑ « attentats du 16 mai 2003 à Casablanca ».
- ↑ « Casa au paradis ».
- ↑ Marrakech, sept Français sont morts dans l'attentat du .
- ↑ Explosion dans un café à Marrakech: L'analyse des premiers indices recueillis sur les lieux confirme la thèse de l'attentat (Intérieur).
- ↑ « Une violente explosion frappe Marrakech », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ « Marrakech : Mohamed VI se rend sur les lieux de l'attentat », Le Figaro, 30 avcril 2014 (lire en ligne).
- ↑ « La déprise économique aux origines du Hirak de Jerada ? », sur Le carnet du Centre Jacques Berque (consulté le ).
- ↑ RFI, « Maroc : des détenus du « Hirak » placés à l'isolement, les familles protestent », sur Rfi.fr, (consulté le ).
- ↑ Omar Brouksy, « Au Maroc, l'étouffement des dernières voix dissidentes », sur Orient XXI, (consulté le ).
- ↑ http://www.lalettremed.com/17096-maroc-le-roi-lance-a-agadir-un-programme-de-developpement-urbain-de-6-mmdh.html
- ↑ [22]
- ↑ « Le Maroc interrompt sa participation militaire au Yémen et rappelle son ambassadeur à Ryad - H24info », sur H24info (consulté le ).
- ↑ « Rabat rappelle ses diplomates aux Emirats arabes unis », sur Bladi.net (consulté le ).
- ↑ Nadia Lamlili, « Maroc – Russie : Mohammed VI au pays des tsars », Jeune Afrique, (lire en ligne).
- ↑ Nadia Lamlili, « Maroc : en Chine, Mohammed VI cherche un nouveau partenaire économique », Jeune Afrique, (lire en ligne).
- ↑ [23]
- ↑ « Le Maroc dénonce " l’interventionnisme cynique" de certains dans la crise libyenne », sur Bladi.net (consulté le ).
- ↑ https://www.lepoint.fr/afrique/libye-de-berlin-a-bouznika-la-solution-politique-gagne-du-terrain-06-10-2020-2395101_3826.php
- ↑ https://fr.hespress.com/163782-libye-les-negociations-de-bouznika-lopportunite-dune-sortie-de-crise.html
- ↑ https://telquel.ma/2020/11/04/les-emirats-arabes-unis-inaugurent-leur-consulat-a-laayoune_1700934
- ↑ https://fr.hespress.com/173102-nasser-bourita-le-peuple-marocain-apprecie-a-sa-juste-valeur-la-decision-historique-des-emirats-douvrir-un-consulat-a-laayoune.html
- ↑ https://www.rfi.fr/fr/afrique/20201104-maroc-la-s%C3%A9cheresse-et-la-pand%C3%A9mie-ont-mis-les-comptes-le-rouge
- ↑ « Au Maroc, le collectif GenZ 212 demande à Mohammed VI de dissoudre le gouvernement », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Maroc, Ifriqiya, Maghreb
- Histoire du Maghreb et de l'Afrique du Nord
- Liste du patrimoine mondial au Maroc
- Liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité au Maroc
- Registre international Mémoire du monde (Maroc)
- Culture du Maroc
- Langues au Maroc, Groupes ethniques au Maroc
- Tribus du Maroc, Berbères du Maroc
- Liste de musées au Maroc, dont Musée de l'histoire et des civilisations de Rabat
- Monuments historiques et sites au Maroc
- Bibliothèque nationale du royaume du Maroc
- Histoire de l'Algérie dans l'Antiquité et le Haut Moyen Âge
- Commerce transsaharien, Tekna
- Chameau / Dromadaire, domestication vers 2500 AEC (4500 avant le présent)
- Traite orientale ou traite arabe
- Villes impériales du Maroc
- Fatima al-Fihriya (800c-880c)
- Histoire des Juifs au Maroc, Juifs berbères
- Principauté de Debdou (1430-1563)
- Révolte marocaine de 1465
- Bataille d'Azemmour (1513)
- Alliance anglo-marocaine (1577)
- Pachalik de Tombouctou (1591-1826)
- Liste des hauts-commissaires d'Espagne au Maroc
- Liste des résidents généraux de France au Maroc
- Crises marocaines (1905-1911)
- Histoire philatélique et postale du Maroc (1891-)
- Journées sanglantes de Fès (1912)
- Guerre des Zayans (1914-1921), bataille d'Elhri (1914)
- Guerre du Rif (1921-1927), bataille d'Anoual (1921), débarquement d'Al Hoceïma (1925)
- Zone internationale de Tanger (1924..1956)
- Dahir berbère (1930)
- Manifeste de l'indépendance (1944)
- Discours de Tanger (1947)
- Émeutes d'Oujda et de Jerada (1948)
- Libéraux du Maroc (années 1950)
- Émeutes des 7 et 8 décembre 1952 à Casablanca
- Armée de libération nationale (Maroc) (1953)
- Révolte du Rif (1958-1959)
- Événements du 23 mars 1965
- Expulsion des Marocains d'Algérie (1975)
- Années de plomb (1970-1999)
- Démographie du Maroc, économie du Maroc
- Liste des institutions constitutionnelles marocaines
- Roi du Maroc, Liste des monarques du Maroc
- Chef du gouvernement du Maroc, Gouvernement actuel
- Politique au Maroc, Élections au Maroc
- Politique étrangère du Maroc
Bibliographie
[modifier | modifier le code]Sources arabes anciennes
[modifier | modifier le code]- Alī ibn Abd Allāh ibn Abī Zar al-Fāsī, Rawd al-qirtās, Histoire des souverains du Maghreb et annales de la ville de Fès (des Idrissides aux Mérinides), écrit vers 1326, trad. Auguste Beaumier, 1860, Paris; réédition, Éditions La porte, Rabat, 1999 [lire en ligne (page consultée le 11 février 2010)]
- Mohammad al Saghir ben al Hadj ben Abd-Allah al Wafrani (Oufrani), Nozhet-el hādi bi akhbar moulouk el-Karn el-Hadi - Histoire de la dynastie saadienne au Maroc : 1511-1670, traduit et publié par O. Houdas, Ernest Leroux, Paris, 1889. [lire en ligne (page consultée le 10 février 2010)]
- Ahmad ibn Khalid al-Nasiri, Kitab al-Istiqsa li-Akhbar duwwal al-Maghrib al-Aqsa, Histoire du Maroc, Archives marocaines, Vol.31, 1925, Les Idrissides et les Almoravides. [lire en ligne (page consultée le 11 février 2010)] Vol.32, 1927, Les Almohades. [lire en ligne (page consultée le 11 février 2010)]
- Ahmad ibn Khalid al-Nasiri, Kitab al-Istiqsa li-Akhbar duwwal al-Maghrib al-Aqsa, Histoire du Maroc, Archives marocaines, vol. 33, 1934, Les Mérinides.
- Ahmad ibn Khalid al-Nasiri, Kitab al-Istiqsa li-Akhbar duwwal al-Maghrib al-Aqsa, Trad. E. Fumey : Histoire du Maroc, Quatrième partie, Chronique de la dynastie alaouie au Maroc, Archives marocaines, vol. 9, 1906. [lire en ligne (page consultée le 11 février 2010)] vol. 10, 1907. [lire en ligne (page consultée le 11 février 2010)]
- Histoire des Berbères selon Ibn Khaldoun, tome 1 traduit par le baron de Slane : livre d'Ibn Khaldoun, [lire en ligne]
Études contemporaines
[modifier | modifier le code]- Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Éditions Perrin, (ISBN 978-2-262-03816-8, lire en ligne).

- Eugène Aubin (préf. Jean-François Durand), Le Maroc dans la tourmente : 1902-1903 [« Le Maroc aujourd'hui »] (1re éd. 1904, rééd. 2004 et réimp. 2009) [détail des éditions] [présentations]
- Abdelkhaleq Berramdane, Le Maroc et l'Occident : 1800-1974, Éditions Khartala, 1990 (ISBN 2865371719)
- Jean Brignon, Histoire du Maroc, Hatier, (ISBN 978-2-218-00928-0, lire en ligne).
- Stéphane Bernard, Le conflit franco-marocain, 1943-1956, Université libre de Bruxelles, 1963, 3 volumes
- Jacques Benoist-Méchin, Histoire des Alaouites (1268-1971), Perrin, 1994.
- Pascal Buresi et Mehdi Ghouirgate, « Histoire du Maghreb médiéval. XIe-XVe siècle », shs.cairn.info, (DOI 10.3917/arco.bures.2021.01, lire en ligne, consulté le ).

- Mohammed El Fasi, « L'Afrique du VIIe au XIe siècle », dans Histoire générale de l'Afrique, vol. III, Jeune Afrique, (ISBN 978-92-3-201709-3).

- Charles-André Julien, Le Maroc face aux impérialismes (1415-1956), Editions Jeune Afrique, 1978
- Mokthar, Histoire générale de l’Afrique: Afrique ancienne, UNESCO Publishing, (ISBN 978-92-3-201708-6, lire en ligne).

- Daniel Rivet, Histoire du Maroc, Fayard, (ISBN 978-2-213-67465-0, lire en ligne).

- Bernard Rosenberger, Le Maroc au XVIe siècle. Au seuil de la modernité., Fondation des Trois Cultures, 2008, (ISBN 9954-0-1368-7)
- Charles Saint-Prot, Jean-Yves de Cara, Frédéric Rouvillois, dir., Le Maroc en marche, Paris, CNRS éditions, 2009.
- David Bensoussan, Il était une fois le Maroc : témoignages du passé judéo-marocain, www.iuniverse.com, (ISBN 978-1-4759-2608-8), 620p. ebook (ISBN 978-1-4759-2609-5).
- Charles Saint-Prot, Mohammed V ou la monarchie populaire, Paris, Le Rocher, 2012
- Henri Terrasse, Histoire du Maroc des origines à l'établissement du Protectorat français, Éditions Atlantides, Casablanca, 1949 ; réédition Éditions Frontispice, Casablanca, 2005
Presse spécialisée
[modifier | modifier le code]- Aziz El Yaakoubi, « Polémique : Note histoire est-elle censurée ? », Zamane, Casablanca, no 1, , p. 26-29 (lire en ligne) Cet article comporte deux interviews : celles de Moulay Hachem Alaoui Kacémi (« historien médiéviste, directeur de l'université d'automne Moulay Ali Chérif (Rissani, berceau de la dynastie alaouite »), p. 27-28, et d'Abdelahad Sebti (« historien, enseignant à l'École doctorale de la Faculté des lettres et sciences humaines de Rabat-Agdal, spécialiste d'anthropologie historique »), p. 28-29, avec respectivement, comme titres d'appel : « L'histoire officielle et la censure sont nécessaires » et « Au Maroc, c'est l'autocensure qui prédomine ».
- Tous les numéros du mensuel historique Zamane (en français, depuis novembre 2010, et en arabe, depuis octobre 2013)
Liens externes
[modifier | modifier le code]
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Cartes repères
- Cartes « du Maghreb avant l'arrivée de l'islam en l'an 600 », « de l'Ifriqya et de l'Empire omeyyade en l'an 700 », « des Idrissides en l'an 800 » et « des incursions zénètes et du territoire ziride en l'an 1000 », sur www.euratlas.net, Yverdon-les-Bains (Suisse), Euratlas-Nüssli (Suisse)