Berghouata

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Territoire des Berghouata (Tamesna), en bleu

Les Barghawata (ou Berghouata) sont une confédération tribale berbère, rassemblant des tribus principalement masmoudiennes qui établit un royaume indépendant s'étendant sur la région de la Tamesna entre 742 et 1148, sous l'égide de Tarif al-Matghari.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Les Berghoutas designent plusieurs tribus berbères sous les ordres de Saleh ben Thryf qui prétendait être prophète et vint fixer sa résidence à Tamesna. Il est originaire de Bernatha, forteresse de la province de Sidonia en Andalousie. Ses premiers disciples furent appelés Bernathy, dont les arabes firent Berghouaty d’où le nom de Berghouata. .

Religion[modifier | modifier le code]

Saleh ben Tarif se prétendait prophète et prit le nom de Saleh El Moumenyne (vertueux parmi les croyants).

Le Royaume de Barghawata développa une religion inspirée par l’Islam avec quelques éléments du Sunnisme, du Chiisme et une empreinte du paganisme. On croit même qu’ils avaient leur propre Coran en Berbère ayant 80 sourates sous le règne de Salih Ibn Tarif Il s’est autoproclamé prophète puis le dernier Mahdi et a proclamé que Jésus était son compagnon.

Histoire[modifier | modifier le code]

Peu de détails historiques sont connus sur Barghawata. La plupart des sources historiques sont largement postérieures à leurs règnes présentant parfois des contradictions voire des confusions dans le contexte historique. Pourtant, une tradition a apparu plus vraisemblable. Elle nous vient de Cordoue en Espagne dont son auteur est l’ambassadeur de Barghawata Abou Salih Zammour, aux environs de la moitié du Xe siècle

Elle était rapportée par Al Bakri, Ibn Hazm et Ibn Khaldoun, pourtant leurs interprétations comprenaient quelques divergences selon leurs points de vue. Les Barghawatas étaient alliés de la secte des Kharidjites qui embrassèrent une doctrine d’égalitarisme en opposition à celle des Qoraychites qui était essentiellement aristocratique, le règne des Omeyyades en fut plus tard la preuve.Ils combattirent avec Maysara lors de Grande révolte berbère mais après la défaite des Kharidjites à Kairouan, Tunisie en 741, les Barghawatas au Maroc font une retraite dans la région de Tamesna, lieu où ils fonderont après leur royaume.

Un de leurs chefs, Tarif, resta fidèle aux doctrines de l’islam, mais son fils, et qui avait aussi combattu dans les rangs des Sufrites, se donna pour Prophète et composa un « Coran berbère ». Toutefois, la doctrine resta dans la sphère privée ; il la confia à son fils Elyas et partit pour l’Orient, en précisant qu’il reviendrait lorsque le septième roi de sa dynastie serait sur le trône. La nouvelle religion resta cachée jusqu’au règne de Younos qui la proclama et la répandit parmi la population[1]?

Doctrine de Salih[modifier | modifier le code]

La « doctrine de Sâlih » cherchait sa justification dans le « Sâlih el Mouminin » mentionné dans le Coran(sourate LXVI, verset 4) et consistait à reconnaitre la mission divine de tous les prophètes et celle de Sâlih lui-même. Cette nouvelle religion s'est ainsi construite sur une base ressemblant à l'Islam mais avec de nombreuses altérations et avec un ancrage berbère et local:

Le Coran, que Salih composa en berbère, comprenait quatre-vingts sourates, ayant pour la plupart comme titre le nom d’un prophète.

  • Le jeûne se faisait pendant le mois de Redjeb à la place de ramadan (plus, un certain jour de la semaine et même les semaines suivantes,
  • l’aumône était la dîme (10%) de tous les grains
  • la prière se faisait cinq fois par jour et cinq fois par nuit (La manière de faire les ablutions était également définie. Il n’y avait ni appel (ad’an) ni introduction à la prière (iqâmah))

Allahu akbar se prononçaient A esm en Iakoch(au nom de Dieu), puis Mokkor Iakoch (Dieu est grand).

A la fin de la prière, ils prononçaient dans leur langue cette formule : « Dieu est au-dessus de nous ; rien de ce qui est sur la terre et au ciel ne lui est caché ». Ils répétaient ensuite en berbère : Moqqor Iakoch(Dieu grand) ; autant de fois Ihan (Ian)Iakoch (Dieu est un) et Our d’am Iakoch (personne comme Dieu).

Comme dans la religion de Ha-Mim, l'œuf, la tête d’aucun animal et le poisson non-égorgé et vidé étaient proscrit.

Quant au mariage, il n'y avait pas de limite de nombre de femmes mais il était interdit aux fidèles d’épouser des femmes musulmanes ou de donner leurs filles à des Musulmans.

Par ailleurs, la salive de leur prophète attirait les bénédictions divines et était considérée comme un remède infaillible (croyance qui existe encore dans certains marabout). Enfin, ils étaient très intéressé par l'astronomie[1]

Chute du royaume[modifier | modifier le code]

Les Barghawatas domineront sur Tamesna plus de trois siècles entre 742 et 1148. Sous la succession de Salih Ibn Tarif, Ilyas Ibn Salih, Younous (842-888) et Abou Ghoufaïl (888-913) la position du royaume tribale a été consolidée et des missions étaient envoyées régulièrement aux tribus voisines. Ayant initialement de bonne relation diplomatique avec le Calife de Cordoue, cette dernière fut arrêtée à la fin du Xe siècle avec le règne des Omeyyades. Deux incursions Omeyyades, ainsi que des attaques des Fatimides avaient mis en péril la stabilité de Barghawata. Depuis le XIe siècle une intense guérilla éclata avec des fractions des Banou Ifrane. Malgré la position précaire des Barghawatas, ils étaient capables de se défendre vaillamment contre les attaques des Almoravides – le leader spirituel des Almoravides, Ibn Yassine, a été tué de leurs mains dans une bataille en 1148. C’est seulement qu’en 1148 que les Barghawata ont été éliminés par les Almohades comme un groupe politique et religieux.[réf. nécessaire]

Rois de Barghawata[modifier | modifier le code]

  • Tarif al-Matghari
  • Salih ibn Tarif
  • Ilyas ibn Salih
  • Younous ibn Ilyas
  • Abou Ghafir Muhammad
  • Abou al-Ansar Abdoullah
  • Abou Mansour Issa

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b René Basset, RECHERCHES SUR LA RELIGION DES BERBÈRES, Paris, ERNEST LEROUX, (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ulrich Haarmann, Geschichte der Arabischen Welt. C.H. Beck München, 2001.
  • John Iskander, Devout Heretics: The Barghawata in Maghribi Historiography, in The Journal of North African Studies Volume 12, 2007, pages 37–53.
  • Stephan und Nandy Ronart, Lexikon der Arabischen Welt. Artemis Verlag, 1972.
  • Mohammed Talbi, Hérésie, acculturation et nationalisme des berbères Bargawata, in Premier congrès des cultures Méditerranéennes d'influence arabo-berbère, Alger 1973,217-233.
  • Roudh El kartas ecrit à la cour de Fes en 1326

Liens externes[modifier | modifier le code]