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Saadiens

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Saadiens

15091659

Description de l'image Saadiens - Carte fin XVIe siècle (revised).jpg.
Informations générales
Statut Principauté (1509 - 1549)
Sultanat (1549 - 1659)
Capitale Tagmadert (jusqu'à 1524)
Marrakech (à partir de 1524)
Langue(s) Arabe
Religion Islam sunnite
Histoire et événements
1509 Établissement de la principauté saadienne à Tagmadert
1511 Appel à la guerre sainte contre les Portugais
Les Portugais s'emparent d'Azemmour
1524 Avec le concours des Hintata, les Saadiens s'emparent de Marrakech
1549 Les Saadiens annexent complètement le royaume wattasside et sa capitale Fès
1554 Brève restauration wattasside par Ali Abu Hasun
1578 Bataille des Trois Rois
1591 Bataille de Tondibi
16031627 Guerre de succession
1659 Assassinat d'Ahmad al-Abbas, fin de la dynastie
Prince
(1er) 1511-1517 Abou Abdallah al-Qaim
Sultan
(1er) 1549-1557 Mohammed ech-Cheikh
(Der) 1654-1659 Ahmad al-Abbas

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Entités suivantes :

Les Saadiens ou Zaydanides (en arabe : السعديون, as-Saʿdiyyūn , Banū Zaydān ; en amazighe : ⵉⵙⵄⴷⵉⵢⵏ, Iseʿdiyen) est une dynastie d'origine arabe qui règne sur le Maroc de 1549 à 1659 et dont la capitale est Marrakech.

Fondée en 1509 comme principauté s'opposant à la présence portugaise au Maroc, elle s'étend à partir de 1511 sur le Souss, le Tafilalet et la vallée du Drâa. Après quelques victoires à Massa et Santa Cruz de la Mar Pequeña, les Saadiens capturent Marrakech et en font leur capitale politique et spirituelle. Les Wattassides rompent la trêve et entrent en confrontation pour le contrôle des territoires. Le traité de Tadla délimite une première frontière qui sera confirmée en 1537, instaurant douze ans de paix durant lesquels les Saadiens parviennent à repousser les Portugais.

En 1549, les Wattassides sont écartés du pouvoir du nord du Maroc, malgré une brève restauration en 1554. Ils règnent par la suite sur l'ensemble du Maroc avant d'étendre leur empire jusqu'à Tombouctou et Gao à partir de la fin du XVIe siècle.

Affaiblis par des querelles dynastiques et des conflits armés entre différents prétendants dès le début du XVIIe siècle, les Saadiens perdent progressivement le contrôle du pays au profit de chefs locaux et des confréries religieuses ; ils perdent tout pouvoir politique à partir de 1659.

Historiographie

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L'histoire des Saadiens souffre d'un double biais. En premier lieu, l'essentiel de leur dynastie est connu sous le prisme des sources européennes portugaises, hollandaises et anglaises. En second lieu, à cause du poids historiographique que représente l'histoire mérinide d'une part et de celui des Alaouites. Les premiers, souvent présentés sous des dimensions impériales dépassant les frontières du Maroc actuel, tendent à discréditer l'impact de la dynastie saadienne. Les seconds s'efforcent quant à eux de diminuer et d'effacer les traces saadiennes afin d'asseoir leur propre légitimité. Cependant, la dynastie saadienne intervient à un moment charnière, tout d'abord en rompant avec les précédentes dynasties tribalo-berbères, deuxièmement en cimentant les territoires marocains[1].

Contexte et origines

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Les Saadiens sont à l'origine des Arabes originaires de la région de Yanbo, en Arabie, installés au sud du Maroc dans la vallée du Drâa au XIVe siècle. Ils seraient chérifs en tant que descendants de Hassan ben `Alî, fils aîné de Ali et Fatima Zahra[2],[3]. Il existe cependant un débat sur leur lignée chérifienne, en effet, plusieurs généalogistes, éparpillés dans tout le Maghreb, les relient aux Banu Saad (en) de la confédération Hawazin, et seraient donc d'origine bédouine qaysite[4].

L'émergence des Saadiens tient lieu en réaction aux croisades de la reconquista et aux incursions ibériques sur le territoire maghrébin. Elle ne se produit pas en opposition au pouvoir wattasside en place, ni depuis les principaux centres urbains dont les élites andalouses qui sont l'objet d'ingérences européennes. Le mouvement est soutenus par des chefs locaux, cheikhs et confréries tribales[5].

Émergence du pouvoir

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Vers 1509, la confédération Jazoula prête serment d'allégeance à Abou Abdallah al-Qaim qui adopte le titre d'al-qâ'im bi-amr Allâh (« Celui qui s'élève sur l'ordre de Dieu »). Prince de Tagmadert, le territoire prend la forme à partir de 1511 d'une principauté s'étendant sur le Souss, le Tafilalet et la vallée du Drâa. L’influence des confréries jazouliennes conduit à la formation de l'État saadien, celle-là est telle que ce dernier est qualifié d'« État Guezoula »[6],[7].

Il mène le djihad contre les Portugais dès le mois d'août 1511, et tente de prendre sans succès la forteresse portugaise de Santa Cruz do Cabo de Gué (Agadir)[8],[9]. Il parvient cependant à reprendre Massa. À sa mort, en 1517, son fils Ahmed al-Araj lui succède et obtient une première victoire contre les espagnols en 1524 en capturant le comptoir de Santa Cruz de la Mar Pequeña (Ifni)[10].

Les Saadiens semblent alliés ou vassaux d'al-Burtuqali. La tentative wattasside de reprendre Marrakech échoue en 1520-1521 et les Saadiens la reprennent en 1525. Ahmed al-Araj s'y fait proclamer émir[10],[11]. Il y il fait construire une nécropole pour son père et le saint soufi al-Jazouli[12]. Le nouveau souverain wattasside, Abu al-Abbas, lui déclare la guerre pour reprendre la ville mais échoue en 1527 et signe le traité de Tadla qui en fait la cession. Il est ensuite défait en 1529, mais la délimitation entre les deux royaumes ne se conclue qu'en 1537 après une dernière victoire[13],[12],[14].

Durant le règne d'Ahmed al-Araj, les armées saadiennes mettent sous pressions les ports portugais, mais c'est son frère Mohammed ech-Cheikh qui engrange les victoires dès 1541 avec la reprise d'Agadir , puis en 1544 avec Safi et Azemmour[13],[12]. Cette situation reflète également une querelle entre les deux frères pour le pouvoir. Mais au terme de ces victoires, en 1544, Mohammed ech-Cheick fait écarter du pouvoir son frère et prend le titre de mahdi[15].

Affirmation parmi les grandes puissances

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Lutte contre le pouvoir ottoman

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En 1553, l'Empire ottoman, par l'intermédiaire de la régence d'Alger, aide Abu al-Hasan à reprendre Fès du pouvoir Saadien. Cependant, la présence des troupes turques provoque la révolte de la population et Abu al-Hasan est contrain de les renvoyer. Une fois le calme recouvré, il se fait proclamer roi de Fès et lève une armée en direction de Marrakech. Mohammed ech-Cheick lui tend une embuscade et le tue à la bataille de Tadla le [16]. Il reprend le contrôle et réprime les partisans des Wattasides. Ces décisions le rendent impopulaire et il transfère la capitale à Marrakech[17],[18].

Ech-Cheikh cherche alors à se prémunir des prétentions des communautés religieuses qui l'ont amené sur le trône, tout en s'assurant que les Ottomans ne deviennent pas une menace trop tangible. Ayant réussi son premier objectif, il assure le second en s'alliant à l'Espagne, bien que catholique. Mais le souverain saadien est assassiné en 1557[19],[20],[21]. En effet, en 1557 des assassins à la solde du beylerbey d’Alger Hassan Pacha décapitent le sultan marocain et envoient sa tête en trophée à Constantinople, où Soliman la fera accrocher sur les murs du Sérail de Topkapı[22]. Son fils Abdallah El-Ghalib lui succède, maintenant l'alliance espagnole tout en essayant de reconquérir Mazagan en 1562[20]. Il repousse une incursion ottomane et concentre davantage son règne sur des politiques intérieures visant à consolider l'administration du pouvoir. Il développe également une politique extérieure plus prudente et orientée sur une importante activité diplomatique avec les pouvoirs européens[23]. Il meurt en 1574, après avoir désigné son fils Muhammad al-Mutawakkil comme héritier[24].

Bataille des Trois Rois

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Le roi du Portugal Sébastien Ier saisit l'opportunité du conflit dynastique qui oppose el-Mutawakkil à Abu Marwan Abd el-Malik et mène une armée contre le pouvoir saadien après avoir promis de remettre el-Mutawakkil sur le trône. Le , l'affrontement a lieu près de Ksar El Kébir (ou Alcazarquivir), au nord du Maroc, et les 40 000 cavaliers du sultan anéantissent les troupes portugaises. el-Mutawakkil se noie dans l'oued el Makhazin en tentant de fuir, Sébastien meurt au combat. Quant à Abd el-Malik, il meurt lui aussi au cours de la bataille, d'une intoxication alimentaire[25]. Cette bataille des Trois Rois entraîne deux ans plus tard l'invasion du Portugal par le roi d'Espagne Philippe II et l'union dynastique des deux royaumes. Les milliers de prisonniers portugais permettent de renforcer les effectifs des renégats et de soutirer un tribut aux familles nobles portugaises pour leur rachat[26].

La victoire marque un tournant du pouvoir saadien qui affirme le Maroc au rang des puissances européennes[27]. La bataille est considérée comme l'une des plus sanglante du XVIe siècle, tuant entre 15.000 et 30.000 hommes[28]. Les conséquences de la bataille sont multiples : l'union ibérique met fin aux prétentions de croisade sur le sol marocain, la menace ottomane s'estompe, la vente des prisonniers issus de la bataille rapporte une fortune au nouveau sultan Ahmed al-Mansour[29],[30]. Cette affirmation de l'autonomie offre un nouveau souffle à la dynastie qui entre dans une période de prospérité favorable au développement économique, culturel et artistique[31].

La dynastie saadienne connaît son apogée sous le règne d'Ahmed al-Mansour qui parvient à se positionner efficacement sur l'échiquier diplomatique afin que les puissances espagnoles et ottomanes se confrontent tout en délaissant son territoire[32]. Il reprend le développement de la culture de canne à sucre afin de devenir un carrefour indispensable du commerce européen et ne plus dépendre uniquement de l'or du commerce transsaharien. Des infrastructures économiques sont implantées pour réguler et taxer ce commerce[32].

En 1586, les beylerbeys d'Alger sont remplacés par des pachas, mettant fin aux ambitions turques sur le Maghreb, mais également au conflit avec l'Espagne. En conséquence, Philippe II exige qu'al-Mansour restitue Larache en compensation des pertes occasionnées durant leur éviction du dernier beylerbey. Cette demande irrite le sultan qui entre dans la coalition aux côtés du royaume d'Angleterre, des Provinces-Unies et du royaume de France[33]. Toutefois, il ne prendra pas part à la guerre anglo-espagnole. Ce choix politique lui vaut de recevoir en compensation de Philippe II Arzila[34]. Une autre conséquence de cette décision est le rapprochement avec les Provinces-Unies qui participe au développement des villes du littoral Atlantique[35].

Au Sud, dans le Sahara, Al-Mansour avait déjà repris le contrôle en 1583 sur le Touat et le Gourara, couloirs du commerce transsahariens[36]. Dans ce contexte, une ambassade du Kanem-Bornou prête allégeance au souverain saadien, provoquant la colère et la crainte de l'Askia du Songhaï. Ce dernier met un embargo sur le passage caravanier à destination de Teghazza, alors sous domination marocaine[37]. La fin de la présence ottomane et la situation anglo-espagnole permet au sultan d'envisager une expédition d'envergure. En 1590, il présence à son conseil de guerre un plan d'expansion vers le sud pour des motifs économiques, politiques et religieux. L'objectif consiste à prendre possession des noeuds commerciaux de l'empire songhaï. Ce projet est désavoué par son conseil, les oulémas soulignent le fait que ce conflit soit dirigé contre d'autres musulmans[38],[39],[40].

Le , après être parvenu à convaincre une partie des élites, une armée de 20.000 soldats (dont 3000 à 4000 fusiliers) quitte Marrakech en direction du Bilal al-Sudan, le Soudan sous hégémonie songhaï. Le , l'armée arrive sur les bords du Niger. Onze jour plus tard, l'armée rencontre 27.000 à 42.000 hommes dirigées par Askia Ishaq II. Les armes à feu offrent un avantage considérable, faisant de la bataille de Tondibi une victoire décisive. L'armée saadienne parvient à pénétrer dans Gao, désertée de ses habitants et sans la moindre richesse. Yuder Pacha, qui dirige l'armée, décide de signer une trêve et de se retirer à Tombouctou pour s'assurer que ses soldats aient des vivres[41]. Cependant, le sultan refuse cette trêve, destitue son général, et ordonne la reprise des conquêtes. L'administration songhaï s'effondre tandis que Mahmud ibn Zarkun (en) se retrouve à la tête du pachalik de Tombouctou[42].

Dans cette nouvelle province de l'Empire saadien en Afrique occidentale, l'ordre est assuré par un important dispositif de garnisons : les soldats de l'armée marocaine du Soudan finissent par épouser les femmes songhaï, ce qui donne naissance à une nouvelle ethnie issue de ce métissage, les Armas. Sur le plan religieux, le califat saadien est reconnu jusqu’au Tchad par Idriss III Alaoma, roi du Kanem et du Bornou[43]. Cette allégeance spirituelle marque une victoire indéniable pour le sultan al-Mansur sur la scène africaine, au détriment des Ottomans qui entendaient imposer leur califat aux royaumes du Sahel. Du Soudan l'expédition marocaine ramène à Marrakech des esclaves pour travailler dans les champs de canne à sucre de Chichaoua[44].

L'Empire songhaï détruit et son souverain Askia Ishaq II renversé, l’or de la vallée du Niger prend le chemin des oasis marocaines puis de Marrakech par le circuit de caravanes sous forte escorte armée. Grâce à cet or malien, le sultan al-Mansur se lance dans une politique de grand prestige, achève son immense et luxueux palais El Badi siège d'une vie de Cour très fastueuse, et l’on voit même la reine de France Catherine de Médicis tenter de recourir à un emprunt de 20 000 ducats auprès du richissime souverain saadien[45]. De son côté la reine Élisabeth Ire d’Angleterre veut nouer une alliance stratégique anti-espagnole avec le puissant califat saadien, afin de contrer les ambitions de Philippe II. Cette politique se concrétise par l’attaque conjointe anglo-marocaine contre Cadix (1596) et par l’échange d’ambassadeurs entre les Cours royales de Londres et de Marrakech en 1600. Le sultan al-Mansur va même jusqu'à proposer aux Anglais d'établir un plan de conquête de l'Amérique espagnole et un partage du Nouveau Monde entre l'Angleterre et le Maroc[46][source insuffisante].

Au terme de cette conquête, la dynastie saadienne est en contrôle des trois principales zones d'échanges du commerce transsaharien : la zone maghrébine, la zone saharienne et la zone sahélo-soudanaise. Cette situation permet au sultanat de s'enrichir fortement, au point qu'Al-Mansour soit qualifié de « prince le plus riche du monde »[47]. Cependant, ces conséquences économiques importantes sont rapidement annulées par les effets conjugués des révoltes, des famines et d'une importante épidémie de peste dès 1597[48],[49].

Déclin et chute

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Dès 1595, les premiers signes de la décomposition du régime sont palpables avec la révolte menée par le prince héritier Mohammed ech-Cheikh el-Mamoun[50]. Puis, dès 1597, l'épidémie de peste, amenée au Maroc par les populations séfarades, maures, morisques et hornacheros fuyant l'Espagne, dépeuple fortement les villes et porte un coup important à l'économie du pays ainsi qu'à ses effectifs militaires[51],[49]. Les documents contemporains témoignent de l'état de dévastation dans le pays : « voilà que depuis trois an et demi, nous sommes en proie à la famine et à beaucoup d'autres calamités. [...] Les précieux enfants de Fès sont gonflés comme des outres, dépérissent d'inanitions ; ils sont devenus comme de vils tessons, ils étreignent les tas d'ordures pour y picorer comme des poules. [...] Quiconque reste dans la ville meurt de faim, quiconque sort tombe victime du glaive. »[51].

Les sources permettent d'avancer des chiffres de la conséquence démographique, envisageant plus de 1000 morts par jour à Fès et 2000 à Marrakech, avec un point culminant de mortalité en 1598[51]. Les élites et l'aristocratie fuient les villes. Al-Mansour prend des mesures pour que ses proches, en particulier son fils héritier, reste à l'écart des villes au moindre indice de peste. Cependant, malgré ces précautions, le sultan est lui-même contaminé et meurt le à Dahr-al-Zawiya (près de Fès)[52]. Zaidan el-Nasir se fait proclamer roi de Fès dès l'annonce du décès tandis qu'Abdallah Abou Faris se fait proclamer sultan à Marrakech et fait libérer Mohammed ech-Cheikh el-Mamoun pour le soutenir dans un intense conflit dynastique[53],[54].

Dès 1612, les gouverneurs de Tombouctou cessent d'obéir directement au sultan, et l’or du Mali ne parvient plus jusqu’à Marrakech malgré la tentative de reprise en main du Soudan marocain par le pacha renégat Ammar el Feta. Moulay Zaidan doit affronter le faqih Ibn Abî Mahalli qui se proclame Mahdi et Imam infaillible comme Ibn Toumert avant lui, et veut prendre le pouvoir avant d'être vaincu en 1613. Profitant du désordre politique au Maroc, la France sous l'impulsion du cardinal de Richelieu tente de s'emparer de Mogador et charge Isaac de Razilly d'y installer un comptoir[55]. Finalement Louis XIII y renonce et un traité de paix est conclu en 1631 avec le sultan Al-Walid[56].

Les différentes factions de la dynastie saadienne continuent leur lutte frattricide, multipliant les assassinats. L'avant dernier roi saadien, Mohammed ech-Cheikh es-Seghir parvient à avoir un long règne malgré ces conflits. Son fils, Ahmad al-Abbas, lui succède en 1655. Son assassinat en 1659 par son oncle maternel, Kerroum al-Hajj al-Shabani, met fin à la dynastie saadienne[57],[58].

L'exploitation sucrière, qui existait déjà depuis le XIe siècle au Maroc, semble avoir perduré depuis lors, fluctuant en termes de prospérité en fonction du contexte politique, économique et social sous les Saadiens[59].

Le sucre est ainsi devenu une source de richesse essentielle pour la nouvelle dynastie Saadienne qui a investi dans l'aménagement du réseau des sucreries dans la région du Souss, ce qui a permis de propulser l'exploitation sucrière à une échelle industrielle. Les archives diplomatiques européennes témoignent de l'importance, dès le début du XVIe siècle, du commerce du sucre avec les marchands européens, principalement anglais et français, sur le port de Santa Cruz (Agadir). Les conditions favorables au développement d'une industrie sucrière rentable semblent en effet réunies : la stabilité politique et le contrôle du territoire ont permis le développement des infrastructures nécessaires, ainsi que l'ouverture de nouveaux débouchés commerciaux vers l'Europe directement depuis la côte atlantique de la plaine.

Dans ses écrits, Jean-Léon l'Africain indiquait qu'elle était toujours pratiquée dans le Souss au début du XVIe siècle, à l'époque de l'avènement des nouveaux souverains. Ainsi, cette production n'est pas une contribution directe de la nouvelle dynastie, mais elle connaît un développement significatif sous son égide.

L'analyse des sources textuelles suggère ainsi que la réorganisation agricole et industrielle du Sous a été d'envergure, ce que confirment également les vestiges archéologiques des sucreries de la plaine. Ces vestiges sont bien connus grâce aux travaux réalisés dans les années 1950-1960 par Paul Berthier[59]. Ses recherches ont révélé d'une part le nombre important d'établissements industriels avec dix sucreries identifiées dans la plaine du Souss et d'autre part l'ampleur des aménagements nécessaires à leur fonctionnement ainsi qu'à la culture de la canne à sucre. Parmi ces aménagements, la mise en place d'un réseau hydraulique conséquent a été une étape essentielle pour le contrôle et la gestion de l'eau indispensables à la fois pour l'irrigation d'une culture très exigeante en eau, et pour actionner les broyeurs de canne utilisant la force hydraulique[60].

Si les Turcs sont surtout présents dans l’état-major et dans l’artillerie, l’essentiel de l’armée saadienne est composé de renégats européens (principalement d'origine espagnole) et de tribus militaires arabes Cheragas ainsi que de contingents du Souss (les Ehl el-Souss, constituant l’ossature militaire de la dynastie)[61]. Cette force considérable, estimée à 40 000 hommes par l’historien Henri Terrasse[62], fait du sultan Ahmed al-Mansur le plus puissant chef politique et militaire de cette partie de l’Afrique[réf. nécessaire].

Organisation

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Malgré leur opposition politique à la Sublime Porte, les Saadiens organisent leur makhzen et leur armée sur le modèle ottoman. L’administration adopte les titres de pacha, de bey et de khaznadar, et les sultans se dotent d’une garde d’élite (composée de peiks, de solaks et de sipahis), qui s'inspire fortement des janissaires turcs dans sa structure hiérarchique, son commandement et ses uniformes[63]. Un khalifa, représentant du sultan à Fès, exerce la fonction de vice-roi sur les provinces du nord et sur les marches orientales face à l'Empire ottoman. Beaucoup de fonctionnaires issus du makhzen saadien sont des renégats d'origine chrétienne et des Andalous chargés de surveiller la perception des impôts et de veiller à la loyauté des populations susceptibles de se révolter contre le pouvoir central. Certains renégats accèdent à de très hauts postes de responsabilité, comme Mustapha Bey qui devient commandant suprême des sipahis et assure la sécurité des portes du palais sultanien[64]. Le Diwân du sultan, composé des ministres et des secrétaires du souverain, contrôle efficacement l'ensemble des rouages et des institutions de l'État[réf. nécessaire].

Généalogie des chérifs saadiens du Maroc, démontrant leur lien de parenté avec la dynastie alaouite actuellement régnante

Les princes saadiens de Tagmadert

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Les sultans saadiens

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1603-1659 les sultans Saadiens, basés à Marrakech

1603-1627 les dirigeants Saadiens basés à Fes, avec un pouvoir local seulement

Notes et références

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Références

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  2. Sa'diens ou Saadiens, les (1554-1659), dans : Encyclopaedia Universalis
  3. « Sadiens ou Saadiens », sur larousse.fr (consulté le ).
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  5. Abitbol 2014, p. 147.
  6. Mustapha Naïmi, La dynamique des alliances ouest-sahariennes, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, (ISBN 978-2-7351-1917-2, lire en ligne).
  7. Mustapha Naïmi, L'Ouest saharien: la perception de l'espace dans la pensée politique tribale, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-8111-0822-9, lire en ligne).
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  64. Zamane numéro 79 page 43

Articles connexes

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Bibliographie

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Liens externes

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