Youssef ben Tachfine
| Émir almoravide | |
|---|---|
| - | |
| Sultan |
|---|
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom dans la langue maternelle |
ⵢⵓⵙⴼ ⵓ ⵜⴰⵛⴼⵉⵏ ⵓ ⵜⴰⵍⴰⴽⴰⴽⵉⵏ ⴰⵍⵎⵜⴰⵏ ⴰⵥⵏⴰⴳ |
| Activités |
Souverain, militaire |
| Famille | |
| Père |
Tachfine ben Ibrahim Talakakin |
| Mère |
Fatima bint Syr[1] |
| Conjoint | |
| Enfant |
Abu Bakkar ben Youssef[2] Tamim ben Youssef[3] Ali ben Youssef Sourah bint Youssef[4] Tamima bint Youssef |
| Idéologie | |
|---|---|
| Grade militaire | |
| Conflit |
Youssef ben Tachfine as-Sanhaji, aussi nommé Yusuf Ibn Tashfin, Youssef Ou-Tachfine (en berbère : ⵢⵓⵙⴼ ⵓ ⵜⴰⵛⴼⵉⵏ ⵓ ⵜⴰⵍⴰⴽⴰⴽⵉⵏ ⴰⵍⵎⵜⴰⵏ ⴰⵥⵏⴰⴳ Yusef u Tacfin[5] u Talakakin Almtan Aẓnag ; en arabe : يوسف بن تاشفين ناصر الدين بن تالاكاكين الصنهاجي), ou encore Ben Yousouf, est le troisième imam et le premier sultan[6] de la dynastie berbère des Almoravides, ses prédécesseurs étaient émirs.
Né entre 1006 et 1009, il a exercé son autorité sur un vaste ensemble politique almoravide, s’étendant de l’Èbre et d’al-Andalus jusqu’aux régions sahariennes proches du fleuve Sénégal, en passant par le Sahara et le Maghreb occidental, de 1061 jusqu’à sa mort en 1106. Il est, avec sa femme Zaynab Nefzaouia, le fondateur de Marrakech (plus exactement la ville de Aghmat) vers 1070, qui est alors devenue une capitale.
Il est le « Roi des Lamtuna, qui devint le maître des deux rives » selon Ibn Khaldun (la Muqaddima, III, 30).
Biographie
[modifier | modifier le code]Origine
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Youssef Ibn Tachfine est un berbère sanhadjien de la tribu des Lemtouna[7], dont le berceau est l'Adrar et qui parcourent les régions désertiques [8]. Il est le fils de Tachfine ben Ibrahim Talakakin et de son épouse Fatima bint Syr. Youssef naît probablement entre 1006[9] et 1009, dans le Grand Sahara[10].
En 1048, les Berbères sanhaja se coalisent sous l'impulsion d'un prédicateur malékite berbère de la tribu des Guezoula , Abdallah Ibn Yasin, et d'un chef local, Abou Bakr ben Omar, et fondent le mouvement almoravide[11].
Youssef Ibn Tachfin est un saharien typique, tel que le Qirtas en dresse le portait[12] :
« Teint brun, taille moyenne, maigre, peu de barbe, voix douce, yeux noirs, nez aquilin, mèche de Mohammed retombant sur le bout de l'oreille, sourcils joints l'un à l'autre, cheveux crépus. »
Amîr al-muslimîn
[modifier | modifier le code]Abou Bakr ben Omar appelé par l'action des Soudanais au sud confie le commandement au Nord à son cousin Youssef ben Tachfin en 1061[13],[14]. Il lui confie également son ancienne femme, Zaynab Nefzaouia, dont il s'est séparé après un divorce légal[15],[14].
Cette situation provoque une scission imprévue dans la gouvernance du mouvement Almoravide après avoir été nommé à la tête des armées du Nord[16]. Il est probable que Zaynab ait joué un rôle de soutien dans l'accession au pouvoir de Yousef Ibn Tachfin. Pour y parvenir, il se concentre sur la fondation et la construction de Marrakech initiée par Abou Bakr et ce afin d'en faire la nouvelle capitale almoravide. Il fait de Zaynab sa femme et utilise ses fonds pour réorganiser l'armée et incorporer de nouvelles unités ainsi qu'une garde personnelle[17].
L'armée almoravide compte alors plusieurs dizaines de milliers de soldats et Youssef ben Tachfin se rend maître de Fès[18]. Après être parvenu à réunifier le Sahara, Abou Bakr remonte dans le nord et envisage de destituer Youssef de son pouvoir. Ils se rencontrent en 1072 à Aghmat afin de régler ce conflit[18],[16]. Ils parviennent à trouver une conciliation. Youssef offre une vaste compensation comprenant notamment 25.000 dinars, 70 cheveaux dont 25 arnachés d'or et portant 20 esclaves vierges, 70 sabres, 20 paires d'éperons incrustés d'or, 120 mules, 100 turbans, de grandes quantités de tissus, 151 esclaves, etc. Par cette compensation, il affirme non seulement sa loyauté à l'égard d'Abou Bakr, mais aussi sa propre légitimité à poursuivre le gouvernance du mouvement Almoravide[16]. Abou Bakr accepte le compromis, préserve son statut d'Émir, mais dirige depuis le sud tandis que Youssef dirige les opérations dans le nord[16]. Dans ce contexte, on continue de battre monnaie pour Abû Bakr même s'il ne participe plus aux actions militaires de Youssef[15].
À la suite de cette succession, Youssef Ibn Tachfine règle la question de la nomination de l'Imam du mouvement, non résolue depuis la mort d'Abdellah ben Yassin en 1059. En effet, Abou Bakr endossait cette fonction sans nomination effective. Youssef décide de soumettre ses décisions aux oulémas et fuqaha malikite afin d'incarner collectivement les fonctions initiales de l'imam. Ce faisant, il leur demande d'approuver ses prochains djihad et de l'autoriser à adopter le titre d'amîr al-muslimîn (« prince des musulmans »). Ce montage symbolique lui permet d'obtenir la caution religieuse et de représenter les fonctions de chefs militaires, politiques et religieux du mouvement Almoravide, devenant à partir de cet instant un Émirat[19].
Enfin, afin d'affirmer son autorité sur la scène politique extérieure, il se rattache symboliquement au califat abbasside et obtient une lettre d'investiture pour le titre d'amîr al-muslimîn. Il adopte alors un surnom à résonance califale, identique à celui adopté par Abd al-Rahman III en 929 : al-Nâsir li-Dîn Allâh (« Auxiliaire de la religion de Dieu »). Cette politique de légitimation lui permet de se construire une image de prince respectant tous les préceptes religieux et politiques, faisant de toute forme de protestation une action illégale, voire hérétique[19].
Reprise des conquêtes et contrôle d'al-Andalus
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En 1075, il réagit à l'approche de Bologhine ibn Ziri qui s'apprête à attaquer Fès. Il envahit les villes du nord et, en 1076, s'empare de Tanger et de l'Émirat de Nekor. En 1083, il se dirige vers ´Ténès et occupe Alger où il fait construire une mosquée[20]. C'est également en 1083 qu'il parvient à capturer Ceuta et achève de contrôler la partie africaine du Détroit de Gibraltar[21]. Selon Henri Terrasse qui s'appuie sur les écrits d'Ibn Khaldoun, la raison pour laquelle il ne prolonge pas ses conquêtes sur ce territoire serait à trouver dans une forme de solidarité entre les Sanhadja et les Kabyles, poussant Youssef ben Tachfine à s'arrêter. Cependant, il est plus probable que l'aggravation de la reconquista et l'avancée des chrétiens soit le principal argument pour mobiliser ses forces dans la péninsule ibérique[22].
En 1086, à la demande d'al-Mu'tamid, Youssef vient en Espagne une première fois pour lui porter assistance et pour l'aider à affronter Alphonse VI, qui a envahi Saragosse. Il bat Alphonse le à Sagrajas (az-Zallàqa)[23]. Après cette victoire, il rentre au Maghreb et il perd en peu de temps son fils et héritier ainsi que son cousin[24]. Cependant les tensions chrétiennes reprennent et les conquêtes almoravides reprennent en 1088[25], si bien qu'il se retourne contre al-Mu'tamid qui entretemps s'était allié au monarque espagnol. Il s'empare donc de Séville, de Grenade, d'Almeria, de Badajoz[23]. En 1094, Youssef achève d'occuper tout le territoire d'al-Andalus[23].
En 1102, il conquiert à nouveau Valence, le Cid étant mort depuis 3 ans, battant sa femme Chimène, ainsi que la partie septentrionale d'al-Andalus. Son expansion s'arrête alors à la vallée de l'Èbre. Il nomme son fils Ali héritier du trône.
Gouvernance d'un Empire
[modifier | modifier le code]En parallèle de ses conquêtes, Youssef ben Tachfine structure son empire en le divisant en quatre grande provinces. La première s'étend de Salé à Meknès et intègre Tanger et Ceuta. La seconde englobe Fès et ses dépendances. La troisième couvre l'ancien territoire de l'émirat de Sijilmassa. La dernière couvre Marrakech, Aghmat, le Sous, le Haut Atlas, le Tadla et le Tamesna. Il ouvre de nombreux ateliers monétaires qui inondent en or les marchés européens, ifriqyiens et égyptiens. Certains dinars sont connus jusqu'en Chine[26]. Le règne de Youssef ben Tachfine est effectivement marqué par une période d'intense prospérité économique grâce à l'or provenant du sud du territoire par l'intermédiaire du commerce transsaharien[27].
Au plus fort de son règne, l'empire Almoravide s'étend de l'Èbre en Espagne jusqu'au fleuve Sénégal[28]. Plusieurs auteurs soulignent toutefois que cet espace almoravide formait un ensemble composite, articulé entre un foyer saharien ancien (Tagant, Adrar et les routes du fleuve Sénégal) et des centres urbains plus récents au Maghreb occidental et en al-Andalus, où l’autorité de Youssef Ibn Tachfin s’exerçait de façon plus directe[29],[30]. Cependant, la scission qui s'est opérée entre la région du Sahara, contrôlée par Abou Bakr, et la région au Nord de Youssef ben Tachfine se renforce avec le temps. Après la mort d'Abou Bakr, deux lieutenants lui succèdent à la gouvernance du sud. L'islamisation de la région du Ghana semble avoir marqué l'arrêt de toute conquête almoravide, supprimant la justification du djihad[31]. L'état des relations entre les Almoravides et les nouveaux États africains formés suite à la chute de l'empire du Ghana restent méconnues mais que les premiers États islamisés, comme le Tékrour, jouent un rôle important dans la politique de contrôle commercial en lien avec les Almoravides[32].
Vers la fin de son règne, il réorganise les territoires espagnols et en confie la direction à ses officiers avant de regagner Marrakech. Il meurt le , presque centenaire[14],[33]. Son fils, Ali, âgé de 23 ans, lui succède[14]. Son mausolée est construit à Marrakech, près de la Mosquée Koutoubia[34].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ ʻAlī ibn ʻAbd Allāh Ibn Abī Zarʻ al-Fāsī et Ṣāliḥ ibn ʻAbd al-Ḥalīm al-Gharnāṭī, Roudh el-Kartas: Histoire des souverains du Maghreb (Espagne et Maroc) et annales de la ville de Fès, Impr. impériale, (lire en ligne), p. 190
- ↑ Ahmed ben Khaled En-Naciri Es-Slaoui, Archives Marocaines kitab al-istiqsa li-akhbar doual al-maghrib al -aqsa (Histoire du Maroc), vol. XXXI, Direction des affaires indigenes et du service des renseignements (section sociologique), , 197 p. (lire en ligne)
- ↑ Ahmed ben Khaled En-Naciri Es-Slaoui, Archives Marocaines kitab al-istiqsa li-akhbar doual al-maghrib al -aqsa (Histoire du Maroc), vol. XXXI, Direction des affaires indigenes et du service des renseignements (section sociologique), , 198 p. (lire en ligne)
- ↑ « Femmes médiévales | Études marocaines, Osire Glacier » (consulté le )
- ↑ Peut être à l'origine "Tacfint" ou "Tajfint".
- ↑ Jean-Claude Van Hulle et Sandra de Vizcaya, Bienvenue à Marrakech, www.acr-edition.com, (ISBN 978-2-86770-062-0, lire en ligne), p. 72 :
« ... Youssef Ben Tachfine, premier sultan de la dynastie almoravide »
- ↑ (ar) ابن الأثير الجزري, الكامل في التاريخ, p. 327
- ↑ Charles André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, . p.418 « les Lemtouna, dont le berceau est l'Adrar de Mauritanie »
- ↑ Fatima-Zohra Oufriha, Au temps des Grands Empires Maghrébins: La décolonisation de l'histoire de l'Algérie, Chihab, (ISBN 978-9947-39-465-6, lire en ligne)
- ↑ (tr) « YÛSUF b. TÂŞFÎN - TDV İslâm Ansiklopedisi », sur TDV İslam Ansiklopedisi (consulté le )
- ↑ Jean Boulègue, « Mouvement almoravide », sur www.universalis.fr.
- ↑ Charles-André Julien, op.cit, p.423
- ↑ L. Golvin, « Almoravides », Encyclopédie berbère, no 4, , p. 539–542 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.2452, lire en ligne, consulté le )
- Fatima-Zohra Oufriha, « Chapitre II. Les Almoravides : l’ascension du Maghreb (1056-1147) », Hors collection, , p. 55–78 (lire en ligne, consulté le )
- Rivet 2012, p. 109.
- El Fasi 1990, p. 369.
- ↑ Abitbol 2014, p. 56.
- Abitbol 2014, p. 57.
- Pascal Buresi, « Les Almoravides », dans Gouverner en Islam, Atlande, , 295 p. (lire en ligne)
- ↑ Rivet 2012, p. 110.
- ↑ El Fasi 1990, p. 380.
- ↑ Rivet 2012, p. 110-111.
- Rivet 2012, p. 112.
- ↑ Abitbol 2014, p. 60.
- ↑ El Fasi 1990, p. 381.
- ↑ Abitbol 2014, p. 58.
- ↑ Abitbol 2014, p. 62-63.
- ↑ El Fasi 1990, p. 383.
- ↑ J. Cuoq, Recueil des sources arabes concernant l’Afrique occidentale du VIIIe au XVIe siècle, Paris, CNRS, 1975, p. 92-96.
- ↑ Nehémia Levtzion, Ancient Ghana and Mali, Londres, Methuen, 1973, p. 45-49.
- ↑ Rivet 2012, p. 114.
- ↑ El Fasi 1990, p. 384-386.
- ↑ Abitbol 2014, p. 63.
- ↑ (ar) « رشيدة الشرقاوي: الملك هو الأمل.. لرفع الظلم عن يوسف ابن تاشفين », sur Hespress - هسبريس جريدة إلكترونية مغربية, (consulté le )
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Conquête almoravide d'al-Andalus
- Sanhadja
- Ibrahim ben Youssef, un de ses fils.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Éditions Perrin, (ISBN 978-2-262-03816-8, lire en ligne).

- Mohammed El Fasi, « L'Afrique du VIIe au XIe siècle », dans Histoire générale de l'Afrique, vol. III, Jeune Afrique, (ISBN 978-92-3-201709-3).

- Daniel Rivet, Histoire du Maroc, Fayard, (ISBN 978-2-213-67465-0, lire en ligne).

Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Asharites
- Almoravides
- Chef de guerre musulman du XIe siècle
- Chef de guerre musulman du XIIe siècle
- Personnalité sunnite du XIe siècle
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