Culture capsienne

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Localisation du noyau à l’origine de la culture capsienne

La culture capsienne était une culture mésolithique centrée au Maghreb, qui a duré de 10 000 à 6 000 avant notre ère. Elle a été nommée d'après la ville de Gafsa en Tunisie, qui était Capsa, à l'époque romaine.

Localisation[modifier | modifier le code]

L'industrie capsienne était principalement concentrée dans la Tunisie et l'Algérie moderne, certains sites étant attestés dans le sud de l'Espagne jusqu'en Sicile. Elle est traditionnellement divisée en deux horizons, le Capsien typique et le Capsien supérieur, qui sont parfois trouvés en séquence chronostratigraphique. Ils représentent des variantes d'une tradition, les différences entre eux étant à la fois typologiques et technologiques[1],[2],[3].

Environnement[modifier | modifier le code]

Sépulture d'un homme capsien.

Pendant cette période, l'environnement du Maghreb était une savane ouverte, tout comme l'Afrique de l'Est moderne, avec des forêts méditerranéennes à des altitudes plus élevées[4]. Le régime du Capsien incluait une grande variété d'animaux, s'étendant des aurochs et des bubales aux lièvres et aux escargots ; il y a peu de preuves concernant les plantes mangées[5],[6]. Au cours de la succession de la tradition caspienne néolithique, il y a des preuves d'un site, pour les Caprinae domestiqués, probablement importés[7].

Anatomie[modifier | modifier le code]

Sur le plan anatomique, les populations capsiennes étaient des Homo sapiens modernes, de type Proto-Méditerranéen, sur la base de la morphologie crânienne, tandis que l'Homme de Mechta-Afalou est de type Ibéromaurusien[8]. L'Homme de Mechta-Afalou (autrefois surnommé Mechta el-Arbi), ne provient pas du proche-orient mais est typiquement d'origine maghrébine[8]. Certains ont soutenu qu'ils étaient des immigrants de l'est (Natoufiens)[9], tandis que d'autres ont plaidé en faveur d'une continuité de la population fondée sur les caractéristiques physiques du squelette et d'autres critères[10],[11],[12]. On a aussi longtemps cru que la culture Capsienne ne était d'origine asiatique (proche-orientale) ou européenne, il est néanmoins aujourd'hui admis que le courant capsien est né au Maghreb[8].

Il faut noter que les Maghrébins modernes appartiennent toutefois très majoritairement à l'haplogroupe E-M183 (environ 60 % en moyenne) et plus rarement à E-M78 (0-10 %)

Les scientifiques ont également analysé l'ADN autosomal (tout le génome et pas seulement les lignées paternelle ou maternelle) et trouvé que la composante génétique la plus importante (2/3) était similaire à celle des Natoufiens du Levant avec une composante subsaharienne (1/3) similaire aux Africains de l'ouest et de l'est. Cette contribution subsaharienne est plus importante que chez les Africains du Nord actuels. Les Ibéromaurusiens et les Natoufiens auraient hérité leur ADN commun d'une population qui aurait vécu en Afrique du Nord ou au Proche-Orient il y a plus de 15 000 ans.

Selon les auteurs, une connexion génétique entre l'Afrique du Nord et le Proche-Orient existait déjà au moins 5 000 ans avant le début du Néolithique. L'Afrique du Nord et le Proche-Orient formaient alors une région continue sans vraiment de barrière génétique. Les auteurs ont aussi confirmé le rejet de l'ancienne hypothèse de flux de gènes d'Espagne vers l'Afrique du Nord au cours du Gravettien ou du Solutréen.

L'analyse des traits dentaires des fossiles de Capsien a révélé qu'ils étaient étroitement liés aux populations nord-africaines habitant le Maghreb, la vallée du Nil, et les îles Canaries. Parmi les groupes récents, les Capsiens étaient morphologiquement les plus proches des Kabyles, suivis des Chaouis d'Algérie, et des populations sahariennes du Maroc, de Tunisie et de Libye. Les squelettes capsiens et ses fossiles anciens et récents étaient également phénotypement complètement distincts et différents de ceux appartenant aux populations récentes parlant les langues nigéro-congolaises, nilo-sahariennes et khoisan, en Afrique subsaharienne, ainsi que des habitants de la période mésolithique du Jebel Sahaba, en Nubie[13].

Culture[modifier | modifier le code]

Compte tenu de l'échelle temporelle de la culture capsienne, de sa présence répandue au Sahara et de son association avec des locuteurs afro-asiatiques modernes, les linguistes historiques ont provisoirement associé l'industrie, aux premiers locuteurs de la famille afro-asiatique, sur le continent[14].

On ne sait rien de la religion capsienne, mais leurs méthodes funéraires suggèrent une croyance en une vie après la mort. L'art décoratif est largement trouvé sur leurs sites, y compris l'art rupestre figuratif et abstrait, et de l'Ocre a été trouvé, coloriant les outils et les cadavres. Des coquilles d'œufs d'autruche ont été utilisées pour fabriquer des perles et des récipients; les coquillages étaient utilisés pour les colliers. La pratique ibéromaurusienne d'extraction des incisives centrales s'est poursuivie sporadiquement, mais s'est raréfiée.

L'industrie Eburran, qui se situe entre -13 000 et 9 000 ans avant notre ère en Afrique de l'Est, était auparavant connue sous le nom de « Capsien du Kenya » en raison de similitudes dans les formes des pales de pierre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mohamed Sahnouni, Le paléolithique en Afrique: l'histoire la plus longue, Artcom', (ISBN 9782877722971, lire en ligne), p. 205-226
  2. (en) Noura Rahmani, « Technological and Cultural Change Among the Last Hunter-Gatherers of the Maghreb: The Capsian (10,000–6000 B.P.) », Journal of World Prehistory, vol. 18, no 1,‎ , p. 57–105 (ISSN 0892-7537 et 1573-7802, DOI 10.1023/B:JOWO.0000038658.50738.eb, lire en ligne)
  3. Simone Mulazzani, Le Capsien De Hergla (Tunisie): Culture, Environnement Et Economie, Africa Magna Verlag, (ISBN 9783937248363, lire en ligne)
  4. (en) David Lubell, Paleoenvironments and Epi Paleolithic economies in the Maghreb (ca. 20,000 to 5000 B.P.), (lire en ligne), p. 41-56
  5. (en) David Lubell, Peter Sheppard, Mary Jackes, Continuity in the Epipalaeolithic of northern Africa with an emphasis on the Maghreb, (lire en ligne), p. 143-191
  6. 2004 D. Lubell.Prehistoric edible land snails in the circum-Mediterranean: the archaeological evidence. In, J-J. Brugal & J. Desse (eds.), Petits Animaux et Sociétés Humaines. Du Complément Alimentaire Aux Ressources Utilitaires. XXIVe rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes, pp. 77-98. Antibes: Éditions APDCA.
  7. 1979 C. Roubet. Économie Pastorale Préagricole en Algérie Orientale: le Néolithique de Tradition Capsienne. Paris: CNRS.
  8. a b et c Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique du Nord: Des origines à nos jours, Editions du Rocher, (ISBN 9782268085357, lire en ligne)
  9. 1985 D. Ferembach. On the origin of the Iberomaurusians (Upper Paleolithic, North Africa): a new hypothesis. Journal of Human Evolution 14: 393-397.
  10. 1984 D. Lubell, P. Sheppard & M. Jackes. Continuity in the Epipalaeolithic of northern Africa with an emphasis on the Maghreb. In, F. Wendorf & A. Close (eds.), Advances in World Archaeology, Vol. 3: 143-191. New York: Academic Press.
  11. P. Sheppard & D. Lubell. Early Holocene Maghreb prehistory: an evolutionary approach. Sahara 3: 63-9 (1991)
  12. D. Lubell, « Late Pleistocene-Early Holocene Maghreb », dans Peter Neal Peregrine, Melvin Ember, Encyclopedia of Prehistory, vol. 1 : Africa, New York, Springer, , 129–149 p. (lire en ligne)
  13. Joel D. Irish, « Dental morphological affinities of Late Pleistocene through recent sub-Saharan and north African peoples », Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, vol. 10, no 3,‎ , p. 237-272 (lire en ligne)
  14. Language, Volume 61, Issues 3-4, Linguistic Society of America, (lire en ligne), p. 695

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleJ. de Morgan, Dr Capitan et P. Baudry, « Étude sur les stations préhistoriques du Sud Tunisien », Revue mensuelle de l'École d'anthropologie de Paris, vol. 10,‎ , p. 105-136 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleM.T. Lacorre et F. Lacorre, « Les hommes éponymes d'Aïn Métherchem et Combe-Capelle », Bulletin de la Société préhistorique de France, vol. 50, no 4,‎ , p. 258-275 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleG. Camps, « Escargotières », dans Encyclopédie berbère, Aix-en-Provence, Edisud, (lire en ligne), p. 2683-2691
  • Simone Mulazzani (dir.), « Le Capsien de Hergla (Tunisie). Culture, Environnement et économie ». Reports in African Archaeology 4. Frankfurt M., 2013, Africa Magna Verlag. (ISBN 978-3-937248-36-3).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleBelhouchet L., Mulazzani S., Pelegrin J. 2013. Evolution of a 9th-8th mill. cal BP Upper Capsien site : the techno-typological study of the bladelet production at SHM-1 (Hergla, Tunisia). Quaternary International. DOI: 10.1016/j.quaint.2013.05.006.Noura Rahmani, « Nouvelle interprétation de la chronologie capsienne (Épipaléolithique du Maghreb) », Bulletin de la Société préhistorique de France, vol. 101, no 2,‎ , p. 345-360 (lire en ligne)
  • E. Gobert, « Recherches sur le Capsien (lre série) », Bulletin de la Société préhistorique de France, vol. 7, no 11,‎ , p. 595-604 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleDanilo Grébénart, « Capsien », in Encyclopédie berbère, 12 | Capsa – Cheval [En ligne], mis en ligne le 01 mars 2012, consulté le 22 février 2013. URL : http://encyclopedieberbere.revues.org/2057

REYGASSE M. & LATAPIE M. Note sur les escargotières de la région de TEBESSA. In Bulletin de la Sté de Préhistoire de France. t. IX, 1912 p.166 - 167.consultable en ligne

Articles connexes[modifier | modifier le code]