Guerre du Rif

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Guerre du Rif
Description de l'image Infobox collage for Rif War.jpg.
Informations générales
Date 1921-1927
Lieu Nord du Maroc
Issue Fin de la république du Rif
Belligérants
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Espagne
(1921-1927)
Drapeau de la France France
(1925-1927)
Drapeau de la République du Rif République du Rif
Commandants
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Manuel Sylvestre
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Dámaso Berenguer
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg José Millán-Astray
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Miguel Primo de Rivera
Drapeau de la France Philippe Pétain
Drapeau de la France Hubert Lyautey
Flag of the Republic of the Rif.svg Abdelkrim el-Khattabi
Flag of the Republic of the Rif.svg Abdel-Salam Mohammed Abdel-Karim
Flag of the Republic of the Rif.svg Mhamadi Bojabbar Mohamed, les Aït Ghannou
Flag of the Republic of the Rif.svg Ahmed Heriro jebli
Flag of the Republic of the Rif.svg Haddou Mouh-Ameziane
Flag of the Republic of the Rif.svg Mohamed Cheddi
Flag of the Republic of the Rif.svg Caid Bohout
Forces en présence
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg 63 000 à 125 000 soldats[1]

Drapeau de la France 150 000[2]
Sources espagnoles :
80 000 irréguliers[1],

Autres sources :
1925 : 35 000-50 000[3]
1926 : moins de 20 000[3]
Pertes
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg 50 000 morts[4]
Drapeau de la France 10 000 tués et blessés[4]
30 000 tués et blessés[4]

Batailles

La guerre du Rif était une succession de conflits armés opposant les armées des puissances coloniales espagnole (de 1921 à 1927), alliées aux troupes françaises (de 1925 à 1927), aux tribus berbères du Rif, coalisées autour de leur chef, Abdelkrim el-Khattabi.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Face aux Espagnols et aux Français exploitant le « terrain conquis » au XIXe siècle, la société rifaine est composée de tribus, dirigée par une assemblée et présidée par un chef, l’Amghar. Les uns comme les autres, outre leur rayonnement culturel ou économique, manifestent leur pouvoir par des démonstrations de force.

Dans le cadre de sa politique de colonisation face à celle de la France, l'Espagne voulait ainsi étendre son contrôle sur des territoires au nord est du Maroc afin de protéger les ports qu'elle exploitait sur les côtes de la Méditerranée.

Toutefois, c'était sans compter avec les autochtones, soucieux de préserver leur propre autorité et leur propre culture et de les défendre, d'où les exactions. De surcroît, le mode de vie et les structures sociales des parties en présence entrent en permanence en conflit indirect avec ceux des puissances coloniales, récemment implantées sur leur territoire.

De conflits isolés, les affrontements deviennent peu à peu une guérilla, face à laquelle les méthodes militaires classiques doivent être adaptées. C'est aussi ce qui explique le décalage de l'implication française.

Compte tenu du rapport des forces et des méthodes employées — utilisation du gaz « moutarde » d'un coté, bouclier humain de l'autre —, la lutte, d'abord inégale, devint donc confuse.

La tactique rifaine sera employée dans des conflits ultérieurs, aspirant cette fois à servir non plus l'intérêt d'un seul mais un intérêt général commun : l'indépendance d'une nation. Alberto Bayo enseignera aux Cubains ces techniques de guérilla : Che Guevara (Cuba), Mao Zedong (Chine) et Hô Chi Minh (Vietnam) s'en inspireraient[5],[6].

Contexte géographique[modifier | modifier le code]

Carte du Nord du Maroc indiquant les territoires sous protectorat espagnol.

La zone nord du protectorat espagnol, telle qu'établie par le traité franco-marocain de Fès, puis de la convention franco-espagnole de Madrid de 1912, est couverte en partie par la chaîne de montagnes du Rif, qui est une des quatre chaînes du territoire marocain. Elle comprend alors, de l'ouest vers l'est, les territoires de quatre tribus :

  • la Jbala-Luxos entre Tanger au nord et Alcazarquivir (Ksar El Kébir) au sud (Rif occidental) ;
  • la Gomara (ou Chaouen) entre Oued-Laou au nord et Chaouen au sud (Rif occidental) ;
  • le Rif central englobant la baie d'Al Hoceïma (anciennement Villa Sanjurjo) et enfin ;
  • le Rif oriental ou Kert, de Midar à Berkane, comprenant Nador et Melilla (une partie du Rif oriental étant sous protectorat français et s'agissant de la province de Berkane et du nord des provinces de Taza, Guercif et Taourirt).

Opérations militaires[modifier | modifier le code]

Soulèvement d'el-Raisuni[modifier | modifier le code]

Le commandant espagnol Manuel Fernández Silvestre souhaite devancer une éventuelle poussée française vers Tanger et Larache. Il se heurte toutefois à un chef de guerre local, Mohamed ben Abdallah el-Raisuni, qui irrite les puissances occidentales par ses exactions pour son profit personnel (prise d'otages étrangers, libérés contre rançon), qui menacent la sécurité de la route de Tétouan. Après des combats dans l'oued Ras et Beni Sidel, il subit un échec face à Gonzalo Queipo de Llano à Alcazarquivir. Il se livre alors à une guérilla dans la Jbala et provoque des agitations dans la région de Melilla. Le Djebel Gurugu est à son tour menacé en 1916.

Prélude à la bataille d'Anoual (1920-1921)[modifier | modifier le code]

Le 15 octobre 1920 , les troupes espagnoles sous la conduite du général Castro Girona avaient occupé Chefchaouen dans le pays Jbala[7].

À l'Est, une armée espagnole sous la conduite du Général Sylvestre avait quitté Melilla début 1920 avec pour objectif de prendre le contrôle du Rif central et de la Baie d'Al-Hoceïma et mettre fin à l'opposition des confédérations rifaines.[8]

Ces dernières étaient réticentes à accepter l'autorité Protectorat espagnol et l'opposition armée s'accentuait à mesure que les troupes de Sylvestre avançaient vers le cœur du Rif. En août 1920, l'armée espagnole avait réussi à occuper sans encombres la zone allant de Midar à Melilla, ne rencontrant qu'une opposition sporadique des combattants rifains locaux, affaiblis par une disette qui frappait la région alors.[8]

Le 5 décembre 1920, les troupes espagnoles étaient entrées dans Ben Taïeb, sur le territoire des Aït Oulichek. Face à cette armée puissante, les chefs de la résistance locale préféraient opter pour la reddition[8].

Début janvier 1921, les troupes espagnoles et leurs supplétifs locaux avaient pénétré sur le territoire des tribus Temsamane et Aït Touzine. Pour Sylvestre, c'était un succès important puisqu'il avait doublé, en moins d'un an, le territoire contrôlé par l'Espagne. Anoual, petit village rifain à la frontière entre les Temsamane et Aït Oulichek, était le poste le plus avancé de l'armée espagnole. Mais il restait à soumettre les puissantes tribus du Rif central, en particulier celle des Aït Ouriaghel[8].

Alors que les troupes espagnoles s'installaient aux portes du Rif central, l'opposition armée rifaine s'organisait. La résistance rifaine était alors éparpillée en groupements armés hétéroclites, sans unité effective et sans leadership central. Bien qu'animés du même désir de préserver le Rif de la domination espagnole, il manquait à ces groupes armés un commandement capable de les unir. Certains leaders locaux tentaient tant bien que mal d'unir les différentes factions afin d'opposer un front commun aux Espagnols. Parmi ces leaders, se trouvait Muhammad Ben Abdelkrim, fils d'un cadi (juge religieux) des Aït Ouriaghel, plus connu sous le nom d'Abdelkrim. En janvier 1921, Abdelkrim avait tenté de rallier à lui les résistants Aït Ouriaghel, Temsamane et Iboqayen. Des harkas (« groupe armés » en dialecte marocain) se formèrent avec pour objectif de bloquer l'avancée espagnole. Dans les marchés du Rif central, comme celui d'Aït Bouayach, on avait lancé l'appel au Jihad contre les envahisseurs.[7],[8]

Début février 1921, Abdelkrim avait réussi à s'imposer comme leader, certes contesté, des Aït Ouriaghel. Cette tribu berbère était maintenant plus unie que jamais et déterminée à repousser l'avancée espagnole.

Un autre défi auquel était confrontée la résistance rifaine était le danger provoqué par les agissements des agents rifains payés par l'Espagne et qui travaillaient pour le Protectorat. Ces agents pro-Espagne devinrent la cible de la résistance rifaine et plusieurs furent assassinés à mesure que l'armée espagnole avançait. Par ailleurs, les conditions économiques étaient difficiles pour les Rifains centraux en raison notamment d'une pénurie alimentaire qui frappait la région. La faim poussait de nombreux clans rifains à déposer les armes et se soumettre aux autorités espagnoles.[7],[8]

Dans les territoires du Rif oriental occupés par l'Espagne, l'opinion publique rifaine s'élevait de plus en plus contre les actes des soldats espagnols qui montraient peu de respect pour les habitants et les coutumes locales.[8]

Fin février 1921, l'armée espagnole était proche de compléter son objectif de prendre le contrôle de la vallée du Nékor et de la Baie d'Al-Hoceïma. Les Temsamane et les Aït Touzine avaient commencé à se soumettre même si de nombreux clans de ces deux confédérations poursuivaient la résistance. Mais les troupes espagnoles étaient étirées à travers le Rif oriental, de Melilla à Anoual et cela représentait un danger pour l'armée comme l'avaient noté certains officiers espagnols.[8]

Malgré les avertissements d'officiers qui le mettaient en garde contre une avancée trop brusque, le général Sylvestre avait décidé de poursuivre les opérations militaires. Le 12 mars 1921, Sidi Driss, localité située sur le littoral des Temsamane, fut occupée par l'armée espagnole. Cette occupation plongea la résistance rifaine dans une grande inquiétude. Mais la récolte du printemps 1921, qui fut excellente, ranima la volonté de résistance des Rifains. De nombreux Aït Touzine et Temsamane rejoignirent les rangs des combattants d'Abdelkrim. Ce dernier faisait de plus en plus l'unanimité parmi les Rifains, même si certains notables locaux se méfiaient de sa montée en puissance et certains résistants lui reprochaient ses relations passées avec les Espagnols. Abdelkrim séduisait les résistants avec ses capacités organisationnelles et ses idées militaires modernistes.[8]

Début mai, selon des rapports militaires espagnols, les effectifs des combattants rifains s'élevaient à environ 1 300 hommes, répartis entre le Adrar Qama, chez les Temsamane et Azlaf, chez les Aït Touzine. Abdelkrim tentait d'obtenir, par divers moyens, des canons et des armes afin de fournir ses hommes. Des tranchées étaient creusées à Azlaf et chez les Temsamane[8].

Fin mai 1921, Abdelkrim avait nommé le Fqih Muhammed Ben Ali surnommé « Boulahya » (« Le Barbu ») en tant que responsable des troupes rifaines rassemblées sur le Adrar Qama, à Temsamane, en face de l'armée espagnole. Boulahya était originaire des Aït Touzine[8].

Au-delà des préparations militaires, Abdelkrim tentait d'organiser le Rif et d'établir les bases d'un État moderne, capable de résister à l'impérialisme européen mais aussi de construire des routes, exploiter les ressources minières et instaurer l'ordre dans une région en proie aux luttes intestines.[8] Il mis fin aux vendettas claniques qui ravageaient le Rif en promettant de condamner à mort tout homme qui en tuerait un autre. En faisant cela, Abdelkrim voulait mettre fin aux divisions qui avaient longtemps empêché les Rifains de s'unir efficacement face à l'envahisseur[8].

Bataille de Dhar Abarran (juin 1921)[modifier | modifier le code]

Les autorités militaires espagnoles suivaient d'un œil attentif les préparatifs militaires d'Abdelkrim. Le Général Sylvestre lui-même réalisait que toute avancée espagnole vers le Rif central déboucherait sur des combats violents, plus violents que ceux que l'armée avait connu jusqu'ici. Il était néanmoins déterminé à poursuivre cette avancée. Le Général Sylvestre disposait d'une armée d'environ 25 000 soldats[8],[7].

Dhar Abarran (« la colline de la perdrix » en langue berbère rifaine) est une colline s’élevant à 525 mètres d’altitude, qui se situe sur le territoire des Temsamane. Elle permet d'observer toute la Baie d'Al Hoceima[7].

Dans les sources espagnoles, Dhar Abarran est appelée « Monte Abarran »[7].

En suivant les conseil de ses collaborateurs, le Général avait décidé d’occuper Dhar Abarran. Le Général envoya donc un détachement de 250 hommes pour prendre le contrôle de la colline le 1er juin 1921. Du côté des résistants, environ 1000 combattants rifains étaient positionnés sur les hauteurs autour de Dhar Abarran[8].

Les soldats espagnols réussirent à occuper Dhar Abarran durant la nuit du sans rencontrer de résistance[8].

Le lendemain à l’aube, les combattants rifains sous la conduite du Fqih Boulahya des Aït Touzine, lieutenant d’Abdelkrim, lancèrent un violent assaut sur la colline. Les résistants gravirent les pentes de la colline sous le feu des canons et des fusils espagnols. Ils réussirent à détruire le fil barbelé qui entourait le poste espagnol et à prendre le contrôle de la colline après de durs combats, souvent au corps à corps. Des témoignages rapportent que des Rifains qui avaient été recrutés dans l’armée espagnole retournèrent leurs armes contre leurs officiers, semant le chaos et aidant les résistants rifains à prendre le contrôle de la colline[8],[7].

Sur les 250 soldats espagnols chargés de défendre Dhar Abarran, 179 perdirent la vie. Les survivants durent battre en retraite en direction d’Anoual, qui se situait à environ cinq kilomètres à l'Est[8].

Les Rifains capturèrent 4 canons, 250 fusils et une quantité importante de munitions. Certains soldats espagnols furent faits prisonniers et Abdelkrim déclara le 2 juin 1921 qu’il était strictement interdit de faire du mal aux captifs sous peine de sévères sanctions.[8]

Il est à noter que cette bataille eut lieu pendant le mois de Ramadan et que les combattants rifains jeûnaient comme le rapporte Hart[9].

Le même jour de la victoire d'Abarran, une troupe rifaine s'attaqua au poste espagnol de Sidi Driss sur la côte des Temsamane. Après un jour de combat qui causa d'importantes pertes parmi la garnison espagnole, les combattants rifains se retirèrent sans avoir pris le poste[7].

La victoire d'Abarran galvanisa la résistance rifaine. Dans tout le Rif, des chants ("izran" en rifain) à la gloire des combattants s’élevèrent et Abdelkrim fut acclamé en tant que 'Amjahad' (« Combattant ») et 'Zaïm' (« Leader ») de la résistance. Cette bataille est considérée par les historiens comme le début officiel de la guerre du Rif.[9]

Sylvestre avait perdu 179 hommes à Dhar Abarran. Mais le général et les autorités espagnoles restaient confiants. De leur point de vue, la défaite de Dhar Abarran était un accident comme il en arrive régulièrement dans les guerres coloniales. Pour le général, il ne faisait aucun doute que les résistants rifains, dont le nombre ne s'élevait qu'à quelques milliers de combattants, seraient bientôt battus par l'armée espagnole.  

"Le désastre d'Anoual"[modifier | modifier le code]

Le général Silvestre avec ses officiers près de Melilla le 6 février 1921.

Le , Sylvestre occupa Ighriben ('Igueriben' dans les sources espagnoles) une colline, à 6 kilomètres au sud d’Anoual, afin de surveiller les mouvements des combattants Aït Touzine. Le nombre de combattants rifains s’élevait maintenant à environ 3 000 hommes réunis autour Abdelkrim, qui avait établi son camp à Amzaourou, chez les Temsamane. Abdelkrim avait entrepris de nouer des contacts avec toutes les tribus rifaines, y compris celles qui étaient occupées par l'Espagne afin d'organiser avec elles un soulèvement général[8].

Le , les Rifains prirent le contrôle de la colline de Sidi Brahim après de durs combats. La colline de Sidi Brahim permettait aux Rifains de surveiller la route entre Anoual et Ighriben[8].

Sylvestre était de plus en plus inquiet. Les tribus rifaines étaient maintenant déterminées à résister et la crainte commençait à s’installer parmi les soldats espagnols, soumis à la pression des tireurs rifains embusqués.[7],[8]

Mi-juillet, Abdelkrim ordonna un assaut sur le poste espagnol d’Ighriben. Le 16 juillet, le poste d’Ighriben était encerclé et attaqué[8],[7].

Dans le poste d’Ighriben, les soldats espagnols souffraient de la soif et de la faim en raison de l’épuisement de leur réserve de nourriture et d'eau[7]. Certains soldats en étaient réduits à boire leur urine[7]. Sylvestre tenta de ravitailler le poste d’Ighriben mais à chaque fois, les tireurs rifains embusqués le long de la route empêchaient les renforts espagnols d’arriver au poste indemnes.[8]

De son coté, Abdelkrim envoya plusieurs messages aux rifains qui combattaient dans l’armée espagnole pour les inviter à déserter et rejoindre la résistance rifaine. Le 18 juillet, une attaque rifaine mis en fuite les troupes espagnoles postées à Tizi Azza[8].

Sylvestre, conscient qu’il était impossible de ravitailler les soldats encerclés à Ighriben après un énième échec, ordonna au commandant Benitez, chef de la garnison espagnole d’Ighriben, d’évacuer la position par tous les moyens possibles.[8]

Le , le commandant Benitez tenta une sortie afin d’échapper à l’encerclement rifain. Mais il tomba dans une embuscade et sur les 300 soldats espagnols du poste, peu réussirent à s’échapper vivant. 25 soldats espagnols d'Ighriben auraient réussi à atteindre Anoual[8].

La perte d’Ighriben plongea l’armée espagnole dans la crainte et la confusion. Les résistants rifains devenaient de plus en plus confiants et audacieux[8]. Les 4 000 soldats espagnols regroupés à Anoual subissaient quotidiennement les tirs des rifains positionnés sur les collines environnantes.[8],[7]

Le 22 juillet, jugeant la position d’Annoual intenable, Sylvestre ordonna une retraite en direction de Ben Taïeb, à 11 kilomètres au Sud-Est d'Anoual. Le plan consistait à quitter Anoual pour rejoindre la plaine du Garet, plus facilement défendable. Mais ce qui devait être une retraite organisée devint une débâcle terrible, connue dans l'historiographie espagnole sous le nom de « Désastre d'Anoual ». Pris pour cible par les tireurs rifains , les soldats espagnols tombèrent dans une panique incontrôlée et cessèrent d'obéir à leurs officiers. Le chaos s'installa dans les rangs de l'armée à mesure que les pertes augmentaient[8].

Sylvestre perdit la vie durant la débâcle et selon des témoignages, il se serait suicidé en voyant la déroute de son armée mais selon d’autres, il fut tué au cours des combats. Son corps ne fut jamais retrouvé. Le général Navarro prit le contrôle des troupes espagnoles à Dar Driouch, après la mort de Sylvestre[8].

Toutes les troupes espagnoles qui occupaient le Rif oriental se mirent à battre en retraite en direction de Melilla. Les positions espagnoles du Rif furent abandonnées une par une. Le 26 juillet, les Guelaya et les Kebdana s’étaient joints à la rébellion contre la domination espagnole. Toutes les forces espagnoles dans le Rif, tombèrent sous l'attaque des Rifains.[8],[7]

Le 29 juillet, le général Navarro se replia avec 1 200 soldats espagnols, épuisés, sur le mont Arroui où il furent encerclés par 3000 puis 5000 rifains. [8]Pour permettre aux troupes de Navarro de rejoindre Arroui, le régiment de cavalerie d'Alcantara sous la conduite du lieutenant-colonel Fernando Primo de Rivera lança une contre-offensive suicidaire sur les cavaliers rifains Metalsa[7]. Cette acte audacieux du régiment d'Alcantara permit au général Navarro de gagner du temps.

Nador fut évacuée par l’armée espagnole le 2 août et, le 3 août, Selouane fut prise par les combattants rifains. Des centaines de prisonniers espagnols furent massacrés à Selouane[8],[7].

Le , Arroui tomba aux mains des Rifains. Un accord avait été passé entre certains chefs rifains et le général Navarro. Les soldats espagnols rendraient leurs armes en échange de la vie sauve mais pour des raisons encore obscures, les soldats espagnols furent massacrés après avoir rendu leurs armes, malgré les ordres d’Abdelkrim. Environ 400 prisonniers espagnols échappèrent au massacre, y compris le général Navarro, et emmenés à Ajdir, village d'origine d'Abdelkrim, où ils furent incarcérés.[8]


Le bilan de la défaite d'Anoual fut très lourd pour l'Espagne. Sur les environ 25 000 soldats espagnols qui avaient occupé le Rif oriental, entre 13 000 et 19 000 perdirent la vie ou furent fait prisonniers au cours du seul été 1921[9]. Un butin de guerre considérable fut capturé par les résistants comprenant de l’artillerie, des fusils, des véhicules et des munitions. Ce désastre militaire fut l’un des plus terribles connus par une puissance européenne durant les guerres coloniales et l'un des pires de l'histoire militaire espagnole. L’armée espagnole avait perdu tout le territoire conquis depuis 1912 dans le Rif.[8],[7],[9]Le désastre provoqua une grave crise politique en Espagne, qui culmina avec le coup d'État du général Primo de Rivera le 13 septembre 1923.

Melilla elle-même était menacée mais Abdelkrim avait interdit à ses troupes d’attaquer la ville car il craignait de se mettre à dos toute l’Europe en raison de la présence de nombreux civils européens. De plus, Abdelkrim voulait d’abord organiser son nouvel État, qu'il nommera "République du Rif". Plus tard après la guerre, Abdelkrim jugera son refus de prendre Melilla d’assaut comme sa plus grande erreur[7].

Avec la bataille d’Anoual, les résistants rifains avaient réussi à infliger une défaite cuisante à une importante armée espagnole. Ceci avait auréolé Abdelkrim d’un prestige inégalable parmi la population rifaine. Mais Abdelkrim avait fait comprendre à ses troupes que l’Espagne chercherait à se venger et qu’il fallait se préparer à une longue et dure guerre[8],[7].

Après Anoual (août 1921- janvier 1922)[modifier | modifier le code]

Après la victoire spectaculaire d’Anoual, Abd el-Krim renforce son pouvoir en créant un État, la République du Rif, avec un gouvernement et une administration centralisée. La présidence n'est pas élue mais dévolue à Abd el-Krim el-Khattabi, une délégation générale attribuée à son frère d’Abd el-Krim, M’hamed el-Khattabi, ministère de la Guerre dirigé par Ahmed Boudra, celui de l’Intérieur conduit par le caïd Lyazid, celui des Affaires Étrangères octroyé à Azerkane, celui des Finances donné à Abd es-Salam el Khattabi, celui de la Justice et de l’Instruction confié au faqih Zerhouni.

Ces institutions sont renforcées par l’application de la charia islamique qui interdit les affrontements entre les différentes tribus au sein de la République. Cela est particulièrement important dans une région marquée par les solidarités claniques et où la logique de la vendetta se substitue souvent au droit. De plus, une intense action d’éducation est menée par des caïds et des fouqaha chargés d’expliquer le nouvel ordre local ou encore des mesures comme l’interdiction du thé ou du tabac.

Les formations militaires, fortes de vingt à trente mille hommes, âgés de 16 à 50 ans, sont divisées en « mia », des compagnies d'une centaine d'hommes, qui sont elles-mêmes subdivisées en groupes de vingt-cinq à cinquante hommes, encadrés respectivement par des mokaddem et des caïds khamsine[10], assez bien équipés en armes saisies à l’ennemi ou achetées à l’étranger.

Les Guelayas, confédération rifaine qui entoure Melilla, avaient vécu sous occupation espagnole depuis la fin de la seconde guerre de Melilla en 1913. À la suite de la débâcle espagnole d'Anoual, de nombreux Guelayas se soulevèrent, en profitant des défaites espagnoles pour libérer leur territoire[8],[7].

Mais les Guelayas étaient peu armés et réclamaient l'aide d'Abdelkrim. Si des troupes rifaines furent dépêchées vers les Guelayas afin de les soutenir, ces troupes restaient relativement peu nombreuses car Abdelkrim se méfiait des nombreux collaborateurs pro-Espagne qui vivaient dans la région[8].

Quant à eux, les Espagnols regroupaient des forces importantes afin de défendre Melilla et d'empécher la ville de tomber aux mains des Rifains. Des renforts furent amenés de Tétouan, Ceuta et de la Métropole[7]. Fin août 1921, 36 000 soldats espagnols étaient réunis dans la ville dont 25 bataillons de l'armée, 2 compagnies de la légion étrangère, 2 tabors de regulares marocains de Ceuta, 5 régiments de cavalerie et 17 compagnies du génie[8]. En dehors de Melilla, les Espagnols contrôlaient toujours une petite bande de terre allant de Mar Chica à Atalyon et incluant le Souk El-Had des Aït Chiker[8].

Les Guelayas étaient divisés entre partisans de la résistance et partisans de la collaboration avec l'Espagne. Cette division, ajoutée au manque de soutien d'Abdelkrim, fragilisa la résistance chez les Guelayas, facilitant la reconquête espagnole[8].

Le premier objectif du Haut-Commissaire Damaso Berenguer, après le désastre d'Annoual, était de sécuriser Melilla et son arrière-pays avant de reconquérir le territoire perdu aux Rifains.[8] Des troupes rifaines se rassemblèrent à Souk el-Arba, à l'extrémité sud de la Mar Chica, sous le commandement du Cheikh Yazid Benhamou (futur ministre de la justice d'Abdelkrim)[8].

6000 combattants rifains se regroupèrent à Nador le 4 septembre 1921. Abdelkader Ben Hajj Tayeb, caïd pro-Espagne des Aït Chiker avait réussi à empêcher la majeure partie de sa tribu de rejoindre les résistants. Son soutien fut l'une des raisons qui permirent aux Espagnols de sauvegarder la ville de Melilla[8].

Le 12 septembre, l'armée espagnole lança la contre-offensive. Souk El-Arba des Kebdana fut occupée après de durs combats qui causèrent la mort de 75 combattants rifains. [8] Les Rifains continuaient de bombarder Melilla depuis les hauteurs du Gourougou avec des canons capturés aux Espagnols. Mais le 16 septembre, les troupes rifaines abandonnèrent Nador, qui fut occupée par l'armée espagnole le 17[8]. De nombreux combattants rifains démoralisés décidèrent de quitter le front afin de rentrer chez eux. Un petit noyau de résistants continuait de combattre sur le mont Gourougou, sous la conduite du Fqih Boulahya[8].

Le 24 septembre, la tribu des Kebdana déposa les armes face à l'avancée espagnole. Boulahya, l'un des chefs rifains les plus déterminés, décida de se retirer le 26 septembre et de rentrer au Rif central avec ses hommes.[8] Il restait encore environ 2600 combattants rifains dont 2000 Guelayas, qui entendaient poursuivre la résistance[8].

Le 5 octobre, l'armée espagnole captura les villes de Zeghanghane, ville qui abritait le tombeau du leader résistant rifain Mohamed Améziane, et d'Iallatan[8].

Le 10 octobre, les troupes espagnoles avaient réussi à reprendre le mont Gourougou après de durs combats. Les Guelayas, en particulier les Aït Bouifrour, se réfugièrent en masse vers le Rif central, dans les territoires contrôlés par Abdelkrim, afin d'échapper au représailles de l'armée espagnole[8].

Le 14 octobre, Selouane, un des bastions de la résistance guelayi, fut prise par l'armée espagnole[8].

Les Guelayas commencèrent à vouloir se rendre, en raison de la détresse économique et de la supériorité militaire de l'armée espagnole. Le 24 octobre, l'armée espagnole réoccupa Arroui, et les corps des prisonniers espagnols massacrés en août furent enterrés.[7],[8] Ces corps portaient les stigmates des affreuses mutilations et tortures qu'ils avaient subi aux mains des combattants rifains exaspérés par des années de conflits et d'exactions espagnoles.[7]

Abdelkrim réalisa que les Guelayas allaient retomber sous la domination espagnole. Son objectif était alors de se retirer de façon ordonnée de la région, vers le Rif central, en emportant un maximum d'équipements et de prisonniers espagnols.[8] Abdelkrim avait nommé Abdsalam Ben Hajj Mohand en tant que commandant du front dans le Rif oriental. Ce dernier deviendra plus tard « Ministre de la Guerre » de la République du Rif.[9],[8],[7].

Le 18 novembre, l'armée espagnole entra dans Wiksane[8],[7]. Le 5 décembre, la ville de Zaïo, sur le territoire des Oulad Settout, fut prise par les Espagnols. Fin décembre 1921, l'armée espagnole avait atteint les rives du Kert, occupant effectivement tout le territoire des Guelayas.[8]

Les Rifains avaient du mal à ralentir cette fulgurante contre-offensive espagnole. Le terrain relativement plat de la plaine du Garet facilitait l'avancée des troupes espagnoles.[8] Le 9 janvier 1922, Dar Driouch fut réoccupée par les Espagnols. La plaine du Garet était presque entièrement sous leur contrôle mais le Rif central et montagneux était plus que jamais hors de leur portée[7],[8].

Avancée espagnole et renforcement du pouvoir d'Abdelkrim ( janvier 1922-janvier 1923)[modifier | modifier le code]

L'aviation espagnole déclencha dès le début de l'année 1922, une vaste campagne de bombardement aérien sur le Rif, en visant particulièrement les territoires des confédérations Temsamane, Aït Touzine et Aït Ouriaghel. Ce bombardement aérien causa d'importantes pertes parmi la population rifaine, semant la terreur parmi les civils. [8],[7]

Après la capture de Dar Driouch, l'objectif de l'armée espagnole était de reconquérir le territoire de la petite confédération rifaine des Aït Saïd, au nord de Driouch. Le territoire des Aït Saïd est divisé presque équitablement en une partie montagneuse à l'Ouest et une plaine à l'Est. Si les clans Aït Saïd de la plaine faisaient preuve de peu d'entrain à poursuivre la résistance contre l'Espagne, en raison de la vulnérabilité de leur terrain face aux attaques espagnoles, les clans de la montagne entendaient combattre jusqu'au bout[8].

Une offensive espagnole sur les Aït Saïd débuta en mars 1922. Des chars furent employés afin de franchir les tranchées creusées par les combattants Aït Saïd. De nombreux villages furent occupés et après de durs combats, 150 combattants rifains perdirent la vie le 15 mars. Mais la résistance des Aït Saïd était féroce. Comme le rapporte Woolman dans son livre Rebels in the Rif[7], les combattants rifains, d'abord surpris par l'apparition des chars qu'ils n'avaient jamais vu auparavant, tentèrent de les escalader afin de poignarder et tirer sur les conducteurs. Plusieurs chars furent incendiés. Malgré ces efforts désespérés, les renforts espagnols parvinrent à vaincre les tentatives de résistance et le 8 avril, Dar El Kebdani, principal centre des Aït Saïd, fut occupé par l'Espagne[8],[7].

Dans Dar El Kebdani, les soldats espagnols recouvrirent les restes des 1400 soldats espagnols qui y furent massacrés lors du désastre d'Anoual en juillet 1921. Ces restes furent enterrés avec les honneurs militaires. [8]

Les résistants Aït Saïd se réfugièrent dans la partie montagneuse de leur territoire, laissant la plaine sous le contrôle de l'Espagne[8].

La perte de ce territoire n'avait pas entamé la volonté d'Abdelkrim. Le 19 mars 1922, un navire espagnol fut coulé dans la Baie d'Al-Hoceïma par des tirs de canons rifains.[7]Abdelkrim tentait aussi de lever des taxes sur les confédérations rifaines sous son contrôle afin de soutenir l'effort de guerre. Mais cette taxation suscita de nombreuses contestations dans la population. Au cours de l'été 1922, Abdelkrim nomme plusieurs caïds dans les différentes tribus du Rif central afin d'administrer la justice et organiser la levée des troupes.[8]

Mais l'autorité d'Abdelkrim n'était pas absolue dans le Rif. En effet, certains notables locaux voyaient d'un mauvais œil ses tentatives d'accaparement du pouvoir. Parmi eux, Amar Hamidou, caïd de la tribu Marnissa et le Hajj Bekkiche, un des notables de la confédération Igzennayen. Ces deux chefs, parfois rivaux, avaient un ennemi commun en Abdelkrim et décidèrent d'allier leurs forces afin de s'opposer à lui[8].

En juillet 1922, Amar Hamidou se heurta aux combattants rifains au cours de violents combats.[8]

Hamidou, qui deviendra au cours de la guerre un des alliés les plus fidèles de la France, était soutenu par Bekkiche et Abdelmalik al-Jazaïri. Abdelmalik al-Jazaïri était le petits-fils d'Abdelkader, champion de la résistance algérienne et il dirigeait depuis les années 1910 des groupes armés au nord du Maroc afin de résister à l'armée française. Tout comme Hamidou et Bekkiche, Abdelmalik craignait que la montée en puissance d'Abdelkrim ne pose un problème à son propre pouvoir. C'est donc ces trois individus qu'Abdelkrim devait affronter en cet été 1922[7],[8].

Après de violents combats qui causent d'importantes pertes de part et d'autre, une trêve fut négociée entre Hamidou et Abdelkrim, permettant aux hommes d'Abdelkrim de se retirer du territoire Marnissa[8].

Le bilan de ces combats était contrasté. Si Hamidou demeurait insoumis à Abdelkrim, il avait perdu de nombreux hommes au cours des combats. Quant à Abdelkrim, son prestige était ébranlé car il n'avait pas réussi à vaincre le caïd de Marnissa. Néanmoins la situation sur le front Sud du Rif se retrouvait stabilisée pour un temps.[8]

Abdelkrim en profita pour tenter d'élargir son action vers l'Ouest du Rif, chez les Jbalas et les Ghomaras.[8]

Son objectif était de rallier ces populations à sa cause. Les Jbalas étaient par ailleurs encouragés dans leur résistance à l'Espagne (qui occupait Chefchaouen depuis 1920) par les récentes victoires rifaines. Abdelkrim espèrait aussi alléger la pression que faisait peser l'Espagne sur le front oriental en organisant des attaques sur les forces espagnoles autour de Chefchaouen[8].

Des troupes rifaines, sous la conduite de M'hamed al-Khattabi, frère d'Abdelkrim, furent envoyées afin de prendre contact avec les résistants Jbalas. Des messages furent échangés avec Raïsouli, le fameux chef de guerre de la région Jbala, qui s'opposait alors à la pénétration espagnole. Des escarmouches eurent lieu avec les troupes espagnoles autour de Chefchaouen, notamment à Tiguisas.[8] Mais très vite la relation entre les Rifains et les Ghomaras se détériora. Les Ghomaras, puissante confédération berbère qui peuple l'arrière-pays de Chefchaouen (notamment l'actuel parc national de Talassemtane), supportaient, avec beaucoup de mal, la présence des combattants rifains sur leur sol. La tension obligea M'hamed à se retirer vers l'Est, et camper à El-Jebha, à la frontière entre les Ghomaras et les M'tioua[8].

Raïsouli était quant à lui encerclé par l'armée espagnole dans son réduit du Jbel Bouhachem, à l'ouest de Chefchaouen, après avoir perdu son quartier général de Tazrout en mai 1922, lors d'une offensive espagnole[8].

Fin août 1922, les Espagnols reprennent l'offensive vers le Rif central à partir de Dar Driouch. Azib Midar et d'autres positions chez les Aït Touzine tombent entre leurs mains.[8]

Fin septembre 1922, encerclé sur le Jbel Bouhachem après son évacuation de Tazrout et convaincu que la résistance contre l'Espagne est futile, Raïsouli accepte de négocier avec les autorités espagnoles. Un accord est conclu et selon ses termes, Raïsouli accepte d'utiliser son influence afin de maintenir la paix chez les Jbalas et d'empêcher les attaques sur les soldats espagnols. En échange, l'Espagne s'engage à lui fournir de l'argent et des armes.[8]

En octobre 1922, les forces rifaines attaquent les positions espagnoles à Azib Midar[8].

Le 26 octobre, l'armée espagnole s'empare de Tafersit, Bouhafora et Sidi Messaoud. Le 28, elle s'empare du col de Tizi Azza où un poste avancé est installé[8].

Une sortie à l'ouest de Tizi Azza est violemment repoussée par les Rifains. Ces derniers lancent un grand assaut sur le poste de Tizi Azza le 1 et 2 novembre. Les Espagnols repoussent l'assaut mais perdent en deux jours près de 2000 hommes. [8],[7]

Le 6 novembre, le village rifain d'Afrau, sur la côte méditerranéenne, tombe au main de l'armée espagnole et le 7 novembre, l'Espagne s'empare du village d'Anoual à la frontière entre les Aït Oulichek et les Temsamane. La capture d'Anoual représente une étape hautement symbolique puisque c'est là que l'Espagne a subi sa grande défaite militaire au début du conflit. Ainsi, en un peu plus d'un an, l'armée espagnole a récupéré presque tout le territoire perdu depuis le désastre d'Anoual. Le nouveau Haut-commissaire espagnol en charge des opérations militaires au Maroc, Ricardo Burguete, dispose de 30 000 soldats dans le Rif oriental afin de vaincre Abdelkrim[7],[8].

Devant cette importante avancée espagnole, Abdelkrim lance une contre-attaque. Le 21 novembre 1922, Afrau est encerclé par les Rifains.[8]

Mais en décembre 1922, Abdelkrim doit encore tourner son regard vers le sud du Rif, où son rival, Amar Hamidou, a lancé une attaque sur les Ait Ammart, tribu rifaine alliée d'Abdelkrim. L'objectif d'Amar Hamidou est de couper les liaisons entre le Rif central et la zone française du Maroc. Les Rifains obtenaient en effet des armes et de la nourriture via cette zone[8],[7].

À la suite de l'attaque sur les Ait Ammart, Hamidou captura le caïd de cette tribu, Mouhand Ben Tayyeb[7],[8].

De leur côté, en cette fin d'année 1922, les Espagnols tentent de ramener dans l'obéissance plusieurs tribus du Rif via l'action d'agents locaux qui sont chargés de convaincre les notables rifains d'abandonner Abdelkrim et de se soumettre aux autorités du protectorat espagnol. Mais la crainte des représailles d'Abdelkrim empêchaient de nombreux sympathisants de l'Espagne de se rapprocher des autorités espagnoles. Abdelkrim se montrait en effet impitoyable envers tout individu suspecté de trahison[8].

Depuis la bataille d'Anoual, Abdelkrim détenait des centaines de prisonniers espagnols, capturés au cours de la débâcle espagnole. Leur libération représentait un enjeu crucial pour l'Espagne. Des négociations sont entamées en janvier 1923. Des officiels espagnols rencontrent des émissaires d'Abdelkrim à Ajdir. Le 24 janvier, un accord est conclu. L'Espagne accepte de payer 4 millions de pesetas et de libérer tous les prisonniers rifains en échange de la libération des prisonniers espagnols. Le millionnaire basque Horacio Echevarrieta s'engagea à payer la somme demandée par les Rifains. Le 28 janvier, après paiement de la somme, les prisonniers espagnols furent libérés. [8],[7]

La rançon des prisonniers espagnols représentait une somme très importante qu' Abdelkrim décida d'utiliser afin de renforcer son état embryonnaire. En ce début d'année 1923, il jugea le moment opportun pour se faire proclamer dirigeant du Rif.[7]

République du Rif[modifier | modifier le code]

Abdelkrim réunit ainsi les chefs tribaux, et proclame la République confédérée des tribus du Rif dont il est président le [8]. Pour administrer son nouvel état, Abdelkrim s'appuie sur la loi islamique, la Charia (il est cadi, c'est-à-dire juge islamique, de formation)[9],[8],[7]. Néanmoins, en ne se déclarant pas sultan et en ordonnant aux imams du Rif de faire la Joumouaa (prière du vendredi) au nom du sultan Moulay Youssef (successeur de Moulay Abd al-Hafid), Abdelkrim ne remet jamais en question l'autorité du sultan, malgré l'influence exercée par Lyautey sur ce dernier. De nombreuses lettres de bonne foi restituant la beyaa (allégeance) due au sultan parviennent à Moulay Youssef, qui craint cependant les réactions des colonisateurs.

Abdelkrim crée un gouvernement et nomme plusieurs ministres en charge de différents domaines (Ministre de la guerre, Ministre des finances, Ministre de la justice). Ces ministres sont essentiellement issus de sa famille élargie ou de sa confédération, les Aït Ouriaghel[9],[8],[7].

Abdelkrim procède aussi à l'organisation d'une armée rifaine régulière, composée de plusieurs tabors (bataillons) avec des officiers de divers rangs. Les membres de cette armée régulière sont essentiellement recrutés parmi les confédérations du Rif central. En parallèle à cette armée régulière, des milices tribales sont organisées dans le Rif et chez les Jbalas. Le rôle de ces milices est d'assister l'armée régulière durant les opérations.[9],[7],[8]

Le nouvel État rifain aménage des routes afin de faciliter les communications de l'armée, organise un réseau téléphonique qui permet à Abdelkrim de transmettre ses ordres. Abdelkrim réforme en profondeur la structure sociale des Rifains en insistant sur l'importance et la primauté de la loi islamique et en limitant certaines pratiques de la loi coutumière rifaine. Il met fin à la pratique de la vendetta, ordonne aux hommes rifains de raser leurs nattes traditionnelles et fait respecter les directives de l'Islam[9],[7].Dans les mosquées et les marchés du Rif central, Abdelkrim est proclamé "Émir du Rif".

La poursuite des combats en 1923[modifier | modifier le code]

L'armée espagnole, qui venait de reprendre quasiment tout le terrain perdu depuis le désastre d'Annoual, était confiante qu'elle pourrait prochainement envahir le Rif central et mettre fin à la résistance rifaine[7].

En janvier 1923, Abdelkrim affronta une nouvelle fois les forces des seigneurs de guerre, Amar Hamidou et Hajj Bekkiche. Le 12 janvier, avec 1800 hommes, Amar Hamidou attaqua les Ait Ammart. Lors de cette attaque, Amar Hamidou était soutenu par certaines tribus de la vallée de l’Ouergha, hostiles à Abdelkrim et aux Rifains. Plusieurs villages des Ait Ammart furent détruits, et nombreux furent ceux qui se réfugièrent chez les Aït Ouriaghel, au nord[8]. Abdelkrim, qui est alors préoccupé par l’avancée espagnole à l’Est, doit dévier des troupes vers le sud du Rif afin d’affronter la menace d’Amar Hamidou. Les combats se poursuivent sporadiquement jusqu'en mai au moment où Abdelkrim prend l'ascendant sur son adversaire. Le 7 mai 1923, Amar Hamidou fait sa soumission à Abdelkrim après avoir libéré Mouhand Ben Tayyeb, le caïd rifain des Ait Ammart[8]. Le 22 mai, Bekkiche lui aussi se soumet à Abdelkrim et accepte de servir dans l’armée rifaine, contre l’Espagne. Abdelmalik Al-Jazaïri, qui lui aussi s’opposait à Abdelkrim, est contraint de quitter le Rif central face à la montée en puissance du leader rifain. Il rejoignit les zones contrôlées par l'Espagne et l’armée espagnole le plaça à la tête d'une troupe armée pro-Espagne composée de 1400 hommes, appelée la « Harka de Abdelmalik » en son honneur et chargée de combattre Abdelkrim[8].

Chez les Jbalas, Abdelkrim avait renouvelé ses tentatives de pénétration en envoyant plusieurs troupes en janvier 1923. De violentes escarmouches opposèrent les Jbalas, partisans d'Abdelkrim, à ceux qui préféraient l’alliance avec l'Espagne ou ceux qui refusaient aussi bien l'autorité espagnole que celle des Rifains.[8] Dans ses incursions vers l’Ouest, Abdelkrim était soutenu par une grande partie de la famille maraboutique des Khamlichis de Targuist, qui jouissait d’une grande autorité spirituelle sur la confédération berbère des Senhajas de Sraïr, au cœur du massif rifain[8].

Graduellement, les Rifains imposèrent leur autorité aux Jbalas, en s'appuyant sur leurs alliés locaux. Le 12 mars 1923, les Ghomaras, soutenus par les Rifains, lancèrent un assaut sur la position espagnole de Talambot, dans la vallée de l'Oued Lau. D'autres opérations de guérilla frappèrent les positions espagnoles chez les Ghomaras.[8]

Le 25 juin 1923, de retour de Paris où il avait négocié durant un mois avec les autorités françaises, M'hamed Al-Khattabi fut envoyé par Abdelkrim avec une importante troupe rifaine afin de mettre de l'ordre chez les Ghomaras. Certaines tribus des Ghomaras se révoltèrent contre l’autorité d’Abdelkrim. La puissante tribu Jbala des Akhmas refusait aussi d'obéir à Abdelkrim bien qu'elle fût opposée aux Espagnols.[8] Abdelkrim voulant asseoir son autorité chez les Jbalas, organisa en juillet 1923 un contingent de 1000 combattants rifains sous le commandement Abdelkrim Ben Ali El-Hattach, un membre des Aït Ouriaghel. Ce dernier avait l'ordre de rétablir l'autorité d'Abdelkrim sur les Ghomaras, qui tentaient d'expulser de leur territoire les Rifains. El-Hattach captura plusieurs chefs ghomaris, qu'il expédia à Ajdir dans le Rif central, où ils furent emprisonnés.[8]

Les relations entre Ghomaras et Rifains étaient difficiles. Pour les Ghomaras, les Rifains étaient des occupants aussi étrangers que les Espagnols et ils reprochaient aux soldats rifains de se comporter comme en terrain conquis. Mais Abdelkrim marqua une importante victoire politique lorsqu'en août 1923, Ahmed Ben Mohammed Isbou, plus connu sous le nom de Khériro, décida de le rejoindre[8].

Khériro était originaire de la tribu jbala des Béni Hozmar. Lieutenant de Raïsouli, il avait longtemps combattu à ses côtés contre l'Espagne. Mais en août 1923, les deux hommes se seraient disputés pour des raisons obscures. Khériro aurait décidé alors de rejoindre le camp rifain. Combattant courageux et opposant déterminé à l'Espagne, Khériro allait devenir l’allié le plus fidèle d’Abdelkrim chez les Jbalas. Le 22 août 1923, peu de temps avant son ralliement à Abdelkrim, il lança un raid nocturne audacieux sur les forces espagnoles dans la ville occupée de Tétouan, tuant une dizaine de militaires.[8]

En septembre 1923, les Rifains contrôlaient le territoire des Ghomaras et des Senhajas mais la puissante tribu des Akhmas continuait de défier Abdelkrim[8].

Sur le front oriental de la guerre, les combats redoublaient de violence. En juin 1923, l’armée rifaine, commandée par le Ministre de la Guerre d’Abdelkrim, Abdeslam n-Hajj Mouhand, lança un puissant assaut sur le poste espagnol de Tizi Azza. Les Espagnols subirent de lourdes pertes les premiers jours de l’assaut. 2 officiers et 100 hommes furent tués. L'Espagne répliqua en bombardant au gaz toxique les positions rifaines.[8]

Les Rifains furent repoussés après avoir perdu de nombreux hommes. Le poste avancé de Tizi Azza, au cœur d'un relief montagneux, représentait un enjeu stratégique pour les deux camps car il commandait l'accès au Rif central. Les combats autour du poste furent si violents que les soldats espagnols décrivirent plus tard Tizi Azza comme étant « un enfer de feu et d'acier. »[7] Les combattants rifains maintenaient la pression sur le poste dont le ravitaillement était impossible[8]. Le 5 juin 1923, une opération de sauvetage fut lancée par l'armée espagnole afin de dégager le poste. Plusieurs unités lancèrent un assaut sur les positions rifaines autour du poste. La légion espagnole, sous la conduite du Lieutenant-Colonel Rafael Valenzuela, escalada les pentes qui menaient aux combattants rifains. Valenzuela, à la tête de ses hommes, chargea les Rifains, pistolet à la main. Plusieurs balles lui ôtèrent la vie ainsi qu'à 40 légionnaires qui tentèrent de récupérer son corps. Au final, après une journée de durs combats, les troupes espagnoles réussirent à briser le siège de Tizi Azza et les Rifains se retirèrent avec d'importantes pertes.[8]

L'échec devant Tizi Azza irrita Abdelkrim, qui procéda à l'arrestation de plusieurs chefs rifains qu'il jugeait inefficaces ou à la fidélité douteuse[8].

Le 19 août 1923, Abdelkrim déclencha une nouvelle offensive sur les positions espagnoles dans le Rif oriental. Afraou et Tifarouine, deux positions espagnoles chez les Aït Saïd, furent attaquées par des troupes rifaines. Tifarouine fut dégagée par la légion espagnole le 22 août. Les Espagnols perdirent 800 hommes au cours de l'action. Les pertes rifaines s’élevaient à 600 hommes.[8],[7]

De septembre à décembre, les conditions économiques dans le Rif devinrent de plus en plus difficiles. L’agriculture, activité économique primaire de la région, était négligée en raison de l’absence des hommes qui combattaient sur le front où qui s’entraînaient dans les camps militaires. De nombreux hommes étaient aussi réquisitionnés pour des travaux d’aménagement (construction de routes, de tranchées, de ligne téléphoniques)[8]. Les bombardements aériens espagnols, souvent toxiques, qui visaient les champs et les marchés, causaient d'importantes pertes parmi la population civile rifaine en plus d’accentuait la détresse économique. Le commerce avec les zones espagnole et francaise était régulièrement interrompu par les combats, plongeant le Rif dans un état de siège. En conséquence, la récolte agricole de l’année 1924 fut faible et de nombreux Rifains souffrirent de la faim. Abdelkrim rencontrait des difficultés à recruter de nouvelles troupes.[8]

En Espagne, un coup d’État amena le général Primo de Rivera au pouvoir, en septembre 1923. Ce dernier avait longtemps servi au Maroc et un de ses objectifs était de mettre fin à la guerre du Rif et vaincre Abdelkrim. La guerre au Maroc était coûteuse en hommes et en argent et de plus en plus impopulaire dans l’opinion publique espagnole[8].

Raïsouli, le chef de guerre jebli, qui était alors affaiblit et malade, se rapprocha de Primo de Rivera. Il espérait que l’Espagne le nomme « Khalifa », c’est-à-dire plus haute autorité marocaine du Protectorat espagnol. Mais Primo voulait éviter de donner un poste aussi prestigieux à un chef de guerre à la réputation trouble[8],[7].

C’est durant cette période que Primo offrit à Abdelkrim le titre d’ «Émir du Rif» ainsi qu’une généreuse pension et une promesse d’autonomie interne en échange de sa reddition. Abdelkrim refusa[8],[7].

Primo renforça alors le front de Driouch. Dans le secteur des Jbalas, Primo eu pour idée d’abandonner les postes espagnols qui se trouvaient en terrain montagneux et qui étaient particulièrement vulnérables aux attaques de la guérilla marocaine. Primo entendait retirer les forces espagnoles derrière une ligne allant de Tétouan au Gharb. Une fois les troupes retirées, elles seraient mieux formées afin de reprendre le terrain aux insurgés marocains. Mais de nombreux officiers espagnols, partisans de la colonisation, critiquèrent l’idée du dictateur espagnole qui ressemblait pour eux à un aveu d’échec. Primo comptait cependant appliquer son plan.

Abdelkrim profita de la faiblesse des Espagnols pour étendre son autorité sur la puissante tribu jbala des Béni Zeroual, qui vivent sur les contreforts méridionaux du Rif, au nord de Fès. Leur territoire, fertile, représentait un enjeu stratégique. Les Béni Zeroual se trouvaient en zone française du protectorat bien que l’armée française n’avait pas encore occupé leur territoire[8].

Pour Abdelkrim, prendre le contrôle des Béni Zeroual était un objectif économique, car le Rif connaissait alors une importante pénurie alimentaire. De plus, les Béni Zéroual abritait, à Amjott, le siège principal de la confrérie religieuse des Derkaouïa. Cette confrérie était dirigée par le chérif Abderahmane Derkaoui. Ce chérif, partisan de la France, était très hostile à Abdelkrim. Mais une grande partie des Béni Zeroual, qui refusait la domination française, avait des sympathies pour le leader rifain[8].

En septembre 1923, avec l’aide de son ancien rival Amar Hamidou, qui désormais combattait pour lui, Abdelkrim prit le pouvoir sur les tribus de la vallée de l’Ouergha. Pour tenter de conserver la fidélité d’Amar Hamidou, Abdelkrim le nomma pacha de l’Ouergha[8].

En octobre 1923, le Hajj Bekkiche se révolta à nouveau et attaqua les partisans Igzenayen d’Abdelkrim. Une rébellion de faible envergure éclata aussi chez les Aït Bouayach, au sein des Aït Ouriaghel, la confédération d’Abdelkrim[8].

Bekkiche affronta en novembre les hommes d’Hamidou, qui était alors au service d’Abdelkrim[8].

Les fractions méridionales des Igzenayen préférèrent se soumettre à la France, pour éviter de tomber sous le pouvoir d’Abdelkrim. Ces fractions se trouvaient sous la houlette du caïd pro-français Medbouh[8].

La révolte des Ghomaras contre le pouvoir d'Abdelkrim[modifier | modifier le code]

Alors qu’Abdelkrim tentait de mettre fin à ces perturbations, il se brouilla à nouveau avec son allié et ancien rival Amar Hamidou, en janvier 1924. Les raisons de la rupture sont obscures mais Abdelkrim tenta de faire arrêter Amar Hamidou. Ce dernier se révolta et avec l’aide de Bekkiche et Medbouh, décida de résister à Abdelkrim. Ce retournement de situation obligea Abdelkrim à retirer des troupes du front oriental afin de neutraliser le danger que posait Amar Hamidou. La tête d’Amar Hamidou fut mise à prix, la récompense s’élevant à 15 000 pesetas. Bekkiche, craignant les représailles d’Abdelkrim, fit de nouveau sa soumission le 26 janvier 1924. Plusieurs milliers de combattants rifains traquèrent Amar Hamidou, qui réussit à se réfugier derrière les lignes françaises, à la fin du mois de janvier. Les combattants rifains exercèrent de dures représailles sur Marnissa, la tribu d’Amar Hamidou. Le 10 février, Abdelkrim déclara qu'Amar Hamidou était mort, ce qui était faux[8].

En mars 1924, ayant neutralisé le danger d’Hamidou, Abdelkrim se tourna de nouveau vers la vallée de l’Ouergha et les Béni Zeroual. Certaines tribus de l’Ouergha, partisanes du chérif Derkaoui, ennemi d’Abdelkrim, tentèrent de freiner l’avancée des troupes rifaines.[8]

En avril, les troupes d’Abdelkrim affrontèrent celles du chérif Derkaoui. Les combats se poursuivirent en mai. Les troupes d’Abdelkrim, mises à mal, se retirèrent en direction de Targuist. Le chérif Derkaoui représentait un défi majeur pour Abdelkrim. Abdelkrim, qui était influencé par l’idéologie salafiste et qui méprisait le culte maraboutique d’inspiration soufie, voyait d’un mauvais œil l’influence des confréries religieuses. Il les jugeait rétrogrades et hérétiques ainsi que coupables de sympathie envers le système colonial. Cette antipathie envers les confréries religieuses exacerbait les tensions avec le chérif Derkaoui, qui jouissait dans le Rif d’un certain prestige et menaçait l’autorité d’Abdelkrim[8],[9].

Le chérif Derkaoui avait d’ailleurs un allié au Rif, le chérif Boujdaïn, leader de la confrérie Nasiriya, dans la confédération des Aït Touzine. L’alliance des deux chérifs suscitait la fureur d’Abdelkrim. Les deux chérifs l'accusaient de manquer de légitimité religieuse pour prétendre au pouvoir[8].

La révolte du chérif Derkaoui contre Abdelkrim suscita une révolte encore plus importante chez les Ghomaras. Ces derniers, comme évoqué plus haut, supportaient mal la domination rifaine. Les taxes que les Rifains levaient sur eux et les conscriptions d’hommes pour la guerre, exaspéraient les Ghomaras. Les troupes espagnoles, positionnées à Chefchaouen, dans la vallée de l’Oued Lau et sur la côte méditerranéenne, empêchaient la circulation de biens vers le territoire des Ghomaras, plongeant la confédération berbère dans une profonde misère. Cela augmentait le désespoir des Ghomaras et leur colère envers les autorités rifaines et en particulier envers les Aït Ouriaghel, confédération d’Abdelkrim et pilier de son pouvoir[8].

Néanmoins, l’objectif des Rifains était de rester chez les Ghomaras afin d’attaquer les positions espagnoles. En mars 1924, les troupes d’Abdelkrim attaquèrent les Espagnols à Amtar, sur la côte méditerranéenne. Mais Abdelkrim craignait l’attitude rebelle des Ghomaras et en mai 1924, au moment où les Rifains affrontaient les combattants du chérif Derkaoui, Abdelkrim ordonna à son commandant chez les Ghomaras, le caïd rifain El-Hattach, de les désarmer[8]. Les Ghomaras refusèrent de se plier à cette campagne de désarmement et au milieu du mois de mai 1924, ils profitèrent de la rébellion du chérif Derkaoui pour se soulever à leur tour contre Abdelkrim. Les lignes téléphoniques qui reliaient leur territoire au Rif central, bastion d’Abdelkrim, furent coupées. La révolte des Ghomaras s’étendit aux Senhajas de Sraïr, aux tribus de la côte, atteignant même le secteur de Targuist. Les Ghomaras attaquèrent les Rifains qui assiégeaient Amtar. Le Fqih Boulahya, important commandant rifain, échappa in extremis aux mains des rebelles et rejoignit Targuist. De là, il alerta Abdelkrim qui organisa la riposte[8].

L’armée rifaine fut envoyée mater la révolte dans le secteur de Targuist avant de se diriger vers les Ghomaras. Fin mai 1924, les soldats rifains, commandés par El-Hattach et Khériro, écrasèrent les rebelles ghomaris. La répression rifaine fut féroce, de nombreux villages furent brûlés, les biens des rebelles confisqués. Début juin, la révolte avait cessé[8].

M’hammed El-Khattabi, frère d’Abdelkrim, disposait de 15 000 hommes afin de contrôler les Ghomaras. Le 5 juin 1924, une trêve fut conclue entre le chérif Derkaoui et Abdelkrim[8].

Premières escarmouches avec la France[modifier | modifier le code]

À la fin de l’année 1923, l’armée française s’avança dans l’Ouergha. Les tribus de la région craignaient cette avancée et cherchèrent de l’appui du côté des Espagnols ou d’Abdelkrim. Abdelkrim répugnait à provoquer les Français. Mais la France soutenait son ennemi, le chérif Derkaoui. De plus, ailleurs au Maroc, les tribus marocaines qui résistaient à la France, comme la confédération berbère des Aït Ouaraïn du Moyen Atlas, réclamaient l’aide d’Abdelkrim, comme en témoigne une lettre envoyée par les chefs des Aït Ouaraïn à Abdelkrim, datée du 11 avril 1924[8].

Abdelkrim convoqua, en juin 1924, plusieurs réunions avec ses principaux commandants afin de discuter du danger français. Il craignait que le Rif n’entre, tôt ou tard, en guerre avec la France et il dénonça les agissements du chérif Derkaoui, qui collaborait avec elle. Début juin 1924, la France occupa Aïn Mediouna, au sud du Rif. L’objectif de la France était de prendre le contrôle des Béni Zeroual et de la partie du Rif qui, selon l’accord du protectorat, faisait partie de sa zone[8].

Les troupes rifaines affrontèrent l’armée française lors d’escarmouches, au cours du mois de juin 1924, dans le secteur des Senhajas Gheddou. Le 20 juin 1924, des combats opposèrent les troupes d’Abdelkrim à l’armée française chez les Marnissa. L’avancée française fut interrompue et les combattants d’Abdelkrim gagnèrent en prestige auprès des populations locales, pour leur courage et leur ténacité. Les escarmouches se poursuivirent en juillet et en août, notamment chez les Houaras, entre Taza et Guercif.[8]

Mais Abdelkrim ne voulait pas engager l’armée française pour l’instant car il prévoyait une offensive dans la région de Chefchaouen. C’est pourquoi il donna l’ordre de cesser les attaques sur les positions françaises.[8]

La retraite espagnole de Chefchaouen[modifier | modifier le code]

En juillet 1924, Primo de Rivera voulait se retirer de la région des Jbalas. Son idée était de se retirer derrière une ligne allant de Tétouan au Gharb, afin de réorganiser l’armée espagnole en vue de reprendre le terrain abandonnée. Primo, selon certaines sources, auraient même voulu abandonner tout le Maroc, mais la pression des officiers partisans de la colonisation et de l’Angleterre, qui craignait que la France ne se rapprocha du détroit de Gibraltar, l’obligeait à maintenir l’Espagne au Maroc[8].

Au cours du mois de juillet, les Rifains et les Ghomaras lancèrent des attaques sur les positions espagnoles de la vallée de l’Oued Lau, entre Chefchaouen et la méditerranée, sous la conduite de M’hamed El-Khattabi et d'El-Hattach. Khériro attaqua la route entre Chefchaouen et Tétouan[8].

Les attaques se poursuivirent en août avec l’arrivée de renforts du Rif central. Les attaques contre l’Espagne s’étendirent à toute la région des Jbalas. Les communications entre Tétouan, capitale du protectorat espagnol et Chefchaouen, devenaient de plus en plus difficiles.[8]

Dans le Rif oriental, Abdelmalik, petit-fils d’Abdelkader, fut tué le 7 août 1924 par les Rifains, près de Midar. À la fin du mois d’août, toute la région des Jbalas était en ébullition. Des groupes armés jeblis menaçaient même le secteur de Larache[8].

Le chérif Al Hadaoui des Bni Masaouar, autorité religieuse importante, rejoignit les rangs d’Abdelkrim. Les tribus Jbalas des Béni Hassan, Béni Arous et Béni Idir se joignirent aussi à l’insurrection, en attaquant les positions espagnoles au sud de Tétouan. Pour l’armée espagnole, l’heure de la retraite avait sonné[8].

Début septembre 1924, le plan d’évacuation de la région des Jbalas fut mis à exécution. Le 8 septembre, Amtar et les postes de la vallée de l’Oued Lau furent évacués. Tous les soldats espagnols se retirèrent en direction de Chefchaouen où s’entassèrent environ 3000 soldats. Environ 7000 restaient bloqués dans les forts autour de la ville[8].

À Tétouan, des forces espagnoles se rassemblèrent sous les ordres de Primo de Rivera afin de secourir les soldats bloqués à Chefchaouen. M’hamed El-Khattabi, qui dirigeait les opérations rifaines, installa son quartier général à Talambot, dans la vallée de l’Oued Lau[8].

Les Rifains prirent contact avec Raïsouli, qu’ils essayèrent de convaincre de les rejoindre. Le vieux chef de guerre, malade et affaibli, réfugié dans sa base de Tazrout, fit la sourde oreille. La relation avec Abdelkrim s’envenima. Raïsouli refusa aussi de se retirer avec les forces espagnoles en direction de Tétouan comme le lui proposa le commandement militaire espagnol[8].

Le 19 septembre, les généraux espagnols Girona et Berenguer sécurisèrent les montagnes au sud de Tétouan afin de couvrir l’avancée de l’armée en direction de Chefchaouen. Une colonne espagnole qui tenta de rejoindre Chefchaouen à partir de Larache, fut bloquée par les combattants Béni Arous et dû faire demi-tour[8].

La route allant de Tétouan à Chefchaouen traverse la vallée des Béni Hassan. 40 000 soldats espagnols, répartis en 3 colonnes, traversèrent la vallée. L’avancée vers Chefchaouen se déroula sans encombres, hormis les tirs sporadiques des snipers rifains. Primo de Rivera échappa de justesse à un tir ennemi près de Dar ben Karrich[8],[7].

Le 30 septembre 1924, le général Serrano entra dans Chefchaouen, suivi des généraux Girona et Oliva. Les postes espagnols autour de Chefchaouen furent délivrés. On échangea souvent des fusils avec les Rifains pour obtenir le droit d’évacuer les soldats espagnols coincés. Certaines garnisons se rendirent comme celle de Dar Ben Karrich, le 11 octobre 1924, chez les Béni Idir. 400 soldats espagnols se rendirent et furent autorisés à rejoindre Chefchaouen, en laissant aux Marocains 1000 fusils.[8],[7]

En octobre 1924, la tribu des Anjra se rebella aussi contre l’Espagne. Cette tribu occupe un territoire situé entre Ceuta et Tétouan et elle menaçait les communications entre les deux villes. En cet automne 1924, la saison des pluies débuta dans la région des Jbalas, rendant les routes boueuses et impraticables, accentuant les difficultés de l’armée espagnole. De plus, l’évacuation de territoires conquis au prix de pertes importantes plongea les officiers espagnols, partisans de la colonisation, dans une profonde tristesse. Certains, comme le lieutenant-colonel Franco, pensaient organiser un coup d’État contre Primo[8],[7].

Le 15 novembre 1924, l’armée espagnole débuta l’évacuation de la ville de Chefcahouen. Le 18 novembre, le général Girona avait atteint Souk El-Arba, à mi-chemin entre Tétouan et Chefchaouen. Franco quitta Chefchaouen en dernier, le 17 novembre, avec ses légionnaires. Il laissa derrière lui des mannequins sur les murailles de la ville, afin de tromper la vigilance des sentinelles rifains.[8],[7]

Les Rifains entrèrent dans Chefchaouen en libérateurs, têtes et pieds nus, en signe d'humilité envers cette ville considérée comme sainte par les populations du nord du Maroc en raison de ses nombreuses mosquées.[11]

Le 19 novembre 1924, de violents orages frappèrent la région des Jbalas. Environ 7000 combattants rifains et jbalas, sous la conduite de M’hamed El-Khattabi et Khériro, s'attaquèrent aux 40 000 soldats espagnols éparpillés dans la vallée des Béni Hassan et pataugeant dans la boue[8],[7]. À Shérouta, les Espagnols perdirent 1000 hommes et le général Serrano fut tué par un tir ennemi. Les Espagnols furent attaqués de toutes les directions à Dar Akoba. L’armée espagnole se regroupa à Souk El-Arba et pendant trois semaines, attaquée de tous les côtés par les Marocains, elle attendait que les pluies cessent afin de reprendre la route vers Tétouan. Les attaques marocaines se poursuivirent nuits et jours, faisant quotidiennement des centaines de morts dans les rangs espagnols. La crainte d’un nouveau désastre d’Anoual s’installa[8].

À Oued Nakhla, 14 soldats espagnols furent encerclés dans leurs véhicules par les Rifains. Après un combat de 3 jours, les Rifains permirent aux 6 survivants de se rendre. On raconte que les Rifains rendirent hommage au courage des 6 survivants espagnols et Abdelkrim les aurait mis en-tête de la liste des prisonniers espagnols à libérer en cas d'échange. Mais ce fut un traitement spécial car en règle général, les blessés espagnols étaient achevés.[7]

Un officier espagnol déclara : « Nous faisions la guerre contre des ombres. Nous perdions 30 hommes pour chaque ennemi tué ». L’aviation espagnole tenta de dégager les troupes coincées dans la vallée des Béni Hassan. Le 12 décembre, les Anjra prirent la ville de Ksar-Esghir[8],[7].

Le 13 décembre, les premières troupes espagnoles atteignirent Tétouan, presque un mois après le départ de Chefchaouen. Les Rifains poursuivirent les soldats espagnols jusqu'aux faubourgs de la ville. Le dernier à atteindre Tétouan fut Franco avec sa légion. Il perdit 500 hommes au dernier jour de l'opération[8],[7].

Le 14 décembre, M’hamed El-Khattabi entra dans Chefchaouen et prononça un discours où il félicita les «bons musulmans qui étaient prêts à se battre pour l'indépendance». Peu de temps après, M’hamed quitta la ville sous les ordres de son frère, afin d’éviter les bombardements aériens.[8]

Le bilan de la « retirada » de Chefchaouen était lourd pour l’Espagne. On évalue les pertes espagnoles à environ 800 officiers et 17 000 hommes. L’armée n’avoua jamais le chiffre exact des pertes. Néanmoins l’armée espagnole avait éviter un nouveau désastre car malgré les pertes importantes, les officiers réussirent à maintenir l’ordre dans leurs rangs.[8],[7]

Mais la prise de Chefchaouen et la retraite espagnole représentaient, pour la République rifaine d'Abdelkrim, une victoire prestigieuse[8],[7].

Intervention franco-britannique[modifier | modifier le code]

Les Français et les Britanniques, sentant leur projet colonial menacé, interviennent aux côtés des Espagnols à partir de 1925.

Légion espagnole[modifier | modifier le code]

Une guerre contre les Espagnols s'ensuit, qui doivent se retirer sur la côte. Ils n'occupent plus en 1924 que Ceuta, Melilla, Assilah et Larache.
L’Espagne refuse progressivement d'exposer ses conscrits et envoie à la rescousse au Maroc surtout les Regulares et en , la Légion espagnole, d'abord commandée par Millán-Astray puis par Franco. Ce dernier se retrouve à la tête de deux banderas puis à la tête du Tercio[12].

Comme commandant de la 1re Bandera, il engage le combat à Driouch en . Il contient les Rifains qui menaçaient Melilla. Puis, la bandera est engagée contre les positions rifaines et il enlève à la baïonnette Tizi Azza. Le , le colonel Rafael Valenzuela, qui commande le Tercio, est tué en portant secours à Tizi Azza. Francisco Franco est nommé commandant du Tercio le et bat les rebelles d'Abdelkrim le à Tifarouine, à l'est de Melilla.

Guerre chimique[modifier | modifier le code]

À ce moment débutent les bombardements chimiques. D'après le général de l'aviation espagnole Hidalgo de Cisneros dans son autobiographie Cambio de rumbo[13], il est le premier à larguer, depuis son Farman F60 Goliath au cours de l'été 1924, une bombe de 100 kilogrammes de gaz moutarde, arme chimique fabriquée avec l'aide du chimiste allemand de Hambourg Hugo Stoltzenberg[14].

Intervention française[modifier | modifier le code]

En , le Tercio couvre la retraite de Xauen. L'Espagne cherche à négocier un accord avec Abdelkrim, qui déclenche une insurrection générale en Yebala et en Gomara.

Abdelkrim attaque alors par surprise la zone française, ce qui entraîne immédiatement une alliance de l'Espagne avec la France. La France intervient pour secourir l'Espagne et éviter la contagion au reste du Maroc, alors sous domination française. Des postes avancés sont installés par l'armée française et provoquent donc l'affrontement avec les troupes rifaines, écrasées lors de l'offensive française vers Fès pendant l'hiver et le printemps 1925.

La France envoie en particulier plusieurs divisions de l'Armée du Rhin, soit des milliers d'hommes en renfort appuyés par quelques chars FT, une puissante aviation[15] et de l'artillerie lourde. Au plus fort, les troupes régulières de l'Armée française (métropolitaines, légion, Armée d'Afrique, etc.) comptent 150 000 hommes[2].

En , la flotte française soutient le débarquement espagnol d'Al Hoceima[16], première opération amphibie aéronavale de l'histoire[16].

Le maréchal Lyautey, résident général au Maroc depuis 1912, écrit en 1925 : « En présence des éventualités créées par la soudaineté et la violence de l'irruption des Rifains..., il est impossible de rester dans cette situation, sous peine, je le dis nettement, de risquer de perdre le Maroc[17] ».

Il obtient des victoires, mais il est remplacé par le maréchal Pétain. L'aide de camp de Pétain, Charles de Gaulle, reproche à son supérieur d'avoir accepté de succéder au résident général et rompt avec ce premier[18].

Presque tous Les journaux français soutiennent les opérations visant à réprimer l'insurrection : « Il faut renforcer les effectifs, il faut de l’aviation, il faut intensifier notre action », affirme le Petit Journal. À gauche, L'Humanité s'y oppose cependant : « Pétain et Primo de Rivera ont préparé une liquidation aussi prompte et aussi complète que possible de l’aventure rifaine. De beaux jours en perspective pour les bouchers étoilés et les fabricants de munitions »[19].

La promotion 1924-1926 de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr porte le nom de « Promotion du Rif ».

Défaite rifaine[modifier | modifier le code]

En automne 1925, des négociations échouent à cause des exigences des colons européens.
Depuis plusieurs mois, Franco et le général Dámaso Berenguer ont présenté un plan de débarquement dans la baie d'Alhucemas. Les troupes franco-espagnoles repoussent les Rifains.
Le Tercio établit une tête de pont dans la nuit du et prend le les hauteurs du Djebel Amekran, nid d'aigle d'Abdelkrim.
Le , le débarquement franco-espagnol reçoit l'appui de l'artillerie d'une escadre franco-espagnole. La route d'Ajdir est ouverte. Abdelkrim est contraint à la reddition, à Targuist le [20].

Abdelkrim captif[modifier | modifier le code]

Abd el-Krim en couverture de Time le .

Abdelkrim est envoyé en exil à l'île de la Réunion en 1926, d'où il s'évade vingt ans plus tard pour fuir en Égypte, où il meurt en 1963.

Des opérations de police suffisent à briser les dernières dissidences des derniers montagnards rifains résistants.

Abdelkrim se plaignit à la Société des Nations de l'utilisation par les aviations espagnole et française de gaz moutarde sur les douars et les villages[21].

Émergence de l'aviation comme arme déterminante[modifier | modifier le code]

La guerre du Rif marque l'émergence de la première génération de pilotes militaires formés dans les écoles de l'armée française.

On ne parle d'ailleurs pas encore d'armée de l'air mais encore d'aviation militaire, dépendant du ministère de la guerre.

De nombreux jeunes pilotes découvrent alors la réalité des manœuvres de l'aviation militaire, embarqués sur des appareils d'observation et de bombardements d'une grande vétusté. Contrairement à leur supérieurs hiérarchiques, ce ne sont pas des « héros » de la Première Guerre mondiale, mais, engagés dans des opérations de reconnaissance et d'appuis à l'armée de terre, ils apportent une nouvelle dynamique aux opérations.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Le but de cette guerre pour les forces françaises était de conserver l'influence de la France sur son protectorat marocain mais aussi de soumettre les autochtones berbères à l'autorité arabe du « Sultan » Moulay Youssef, dont le troisième fils est devenu, à l'indépendance du Maroc, le roi Mohammed V, premier souverain du pays indépendant et grand-père du roi actuel Mohammed VI. De nombreuses opérations de l'armée française sont alors effectuées à la demande du Service des « affaires indigènes » (bureau de renseignement). Par ailleurs, la défaite de Ouargha en 1925 signe la fin de la souveraineté de Lyautey sur le Maroc et l'émergence de Pétain, plus implacable que son prédécesseur, et celle d'un autre géneral, Francisco Franco.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Timeline for the Third Rif War (1920–25) Steven Thomas.
  2. a et b Mbark Wanaïm, « La France et Abdelkrim : de l’apaisement politique à l’action militaire (1920-1926) », Cahiers de la Méditerranée, no 85,‎ , p. 285–301 (ISSN 0395-9317, DOI 10.4000/cdlm.6780, lire en ligne, consulté le )
  3. a et b David E. Omissi: Air Power and Colonial Control: The Royal Air Force, 1919–1939, Manchester University Press, 1990, (ISBN 0-7190-2960-0), page 188.
  4. a b et c Micheal Clodfelter: Warfare and armed conflicts: a statistical reference to casualty and other figures, 1500–2000, McFarland, 2002, (ISBN 0-7864-1204-6), page 398.
  5. (en) Mevliyar Er, « Abd-el-Krim al-Khattabi: The Unknown Mentor of Che Guevara », Terrorism and Political Violence, vol. 2, no 1,‎ , p. 137-159 (DOI 10.1080/09546553.2014.997355)
  6. Jean-Louis Miège, « 'Abd el-Krim », Encyclopédie berbère, Aix-en-Provence, Edisud, vol. 1 « Abadir – Acridophagie »,‎ , p. 73-77 (lire en ligne).
  7. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao ap aq ar as at au av aw ax ay az ba bb bc et bd (en) David S. Woolman, Rebels in the Rif: Abd El Krim and the Rif Rebellion, Stanford University Press, (ISBN 978-0-19-690376-7, lire en ligne)
  8. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao ap aq ar as at au av aw ax ay az ba bb bc bd be bf bg bh bi bj bk bl bm bn bo bp bq br bs bt bu bv bw bx by bz ca cb cc cd ce cf cg ch ci cj ck cl cm cn co cp cq cr cs ct cu cv cw cx cy cz da db dc dd de df dg dh di dj dk dl dm dn do dp dq dr ds dt du dv dw dx dy dz ea eb ec ed ee ef eg eh ei ej ek el em en eo ep eq er es et et eu (en) Charles Edmund Richard Pennell, « A critical investigation of the opposition of the Rifi confederation led by Muhammed bin 'Abd al-Karim al-Khattabi to Spanish colonial expansion in northern Morocco, 1920-1925, and its political and social background », Université de Leeds (thèse),‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. a b c d e f g h i et j (en) David M. Hart, The Aith Waryaghar of the Moroccan Rif: An Ethnography and History, U. of Arizona P., (ISBN 978-0-8357-5290-9, lire en ligne)
  10. Cyril B., « La guerre du Rif : un conflit méconnu entre guerre coloniale et conflit de la Décolonisation », La Revue d'Histoire Militaire,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. Vincent Courcelle-Labrousse et Nicolas Marmié, La Guerre du Rif, Tallandier, (ISBN 979-10-210-0897-7, lire en ligne)
  12. voir Philippe Conrad (1997), p. 21
  13. Hidalgo, de Cisneros. Cambio de Rumbo, p. 193-7
  14. (en) Sebastian Balfour, Deadly Embrace: Morocco and the road to the Spanish Civil War, Oxford University Press, 2002 (ISBN 0-1992-5296-3), p. 142
  15. Simone Pesquies, « L'aéronautique militaire française dans la guerre du Rif », Revue du Nord, vol. 72, no 285,‎ , p. 317–367 (DOI 10.3406/rnord.1990.4530, lire en ligne, consulté le )
  16. a et b Julie d'Andurain, « Al Huceima (6-8 septembre 1925) : modèle de RETEX et première opération combinée de l’histoire », Lettre du RETEX-Recherche, no 25,‎ , p. 1-5
  17. La guerre du Rif n'aura pas lieu, critique sur nonfiction.fr par Anne Pédron
  18. Henry Rousso, Paule Muxel et Bertrand de Solliers, documentaire « Philippe Pétain » sur Arte, 2010
  19. Alain Ruscio, « Pétain, bourreau en chef du peuple marocain du Rif », sur L'Humanité,
  20. voir Philippe Conrad (1997), p. 23-24
  21. Omar Mezoug, « Chronique du livre de Courcelle-Labrousse et Marmié », La guerre du Rif, Maroc 1921-1926, dans La Quinzaine littéraire no 973, 16 juillet 2008, p. 26.