Ibéromaurusien

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Ibéromaurusien

Définition
Auteur Paul Pallary
Caractéristiques
Répartition géographique Maghreb
Période Paléolithique supérieur
Chronologie 22 000 à 10 000 ans AP
Type humain associé Homo sapiens
Tendance climatique Maximum glaciaire
Tardiglaciaire

Extension géographique de la culture ibéromaurusienne

L’Ibéromaurusien [n 1] est un faciès culturel préhistorique de l'actuel Maghreb, occupant une bande littorale allant du nord de la Tunisie au sud du Maroc, et appartenant au Paléolithique supérieur, d'environ 22 000 à 10 000 ans avant le présent (AP). La station princeps de cette industrie préhistorique sont les abris sous roche de la Mouillah près de Maghnia (Algérie).

Description[modifier | modifier le code]

L’Ibéromaurusien a été nommé ainsi vers 1909 par Paul Pallary, qui avait cru trouver en cette industrie des éléments de comparaison avec l’outillage microlithique que Louis Siret découvrait au même moment dans le sud de l’Espagne.

Les gisements ibéromaurusiens ont livré une industrie lithique microlithique à nombreuses lamelles. Celles-ci sont fréquemment transformées en lamelles à dos ou en segments, au moyen de la technique du microburin. Il existe une importante variabilité temporelle.

La chasse, la pêche et la cueillette fournissaient la totalité des ressources alimentaires. La principale espèce chassée était le mouton de Barbarie (Ammotragus lervia), associée à des bovidés, des cervidés et des suidés.

Des figurines animales en terre cuite très anciennes (20 200 ans AP), des parures en coquille d'œuf d'autruche et de nombreuses traces d'ocre témoignent de préoccupations artistiques. De nombreuses sépultures primaires sont connues, parfois dans des tombeaux construits.

L'Ibéromaurusien a été précédé en Afrique du Nord par les industries atériennes, dont l'auteur était Homo sapiens, présent en Afrique du Nord depuis au moins 300 000 ans.

Type humain associé[modifier | modifier le code]

L'industrie lithique ibéromaurusienne est l'œuvre d'un type d'homme moderne, l'Homme de Mechta-Afalou[n 2]. Plusieurs origines ont été proposées pour expliquer son apparition en Afrique du Nord, notamment une origine européenne via l'Espagne ou une origine proche-orientale. Selon cette dernière théorie, défendue par plusieurs auteurs[1], l'Homme de Mechta-Afalou pourrait provenir d'un foyer commun proche-oriental d'où se seraient développées deux branches : l'une vers l'Europe, donnant l'Homme de Cro-Magnon, et l'autre vers le Maghreb, donnant l'Homme de Mechta-Afalou. Cette théorie est fondée sur des comparaisons morphologiques entre les populations cromagnoïdes et les hommes de Mechta-Afalou, ainsi que sur la présence ancienne d'Homo sapiens au Proche-Orient (sites de Es Skhul et Qafzeh, datés respectivement de 115 000 et 92 000 ans AP). Selon une étude génétique publiée en 2018, les Ibéromaurusiens n'ont pas reçu d'apport génétique de la péninsule ibérique et sont bien des autochtones du Maghreb[2],[3].

Contrairement à leurs prédécesseurs, les Atériens, les restes fossiles de l’Homme de Mechta-Afalou sont très nombreux et s’élèvent à près de 500 spécimens. Ils constituent une collection de fossiles humains qui figure parmi les plus volumineuses au monde.

Principaux sites[modifier | modifier le code]

Tafoghalt (Maroc)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grotte des pigeons.

Le gisement ibéromaurusien de Tafoghalt (ou Taforalt) est une grotte située au Maroc, dans le massif montagneux de béni-Snassen, à 1 km du village de Taforalt et à 55 km au Nord-Ouest d'Oujda. Il s'agit d'une grotte de trente mètres d'ouverture et de vingt-huit mètres de profondeur d'avant en arrière. La grotte de Taforalt a été fouillée de 1951 à 1955 par l'abbé Jean Roche. L'étude stratigraphique de la grotte a mis en évidence dix niveaux ibéromaurusiens surmontant un niveau atérien.

L'étude paléoanthropologique du site réalisée par Denise Ferembach en 1962 a inventorié les restes fossiles de 86 adultes et de 98 enfants, en bon état de conservation, répartis dans les 40 sépultures de la grotte. Les sépultures, datées d'au moins 12 000 ans, ont été découvertes dans les dix niveaux ibéromaurusiens. Les hommes de Taforalt étaient de type Mechta-Afalou. Des datations ont montré que le site avait été occupé entre 21 900 ans AP et 10 800 ans AP.

Afalou Bou Rhummel (Algérie)[modifier | modifier le code]

Fouillé à l'origine par Camille Arambourg en 1928, le site d'Afalou Bou Rhummel, en Algérie, avait livré à l'époque les premières sépultures anciennes connues en Afrique du Nord-Ouest. Il a été occupé entre 10 000 ans AP et 8 000 ans AP. Le faciès de l'homme dit de Mechta-Afalou a été reconstitué en statue de cire par Elisabeth Daynes[4].

Columnata (Algérie)[modifier | modifier le code]

Le gisement préhistorique de Columnata est situé sur le territoire de la commune de Sidi Hosni, à 1 500 mètres environ du village du même nom dans la wilaya de Tiaret. Sur un total de 116 sujets dans la nécropole, 48 adultes et 68 enfants et adolescents ont été dénombrés.

Kef Oum Touiza et Demnet Elhassan (Algérie)[modifier | modifier le code]

Ces Ibéromaurusiens sont situés dans la région montagneuse de la commune de Seraïdi, dans la wilaya d'Annaba, et vont être classés dans la liste des sites préhistoriques algériens[5].

Génétique[modifier | modifier le code]

Une étude génétique de R. Kéfi et al. en 2005, ayant analysé le génome mitochondrial (lignée maternelle) extrait de 23 squelettes de Tafoghalt, permet d'écarter une origine sub-saharienne des Ibéromaurusiens et conclu sur une origine locale probable de cette population [6]. Une nouvelle étude en 2016, portant sur 38 squelettes des sites de Tafoghalt au Maroc et d'Afalou en Algérie, a mis à jour l'analyse de 2005 et a confirmé ses résultats[7],[8].

En mars 2018, une étude génétique[2],[3], réalisée en collaboration par des chercheurs de l’Université Mohammed Ier (Oujda), de l’Université d'Oxford, du Musée d'histoire naturelle de Londres et de l’Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig (Allemagne), a analysé l'ADN extrait de plusieurs squelettes de Tafoghalt datant d'environ 15 000 ans. Les résultats suivants ont été obtenus concernant les haplogroupes des lignées maternelles (ADN mt) et paternelles (Y-ADN) :

Exemplaire ADN mt Y-ADN
TAF009 U6a6b E1b1b1a1b1
TAF010 U6a7b E1b1b1a1
TAF011 U6a7 E1b1b1a1
TAF012 U6a7 N/A
TAF013 U6a7b E1b1b1a1
TAF014 M1b E1b1b1a1
TAF015 U6a1b E1b1b

L'haplogroupe maternel U6, peu fréquent aujourd'hui, se retrouve surtout en Afrique du Nord (notamment 28 % chez les Mozabites, 9 % au Maroc, 5-6 % en Algérie et en Tunisie) et aux Îles Canaries (16 %), alors que l'haplogroupe paternel E1b1b1a (E-M78) se retrouve principalement en Afrique du Nord et de l'Est. Il faut noter que les Maghrébins modernes appartiennent toutefois très majoritairement à l'haplogroupe E-M183 (environ 60 % en moyenne) et plus rarement à E-M78 (0-10 %)

Les scientifiques ont également analysé l'ADN autosomal (tout le génome et pas seulement les lignées paternelle ou maternelle) et trouvé que la composante génétique la plus importante (2/3) était similaire à celle des Natoufiens du Levant avec une composante subsaharienne (1/3) similaire aux Africains de l'ouest et de l'est. Cette contribution subsaharienne est plus importante que chez les Africains du Nord actuels. Les Ibéromaurusiens et les Natoufiens auraient hérité leur ADN commun d'une population qui aurait vécu en Afrique du Nord ou au Proche-Orient il y a plus de 15 000 ans.

Selon les auteurs, une connexion génétique entre l'Afrique du Nord et le Proche-Orient existait déjà au moins 5 000 ans avant le début du Néolithique. L'Afrique du Nord et le Proche-Orient formaient alors une région continue sans vraiment de barrière génétique. Les auteurs ont aussi confirmé le rejet de l'ancienne hypothèse de flux de gènes d'Espagne vers l'Afrique du Nord au cours du Gravettien ou du Solutréen.

En septembre 2018, une nouvelle étude génétique a montré que l'ascendance des Ibéromaurusiens n'était en fait pas un mélange d'ascendance levantine et subsaharienne mais plutôt un mélange d'ascendance eurasienne de l'ouest ancienne (55 %) et « nord-africaine ancienne » (45 %). Cette ascendance « nord-africaine ancienne » est présente également chez les Africains de l'ouest d'aujourd'hui (13 %). D'autre part selon cette même étude ce sont les Natufiens du Levant qui auraient reçu un flux de gènes d'Afrique du Nord au Paléolithique et pas l'inverse ce qui pourrait également expliquer la présence de l'haplogroupe du chromosome Y E au Levant[9].

Par ailleurs, entre 20 et 50 % du patrimoine génétique des Maghrébins modernes est issu des Ibéromaurusiens[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans l'Antiquité, les Grecs appelaient les habitants du Maghreb actuel les Maurusiens
  2. Cette appellation a progressivement remplacé l'appellation ancienne d'Homme de Mechta El-Arbi

Références[modifier | modifier le code]

  1. Vallois, Movius 1952, Balout 1954
  2. a et b Scientists discover genomic ancestry of Stone Age North Africans from Morocco, Science Daily, 15 mars 2016
  3. a et b Génomes Ibéromaurusiens du Maroc, blog de Bernard Sécher, 16 mars 2018
  4. http://www.sciencephoto.com/media/481366/view
  5. MINISTÈRE DE LA CULTURE ALGERIEN, LE SCHEMA DIRECTEUR DES ZONES ARCHEOLOGIQUES ET HISTORIQUES, , 115 p. (lire en ligne).
  6. R. Kéfi, A. Stevanovitch, E. Bouzaid, E. Béraud-Colomb, « Diversité mitochondriale de la population de Taforalt (12.000 ans bp - Maroc) : une approche génétique à l'étude du peuplement de l'Afrique du Nord », Anthropologie, Volume 43/1, 2005, pp. 1-11 ([1])
  7. (en) R.N.E. Barton, A. Bouzouggar, J.T. Hogue, S. Lee, S.N. Collcutt, P. Ditchfield, Origins of the Iberomaurusian in NW Africa: New AMS radiocarbon dating of the Middle and Later Stone Age deposits at Taforalt Cave, Morocco, Journal of Human Evolution, Available online 24 July 2013, ISSN 0047-2484, https://dx.doi.org/10.1016/j.jhevol.2013.06.003.
  8. (en) Kefi R, Bouzaid E, Stevanovitch A, Beraud-Colomb E, « On the origin of Iberomaurusians : new data based on ancient mitochondrial DNA and phylogenetic analysis of Afalou and Taforalt populations », ISABS (consulté le 17 janvier 2016)
  9. Lazaridis et al. 2018, Paleolithic DNA from the Caucasus reveals core of West Eurasian ancestry, doi: https://doi.org/10.1101/423079
  10. Fregel et al. 2018, Ancient genomes from North Africa evidence prehistoric migrations to the Maghreb from both the Levant and Europe, doi: https://doi.org/10.1073/pnas.1800851115

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • D. Lubell, « Continuité et changement dans l'Épipaléolithique du Maghreb », in : Le Paléolithique en Afrique, l'histoire la plus longue, Artcom', Errance, 2005, (ISBN 2-87772-297-X)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]