Histoire du Lesotho

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Site historique de Qiloane.

L'histoire du Lesotho a commencé avec les Bushmen qui ont vécu en autarcie pendant des milliers d'années dans cette région montagneuse d'Afrique australe au cœur de l'Afrique du Sud.

Au XVIe siècle, les Sothos s'établirent sur le territoire et chassèrent les Bushmens.

En 1868, pour se protéger de la convoitise des Boers, les Sothos se placèrent sous la protection de la Grande-Bretagne.

En 1966, le protectorat britannique du Basutoland devint un État indépendant connu sous le nom de Royaume du Lesotho.

Paléontologie[modifier | modifier le code]

Amphibien géant trouvé au Lesotho par Léonard Ginsburg et son équipe (fragment et reconstitution).
Articles détaillés : Blikanasaurus et Lesothosaurus.

Les premiers habitants[modifier | modifier le code]

Les Bushmen des montagnes étaient des chasseurs-cueilleurs. Pendant des milliers d'années, ils vécurent en autarcie[1]. Mais au XVIIe siècle, les Sothos arrivés dans la région d'Afrique du Sud quelque cinq siècles plus tôt commencèrent à coloniser les montagnes du centre du Drakensberg où vivaient les Bushmen.

L'expansion bantoue des Sothos[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expansion bantoue.
Moshoeshoe Ier entouré de ses ministres

L'invasion sotho se fit plus pressante lors du mfecane. Les tribus sothoes vivaient alors les unes à côté des autres dans des royaumes indépendants qui multipliaient les échanges commerciaux. Mais la menace zoulou les avait aussi rassemblées et ce fut à partir des sites refuges des monts Maloti que les armées sothoes repoussèrent les régiments zoulous.

Tombe de Moshoeshoe Ier à Thaba-Bosiu

À partir des années 1820, Moshoeshoe Ier, chef de la tribu kwena (« crocodile ») parvint à unifier sous son commandement les vingt trois tribus de Sothos du Sud. Il pactisa avec les missionnaires protestants français, Thomas Arbousset, Eugène Casalis et Constant Gosselin, de la « Société des missions évangéliques de Paris parmi les peuples non chrétiens », constituée à Paris en 1822. L'évangélisation-christianisation du territoire commença ainsi précocement (28 juin 1833, arrivée de Arbousset, Casalis, Gosselin, auprès de Moshoeshoe – ou, en français : « Moschesch » – à Thaba-Bosiu) permettant aux Sothos de recevoir finalement un degré d'instruction « occidental » assez élevé, notamment par la fondation d'une école de théologie pour former d'abord des « évangélistes » qui aideront les missionnaires, puis, rapidement, ensuite, des pasteurs, d'une « école industrielle », d'une imprimerie, d'une bibliothèque, par rapport à celui des tribus voisines[1].

Dans les années 1850, le royaume de Moshoeshoe était menacé par l'expansion des Boers qui venaient de fonder l'État libre d'Orange à ses frontières. Les Boers convoitaient alors la riche vallée du Caledon. En dépit de rapports d'abord cordiaux entre le roi des Sothos et le gouvernement de l'État libre d'Orange, les relations dégénérèrent en guerre de frontières[1]. Retranchés dans la région de Thaba Bosiu, Moshoeshoe, sur le conseil des missionnaires français ou de langue française (Suisses du canton de Vaud travaillant pour la SMEP, notamment Adolphe Mabille, et français), fit appel en 1868 à la Grande-Bretagne pour demander à se placer lui et son peuple sous sa protection[2].

Le protectorat allait bien être établi mais les Sothos perdaient la moitié de la vallée du Caledon (soit 50 % des terres cultivables), devenue une frontière entre le royaume et la république boer.

Le protectorat britannique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Basutoland.

En 1868, le royaume sotho devenait un protectorat au sein de l'Empire colonial britannique sous le nom de « Basutoland ».

Timbre émis au Basutoland en 1953 à l'occasion du couronnement de la reine Elizabeth II

En 1871, le Basutoland fut placé sous le contrôle de la colonie du Cap, contre l'assentiment des Sothos qui se soulevèrent en 1881. La rébellion se solda par un accord général garantissant aux Sothos qu'aucun colon blanc ne viendrait acquérir des terres dans le royaume et par la reprise du contrôle direct du territoire par la Grande-Bretagne en 1884.

À partir de 1906, le Lesotho fut administré avec les protectorats du Swaziland et du Bechuanaland par la même administration coloniale sous l'autorité d'un seul et même haut-commissaire britannique. Les chefs traditionnels gardaient néanmoins de larges pouvoirs. Cependant, les efforts de développement coloniaux furent quasiment inexistants, le seul objectif des Britanniques étant de maintenir la paix civile en attendant un hypothétique rattachement des trois territoires à l'Afrique du Sud.

En 1910, la loi portant fondation de l'Union sud-africaine (South African Act of Union) prévoyait ainsi l'intégration du Basutoland au nouveau dominion. Néanmoins, le Basutoland (tout comme les deux autres protectorats) parvint à conserver son autonomie et à ne pas être annexé.

Le développement de l'éducation fut laissée à la charge des missions chrétiennes jusqu'aux années 1950 alors que les élites locales étaient formées à l'université de Fort Hare en Afrique du Sud. En 1946, l'université de Roma était fondée au Basutoland par des catholiques.

En 1960, le Parti du congrès des Basothos (Basotho Congress Party, BCP), lié au Congrès national africain remporta les premières élections générales du territoire.

Dès 1965, ce parti était renvoyé dans l'opposition par le Parti national basotho (Basotho National Party, BNP) du chef Joseph Leabua Jonathan, un catholique-conservateur soutenu par la Grande-Bretagne et l'Afrique du Sud.

Le , le Basutoland devenait un État indépendant, sous le nom de « royaume du Lesotho »[1].

Le royaume du Lesotho[modifier | modifier le code]

Depuis l'indépendance, la vie politique du pays est marquée par l'opposition entre les partisans d'un régime militaire, ceux de la monarchie, ceux d'une démocratie parlementaire et les partisans d'un régime socialiste.

Le Lesotho avait choisi de demeurer une monarchie traditionaliste. Le roi du Lesotho était le chef suprême des Sothos, Moshoeshoe II alors que Jonathan était le premier ministre. Les prérogatives royales étaient cependant limitées et bornées à désigner onze des trente trois sénateurs du parlement.

Drapeau national du Lesotho (1966-1987)

État totalement enclavé dans l'Afrique du Sud, le Lesotho était totalement dépendant de son puissant voisin et, tout en rejetant sa politique d'apartheid, ne pouvait se permettre de trop le critiquer.

Dès 1966, le gouvernement du Lesotho commença à démontrer son peu de considération pour la démocratie en faisant disperser par le feu une réunion du parti royaliste, panafricaniste et socialisant, le Basutho Congress Party, de Ntsu Mokhehle. Dans les jours qui suivirent, le roi lui-même fut placé en résidence surveillée dans son propre palais.

En 1970, le régime évolua nettement vers l'autoritarisme et la dictature. Les élections prévues pour janvier, et qui s'annonçaient difficiles pour le gouvernement, furent annulées et l'état d'urgence proclamé. Le roi fut exilé aux Pays-Bas pendant neuf mois alors que le premier ministre Joseph Jonathan suspendait la constitution et le parlement, reléguant le roi à un rôle honorifique. Les partis d'opposition furent interdits et leurs chefs arrêtés.

Un parlement croupion fut instauré et Jonathan gouverna, réprimant toute hostilité avec l'aide technique de l'Afrique du Sud. L'opposition elle-même était divisée. Ntsu Mokhehle fit alors le choix de la lutte armée mais sans grand résultat.

À la fin des années 1970, contre toute attente, Jonathan se rapprocha des pays socialistes du bloc soviétique. En 1979, le Mozambique et Cuba ouvrirent des représentations diplomatiques à Maseru. Ils furent suivis par l'Union soviétique et la Chine, ravies de prendre position au cœur de l'Afrique du Sud. Le Lesotho devint alors un refuge pour les militants anti-apartheid de l'ANC. Tous ces changements diplomatiques provoquèrent la consternation du gouvernement de Pretoria qui se mit alors à soutenir les raids du mouvement de guérilla de Mokhehle sur le Lesotho à partir de 1982.

Jonathan échappa à plusieurs attentats et, tout en laissant le Lesotho demeurer dans la zone monétaire du rand, montait en épingle ses actions contre l'apartheid.

Ses voyages en Corée du Nord, en Roumanie et en Bulgarie finirent par inquiéter les puissances occidentales et l'Église catholique romaine. Au sein même de la classe politique proche de la dictature, les désapprobations se multiplièrent alors que Pretoria prenait en charge le financement du Parti démocratique uni de Charles Molefe, perçu comme une alternative plus crédible que Mokhehle.

Le , un commando sud-africain abattait neuf activistes de l'ANC à Maseru. Jonathan en appela alors à l'aide des pays non alignés. Le 23 décembre, un attentat commis par des membres de l'ANC tua en représailles cinq personnes à Amanzimtoti dans le Natal. L'Afrique du Sud organisa alors un blocus commercial et financier du Lesotho dans le but d'obtenir la fermeture du bureau de l'ANC à Maseru et l'expulsion de ses représentants.

Jonathan obtempéra finalement mais trop tard. Le , le dictateur était balayé par un coup d'État militaire soutenu par Pretoria et dirigé par le général Justin Lekhanya (Jonathan se réfugia néanmoins en Afrique du Sud). Son premier geste fut d'édicter un décret redonnant ses pouvoirs exécutif et législatif au roi Moshoeshoe II, tout en précisant cependant que le monarque n'agirait qu'en accord et après avis du conseil militaire dirigé par le général Justin Lekhanya.

Le nouvel homme fort du Lesotho était un conservateur proche de Pretoria. Sans perdre de temps, il fit expulser une centaine de militants de l'ANC sud-africain vers la Zambie et renvoya les conseillers techniques nord-coréens. Il recentra sa politique vers le pôle pro-occidental afin de financer un grand projet de barrage hydro-électrique au cœur du pays. Son zèle pro-sud-africain fut néanmoins tempéré par le roi qui l'empêcha finalement de mener une politique trop explicitement favorable au gouvernement de Pretoria.

Drapeau national du Lesotho (1987-2006)

Le 14 septembre 1988, la visite du pape Jean-Paul II manquait de dégénérer en fiasco politique à la suite de la prise en otage par des rebelles d'un car de pèlerins qui se termina par un bain de sang sous l'effet de l'assaut des forces armées[3].

En juillet 1989, le régime marqua une certaine libéralisation avec la fin de l'exil de Ntsu Mokhehle, autorisé à rentrer au pays. Le roi fut lui-même envoyé aux États-Unis afin de plaider la cause du Lesotho auprès des grandes institutions financières internationales alors que le pays manquait de crédits.

Le roi actuel, Letsie III

Cependant, les relations entre le général Lekhanya et le roi se dégradèrent subitement et le 19 février 1990, les royalistes tentèrent de renverser le dictateur militaire. Ce fut un échec qui aboutit à la déposition du roi en mars 1990. Désormais, roi en titre mais sans aucun pouvoir, Moshoeshoe II fut exilé[1].

En novembre 1990, son fils aîné lui succéda sous le nom de Letsie III[1].

Drapeau national depuis octobre 2006

En avril 1993, les premières élections pluralistes depuis l'indépendance furent organisées et se soldèrent par la victoire de Ntsu Mokhehle.

Cette parenthèse démocratique fut de courte durée. Letsie III suspendit la Constitution et le Parlement, puis limogea le gouvernement.

Le pays allait s'enfoncer dans une crise de régime mais grâce à l'intervention du Botswana, de l'Afrique du Sud et du Zimbabwe, Letsie III accepta finalement de rétablir le gouvernement, la Constitution et le Parlement, puis d'abdiquer en faveur de son père, Moshoeshoe II qui retrouva son trône le 25 janvier 1995.

En janvier 1996, Letsie III succéda légitimement à son père à la suite de la mort de ce dernier mais c'était cette fois pour être le souverain d'une monarchie parlementaire.

En 1998, le pays était néanmoins au bord de la guerre civile à la suite d'élections contestées. Le pire fut évité grâce à l'intervention de l'Afrique du Sud.

Le Lesotho demeure l'un des pays les plus pauvres du monde : en 2014, l'indice de développement humain (IDH) le classe au 162e rang sur 187 pays[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Jacques Leclerc, « Lesotho. Données historiques », L'aménagement linguistique dans le monde, CEFAN, Université Laval [1]
  2. Sur tous ces aspects, voir : Jean Bianquis, Les Origines de la Société des Missions Évangéliques de Paris, Société des Missions Évangéliques, Paris, 1930, 3 vol. ; Alfred Boegner, Frank Puaux, Hermann Dieterlen, Frederic Kohler, Édouard Jaccottet, Jean Bianquis, Livre d'Or de la Mission du Lessouto (Souvenir du Jubilé célébré en 1908), 75 ans de l'histoire d'une Tribu Sud-africaine, Maison des Missions Évangéliques (Nancy, Berger-Levrault), 1912, 693 p., carte ht.)
  3. Jean Mpisi, Jean-Paul II en Afrique (1980-2000) : le compte-rendu de ses 14 voyages dans 43 pays : ses attitudes et ses discours, entre politique et religion, L'Harmattan, 2004, p. 222-223 (ISBN 9782747570718)
  4. « Lesotho. Que d'inquiétudes ! », in L'Afrique 2015, hors-série de Jeune Afrique, p. 179

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Elizabeth A. Eldredge, Power in colonial Africa : conflict and discourse in Lesotho, 1870-1960, University of Wisconsin Press, Madison, Wis.,2007, XII-275 p. (ISBN 978-0-299-22370-0)
  • Victor Ellenberger, Un siècle de mission au Lessouto (1833-1933), Société des missions évangéliques, Paris, 1933, 447 p.
  • Philippe Gervais-Lambony, L'Afrique du Sud et les États voisins, Armand Colin, 1997, p. 190-192
  • (en) Craig W. Hincks, Quest for peace. An ecumenical history of the Church in Lesotho, Morija Museum & Archives, Morija, 2009, 1084 p. (ISBN 978-999-110-8018)
  • Pierre Juillard et Victor Ellenberger, Taillés dans le granit : les quatre premiers missionnaires vaudois au Lessouto : 1836-1936, Société des missions évangéliques, Paris, 1936, 48 p.
  • Georges Lorry (dir.), « Le Lesotho » dans Afrique australe, éd. Autrement, HS n°45, avril 1990
  • (en) Scott Rosenberg et Richard F. Weisfelder, Historical dictionary of Lesotho, Scarecrow Press, Lanham, Md., 2013 (2e éd.), 620 p. (ISBN 978-0-8108-6795-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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