Histoire du Mozambique

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Carte gravée de l’île de Mozambique (1598).

L’histoire du Mozambique dans sa période préhistorique est mal connue mais les premiers habitants de la région sont des ancêtres des Bochimans, qui sont progressivement chassés du territoire du futur Mozambique, entre le Ier et le IVe siècle, par des vagues de peuplements de locuteurs des langues bantoues, arrivant par la vallée du Zambèze.

Les nouveaux arrivants, contrairement aux chasseurs-cueilleurs originels, maîtrisent l'agriculture et le travail du fer et ont, contrairement aux Bochimans, une société hiérarchisée. Les parents transmettent leur métier à leurs enfants, sur fond de tradition orale.

La présence de routes reliant ce qui est actuellement le Zimbabwe à l'océan Indien favorise l'implantation de nombreux comptoirs commerciaux par les navigateurs indiens, arabes, indonésiens et chinois. Ainsi un capitaine persan, Ibn Shahriyar, dans son Livre des merveilles de l'Inde, rapporte le témoignage d'un marchand arabe du nom d'Ibn Lakis qui, en 945, voit arriver sur la côte du Mozambique « un millier d'embarcations » montées par des Waq-Waqs qui viennent d'îles « situées en face de la Chine » chercher des produits et des esclaves zeng (noirs), mot arabe qui donne à l'époque son nom (zangi-bar, littéralement « côte des Noirs ») à la côte orientale de l'Afrique, appelée de nos jours « côte swahilie ».

Ces échanges existent donc depuis plusieurs siècles lorsque Vasco de Gama, lors de sa première expédition en 1498, reconnaît la côte est de l’Afrique, établissant des contacts avec les Africains après un débarquement dans la baie de Delagoa, sur le site de la future Lourenço Marques, et avec le sultan Mussa Mbiki (en), dirigeant une petite île au large de Madagascar, dans la baie de Mossuril.

C'est le nom de ce sultan, Mussa Mbiki, qui donnera en portugais Moçambique, qui servira tout d’abord à désigner l’île puis toute la côte continentale lui faisant face.

La colonisation portugaise[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mozambique portugais.
Armes et artisanat traditionnels du Mozambique exposés au musée régional de l’Algarve, à Lagos (Portugal).

Par la signature du traité de Tordesillas en 1494, toute l’Afrique, considérée comme terra nullius, est attribuée au royaume du Portugal.

L'implantation portugaise commence dès le début du XVIe siècle, par la capture de la petite île de Moçambique en 1507, lors de la deuxième expédition de Vasco de Gama, et la construction en 1510 d’un fort carré et d’une ville, São Sebastião de Moçambique, qui sont placés sous l'autorité du vice-roi des Indes résidant à Goa.

Comme leurs prédécesseurs indiens, les Portugais se livrent à de très rentables trafics d’ivoire et développent la traite des Noirs, pratiquée alors par les Arabes, avec le concours de chefs africains.

En 1544, Lourenço Marques explore les côtes continentales, et d'autres comptoirs sont créés. Mais, à partir de la période, de 1580 à 1640, pendant laquelle les couronnes portugaise et espagnole sont réunies, ces établissements sont abandonnés plus ou moins à eux-mêmes, au profit de ceux d’Inde et d’Extrême-Orient, nettement plus rentables, et de la colonisation du Brésil. Malgré le désintérêt de la métropole, l’activité se poursuit, en particulier la vente d’esclaves à destination de la péninsule Arabique et de l’Empire ottoman.

Dans le courant du XVIIe siècle, les Portugais instituent les prazos, qui proviennent au départ de dons de terres que les chefs africains accordent à des aventuriers portugais en échange de leurs services. Le gouvernement portugais, à son tour, distribue des prazos da Coroa (plantation de la Couronne) à ses serviteurs les plus loyaux, qu’il charge de pacifier les territoires concédés et qui doivent, en principe, payer des taxes.

En 1752, le territoire du Mozambique est doté d'une administration coloniale autonome par rapport à l'Inde portugaise. Mais cette administration coloniale demeure liée à une structure d'occupation militaire, dépourvue de lois et abandonnée à l'arbitraire des représentants de la métropole[1].

Au début du XIXe siècle, les descendants des prazeiros, presque tous métissés, vivent sur leurs terres en véritables potentats. Ils obligent les chefs noirs à payer un tribut en ivoire et en esclaves et devant la précarité croissante de leur condition, les Africains fuient leurs villages, augmentant l’insécurité.

Les Britanniques émettent à l'époque de sérieux doutes sur la réalité de l'administration locale dans les colonies portugaises et dénoncent l'inconsistance de la colonisation portugaise. Ces critiques sont d'autant plus fortes qu'en dépit de l'abolition de la traite en 1836, celle-ci continue et est dénoncée par Livingstone.

Lisbonne ne tarde pas à répondre aux critiques britanniques et organise des expéditions à partir de 1845 pour démontrer sa présence et affirmer son autorité.

En 1877, la ruée vers l’or au Transvaal encourage les quelques colons à s’aventurer plus vers l’intérieur des terres. São Sebastião de Moçambique perd alors sa prédominance au profit de Lourenço Marques, reliée en 1890 au Transvaal par la première voie ferrée du territoire. Le port de Lourenço-Marquès est en effet devenu le débouché naturel pour l'exportation des minerais du Witwatersrand. Le Mozambique devient alors une « dépendance occulte » de l'Afrique anglophone.

En 1891, la frontière orientale du Mozambique avec la Zambézie du Sud est fixée par traité. Dans l'opération, les Britanniques récupèrent le Manicaland.

Le gouvernement portugais décide alors de confier l'exploitation de la majeure partie du pays, pour cinquante ans, à trois compagnies privées qui se voient attribuer les pouvoirs d'un État sur un territoire et le monopole de son exploitation en échange d'une redevance versée au Portugal. Ces trois compagnies sont :

  • la Companhia de Moçambique, basée à Beira, qui contrôle les districts de Manica et Sofala soit 135 000 km2. Ses capitaux sont essentiellement français mais aussi portugais, britanniques et sud-africains ;
  • la Compagnie de Zambézie, qui contrôle les districts de Tete et Quelimane soit 155 000 km2. Ses capitaux sont essentiellement portugais, allemands, français, sud-africains et britanniques ;
  • la Compagnie de Niassa, enfin, détenue par des capitaux britanniques et qui contrôle tout le Nord du territoire mozambicain.
Beira vers 1905.

Le bilan de ces compagnies est décevant. Les politiques, visant à l’enrichissement de la métropole portugaise et des colons européens, ont tendance à négliger le développement des infrastructures sociales (dispensaires, écoles) et de l’équipement du pays. Un accord inter-étatique est même conclu entre le Portugal et l'union d'Afrique du Sud, afin de permettre le recrutement de travailleurs migrants mozambicains dans les mines du Transvaal.

En fait, seule la compagnie de Mozambique développe des infrastructures, notamment la ligne de chemin de fer reliant Beira à Salisbury, achevée en 1900. C'est aussi cette compagnie qui développe la culture commerciale de la canne à sucre, le sucre devenant la principale exportation du Mozambique.

En 1929, à la fin du mandat de ces compagnies, le territoire du Mozambique est encore pauvre, non développé et mal contrôlé.

Le Mozambique sous le régime de Salazar[modifier | modifier le code]

L'arrivée au pouvoir au Portugal d'António de Oliveira Salazar marque le début d'une politique plus volontariste de développement des colonies. Elle se manifeste par l'idée, novatrice par rapport aux époques précédentes, qu'il faut assurer l'intégration du territoire mozambicain et de sa métropole. Ainsi, le cadre juridique et institutionnel du territoire est déterminé par le principe de l'indivisibilité de l'État et de la Nation, les gouvernements coloniaux étant une émanation du pouvoir central de la métropole. Au Mozambique, les organes représentatifs ne concernent cependant que les colons. Aucune consultation ou représentation des populations indigènes dans les conseils exécutifs ou législatifs n'est encore prévue. Un statut indigène est même rédigé afin de réglementer la circulation des Africains, leur accès aux lieux publics, la répartition territoriale et l'accès à l'emploi.

La politique d'intégration territoriale des colonies à l'espace national portugais, menée par le régime salazariste, repose également sur une politique favorable à l'émigration et à l'établissement des Portugais en Angola et au Mozambique. Elle est censée être favorisée par le développement des activités productrices comme les mines et l'industrie. Cette politique d'intégration vise aussi les Africains qui, par une politique d'assimilation « au mérite », peuvent intégrer la nation portugaise.

En 1930, le nombre de colons européens au Mozambique n'est que de 30 000 personnes. La politique d'intégration territoriale la fait rapidement augmenter ; elle atteint 200 000 personnes au début des années 1970 (3 % de la population). Néanmoins, l'importance de cette immigration portugaise au Mozambique reste relativement insuffisante et inférieure à ce qui était attendu, les candidats portugais à l'émigration préférant nettement, durant cette période, aller s'établir au Brésil.

Après la Seconde Guerre mondiale, en 1951, le Mozambique et les autres possessions africaines deviennent des provinces portugaises d'outre-mer. D'une manière générale, l'absence de moyens financiers suffisants pour la mise en valeur des ressources naturelles du territoire mozambicain est patent et se manifeste par un faible développement des infrastructures.

Néanmoins, des efforts sont accomplis au niveau des activités agricoles, développées autour de deux grands types d'agriculture, d'un côté les plantations de canne à sucre, de thé, de coprah et de sisal et, de l'autre côté, celle du coton.

La principale réalisation d'ampleur du régime est le développement énergétique, marqué par l'exploitation de gisements charbonniers et par le début de la construction du barrage de Cahora Bassa.

La guerre d'indépendance[modifier | modifier le code]

Le , au Tanganyika, plusieurs groupes anticoloniaux fondent le Front de libération du Mozambique (FRELIMO), un mouvement qui prône le rejet global du système colonial-capitaliste dans un contexte de lutte des classes et de lutte révolutionnaire. Le FRELIMO opte pour placer l'insurrection armée au centre de la lutte politique, afin de mobiliser les populations rurales, amenées à constituer la base sociale et politique du mouvement. Il engage ses premières actions de guérilla à partir de septembre 1964, en dépit des dissensions internes qui affaiblissent le mouvement. Le COREMO, soutenu par le président zambien Kenneth Kaunda mais aussi allié à l'UNITA angolais et au Congrès panafricain d'Azanie, n'arrive pas à s'imposer face au FRELIMO dans le domaine de la lutte armée contre l'administration portugaise.

En 1968, le premier gouverneur civil du Mozambique est nommé, l'armée ayant fourni jusque-là la majorité des gouverneurs coloniaux. En dépit de l'assassinat en 1969 de son chef historique, Eduardo Mondlane, le FRELIMO devient le seul mouvement nationaliste de guérilla à pouvoir lutter contre le pouvoir colonial.

Le FRELIMO est finalement reconnu internationalement comme mouvement de libération nationale. Sa direction tricéphale est alors composée de Samora Machel, du poète Marcelino dos Santos et du révérend Uria Simango (en). Après que ce dernier eut rejoint le COREMO, Samora Machel prend vite l'ascendant sur le mouvement alors que Dos Santos (un métis) préfère s'effacer devant un Noir représentant la classe ouvrière. Dos Santos demeure néanmoins l'idéologue en chef du FRELIMO.

Le FRELIMO n'attend pas le retrait des troupes portugaises pour développer sa propre administration dans les régions « libérées ». Le nombre d'écoles et l'alphabétisation augmentent, des centres de santé sont créés et des cultures agricoles se développent, organisées par le mouvement. En 1973, les premiers « comités du parti » sont créés ainsi que l’« École du parti », chargée de former idéologiquement ses cadres. Bien que la documentation soit peu abondante au sujet de l'organisation politique de ces régions, il semble que le FRELIMO ait cherché à encourager les paysans à participer aux décisions plutôt que de confier le pouvoir à ses représentants[2].

En 1972, un « mouvement national de résistance » est créé par les services secrets de Rhodésie, avec pour mission de s'attaquer aux bases arrière des mouvements nationalistes de Rhodésie.

En avril 1974, le FRELIMO contrôle le nord du pays et la région de Tete, soit un tiers du territoire, tandis qu'au Portugal la révolution des Œillets met fin à la dictature salazariste. Le FRELIMO devient l'interlocuteur privilégié des Portugais bien qu'en quelques semaines une trentaine de partis politiques voient le jour au Mozambique. Le 7 septembre 1974, un accord est signé à Lusaka entre le Portugal et le FRELIMO, fixant un calendrier pour un cessez-le-feu et l'établissement d'un gouvernement provisoire en vue de la proclamation de l'indépendance du Mozambique.

Une partie des colons portugais est alors ulcérée de l'abandon annoncé de la colonie. Certains veulent prendre modèle sur la Rhodésie du Sud et, à l'instar de Ian Smith, faire déclarer unilatéralement l'indépendance. Une tentative de coup d'État mal préparée a alors lieu. Des colons s'emparent des locaux de la radio nationale, occupent le central téléphonique et libèrent les agents de la PIDE, la police secrète salazariste, arrêtés lors de la révolution des Œillets. Mais la majorité des colons se résigne en fait à l'arrivée du FRELIMO au pouvoir. Une grande majorité d'entre eux se résigne au départ et, en quelques mois, la population portugaise tombe de 200 000 à 80 000 personnes, alors que l'indépendance n'est toujours pas proclamée. Les derniers soubresauts ont lieu en octobre 1974. Certains des colons brûlent leurs propriétés en partant, la majorité vers l'Afrique du Sud et le Portugal. Au début des années 1990, il ne demeure plus que 7 000 Mozambicains d'origine portugaise vivant au Mozambique, principalement à Maputo.

L'indépendance du Mozambique[modifier | modifier le code]

Premier drapeau du Mozambique (1975-1983).

Le , l'indépendance du Mozambique est proclamée et Samora Machel devient le premier président de la République. Selon les accords passés avec le gouvernement portugais, des élections pluralistes doivent être organisées et un gouvernement d'union nationale doit assurer la stabilité du nouveau pays. En fait, le FRELIMO accapare immédiatement le pouvoir que les Portugais lui avaient donné, et s'aligne politiquement sur le bloc soviétique, en mettant en place un État socialiste. Les élections pluralistes n'ont pas lieu. La nouvelle constitution proclame l'établissement d'une démocratie populaire, fondée sur un système de parti unique et d'élections indirectes.

L'état économique et social semble alors déplorable mais le nouveau gouvernement compte sur l’aide économique et politique de l’Union soviétique et de Cuba relayant alors celles qui étaient apportées jusque-là par le Portugal et l'Afrique du Sud.

Cependant, le pays s'enfonce dans une guerre civile, attisée par des intérêts qui dépassent ceux du Mozambique.

La guerre civile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile du Mozambique.

Le FRELIMO, s'appuyant sur sa légitimité au sein de la population mozambicaine, se proclame parti unique.

Samora Machel met alors en place un régime socialiste et dictatorial, nationalisant les industries et les fermes. Il tente de regrouper autoritairement les villageois dans des villages communautaires, inspirés des villages tanzaniens d'Ujamaa, dans le but de favoriser l'accès aux services et à l'éducation de la population mais aussi pour subroger les anciennes plantations coloniales par des fermes d'État.

Dans les mois qui précèdent son indépendance, le Mozambique est abandonné par la grande majorité des 4 500 propriétaires d'entreprises agricoles et le réseau de milliers de magasins faisant l’essentiel du commerce est presque totalement démantelé. L'économie, et en particulier l'agriculture, est alors complètement désorganisée. Le processus de reconstruction de la structure productive et du réseau de commercialisation, lent et conflictuel, est cependant progressif jusqu’en 1981. À partir de cette date, les actions de banditisme armé, soutenu par l'Afrique du Sud et les États-Unis, entrainent le Mozambique dans une nouvelle période de régression économique. Ces actions, localisées pour la plupart dans les zones rurales, sabotent la production des entreprises, causent la destruction des infrastructures commerciales et des voies de communication, et ciblent également les paysans. Des migrations forcées se produisent, créant ou aggravant les situations de famine[3].

Sur le plan international, le Mozambique se conforme aux sanctions économiques internationales contre la Rhodésie du Sud et l'Afrique du Sud, en dépit de ses propres intérêts économiques, ce qui accentue la désorganisation économique, politique et sociale du pays. Le pays accorde accueille également des mouvements nationalistes en lutte contre les systèmes ségrégationnistes de Rhodésie et d'Afrique du Sud. Mais, en moins de deux ans, à la suite du départ massif des cadres portugais, de l'échec rapide des fermes d'État et de l'effondrement du trafic portuaire et ferroviaire, conséquence logique de l'hostilité du gouvernement mozambicain à la Rhodésie et à l'Afrique du Sud, le pays est ruiné et au bord de la banqueroute. La campagne de sabotage systématique menée par la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO), financée et soutenue d'abord par la Rhodésie puis par l'Afrique du Sud, finit par plonger le pays dans une guerre civile qui dura seize ans.

En 1979, le FRELIMO pensa avoir vaincu la résistance lorsqu’André Matsangaíssa (en), le chef de la RENAMO, est abattu, mais au contraire, la guérilla se maintient.

Après l'indépendance du Zimbabwe en 1980, l'Afrique du Sud prend la relève de la Rhodésie dans le soutien financier et logistique à la RENAMO. Le pays est alors coupé en deux. La RENAMO oscille entre mouvement de rébellion et groupement mafieux adepte du banditisme et du sabotage. Toutes les voies de communication sont coupées, les lignes de transport d'énergies sabotées et les aménagements ruraux détruits. Le port de Maputo sombre dans le marasme alors qu'une sècheresse dévastatrice s'abat sur le pays, causant famine et déplacement de la population. Le Mozambique devient devenir pendant une quinzaine d'années l'un des trois pays les plus pauvres au monde et est tributaire de l´aide internationale, notamment celle en provenance des pays scandinaves.

Dès 1980, le FRELIMO prend acte de l'échec de sa politique économique et sociale. Samora Machel impute cet échec aux éléments ultra-gauchistes du FRELIMO. L'agriculture familiale est alors réhabilitée et les fermes d’État réformées. En 1983, le pays tourne le dos au socialisme et adhère au FMI et à la Banque mondiale. Les capitaux occidentaux, notamment portugais, commencent à revenir au Mozambique.

Des commandos sud-africains effectuent des raids fréquents, ciblant en particulier les bases de l'African National Congress (ANC). L'armée de l'air mène des frappes directement sur Maputo en 1983. Le gouvernement mozambicain accuse aussi d'anciens colons portugais vivant en Afrique du Sud et au Portugal, ainsi que des États conservateurs du Golfe (Arabie Saoudite et Oman) d'apporter une aide matérielle aux "bandits armés" de la RENAMO, via les Comores et le Malawi[4].

En 1984 a lieu, à Komatipoort, une rencontre au sommet entre Pieter Botha, président d'Afrique du Sud, et Samora Machel ; elle aboutit à l'accord de Nkomati, prévoyant l'arrêt de l’aide du Mozambique au Congrès national africain en échange de la fin du soutien sud-africain au RENAMO. Mais c'est un échec, aucun des signataires ne respectant sa signature. En même temps, le pays adhère au FMI et à la Banque mondiale ; il obtient ainsi une aide au développement des pays de la CEE et des États-Unis.

En 1986, l'avion présidentiel dans lequel se trouvait Samora Machel, de retour de Zambie, se déroute et s'écrase en Afrique du Sud, à 300 mètres de la frontière mozambicaine. Neuf passagers sont rescapés des restes du Tupolev piloté par un équipage soviétique, mais le président Samora Machel figure parmi les morts. L'enquête internationale, dirigée par le juge sud-africain Cecil Margo (en), à laquelle participèrent officieusement les Soviétiques et les Mozambicains, conclut à une série de négligences de l'équipage.

Après une courte période d'intérim, Joaquim Chissano succéde au père de l'indépendance mozambicaine. Il entreprend immédiatement un rééquilibrage diplomatique et pacifie ses relations avec le Malawi voisin, que Samora Machel avait accusé de donner refuge à la RENAMO. Il effectue un virage économique en procédant aux premières privatisations dans l'industrie alors que les Sud-Africains eux-mêmes étaient encouragés à réinvestir dans le pays.

En 1988, Chissano se détourne de l'URSS qui, par deux fois, avait refusé de lui accorder l'accession au COMECON. Si Chissano maintient néanmoins le traité d'amitié entre les deux pays, il se tourne uniquement vers les Européens et les États-Unis pour obtenir une aide financière.

Le , à Songo, Joaquim Chissano et Pieter Botha renouvèlent la coopération entre leurs pays respectifs pour sauver le barrage de Cahora Bassa. Le rapprochement entre les deux gouvernements est facilité par l'entregent de Pik Botha, le ministre sud-africain des Affaires étrangères, qui devient un habitué de Maputo.

En juillet 1989, le FRELIMO renonce au marxisme. Peu de temps après, Chissano accueille encore une fois Pieter Botha, sur le site du barrage de Cahora Bassa, au moment de l'achèvement des travaux de la commission tripartite (Portugal, Mozambique, Afrique du Sud) pour la réhabilitation de ce grand projet de développement électrique.

En 1990, alors que les régimes d'Europe de l'Est s'effondrent les uns après les autres (précédant la fin de l’Union soviétique en 1991) et que Frederik de Klerk légalise l'ANC en Afrique du Sud, les premiers pourparlers de paix ont lieu entre le FRELIMO et le RENAMO, débouchant en novembre sur une nouvelle constitution, reconnaissant le pluralisme politique.

Le , à Rome, un accord de paix est signé sous l’égide de la communauté de Sant'Egidio et avec l’appui de l'ONU, entre Joaquim Chissano pour le FRELIMO et Afonso Dhlakama pour le RENAMO. Il prend effet le .

Une force de maintien de la paix, l’ONUMOZ, est alors déployée au Mozambique. Ses derniers contingents quittent le pays en 1995.

La guerre civile fait finalement un million de victimes, autant de réfugiés dans les pays voisins, et quatre millions de déplacés à l’intérieur du pays.

La démocratie[modifier | modifier le code]

En 1994, les élections donnent le FRELIMO de Joaquim Chissano vainqueur et, malgré de nombreux témoignages de fraude, le RENAMO respecte le résultat, se cantonnant à l’opposition politique. Le retour à la paix provoque le retour de 1,7 million d’expatriés, ainsi que le retour de quatre millions de déplacés à l’intérieur du pays. Économiquement, le pays doit alors procéder à de grandes réformes recommandées par les grandes institutions internationales. Certaines semblent contre-productives comme la dérégulation du secteur de la noix de cajou qui fait disparaître 90 % des emplois de cette industrie exportatrice.

En 1995, le Mozambique adhère au Commonwealth, devenant le premier membre de celui-ci à n’avoir jamais fait partie de l’Empire britannique. En décembre 1999 se tiennent de nouvelles élections qui donnent encore la victoire au FRELIMO. Des irrégularités poussent le RENAMO à menacer un retour à la guerre civile, mais à la suite de sa défaite devant la cour suprême, il finit par y renoncer. À la fin des années 1990, le Mozambique bénéficia du processus d’allégement de la dette des pays les plus pauvres.

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, le pays fait appel à des agriculteurs blancs d'Afrique du Sud et du Zimbabwe pour relancer des exploitations agricoles ou redévelopper les cultures de tabac, de maïs, de soja, de piment, de tournesol. Le gouvernement leur proposa concrètement des terres à la location pour des périodes de 50 à 100 ans, le but étant de favoriser l'emploi local. En 2000, un cyclone suivi d'une inondation dévastent le pays, tuant plusieurs centaines de personnes.

En 2001, Joaquim Chissano indique qu'il ne se représentera pas une troisième fois, et c’est Armando Guebuza qui lui succède à la tête du FRELIMO, remportant encore les élections de décembre 2004.

En 2006, le pays compte 19 millions de Mozambicains dont un tiers vivant dans les villes, conséquence d'une urbanisation rapide intervenue au cours de l’interminable guerre civile.

S’il demeure l’un des pays les plus pauvres du monde, où l’espérance de vie est d’à peine 41 ans, le Mozambique connaît depuis 1995 une croissance annuelle exceptionnelle qui atteint 9 % en 2005. La Banque mondiale cite ainsi le Mozambique comme « un modèle de réussite. Une réussite en termes de croissance, et un modèle qui montre aux autres pays comment tirer le meilleur parti de l’aide internationale », même si la pauvreté reste omniprésente, plus de la moitié des habitants vivant encore en dessous du seuil de pauvreté[5].

Le 28 octobre 2009, Armando Guebuza est réélu président pour un deuxième mandat, dès le premier tour de scrutin avec 75 % des voix. Le 15 octobre 2014, le FRELIMO propose un nouveau candidat à l'élection présidentielle, Filipe Nyusi qui est élu au premier tour, au cours d’un scrutin parsemé de fraudes et contesté par l’opposition, comme chaque fois. Afonso Dhlakama, chef du RENAMO, principale force d'opposition, double cependant son score de 2009, et réunit 37 % des suffrages exprimés[6],[7]. La situation post-électorale est tendue et le RENAMO semble pendant quelques mois reprendre une insurrection militaire, comme pendant les heures noires de la guerre civile qui avait duré de 1976 à 1992. Mais le spectre d'une nouvelle guerre civile s'éloigne début 2017[8]. Par contre, un scandale de dettes cachées, à la fin du deuxième mandat d'Armando Guebuza, touche le FRELIMO même si le président a changé, et fragilise le pays. Des médias anglo-saxons ont démontré l'existence d'emprunts contractés de façon opaque mais garantis par le gouvernement de l'époque, pour 1,8 milliard d’euros, par trois entreprises publiques. L'affectation précise des sommes reste floue, même s'il est indiqué que ces emprunts auraient financés un programme d'armement. Depuis, le Mozambique, incapable d’honorer les remboursements de ces dettes, est plongé dans une crise financière[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. do O'da Silva 1991, p. 97.
  2. Mozambique : guerre et nationalismes, Politique africaine,
  3. Fernando Jorge Cardoso, « Fermes d’État et développement rural », Politique africaine,‎ (lire en ligne)
  4. « Analyse economique et sociale », sur afriquepluriel.ruwenzori.net
  5. « Mozambique. Maputo, un modèle pour l’Afrique ? », Le Courrier International, citant le journal sud-africain Mail & Guardian,‎ (lire en ligne).
  6. Adrien Barbier, « Mozambique : un nouveau président dans la lignée de son prédécesseur », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  7. Adrien Barbier, « Mozambique : l'opposition met fin au boycott de l'Assemblée », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  8. Adrien Barbier, « Au Mozambique, le leader de l’opposition fait volte-face et la paix s’installe », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  9. Adrien Barbier, « La dette cachée du Mozambique n’a pas livré tous ses secrets », Le Monde,‎ (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mario Azevedo, Emmanuel Nnadozie et Tomé Mbuia João, Historical dictionary of Mozambique, Scarecrow Press, Lanham, Md., 2003, LXVI-302 p. (ISBN 0-8108-3792-7).
  • (en) Malyn Newitt, A history of Mozambique, Indiana University Press, Bloomington ; Indianapolis (Ind.), 1995, 679 p. (ISBN 0-253-34007-1).
  • (fr) Philippe Gervais-Lambony, « Le Mozambique » dans L'Afrique du Sud et les États voisins, Armand Colin, 1997, p. 207-217.
  • (fr) Georges Lory (sous la direction de), « Le Mozambique » dans Afrique australe, éditions Autrement, no 45 HS, avril 1990.
  • (fr) José Magode, Pouvoir et réseaux sociaux au Mozambique : appartenances, interactivité du social et du politique : 1933-1994, Connaissances et savoirs, Paris, 2006, 648 p. (ISBN 2-7539-0033-7) (texte remanié d'une thèse de doctorat de science politique, Lyon 2, 2003).
  • (fr) Eduardo Mondlane, Mozambique : de la colonisation portugaise à la libération nationale, L'Harmattan, Paris, 1979, 257 p. (ISBN 2-85802-104-X).
  • Alvaro do O'da Silva, Afrique australe, à la recherche d'une identité, L'Harmattan, , 185 p.
  • (fr) René Pélissier, Naissance du Mozambique : résistance et révoltes anticoloniales, 1854-1918, 1984, 2 vol., 883 p.
  • (pt) Alexandre A. Ferreira, Moçambique, 1489-1975, Prefácio, Lisbonne, 2007, 487 p. (ISBN 978-989-8022-04-2).
  • (pt) Amélia Neves de Souto, Guia bibliográfico para o estudante de história de Moçambique (200/300-1930), Universidade Eduardo Mondlane, Centro de estudos africanos, Maputo, 1996, XVIII-347 p.

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