Mozarabe

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Mozarabe (de l’arabe musta’rib, مستعرب, qui signifie « arabisé ») est le nom donné dans le monde latin aux chrétiens de langue arabe, notamment vivant sur le territoire d'Al-Andalus.

Statut[modifier | modifier le code]

Cyrille Aillet, Aillet précise que le terme est utilisé par les chrétiens et s'applique aussi aux chrétiens de langue arabe vivant en Afrique . Dans Al Andalus ces populations sont rarement évoquées, et sous le vocable نَصَارَى‎ naṣāra - (Chrétien, nazaréen) - ou عجم ajam (étranger, non-arabe) « mais rarement, comme s’il s’agissait d’un grumeau d’ignorance en voie de liquidation »[1]. Le second terme donne notamment le terme espagnol aljamiado langue romane écrite avec des caractères arabes et utilisée par les mozarabes.

Les mozarabes avaient dans la société arabe le statut de dhimmi, statut de protégé, de statut inférieur, soumis à des impositions spécifiques et à toutes sortes de contraintes dégradantes, appliquées de manière inégalement rigoureuse selon les périodes. Ils partageaient ce statut avec les Juifs, en tant que gens du livre. Leur culture, leur organisation politique et leur pratique religieuse étaient tolérées et assorties de protection légale. Les mozarabes versaient, en outre, un impôt, la djizya, l'équivalent de la zakat pour les musulmans, cette aumône aux pauvres obligatoire qui est, en tant que telle, un des piliers de l'Islam.

Histoire[modifier | modifier le code]

San Baudelio de Berlanga, Espagne.

Les mozarabes avaient été rattachés à l’archevêché de Tolède. Leur culte étant toléré, l'église mozarabe se concentre dans la bétique avec 9 puis 5 évêchés, et de nombreux monastères. Elle reste présente dans la marche supérieure et est déstructurée dans le levant.

Leur liturgie, celle de saint Isidore de Séville, est connue sous le nom de rite mozarabe : cette liturgie en latin est restée en vigueur dans le diocèse de Tolède, avant la montée en puissance du rite romain au XIe siècle. Ce rite est aujourd'hui célébré dans la chapelle mozarabe de la cathédrale. L'église mozarabe est plus islamisée, même si elle maintient un temps le latin comme langue liturgique, l'arabe devient rapidement la langue des lecteurs. Les clercs de Cordoue traduisent en arabe les Psaumes en 889. Il est probable que la plupart de ses membres parlaient mal ou pas du tout le latin mais arabe comme en attestent les lexiques annotés en arabe retrouvés.

Les moines mozarabes refondent les églises des régions frontalières où le christianisme avait été brisé par les conquêtes arabes, avec un apogée situé entre 950 à 1050. À partir de la réforme grégorienne de 1092, ces églises s'alignent peu à peu sur le modèle latin qui efface les spécificités wisigothes de la liturgie[2].

Une longue rébellion chrétienne se produisit entre 852 et 886. On accusa un certain nombre de chrétiens d'avoir publiquement blasphémé contre Mahomet et l'islam : la répression fut brutale et l'émir Mohammed Ier (852 - 886) ne laissa d'alternative à ses sujets rebelles que la conversion à l'islam, la mort ou la fuite. À la suite de ce régime de terreur, les villes comme Burgos et Urbiena en 882, Zamora en 893, durent être repeuplées par des mozarabes venus de Tolède. L'église mozarabe est proche des rébellions des muladis (chrétiens récemment islamisés) suspects d'être des chrétiens occultes et qui tentent de faire sécession de 899 à 928 sous le commandement d'Omar Ben Hafsun[3]. De nombreux mozarabes, comme l'évêque Recemund, parlaient l'arabe et beaucoup adoptèrent des noms et des coutumes musulmans, exerçant en retour une influence certaine sur leurs suzerains. La langue mozarabe est évoquée à partir du VIIIe siècle.

Politiquement ils participent activement à la Reconquête, semblent fidèles aux idéaux de l'empire Romain et assument leur identité[2]. À Valence ils collaborent avec le Cid. En 1124 ils lancent un appel depuis la Bétique à Alphonse le Batailleur qui lève 12000 hommes et assiège Grenade. les mozarabes émigrent en masse en Aragon alors que ceux qui restent sont expulsés vers le Maroc d'où ils émigrent en 1146 pour Tolède[2]. Parmi les mozarabes célèbres se trouve Sisnando Davidiz (mort le 25 août 1091), comte de Portugal et dont le Abdallah ben Bologhin (roi de Grenade) explique qu'il lui a prophétisé l'expulsion des arabes de la péninsule[2].

L’art mozarabe témoigna de cette époque, avec un style islamique mais des thèmes qui restèrent chrétiens. Les influences de l'art des musulmans se ressentaient particulièrement dans l'utilisation des entrelacs végétaux, taillés dans le stuc pour décorer une architecture, par exemple.

Il reste aujourd'hui très peu d'édifices de pur style mozarabe, excepté quelques églises, disséminées sur le territoire espagnol, en particulier aux environs de Tolède, San Sebastián, Santa Eulalia et surtout Santa María de Melque, la plus remarquable du IXe siècle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Aillet Cyrille, Les Mozarabes. Christianisme, islamisation et arabisation en péninsule ibérique ( IXe - XIIe siècle), Madrid, Casa de Velázquez, 2010 (Bibliothèque de la Casa de Velázquez, 45), p.2
  2. a, b, c et d Aillet Cyrille, Les Mozarabes. Christianisme, islamisation et arabisation en péninsule ibérique ( IXe - XIIe siècle), Madrid, Casa de Velázquez, 2010 (Bibliothèque de la Casa de Velázquez, 45), p.3
  3. Aillet Cyrille, Les Mozarabes. Christianisme, islamisation et arabisation en péninsule ibérique (IXe - XIIe siècle), Madrid, Casa de Velázquez, 2010 (Bibliothèque de la Casa de Velázquez, 45), p.3

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]