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Conquête almoravide d'al-Andalus

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La conquête almoravide d’al-Andalus (1086–1147) désigne la domination croissante exercée par la dynastie berbère des Almoravides sur la péninsule ibérique, suite à leur intervention militaire dans les royaume des taïfas. Elle met fin à la fragmentation politique d'Al Andalus de la première période des Taïfas, et suspend la Reconquista.

Ce sont les princes arabes d’Espagne, parmi lesquels Al Mutamid ibn Abbad de Séville, menacés par Alphonse VI de León qui a investi Tolède en 1085, qui font appel à l’almoravide Youssef ben Tachfine.

Face à Gibraltar

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De l'autre côté du Détroit de Gibraltar, le mouvement Almoravide prend la forme d'un Émirat dans les années 1070 depuis la nomination de Youssef ben Tachfine au titre d'Âmir al-Muslimîn (Prince des musulmans), avec l'approbation du pouvoir abbasside. Il mène encore des opérations contre les Zirides afin de s'assurer le contrôle et, au début des années 1080, seules Tanger et Ceuta ne sont pas encore sous leur domination. Pour parvenir à les conquérir, les Almoravides font construire une flotte, un choix stratégique qui leur permet également d'ouvrir la voie de la péninsule ibérique[1].

Al-Andalus à la veille du débarquement Almoravide, perte de Tolède en 1085

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Dans les premières décennies du XIe siècle, le pouvoir Omeyyades se décompose en une série de petits États. Ces taïfas se livrent à des conflits pour le contrôle de la péninsule ibérique[2]. Les conséquences se font immédiatement sentir, des villes puissantes comme Badajoz ou Séville payent à partir de la seconde moitié du XIe siècle un lourd tribut à Ferdinand Ier de León.

Bien qu'ennemis entre eux, les dirigeants des taïfas aux frontières nord s'inquiètent de la puissance chrétienne et ils décident finalement de faire appel aux Almoravides d'Afrique du Nord. Parmi eux, c'est certainement Mutamid, roi de Séville qui se démarque. À la tête d'une puissante et riche cité jadis, Mutamid est contraint par Ferdinand Ier puis par Alphonse VI de León à payer un très lourd tribut. Un épisode humiliant survient en 1082-1083 lorsque Alphonse VI envoie à Séville un Juif nommé Ben Shalib pour la collecte des taxes que Séville doit verser annuellement. Les exigences de Ben Shalib sont tellement pesantes sur les finances du royaume que Mutamid décide de tricher en dégradant volontairement la qualité de l'or composant les pièces de monnaie. Ben Shalib remarque immédiatement la ruse et prévient que s'il n'obtient pas des pièces d'or pur il exigera en contrepartie plusieurs villes et forteresses du royaume de Séville. Mutamid fou de rage assassine Ben Shalib ce qui ne manque pas de provoquer la colère d'Alphonse VI qui immédiatement monte une armée détruisant tout sur passage jusqu'à arriver aux portes de Séville. Bien que la ville ait résisté aux assauts, l'avertissement est clair.

En 1085, la Reconquista prend un tournant décisif, la taïfa de Tolède tombe sous l'épée d'Alphonse VI[2]. La ville de Tolède, gouvernée par un certain Al-Qadir, tombe rapidement. S'ensuivent la prise des villes de Huesca et de Lérida. Ces conquêtes encouragent Alphonse VI qui se lance dans une politique de pillage en engageant des mercenaires qui massacrent la population des environs de Séville. Se faisant appeler « roi des deux religions », Alphonse VI décide d'écrire une lettre d'un ton arrogant au roi de Séville, Mutamid, lui réclamant purement et simplement d'abandonner sa cité à l'instar du roi de Tolède :

« Mon attente ici (dans les environs de Séville) a déjà été trop longue, la chaleur et les mouches sont intolérables ; offrez-moi votre palais afin que je puisse me reposer à l'ombre de ses jardins et garder ces insectes loin de mon visage. »

La réponse de Mutamid est immédiate puisqu'il écrira au dos de la lettre envoyée par Alphonse VI son intention de faire appel aux Almoravides :

« Nous avons lu votre lettre et compris son contenu arrogant et méprisant. Nous avons bien l'intention de vous fournir rapidement un endroit ombragé, à l'ombre des hamd (nom donné aux boucliers des combattants almoravides) »

Appel d'Al Mutamid à Ibn Tachfin

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En effet, Mutamid le roi de Séville souhaite mettre à disposition des combattants almoravides et de leur chef Youssef Ibn Tachfin des navires afin de leur permettre la traversée de la Méditerranée. La nouvelle de l'arrivée éventuelle d'Ibn Tachfin est loin de contenter tous les rois de taïfas qui connaissent la force almoravide. Surmontant un temps leurs divisions, les rois des différentes taïfas organisent une rencontre avec le roi de Séville afin de le raisonner et éviter à Ibn Tachfin de débarquer sur la péninsule. Lors de la rencontre Mutamid expose sa logique en faisant remarquer qu'il n'avait le choix qu'entre Alphonse et Ibn Tachfin. Bien que sceptiques, l'assemblée accepte la proposition de Mutamid et une lettre est officiellement envoyée à Ibn Tachfin lui demandant de venir aider le pays face à la conquête chrétienne. Le débarquement almoravide sur la péninsule est fin prêt.

Les Almoravides connaissent bien Al-Andalus ; les villes du Maghreb y ont vu passer des générations de marchands andalous venant à Marrakech ou Fès y vendre le bois, les fruits et toutes sortes de biens dont le Maghreb manque, de même que de nombreux étudiants maghrébins vont en Al-Andalus y apprendre la théologie, la médecine ou les mathématiques. Bien qu'étant une personne simple, Youssef Ibn Tachfin connaît très bien le potentiel et les richesses dont regorge l'Andalousie, finalement, poussé par les théologiens qui arrivent à le convaincre sur l'importance de la défense de ce morceau de Dar Al-Islam, ' il accepte la demande des rois des taïfas. Il va même aller au-delà, puisqu'il réclame la rédaction d'une fatwa l'autorisant à annexer l'Andalousie et à combattre les émirs qui se sont alliés avec les princes chrétiens.

Les Almoravides en Al-Andalus

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L'armée almoravide, habituée à combattre des païens des coins reculés du Sahara ou des hérétiques, s'apprête à affronter pour la première fois une armée chrétienne, qui plus est en Europe. Afin de préparer la campagne, Ibn Tachfin fait appel à Abd Al-Rahman Ibn al-Aftas, un conseiller andalou qui le prévient que la marge de manœuvre sur la péninsule est très réduite. De son côté Al-Mutamid utilise cette période pour négocier à son avantage avec Alphonse VI en le menaçant de l'imminence de l'arrivée des Almoravides.

Du côté chrétien, Alphonse VI est en plein siège de Saragosse lorsque les rumeurs d'une arrivée des Almoravides lui parviennent. Il retourne immédiatement à Tolède et fait appel à toutes les forces du pays et même jusqu'en France. Décidé à continuer à se faire appeler « roi des deux religions », Alphonse VI écrit lui-même une lettre à Ibn Tachfin qui de nouveau sur un ton arrogant le met au défi d'envahir la péninsule. Durant l'été 1086, les trois forces en présence négocient toutes l'arrivée d'Ibn Tachfin. Les rois des taïfas souhaitent se placer sous la protection almoravide mais ne veulent pas voir leur titre remis en cause ; or Ibn Tachfin sait pertinemment qu'ils ne sont pas en position de négocier, son principal souci est l'affrontement avec Alphonse VI.

C'est à Ceuta qu'Ibn Tachfin réunit une gigantesque armée composée de soldats venus des quatre coins de l'empire almoravide, du Sahara, du Maghreb ainsi que des différentes tribus comme les Sanhadja. À leur tête, on trouve les plus prestigieux et loyaux chefs militaires que comptait l'empire.

Évènements

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En 1086, à la demande d'al-Mu'tamid, Youssef vient en Espagne une première fois pour lui porter assistance et pour l'aider à affronter Alphonse VI, qui a envahi Saragosse. Il bat Alphonse le à Sagrajas (az-Zallàqa)[3] avant de se retourner contre al-Mu'tamid qui entretemps s'était allié au monarque espagnol. Il s'empare donc de Séville, de Grenade, d'Almeria, de Badajoz[3].

La conquête almoravide de 1085 à 1115

Les chrétiens reprennent alors l'offensive vers Murcie et Almería, Al Mutamid prend le parti de se rendre en personne auprès de Youssef ben Tachfine pour implorer une nouvelle intervention des Almoravides (1088 ou 1090).

Ben Tachfine rend inutilisable la puissante base militaire d'Aledo (au sud-ouest de Murcie), contre laquelle les Taïfas avaient échoué, et rétablit la situation. Tout annonce une grande offensive des forces conjuguées des Almoravides et des Maures. Mais les royaumes musulmans d'Espagne sont trop faibles pour prêter un concours efficace à Ben Tachfine et trop divisés pour ne pas tenter le chef berbère de développer sa puissance à leurs dépens : il a tôt fait de ne plus agir en allié, mais en maître.

Conséquences pour Al-Andalus

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Entre 1142 et 1147, des taïfas (potentats locaux) sont remis en place par suite de l'effritement du pouvoir dans l'Empire almoravide.

Conséquences pour la Reconquista

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Il faut attendre les Almohades pour que les royaumes chrétiens s'unissent. Des dissensions persistent entre les souverains, qui marquent une pause dans la Reconquista pour assimiler les marches taillées sur les territoires dans l'époque précédente.

Évènements de 1147

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Au Maghreb, les Almohades sous Abd al-Mumin assassinent le dernier chef Almoravide à Marrakech et en font leur capitale.

Les Almohades sous Abd al-Mumin débarquent à Al-Andalus.

  • Alphonse Ier de Portugal profite du déclin des Almoravides, prend Lisbonne et Santarém (avec l’aide d’une flotte anglo-flamande faisant route vers le Proche-Orient) et consolide son royaume.
  • 1236 : Les chrétiens s’emparent de Cordoue après avoir avancé jusqu’à Grenade.
  • Le pape étend les privilèges de la croisade (indulgence) aux Espagnols qui ont pris Almería.

Notes et références

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  1. Pascal Buresi et Mehdi Ghouirgate, « Chapitre 2. Les Almoravides », Cursus,‎ , p. 29–41 (DOI 10.3917/arco.bures.2021.01.0029, lire en ligne, consulté le )
  2. a et b El Fasi 1990, p. 380.
  3. a et b Rivet 2012, p. 112.

Bibliographie

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Articles connexes

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