Marche verte

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Opérations de la marche verte présentées sur une carte.
Billet de banque de 100 dirhams à l'effigie du roi Hassan II et commémorant la Marche verte.

La Marche verte (en arabe : المسيرة الخضراء?) est une grande marche pacifique partie du Maroc le vers le Sahara espagnol (actuel Sahara occidental, disputé avec le Front Polisario), lancée par le roi marocain Hassan II dans le but de le récupérer, car considéré comme faisant historiquement partie du Sahara marocain. Elle mobilisa environ 350 000 volontaires civils marocains.

La Marche a fait suite à l'avis consultatif de la Cour internationale de justice rendu sur demande de Hassan II, cet avis reconnaissant des liens d'allégeances partiels, mais niant tout lien de souveraineté et reconnaissant le droit à l'auto-détermination[1],[2].

Le Sahara occidental est un territoire où le processus de décolonisation n'est pas achevé selon l'ONU qui le considère comme non autonome[3],[4], c'est-à-dire que sa population ne s'administre pas encore complètement elle-même, et sans autorité administrante, c'est-à-dire qu'aucune puissance n'y exerce de tutelle légitime. Il est de facto contrôlé à 80 % par le Maroc et à 20 % par le Front Polisario[5]. La légitimité de la prise de contrôle de facto de la majorité du territoire par le Maroc n'est pas reconnue par l'ONU, qui ne reconnaît pas non plus la légitimité de la proclamation de République arabe sahraoui démocratique (RASD) en 1976 par le Front Polisario.

Les Forces armées royales marocaines, peu avant, étaient intervenues dans l'Est du territoire pour occuper plusieurs points stratégiques et, le moment venu, ont été présentes autour de volontaires marocains.

Le 6 novembre est devenu le jour d'une fête nationale au Maroc.

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis son indépendance en 1956, le Maroc revendique le territoire du Sahara occidental, alors territoire espagnol. En , l'Espagne, qui souhaite se retirer, annonce l'organisation d'un référendum d'autodétermination pour 1975. Le Maroc s'oppose à tout référendum qui pourrait conduire à l'indépendance du territoire et demande à la Cour internationale de justice de statuer sur sa revendication. Le lendemain, la Cour internationale de Justice rend son avis : elle reconnaît que le territoire du Sahara occidental n'était pas terra nullius avant la colonisation par l'Espagne et qu'il avait des liens juridiques d'allégeance avec le Maroc et l'ensemble mauritanien. Cependant, elle ne constate aucun lien de souveraineté territoriale. Elle conclut que ces liens ne sont pas de nature à entraver « l'application du principe d'autodétermination grâce à l'expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire »[1].

La Marche verte est un « coup de poker » de Hassan II pour rétablir ou établir — selon les points de vue — la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, dans un contexte de plus en plus défavorable[réf. nécessaire]. Dans les heures qui suivent la publication de l'avis de la CIJ, il annonce aux Marocains que celle-ci a conclu en faveur du Maroc, et qu'il est temps de prendre possession du territoire en y marchant pacifiquement. En montrant à l'Espagne que son pays est déterminé à reprendre les « territoires du Sud », il veut contraindre celle-ci à choisir entre des négociations directes de cession ou une confrontation avec des civils sans armes, ce qui déclencherait une guerre pour un territoire dont elle ne veut plus. En occupant physiquement le terrain, il cherche également à contrer le Front Polisario sur place et à dissuader l'Algérie d'intervenir.

Selon le journal Orient XXI, Hassan II et Alexandre de Marenches, directeur du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage français (SDECE) auraient imaginé la « marche verte » comme moyen de mobilisation du peuple marocain autour de son monarque. Elle aurait permis également à ce dernier de se débarrasser d’une partie de l’armée marocaine, perçue comme une menace potentielle[6].

Selon Jacob Mundy, dans Le Monde diplomatique, quelques jours avant la Marche, le , un détachement des Forces armées marocaines (FAR) commandé par Ahmed Dlimi s'infiltre dans l'extrême Nord-Est du territoire, afin de déjouer une contre-offensive possible de l'Algérie[7]. Il occupe les localités de Farsia, Haousa et Jdiriya (en). D'après l'hebdomadaire marocain Telquel, les FAR étaient bel et bien présentes dès le pour sécuriser et occuper « plusieurs points stratégiques », et les FAR ont été aussi là « pour mater les guérilleros du tout jeune Front Polisario »[8].

Déroulement de la Marche verte[modifier | modifier le code]

Hassan II sollicite le départ de 350 000 volontaires civils marocains en direction du Sahara espagnol, duquel l'Espagne ne s'était pas encore retirée.

Les volontaires, désarmés et portant chacun un Coran et un drapeau national, entourés par 20 000 soldats des Forces armées royales[9], pénètrent dans le Sahara occidental le 6 novembre. Trois jours après, Hassan II les appelle à revenir, « ses objectifs politiques et symboliques [étant] atteints »[9].

Selon un rapport secret déclassifié de la CIA, le prince Juan Carlos d'Espagne aurait affirmé que Rabat et Madrid avaient au préalable convenu que les marcheurs marocains ne devaient entrer seulement à « quelques kilomètres » dans le Sahara Occidental et ne devaient rester que pendant un court laps de temps. Le prince aurait ajouté qu'il avait également autorisé une délégation symbolique marocaine à entrer dans la capitale Laâyoune[10].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Devant le fait accompli, l'Espagne négocie alors avec le Maroc et la Mauritanie, et les trois pays signent les accords de Madrid prévoyant le transfert de la souveraineté des deux tiers septentrionaux du territoire (Seguia el-Hamra) au Maroc et le tiers sud restant (Oued Ed-Dahab-Lagouira) à la Mauritanie.

Pour commémorer cet événement, le est devenu le jour d'une fête nationale au Maroc. Cette date se retrouve également dans un odonyme, notamment à Casablanca : « Avenue du 6 Novembre 1975[11] ».

Pour célébrer le 40e anniversaire de la marche verte, d'anciennes gloires du football mondial se sont retrouvées pour un match de gala au stade Sheikh Mohamed Laghdaf, à l'instar de Diego Maradona, Abedi Pelé, George Weah[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Sahara occidental : Avis consultatif du 16 octobre 1975 », sur Cour internationale de justice, La Haye
  2. « Sahara occidental : Résumé de l'avis consultatif du 16 octobre 1975 », sur Cour internationale de justice, La Haye
  3. « Territoires non autonomes | Les Nations Unies et la décolonisation », sur www.un.org (consulté le 8 mars 2021)
  4. « Western Sahara ‘Last Decolonization Process in Africa’, Fourth Committee Told, As Unresolved Territorial Disputes, Including Gibraltar, Dominate Agenda | Meetings Coverage and Press Releases », sur www.un.org (consulté le 8 mars 2021)
  5. « Sahara: l'ONU doit agir pour le référendum d'autodétermination », sur LEFIGARO (consulté le 8 mars 2021)
  6. Omar Brouksy, « Maroc. Hassan II, « pote » et despote », sur Orient XXI,
  7. (en) Jacob Mundy, « How the US and Morocco seized the Spanish Sahara », Le Monde diplomatique, Paris,
  8. Rédaction, « Dossier : Mensonges d'État », Telquel, Casablanca, no 357,‎ du 24 au 30 janvier 2009 (lire en ligne)
  9. a et b Vermeren 2010, p. 72
  10. (en) CIA, « THE PRESIDENT'S DAILY BRIEF 6 NOVEMBER 1975 », THE PRESIDENT'S DAILY BRIEF,‎ (lire en ligne)
  11. Google Maps & OpenStreetMap (sites consultés le 4 novembre 2016), Avenue du 6 Novembre 1975, quartiers Jamila 1 et 2, Casablanca, Préfecture de Casablanca, Région de Casablanca-Settat, Maroc. 33° 32′ 57″ N, 7° 34′ 57″ O
  12. « Maradona pour célébrer la Marche verte », sur leseco.ma, (consulté le 10 novembre 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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