Béjaïa

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Béjaïa  ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ
(ar) بجاية
Béjaïa
Béjaïa
Noms
Nom arabe بجاية
Nom berbère ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ
Administration
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilaya Béjaïa
Daïra Béjaïa
Président de l'APC Hamid Merouani[1] (FLN)
2012-2017
Code postal 06000
Code ONS 0601
Démographie
Gentilé Bédjaoui ou Bougiote.
Population 177 988 hab. (2008[2])
Densité 1 481 hab./km2
Géographie
Coordonnées 36° 45′ 00″ nord, 5° 04′ 00″ est
Altitude Min. 1 m – Max. 550 m
Superficie 120,22 km2
Divers
Saint patron Yemma Gouraya
Budget 1,87 milliards de DA (2010)[3]
Localisation
Localisation de la commune dans la wilaya de Béjaïa.
Localisation de la commune dans la wilaya de Béjaïa.

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Béjaïa  ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ

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Béjaïa  ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ

Béjaïa (en berbère : ⴱⴳⴰⵢⴻⵜ [Vgayet[4] ou Bgayet[5], en arabe : بجاية], dans les langues latines on retrouve les noms de Bougie ou Bugia), est une commune algérienne située en bordure de la mer Méditerranée, à 180 km à l'est d'Alger, dans la wilaya de Béjaïa et la région de la Petite Kabylie. Elle est le chef-lieu éponyme de la wilaya de Béjaïa et de la daïra de Béjaïa.

Connue à l'époque romaine sous le nom de Saldae civitas, elle devient capitale du royaume vandale avant d'être islamisée au VIIIe siècle. Cité berbère modeste, elle devient une prestigieuse capitale sous les Hammadides au XIe siècle et un foyer religieux, commercial et savant de la Méditerranée. Après un intermède Almohade elle redevient la capitale d'une branche des Hafsides[6].

D'abord connue en Europe grâce à la qualité de ses chandelles faites de cire d'abeille auxquelles elle a donné son nom, les bougies, Béjaïa a également joué un rôle important dans la diffusion des chiffres arabes en Occident et des savoir mathématiques locaux. Des savant comme Raymond Lulle, Fibonacci et Leonard de Vinci y étudient.

Conquise par les Espagnols en 1510, elle amorce un net déclin qui se prolongera avec la reconquête par la régence d'Alger en 1555. La culture savante se disperse alors dans les multiples zaouïas de Kabylie. Elle est alors éclipsée, à l’échelle du Maghreb Central, par Alger siège du pouvoir politique et de la marine. Elle continue de tirer un certain prestige grâce aux mystiques religieux et à l'exportation du bois issu de l'arrière-pays. Elle est prise par les Français en 1833 et continue son déclin pour n'être qu'une ville portuaire moyenne exportant des productions agricoles locales.

Lors de l'indépendance du pays, elle retrouve un certain rôle culturel. En effet, grande ville berberophone, elle devient un des foyer de la revendication identitaire berbère. Elle est aussi progressivement un port de première importance, talonnant celui d'Alger et devançant Oran.

Avec ses 177 988 habitants au dernier recensement de 2008, Béjaïa est en termes de population la plus grande ville de Kabylie et capitale de la Petite Kabylie. Elle est aussi, grâce à sa situation géographique, le plus important pôle industriel de la région, notamment par la concentration de nombreuses industries et la présence d'un des plus grands ports pétroliers et commerciaux de Méditerranée. Elle est dotée d'un aéroport international.

Géographie[modifier | modifier le code]

Toponymie[modifier | modifier le code]

Béjaïa, nom de la ville d'Algérie d'où cette cire était importée est un toponyme arabe dérivé du toponyme berbère (variante kabyle) Bgayet, notamment par translittération du son ǧ en dj (ج). Ce nom berbère — qui aurait été à l'origine Tabgayet, mais dont le t initial marquant le genre féminin serait tombé en désuétude — serait issu des mots tabegga, tabeɣayt, signifiant « ronces et mûres sauvages »[7].

Le nom de Béjaïa aurait la même origine que d'autres noms de villes du Maghreb, tels que Dougga (Thouga) et Béja (Vaga) en Tunisie et Ksar Baghaï (Bagaï) dans les Aurès...[7]de Bougie , nom de la ville d'Algérie d'où cette cire était importée

Dans les langues romanes médiévales, Bugaya (de l'arabe Bugāya ; en espagnol Bujía et en italien Bugía)[8] est nom donné à la ville qui fournissait une grande quantité de cire pour la fabrication des chandelles[9],[10]. Le nom de la ville d'où la cire était importée pour la fabrication des chandelles en Europe va donc donner le mot Bougie, qui sera également son toponyme en français[8].

Situation[modifier | modifier le code]

Le Cap Carbon à l'ouest de la ville.

Béjaïa doit son existence à son site portuaire remarquable qui fait également sa prospérité. Elle est située dans une baie en faucille protégée de la houle des vents du large (orientés nord-ouest) par l'avancée du Cap Carbon (à l'ouest de la ville). Ce site portuaire, dans une des plus belle baie du littoral maghrébin et méditerranéen, est dominé par les hautes montagnes du massif des Babors. Un autre avantage est que la ville est le débouché de la vallée de la Soummam, véritable couloir orienté sud-ouest. Cependant, depuis l'époque où la ville fut une capitale, il existe un véritable divorce entre la ville et la région (Kabylie) lié à la difficulté de s'assurer un hinterland. À une échelle macro-régionale, la ville est dos à la région : sa position à l'extrémité de la Soummam la place à l'interface entre Grande et Petite Kabylie. Mais ces deux ensembles sont renfermés sur eux-même et se cherchent des capitales intérieures (Tizi-Ouzou, Akbou, Kherrata...) en se détournant du littoral. La ville possède une sorte de faible enracinement local ; les proximité rurales de la ville se limitent à 4 ou 5 communes[11]. À l'échelle micro-régional Béjaïa est le débouché d'une Algérie médiane, allant d'Alger à Skikda, déversoir des Hauts-Plateaux et port d'approvisionnement de 2 millions de personnes. Mais la liaison est complexe : au sud-est les liaisons avec Sétif ne se font qu'à travers les gorges escarpées de Kherrata ; une autre voie emprunte la Soummam, puis à l'est les Portes de Fer et la remontée vers Bordj Bou-Arreridj, c'est ce chemin qui est emprunté par la route nationale et la voie ferrée. Ces contraintes topographiques font que, malgré son fort dynamisme, la ville voit une partie des échanges lui échapper sur ses aires d'influences est et ouest[11].

Communes limitrophes de Béjaïa
Toudja Mer Méditerranée Mer Méditerranée
Toudja Béjaïa Mer Méditerranée
Toudja
Oued Ghir
Oued Ghir Boukhelifa
Tala Hamza

Elle couvre une superficie de 12 022 hectares[12].

Béjaïa est située à 181 km à l'est de la capitale Alger, à 93 km à l'est de Tizi Ouzou, à 81,5 km au nord-est de Bordj Bou Arréridj, à 70 km au nord-ouest de Sétif et à 61 km à l'ouest de Jijel[Note 1].

Les coordonnées géographiques de la commune au point central de son chef-lieu valent respectivement 36° 45′ 00″ Nord et 5° 04′ 00″ Est.

Climat et Hydrographie[modifier | modifier le code]

La ville de Béjaïa fait partie du bassin versant de l'oued Soummam. Béjaïa et la vallée de la Soummam inférieure bénéficient d'un climat de type méditerranéen. Il est généralement humide avec un léger changement de température saisonnier[13]. Les température moyennes son globalement douces et varient de 11,1 °C en hiver à 24,5 °C en été.

Outre le fleuve Soummam qui permet des ressources suffisante pour l'agriculture dans les environs de la ville ; Béjaïa est située dans la Kabylie maritime et bénéfice d'une pluviométrie assez favorable comparée au reste du pays. La pluviométrie de la région peut aller de 800 mm à 1 200 mm ; mais certaines sources locales tendent à s'épuiser du fait de l'augmentation de la demande[14]. La ville tire également ses ressources hydrauliques de l'arrière pays montagneux et de divers sources, comme celle de Toudja qui fut reliée dans l'Antiquité par un aqueduc à la ville antique (Saldae)[15].

Données climatiques à Béjaïa.
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 7,7 7,6 8,5 10,1 13,1 16,6 19,3 20,2 18,5 15 11,2 8,4 12,9
Température moyenne (°C) 12,1 12,3 13,1 14,7 17,6 21 24 24,8 23,2 19,7 15,8 12,7 17,6
Température maximale moyenne (°C) 16,4 16,8 17,7 19,3 22 25,3 28,7 29,3 27,8 24,3 20,3 16,9 22,1
Précipitations (mm) 99,7 85,9 100,4 70,7 41,2 16,2 5,8 13 40,4 89,5 99,7 135 767,5
Source : Hong Kong Observatory, statistiques de 1968 à 1990[16].
Diagramme climatique
J F M A M J J A S O N D
 
 
 
16,4
7,7
99,7
 
 
 
16,8
7,6
85,9
 
 
 
17,7
8,5
100,4
 
 
 
19,3
10,1
70,7
 
 
 
22
13,1
41,2
 
 
 
25,3
16,6
16,2
 
 
 
28,7
19,3
5,8
 
 
 
29,3
20,2
13
 
 
 
27,8
18,5
40,4
 
 
 
24,3
15
89,5
 
 
 
20,3
11,2
99,7
 
 
 
16,9
8,4
135
Moyennes : • Temp. maxi et mini °CPrécipitation mm

Réseaux de communication[modifier | modifier le code]

La ville est reliée à Alger, Tizi Ouzou, Bouira, Setif, Jijel et plusieurs localités kabyles par un important réseau routier. La ville de Béjaïa possède une gare routière. Des lignes de bus relient Béjaia aux villes du grand sud algérien, notamment Hassi Messaoud, Ouargla, Ghardaia, Laghouat, Djelfa et Bou Saada.

La commune de Béjaïa est desservie par plusieurs routes nationales. Certaines empruntes des vallées et des gorges qui constituent des zones de passage naturelles :

D'autres empruntent des reliefs plus escarpés :

Un projet d’autoroute est en cours de réalisation, avec un certain retard, pour désengorger l'axe RN24 qui emprunte la vallée de la Soummam et permettre de relier la ville et son port (l'un des plus important d'Algérie) à l'autouroute Est-Ouest algérienne[17].

Béjaïa possède une gare ferroviaire. L'autorail relie la ville à Alger, Bordj-Bou-Arreridj et Sétif en liaison directe ; desservant au passage les gares de la région (Beni Mansour, Tazmalt, Allaghan, Akbou, Lazib Ben cherif, Ighzer Amokrane, Takriets, Sidi Aich, Ilmaten, El Kseur). Un train régional reliant spécifiquement Béjaïa à sa périphérie devrait être mis en service prochainement; il a été conçu pour désenclaver l'est de la région. La ligne bénéficierait d'une quinzaine d'aller-retours quotidiens et devrait desservir les étapes locales (Beni Mansour, Tazmalt, Allaghan, Akbou, Lazib Ben cherif, Ighzer Amokrane, Takriets, Sidi Aich,Ilmaten, El Kseur).

Béjaïa dispose d'un aéroport international dénommé Aéroport de Béjaïa - Soummam - Abane Ramdane situé à 5 km au sud de la ville. L'aéroport a d'abord été dénommé Aéroport de Béjaïa - Soummam entre 1982 et 1999, du nom du fleuve Soummam qui se jette dans la Méditerranée à proximité Béjaïa. L'aéroport a été inauguré en 1982 pour les vols nationaux et en 1993 pour les vols internationaux. L'aéroport a été renommé Aéroport de Béjaïa - Soummam - Abane Ramdane, en 1999, en hommage à l'homme politique algérien qui joua un rôle essentiel dans l'histoire de la guerre d'indépendance algérienne.

Vue panoramique de l'aérogare de Béjaïa.

Une ville portuaire[modifier | modifier le code]

Bab el Bhar : la Porte de la Mer, d'époque hammadide et l'entrée du port médiéval.
Article détaillé : Port de Béjaïa.

L'histoire de la ville est lié à son rôle portuaire, connu dès l'Antiquité et notoirement étudié dès la période de la dynastie Hammadide (berbère médiévale) au XIe siècle. Elle devient un port important munie d'installations, de constructions navales et abrite les escadres des pouvoirs sultaniens successifs qui règnent sur le Maghreb Central (Hammadide, Almohade, Hafside). La ville fut dès le XIIe siècle considérée comme l'un des trois emporia principaux du Maghreb (avec Tunis et Ceuta). Elle possède à cette époque des relations avec les marchands latins des trois principales cités de l'Italie médiévale (Pise, Gênes et Venise), les Andalous, puis les Catalans. La bourgeoisie de la ville joue alors le rôle d'intermédiaire entre les populations du Constantinois, eux-même parfois intermédiaires des Sahariens, et la Méditerranée. La crise du commerce au XIVe siècle tourne ensuite le port vers la course en Méditerranée[18]. Entrée sous l'autorité de la régence d'Alger au XVIe siècle, elle est marginalisée au profit de la nouvelle capitale du Maghreb central, Alger, et continue son déclin au point qu'au XIXe siècle, lors de la conquête française, elle n'est plus qu'une petite cité portuaire. Les aménagements coloniaux du port lui permettent de retrouver son rôle naturel de débouché de son arrière-pays, la Kabylie. La décision prise dans les années 1960s de faire parvenir l'oléoduc au niveau de la ville va donner un essor définitif à l'activité du port qui devient un port pétrolier de premier plan[19].

Vue générale de la ville de Béjaïa et son interface maritime.

Béjaïa dispose d'un port qui occupe le deuxième rang en Algérie par son volume d'activité, le port de Béjaïa derrière celui d'Alger ; débouché important pour une partie de la production régionale (minerais, vins, figues, prunes ou liège), il a donné depuis les années 1960 une place grandissante au pétrole et aux produits pétroliers tirés du Sahara (les hydrocarbures représentent 86 % de ses exportations en 2005). En 2008, il a été intégré au projet européen des « autoroutes de la mer » (ADM), aux côtés de Gabès, Agadir et Haïfa[20]. Le port est destiné à devenir un hub portuaire de niveau mondial et par le lancement des travaux de réalisation de la plus importante gare maritime d’Algérie conçue sur la base de normes internationales.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de Béjaïa.
Carte maritime ottomane du XVIe siècle représentant la côte de Béjaïa, de Piri Reis.
Bougie-ville.jpg

Antiquité[modifier | modifier le code]

De par son histoire plus que millénaire, Béjaïa est l'une des plus anciennes villes d'Algérie. En -27/-26, l'empereur romain Auguste fonde la colonie Julia Augusta Saldensium Septimana Immunis à l'intention des vétérans de la Légion : Legio VII Claudia. Cette ville Numide est intégrée à la Maurétanie Césarienne en 42 de notre ère. Elle est mentionnée comme étant un siège épiscopal au Ve siècle. Une inscription du IIe siècle qualifie Saldae de « Civitas Splendidissima ». Selon Léon Renier, cette inscription a été transportée au musée algérien du Louvre, à Paris. Plusieurs amphores, des mosaïques, des chapiteaux, des pièces de monnaies ont été découvertes en 2009 à proximité de Fenaïa Ilmaten[21].

Au Ve siècle, prise par les Vandales de Genséric ou Geiseric, la ville devient la capitale d'un puissant royaume germanique. Aux bandes armées des Vandales, des Goths et des Alains, s'ajouteront les berbères de Maurétanie et de Numidie rejetant le dogme de la Trinité pour former une redoutable armée dont la rigueur des armes est parvenue pour un temps à imposer un nouvel ordre en Méditerranée occidentale et affaiblir ce qui restait de l'Empire romain. En 435, en vertu d'un accord avec Rome l'autorisant à s'établir en Numidie, Genséric établit sa capitale à Saldae qu'il a auparavant prise d'assaut aux Romains et y fait accoster les navires ayant servi au passage des Vandales par le détroit de Gibraltar. La ville est fortifiée et devient la base de lancement des projets expansionnistes du roi Vandale visant Hippone, Carthage et même Rome.

Dynasties berbères[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, le port joue un rôle politique de premier plan. La dynastie berbère des Hammadides, en conflit avec celle des Almoravides et harcelée de toutes parts par les invasions des tribus arabes des Banu Hilal (Hilaliens), décide de transférer sa capitale de Qall'a vers Béjaïa (1090)[22]. La ville, qui est devenue l'une des cités les plus prospères de la côte méditerranéenne, a été prise par les Normands au temps du Roi Roger II de Sicile. Ses habitants parviennent à repousser une expédition génoise en 1136. Elle aura à soutenir une seconde attaque commanditée par Gênes en représailles au soutien des Berbères de Béjaïa, de Constantine et de Bône à la ville de Mahdia en Tunisie lors de son siège pendant 61 jours par les Génois en 1390.

En 1152, elle est prise par les Almohades, dont un des deux fondateurs, Muhammad Ibn Tûmart a prêché le retour aux sources de l'Islam à partir de Mellala, localité située à 10 km de Béjaïa. Des années auparavant, le Mahdi (Messie ou guide) des Almohades aurait été chassé par les gens de Béjaïa auxquels il reprochait avec force leurs mœurs dissolues avant de repartir et rencontrer celui qui sera le Chef militaire suprême du mouvement almohade, Abd al-Mumin.

La ville a connu un tel développement que, selon Léon l'Africain, elle est peuplée de plusieurs dizaines de milliers de personnes venus de tout le Maghreb, du Levant, d'Europe et d'Asie. La population autochtone de la ville est composée essentiellement de Berbères venus de l'arrière pays kabyle et de l'Atlas marocain, et de la forte communauté de réfugiés andalous.

À Béjaïa, Les familles juives et les familles chrétiennes, avaient été exemptés de taxes par les autorités de la ville comme une incitation à s'y installer, Béjaïa devient le foyer d'une des plus prospère et riche communauté juive d'Algérie tout à l'image de la ville, d'origine espagnole venue de Valence et de Cadix, dont les rabbins étaient le Rabbi Benjamin Amar et le Rabbi Amran Amar. À cette époque, Béjaïa était, avec Tolède et Séville, le plus grand centre intellectuel du Monde, où résidaient des savants comme le géographe Al-Idrissi, Abou Madyane (Sidi Boumedienne), Ibn Hammad, Ibn Battûta, le grand mystique Ibn Arabi, Sidi Bou-Saïd, Abd al-Haqq al-Ishbili et Abu Hamid al-Sarir.

En 1202, Leonardo Fibonacci, mathématicien italien, en rapporta les « chiffres arabes » et la notation algébrique (dont certains attribuent l'introduction à Gerbert d'Aurillac). Récemment, une analyse mathématique et historique du contexte de Fibonacci et sa proximité de la ville de Béjaïa, une grande source de cire à l'époque, a suggéré que c'était en fait les apiculteurs de Béjaïa et la connaissance de la reproduction des abeilles qui ont vraiment inspiré les nombres de Fibonacci plutôt que la reproduction des lapins comme décrit dans son fameux bouquin Liber Abaci[23]. Ceci illustre les liens entre la vitalité commerciale des villes d'Italie de l'époque et la créativité scientifique et artistique de leurs membres.

Après la dislocation de l'empire almohade, Béjaïa devient Hafside. Mais dans les faits, c'est une principauté libre souvent en conflit armé avec Constantine. Le grand penseur maghrébin Ibn Khaldoun devient Grand Vizir (Chamberlain) de Béjaïa pour le compte d'Abu Abdallah en 1365. Il officiera également à la Mosquée de la Kasbah de la ville. À la mort d'Abû `Abd Allâh en 1366, la ville de Béjaïa tombe entre les mains d'Abû al-`Abbâs, souverain hafside de Constantine. Le déclin de la dynastie Hafside entraîne celui de la ville. Par ailleurs, plusieurs historiens ont relevé dans les sources médiévales la trace qu'il a existé, entre les tribus et l'État berbère musulman hammadide puis hafside, une relation « harmonieuse », qui montre qu'il n'était pas pour elles un corps étranger, que Béjaïa était « leur propre capitale » et qu'en retour elles étaient à la base de la puissance étatique. En témoigne leur mobilisation pour défendre le Béjaïa hammadide contre les Almohades, puis aux côtés de ses Hafsides tentant de s'affranchir de ceux de Tunis, ou contre les incursions zianides, mérinides et, pour finir, espagnoles[24].

La période espagnole-ottomane[modifier | modifier le code]

Vue sur la casbah de Béjaïa
Citadelle (Kasbah) au-dessus du port de Béjaïa, d'époque hammadide. Elle fut disputée par les Espagnols et les Ottomans.

Les Espagnols sur la lancée de la Reconquista, la ville est prise par l'Espagnol Pedro Navarro en 1510. Attaqués en 1513 par Arudj Barberousse, les Espagnols résistent et se maintiennent jusqu'en 1555, dans des conditions difficiles, car la ville est continuellement bloquée par les autochtones. En 1541, la ville reçoit la visite de de l'Empereur Charles Quint élu empereur du Saint-Empire romain germanique en 1519. Charles Quint est le monarque chrétien le plus puissant de la première moitié du XVIe siècle. En 1555, Salah Rais assiège la ville et oblige le gouverneur espagnol Don Alphonso de Peralta à capituler. Béjaïa devient une redoutable ville de corsaires au XIVe siècle. En 1823 les tribus des Bibans et de Béjaïa se soulèvent et s'emparent du caïd de la ville. L'agha Yahia, chef militaire de la Régence, ne parvient pas à soumettre la région[25]. La ville reste ensuite tributaire de la régence d'Alger jusqu'en 1830.

La période coloniale[modifier | modifier le code]

En 1830, les Français se lancent à la conquête de l'Algérie. Au début, l'expédition est dirigée contre Alger. Mais très tôt, les envahisseurs cherchent à occuper l'ensemble du pays, notamment la Kabylie contre laquelle sont dirigées plusieurs expéditions. Béjaïa, passée sous le contrôle de la tribu des Mézzaïa après la chute du dey d'Alger, connaît plusieurs incidents avec des navires français et anglais. le commandant en chef Théophile Voirol lance une nouvelle expédition conduite par le général Trézel, la ville est prise le [26], après une résistance intense de ses habitants. Cependant les Français ne parviennent pas à en conquérir les alentours[27].

Vue générale de l'embarcadère de Béjaïa, 1880. Tropenmuseum.

La ville et sa région opposent une farouche résistance à la présence coloniale française et prennent part à plusieurs soulèvements et insurrections, comme celle du marabouts Bou-Baghla, et surtout la grande révolte du Cheikh El Mokrani et du Cheikh Aheddad en 1871.

La ville est érigée en commune de plein exercice par décret du [26].

Le 8 mai 1945, la répression conduite par les forces coloniales françaises à Kherrata, où la marine de guerre est mise à contribution pour un bombardement naval des côtes de la région de Béjaïa, fait des milliers de victimes. En 1949, au sein du principal mouvement nationaliste algérien d'alors, le PPA-MTLD, éclate la « crise berbériste » : elle oppose à la direction du parti des militants en désaccord avec sa ligne dite « arabo-islamique ». Certains sont éliminés, d'autres, sous la menace de l'exclusion, se rallient à l'orientation alors dominante[28].

Pendant la guerre d'indépendance algérienne, l'organisation du FLN et de l'ALN crée pour la première fois un territoire administratif kabyle, la wilaya III[29]. C'est que la région se trouve au cœur de la résistance au colonialisme français.


Architecture et urbanisme[modifier | modifier le code]

Paysage urbain[modifier | modifier le code]

Centre ville[modifier | modifier le code]

Hôtel de ville

Il reste peu de vestiges architecturaux du passé glorieux de la ville. Les palais (Amimoun, Loulou, Boulila...), la Qayssariya, les fontaines et les dizaines de medersas (universités médiévales) citées par les historiens médiévaux, n'ont pas résisté aux attaques espagnoles dont les seuls vestiges sont des forts dréssés en lieu et place des palais pour abriter la garnison espagnole. Quelques maisons individuelles de style berbéro-mauresque subsistent notamment à Acherchour, le quartier Karamane et Bab El Louz. Mais faute d'entretien et de classement, et l'ignorance de leur propriétaires, le béton n'en finit pas de ronger ces témoins du passé. Le quartier historique mêle les architectures espagnole et française. Le front de mer de Béjaia inspiré de celui de Nice est représentatif de l'architecture française. Au lendemain de l'indépendance, les plans d'équipement des communes notamment le plan triennal et le premier plan quadriennal, l'urbanisation prend un nouvel essor. Ces développements se font dans la continuité des plans d'urbanisation coloniale. Ils conservent les mêmes formes et les mêmes axes. En conséquence, les résultats se situent dans la lignée des villes françaises à la même époque. L'extension de Béjaïa est marquée par la construction de nouveaux lotissements à Ihhadaden et Ighil ouazoug et des cités HLM telles Sidi Ahmed. De même que Béjaïa connait une multitude de projets promotionnels immobiliers qui distinguent la ville des autres cités algériennes, notamment dans les quartiers de la Plaine, Boulevard Krim Belkacem, Boulevard des Aurès. L'agglomération se développe de manière effrénée vers l’ouest et le sud et reste la plus grande ville de Kabylie.

Quartiers périphériques[modifier | modifier le code]

Outre son chef-lieu Béjaïa-ville, la commune de Béjaïa est composée à sa création des localités suivantes[30] : Dar Naceur, P.K. 17, Boukhiama, Ihaddaden, Targa Ouzemour, Ighil Ouazzoug, Bir Slam, Iriyahen Est, Aérodrome, Boulimat, Oued Saket et Amtik Tafat.

Actuellement, la commune est composée de l'agglomération chef-lieu, Béjaïa-ville, et des agglomérations secondaires de Boukhiama, Oussama, Adrar Oufarnou, Amtik N'Tafath, Oued Saket et Boulimat[31].

Patrimoine[modifier | modifier le code]

En raison de son histoire très ancienne, Béjaia est une ville très riche en monuments, musées et points de vue : elle attire depuis le Moyen Âge des milliers de voyageurs, elle est une des destinations préférées de jeunes nobles européens venus pour faire leur éducation au contact des beautés antiques. Dans la deuxième moitié du siècle, cet afflux d'étrangers culmine, et s'enrichit de nombreux hommes de sciences désireux d'enquêter – dans un esprit encyclopédique – sur les savoirs rassemblés au fil des siècles. Aujourd'hui, elle fait partie des villes les plus visitées d’Algérie. Le centre-ville abrite un patrimoine archéologique qui comprend[32] :

Bien que la ville ne beneficie pas d'une reconnaissance mondiale pour son statut historique, son territoire dispose d'une spécifité remarquable rassemblant des influences sur 2000 ans. L'interaction de ce bâti avec un site exceptionnel donne toute sa complexité au tissus urbain de la ville. Cette offre patrimoniale diversifiée pourrait être generatrice d'emploi et de revenus, en mettant en avant son potentiel culturel rt touristique. Cependant le diagnostic de ce patrimloine fait état d'un état de dégradation important, malgré sa valeur et son rôle potentiel dans le devellopemetn durable de la ville. Cette situation est le résultat d'une prise en charge menée uniquement par des acteurs officiels aux compétences mal délimitées. Ainsi le secteur historique de Béjaïa, n'est toujours pas défini comme secteur sauvegardé. Les interventions de protection se limitent aux seuls monuments classés au patrimoine national, traduisant des lacunes dans l'approche de la sauvegarde du patrimoine de la ville. La ville de Béjaïa et sa wilaya ne comptent que 17 sites classés ; ce qui est insignifiant au regard de l’immensité du patrimoine de la ville. Les éléments classés sont relatifs à des périodes spécifiques : antique (classés pendant la colonisation) et Hammadide (classés après la colonisation) Ainsi il y a absence des éléments patrimoniaux de l’architecture coloniale, mais également des édifices anciens ayant subi transformations et des réhabilitations à l’époque coloniale[33] :

  • l'institut Sidi Touati d’époque Hammadide XIIe siècle transformé en caserne ;
  • le mausolée d’Abou Zakaria d’époque Hafside XIIIe siècle sur la baie de Sidi Yahia transformé en direction de la pèche ;
  • le fort Abdelkader ;
  • la mosquée et la place Sidi Soufi réaménagés à l’époque coloniale.

Les édifices cultuels judaïques antérieur à la colonisation, du quartier Karamane ne sont pas inventoriés, ainsi que les découvertes archéologiques plus récentes. La priorité donnée au classement des éléments monumentaux et ponctuels est ainsi en contradiction avec les principes des conventions internationales orientées vers la classification des ensembles urbains (et la définition d’un périmètre à sauvegarder) en incluant les productions mineures. La patrimonialisation sélective d'éléments précis et triés a pour conséquence une mise à l'écart de pans entier du patrimoine local.

Outre les raisons politiques,la non définition d'un secteur sauvegardé serait dû à la superposition des différents urbanismes ; le tissus colonial ayant largement remanié la médina. La loi algérienne prévoit d'inclure des ensembles patrimoniaux traditionnels et homogènes tels que les casbah, les ksours et agglomération traditionnelles. Dans le cas de Béjaïa, définir un périmètre impliquerait d'inclure des pans de quartier à la typologie coloniale ou bien, de définir un noyau très restreint. Le patrimoine de la ville est ainsi menacé par la paupérisation, la dévitalisation du noyau historique, l'effondrement des habitations et de perte des significations patrimoniales consécutives au départ de la population ancrée dans le tissus de la vieille ville[33].

Édifices majeurs[modifier | modifier le code]

Arrière-pays[modifier | modifier le code]


Démographie[modifier | modifier le code]


La courbe démographique irrégulière durant la période coloniale commença à se stabiliser après l'indépendance pour suivre une courbe ascendante sous les effets conjugués d'un taux croissance naturelle élevé et d'un important apport venant de l'exode rural[34].

Pyramide des âges de la commune de Béjaïa en 2008 en pourcentage[35].
Hommes Classe d’âge Femmes
0,21 
85 ans et +
0,25 
0,33 
80 à 84 ans
0,38 
0,63 
75 à 79 ans
0,67 
0,82 
70 à 74 ans
0,90 
0,97 
65 à 69 ans
1,04 
1,22 
60 à 64 ans
1,17 
2,14 
55 à 59 ans
1,80 
2,62 
50 à 54 ans
2,26 
2,85 
45 à 49 ans
2,68 
3,61 
40 à 44 ans
3,46 
4,07 
35 à 39 ans
3,95 
4,49 
30 à 34 ans
4,32 
5,38 
25 à 29 ans
5,20 
5,72 
20 à 24 ans
5,55 
4,73 
15 à 19 ans
4,69 
3,92 
10 à 14 ans
3,79 
3,30 
5 à 9 ans
3,22 
3,72 
0 à 4 ans
3,73 
0,09 
nd
0,12 

Administration et politique[modifier | modifier le code]

Période Identité Étiquette Qualité
2007 2012 Tahar Hanache FLN  
2012 en cours Hamid Merouani[1] FLN  
Les données manquantes sont à compléter.

Protocole d'amitié et jumelage[modifier | modifier le code]

Localisation des villes de Béjaïa, Brest et Portimão.
Localisation de la ville
Béjaïa

Béjaïa a un protocole d'amitié avec :

Béjaïa est jumelée avec:

Économie[modifier | modifier le code]

La ville de Béjaïa possède un port de commerce international. Aujourd'hui la principale activité du port est l'exportation d'hydrocarbures. Cependant la ville de Béjaïa sert de marché local notamment aux produit locaux de l'artisanat, et des produits agricoles qui parfois sont exportés, Ainsi le port de Béjaïa est le plus important du pays en termes de volume d'activité derrière celui d'Alger[38]. Les ports de Béjaïa et de Djendjen (Jijel) ont été retenus par les autorités algériennes pour participer à la nouvelle initiative de l’Union européenne portant création des Autoroutes de la mer (AdM) dont le but est d'augmenter les échanges intermodaux entre les ports de la rive nord et sud de la Méditerranée, comme c'est le cas notamment pour les ports de Marseille, Agadir, Gabes et de Haifa. La ville de Béjaïa bénéficie également d'une activité de port de pêche, c'est un des secteurs qui est amené à se développer dans le futur[39]. Il faut donc remarquer que malgré le peu d'atout naturel et l'enclavement de la ville, Béjaïa figure parmi les villes les plus dynamique de l'Algérie. Cependant les infrastructures restent insuffisantes et le développement de la ville en est tributaire.

La ville de Béjaia tire aussi profit de la production agricole de la région de Kabylie en ayant le rôle de marché local voire d'exportation des produits, avec l'oléiculture [40], la production de figues et l'apiculture. Au niveau national c'est aussi le siège de certaines entreprises agroalimentaires comme Ifri et des groupes comme Cevital s'y sont installés.

Au niveau de l'artisanat, la ville tire surtout profit de la production locale de vannerie et de poterie. La ville de Béjaïa essaye aussi d'exploiter son magnifique littoral méditerranéen et son patrimoine historique pour développer une activité touristique, cependant la majorité des touristes sont des algériens ou des immigrés originaires de la région[41].

Culture[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Musique kabyle et Musique arabo-andalouse.
Des Idheballen jouant de la musique à Béjaïa.

La ville comporte un patrimoine musicale riche mêlant les influences berbères et andalouses. Une partie de la culture bougiote est portée par un vieux dialecte citadin de la ville, l'arabe bougiote, d'origine médiévale. Le style de musique classique le çanâa est à l'origine indissociable de la culture religieuse de la ville. Il est en effet traditionnellement le domaine des lettrés, des cadis et cheikh de confréries, où l'initiation à cet art se faisait le plus souvent ; enrichi du patrimoines des musiques locales, notamment kabyles berbérophones. Cette transmission de la musique serait un héritage de la tradition savante médiévale de la ville. La ville doit également cette culture musicale à l'afflux d'Andalous et de Morisques au Moyen-Âge. La ville est d'ailleurs un des centres (comme Alger, Constantine, Tlemcen...) de la musique andalouse en Algérie. Un illustre musicien de la ville, Cheikh Sadek El Béjaoui va remettre ce style au goût du jour au XXe siècle en entretenant un cercle musical puis en ouvrant une école qui formera divers musiciens reconnus dans des répertoires divers (traditionnels ou plus modernes)[42].

Un autre versant de la musique bougiote est un courant plus populaire, mêlant le chaâbi et la musique kabyle. Le chant kabyle trouve inspiration dans l'identité berbère de la ville, et ses poèmes ainsi que de l'afflux de population en provenance de l'arrière-pays. L'identité musicale de la ville est imbriquée : les musiciens sont formés aux chants kabyles lors de leur apprentissage du style andalou à Béjaïa et les musiciens kabyles s'appuient sur les instruments de la musique andalouse. La ville connaît, notamment depuis les années 1970, une ouverture aux sonorités du monde, particulièrement occidentales qui bénéfice à un renouveau de la musique d'expression kabyle[43].

En août, a lieu le festival annuel de la chanson engagée qui commémore la signature de la charte de la Soummam (août 1956), premier texte fondamental pour les institutions de l'Algérie moderne. L'association Project'heurts anime, chaque année les Rencontres Cinématographiques de Béjaïa, en 2010 ca sera la 9e édition. c'est l'une des manifestations culturelles les plus régulières de ce nouveau millénaire.

Musées et manifestations culturelles[modifier | modifier le code]

Bordj Moussa, fort du XVIe siècle converti en musée.

La ville de Béjaïa possède le musée du Borj Moussa, aménagé dans un ancien fort espagnol du XVIe siècle et où sont présentés des vestiges préhistoriques, romains et de l'époque hafside. Il abrite également une collection d'oiseaux et d'insectes de toute l'Afrique[44].

Depuis 2010, la ville voisine de Toudja abrite un musée de l'eau consacré aux techniques d'acheminement de l'eau, notamment à l'époque romaine. Les environs comportent encore les ruines de l'aqueduc permettant d'acheminer l'eau depuis Toudja à la ville durant l'Antiquité. Le site comporte des mosaïques, des thermes et des citernes d'époque romaine[45].

Arts et festivités[modifier | modifier le code]

Béjaïa accueille un festival international du théâtre, qui pour son édition 2016 à accueillis 17 pays. Outre les représentations en salle, il comporte divers ateliers populaires répartis de Béjaïa à Jijel [46].

La maison de la culture de la ville est également le siège de divers événements culturels. C'est le cas des célébrations de Yennayer (12 janvier), le nouvel an berbère, à l'occasion duquel un programme varié est mis en place. En effet la musique, la poésie et l'artisanat berbère sont particulièrement mis en valeur, mais également des thématiques environnementales et architecturales[47]. Des délégations du Maroc et de la Tunisie sont également présente, ainsi qu'une «  caravane berbère  » qui fait son entrée dans la ville le 12 janvier et qui comprend des participants venus de toute l'Algérie : des Touaregs d'Illizi, des participants de Ghardaïa, de Bouira, Tizi-Ouzou. Les festivités se terminent par un jeu de baroud le 13 janvier[47]. Le milieu associatif local est aussi le vecteur de divers champs artistiques ou culturels, allant des associations faisant la promotion de la peinture, ou de la photographie aux groupes d'étude universitaires sur les manuscrits scientifiques médiévaux de la ville[48].

Médias[modifier | modifier le code]

Comme toute les villes d'Algérie, Béjaïa est desservie par le bouquet terrestre national ENTV, comprenant entre autres la Chaîne 4 en langue tamazight. La ville est le siège d'une station spécifique à sa région : Radio Soummam, chaine de radio publique, généraliste et en langue tamazight (kabyle).

Situation linguistique[modifier | modifier le code]

Schéma des aires linguistiques du nord-est algérien, dont le kabyle.
Articles détaillés : kabyle et Arabe bougiote.

La ville est située en Kabylie, dans une région berbérophone. La ville possède, en partie, et depuis le Moyen Âge un dialecte arabe spécifique, l'arabe bougiote, qui est pratiqué notamment dans la haute ville[49].

Cet arabe bougiote, appelé tabğawit en kabyle, est pratiqué dans les quartier les plus anciens de la haute ville (Karamane, Bab el Louz...) ; et attribué aux « grandes familles » de la ville. Il y a une opposition entre la Plaine(Lexmis) dont son quartier le plus ancien, Lhouma-ou-Bazine, peuplé de ruraux berbérophones et les quartiers de la haute ville. La ville s'étant agrandie jusqu'à inclure le village des Imezzayen. Ce noyau urbain berbérophone est reconnu comme authentiquement citadin même par les arabophones, a donné les bases d'un dialecte kabyle spécifique à la ville[49].

La persistance de l'arabe bougiote dans une ville berbère s'explique par le fait que historiquement la langue tamazight s’accommode mal avec le cadre urbain. Les montagnard berbérophones arrivant en ville furent surnommé les mouhouches ou imouhouchen (provenant de la forme tronquée Muḥ, du prénom typiquement kabyle Muḥand) et s'adaptaient au parler local une foi arrivés dans la haute ville. Cependant l'exode rural massif des berbérophones (et leur arrivé en ville) après l'indépendance du pays, va provoquer une nette progression du berbère qui s'accompagne d'une progression sur le plan administratif. Le printemps berbère de 1980 voit la ville revendiquer son identité berbère. Ainsi en 1991, le berbère est officiellement enseigné à l'université de Bejaïa et par la suite à l'école. Il s'en suit une valorisation du fait berbère et une dépréciation de l'arabe bougiote. L'arabe bougiote, menacé, il se maintient dans les quartiers de la haute ville désormais largement berbérisés. Pour les berbérophone il n'est d'ailleurs qu'une variante arabisée du kabyle[49].

Enseignement[modifier | modifier le code]

Béjaïa est un pôle universitaire important, la ville est dotée d'une université baptisée au nom de Abderrahmane Mira un martyr de la guerre d'Algérie. L'université est créée en 1983 avec un effectif de 205 étudiants et 40 enseignants pour passer à 22 792 étudiants pour 698 enseignants en 2006. L'université se déploie sur deux principaux sites: Targa Ouzemmour et Aboudaou. Elle compte actuellement sept facultés :la Faculté de Technologie, la Faculté des Lettres, des Sciences Humaines et du sport, la Faculté de Droit, la Faculté des Sciences Économiques, des sciences de gestion et des sciences commerciales, la Faculté de Médecine, la Faculté des Sciences Exactes, la Faculté de la Nature et de la Vie. L’évolution de la recherche scientifique au sein de l’université de Béjaïa est en progression permanente, elle est représentée actuellement par 20 laboratoires de recherche, agréés par le Ministère de L’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.

La ville de Béjaïa comporte par ailleurs de nombreuses écoles de commerce et de gestion, dont l'École de sciences de gestion (ESG) et l'Institut International de Management (INSIM). La ville compte aussi plusieurs écoles de langues étrangères qui enseignent le français, (qui devient de plus en plus important dans la ville[50] et qui est souvent utilisé aux côtés de l'arabe dans l'administration), mais enseignant aussi parfois l'anglais, l'espagnol et l'allemand.

Artisanat[modifier | modifier le code]

La ville de Béjaïa possède un artisanat qui est l'expression de la culture citadine de la ville, comportant des legs andalous, et des influences berbères qui se confondent avec celles de l'arrière-pays. La ville sert d'ailleurs de débouché à l'artisanat de Kabylie (poterie, vannerie, produit dérivés de l'agriculture locale...) [51]. La ville est par ailleurs dotée d'une Chambre De L'artisanat Et Des Métiers qui gère ce secteur au niveau des wilayas de Béjaïa et Bouira[52].

Historiquement la ville doit son nom à la fabrication des bougies à base de cire d'abeille hérité du Moyen Âge alors que les bougies modernes sont faite à partir de paraffine. Ce savoir faire se perd au cours du temps, même si une poignée d'artisans et de familles le maintiennent toutefois[53]. La bougie en cire d'abeille n'a jamais connu historiquement un usage populaire rependu, en effet, onéreuse elle était le privilège des seigneurs ou de l’exportation et fut localement concurrencée par les lampes à huile en argile[51].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b D. S. et S. B., « Le FLN garde l’APC de Béjaïa… », La Dépêche de Kabylie, 11 décembre 2012 (Lire en ligne).
  2. « Wilaya de Béjaïa : répartition de la population résidente des ménages ordinaires et collectifs, selon la commune de résidence et la dispersion ». Données du recensement général de la population et de l'habitat de 2008 sur le site de l'ONS.
  3. « Brèves de Béjaïa — Avec 187 milliards de centimes, la commune n’est pas si riche », Liberté, no 5342,‎ , p. 9 (ISSN 1111-4290, lire en ligne).
  4. Gaya Hamimi, Grammaire et conjugaison amaziġ, L'Harmattan, (ISBN 978-2-7384-5406-5, lire en ligne), p. 23-24.
  5. Jeannine Verdès-Leroux, L'Algérie et la France, Paris, R. Laffont, (ISBN 978-2-221-10946-5, LCCN 2009456425), p. 132.
  6. Villes intermédiaires dans le monde arabe[1], Par Sid-Ahmed Souiah.
  7. a et b Mohand-Akli Haddadou, Dictionnaire toponymique et historique de l'Algérie, Tizi Ouzou, Éditions Achab, (ISBN 9789947972250), p. 193-194.
  8. a et b « BOUGIE : Définition de BOUGIE », sur www.cnrtl.fr (consulté le 21 janvier 2017)
  9. « Bougie », d'après le TLFi (Trésor de la Langue Française sur Internet).
  10. Origine de la Bougie (Chandelle de Bougie) - Bgayet.net, 2007.
  11. a et b Cote 2013, p. 4-5.
  12. Service de la planification et de l'aménagement du territoire, La wilaya de Béjaïa en quelques chiffres, Wilaya de Béjaïa, , p. 9.
  13. Zouggaghe, Mouni et Tafer, « Qualité biologique du réseau hydrographique du bassin versant de la Soummam. », Larhyss Journal,‎ , p. 21-33 (ISSN 1112-3680, lire en ligne)
  14. Mokhtar Kheladi, Urbanisme et systèmes sociaux: la planification urbaine en Algérie, Office des publications universitaires, (lire en ligne), p. 109
  15. Annales algériennes de géographie, Institut de géographie de l'Université d'Alger, (lire en ligne), p. 54
  16. « Climatological Information for Bejaia, Algeria », sur www.hko.gov.hk (consulté le 2 avril 2011).
  17. (fr) Administrator, « Pénétrante De Béjaia 1 », sur ana.org.dz (consulté le 21 janvier 2017)
  18. Buti et Hrodej 2016, Section : La piraterie méditerranéenne, un phénomène récurrent et universel.
  19. Cote 2013, p. 3-4.
  20. Dépêche APS, « Le port de Béjaïa, nouvellement « labellisé » autoroute de la mer (ADM) », sur Bgayet.net,‎ (consulté le 29 août 2012).
  21. R. C., « Un riche site archéologique mis au jour à Béjaïa », La Tribune, no 4270,‎ , p. 17 (lire en ligne).
  22. Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830, éd. Payot, Paris, 1966, p. 104
  23. (en)T.C. Scott et P. Marketos, « On the Origin of the Fibonacci Sequence », MacTutor History of Mathematics archive, University of St Andrews,‎ (lire en ligne)
  24. Lalmi 2004, p. 514-515.
  25. Kaddache 2011, p. 490.
  26. a et b ANOM.
  27. Habsbourg 2000, p. 43.
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  29. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées lalmi_p510.
  30. « Décret no 84-365 du fixant la composition, la consistance et les limites territoriales des communes », Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire, no 67,‎ , p. 1483 (lire en ligne).
  31. Achour Cheurfi, Dictionnaire des localités algériennes : villes, villages, hameaux, qsars et douars, mechtas et lieux-dits, Alger, Casbah Éditions, , 1213 p. (ISBN 9789961643365), p. 181.
  32. Liste des sites et monuments classés de Béjaïa sur le site du Ministère de la culture.
  33. a et b (fr) Ammara BEKKOUCHE, « Aménagement urbain et développement durable », sur www.crasc.dz,‎ (ISBN 978-9961-813-51-5, consulté le 24 janvier 2017), p. 156-158
  34. Kheladi 1993, p. 113.
  35. Communes de la wilaya de Béjaïa — Population résidente par âge, par sexe et par commune. Consulté le 11 juin 2011.
  36. Les jumelages de Brest, Mairie-Brest.fr. Consulté le 4 juillet 2011
  37. Fiche du jumelage avec Brest sur le site du ministère français des Affaires étrangères. Consulté le 4 juillet 2011.
  38. http://www.elwatan.com/?page=article_print&id_article=85152
  39. http://www.algerie-dz.com/article11403.html
  40. http://www.elmoudjahid.com/accueil/Nation/26666.html
  41. http://www.algerie-dz.com/article4979.html
  42. Zahia Dali Bouchemal, « La Poésie populaire arabe bougiote : le cas de Sadeq el Bedjawi », Thèse de Doctorat, Université de Paris IV Sorbonne,‎
  43. Brahim Hadj Slimane, La création artistique en Algérie: histoire et environnement, Marsa, (ISBN 9782913868441, lire en ligne), p. 70
  44. Cheurfi 2007, p. 166.
  45. liberte-algerie.com, « Un musée de l’eau à Béjaïa: Toute l'actualité sur liberte-algerie.com », http://www.liberte-algerie.com/,‎ (lire en ligne)
  46. « 17 pays participeront au festival international du théâtre de Béjaïa », sur Al Huffington Post (consulté le 23 janvier 2017)
  47. a et b « Béjaïa fête Yennayer 2967 - Bejaia - El Watan », sur www.elwatan.com (consulté le 23 janvier 2017)
  48. Centre de conservation du livre (Arles Bouches-du-Rhône) et Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, Les manuscrits berbères au Maghreb et dans les collections européennes: localisation, identification, conservation et diffusion. Actes des journées d'étude d'Aix-en-Provence, 9 et 10 décembre 2002, Atelier Perrousseaux, (ISBN 9782911220180, lire en ligne)
  49. a, b et c « Centre de Recherche Berbère - Renversement de situation : l’arabe de Bougie, un très ancien parler arabe citadin menacé par le berbère », sur www.centrederechercheberbere.fr (consulté le 23 janvier 2017)
  50. « Pas d’éteignoir à Bougie pour la langue française ? », sur http://www.letempsdz.com/,‎
  51. a et b Ministère de l'information 1970, p. 64.
  52. Stéphane ARRAMI, « Béjaia - 8e carrefour des métiers et de l'artisanat », Kabyle.com,‎ (lire en ligne)
  53. (fr) Boumerdassi K, « Reporters - Artisane de la cire et du feu: Radia Maazouz, une lumière a «bougie» », sur www.reporters.dz (consulté le 23 janvier 2017)
  54. F. L., « La stèle du “Soldat inconnu” baptisée », depechedekabylie.com,‎ (consulté le 11 janvier 2010)).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Distances orthodromiques, dites aussi à vol d'oiseau

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages
  • Mouloud Gaïd, Histoire de Béjaïa et de sa région : Depuis l'antiquité jusqu'à 1954, Alger, Éditions Mimouni, , 2e éd.
  • Zahir Ihaddaden, Béjaïa à l'époque de sa splendeur (1060-1555), Alger, Éditions Dahlab, (ISBN 9789961612569)
  • Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord : Des origines à 1830, Paris, Payot, (1re éd. 1951)
  • M. Cote, Encyclopédie berbère, Éditions Peeters, (ISBN 2857445091, lire en ligne), p. 1408–1415
  • Mahfoud Kaddache, L'Algérie des Algériens, Alger, EDIF2000, (1re éd. 1982), 786 p. (ISBN 978-9-961-96621-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jeannine Verdès-Leroux, L'Algérie et la France, Robert Laffont, (ISBN 9782221109465, lire en ligne)
  • Gaya Hamimi, Grammaire et conjugaison amazigh, Editions L'Harmattan, (ISBN 9782296340473, lire en ligne)
  • Haddadou, Dictionnaire toponymique et historique de l'Algérie: comportant les principales localités, ainsi qu'un glossaire des mots arabes et berbères entrant dans la composition des noms de lieux, Achab, (ISBN 9789947972250, lire en ligne)
  • Achou Cheurfi, Dictionnaire des localités Algériennes, Casbah, (ISBN 9789961643365, lire en ligne)
  • Sid-Ahmed Souiah, Villes intermédiaires dans le monde arabe, Harmattan, (ISBN 9782296042124, lire en ligne)
  • Gilbert Buti et Philippe Hrodej, Histoire des pirates et des corsaires : De l'Antiquité à nos jours, CNRS Editions, (ISBN 9782271093134, lire en ligne), « Les opérations navales »
  • Achour Cheurfi, L'encyclopédie maghrébine, Casbah éditions, (ISBN 9789961646410, lire en ligne)
  • Ministère de l'information, Bejaïa, Ministère de l'information; diffusion: SNED, (lire en ligne)
Contributions à une publication périodique
  • Nedjma Abdelfettah Lalmi, « Du mythe de l’isolat kabyle », Cahiers d’études africaines, no 175,‎ , p. 507-531 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Scott et Marketos, « On the Origin of the Fibonacci Sequence », MacTutor History of Mathematics, University of St Andrews,‎ (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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