Dynastie Qing

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Grand Qing
大清 (zh)

Daicing gurun.png (mnc)

16441912

Drapeau
Le drapeau de 1889.
Blason
Blason.
Description de cette image, également commentée ci-après

La Chine en 1820

Informations générales
Statut Monarchie absolue de droit divin (mandat du Ciel)
Capitale Pékin
Langue Mandchou, chinois
Monnaie Tael
Histoire et événements
1618 Début de la rébellion ouverte contre la dynastie Ming
1644 Prise de Pékin
1662 Mort du dernier prétendant Ming
1683 Prise de Taïwan
1839-1842 Première guerre de l'opium
1851-1864 Révolte des Taiping
1898 Réforme des Cent Jours
1912 Chute de la dynastie suite à la révolution Xinhai
Empereurs
(1er) 1644-1661 Shunzhi
1661-1722 Kangxi
1722-1735 Yōngzhèng
1735-1796 Qiánlóng
1820-1850 Daoguang
(Der) 1908-1912 Puyi

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La dynastie Qing (également retranscrit dynastie Ch'ing, ou dynastie Ching, ou dynastie Tsing, chinois : 清朝 ; pinyin : qīng cháo ; Wade : Ch'ing ch'ao ; mandchou : Daicing gurun.png Daicing gurun ; mongol : Манж Чин Улс), d'origine mandchoue, est la dernière dynastie impériale à avoir régné sur la Chine, de 1644 à 1912. Elle a succédé à la dernière dynastie des Hans, la dynastie Ming. En rébellion ouverte contre les Ming dès 1616, les Mandchous prirent progressivement le pouvoir dans l'ensemble de la Chine, prenant Pékin en 1644 et instaurant un nouveau régime politique, l'Empire du Grand Qing (chinois simplifié : 大清国 ou 大清帝国 ; chinois traditionnel : 大清國 ou 大清帝國 ; pinyin : Dà Qīng Dì Guó). La Chine ne fut totalement sous leur autorité qu'en 1683.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'Empire Qing connut un long déclin, affaibli par les conflits internes comme par les pressions internationales, et fut finalement renversé par la révolution Xinhai, laissant la place à la République de Chine. Le règne de la dynastie Qing prit fin le 12 février 1912, avec l'abdication du dernier empereur de Chine, Puyi, alors âgé de six ans.

Histoire[modifier | modifier le code]

Formation de l'État mandchou[modifier | modifier le code]

La dynastie fut fondée non pas par les Chinois Han, qui constituent la majorité de la population chinoise, mais par des Mandchous, qui de nos jours ne représentent plus qu'une minorité ethnique en Chine. Les Mandchous descendent des Jurchens (女真), un peuple toungouse qui vivait dans la région comprenant l'actuelle province russe du kraï du Primorie et la province chinoise du Heilongjiang.

La dynastie a été fondée par Aisin Giorio Nurhachi, du clan Aisin Gioro (ou Aixinjueluo, chinois traditionnel : 愛新覺羅, chinois simplifié : 新觉), dans le nord-est de la Chine actuelle, en Mandchourie. La classe dirigeante des Qing parlait mandchou, une langue toungouse. Les nobles mandchous étaient appelés « personnes des Huit Bannières » (bāqírén, 八旗人 en mandarin), par référence aux Huit Bannières, les armées de la confédération mandchoue.

Nurhaci était le chef d'une tribu mineure Jurchen dans le Jianzhou (建州), au début du XVIIe siècle. Vassal de la dynastie des Ming, il fut à partir de 1582 mêlé à un conflit opposant les différentes tribus mandchoues. Les luttes armées entre tribus devinrent bientôt une guerre régionale, visant à l'unification des tribus Jurchen du Jianzhou. Dès 1616, Nurhaci avait suffisamment pris de pouvoir sur la région pour s'auto-proclamer « Khan du Grand Jin », en référence à la précédente dynastie Jurchen. Les historiens désignent cette entité pre-Qing comme la dynastie des Jin Postérieurs (後金 ; Hòu Jīn), pour la distinguer de la première dynastie Jin.

En 1618, Nurhaci entra ouvertement en rébellion contre les Ming en émettant les Sept Griefs contre la tyrannie impériale[1]. Cela lui permit d'unifier sous sa bannière les dernières tribus Jurchen encore alliées à la dynastie Ming. Remportant une série de victoires militaires contre les Ming, Nurhaci déplaça sa capitale de Hetu Ala à de plus grandes cités récemment conquises dans la province du Liaodong, telles que Liaoyang (辽阳) en 1621, puis Shenyang (沈阳, qui fut par la suite renommée Shenjing (盛京). Les Mandchous assurèrent par la force leur autorité sur les Hans, les premières révoltes étant matées de manière sanglante.

En déplaçant sa cour du Jianzhou vers le Liaodong, Nurhaci s'assura d'importantes ressources matérielles et humaines, se rapprochant également des tribus mongoles. La nation mongole née sous Gengis Khan n'était depuis longtemps plus qu'un peuple fragmenté  : ces tribus désunies présentaient cependant toujours une sérieuse menace pour les Ming. Nurhaci s'assura l'amitié et la coopération des Mongols, qui lui apportaient leur savoir-faire militaire  : il favorisa les mariages entre les lignées des aristocraties jurchen et mongole, créant des liens familiaux entre les élites des deux peuples ; la politique de Nurhaci prit également l'aspect d'un rapprochement culturel, créant pour la langue mandchoue un nouvel alphabet, inspiré de l'écriture mongole. Une administration civile et militaire fut également mise en place pour favoriser l'unité des tribus jurchen, formant l'embryon du système des huit bannières.

Conquête de la Chine[modifier | modifier le code]

Carte de l'Empire Chinois et du Japon, Alexandre Emile Lapie, 1832.

En janvier 1626, Nurhachi connut sa première défaite militaire majeure, ses troupes étant battues par celles du général Yuan Chonghuan durant le siège de la ville ming de Liaoning ; il mourut quelques mois plus tard, soit de maladie, soit des suites de blessures subies sur le champ de bataille. Après une brève rivalité successorale, son huitième fils Huang Taiji prit la tête des Jurchens. Le règne de Huang Taiji commença dans un contexte militaire difficile, les Jurchens étant à nouveau battus en 1627 par les troupes de Yuan Chonghuan, l'armée Ming bénéficiant de nouveaux et puissants canons achetés aux Portugais. La même année, Huang Taiji envahit la Corée, à laquelle il impose des traités commerciaux. Pour remédier à cette disparité de moyens, Huang Taiji créa en 1634 son propre corps d'artillerie, à l'aide de soldats Hans et d'artisans chinois capturés, qui confectionnèrent des canons sur le même modèle que ceux des Ming.

En 1635, Huang Taiji adopta le nom de « Mandchou » (chinois : 滿洲 ; mandchou ; alphabet mandchou : Manju.svg) pour désigner l'ensemble du peuple Jurchen. En 1636, après s'être vu remettre par Ejei Khan, le fils du Grand Khan mongol Ligdan Khan, récemment décédé, le sceau impérial de la dynastie Yuan, Huang Taiji adopta pour l'État mandchou le nom de Grand Qing, abandonnant le titre de Khan pour celui d'Empereur. Le choix du nom de Qing, signifiant Clair était probablement motivé par le désir de signifier l'opposition aux Ming, dont le nom était représenté par le sinogramme 明, composé des caractères 日 (soleil) et 月 (lune), associés au feu ; le nom de Qing était par contre représenté par le sinogramme 清, alliant 水 (eau) et 青 (bleu) et associant ainsi la dynastie à l'élément aquatique, par opposition au "feu" des Ming.

En 1635, les alliés Mongols furent entièrement incorporés, dans une Bannière distincte mais sous le contrôle direct des Mandchous. En 1636, face aux velléités d'autonomie des Coréens, les troupes de Huang Taiji envahirent à nouveau la Corée, réduisant la Dynastie Chosŏn à la vassalité. En 1637, les deux premières Bannières Han furent créées ; en 1642, les huit bannières étaient formées. Ces réformes militaires contribuèrent aux succès de Huang Taiji, qui battit les troupes Ming dans une série de batailles entre 1640 et 1642, prenant le contrôles des territoires de Songshan (松山) et de Jingzhou (锦州). Cette dernière victoire permit aux Jurchens d'obtenir la reddition des troupes les plus puissantes de l'armée des Ming, et le retrait des défenses au nord de la Muraille de Chine.

Au fil des années et des progrès de ses troupes, Huang Taiji constitua une bureaucratie étatique semblable à celle des Ming, suivant les conseils de fonctionnaires impériaux ralliés à sa cause. Contrairement à son père, le souverain Jurchen ne considérait pas les Hans comme des ennemis potentiels et s'employa au contraire à leur faire une place dans son administration et son armée, s'assurant des loyautés.

La mort de Huang Taiji, en septembre 1643, laissa les Qing dans l'incertitude, aucune règle claire de succession n'existant à l'époque. Hooge, fils aîné de Huang Taiji, et son demi-frère Dorgon revendiquant tous deux la succession, la situation fut résolue par le choix de Fulin, fils cadet de l'Empereur Qing, alors âge de cinq ans, connu sous le nom de règne de Shunzhi. Dorgon assura la régence.

Les Ming étaient particulièrement affaiblis militairement et économiquement, et furent incapables de profiter de l'incertitude politique momentanée des Qing. Parallèlement au conflit avec les Qing, les Ming devaient affronter les soulèvements des forces armées et des paysans en révolte, les armées rebelles étant menées par Li Zicheng et Zhang Xianzhong. Le 25 avril 1644, les troupes rebelles de Li Zicheng prirent Pékin : Chongzhen, le dernier empereur Ming, se suicida. Li Zicheng se proclama empereur du Grand Shun (大順), et partit ensuite affronter l'armée Ming à Shanhaiguan, passage de la Grande muraille. Le général Wu Sangui, qui commandait les troupes à Shanhaiguan, se rallia alors aux Qing. Li Zicheng célébra en toute hâte son couronnement le 29 avril, avant de quitter la capitale le lendemain[2]. Les armées Qing, désormais alliées à une partie des anciennes troupes Ming, vainquirent les rebelles le 27 mai et prirent Pékin le 6 juin. Le 30 octobre, le jeune Shunzhi fut proclamé Fils du ciel, les Qing revendiquant le mandat céleste. Des funérailles officielles furent organisées pour l'Empereur Chongzhen, assurant une apparence de légitimité à la succession. Les combats contre les rebelles se poursuivirent  : Li Zicheng fut tué dans le courant de l'année 1645 et Zhang Xianzhong, au début 1647.

Établissement et stabilisation de l'ordre impérial[modifier | modifier le code]

L'Empereur Kangxi.

Les premières années du règne de Shunzhi furent marquées par la régence de son oncle, le prince Dorgon. Ce dernier prit soin de conserver la bureaucratie Ming, ce qui assura la stabilité du système politique Qing. Suivant l'exemple de Huang Taiji, il exerça un pouvoir fortement centralisé. En juillet 1645, Dorgon émit un édit impérial imposant sous peine de mort aux chinois Hans l'adoption de la coiffure mandchoue, en se rasant le devant du crâne et en nouant les cheveux restants à l'arrière, sous forme de natte. Cette exigence, conçue comme un témoignage de loyauté, fut vécue par une partie de la population chinoise comme une humiliation et provoqua de violentes révoltes, qui furent réprimées dans le sang[3]. Les femmes furent par contre autorisées à conserver les costumes et coiffures hans. Les fonctionnaires étaient tenus d'adopter le costume mandchou, les serviteurs pouvant conserver l'habit han. Progressivement s'opéra une fusion des coutumes mandchoues et hans sur tous les plans culturels, vestimentaires ou culinaires[4]. L'Empire Qing adopta une politique autocratique sur le plan culturel, censurant de manière rigoureuse les œuvres littéraires et punissant tout auteur soupçonné de critiques politiques, même voilées. Une importante action fut cependant menée pour préserver le patrimoine littéraire chinois, établissant une vaste collection de livres anciens ; la censure politique n'était cependant pas absente de ce travail patrimonial, certaines œuvres anciennes étant détruites si leur contenu déplaisait au pouvoir politique[5].

Les Qing durent encore mener des combats féroces pour pacifier la Chine, des chefs militaires, comme Koxinga, étant toujours loyaux aux Ming. Zhu Youlang, dernier prétendant au trône Ming, fut capturé et exécuté en 1662. La Chine ne fut réellement pacifiée qu'en 1683.

Le 31 décembre 1650, Dorgon mourut dans un accident de chasse, la régence passant aux mains de la mère de Shunzhi, l'impératrice douairière Xiao Zhuang. En 1661, quelques années après avoir commencé son règne personnel, Shunzhi mourut, probablement de la variole, à l'âge de 24 ans. Son troisième fils Xuanye, âgé de sept ans, lui succéda sous le nom de règne de Kangxi. Afin d'éviter une répétition de la régence de Dorgon, Shunzi désigna sur son lit de mort un conseil de régents, composé de quatre hauts fonctionnaires. Le pouvoir fut néanmoins accaparé au fil du temps par l'un des régents, le chef militaire Oboi. En 1669, l'Empereur, alors âgé de 15 ans, réalisa un coup de force pour prendre personnellement le pouvoir, emprisonnant le régent Oboi.

Le règne de l'Empereur Kangxi dura 61 ans et amena une progressive stabilisation du pays. La Chine devait encore, au début de son règne, affronter de nombreux conflits internes et externes  : plusieurs affrontements militaires opposèrent la Russie et la Chine entre les années 1650 et 1680. Vers 1674, l'Empereur dut affronter la révolte des trois feudataires, menée par les généraux Wu Sangui, Geng Jingzhong, et Shang Kexi. Wu Sangui tenta en 1678 de prendre le pouvoir en se proclamant Empereur mais mourut peu après, et la révolte fut matée en 1681. En 1683, l'île de Taïwan, prise vingt ans plus tôt par Koxinga, fut reprise par les Qing, mettant une fin aux révoltes naguère lancées par les loyalistes Ming. En 1689, le traité de Nertchinsk fut conclu avec la Russie, mettant un terme aux conflits entre les deux pays, établissant entre eux des relations commerciales et écartant la menace russe sur la Mandchourie. L'Empereur dut également gérer les relations avec les différentes tribus mongoles : en 1696, il prit personnellement la tête d'une campagne militaire contre les Dzoungars. La rébellion des Dzoungars continua dans les années suivantes ; ils s'emparèrent de Lhassa en 1717, la ville n'étant reprise qu'en 1720. La Chine poursuivit son expansion, imposant au fil des décennies son protectorat au Tibet, à la Mongolie et à la Kachgarie.

Fermeture de la Chine au monde extérieur[modifier | modifier le code]

L'Empereur Yongzheng.

La Chine mena dès le règne de Shunzhi une politique de stricte limitation des contacts avec l'étranger. Les navires étrangers ne furent autorisés à pratiquer le commerce avec la Chine que depuis le comptoir de Macao ; la lutte maritime contre les forces de Koxinga amena, en 1656, à limiter strictement les sorties en mer de navires chinois[2]. En 1661, pour isoler les régions côtières des troupes de Koxinga, un édit impérial imposa l'émigration de la population des régions du littoral, créant une « nouvelle frontière à l'intérieur des terres »[6].

La cour impériale se montra initialement favorable aux contacts avec l'étranger, accueillant notamment des représentants de la Mission jésuite en Chine, qui occupèrent des fonctions de conseillers techniques, notamment dans les domaines de l'astronomie, de la cartographie, ou de l'artillerie ; le père Antoine Thomas fut un conseiller de l'Empereur Kangxi. La prédication chrétienne progressa en Chine, mais fut interrompue du fait de la querelle des rites. Kangxi finit par interdire la prédication en 1721. En 1724, Yongzheng, le successeur de Kangxi, proscrit à nouveau la prédication et bannit les missionnaires.

Apogée des Qing[modifier | modifier le code]

L'Empereur Qianlong.

Les règnes de Yongzheng (de 1723 à 1735) et Qianlong sont considérés comme le zénith de la puissance de l'Empire Qing, qui s'étendait alors sur 13 millions de kilomètres carrés. Administrateur autoritaire, Yongzheng réforma l'examen impérial et réprima la corruption financière et le trafic de pièces chez les fonctionnaires. En 1733, l'Empereur créa le Grand Conseil, qui fit office d'organe de décision à la cour impériale. À la mort de Yongzheng, son fils le Hongli lui succéda sous le nom de règne de Qianlong. Général compétent, il mata des révoltes dans le Xinjiang, le Sichuan et en Mongolie.

Le Temple de Putuo Zongcheng à Chengde, construit au XVIIIe siècle sous le règne de Qianlong.

Le règne de Qianlong fut cependant marqué par un développement de la corruption chez les fonctionnaires impériaux. Déclenchée en 1796, la révolte des mouvements désignés sous le nom collectif de secte du lotus blanc, combina des revendications contre les impôts et un sentiment anti-mandchou ; le mouvement mit huit ans à être maté, au cours d'un conflit qui se solda par environ 16 millions de morts.

La Chine poursuivit entre-temps sa politique de fermeture à l'étranger. En 1793, la mission diplomatique de George Macartney, envoyée par le Royaume de Grande-Bretagne, échoua à établir une ambassade permanente à Pékin comme à obtenir une libéralisation des échanges commerciaux entre les deux pays. La Chine retardait ainsi le moment de son contact avec l'Occident.

Début du déclin des Qing[modifier | modifier le code]

Défaite dans la première guerre de l'opium[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Première guerre de l'opium.

Dans le courant du XIXe siècle, le pouvoir des Qing fut confronté à de nombreux problèmes intérieurs. La stagnation économique du pays, combinée à la forte augmentation de la population, conduisit à des disettes croissantes et à des troubles sociaux, tandis que la bureaucratie impériale, trop rigide, s'avérait incapable de gérer la situation. Malgré l'interdiction, le christianisme continua à être diffusé en Chine, via Canton et Macao.

Bataille de la première guerre de l'opium ; lithographie britannique de 1843.

La fin des guerres napoléoniennes entraîna une augmentation du commerce mondial, la Chine offrant un immense marché à conquérir. Le commerce avec l'Occident augmenta, les lourdes restrictions imposées par les Chinois suscitant des préoccupations et des tensions accrues. La grande demande en Occident pour des produits chinois comme la soie, le thé ou la céramique représentait un problème pour les commerçants européens, les Chinois n'acceptant de paiement qu'en argent. À partir des années 1830, les commerçants européens firent pression sur leurs gouvernements pour obtenir un relâchement des restrictions draconiennes posées aux échanges avec la Chine. La lutte des autorités impériales contre le commerce de l'opium aggrava les tensions et aboutit à un conflit ouvert entre la Chine et le Royaume-Uni : l'action du commissaire impérial Lin Zexu contre l'importation d'opium entraîna la mise sur pied d'une armada britannique, qui intervint en Chine et vainquit avec une certaine facilité des troupes chinoises pourtant très supérieures en nombre. La Chine fut conduite à signer le 29 août 1842 le traité de Nankin, premier d'une série de « traités inégaux » : l'Empire cédait Hong Kong aux Britanniques, tout en concédant l'ouverture de nouveaux ports au commerce international. L'humiliation inattendue de la Chine, sur les plans militaire et politique, aboutit à entamer très nettement le prestige des Qing.

Révoltes intérieures[modifier | modifier le code]

Bataille navale sur le Yangtsé entre les Qing et les Taiping.

En sus de son humiliation sur le plan international, l'Empire Qing était affaibli sur le plan intérieur par une succession de révoltes. Les catastrophes naturelles vinrent aggraver les tensions sociales : le Sichuan connut une terrible famine entre 1839 à 1841, de même que le Hunan en 1851. Le Yangtsé déborda en 1849, provoquant des inondations[7]. En 1851 et en 1855, le Fleuve jaune sortit de son lit, noyant des milliers de personnes, et contribuant à provoquer la révolte des Nian. Déclenchée en 1851, la révolte des Taiping, menée par Hong Xiuquan, rebelle converti à une forme personnelle de christianisme, aboutit à la création d'une monarchie s'opposant à celle des Qing, le « Royaume céleste de la Grande paix ». L'Empire de Chine dut faire appel au Royaume-Uni et à la France pour mater la rébellion, qui ne prit fin qu'en 1864, au bout d'un conflit particulièrement meurtrier ayant fait entre 20 et 30 millions de morts.

Drapeau impérial, adopté en 1862.

Affaiblissement continuel de l'Empire[modifier | modifier le code]

La Chine signa avec les puissances occidentales une série de traités qui contribuèrent à libéraliser les relations commerciales, tout en établissant progressivement les concession étrangères : en 1843, le traité de Huangpu accorda à la France des droits équivalents à ceux que le Royaume-Uni avait retirés du traité de Nankin. Le traité de Wangxia accorda en 1844 des droits commerciaux aux États-Unis (tout en proscrivant le commerce de l'opium).

Pillage de l'ancien palais d'été en 1860.

Défaite dans la seconde guerre de l'opium[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Seconde guerre de l'opium.

Les revendications des pays occidentaux quant à la sécurité de leurs marchands et de leurs missionnaires aboutirent en 1856-1857 à de nouvelles interventions, désignées sous le nom collectif de seconde guerre de l'opium : l'arraisonnement du navire commercial Arrow provoqua l'intervention du Royaume-Uni, et l'exécution du missionnaire Auguste Chapdelaine, celle de la France. L'Empire Qing, déjà mis en grande difficulté par la révolte des Taiping, ne fut pas en mesure de résister ; les troupes chinoises furent à nouveau battues et les Qing durent accepter le traité de Tianjin. L'Empire de Russie obtint également la signature du traité d'Aigun, qui révisa le traité de Nertchinsk et lui permit de réviser la frontière russo-chinoise à son avantage, en annexant des territoires.

En 1860, les réticences chinoises à ratifier le traité de Tianjin amenèrent à une nouvelle intervention anglo-française, qui se solda par une nouvelle défaite chinoise : après avoir écrasé les troupes mongoles à la bataille de Palikao, les troupes françaises et anglaises pillèrent le palais d'été et l'ancien palais d'été, tandis que l'Empereur Xianfeng était contraint à la fuite. La Chine fut contrainte à signer la convention de Pékin.

Tentatives de modernisation du pays[modifier | modifier le code]

Zhang Zidong, artisan du Mouvement d'auto-renforcement.

L'Empereur Xianfeng mourut en 1861 : son successeur, Tongzhi, était un enfant de cinq ans. Un coup d'État mené par l'impératrice douairière Cixi (Ts'eu-hi), ancienne concubine de Xianfeng et mère du nouvel Empereur, écarta le conseil des huit régents ; la régence fut assurée par elle-même, ainsi que par Yixin, le Prince Gong, frère de Xianfeng, et l'impératrice douairière Ci'an, autre ancienne concubine de l'Empereur défunt. Le Zongli Yamen, un équivalent de ministère des affaires étrangères, fut créé. Tandis que le Prince Gong tentait d'améliorer les relations avec les puissances occidentales, des hauts fonctionnaires impériaux, comme Zhang Zhidong ou Li Hongzhang se firent les avocats d'une modernisation du pays, en intégrant les leçons et la technologie occidentales pour renforcer la Chine. Armes, et machines occidentales furent acquises, tandis que des usines à l'occidentale étaient construites et que des militaires étrangers étaient engagés pour entraîner l'armée chinoise. Ce mouvement, désigné sous le nom d'« Auto-renforcement » (自強運動) prônait également la mise sur pied de forces terrestres et navales modernes, celles d'écoles techniques, la création de bureaux de traduction, ainsi que la traduction et la diffusion en Chine des ouvrages scientifiques occidentaux. La Chine devait également s'ouvrir aux cultures extérieures en envoyant ses élèves étudier à l'étranger[8].

Les industries militaires créées par les partisans de la réforme souffrirent cependant de la sclérose administrative de l'empire, qui se traduisit par un personnel pléthorique. La construction et l'installation des équipements étaient également totalement dépendantes de l'étranger, traduisant l'insuffisance de capitaux et le manque de ressources logistiques du pays[8].

Entre 1872 et 1885, les entreprises se développèrent grâce à des capitaux propres privés, dans des domaines aussi variés que l'industrie de la soie, la navigation marchande à vapeur ou l'exploitation des mines de charbon. Ces industries connurent une certaine prospérité, mais n'eurent que peu d'effet sur l'ensemble de l'économie nationale, le pouvoir central y voyant avant tout une source de recettes fiscales ; les entreprises chinoises modernisées durent en outre faire face à la concurrence des produits étrangers importés, favorisés par les traités inégaux, et à la production des entreprises étrangères implantées en Chine avec une main-d'œuvre locale, et disposant du réseau financier de plus d’une dizaine de banques étrangères.

La Chine des Qing en 1882

Nouvelles défaites[modifier | modifier le code]

Dessin politique britannique de 1894 : le « petit » Japon triomphe de la « grande » Chine.

Contre la France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre franco-chinoise.

La conquête française de l'Indochine et le litige sur la circulation dans le Fleuve Rouge aboutirent à un conflit entre la Chine et la France. Malgré des succès militaires chinois, les Français remportèrent finalement la victoire, la Chine reconnaissant par le traité de Hué le protectorat français sur l'Annam et le Tonkin.

Contre le Japon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre sino-japonaise (1894-1895).

Avec l'ère Meiji, l'Empire du Japon avait, contrairement à la Chine, réussi son ouverture au monde extérieur et sa transformation en nation moderne. Intervenant en Corée, les Japonais battirent les Chinois, les contraignant à signer le traité de Shimonoseki. La Chine perdait sa suzeraineté sur la Corée, tandis que le Japon annexait Taïwan. La défaite de la Chine face au Japon, considéré jusque-là comme une puissance secondaire, fut une humiliation considérable pour le pouvoir Qing.

Sclérose du pouvoir central et mouvements d'insurrection[modifier | modifier le code]

L'impératrice Cixi.
L'Empereur Guangxu, âgé d'une vingtaine d'années.
Caricature politique française montrant le partage de la Chine entre les puissances étrangères (fin des années 1890).

À la mort prématurée, en 1875, de son fils l'Empereur Tongzhi, l'impératrice douairière Cixi favorisa la montée sur le trône de son neveu Guangxu, alors âgé de trois ans. L'éviction du prince Yixin et la mort de l'impératrice douairière Ci'an laissèrent en 1881 Cixi seule régente de l'Empire. La corruption se généralisa dans l'administration impériale ; l'Empire était militairement affaibli par la perte de sa flotte modernisée dans la guerre contre le Japon ; la domination des puissances étrangères sur la Chine rendit de plus en plus évidente l'arriération technique et politique de la Chine. Le pouvoir chinois tenta d'améliorer la situation en modernisant son armée, créant la Nouvelle Armée, équipée et organisée à l'occidentale, et placée sous le commandement de Yuan Shikai.

Dans les années 1890, les mouvements nationalistes opposés tant à l'impérialisme étranger qu'à l'empire mandchou se développèrent, comme le Xingzhonghui (Société pour le redressement de la Chine ou Association pour la renaissance de la Chine) fondé à Honolulu en 1894 par Sun Yat-sen, ou le Huaxinghui (Société pour faire revivre la Chine), fondé par Huang Xing.

Échec de la réforme des institutions[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réforme des Cent Jours.

En 1898, l'Empereur Guangxu accorda une audience au lettré réformateur Kang Youwei et se rallia à ses idées : un audacieux programme de modernisation politique et administrative de la Chine fut aussitôt lancé, incluant une réforme en profondeur du système éducatif et l'adoption d'une constitution. Cette réforme se heurta cependant rapidement à l'opposition du camp conservateur, représenté par Cixi : cette dernière, avec l'aide du général Ronglu et bénéficiant de l'assentiment de Yuan Shikai, réalisa un coup d'État, s'emparant à nouveau de la réalité du pouvoir, au détriment de son neveu. L'Empereur fut déclaré incapable de régner et enfermé dans son propre palais, tandis que les réformateurs étaient réprimés.

Révolte des Boxers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolte des Boxers.

À partir de 1898, un ensemble de sociétés secrètes mystiques et nationalistes, bientôt désignées sous le nom collectif de Poings de la justice et de la concorde (ou « Boxers », soit en français Boxeurs) agirent contre les étrangers, les symboles de modernité et les chrétiens chinois, multipliant les attaques et les meurtres. Les éléments les plus conservateurs de la cour impériale, comme le Prince Duan leur apportèrent bientôt leur soutien, malgré l'opposition d'autres officiels comme Yuan Shikai. L'impératrice Cixi fut convaincue à son tour de soutenir les Boxers, vus comme des armes contre la domination étrangère. Les autorités impériales laissèrent les Boxers envahir Pékin et assiéger les légations étrangères, provoquant une réaction des Occidentaux et des Japonais. Les puissances étrangères formèrent l'Alliance des huit nations qui intervint militairement en Chine : en réaction, la cour impériale déclara la guerre à la coalition, mais subit une défaite militaire, tandis que les Boxers étaient dispersés. Les autorités Qing se retournèrent contre leurs alliés et participèrent à la répression menée contre les Boxers ; la Chine dut cependant signer le protocole de paix Boxer et payer de lourds dommages de guerre, cette nouvelle humiliation s'ajoutant au discrédit de la cour.

Chute de la dynastie[modifier | modifier le code]

Dans les premières années du XXe siècle, des réformes furent entreprises pour tenter de sauver le système impérial : la suppression de l'examen impérial représenta un bouleversement majeur dans l'ordre social et politique du pays. Les réformes vinrent cependant trop tard, et n'étaient pas toutes achevées lors de la chute des Qing. En 1908, Puyi, âgé de moins de trois ans, fut choisi par Cixi pour succéder à Guangxu. Les décès successifs, en quarante-huit heures, de Guangxu et de Cixi, laissèrent l'Empire dirigé par un enfant ; la régence était assurée par le père de Puyi, Zaifeng (second Prince Chun). La cour impériale s'avéra à nouveau incapable de répondre à la gravité de la situation du pays, mécontentant les milieux d'affaires en voulant nationaliser les chemins de fer, ou tardant à réagir aux désastres causés par la crue du Yangtsé. A la mi-1911, le régent créa un cabinet ministériel majoritairement composé de nobles mandchous issus du clan Aisin Gioro, suscitant l'irritation d'une partie des élites. Le 10 octobre 1911, le soulèvement de Wuchang signa le départ de la révolution, dite révolution xinhai, menée notamment par les membres du Tongmenghui ; les provinces passèrent l'une après l'autre sous le contrôle des insurgés. Le , la République de Chine fut proclamée, avec Sun Yat-sen comme président provisoire. Le premier ministre Yuan Shikai, ayant reçu des insurgés la promesse de la présidence de la République, parlementa avec la famille impériale et obtint de l'impératrice douairière Longyu la signature de l'acte d'abdication de Puyi. Le 12 février 1912, l'édit impérial annonçant l'abdication fut publié, mettant un terme au règne de la dynastie Qing comme à l'Empire de Chine. Quelques années plus tard, le , le seigneur de la guerre Zhang Xun, ayant investi Pékin, décréta la restauration de Puyi avec le soutien de Kang Youwei ; cette tentative échoua cependant, et le 13 juillet, Duan Qirui décréta à nouveau la déposition de Puyi. Ce dernier fut, des années plus tard, remis au pouvoir par les Japonais, mais sur le trône de l'État du Mandchoukouo.

Souverains de la dynastie Qing[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • encyclopediaee universalis, article Chine, chapitre la dynastie sino-mandchoue des Qing 1644-1911.
  • Pékin à l'ombre du mandat céleste : vie quotidienne et gouvernement urbain sous la dynastie Qing (1644-1911), Luca Gabbiani. l'École des hautes études en sciences sociales, 2011. 287 p. ISBN 978-2-7132-2289-4. Site EHESS : [1]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Qing Dynasty » (voir la liste des auteurs)

  1. Chine ou description historique gégraphique et littéraire ce vaste empire, d'après des documents chinois, première partie, Guillaume Pauthier, Firmin Didot, 1838
  2. a et b Histoire et civilisation de Chine, Éditions Zhong Yang Wen, 2006, p.177
  3. Frederic Wakeman, , The Great Enterprise: The Manchu Reconstruction of Imperial Order in Seventeenth-century China, University of California Press, 1985, p. 646-680
  4. Histoire et civilisation de Chine, Éditions Zhong Yang Wen, 2006, p.202-203
  5. Histoire et civilisation de Chine, Éditions Zhong Yang Wen, 2006, p.184-185
  6. Pratiques de la mémoire en Chine : le dieu des murs et des fossés de Puxi et Hanjiang, Brigitte Baptandier, revue Genèses n°23, 1996, p. 108
  7. Jacques Reclus, La Révolte des Taiping, L'insomniaque, 2008, page 21
  8. a et b Histoire et civilisation de Chine, Éditions Zhong Yang Wen, 2006, p.192-193

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