Garamantes

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Carte de l'Empire romain (en anglais), sous l'empereur Hadrien, le royaume Garamante se situe dans les régions désertiques, au sud de la province d'Afrique (actuelle Afrique du Nord).

Les Garamantes (probablement du berbère: igherman / iɣerman, signifiant: "villes" en berbère moderne; ou possiblement de igerramen signifiant "saints, personnes saintes/sacrée" en actuel berbère), sont un ancien peuple berbère situé entre la Libye et l’Atlas plus particulièrement autour des oasis de Germa (nom de leur capitale, Garama) et de Mourzouk.

Ils ont développé une civilisation très avancée. Ils avaient un système d'irrigation souterrain très élaboré, et ont fondé plusieurs royaumes berbères, ou cité-états dans le Fezzan, en actuelle Libye, dans le sahara. Ils étaient un peuple de conducteurs de chars et de bâtisseurs. Il est probable qu'ils nomadisaient encore plus au sud, jusqu’au lac Tchad, au fleuve Niger et la région de Gao. Leur royaume a existé durant plus de mille ans, devenant une puissance locale de 500 à 600 av. J.-C.

Étymologie & sources[modifier | modifier le code]

Leur nom, Garamantes, était un nom Grec, que les Romains ont plus tard adopté. La plus part des informations à leur sujet nous viennent de sources grecques, et romaines, et aussi de fouilles archéologiques, bien que de grandes zones en ruines restent inexactes. Une autre sources d'informations est l'abondance art rupestre dans la région, qui représente souvent la vie avant la montée en puissance de leur royaume.

Historiens anciens[modifier | modifier le code]

En 203, Septime Sévère conquiert la capitale des Garamantes, Garama (zone en rose clair).

Au Ve siècle av. J.-C., les Garamantes sont déjà mentionnés par Hérodote, qui les localise à l’intérieur de la Libye, à trente jours de la Méditerranée[1]. Hérodote indique qu’ils pratiquaient l’agriculture et avaient de grandes plantations de palmiers-dattiers. Ils avaient des chariots rapides attelés à quatre chevaux, sur lesquels ils pourchassaient les « Éthiopiens », et les Troglodytes.

Cornelius Balbus, proconsul d’Afrique, mène une expédition contre eux et les bat en -21/-20[2]. Ils s’allient ensuite à Tacfarinas et aux Musulames. Enfin, en 70, ils participent au pillage de Leptis Magna, mais en 69, la victoire remportée contre eux par Valerius Festus, légat de la IIIe légion Auguste les contraint à accepter un protectorat romain[3].

Hérodote nous informe que. cinq siècles plus tard, Marinos de Tyr rappelle le roi des Garamantes chez les Éthiopiens pour affirmer son autorité. Tite-Live et Strabon placent vaguement les Garamantes à proximité des Emporia de la Petite Syrte. Ils les situent entre les Gétules au nord et les Éthiopiens au sud.

Carte du Proche Orient vers 600, avant les conquêtes arabes.

Selon Pline l'Ancien, les Garamantes « ne contractent point de mariages, et les femmes sont communes[4]Tite-Live et Strabon localisent vaguement les Garamantes entre les Gétules au Nord et les « Éthiopiens » au Sud.

Selon des documents byzantins, le roi des Garamantes aurait signé un traité de paix avec l’Empire romain d'Orient en 569 et se serait converti au christianisme. En 668, selon des documents musulmans, le dernier roi des Garamantes aurait été vaincu, emprisonné et enchaîné. L’ensemble de la région est ensuite islamisée.

Villes et nécropoles[modifier | modifier le code]

Suivant une hypothèse généralement reçue, les Garamantes devraient leur nom à l'importance des ruines d'habitats, des tombes et constructions diverses qui occupent l'oued El-Agial, au cœur du pays garamante. L'archéologie du Fezzan a connu deux temps ; ce fut d'abord la mission italienne des années 1930-1935 de Caputo, Pace et l'anthropologue italien Sergi. L'Academia dei Lincei assura la publication de ces travaux (« Scavi sahariani », Rome, 1951). Une décennie plus tard, le service archéologique libyen entreprit des fouilles à Germa, considérée depuis longtemps comme l'antique capitale des Garamantes. Mohamed Ayoub publia dès 1962 des rapports préliminaires sur ses recherches dans la ville de Germa et son voisinage, en particulier le cimetière royal. Parallèlement, Charles Daniels entreprenait des recherches sur deux sites voisins de Germa, à Zinchecra et Saniat Gebril.

Germa, reconnue depuis longtemps comme occupant le site de l'antique Garama, capitale des Garamantes, avait été mentionnée par Pline l'Ancien à propos de l'expédition de Cornelius Balbus en 20 avant J.-C. Ptolémée la qualifiait de « métropolis ». Les fouilles effectuées à Germa même et dans les sites voisins de Zinchecra et Saniat Gebril ont révélé le rôle de commandement qu'exerça Garama depuis les temps pré-romains jusqu'à la conquête arabe de 642.

Commerce[modifier | modifier le code]

Les Garamantes étaient en relation avec les pays formant actuellement le Soudan et le Niger, faisant le commerce d’ivoire, de métaux précieux, d’épices, de sel et d’esclaves à destination de Carthage. Ils ont été recrutés comme cavaliers dans l’armée carthaginoise des mercenaires.

Domination romaine[modifier | modifier le code]

Au début de notre ère, l'Empire romain était en pleine expansion et les riches colonies d'ifriqiya– c'est-à-dire d'Afrique du Nord – devaient être pacifiées et protégées. En 20 avant J.C., le proconsul d'Afrique Lucius Cornelius Balbus partit à la conquête du pays des Garamantes et s'empara de sa capitale Garama, aujourd'hui Gera. Mais la domination romaine était précaire et quelques années plus tard, les Garamantes aidèrent ouvertement l'ancien mercenaire numide Tacfarinas qui menait un grand mouvement de révolte contre Rome. La paix s'instaura pour quelques décennies, mais à la mort de l'empereur Vespasien, en 70 de notre ère, ils s'immiscèrent dans la vie politique de l'empire en répondant à l'appel des habitants d'Oea, l'actuelle Tripoli, qu'ils aidèrent à assiéger et piller l'opulente Leptis Magna. Il fallut attendre l'avènement de Septime Sévère (lui-même probablement un libyen) pour que la Pax romana s'étende sur la région. Les routes, devenues plus sûres, permirent un nouveau développement du commerce et le pays des Garamantes connut alors son apogée. Nous pouvons avoir une bonne idée de ce qu'était vie quotidienne de la garnison d'un poste romain du Sahara libyen pacifié grâce aux ostraca, cestessons de poterie trouvés à Bu Njem, en actuelle Libye.

Dans l'Antiquité tardive, le souvenir des Garamantes s'estompe quelque peu. Les témoignages sur cette nation que Tacite disait indomptée redeviennent vagues et entachés par le mythe. Paul Orose, prêtre d'origine espagnole qui rédigea en 416, à la demande de saint Augustin, une Histoire contre les païens, les situe sur les bords de l'océan Méridional qui est une création littéraire. En 569, le chroniqueur Jean de Biclar annonce la conversion des Garamantes au christianisme. Une étude récente de René Rebuffat trouve une curieuse mention du roi des Garamantes dans le Don Quichotte de Cervantès (I, 18) : Pentapolin, tel est le nom que Cervantès donna à ce géant issu de l'imagination de l'ingénieux hidalgo, et que l'on rapprochera de la Pentapole de Cyrénaïque : manifestement, le Pirée sera encore souvent pris pour un homme[5].

Langage[modifier | modifier le code]

Article connexe : Tifinagh.

Leur langage était le tininagh "...du proto-tifinagh, presque indéchiffrable, le script des actuels Touaregs.[6]".

Découvertes archéologiques[modifier | modifier le code]

En 2011, des observations par satellite permettent de découvrir un grand nombre de ruines appartenant à la civilisation des Garamantes, comprenant des tombes, des fortifications et des cimetières. On découvre aussi un réseau de tunnels et de puits au moyen desquels les Garamantes accédaient à l’eau de la nappe phréatique[7].

Il en ressort que cette culture était bien plus avancée et historiquement plus importante que ce que laissent entendre les historiens anciens. Les Garamantes formaient, sinon un État organisé, au moins au réseau de chefferies avec des villes et villages fédérés. Ils avaient une langue écrite et des techniques avancées. Ils ont été des pionniers dans l’aménagement, l’irrigation et l'urbanisation des oasis, ainsi que des maîtres du commerce transsaharien[8].

Ce royaume qui dura plus d’un millénaire, d'environ 500 avant notre ère à 600 apr. J.-C., s’étendait à son apogée sur un territoire de 650 000 km2. Son déclin pourrait avoir été causé par l’intensification de la désertification et par la surexploitation des ressources hydriques[9].

Présence dans la fiction[modifier | modifier le code]

Manuscrit Bestiaire montrant le roi des Garamantes sauvé de ses ravisseurs, par ses chiens. 13ième siècle.

Dans l’Énéide (VI, 794-795), Virgile cite les Garamantes comme l’un des peuples conquis, représentant l’étendue de la domination future (car encore à venir dans le temps du récit, aux temps mythiques d'Enée) d’Auguste : « super et Garamantas et Indos / proferet imperium » (sur les Garamantes et les Indiens, il étendra l’empire).

Dans Salammbô, Gustave Flaubert décrit les Garamantes dans les armées carthaginoises de mercenaires, anthropophages en cas de nécessité :

« Le soir du neuvième jour, trois Ibériens moururent. Leurs compagnons, effrayés, quittèrent la place. On les dépouilla ; et ces corps nus et blancs restèrent sur le sable, au soleil. Alors des Garamantes se mirent lentement à rôder tout autour. C’étaient des hommes accoutumés à l’existence des solitudes et qui ne respectaient aucun dieu. Enfin le plus vieux de la troupe fit un signe, et se baissant vers les cadavres, avec leurs couteaux ils en prirent des lanières ; puis, accroupis sur les talons, ils mangeaient. Les autres regardaient de loin ; on poussa des cris d’horreur ; —beaucoup cependant, au fond de l’âme, jalousaient leur courage[10] »

Dans « L’Immortel », Jorge Luis Borges met en scène un tribun d’une légion romaine stationné à Thèbes en Égypte, qui part dans le désert à la recherche d'une légendaire cité des immortels. Au cours de ce voyage épuisant, il dit avoir traversé « le pays des Troglodytes, qui dévorent des serpents et manquent de l’usage de la parole ; celui des Garamantes, qui ont leurs femmes en commun et qui se nourrissent de la chair des lions[11]. »

Apparence physique[modifier | modifier le code]

Ils faisaient partie de cet ensemble de populations à peau cuivrée qui se distinguent des populations soudanaises plus foncées, et méditerranéennes plus claires.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hérodote, Histoire, IV, 183
  2. Jehan Desanges, Recherches sur l'activité des Méditerranéens aux confins de l'Afrique, École française de Rome, 1978, p. 189-195.
  3. Pline l'Ancien, V, 38 ; Tacite, Histoires, IV, 50.
  4. Pline, Histoire naturelle, VI.5.5
  5. Gabriel Camps, Les Garamantes, conducteurs de chars et bâtisseurs dans le Fezzan antique, Alger, Ancien directeur du Musée national d’ethnographie et de préhistoire du Bardo, (lire en ligne)
  6. (en) Louis Werner, « Libya's Forgotten Desert Kingdom », Saudi Aramco World, may/june 2004; volume 55, number 3 (consulté le 15 août 2016)
  7. Des châteaux dans le désert
  8. « Castles in the desert – Satellites reveal lost cities of Libya | ERC: European Research Council », (consulté le 21 juin 2017)
  9. (en) Fall of Gaddafi opens a new era for the Sahara's lost civilisation, The Guardian, 5 novembre 2011.
  10. Salammbô. Chap. XIV. Le Défilé de la Hache.
  11. L'Aleph, p. 8.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]