Lixus (ville antique)

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Lixus
Lixus (ville antique)
Les ruines de Lixus
Localisation
Pays Drapeau du Maroc Maroc
Coordonnées 35° 12′ 03″ nord, 6° 05′ 55″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Maroc

(Voir situation sur carte : Maroc)
Lixus
Lixus

Lixus (en canaanite: 𐤌𐤒𐤅𐤌 𐤔𐤌𐤔, en berbère : ⵍⵉⴽⵙⵓⵙ, en arabe : ليكسوس) est une ville antique fondée par les Canaanites au XIIe siècle av. J.-C.[1]'[2]'[3]'[4]'[5] Elle est située à proximité de la ville actuelle de Larache au Maroc, sur la rive droite de l'oued Loukkos. Lixus est certainement une des cités les plus anciennes d'Afrique du Nord à en croire les sources anciennes (Pline l'Ancien) ; selon ces dernières, Lixus aurait été fondée à la fin du XIIe siècle av. J.-C., bien avant Carthage et Cadix.

Ses ruines occupent la colline connue actuellement sous le nom de "Tchoummich", qui dérive de "Tchimmis" ou "Tuchumus", nom qui désignait le site à l'époque médiévale. Contrairement à l'idée bien reçue, ce nom n'a rien à voir avec le nom "Maqom Shamsh" (ville du soleil) qui apparaît en néo-punique sur des monnaies antiques frappées au Ier siècle av. J.-C. par une ville non encore identifiée. La première installation est donc fondée sur une colline dominant un estuaire, situation topographique très recherchée des Phéniciens.

Histoire[modifier | modifier le code]

Auréolée de prestige dans l'Antiquité, elle est citée dans les sources gréco-romaines comme une ville légendaire où se situent deux des exploits d'Hercule. C'est à Lixus, en effet, qu'il aurait vaincu Antée et cueilli les pommes d'or du jardin des Hespérides, que défendait si bien un dragon[6]. Plus prosaïquement, Lixus prit son essor économique et commercial. Les Lixites auraient largement exploré le littoral atlantique de l'Afrique jusqu'au golfe de Guinée. Des sites aussi éloignés tels que l'île de Cerné correspondant peut-être à l'une des îles Purpuraires à Essaouira seraient en fait des comptoirs lixites, fréquentés aussi par des Phéniciens de la côte ibérique. Lixus se peupla de Phéniciens et plus généralement de Cananéens et d'Égéens dont certains se mélangèrent aux autochtones berbères libyens, donnant ainsi naissance à une nouvelle société punique nord-africaine.

Lixus ne tomba pas sous contrôle carthaginois mais conserva son autonomie comme bien d'autres villes maurétaniennes. La cité n'adoptera pas les dieux de Carthage tels que Ba'al Hammon et Tanit, largement vénérés en Tunisie et dans une partie de l'Algérie ainsi qu'en Sardaigne, en Sicile et à Malte. D'après les témoignages de ses monnaies, Lixus possédait son dieu poliade représenté sous les traits d'un personnage généralement jeune et imberbe portant une tiare conique avec un cordon, et associé sur certaines rares séries d'une double hache. Il peut s'agir de Reshef ou plutôt de Milqart qui est à Lixus, protecteur de la ville et dieu de la fertilité et de l'abondance.

L'ère du royaume maurétanien sous protectorat romain de 25 av. J.-C. à 39/40 apr. J.-C., fut une nouvelle période de prospérité pour Lixus. Le port très actif exportait alors vers Rome du bois de thuya, du blé, des raisins, et surtout des produits maritimes, thon et condiments à base de poisson élaborés dans les nombreuses industries spécialisées. À cette époque la cité se construisit de nouveaux quartiers résidentiels fortement marqués par l'urbanisme hellénistique et se dota d'un théâtre, supposé distraire la main d'œuvre des usines de transformation du poisson.

Par suite de l'assassinat du dernier roi de Maurétanie Ptolémée en 39/40 le pays fut annexé par l'Empire romain et conquis par les légions au bout de deux années de campagne militaire. Claude lui donna le statut de colonie romaine[6] ce qui distinguait Lixus des autres cités de la nouvelle province de Maurétanie Tingitane, presque toutes des municipalités de droit latin ou pérégrin.

Lixus développa encore ses infrastructures à l'époque romaine et dépassa l'enceinte maurétanienne en direction du fleuve Loukkos. Des maisons à péristyle (maison des Trois Grâces, maison d'Hélios, maison de Mars et Rhea) et des thermes furent édifiés, ornés de splendides pavements de mosaïques. À compter du IVe siècle, la situation changea sensiblement et la faiblesse localisée de l'administration impériale entraîna un repli de la cité derrière son enceinte primitive. Des fortifications furent élevées à proximité de Lixus, afin de défendre la vallée du Loukkos contre d'éventuelles incursions des Maures. Cette nouvelle orientation correspondait également au choix de Dioclétien d'évacuer la plus grande partie de la Tingitane et de centrer le dispositif militaire sur le détroit de Gibraltar.

Il semble que le christianisme se développa dans cette région. Les dernières industries liées aux activités maritimes cessèrent leurs activités dans les années 430, ce qui coïncide avec l'invasion des Vandales venus par l'Espagne voisine. Dès lors la cité périclita lentement mais sûrement, son sort demeurant sujet à caution, très certainement plus ou moins intégrée dans l'orbite de l'Empire byzantin. Les premières troupes musulmanes qui atteignirent les rivages atlantiques à la fin du VIIe siècle découvrirent une agglomération christianisée survivant parmi les vestiges d'une époque plus glorieuse mais révolue. Le califat omeyyade de Damas y établit des éléments militaires issus de tribus nord-arabiques Banu Qays. De cette époque datent la mosquée et les bains mis au jour non loin de l'antique acropole. Mais le sort de l'antique Lixus était définitivement scellé. Elle devait disparaître au profit de la ville nouvelle de Larache, s'accroissant de l'autre côté du Loukkos. Rien ne permet d'envisager une réelle occupation arabe de Lixus en tant que cité. Les derniers témoignages d'habitat sur le site ' n'appartiennent pas à un contexte urbain[7]

La présence d'une mosquée sur le site de Lixus sur l'acropole signifie qu'à un moment entre l'arrivée de l'islam au VIIIe siècle dans cette partie du Maghreb (Musa ibn Nusayr al-Lakhmi) et le XIVe siècle, il se trouvait dit Aomar Akeraz « une importante communauté (musulmane) pour que naisse le besoin d’édifier un lieu de culte aussi modeste soit-il », cependant la présence de céramiques n'est daté qu'entre le XIIe et le XIVe siècle[8].

Monuments de la ville antique[modifier | modifier le code]

Les Thermes et l’amphithéâtre[modifier | modifier le code]

Construits au début du Ier siècle apr. J.-C. suite au rasage de la ville (par les romains à cause de soulèvements contre l'empire) , ces fabuleux et beaux monuments, hélas rongés par l'âge, sont situés sur la colline à côté d'un pin peut-être centenaire.

Ruines de fabrique de Garum[modifier | modifier le code]

Au pied de la colline se dresse une ancienne usine antique de Garum

Mosaïques de la ville[modifier | modifier le code]

Elles sont conservées au Musée archéologique de Tétouan.

Plusieurs étaient présentes sur le site dont une représentant Océan (figure mythologique, père des fleuves).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lixus (1992), Rome: EFR (ISBN 2-7283-0266-9).
  • Aranegui, Carmen (2001), (Éd. scient.) Lixus. Colonia fenicia y ciudad púnico-mauritana, co-edición de la Universitat de València y el Institut des sciences de l’archéologie et du patrimoine de Marruecos subvencionada por la AECI, Saguntum-Extra 4, Valencia, (ISSN 0210-3729).
  • Aranegui, Carmen (2005), (Éd. scient.) Lixus 2 Ladera Sur. Excavaciones marroco-españolas en la fundación fenicia 2000-2003, co-edición de la Universitat de València y el Institut des sciences de l’archéologie et du patrimoine de Marruecos subvencionada por la AECI, Saguntum-extra 6, Valencia, (ISSN 0210-3729).
  • Aranegui, C.; Mar, R. (2009), "Lixus (Morocco): from a Mauretanian sanctuary to an Augustan palace", Papers of the British School at Rome 77: 29-64.
  • Aranegui, Carmen; Hassini, Hicham (Éds. scient.) Lixus 3. Área suroeste del sector monumental [Cámaras Montalbán] 2005-2009, Saguntum-extra 8, Valencia, 2010. (ISSN 0210-3729).

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Sabatino Moscati, The Phoenicians, I.B.Tauris, (ISBN 9781850435334, lire en ligne), p. 200
  2. Salvatore Di Palma, L'Histoire des marques depuis l'antiquité jusqu'au moyen âge, Société des Ecrivains, (ISBN 9782342031201, lire en ligne), p. 139
  3. Edmond Jules René Jouhaud, Historie de lA̕frique du Nord, Éditions des Deux Cogs dÓr, (lire en ligne), p. 22
  4. Gabriel Camps, L'Afrique du Nord au féminin, Perrin (réédition numérique FeniXX), (ISBN 9782262057435, lire en ligne), p. 45
  5. Hildegard Temporini, Politische Geschichte (Provinzen und Randvölker: Allgemeines; Britannien, Hispanien, Gallien), Walter de Gruyter GmbH & Co KG, (ISBN 9783110882070, lire en ligne), p. 664
  6. a et b Pline l'Ancien, Histoires naturelles, livre V, I, 3
  7. Michel Ponsich, Lixus, le quartier des temples: étude préliminaire, Musée des antiquités, (lire en ligne)
  8. Lixus du bas-empire à l'islam par Aomar Akkeraz

Liens externes[modifier | modifier le code]