Hilaliens

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(fr)Banu Hilal
(ar)بَنُو هِلَالٍ
Hilalites
Image illustrative de l’article Hilaliens
Tribu arabe des Banu Hilal, dans le sud d'Oran en Algérie, 1888.

Période Xe - XIIIe siècle
Ethnie Arabes
Langue(s) Arabe
Religion Islam
Région d'origine Arabie
Région actuelle Drapeau de l'Algérie Algérie
Drapeau de la Tunisie Tunisie
Drapeau de la Libye Libye
Drapeau de l'Égypte Égypte
Drapeau du Maroc Maroc
Drapeau de la Mauritanie Mauritanie
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite
Drapeau de la Syrie Syrie
Drapeau de l'Irak Irak
Drapeau du Qatar Qatar
Drapeau du Yémen Yémen

Les Banu Hilal, Hilalites ou Hilaliens (en arabe : بنو هلال) étaient une confédération de tribus d'Arabie des régions de Hejaz et Najd ayant migré en Afrique du Nord entre la fin du Xe au XIIIe siècle.

L'afflux des Hilaliens fut un facteur majeur dans l'arabisation linguistique, culturelle et ethnique du Maghreb et dans la propagation du nomadisme dans les domaines où l'agriculture avait précédemment dominé[1].

Nombre[modifier | modifier le code]

Les estimations en termes de déplacement de population varient selon les historiens de 700 000[2] à 1 million[3]. Selon Luis del Mármol Carvajal les hilaliens auraient été plus d'un million à immigrer au Maghreb entre 1051 et 1110, et l'historien estime la population hilalienne à son époque au XVIe siècle a 4 millions d'individus[4],[5],[6].

Si Mármol estimait le nombre d'Hilaliens au Maghreb à 4 millions, sans compter les autres Arabes déjà présents à son époque, trois cents ans plus tard, l'historien Xavier Yacono estime la population totale de la région centrale du Maghreb à 3 millions. Ces tribus arabes, arrivées en très grand nombre, ont donc eu un impact significatif sur la démographie de l'époque, faisant des Arabes l'une des ethnies majoritaires au Maghreb[7],[8],[9].

D'après les historiens, la pression des migrations hilâliennes seras un véritable "raz-de-marée humain", responsable du déclin irrémédiable de l'élément indigène (berbère), et de sa plongée dans une situation « orientale », si bien que dans l'ensemble du Maghreb la majorité des Berbères étaient sous domination arabe, desquels les tribus arabes prélevaient de lourds tributs[8],[9].

Généalogie[modifier | modifier le code]

Tribus arabes en 600 après J.C.
Mouvement des tribus des Souleim et Hilal au Xe siècle.
Arbre généalogique des Banou Souleim et Banou Hilal.

La tribu originelle des Banu Hilal est composée de trois fractions[10] :

Lors de leur migration vers le Maghreb, les Banu Hilal sont joints par trois autres groupes tribaux arabes :

  • Jochem : Corra, Acem, Mocaddem, Kholt, Safiane, Djaber ;
  • Maqil : Hedadj, Kharadj, Chebanat, Ghosl, Metarfa, Thaleba, Ahlaf ;
  • Sulaym : Zoghb, Heïb, Mirdas, Aouf, Kaoub, Hakim, Debbab, Ouchah, Djouari.


De plus, comme le précise Ibn Khaldoun, on cite aussi parmi elles la tribu de Rebiâ, mais nous ne connaissons à présent aucune peuplade de ce nom, à moins que ce soit celle qu’on appelle les Maaqil, ainsi que le lecteur verra plus tard. Avec la tribu de Hilal, il entra en Ifrikya une foule mélangée, composée d’Arabes appartenant aux tribus des Fezara et d’Achedja (branches de celle de Ghatafan), de Djochem-Ibn-Muawya-Ibn Bekr-Ibn-Houazen, de Seloul-Ibn-Morra-Ibn-Sâasâa-Ibn-Muawya, d’El-Maqil, branche de la grande famille des Arabes yémenites, d’Aniza-Ibn-Asad-Ibn-Rebiâ-Ibn-Nizar, de Thawr-Ibn-Muawya Ibn-Abbada-Ibn-Rebiât-el-Bekka-Ibn-Amer-Ibn-Sâasâa, d’Adouan-Ibn-Omar-Ibn-Caïs-Ibn-Ghaïlan, et de Matroud, famille dela tribu de Fehm-Ibn-Caïs/ Mais toutes ces fractions de tribu étaient, pour ainsi dire, englobées dans la tribu de Hilal et surtout dans la tribu-branche d’El-Athbedj, parce que cette famille exerçait le commandement sur toutes les autres lors de leur entrée eu Ifrikya."[10]

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Hilaliens vivaient dans la partie du Hedjaz qui confine au Nejd. Circulant parfois vers l’Irak en quête de pâturages et de points d’eau, ils devinrent les alliés politiques des Qarmates, sectaires chiites qui désolèrent l'Arabie pendant plus d'un siècle. Ils les suivirent en Syrie et avec eux combattirent les Fatimides. Les Fatimides vainquirent les Qarmates et leurs alliés hilaliens qui furent installés dans les déserts de la rive droite du Nil. Ayant reçu l'ordre des Fatimides en 1052[11] d'envahir l'Ifriqiya, les Hilaliens ont d'abord migré vers le sud de l'Égypte avant de se diriger vers le Maghreb. Abu Zayd al-Hilali a dirigé des dizaines de milliers de Bédouins vers l'Afrique du Nord qui arabiseront fortement la région[12],. Les Fatimides ont utilisé la tribu, comme alliés et vassaux, après la conquête de l'Égypte et la fondation du Caire, afin de punir les Zirides qui avaient rompu leurs liens de vassalité[13],[14],[15].

Pour enrayer l'avancée des Hilaliens, Al-Muizz ben Badis décida de se lancer contre eux avec son armée, mais il est battu à Haydaran, près de Gabès. Kairouan, sa capitale, pourtant fortifiée, résista pendant cinq ans, mais finit par être occupée. Les nomades continuaient à se répandre sur le pays.

L'Ifriqiya était livrée à l'anarchie, et les Hammadides qui avaient tenté un moment de se faire des alliés de ces tribus en eurent pour leurs frais. En effet, à force d'incursions dévastatrices, les Hilaliens arrachèrent au sultan Al-Mansur ben al-Nasir (1089-1105) la moitié de ses récoltes, ce qui l'amena à déplacer sa capitale de la Qala'a à Bejaïa (1104), dans une région montagneuse, peu accessible aux nomades.

Ibn Khaldoun a noté que les terres ravagées par ces envahisseurs étaient devenues complètement désertiques[16]. Il écrit à leur sujet que : « en raison de leur nature sauvage, les Arabes sont des pillards et des destructeurs »[17].

Après avoir été instrumentalisés par les Fatimides pour déstabiliser les émirs berbères, les Hilaliens ont été « récupérés » par les émirs maghrébins eux-mêmes : « les princes Zirides, Hammadides, plus tard Almohades et Mérinides, n'hésitent pas à utiliser la force militaire toujours disponible que constituent ces nomades qui, de proche en proche, pénètrent ainsi toujours plus avant dans les campagnes maghrébines. »[18]

Un siècle après leur arrivée en Afrique du Nord, Abd al-Mu'min demande l'aide des Banu Riyah, une faction des Banu Hilal dans sa lutte contre les chrétiens espagnols. Cependant, une partie des Banu Riyah le soupçonnant de vouloir les faire quitter leur pays et doutant de la sincérité de sa demande, refusent. L'un des chefs de la tribu, Yoûsef ben Mâlik, informa Abd al-Mu'min, qui envoya ses deux fils avec trente mille guerriers, marquant ainsi le début de la bataille de Sétif en 1153. La plupart des membres de la tribu fuient avant la bataille, à l'exception de la faction de Mahrez Ibn Zyad qui décide de combattre. Malgré leurs efforts, ils furent vaincus et les survivants furent déportés par les Almohades dans diverses provinces du Maroc. Après la chute de l'empire almohade, les Hilaliens participèrent au pouvoir dans le cadre de nouvelles dynasties fondées par les Hafsides.

Sous le règne du sultan Moulay Ismaël, les Banu Maqil, un groupe d'Arabes yéménites, qui avaient atteint au XIe siècle, en suivant leur voie propre, le Sud marocain et le Sahara occidental, pénétrèrent eux aussi dans le Maroc actuel par les contrées méridionales de l'empire à différentes époques et dans des circonstances diverses. Ce sultan, qui voulait opposer aux habitants irréductibles des montagnes du Maghreb des guerriers n'ayant aucune attache avec ces Berbères, créa d'une part, une armée noire dite des Abid Bokhari et, de l'autre, des corps ou guichs composés des Banu Hilal et Banu Maqil. Ils ont été cantonnés dans des pays d'eaux et de pâturages, de collines, de vallées et de plaines bien arrosées, où ils cultivent un sol varié et riche permettant toutes cultures et où ils élèvent du bétail[19].

Les Hilaliens, tribus arabes, ont contribué dans une large mesure à l'arabisation des populations berbères du Maghreb[20]. À la suite des conquêtes hilaliennes, la langue arabe a bien plus progressé en Afrique du Nord qu'au cours du VIIe siècle[21].

Taghribat Bani Hilal[modifier | modifier le code]

Taghribat (marche vers ouest) Bani Hilal ou L'Épopée hilalienne est répartie en trois cycles principaux. Les deux premiers rassemblent les événements qui se déroulent en Arabie et dans divers pays de l'Orient; la troisième relate la migration des Hilal vers l’Afrique du Nord. Les récits et les enregistrements que le poète folklorique Abdel Rahmane al-Abnoudi a recueillis auprès de bardes de la Haute-Égypte[22].

Il existe trois formes de récits :

  • le poème classique entrecoupé de passages en prose rimée ;
  • le mawwal chanté
  • et enfin le récit poétique libre[22].

Hilaliens notables[modifier | modifier le code]

Dans Histoire des Berbères et des Arabes en Afrique du Nord[23], Ibn Khaldoun érige une liste de "chefs hilaliens de grand renom" au Maghreb :

  • Des Athbedj: Hassan Ibn Serhan, son frère Badr ibn Serhan et Fadl ibn Nahed.
  • Des Qorra: Salama ibn Rizq.
  • Des Kathir (sous-branche des Athbedj): Shibana Ibn Ohaymer et son frère Soulaycel ibn Ohaymer.
  • Des Thawr: Dyab ibn Ghanem (surnommé Abu Mukhayber, car il fit partie des premiers éclaireurs en Ifrikiya, toujours selon Ibn Khaldoun dans le même extrait) et Mounes ibn Yahya.
  • Des Dahhak: Zeid ibn Zidan.
  • Des Himyer: Thulaydjan ibn Abbes.
  • Mirdass: Zeid Adjadj ibn Fadel, Fared Ibn Abi al-Ghayth et son frère Abed, El Fadl ibn Abi Ali[23]

Khalid ibn al-Walid grand conquérant musulman sa mère, al-Asma bint al-Harith ibn Hazn, était issue de la tribu Banu Hilal.

Diab ibn Ghanem : Celebre militaire de l'armeé hilalienne Il a entre autres participé à la bataille de Haydaran, dans laquelle il vaincra l'armée Ziride auprès des forces hilaliennes

Zaynab bint Khouzayma ibn al-Hārith al-Hilālīya : Première femme du prophète qui n’appartenait pas au Banu Quraysh. Surnommée Umm Al-Masakin (أم المساكين) pour sa générosité envers les pauvres, déjà avant l’Islam.

Achraf Hakimi : Celebre joueur de foot marocain originaire de oued zam et de la tribu arabe des Ouardigha de tadla.

Maymuna bint-Al Harith Al-Hilaliya : Dernière épouse du prophète, et donc l’une des mères des croyants, selon l’appellation musulmane.

Humayd ibn Thawr Al-Hilali : Célèbre poète arabe, il se convertit après la bataille de Ḥunayn et défendit l’Islam et le Prophète dans ses vers.

Lubaba bint al-Harith : Première femme à s’être convertie à l’Islam après Khadija bint Khuwaylid, elle était la mère du célèbre compagnon Abdullah ibn Abbas.

Les Cheikh al-Arab et l'aristocratie du makhzen du Bey de Constantine auprès des Zibans, les Ben Gana et les Bou Akkaz (Dhouaouda).

Le célèbre chanteur du chant bédouin oranais, considéré comme la source du Raï, Cheikh Hamada, de banche Zoghba des Hilaliens, de la tribu des Medjaher, entre Mostaganem et Chlef.

Bakr El Helali : joueur de foot marocain.

Saliha : chanteuse tunisienne

Sources, notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « The Great Mosque of Tlemcen | Muslim Heritage », sur www.muslimheritage.com (consulté le )
  2. « « ("revue tunisienne", Institut de Carthage, n:120, p.314) », sur ImgBB (consulté le )
  3. « Lybia: From répression to revolution » (2013, Edited by C. Bassiouni) », sur ImgBB (consulté le )
  4. « Mormol / cardone », sur ImgBB (consulté le )
  5. Luis del (1520?-1600) Auteur du texte Marmol y Carvajal et Diego de (15-158 ) Auteur du texte Torres, L'Afrique de Marmol. 1 / de la traduction de Nicolas Perrot, sieur d'Ablancourt... avec l'Histoire des chérifs, traduite de l'espagnol de Diego Torrès par le duc d'Angoulème le père, revue et retouchée par P. R. A. [Pierre Richelet], (lire en ligne)
  6. « Mormol DX PAGE - 34. », sur ImgBB (consulté le )
  7. Laurent Heyberger, « Les statistiques coloniales en question. Niveaux de vie, croissance démographique et économie des populations indigène et européenne en Algérie au xixe siècle. Approche par l’histoire anthropométrique », Les Cahiers de Framespa. e-STORIA, no 25,‎ (ISSN 1760-4761, DOI 10.4000/framespa.4516, lire en ligne, consulté le )
  8. a et b Histoire du Maghreb médiéval ; XIe-XVe siècle - Pascal Buresi, Mehdi Ghouirgate - Armand Colin - Grand format - Librairie l'Arbre à lettres PARIS (lire en ligne)
  9. a et b « (Buresi-Ghouirgate: Le Maghreb 11e-15e siecle) P? », sur ImgBB (consulté le )
  10. a et b Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, p86.
  11. Limousin 2005, p. 125
  12. (en) Idris El Hareir et Ravane Mbaye, The Spread of Islam Throughout the World, UNESCO, p. 409
  13. François Decret, Les invasions hilaliennes en Ifrîqiya, Paris, Clio, (lire en ligne)
  14. Pellegrin 1948, p. 246
  15. Goldziher 2009, p. 23
  16. Populations Crises and Population Cycles, Claire Russell, W. M. S. Russell.
  17. Claude Horrut, Ibn Khaldûn, un islam des "Lumières" ?, Bruxelles/Paris, COMPLEXE (EDITIONS), , 227 p. (ISBN 2-87027-998-1, lire en ligne), p. 53
  18. Camps 1983
  19. Ismaël Hamet, « Notice sur les Arabes hilaliens », Revue d'histoire des colonies, vol. 20,‎ , p. 241–264 (DOI 10.3406/outre.1932.2836, lire en ligne, consulté le )
  20. Gabriel Camps, 'Comment la Berbérie est devenue le Maghreb arabe'.. In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°35, 1983. pp. 7-24 (p.15). DOI : 10.3406/remmm.1983.1979, lire en ligne: [1]
  21. (en) « Islamic world - Conversion of Mongols to Islam », sur Encyclopedia Britannica (consulté le )
  22. a et b Musique et spectacle : Le théâtre lyrique arabe - Esquisse d'un itinéraire... Par Mohamed Garfi, p. 38.
  23. a et b ʻAbd-ar-Raḥmān Ibn-Muḥammad Ibn-Ḫaldūn, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale: collationné sur plusieurs manuscrits, Impr. du Gouvernement, (lire en ligne), p. 37

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabriel Camps, « Comment la Berbérie est devenue le Maghreb arabe », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, no 35,‎ , p. 7-24 (DOI 10.3406/remmm.1983.1979)
  • Jean Poncet, « Le mythe de la "catastrophe" hilalienne », Annales,‎ , p. 1099-1120 (lire en ligne)
  • Roger Idris, « De la réalité de la catastrophe hilâlienne », Annales, nos 23-2,‎ , p. 390-396 (lire en ligne)
  • Jean Poncet, « Encore à propos des hilaliens : la "mise au point" de R. Idris », Annales,‎ , p. 660-662 (lire en ligne)
  • Arthur Pellegrin, Histoire de la Tunisie : depuis les origines jusqu'à nos jours, Tunis, Librairie Louis Namura,
  • Goldziher Ignaz, Mohammed Ibn Toumert et la thologie de L'Islam dans le nord de l'Afrique au XIe siècle, BiblioBazaar, , 112 p. (ISBN 978-1-113-17981-4, présentation en ligne)
  • Éric Limousin, 100 fiches d'histoire du Moyen Âge : Byzance et le monde musulman, Paris, Bréal, (présentation en ligne)
  • La Geste hilalienne : Version de Bou Thadi (trad. de l'arabe par Lucienne Saada, préf. Jean Grosjean), Paris, Gallimard, coll. « Blanche », , 400 p. (ISBN 2-07-070157-3), compte rendu en ligne
  • « Les migrations arabes hilâliennes », dans Pascal Buresi, Mehdi Ghouirgate, Histoire du Maghreb médiéval (XIe – XVe siècle), Paris, Armand Colin, (ISBN 978-2-200-28222-6), p. 81-92.
  • « Les Banû Hilâl et l'évolution du Maghreb », dans Gilbert Meynier, L'Algérie, cœur du Maghreb classique. De l'ouverture islamo-arabeau repli (698-1518), Paris, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5231-2), p. 52-72.

Liens externes[modifier | modifier le code]