Hintata

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Hintata
هنتاتة
ⵉⵏⵜⵉ
Image dans Infobox.
Le Maroc et le territoire hintata au début du XVIe siècle
Informations générales
Nom arabe
Hintāta
Nom berbère
Inti
Échelon
Confédération tribale
Géographie
Région principale
Province principale
Territoire
Haut-Atlas. Vallées du Nfiss et de la Ghighaya
Chef-Lieu
Histoire et anthropologie
Période d'apparition
XIe siècle
Période de disparition
XVIe siècle
Mode de vie
Sédentaire
Fait partie du groupe tribal
Nombre de fractions
9
Fractions
(Aït) Ghighaya ; (Aït) Lamazdur ; (Aït) Tagurtant ; (Aït) Taklawwuh-tin ; (Aït) Talwuh-rit ; les (Aït) Tumsidin ; les (Aït) Wawazgit ; les (Aït) Yigaz ; Mazala
Culture
Langue principale
Masmoudienne (Tachelhit)
Personnages marquants
Yinti (ancêtre commun) ; Abū Ḥafṣ ‘Umar ibn Yaḥyā (Faska U-Mzal) ; ‘Amīr ibn Muḥammad ibn ‘Alī (puissant cheikh sous les Mérinides)) ; En-Nasir (émir de Marrakech au début du XVIe siècle)

Les Hintata (en arabe : هنتاتة, hintāta; en berbère : ⵢⵉⵏⵜⵉ ou ⵉⵏⵜⵉ, yinti ou inti) sont une ancienne confédération tribale du groupe des Masmouda. Leur territoire se situait au sud-ouest de Marrakech, dans les environs de la vallée du Nfiss. Appuis de la première heure des Almohades, ils leur survécurent et devinrent à la fin du XIIIe siècle gouverneurs de Marrakech, d'abord pour le compte des sultans mérinides, puis, sans doute à partir des années 1440, en toute indépendance. Résistant à l'assaut portugais de , les émirs hintata de Marrakech sont évincés par le chérif saadien Ahmed al-Araj en .

Histoire[modifier | modifier le code]

Période almohade[modifier | modifier le code]

A partir de , les principaux cheikhs Hintata, Wānūdīn ibn Yansilt, Namīr ibn Dāwūd, Abū Māgalīfa et Faska U-Mzal, décidèrent d'appuyer le mahdi Ibn Toumert, originaire de l'Anti-Atlas, dans sa volonté de conquérir le pouvoir aux dépens des Almoravides. De par leur rôle important dans la conquête de Marrakech, les cheikhs hintata obtiennent des fonctions de commandement dans l'armée almohade puis de gouverneurs provinciaux. Faska U-Mzal troqua son nom amazigh contre celui d'un compagnon du prophète, et sous le nom de Abū Ḥafṣ ‘Umar ibn Yaḥyā, donna indirectement naissance en Ifriqiya à la dynastie hafside. Pendant la phase de décadence des Almohades, dans les années 1220, des émirs hintata du Maghreb et d'al-Andalus influent sur les destins des prétendants au califat, notamment Ibn al-Shahid, petit-fils d'Abū Ḥafṣ ‘Umar ibn Yaḥyā, qui appuie de manière déterminante les prétentions du calife al-Adil.

Période mérinide[modifier | modifier le code]

Après l'arrivée au pouvoir des Banu Marin à Fès, la puissance des Hintata ne décroit pas, bien au contraire. Une famille hintata, les Oulad Yunus, rendent de grands services aux sultans de Fès dans la collecte de l'impôt dans la région de Marrakech et du Haut-Atlas. Au milieu du XIVe siècle, le sultan mérinide Abu al-Hasan trouve refuge dans le Djebel Hintata après avoir été évincé par son fils Abu Inan Faris. Il y meurt en , après avoir bénéficié de la protection du puissant cheikh hintata ‘Amir ibn Muhammad ibn Ali. Ce même ‘Amir, s'immisce quelques années plus tard dans la succession d'Abu Inan Faris et soutient Muhammad al-Mu‘tamid lorsqu'il s'installe à Marrakech, l'aidant à asseoir son autorité dans la région. Il reçoit en le grenadin Ibn al-Khatib, qui ne tarit pas d'éloges à leur propos.

Gouverneurs de Marrakech[modifier | modifier le code]

En , l'omnipotent vizir ‘Abd Allah al-Yabani, qui règne à Fès, nomme ‘Amir gouverneur de toutes les terres mérinides au sud du fleuve Oum Errabia. Les Oulad Yunus servent de relais à l'autorité mérinide à Marrakech, dans le Haouz et le Haut-Atlas, mais en , ‘Amir se soulève contre les Mérinides. Capturé, il est exécuté. Ses successeurs de la famille Oulad Yunus se maintiennent à Marrakech, avec une autonomie croissante vis-à-vis des vizirs Wattassides. Dès lors qu'Ibn Khaldoun cesse de renseigner sur le destin des Oulad Yunus, peu d'éléments sont connus sur les Hintata qui règnent sur Marrakech au XVe siècle. Deux épitaphes des Tombeaux saadiens indiquent qu'un certain Ahmed ben ‘Amer, mort en , est le premier à se donner le titre d'émir, alors que son père n'était qu'un cheikh qui témoignait encore sa fidélité pour les Wattassides en envoyant dans les années 1430 des contingents pour tenter de reconquérir Ceuta. En-Naser, fils de son cousin germain, lui succède. Mieux connu grâce aux sources portugaises, il règne sur Marrakech mais contrôle très mal l'arrière-pays, soumis dans tout le XVe au déferlement hilalien qui met à mal l'influence hintata dans le Haouz. Durant une bonne partie du XVe et jusque dans les années 1520, toutes les tribus au sud de l'Oum Errabia se gouvernent avec une certaine indépendance. Lorsqu'il visite à plusieurs reprises entre et Marrakech, Léon l'Africain décrit des "rois" logeant sans faste dans le vieux palais almohade de la Kasbah tombant en ruine.

En , le Portugal établit un comptoir commercial à Safi, qui était alors sous la domination d'un caïd indépendant des Hintata. En , Emmanuel Ier commence à entreprendre une correspondance, d'abord cordiale avec « Hanacer, filho de Jufiz, filho de Orne Almumem bena Alle Alintety », présenté comme le roi et cheikh de Maroc. Mais en , les relations se déteriorent rapidement lorsque les Portugais prennent par la force Safi. Dès , les Portugais font payer tribut jusqu'aux abords d'Aghmat. En , Diogo Lopes, almocaddem de Safi, vient razzier le Haouz, et ses soutiens viennent frapper aux portes de Marrakech acclamer le roi du Portugal. Le , Nuno Fernandes de Ataíde (pt) réitère le geste, ses soutiens couvrant de graffitis les vantaux des portes de Marrakech. Démoralisé et impuissant, En-Naser se cloitra trois jours durant dans son palais, en larmes. Le , Nuno Fernandes et le capitaine d'Azemmour tentent d'assiéger Marrakech. Mais En-Naser s'était préparé à cette attaque et avait pu compter sur l'appui du caïd de Fès, et surtout sur les renforts du chérif saadien, qui se trouvait alors en ville. La résistance est victorieuse. Durant les cinq années suivantes, les Portugais essuient plusieurs revers dans le nord et l'ouest du Maroc, contrariant leurs plans ambitieux. En , En-Naser meurt, avec le titre encore souverain d'émir de Marrakech. Son fils, Muhammad Bou Chentouf (« l'homme à la mèche ») est exécuté en par le chérif saadien Ahmed al-Araj, mettant fin à un siècle et demi de gouvernement hintata caractérisé par un inexorable déclin de l'ancienne capitale impériale.

Héritage[modifier | modifier le code]

Encore dans les années 1570, l'espagnol Marmol décrit les montagnes au sud et au sud-ouest de Marrakech comme le Djebel Hintata. Après lui, ce nom disparait. La nisba Hintātī existe de nos jours encore en Tunisie notamment dans la région de Sfax, témoignant de l'influence de ce groupe masmoudien en Ifriqiya à travers la dynastie hafside.

Structure tribale[modifier | modifier le code]

Le Kitāb al-ansāb d'Ibn ‘Abd al-Ḥalīm (XIVe siècle), rapportant des éléments d'un dénommé al-Magīlī (m. 1077/1078), indique que l'ancêtre commun des Hintata était un dénommé "Yintī", donnant à la tribu son nom berbère, Inti. Celui-ci indique que en outre que la tribu se composait de neuf fractions : les (Aït) Ghighaya, les (Aït) Lamazdur, les (Aït) Tagurtant, les (Aït) Taklawwuh-tin, les (Aït) Talwuh-rit, les (Aït) Tumsidin , les (Aït) Wawazgit, les (Aït) Yigaz, and leurs alliés les Mazala. Les Ghighaya et les Ouzguita se sont après la désagrégation de la confédération hintata érigées en tribus indépendantes et continuent d'exister de nos jours. Le Djebel Hintata, évoqué par quantité d'auteurs, devait se situer dans les piémonts et les vallées du sud et du sud-ouest de Marrakech, autour des vallées du Nfiss et de la Ghighaya. Ces tribus, issues du groupe Masmouda, étaient sédentaires.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Maria Jesus Viguera-Molins, « Hin Tata », Encyclopédie berbère, no 23,‎ , p. 3469-3470 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre de Cénival, « Les émirs des Hintāta, ‘rois’de Marrakech », Hespéris, no XXIV-4,‎ , p. 245-257 Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]