Thami El Glaoui

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Thami El Glaoui
Image dans Infobox.
Fonction
Pacha
Biographie
Naissance
Décès

Télouet
Nom de naissance
Thami El Mezouari Aglaou
Nationalité
Activité
Période d'activité
Depuis Voir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Mehdi El Glaoui (petit-fils)
Enfant
Parentèle
Touria El Glaoui (petite-fille)
Mohammed el Mokri (beau-père)
Mehdi El Glaoui (petit-fils)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Conflit
Distinctions

Thami El Mezouari El Glaoui (Arabe: التهامي المزواري الكلاوي‎), en tachelhit (berbère) Thami El Mezouari Aglaou (né en 1879, mort le [1]), parfois surnommé « La Panthère noire »[2], est l'un des plus célèbres pachas marocains.

Son nom de famille El Mezouari tire son origine d'un titre donné à l'un de ses ancêtres par Ismaïl ben Chérif en 1700. « El Glaoui » fait référence à la chefferie de la tribu des Glaoua — Berbères de la Kasbah de Telouet dans le Haut Atlas et à Marrakech. El Glaooui succèda à la tête des Glaoua suite au décès de son frêre aîné El Madani. Allié du protectorat français au Maroc, il œuvra pour le renversement du sultan Mohammed V.

Le 25 octobre 1955, El Glaoui réclame la restauration du sultan et l'indépendance du Maroc.

Biographie[modifier | modifier le code]

Thami est né en 1879 au sein de la famille Imezouaren de la tribu des Aït Telouet, un clan des Glaoua du sud. Les Glaoua étaient une importante tribu de la région du Haut Atlas de Marrakech appartenant à l’aire linguistique de la tachelhit.

Thami El Glaoui est le fils du caïd de Telouet Si Mohamed Ben Hammou, aussi connu sous le nom Tibibit[3], et de Zohra Oum El Khaïr, une esclave Éthiopienne[4]. Lorsque son père meurt le 4 août 1886, se succèdent au pouvoir ses frères aînés Si Mhamed puis un an plus tard Madani dont Thami devient le khalif (l'assistant et suppléant)[5].

À l'automne 1893, de retour d'une expédition de collecte de taxes, le sultan Moulay Hassan et son armée se retrouvent surpris par une tempête de neige. Madani viendra à leur secours et le sultan reconnaissant lui offre des caïdats du Tafilalet jusqu'au Souss, ainsi qu'un canon Krupp 77 mm, unique arme de ce type au Maroc hors armée impériale. Cet équipement sera décisif dans la supériorité des Glaoua face aux chefs de guerres rivaux[6].

En 1902, les forces Glaoui menées par Madani et Thami rejoignent l'armée impériale de Moulay Abdelaziz lors de l'expédition contre Bou Hmara. Lorsque le prétendant au trône dérouta les forces du Sultan, Madani fut désigné comme bouc émissaire et fut humilié des mois durant à la cour avant d'être autorisé à rejoindre son fief. Il œuvra dès lors à la déposition de Moulay Abdelaziz réalisée en 1907 avec le couronnement de Abdelhafid ben Hassan (Moulay Hafid) qui, reconnaissant, nomma en 1909[7] Madani Grand vizir, et Thami Pacha de Marrakech[8].

L'influence Française[modifier | modifier le code]

Suite aux règnes de Moulay Abdelaziz et Moulay Hafid, le Maroc se trouve ruiné. La situation entraîne d'abord des révoltes des populations puis une intervention de l'armée française protégeant ainsi ses ressortissant et ses intérêts économiques. La situation se détériorant, les Glaoua furent désignés comme responsables. Le sultan accuse d'abord Madani de retenir des taxes, et déchoit en 1911 les Glaoua de titres et responsabilités[8].

En 1912, le sultan est forcé à signer le Traité de Fès, qui en échange de protection du sultan face à ses opposants signe l'organisation du protectorat Français sur l'empire Chérifien. Cet évènement est mal reçu par la population (voir Intifada de Fès), et cette même année, El Hiba prit le contrôle de Marrakech en demandant la prise en otage de tous les chrétiens de la ville au pacha Driss Mennou (remplaçant Thami). Ces derniers prennent refuge chez Thami qui les livre, excepté un sergent qu'il cache et à qui il donne un moyen de communication avec l'Armée française.

El Hiba est affaibli par les forces françaises, Driss Mennou passe à l'offensive et libère les otages qui retournent chez Thami afin de récupérer leurs affaires. L'armée française les trouvant chez Thami conclu que lui seul les a libéré et le nomme pasha de Marrakech. Thami, réalisant que les français représentent le pouvoir en place, s'aligne. Il participe dès lors à la pacification du Maroc pour le compte du protectorat français.

Le seigneur de l'Atlas[modifier | modifier le code]

À la mort de Madani en 1918, la France affirme, à travers le résident général Lyautey, son alliance avec Thami en le nommant seul hériter de l'empire des Glaoui, excluant ainsi les fils de Madani de la succession légitime — à l'exception de Si Hammou, beau-fils de Madani qui reste Aglaw (caïd) de Telouet et son arsenal, jusqu'à sa mort en 1934.

L'influence et la fortune de Thami ira grandissante. Sa position de pacha et son habileté lui valent des amis parmi les grands du monde. Il est souvent en visite dans les capitales européennes et ses invités à Marrakech incluent Winston Churchill, Colette, Maurice Ravel, Charlie Chaplin. Il assiste au couronnement de la reine Élisabeth II en tant qu'invité privé de Winston Churchill. Il offre en cadeau une couronne de bijoux et une dague sertie somptueuses qui sont refusées car Thamin n'est pas considéré comme représentant d'un gouvernement.

Il tire sa fortune de ses terres, et de ses intérêts dans les mines et usines françaises. Sa fortune a été évaluée en son temps à 50 millions de dollars, soit 880 millions actuels[9].

Collaboration avec les Forces françaises[modifier | modifier le code]

En décembre 1950, il demande au sultan Mohammed V de ne plus suivre le Parti de l'Istiqlal favorable à l'indépendance du Maroc. El Glaoui se montre insolent à l'égard du sultan lors d'une audience et est interdit au Palais royal.

En février 1953, El Glaoui réunit 23 pachas et 323 caïds, et fait signer une pétition exigeant le départ du sultan ; seuls 6 caïds et 4 pachas refusent. Tous les caïds se rendent à Marrakech à l'exception d'un seul.

Le , tandis que Mohammed ben Arafa devient brièvement sultan, Mohammed V ainsi que le prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II) sont arrêtés et exilés en Corse puis à Madagascar.

À leur retour d'exil, El Glaoui se soumet et meurt peu de temps après à Marrakech, des suites d'un cancer, en .

Famille[modifier | modifier le code]

Thami El Glaoui a eu onze enfants, huit fils et trois filles, dont Si Brahim el Glaoui, époux de l'auteure et réalisatrice Cécile Aubry.

D'une part de ses deux épouses : Lalla Zineb El Mokri est la mère de ses fils Hassan El Glaoui, futur artiste peintre, et Abdessadeq, qui deviendra président de la Cour des comptes pendant le règne d'Hassan II ; Lalla Fadna est la mère de sa fille Khaddouj et de son fils Mehdi, lieutenant au 3e régiment de spahis marocains du Corps expéditionnaire français en Italie du maréchal Juin, mortellement blessé en mai 1944 dans son char dans le village de Ceccano.

D'autre part de ses trois concubines : Lalla Kamar Torkia eu quatre fils, Abdellah, Ahmed, Madani et Brahim, futur père de l'acteur Mehdi ; Lalla Nadida a eu un fils, Mohammed, et une fille, Fattouma ; Lalla Zoubida a eu une fille, Saadia. Les deux premières étaient des musiciennes turques ayant intégré son harem[10].

La blogueuse française Kenza Sadoun-El Glaoui, fondatrice de "La Revue de Kenza"[11], et son frère Diego Sadoun El Mezraoui El Glaoui[12], compagnon d'Iris Mittenaere[13], sont par leur mère les arrière-petits-enfants de Thami El Glaoui[14].

Selon Gérard Fauré, il est le véritable père du roi Hassan II[15].

Père de l'artiste peintre Hassan El Glaoui et grand-père de Touria El Glaoui, fondatrice de la foire 1:54 d'art contemporain et africain, il est aussi par son fils Brahim le grand-père de l'acteur et réalisateur Mehdi El Glaoui.

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Grand-Croix de la Légion d'honneur (1925)
  • Grand-Officier de la Légion d'honneur (1919)
  • Commandeur de la Légion d'honneur (1913)
  • Officier de la Légion d'honneur (1912)
  • Chevalier de la Légion d'honneur (1912)
  • Croix de guerre 1914-1918 avec deux palmes ( après la campagne dans les Sektana et à Tiznit)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. El Glaoui 2004, p. 343
  2. Peyron, M., « Glaoui/Glaoua. (Glawi/Igliwwa) », Encyclopédie berbère, no 21,‎ (ISSN 1015-7344, lire en ligne, consulté le )
  3. Abraham Lahnite, La politique berbère du protectorat français au Maroc, 1912-1956, Harmattan, (ISBN 978-2-296-54980-7, 2-296-54980-2 et 978-2-296-54981-4, OCLC 739468854, lire en ligne), p. 81-82
  4. Abraham Lahnite, La politique berbère du protectorat français au Maroc, 1912-1956, Harmattan, (ISBN 978-2-296-54980-7, 2-296-54980-2 et 978-2-296-54981-4, OCLC 739468854, lire en ligne), p. 82
  5. Abraham Lahnite, La politique berbère du protectorat français au Maroc, 1912-1956, Harmattan, (ISBN 978-2-296-54980-7, 2-296-54980-2 et 978-2-296-54981-4, OCLC 739468854, lire en ligne), p. 84
  6. (en) Gavin Maxwell, Lords of the Atlas : the rise and fall of the house of Glaoua, 1893-1956, Eland, (ISBN 978-0-907871-14-9 et 0-907871-14-3, OCLC 190965624, lire en ligne)
  7. M. Peyron, « Glaoui/Glaoua », Encyclopédie berbère, no 21,‎ , p. 3151–3160 (ISSN 1015-7344 et 2262-7197, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.1736, lire en ligne, consulté le )
  8. a et b Gavin Maxwell, Lords of the Atlas : the rise and fall of the house of Glaoua, 1893-1956, Eland, (ISBN 978-0-907871-14-9 et 0-907871-14-3, OCLC 190965624, lire en ligne)
  9. « Ruska, Dr Ernst August Friedrich, (25 Dec. 1906–27 May 1988), Director, Fritz Haber Institute, Max Planck Society for Advancement of Science, Berlin, 1957–74, now Director Emeritus », dans Who Was Who, Oxford University Press, (lire en ligne)
  10. El Glaoui 2004, p. 384
  11. « Kenza Sadoun-El Glaoui, maman parisienne et blogueuse star », sur www.journaldesfemmes.fr (consulté le )
  12. Prisma Média, « Diego El Glaoui - La biographie de Diego El Glaoui avec Gala.fr », sur Gala.fr (consulté le )
  13. « Iris Mittenaere recadre une abonnée après un commentaire "maladroit" sur son compagnon Diego El Glaoui », sur Femme Actuelle (consulté le )
  14. Rose-Laure Bendavid, « Kenza Sadoun El Glaoui - Princesse et reine de la mode », sur parismatch.com (consulté le )
  15. https://m.youtube.com/watch?v=1DSmmGsx4V0

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jérôme et Jean Tharaud, Marrakech ou les Seigneurs de l'Atlas, Plon, Paris, 1920 (1re édition), 284 p. (notice BnF no FRBNF35870616).
  • (en) Gavin Maxwell, Lords of the Atlas : The Rise and Fall of the House of Glaoua, 1893-1956 :
    • Première édition : Longmans, Greens & Co., Londres, 1966, 318 p. ;
    • Dernière édition, au format de poche : Eland, Londres, 2004, 316 p., (ISBN 978-0-907871-14-9).
  • Abdelssadeq El Glaoui, Le Ralliement : Le Glaoui, mon père (récit et témoignage), Rabat, Marsam, , 391 p. (ISBN 9981-149-79-9, lire en ligne) [aperçu en ligne].
  • Hassan Hamdani, « Thami El Glaoui : Le pacha qui aurait pu être roi », Telquel,‎ (lire en ligne).

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]