Abbassides

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Abbassides
العبّاسيّون (ar)

7501258

Drapeau
L'étendard des abbassides.
Description de cette image, également commentée ci-après

Le califat abbasside dans sa plus grande extension, à la fin du VIIIe siècle

Informations générales
Statut Califat
Capitale Successivement Hâshimiyya, Al-Anbar, Bagdad, Samarra et de nouveau Bagdad
Langue Arabe
Religion Islam
Histoire et événements
750 Bataille du Grand Zab contre les Omeyyades : fondation de la dynastie
756 Détachement de l'Espagne sous contrôle omeyyade
800 Accord avec les Aghlabides en Afrique du Nord
IXe siècle Indépendance de facto des Tahirides, des Saffarides, des Samanides et des Toulounides
Xe siècle Indépendance de facto des Fatimides, des Ikhchidides et des Bouyides
Les Mongols s'emparent de Bagdad : fin de la dynastie abbasside
Califes
(1er) 750-754 Abû al-Abbâs
(Der) 1242-1258 Al-Musta'sim

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Les Abbassides[1] sont une dynastie de califes sunnites arabes qui gouvernèrent le monde musulman de 750 à 1258. Cette dynastie, fondée par Abû al-`Abbâs As-Saffah, arrive au pouvoir à l'issue d'une véritable révolution menée contre les Omeyyades. Quand les Abbassides triomphent des Omeyyades, ils déplacent le pouvoir de la Syrie vers l'Irak en s'installant dans leur nouvelle capitale, Bagdad (762)[2].

Les Abbassides tirent leur nom de Al-Abbâs, oncle de Mahomet, dont ils sont les descendants, alors que les Omeyyades avaient un lien familial plus lointain avec le prophète de l'islam. Ils veulent un État plus profondément musulman, où les Iraniens convertis à l'islam auront une part égale à celle des Arabes. Au VIIIe siècle, au terme d’une révolution sanglante les Abbassides supplantent les Omeyyades, première dynastie musulmane. Au cours de cette révolution contre les Omeyyades, leur chef Abû Muslim réunit autour de lui, en plus des Arabes hostiles à la dynastie régnante, des indigènes iraniens, de petites gens, des esclaves enfuis. Il triomphe en 750 à la bataille du Grand Zab, après plus de trois ans de guerre.

Ils prennent ainsi la tête durant cinq siècles d’un immense empire allant des rivages atlantiques de l’Ibérie aux bords de l’Indus et portent la civilisation arabo-musulmane à son apogée. La dynastie abbasside donne naissance à d’illustres califes comme Al-Mânsur, Al-Ma’mūn ou encore le légendaire Harun ar-Rachid qui étendent la religion musulmane, la langue arabe ainsi qu'une conscience universaliste de l'islam qui caractérise tout le monde médiéval musulman. Paradoxalement, c’est aussi sous leur direction que commence le lent déclin de la civilisation arabo-musulmane, l’empire gigantesque conquis sous les premiers califes et ensuite sous les Omeyyades a arrêté son expansion ; en Espagne puis en Égypte des souverains locaux arrachent leur indépendance et réclament le titre et la dignité califales, les tribus turques fraichement converties à l’islam prennent de plus en plus d’importance au sein de l’empire. Malgré ces difficultés la dynastie abbasside survit jusqu’au XIIIe siècle lorsque les Mongols assènent le coup de grâce en détruisant la grande capitale Bagdad et cela dans l’indifférence du monde musulman.

Causes de la révolte[modifier | modifier le code]

Au VIIIe siècle, alors qu’en Occident les Carolingiens évinçaient la première dynastie de roi francs les Mérovingiens, en Orient les califes Omeyyades qui régnaient sur un territoire allant de l’Espagne à la Transoxiane étaient menacés dans le fondement même de leur État par une série d’événements. Les Arabes, habitués à des États de type rural et militaire, avec la dynastie omeyyade avaient un immense État cosmopolite, animé d'une vie commerciale et industrielle intense et rayonnant sur de nombreux peuples et religions. Dotés d'un fort sentiment tribal, mais aussi méfiants envers les personnes fraîchement converties à l'Islam, les Omeyyades privilégiaient les grandes familles arabes dans leur administration et les postes importants. La révolution qui s’ensuivit et qui vit les Abbassides arriver au pouvoir n’est pas uniquement un conflit entre deux dynasties mais plutôt une question religieuse. La famille omeyyade jugée décadente et « impie » notamment de par son traitement envers les non-Arabes, à savoir les Perses, les peuples d'Afrique du Nord et noire, qui convertis à l’islam réclamaient les droits que le Coran leur garantissait et la stricte égalité entre Arabes et non-Arabes en conformité avec la parole du Prophète : « L'Arabe n'est pas meilleur que le non-Arabe, ou le non-Arabe que l'Arabe, le blanc au-dessus du noir ou le noir au-dessus du blanc, excepté par la piété. (Ahmad) »

Les premiers signes de révolte éclatent en 747, Abu Muslim y déploie pour la première fois l’étendard noir, emblème de la maison abbasside. En 749, l’armée abbasside traverse l’Euphrate et s’empare de la ville de Kûfa ; la région connut des affrontements sanglants jusqu’à ce qu’en janvier 750, à la bataille du grand Zâb, le califat omeyyade soit définitivement aboli.

Fondement[modifier | modifier le code]

Carte de l'empire abbasside vers l'an 820.

Les califes Abbassides fondent leur revendication pour le califat en leur qualité de descendants d'Al-Abbas Ibn Abd al-Muttalib (566-662), l'un des oncles de Mahomet. C'est en vertu de cette descendance qu'ils se considèrent comme les héritiers légitimes de Mahomet, par opposition aux Omeyyades. Ceux-ci sont les descendants d'Umayya, issu d'un clan distinct de Mahomet dans la tribu Quraychite.

Les Abbassides se distinguent aussi des Omeyyades en attaquant le caractère moral et de l'administration en général. La révolte abbasside est largement appuyée par les Arabes, en particulier les colons arabes de Merv maltraités par la politique des Omeyyades, et le clan des yéménites, avec leurs mawali[3]. Les Abbassides ont également fait appel aux musulmans non-arabes, connus sous le nom de mawali, restés en marge de la société fondée sur la parenté et la culture arabe et perçus comme une classe inférieure au sein de l'empire omeyyade. Le hachémite Muhammad ibn 'Ali, arrière-petit-fils d'Abbas, commence à faire campagne pour le retour du pouvoir de la famille de Mahomet. Pendant le règne du calife Umar II Muhammad ibn Ali mène le combat en Perse.

Pendant le règne de Marwan II, cette opposition aboutit à la rébellion de l'imam Ibrahim, le quatrième descendant d'Al-Abbas. Soutenu par la province iranienne du Khorasan, il remporte des succès considérables, mais est capturé au cours de l'année 747 et meurt en prison, peut-être assassiné. Le combat est repris par son frère Abdallah, connu sous le nom de Abu al-'Abbas as-Saffah, qui, après sa victoire au Grand Zab (750), bat les Omeyyades et est proclamé calife.

Histoire[modifier | modifier le code]

La chute du califat omeyyade et l'installation du pouvoir abbasside[modifier | modifier le code]

En l'an 750, les armées du calife omeyyade Marwan II rencontrent les soldats Abbassides lors de la bataille du Grand Zab. Trop confiants et sûrs de leur supériorité sur le champ de bataille les dirigeants omeyyades sous-estiment leurs adversaires. L'échec de Marwan II lors de cette bataille entraînera la famille omeyyade vers la chute et hormis Abd-Al-Rahman Ier toute la famille dirigeante est massacrée.

Les Omeyyades évincés du pouvoir, les nouveaux souverains abbassides poussent leurs frontières à l'ouest en prenant une à une les villes d'Afrique du Nord jusqu'à parvenir en 761 aux portes de Kairouan qui se situe dans l'actuelle Tunisie où ils stopperont leur progression, préférant se concentrer sur l'Irak et l'Asie en général d'où sont issus une grande majorité des soldats abbassides.

Les débuts du califat[modifier | modifier le code]

Vue du mihrab (niche de prière) de la Grande Mosquée de Kairouan ; ce mihrab, dont l'état actuel date du IXe siècle, est l'œuvre des Aghlabides (dynastie régnant au nom du calife abbasside), Tunisie.

Le premier calife abbasside est Abû al-Abbâs, dit as-Saffah[4] (750-754). Immédiatement après leur victoire, les abbassides déplaceront le centre de gravité de l’empire qui était en Syrie vers l’actuel Irak, région qui avait connue déjà sous les Omeyyades un grand essor économique et culturel. La première capitale abbasside fondée par Al-Saffah lui-même fut placée dans la ville d’Hâshimiyya près de Koufa sur la rive orientale de l’Euphrate. Transférée à Al-Anbar elle se fixera finalement sur un nouvel emplacement choisi par Abû Jafar al-Mansur en 762. Les critères pour la sélection de l'endroit où la capitale serait bâtie sont très précis, située non loin de l’ancienne Ctésiphon, symbole de la substitution d'un empire par un autre est entourée de plaines fertiles. Située sur la rive occidentale du Tigre, son climat tempéré au carrefour de nombreuses voies caravanières lui confère un avantage certain pour la fondation d'une grande cité. Cette ville doit symboliser la dawla (État, dynastie). Initialement nommée Madinât Al-Salâm (ville de la paix) elle était aussi appelée la « Ville ronde » de par son plan circulaire mais celui et c'est l’appellation qui est la plus courante est Bagdad, du nom d'un ancien village autour duquel la nouvelle capitale va se construire, en occident on la connaîtra sous le nom de Baldach.

Les débuts du nouveau califat Abbasside sont essentiellement dirigés vers la consolidation et la centralisation du nouvel état. Les premiers califes mènent la transition économique du modèle omeyyade reposant sur le tribut, le butin ou la vente d'esclaves vers une économie basée sur les impôts, le commerce et l'agriculture. De plus, en se reposant sur une armée originaire du Khorrassan extrêmement disciplinée et obéissante, mais aussi sur un système élaboré de diligences et de distribution de courrier, les chefs Abbassides parviennent à augmenter leur emprise sur les gouverneurs de province. Ces derniers, qui du temps des califes omeyyades ne payaient que peu d'impôts sous prétexte qu'ils devaient dépenser cet argent localement dans la défense des frontières du califat se devaient à présent de payer les taxes imposées par le souverain[5].

La force Abbasside réside aussi dans son administration et en particulier grâce à la conversion massive des Perses qui apportent avec eux toute l'expérience acquise au sein de la cour Sassanides. L'arrivée de ces nouveaux convertis est le résultat de la promesse tenue par les nouveaux califes d'une société plus juste envers les peuples non-arabes qui dès lors s'arabisent à leur rythme en adoptant rapidement la langue arabe. De plus l'islamisation des perses augmente la pression envers les autres peuples de religion chrétienne ou juive qui adoptent aussi l'islam afin de ne pas être défavorisés dans leur accession aux postes importants.

L'âge d'or du califat[modifier | modifier le code]

En 786, le calife Hârûn ar-Rachîd monte sur le trône. Sous son règne, on voit se développer les villes. On peut parler d'un empire urbain, alors que dans l'État omeyyade dominaient la caste militaire arabe et la propriété rurale. Les premiers califes doivent lutter contre de nombreuses oppositions au sein du vaste empire qu'ils héritent des Omeyyades. Ils perdent très vite l'Occident : dès 756 l'Espagne se donne pour prince un Omeyyade dénommé Abd Al Rahman Ier. Au Maghreb, des États kharidjites (et autres) se constituent. En 800, le califat doit passer un accord avec les Aghlabides, qui régnaient en Algérie, en Tunisie et à Tripoli : ces derniers reconnaissent l'autorité de Bagdad en échange de leur autonomie.

Afin d'assurer les alliances qui leur permettent de conquérir le pouvoir, les Abbassides imposent le retour à l'islam originel. Ils disent vouloir appliquer un islam idéal, préconisant une société sans classes, sous l'autorité d'un chef politico-religieux issu de la famille du Prophète. Les juges ou cadis sont nommés par le calife ; ils devaient appliquer la charia, unique norme admise. Dans un cadre moins religieux, un vizir est chargé de réorganiser l'administration. Il y avait en effet de nombreux fonctionnaires, divisés grosso modo en deux clans de secrétaires (kuttâb) :

  1. les chrétiens nestoriens, liés au sunnisme et défenseurs de l'autorité du calife ;
  2. les musulmans chiites, souhaitant au contraire affaiblir le souverain.

Sous cette dynastie, l'économie est prospère ; les villes se développent ; l’industrie, les arts et les lettres atteignent leur apogée. Les Arabes contrôlent le trafic international, par mer et par caravanes, de l’occident à l’Inde et la Chine, en passant par l’Égypte, l’Afrique et les pays slaves. Les changeurs et marchands juifs profitent de cet élan, et s’installent d’Irak vers l’Arménie, le Caucase, l’Iran et la Transoxiane, d’Égypte et de Syrie vers l’Arabie, le Yémen, l’Éthiopie et l’Afrique du nord. Puis enfin sur la mer Noire, en Russie, Italie, Espagne et dans les royaumes francs. Le développement des lettres, des sciences et des arts puise son inspiration dans la civilisation persane (Les Mille et Une Nuits) mais aussi dans les œuvres de l’antiquité classique traduites en arabe, aux modèles syriens et aux nouveautés introduites par les commerçants et les géographes.

Mais les révoltes et les troubles ne cessent pas pour autant. Les premiers califes, Abû al-Abbâs (750-754), Abû Ja`far al-Mansûr (754-775), Al-Mahdî (775-785) et Harun ar-Rachid (786-809), doivent lutter contre les soulèvements extrémistes. Ils ne peuvent empêcher le détachement de l'Espagne (756) ni la persistance des troubles en Iran. En 803, Harun ar-Rachid élimine les vizirs de la famille des Barmécides[6] qui avaient habilement résolu les problèmes soulevés par l'agitation chiite. Celle-ci s'accroit sous le règne d'Al-Mamun (813-833) qui, après avoir défait son frère Al-Amin (809-814), favorise les influences iraniennes, adopte le motazilisme et choisit temporairement un Alide comme héritier afin de se rallier le chiisme modéré. Mais cette alliance n'empêche pas la révolte des mercenaires turcs ni les effets d'une profonde crise financière, qui amènent les Abbassides à quitter Bagdad et à s'installer dans la ville nouvelle de Samarra (833-892).

Jafar al-Mutawakkil (847-861) renonce au motazilisme et réagit contre les chiites, les chrétiens et les juifs. L'unité de l'Empire n'en est pas préservée pour autant : les Tahirides (820-872), les Saffarides (867-903), puis les Samanides (874-999) en Iran; les Toulounides (879-905), puis les Ikhchidides (935-969) en Égypte et en Syrie, deviennent indépendants de fait.

Les institutions[modifier | modifier le code]

Les Abbassides reprennent les traditions administratives des sassanides. L’administration centrale est formée de bureaux ou offices (diwan) tenus par un corps de secrétaires (kuttab) : le bureau de l’impôt foncier (diwan al kharâdj), le bureau des domaines (diwan al diya), le bureau du Trésor (bayt al Mal), le bureau de la chancellerie (diwan al rasail), le bureau de l’armée (diwan al djaish). La poste (barid) à un rôle très important de communication et de renseignement.

Les provinces sont dirigées par des gouverneurs (Khatib, puis émir et wali). Au début de l’Empire, leur gouvernement est souvent de courte durée car ils sont tentés de s’enrichir très vite et sont dénoncés par les hommes de la poste. Les finances des provinces sont confiées à un directeur des impôts (amil), la justice dépend du cadi. L’administration régionale comprend en outre les chefs de l’armée, le chef de la police, les intendants des domaines califiens et le maître de la poste. Le sahib al nazar fil mazalim est chargé d’enquêter sur les doléances émises contre les fonctionnaires. Un magistrat (muhtasib) est chargé de la police des marchés.

Après la fondation de Bagdad, nouvelle capitale, par al-Mansur en 762, les fonctionnaires syriens qui parlaient grec sont remplacés par des Iraniens arabophones et l’organisation de l’empire est calquée sur le modèle sassanide. L’empire devient de plus en plus administratif. De véritables dynasties iraniennes fournissent les grands commis de l’État, comme les Barmécides. En se rapprochant des provinces orientales, le pouvoir du calife s’appuie sur les populations de l’ex-empire sassanide mais renonce à la Méditerranée et à exercer un contrôle sur les provinces de l’Occident.

Une économie agraire[modifier | modifier le code]

Le régime des terres dans l’empire abbasside est déterminé par la conquête, qui a fait de la communauté musulmane la propriétaire des terres. Le calife, qui la représente, peut en disposer à son gré. Il existe en fait plusieurs catégories de propriété : les terres privées des populations non musulmanes au moment de la conquête, qui peuvent être conservées contre le paiement du kharâdj et être vendues et léguées ; les terres privées des musulmans, terres libres (mulk), acquises par achat auprès des propriétaires autochtones, sont soumises à la dîme ; les domaines publics, provenant des confiscations qui ont suivi la conquête, sont soit exploités directement par les intendants du calife, soit concédés à des particuliers ou à des groupes (qataï : retranchement) ; les biens wafq sont cédés par des fidèles à des fondations pieuses (mosquées, écoles, hôpitaux…) et sont inaliénables.

Les paysans sont le plus souvent des métayers. L’irrigation, héritée du monde antique (crue du Nil en Égypte, canaux en Mésopotamie, puits à balancier (chadouf), roue mue par des animaux (noria), barrages en Transoxiane, au Khuzistan et au Yémen, galeries souterraines au pied des montagnes en Iran (qanat) ou au Maghreb (rhettaras), repose sur une solide organisation communautaire et l’intervention de l’État. On laboure toujours avec l’araire et la terre reçoit peu d’engrais par suite de la faiblesse de l’élevage.

La production agricole est stimulée par la demande des grandes agglomérations et des milieux aristocratiques. Les produits végétaux dominent : céréales (blé, riz), fruits (abricots, agrumes), légumes, huile d’olive (Syrie et Palestine, réservée aux riches), de sésame (Irak), de rave, de colza, de lin ou de ricin (Égypte), viticulture (Syrie, Palestine, Égypte), dattes, bananes (Égypte), canne à sucre. L’élevage reste important pour la nourriture, pour la fourniture de matières premières (laine, cuir) et pour le transport (chameaux, dromadaires, chevaux turco-mongol ou pur-sang arabes). Le mouton est présent partout mais l’élevage du buffle se développe (marais du bas Irak ou de l’Oronte). Les petits élevages de volailles, de pigeons et d’abeilles correspondent à une demande importante dans les classes aisées. La nourriture du peuple, très frugale, est essentiellement végétarienne (galette de riz, bouillie de blé, légumes et fruits).

Le problème de l'armée[modifier | modifier le code]

Après la guerre civile entre Al-Amin et son frère Al-Ma’mūn (809-813), les troupes venues du Khorasan remplacent les troupes syriennes pour la défense du Califat. Le calife Al-Mu`tasim (833-842) décide de s’entourer d’une garde choisie parmi les ghulams, esclaves militaires le plus souvent d’origine turque. Ce système prend fin dans les années 860 après les assassinats successifs de quatre califes, et remplacé par une garde mamelouk constituée d'esclaves turcs razziés jeunes en Asie centrale et dans les steppes, élevés soigneusement dans une orthodoxie simple, pour assurer leur loyauté à leurs maitres. Parallèlement, après 840, se développe le système de l’iqtâ : le calife attribue à des officiers le kharâdj (impôt foncier) d’un district, à charge pour eux de payer les soldes de leurs troupes. Les militaires peuvent facilement accroître leurs biens au détriment des petits paysans libres. Avec l’emploi de troupes serviles recrutées hors de l’islam, faciles à acheter et à modeler, l’idéal politique islamique d’une oumma assurant elle même la défense et l’extension du dâr al-islâm échoue. Le recours au recrutement servile signifie à terme la rupture entre la société civile, les forces militaires et le pouvoir politique. Cette évolution explique l’effondrement du pouvoir califal et le rôle pris, à partir des années 936-945, par le commandant en chef de l’armée. À partir du règne al-Mu'tadid l’épuisement du trésor du calife s’accentue. Les révoltes Qarmates aggravent la situation. Les militaires prennent de plus en plus d’importance. Les répercussions sur le commerce et la vie rurale des révoltes des Zenj et des Qarmates affaiblissent le régime. L’arrière-pays de Bagdad voit son agriculture décliner par suites des difficultés d’entretien des canaux, lors des troubles qui précédent la prise de pouvoir par les Bouyides (945).

Le déclin et la chute[modifier | modifier le code]

La division de l'empire arabe au Xe siècle

En Irak même, la révolte des esclaves noirs des plantations est réprimée par Al-Muwaffaq, frère du calife Al-Mutamid (870-892).

Les califes al-Mu'tadid (892-902) et Al-Muqtafi (902-908) s'imposent en Irak. Mais la révolte ismaélienne remet l'autorité des Abbassides en cause. En 909, le onzième imam ismaélien Ubayd Allah al-Mahdi fonde la dynastie fatimide et prend le titre de calife en Ifriqiya.

Les Bouyides, chiites iraniens, fondent une dynastie en Iran (932-1055). Le prince bouyide Muizz ad-Dawla Ahmad prend Bagdad (945) et, sans destituer le calife, il obtient les pleins pouvoirs avec le titre de « Prince des Princes » (Amir al-umara) en 936. Aussi, tout en conservant un pouvoir théorique sur l'Islam sunnite, les califes sont-ils démunis de tout pouvoir réel. Les Bouyides sont écartés par les Turcs seldjoukides (1055). Ces derniers combattent vigoureusement en faveur du sunnisme. L'immigration turque vers le Proche-Orient s'accentue.

L'État peut aussi compter sur un autre pilier : l'armée, composée de Khorassaniens fidèles au souverain, mais aussi d'Arabes souvent moins fidèles, notamment ceux des régions proches des frontières.

Au fil des siècles, le pouvoir des califes s'affaiblit peu à peu, victime notamment des affrontements constants entre sunnites et chiites, mais aussi de nombreuses révoltes. Excepté Al-Mustazhir (1094-1118) et An-Nasir (1180-1225), les derniers califes abbassides sont faibles, plus des suzerains que des souverains. Cependant, l'investiture du calife de Bagdad reste une source de légitimité importante pour les dynasties sunnites : Seldjoukides, Almoravides et Ayyoubides. Son prestige se trouve même renforcé avec la disparition des califats rivaux, Omeyyades de Cordoue et Fatimides du Caire.

Le dernier calife, Al-Musta'sim, croit pouvoir intimider les conquérants mongols en se présentant comme le maître de « tout le peuple qui prie Dieu ». Grave erreur d'estimation. En s'emparant de Bagdad le , les Mongols commandés par Houlagou Khan mettent fin au califat abbasside de Bagdad et l'exécutent[7].

Les Abbassides en Égypte[modifier | modifier le code]

Les survivants du massacre sont accueillis en Égypte par les sultans mamelouks, où ils perpétuent symboliquement la dynastie abbasside. Leur présence permet aux sultans mamelouks, gardiens des lieux saints de l'islam, de revendiquer une primauté honorifique dans le monde musulman. En 1517, la conquête ottomane transfère la puissance califale à l'Empire ottoman. Le dernier Abbasside lègue ses pouvoirs au sultan Selim Ier.

Califes abbassides d'Irak[modifier | modifier le code]

Califes abbassides du Caire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. arabe : ʿabbāsīyūn, العباسيون, ou
    arabe : banū ʿabbās, بنو العباس, Les descendants d'Abbâs
  2. (fr) Éric Limousin, 100 Fiches d'histoire du Moyen Age: Byzance et le monde musulman, éd. Bréal, 2005, p. 136
  3. Ira Lapidus, A History of Islamic Societies, Cambridge University Press,‎ 2002 (ISBN 0-521-77056-4), p. 54.
  4. arabe : saffā, سَفَّاح sanguinaire ou généreux
    Le mot vient de سفح (safa, faire couler le sang). William Muir note que « as-Saffah signifie “celui qui tue beaucoup de gibier pour ses hôtes” par conséquent “celui qui est hospitalier, généreux” le sens de “sanguinaire” ne semblerait pas voulu ». À l'inverse Tabari dans La Chronique (Volume II, L'âge d'or des Abbassides), Actes-Sud (ISBN 978-2-7427-3318-7) n'emploie le terme as-Saffah qu'après le massacre des Omeyyades.
  5. The great caliphs, Amira K. Bennison, p.28
  6. (en) Cyril Glassé et Huston Smith, The new encyclopedia of Islam, éd. AltaMira Press, 2003, p. 12
  7. (en) John Joseph Saunders, The history of the Mongol conquests, éd. University of Pennsylvania Press, 2001, pp. 110-111

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thierry Bianquis, Pierre Guichard et Mathieu Tillier (éds.), Les débuts du monde musulman (VIIe ‑ Xe siècle). De Muhammad aux dynasties autonomes, éd. Nouvelle Clio/Presses universitaires de France, Paris, 2012

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]