Madinat al-Zahra

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Madinat al-Zahra
Vue générale du site
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Localisation
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Coordonnées 37° 53′ 17″ nord, 4° 52′ 01″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Espagne

(Voir situation sur carte : Espagne)
Madinat al-Zahra
Madinat al-Zahra

Madinat al-Zahra (en arabe : مدينة الزهراء‎‎ Madīnat az-Zahrā, littéralement « ville brillante ») est le vestige d’une vaste ville palatiale créée par le calife des Omeyyades de Cordoue, Abd-ar-Rahman III al-Nasir (912-961). Construite à partir de 936 elle est située à huit kilomètres de la périphérie ouest de Cordoue en Espagne dans la région de la Sierra Morena. La ville est alors la capitale d’al-Andalus, car le cœur de l’administration et du gouvernement est situé dans ses murs. 

La ville est construite principalement pour des raisons politico-idéologiques, car la dignité du calife exige l'établissement d'une nouvelle ville comme symbole de son pouvoir. À cette fin, la ville comprend d'importantes constructions, entre autres des mosquées, des salles de réception, des bureaux administratifs et gouvernementaux mais aussi des casernes, des bains et des aqueducs. À la suite d’une invasion de Berbères en 1010, celle-ci est complètement détruite et abandonnée.

En 2009, un nouveau musée a été construit à côté du site comprend une partie souterraine permettant de maintenir les vues sur le paysage depuis les ruines.

Emplacement[modifier | modifier le code]

Madinat al-Zahra est située à huit kilomètres de la périphérie ouest de Cordoue en Espagne au pied de la Sierra Morena. La ville est orientée vers le sud sur les pentes de Jebel al-Arus (qui signifie « Colline de la Mariée ») et elle fait face à la vallée du fleuve Guadalquivir[1],[2].

L’emplacement de la ville est choisi principalement en raison de ses qualités topographiques qui permettent une construction hiérarchique afin que la ville de Cordoue et les plaines au-delà du palais soient dominées physiquement et visuellement par les bâtiments de la forteresse. De surcroît, le palais est érigé à un niveau supérieur tandis que les bâtiments sont échelonnés sur le côté de la montagne comme signe de prééminence sur les hameaux urbains et la mosquée d'Aljama répartis sur les plaines en dessous[3].

Madinat al-Zahra est reliée à Cordoue par une grande route qui comprend plusieurs ponts avec des arcs en fer à cheval, dont deux toujours en place, les restes de quatre autres étant encore présents[4].

Il y a en outre deux complexes situés près de la ville, l’un d’eux étant une grande villa bâtie au centre d’un grand domaine agricole, qui sera plus tard confiée au trésorier de l’Etat. Bien qu'ils manquent de preuve, les archéologues croient que le deuxième complexe est une caserne militaire[5].

Architecture[modifier | modifier le code]

La ville palatiale se distingue du style labyrinthique et chaotique typique de l’urbanisme musulman à cette époque. Au contraire, elle est inscrite dans un quadrilatère de 1 500 mètres sur 700 formant une enceinte rectangulaire d’environ 112 hectares[6].

La mosquée Aljama dans la Madinat al-Zahra.

L’organisation du palais est caractérisée par trois terrasses étagées, chacune séparée des autres par des murs qui divisent la ville en trois parties. Tout d’abord, la terrasse la plus élevée est réservée au palais califal et représente un signe de pouvoir, tandis que la partie moyenne est dominée par des parcelles et des jardins de fruits et de légumes. Enfin, le secteur inférieur comprend la mosquée principale et les foyers[7]. En raison de la ressemblance de la Mosquée de Madinat al-Zahra avec la Grande Mosquée de Cordoue, elle est appelée sa « petite sœur »[8].

Afin d’amener l’eau abondante nécessaire pour les parcs et les jardins floraux, Abd al-Rahman III commande la construction d’une canalisation qui parcourt les montagnes et qui traverse les vallées par des aqueducs9. Celle-ci est considérée aujourd’hui comme l'une des réalisations les plus admirables du calife[7].

Outre ses caractéristiques les plus renommées telles que des mosquées, des salles de réception et des bureaux administratifs et gouvernementaux, Madinat al-Zahra possède également des casernes, un hôtel des monnaies, des fontaines, des marchés, des fabriques d'armes et des magasins d'or et d'orfèvres entre autres[6].

C’est avec la construction de Madinat al-Zahra que l'art hispano-mauresque caractéristique d’Andalousie prend un essor décisif. En effet, elle est une pionnière de l’architecture et de l’art islamique occidental de son époque dont l’influence artistique transcende plusieurs siècles. Par exemple, beaucoup plus tard, dans la construction de l’Alhambra, des éléments de la ville palatiale comme l’organisation des suites de pièces autour d’une cour ou d’un jardin central sont présents. De plus, plusieurs des particularités de Madinat al-Zahra, telles que les salles de réception royales, sont conçues pour la première fois pendant sa construction[9].

Histoire et construction[modifier | modifier le code]

La construction du palais commence entre 936 et 940 sous le règne de Abd-ar-Rahman III et même si la majeure partie de la ville est édifiée en treize ans, les travaux se sont répartis sur une autre quarantaine d'années[10].

Salon Rico, Madinat al-Zahra

Une légende populaire affirme que la ville palatiale prend son nom de la concubine favorite du calife « Zahra » et que sa statue est située à l'entrée[11]. Certains croient que Abd-ar-Rahman III a construit la ville pour lui faire plaisir[10]. Néanmoins, ses motivations sont probablement davantage liées à la politique qu’à l'amour. Après s'être proclamé calife en 928, il décide de construire une nouvelle ville comme symbole de son pouvoir en imitant d'autres califes de l'est, mais surtout afin de montrer sa supériorité sur les Fatimides d'Ifriqiya avec qui il entre en conflit pour le contrôle de l'Afrique du Nord. En fait, Zahra en arabe signifie « brillant ou en plein essor » ce qui communique des aspirations de pouvoir et de statut, non pas de romance.

Aujourd’hui, pour arriver aux vestiges de la ville situés au nord-est de Cordoue actuel, il faut prendre un itinéraire différent : cinq kilomètres sur la route de Palma del Río suivi d’une ascension de trois kilomètres pour arriver au mur nord de Madinat al-Zahra, où se trouvent les pavillons, les ateliers et les hangars dans lesquels les restes trouvés dans les fouilles sont conservés et restaurés[4].

En 1923, le site archéologique de Madinat al-Zahra est déclaré monument national[12]. Puis, le 27 janvier 2015, il est enregistré dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO dans la catégorie des biens culturels (n° réf 5978)[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Torres Balbás 1960, p. 133.
  2. (en) « Madinat al-Zahra | Medina al-Zahra | Moorish city just outside Cordoba | Andalucia.com », sur www.andalucia.com (consulté le 2 juin 2017)
  3. (en) Jerrilynn D. Dodds, Al-Andalus : the Art of Islamic Spain, New York, The Metropolitan Museum of Art, , 431 p. (lire en ligne), p. 29-30
  4. a et b Torres Balbás 1960, p. 138.
  5. (en) Anderson, G. et Rosser-Owen, M, Revisiting Al-Andalus : Perspectives on the Material Culture of Islamic Iberia and Beyond., Leiden, Koninklijke Brill NV, , p. 5
  6. a et b Terrasse, Henri, Islam D’Espagne. Une rencontre de l’Orient et de l’Occident., Paris, Librairie Plon, , 301 p., p. 73-74
  7. a et b Torres Balbás 1960, p. 140.
  8. (en) Barrucand, Marianne et Bednorz, Achim, Moorish Architecture in Andalusia, Cologne, Taschen, , p. 64
  9. Vallejo Triano, Antonio, « Aménagements hydrauliques et ornementation architecturale des latrines de Madinat al-Zahra : un indicateur de hiérarchie sociale en contexte palatial », Médiévales,‎ , n° 70, p. 79
  10. a et b Terrasse, Henri, Islam D’Espagne. Une rencontre de l’Orient et de l’Occident, Paris, Librairie Plon, , 301 p., p. 73
  11. Torres Balbás 1960, p. 134.
  12. (en) Alhambra Valparaiso Ocio y Cultura S.L. www.mezquitadecordoba.org, « Medina Azahara Guide Visits », sur www.mezquitadecordoba.org (consulté le 2 juin 2017)
  13. (en) UNESCO World Heritage Centre, « Madinat al-Zahra - UNESCO World Heritage Centre », sur whc.unesco.org (consulté le 2 juin 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Leopoldo Torres Balbás, La mezquita de Córdoba y las ruinas de Madinat al- Zahra, Madrid, Plus Ultra, , 160 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]