Zaynab Nefzaouia

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Zaynab Nefzaouia
Biographie
Titulature Princesse
Dynastie Almoravides
Naissance 1039
Aghmat
Décès 1117
Conjoint Youssef Ibn Tachfin

Zaynab Nefzaouia, de son nom complet Zeineb bint Ishaq en-Nefzaoui al-Houari[1] (en berbère : ⵣⵉⵏⴱ ⵜⴰⵏⴼⵣⴰⵡⵜ Zineb Tanefzawt), en arabe : زينب النفزاوية) (fl. 1075), est une femme influente berbère des débuts de la dynastie almoravide, fondatrice et reine de Marrakech[2] et ayant pris contrôle du Maghreb, et d'une partie de l'Espagne.

Elle épouse Youssef ben Tachfine (r. 1061-1107), son quatrième époux[3], et règne de fait à ses côtés.

Biographie[modifier | modifier le code]

Zaynab Nefzaouia naît à Aghmat en 1039. Son père est un riche marchand de Kairouan, Ishaq el Houari, et il s'assure qu'elle bénéficie d'une éducation poussée[réf. nécessaire]. Très jeune, elle se distingue par son intelligence et son goût pour le débat politique[4].

Son ascendance indique une appartenance aux tribus berbères des Nefzaoua et des Houara.

D'après Ibn Khaldun, elle devient d'abord la concubine de Youssef ben Ali, chef des tribus berbères Wurika et Aylana vers Ghmate, au Maroc. Il la répudie très rapidement, n'appréciant pas son audace[4]. Elle épouse ensuite Luqūt al-Maghrāwi, émir de Ghmate, qui meurt très vite au combat contre les envahisseurs Almoravides et elle hérite de sa richesse[4]. L'Al-Bayan al-Mughrib la décrit comme ayant ensuite reçu un grand nombre de propositions de mariage de chefs de tribus de tout le Maroc, mais refusant chacune, affirmant toujours qu'elle n'épouserait pas quelqu'un qui ne voulait pas régner sur tout le pays[5].

Devenue butin de guerre, elle rejoint le harem de Abou Bakr ben Omar en [6]. Au quatorzième siècle, l'Al-Bayan al-Mughrib raconte qu'elle bande les yeux d'Abu Bakr, puis l'emmène à une caverne souterraine secrète. Lorsqu'elle lui enlève son bandeau, il voit autour de lui un immense trésor d'or, d'argent, de perles et de rubis. « Tout ceci est à toi », dit-elle, avant de lui bander les yeux à nouveau et de repartir[5].

Une grande place de marché à Marrakech
La ville de Marrakech, conçue par Zaynab Nefzaouia

En , Abou Bakr et son cousin Youssef ben Tachfine installent leur campement à l'oasis principale du Haouz, qui deviendra plus tard Marrakech. En , Abou Bakr doit mater une révolte almoravide dans le désert du Sahara. Afin que Zaynab puisse se marier avec son cousin[7], il divorce de Zaynab et abandonne le campement à son cousin, qui deviendra le fondateur et premier sultan de la dynastie almoravide[4]. Après les trois mois de période légale de séparation, Zaynab épouse Youssef ibn Tachfine en [8].

Youssef ben Tachfine a soixante ans et près du double de son âge, mais leur relation tient du grand amour[6]. Sur les conseils de sa femme, ben Tachfine étire les frontières de son empire dans tout le Nord de l'Afrique, en passant par l'Andalousie[4],[9]. On l'appelle malika (« reine »), un titre peu utilisé et très honorifique. Elle est aussi surnommée al-qa'ima bi mulkihi (littéralement, « celle qui s'occupe du royaume de son mari »), en référence à sa participation aux affaires intérieures pendant le règne de son mari. La khutba n'est jamais faite à son nom, mais les historiens s'accordent pour dire qu'elle partage le pouvoir de son époux[10]. Elle négocie souvent à la place de son mari, et ses connaissances politiques sont si convaincantes qu'on la surnomme souvent « la Magicienne »[6].

En 1062, Zaynab Nefzaouia conçoit les plans de la ville de Marrakech en attendant le retour de son mari parti en guerre[4]. À son retour, ben Tachfine fait construire la ville conformément aux plans qu'elle a créés[11],[9].

Recto et verso d'une pièce en argent décorée de mots en arabe
Pièce mentionnant Abou Bakr ben Omar

En 1072, Abu Bakr prévient de son intention de revenir du Sahara pour reprendre son ancien poste, ainsi que sa femme. Youssef n'ose pas déclencher une guerre civile[5]. Zaynab lui conseille de le confronter de façon ferme mais courtoise et de lui offrir des cadeaux luxueux. La rencontre se déroule donc sans incident. Abu Bakr retourne au Niger, où il meurt en 1087[6]. Son nom reste gravé sur les pièces almoravides jusqu'à sa mort, plusieurs années plus tard[5].

Elle meurt en 1117, onze ans après son mari[4].

Postérité[modifier | modifier le code]

Son exemple et le fait qu'elle ait autant aidé à créer la dynastie et ses mœurs ont un impact énorme sur la situation des femmes dans le Maroc almoravide. Les princesses sont autorisées à participer aux affaires politiques, des femmes comme al-Rukuniyya enseignent à d'autres femmes du palais. On recense au moins deux femmes médecins à l'époque[12], et enfin, la princesse Fannu participe à la défense de la capitale pendant le déclin de la dynastie, en 1147[13].

La première référence faite à Zaynab Nefzaouia est dans le texte anonyme du douzième siècle Kitab al-Istibsar, qui affirme : "À son époque, aucune n'était plus belle ou intelligente ou mordante ... elle était mariée à Youssef, qui a construit Marrakech pour elle"[11].

En 2005, Zakya Daoud écrit Zaynab, reine de Marrakech, une biographie romancée de Zaynab Nefzaouia[9]. En 2008, elle publie Les petits-enfants de Zaynab, une suite qui retrace l'histoire de ses descendants[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Marsha Robinson, Matriarchy, patriarchy, and imperial security in Africa : explaining riots in Europe and violence in Africa, Lanham (Md.), Lexington Books, , 190 p. (ISBN 978-0-7391-7810-2, lire en ligne)
  2. « Zaynab Nefzaouia, la véritable fondatrice de Marrakech », sur My Little Kech, (consulté le 3 avril 2020)
  3. « Hommage : Zakia Daoud, le Maroc comme passion », sur Maghress (consulté le 3 avril 2020)
  4. a b c d e f et g « Qui était Zaynab Nefzaouia, la "reine de Marrakech"? », sur HuffPost Maghreb, (consulté le 7 janvier 2018).
  5. a b c et d (es) Ibn ʻIdhārī, al-Marrakushī, -1320., La caída del califato de Córdoba y los reyes de taifas : al-Bayān al-Mugrib, Universidad de Salamanca, Estudios Árabes e Islámicos, (ISBN 978-84-604-4981-2, OCLC 31226945, lire en ligne).
  6. a b c et d « Zaynab Tanfzawit, reine d'Aghmat », sur Le Soir, (consulté le 7 janvier 2018).
  7. Lonely Planet, Maroc 8, Place Des Editeurs, , 881 p. (ISBN 978-2-8161-2164-3, lire en ligne)
  8. Le Rawd al-Qirtas donne une date antérieure de dix ans. Plusieurs sources incluant al-Bakri infirment cette hypothèse.
  9. a b et c « Zaynab, Reine de Marrakech », sur Le Monde Diplomatique, (consulté le 7 janvier 2018).
  10. (en) Fatima Mernissi, The Forgotten Queens of Islam, U of Minnesota Press, , 240 p. (ISBN 978-0-8166-2439-3, lire en ligne).
  11. a et b Hopkins, J. F. P. et Levtzion, Nehemia., Corpus of early Arabic sources for West African history (ISBN 978-1-55876-241-1 et 1-55876-241-8, OCLC 44174169, lire en ligne).
  12. (en) Alison Baker, Voices of Resistance : Oral Histories of Moroccan Women, SUNY Press, , 341 p. (ISBN 978-0-7914-3622-6, lire en ligne).
  13. (en) Osire Glacier, Dictionary of African Biography, vol. 6, Oxford University Press, , 340 p. (ISBN 9780195382075, lire en ligne).
  14. « Le roman de ramadan «Les petits-enfants de Zaynab» », sur L'Economiste, (consulté le 7 janvier 2018).