Histoire du Soudan du Sud

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Les 10 États du Soudan du Sud regroupées en 3 provinces historiques soudanaises

L'Histoire du Soudan du Sud comprend l'histoire du territoire de l'actuel Soudan du Sud et des peuples qui l'habitent.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Il y a peu de documentation sur l'histoire de la région, avant le début de la domination turco-égyptienne sur le Soudan au début des années 1820 et son extension vers le sud dans le courant du XIXe siècle.

Avant cette domination, les informations sont largement basées sur l'histoire orale. Selon ces traditions, les peuples de langues nilotiques dont les peuples Dinkas, Nuers, Shilluks, et d'autres tribus également nilo-sahariennes dont les Ngbandi, Ngbaka, Mamvu, Lendu, Logo, Moru-Mangbetu, etc. s'installent au Soudan du Sud aux alentours du Xe siècle, précisément dans la région du Nil Blanc, selon les estimations de Samuel Baker qui fut le gouverneur de l'une des provinces du Soudan de l'époque pré-coloniale assimilant des populations antérieures omotiques, de langues afro-asiatiques.

Pendant la période du XVe siècle au XIXe siècle, les migrations tribales, en grande partie venant de la région de Bahr el Ghazal, et dues à la désertification progressive, porte ces peuples à leurs emplacements modernes.

Un peuple de langue non-nilotique, dénommé Azandé, s'installe dans le Soudan du Sud au XVIe siècle : ils forment à l'époque le plus étendu royaume de la région. Les Azandé sont aujourd'hui la troisième minorité la plus importante au Soudan du Sud. Ils se trouvent principalement dans les États actuels de Bahr el Ghazal occidental et de l'Équatoria-Occidental.

Au XVIIIe siècle, un nouveau peuple dénommé Avungara arrive et soumet les Azandés. La barrière géographique du Bahr-el-Ghazal et la barrière politique des états Azandé et Avungara empêche l'avance de l'Islam vers le sud, et permet aux peuples du Soudan du Sud de conserver leur patrimoine social et culturel et leurs institutions politiques et religieuses. Le pouvoir des Avungaras n'est pas remis en question sous la domination turco-égyptienne et dure jusqu'à l'arrivée des britanniques au Soudan du Sud, à la fin du XIXe siècle[1].

XIXe et XXe siècles[modifier | modifier le code]

Dès le XVIIIe siècle, en raison de la politique expansionniste de leur roi Gbudwe, les Azandés ont des relations difficiles avec les tribus voisines : les Morus, Mundus, les Pöjulus et d'autres petits groupes dans le Bahr el Ghazal. Les Azandé, y compris sous la domination des Avungaras, combattent les Français, les Belges et les Mahdistes pour conserver leur indépendance. L'Égypte ottomane, sous le règne du Khédive, Ismaïl Pacha, d'abord reconnait le pays en confiant un commandement à l'explorateur britannique Samuel Baker, puis investit la région, formant la province d'Equatoria. Au nom de l’Égypte, Samuel Baker devient gouverneur de cette nouvelle province dès 1869, suivi par Charles George Gordon en 1874 et par Emin Pacha en 1878, tous investis du titre ottoman de Pacha.

La révolte mahdiste du début des années 1880 déstabilise cet équilibre, et coupe la région de l'Égypte en 1889. Après la Guerre des Mahdistes, le pays est convoité par les français, les britanniques et Léopold II de Belgique jusqu'en 1898. Venus du sud-ouest, les agents de l'État indépendant du Congo occupent l'enclave de Lado (comprenant notamment la région de l'actuel Djouba) au nom du roi Léopold II. Venus du nord et du sud, les Anglais, souhaitant relier leurs positions d'Égypte à celles de l'Afrique de l'Est, choisissent de négocier et obtiennent la restitution de l'enclave à la mort de Léopold II. Venus de l'ouest, les Français, espérant relier l'Afrique-Équatoriale française à leur comptoir de Djibouti, souhaitent eux aussi contrôler ces territoires et envoyèrent une expédition. Cela aboutit à la crise de Fachoda : les Français renoncent à leurs prétentions au profit des Britanniques. Entre 1896 et 1898, les Anglais reconquièrent les territoires des actuels Soudan et le Soudan du Sud. Toutes ces campagnes sont menées par une poignée d'explorateurs et de militaires européens, accompagnés par des centaines, voire des milliers d'Africains qui en assurent la logistique, la défense et les offensives.

En , les anglais établissent le condominium anglo-égyptien du Soudan, incluant l'actuel Soudan et l'actuel Soudan du Sud. Lado retourne à ce territoire en 1910. Le Soudan du sud dès lors va être une colonie périphérique délaissée, enclavée, éloignée du Kenya, où les investissements coloniaux britanniques sont bien plus importants, d'autant plus que en 1919, les Britanniques vont recevoir en mandat de la société des Nations (SDN) la plus grande partie de l'ex-Afrique Orientale Allemande, soit le Tanganyika, avec une vaste zone maritime, avec les ports de Tanga et Dar-es-Salaam. Au Soudan du sud, le manque d'investissement est tout de suite visible : réseau routier pas très étendu, absence de grandes villes, économie et vie de subsistance, problèmes sanitaires endémiques, hôpitaux et dispensaires plus rares en comparaison au Kenya ou à l'Ouganda, etc. Aussi, les colons Européens, et les militaires Britanniques ne sont pas nombreux, ce qui explique l'avancée de l'armée italienne à l'est du sud Soudan en 1940. La zone marécageuse du Bar el-Ghazal, ainsi que le climat équatorial, avec un relief très bas, n'incitent pas les Européens à venir, contrairement aux hauts plateaux et reliefs du Kenya, plus tempérés. De plus, la colonisation ne va pas calmer les antagonismes entre les deux grandes ethnies du pays : les Dinkas, et les Nuers. Les accrochages et conflits vont rester fréquents, accentuant un certain climat d'insécurité, particulièrement hostile aussi pour les Européens.

En 1947, les britanniques tentent de rattacher le Soudan du Sud à l'Ouganda mais ces tentatives sont anéanties par la Conférence de Juba, qui scelle pour 64 ans l'appartenance du Soudan du Sud au Soudan, d'abord anglo-égyptien puis indépendant à partir de 1956. Mais des dissensions entre le nord du Soudan, à majorité musulmane, et le sud à majorité chrétienne et animiste, sont apparues dès le lendemain de l'indépendance du Soudan anglo-égyptien, car le gouvernement de Khartoum revient sur les promesses d'autonomie au sein d'un État fédéral qu'il a faites aux populations de la région. Une mutinerie d'officiers sudistes déclenche la Première Guerre civile soudanaise qui dure 17 ans, de 1955 à 1972. Ce premier conflit prend fin à la suite des accords signés à Addis-Abeba en Éthiopie, qui accorde finalement au Sud-Soudan un certain degré d'autonomie.

Mais en 1983, le colonel Gaafar Nimeiry, au pouvoir à Khartoum depuis son coup d'État de 1969, décide unilatéralement d'étendre au droit pénal, le domaine de la « Charia » (législation religieuse musulmane, aux punitions corporelles sévères incluant des mutilations et la mort), qui était cantonnée depuis la colonisation au droit personnel[2]. Cela déclenche la Seconde Guerre civile qui embrasera le pays pendant 22 ans. La rébellion étant menée depuis le début par l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) dirigé par John Garang, un vétéran de la première guerre civile, largement soutenue par les États-Unis. Malgré la scission de son mouvement en 1991, Garang maintiendra la lutte contre le régime de Khartoum qui, après le coup d'État du général Omar al-Bashir en 1989, s'orienta de plus en plus vers l'idéologie islamiste. Ce conflit sanglant (2 millions de morts recensés) provoque le déplacement de 4 millions de civils et désorganise la production vivrière au point de déclencher une terrible famine en 1998.

Article détaillé : Seconde Guerre civile soudanaise.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Au XXIe siècle, un cessez-le-feu est enfin signé entre les protagonistes en 2002, consolidé trois ans plus tard, le , par un accord de paix signé à Naivasha, au Kenya. Mais le conflit reprend entre l'armée soudanaise et les rebelles de l'APLS (Armée populaire de libération du Soudan), du au , pour le contrôle de la région frontalière d'Abyei, revendiquée par les deux parties. Elle sera finalement démilitarisée, restant sous le contrôle du Soudan et d'une force éthiopienne de maintien de paix sous l'égide de l'ONU[3].

L'indépendance du Soudan du Sud est proclamée (et reconnue internationalement, y compris par le Soudan), le .

Références[modifier | modifier le code]