Reconquista

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La victoire finale : l'Année cruciale. Peinture de Francisco Bayeu.
Les Rois catholiques.
Armoiries des Rois catholiques.

La Reconquista (mot espagnol et portugais, en français « Reconquête ») est le nom donné à la période du Moyen Âge durant laquelle s'est produite la reconquête par les royaumes chrétiens des territoires de la péninsule Ibérique et des îles Baléares occupées par les musulmans. Il est communément admis que la Reconquista commença lors de la première moité du VIIIe siècle, néanmoins l'année exacte de son début reste sujette à débat. Elle s'achève le dans l'actuelle Espagne lorsque les « Rois catholiques » prennent le dernier bastion musulman à Grenade.

Dénomination[modifier | modifier le code]

La conquête d'Antequera le .

Le nom est d'abord donné par les chrétiens à la reconquête des territoires de la péninsule Ibérique avant de s'imposer en Espagne puis en France. Durant la Reconquista, mais après le concile de Latran IV en 1215, musulmans comme chrétiens utilisent le terme de croisade. La formation d'ordres chevaliers religieux et militaires commence au XIIe siècle, avec notamment les ordres d'Alcantara, de Santiago etc. inspirés des succès de l'ordre du Temple formé en 1120.

Si la volonté de « reconquête » apparaît dès 711 chez les chrétiens ibériques en réaction à la conquête musulmane, l'apparition du terme date du XIXe siècle, en tant que concept pour les historiens pour désigner cette période[1]. Quoiqu'il soit compliqué de différencier la reconquête de la conquête sur une période si longue, la Reconquista ne représente pas une période unie et cohérente car les combats ne sont pas continus. Faute de meilleur terme, celui-ci reste utilisé par les historiens malgré leur désaccord sur ce qu'il sous-entend. Étonnamment, les historiens de langue arabe utilisent le terme istirdad qui traduit exactement Reconquista[2].

Lors de la crise du XIVe siècle, la reconquête militaire est interrompue, et durant la période de 110 ans entre 1350 et 1460, la frontière est globalement en paix pendant 85 ans, malgré la prise d'Antequera. Le royaume de Castille accepte alors le contrôle de Gibraltar[réf. nécessaire] et une vassalité des derniers territoires du royaume de Grenade dans les affaires duquel il intervient souvent.

Conquête musulmane[modifier | modifier le code]

Rocher de Gibraltar d'où débuta la conquête de l'Hispanie.
Hispanie en 721, après la conquête musulmane des derniers royaumes wisigoth de Narbonne.
Article détaillé : Conquête musulmane de l'Hispanie.

Depuis la fin de l'Hispanie romaine, les Wisigoths, durant la période dite de l'« Hispanie wisigothe », dominent la péninsule Ibérique.

En 711 a lieu dans la péninsule Ibérique la première invasion musulmane. Celle-ci arrive d'Afrique du Nord par le détroit de Gibraltar, qui doit précisément son nom actuel à Tariq, général qui commande l’expédition, et que le roi Rodéric (Rodrigo en espagnol), l'un des derniers des rois Wisigoths, combat personnellement. Il perd la vie à la bataille de Guadalete. Tariq est appelé à Damas, alors capitale du califat, pour informer de sa victoire et ne revient pas. Sa place est prise par le gouverneur Abd al-Aziz qui organise ces territoires sous la forme d’un émirat dépendant du califat.

L’émirat met immédiatement en place une politique de traités avec les nobles wisigoths qui lui permet de contrôler le reste de la péninsule. En 716, Abd al-Aziz est assassiné à Séville générant une crise telle que, durant les quarante années suivantes, vingt gouverneurs se succèdent à la tête de l’émirat. Cette même année 716, les Arabes commencent à diriger leurs forces vers les Pyrénées pour tenter d'entrer dans le Royaume carolingien.

L'invasion islamique est rapide et énergique. En plus de facteurs endogènes qui conduisent à l'expansion mondiale de l'islam, cette évolution rapide est expliquée par les faiblesses des Wisigoths car leur domination sur la péninsule est fragile et incomplète : en 711, le roi Rodrigo dirige encore une campagne militaire dans le nord. De plus, les élites sont divisées par des affrontements liés à la succession au trône de la monarchie qui est élective et non héréditaire. L'aristocratie terrienne, convertie tardivement au catholicisme[Note 1], est doublée d’une population libre ou servile, dont les conditions de vie difficiles la rendent mécontente. Beaucoup d'entre eux voient la conquête arabe comme une amélioration de leur situation. Enfin, la baisse de l'activité commerciale conduit à une sous-estimation de la population juive, qui participe largement à cette invasion. Cette population y trouve également un avantage dans la situation des minorités hébraïques protégées par la juridiction islamique plutôt que wisigothe[3].

Haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Après l'invasion, la résistance chrétienne se cristallise autour de deux foyers qui vont se consolider en différents royaumes durant trois siècles.

Les Asturies[modifier | modifier le code]

En 718, un noble connu sous le nom de Pélage (Pelayo el Conquistador) se révolte. Cependant il échoue, est fait prisonnier et envoyé à Cordoue (le terme « Cordoba » (Cordoue) désigne alors l’ensemble du Califat de Cordoue).

Il s’échappe et organise, dans les montagnes des Asturies, une deuxième révolte concrétisée en 722 par la bataille de Covadonga. Cet événement est considéré comme le début de la Reconquête. L'interprétation de la bataille de Covadonga est sujet à controverses : tandis que dans les chroniques chrétiennes, elle apparaît comme « une grande victoire contre les infidèles avec l'aide de Dieu », les chroniqueurs arabes décrivent une confrontation avec un petit groupe de chrétiens, qu’ils vainquirent et se refusèrent à poursuivre après qu’ils furent considérés comme inoffensifs. Il s'agit probablement d'une victoire chrétienne sur un petit contingent d'exploration. Cette bataille de Covadonga, malgré des forces en présence minimes, a un tel retentissement qu’elle polarise autour de Don Pelayo un foyer de résistance aux musulmans. Les chrétiens des Asturies acclament Pélage pour roi, il conduit la lutte contre les Maures de 718 à 737[4].

Les Arabes se retirent pour contrôler la partie la plus méridionale de la péninsule. De leur point de vue, la domination d’une région montagneuse aux ressources limitées et aux hivers extrêmement rudes n'est pas intéressante et contrôler ces territoires marginaux implique plus de coûts que de bénéfices, d'autant plus que les chrétiens dans cette région ne représentent aucun danger. D'ailleurs l'urgence est alors la gestion de la contre-offensive de Pépin le Bref au nord des Pyrénées. Cependant, l'expansion rapide du petit royaume inquiète rapidement les autorités. À partir de 740, sous le règne d'Alphonse Ier (739-757), successeur de Pélage, à la faveur de luttes confuses entre les différents chefs de guerre qui refusent l'autorité du calife de Cordoue et d'un désintérêt des musulmans pour les terres de Galice et du Douro, les cités d'Astorga et de León sont prises[4]. Alphonse Ier installe la capitale d'une monarchie asturio-léonaise à León et organise des expéditions qui conduisent à la prise des cités de Braga, Porto, Viseu et Chaves[4]. Ce sont des conquêtes sans lendemain car le roi ne dispose pas de forces suffisantes pour les conserver et les repeupler. Avant même que toutes ces terres ne soient reconquises, on distingue dans le royaume de León quatre grandes divisions administratives : les Asturies, le León, la Galice et la Castille[4].

Ces territoires servent alors pour harceler Al-Andalus et pour annexer de nouvelles terres[5]. Le califat de Cordoue organise des raids successifs. Du temps d’Alphonse II, il y en a un par an sur le territoire asturien. Mais le royaume survit et continue à se développer. Le Douro est franchi en 878[6] avec des victoires importantes, comme la bataille de Lutos et celle de Polvoraria (es). Une campagne à Lisbonne, attribuée à Alphonse II, est signalée en 809[7].

Le royaume des Asturies qui a initialement un caractère asturien change en raison de la venue d’immigrants de culture hispano-gothique fuyant vers ce royaume chrétien du nord. Le royaume est cependant très lié durant cette période à l’Empire franc, en particulier après la « découverte » de la tombe présumée de l'apôtre saint Jacques. Cette découverte va réussir à lier l'Europe chrétienne avec le royaume des Asturies contre une occupation islamisée du sud de la péninsule.

Le royaume des Asturies subit plusieurs divisions, la première ayant lieu en 910 à la mort du roi Alphonse III des Asturies[8]. Le royaume est d’abord partagé entre trois de ses cinq enfants : García, Ordoño et Fruela. Ces territoires incluent, outre les Asturies, le comté de León, celui de Castille, la Galice, les marches de l’Alava et du Portugal alors à la frontière sud de la Galice. García reçoit le León, la Castille et l’Álava fondant le royaume de León. Ordoño reçoit la Galice et le Portugal, et Fruela garde les Asturies[9].

Le foyer pyrénéen[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Marche d'Espagne.

Le royaume de Pampelune, plus tard appelé royaume de Navarre, a comme origine la famille Banu Qasi qui signe un accord avec les muladies de Tudela. Son premier roi est Inigo Arista. Au début du Xe siècle, la famille Jimena remplace la famille Arista et Sanche Garcés Ier qui en est le premier roi, remporte de grands succès militaires. Pampelune parvient à contrôler sa Navarre originelle, la Rioja, alors appelée royaume de Nájer (es), et ce qui se nommera plus tard le Pays basque. Des unions dynastiques permettent de prendre le contrôle des comtés de Castille, dépendant du León quoique très autonome, et d’Aragon après s’être transformées en dynastie héréditaire avec le comte Aznar Galíndez, Sobrarbe et Ribagorza dans les Pyrénées sous le règne de Sanche III le Grand. À sa mort, il lègue le royaume de Pampelune à García IV de Navarre, à qui doivent être subordonnés les dirigeants des autres parties de son royaume : Fernando, qui reçoit le comté de Castille et Ramiro, qui reçoit le comté d'Aragon, devenant cependant indépendant après l'annexion en 1045 de Sobrarbe et Ribagorza, comtés hérités par son frère cadet, Gonzalo.

Le foyer pyrénéen, c'est-à-dire le royaume de Pampelune, l’ensemble des comtés catalans et ceux d'Aragon, de Sobrarbe et de Ribagorza, est issu de la résistance carolingienne dirigée par Charles Martel qui avait permis, en 732, de faire refluer l’invasion musulmane en Aquitaine. La marche d'Espagne est créée par les Carolingiens après que Pépin le Bref puis Charlemagne ne libèrent la Septimanie comme zone de confinement militaire pour arrêter les incursions sarrasines. C'est une frontière militaire au sud du Royaume franc qui permet que d’autres chrétiens se fixent dans la péninsule. Le territoire entre la Navarre orientale et la Méditerranée est alors divisé en comtés. L’est de la marche d’Espagne est occupé par des comtés catalans et des comtés aragonais, Sobrarbe et Ribagorza formant la zone intermédiaire. Alors que l'intention initiale des Francs était d'amener ces frontières à l'Èbre, la marche se trouve délimitée par les Pyrénées au nord et par le Llobregat au sud lors de la prise de Barcelone par Louis le Pieux le . Au fil du temps, et particulièrement après la prise de Barcelone en 985 par Almanzor, le comté prend son indépendance durant les règnes des comtes Guifred le Velu et Aznar Galíndez.

Le comté d'Aragon appartient lui aussi aux comtés de la marche d’Espagne franque. Il fusionne en 943 avec celui de Pampelune, suite à l’union dynastique entre Endregoto Galíndez et Garcia II de Navarre. Sanche III le Grand lègue le comté à son fils Ramiro à sa mort en 1035. Ce dernier s'émancipe de la tutelle franque et annexe les comtés de Sobrarbe et Ribagorza. Ramiro Ier établit un royaume de facto comprenant les trois comtés occupant les Pyrénées centrales. En 1076 à la mort de Sanche IV de Navarre, il réussit à annexer la Navarre. Mais après la mort de Alphonse le Batailleur cette union perd sa cohésion.

Bilan du haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Les campagnes d'Almanzor.

La conquête arabe réalisée en à peine 5 ans (711-716) laisse seulement quelques franges montagneuses au nord. Les principaux efforts, désordonnés, jusqu'au Xe siècle permettent de construire et de consolider des structures politiques et institutionnelles sur des réalités socio-économiques en évolution rapide. Subissant l'afflux massif de populations fuyant l'avancée musulmane, elles posent les bases de la féodalité dans la péninsule.

À l'ouest, le royaume des Asturies se construit et s'étend jusqu'à la Galice. À l'est, la marche défensive carolingienne évolue en différents noyaux chrétiens et royaumes pyrénéens autonomes. Après des gains territoriaux initiaux rapides par les chrétiens la pression sur les royaumes du nord augmente significativement. L'avènement d'Abd al-Rahman III (912) et la restauration d'un pouvoir musulman puissant, la transformation de l'émirat de Cordoue en califat (759) puis la prise de pouvoir d'Almanzor rendent précaire la situation de ces royaumes jusqu'à la fin du Xe siècle, versant des tributs au califat dont ils reconnaissent la souveraineté en se transformant en États tributaires[6].

XIe et XIIe siècles[modifier | modifier le code]

Salamanque, ville attaquée par Almanzor en 977 en riposte à l'attaque des rois chrétiens.
Les possessions et les conquêtes d'Alphonse Ier.
Vue sur Tolède, la ville est à l'époque d'Al-Andalus la plus importante ville mozarabe.

Le règne d'Almanzor célèbre pour ses saccages, à la fin du Xe siècle, favorise la reprise de la Reconquista. La prise de Barcelone (985) accélère l'autonomie des comtés catalans de l'Empire franc. Le pillage de Saint-Jacques-de-Compostelle en 999 est considéré comme un affront dans toute la chrétienté. À la mort d'Almanzor, en 1009, le royaume ruiné commence une guerre civile qui aboutit à l'effondrement du califat en 1031. Les royaumes chrétiens soutiennent activement les révoltes qui ont lieu dans diverses villes, en particulier à Cordoue, en s'alliant à des clans séparatistes, ce qui leur permet de regagner les places perdues sous le règne d'Almanzor[6].

En 1063, le pape Alexandre II décide d'organiser une croisade, par l'octroi d'une indulgence spéciale à quiconque irait lutter contre les musulmans en Espagne. Les chevaliers de France, aquitains, normands, champenois notamment, viennent en nombre se joindre à leurs pairs d'outre-monts. C'est au cours de luttes confuses qui opposent les chrétiens aux Maures et aux taïfas que la Reconquista gagne du terrain.

La dislocation du califat en taïfas souvent rivales facilite une lente avancée chrétienne par le nord de la Meseta, et par la vallée de l'Èbre. À cette époque, après un dur combat contre les taïfas de Saragosse, le royaume aragonais atteint l'Èbre, et conquiert sa capitale en 1118. Ces avancées permettent de consolider institutionnellement les royaumes. Durant la dissolution du califat, le jeu des unions dynastiques renforce les royaumes chrétiens. En 1137, le mariage de Pétronille, fille unique du roi d'Aragon, et de Ramón Berenguer IV, comte de Barcelone, donne naissance à la Couronne d'Aragon, unissant le royaume et les comtés, bien que chaque territoire conserve ses us et coutumes. La Couronne, affirmant son indépendance du royaume de France, avance jusqu'à l'Èbre. Elle finira par reprendre aux Arabes les territoires qui forment la Catalogne contemporaine. Inversant la situation des siècles précédents, ce sont les royaumes chrétiens qui imposèrent des tributs aux États musulmans, les parias (en), les convertissant virtuellement en protectorats.

En Castille et León, l'avancée aboutit notamment à la conquête du royaume de Tolède le . À cette date, près de la moitié du territoire espagnol contemporain est sous souveraineté chrétienne. Cette victoire provoque des vagues successives de renfort[Note 2] d'Afrique du Nord — Almoravides et Almohades — évitant l'effondrement complet de l'Espagne musulmane. L'Al-Andalous perd son indépendance à la fin du XIe siècle avec la conquête des Almoravides berbères, venus d'Afrique du Nord, qui donnent un coup d'arrêt à l'avance chrétienne à Sagrajas. Les Almohavides résistent aux Almohades :

« mal arabisés, mal islamisés, les berbères n'avaient en réalité jamais accepté la conquête arabe, résistant farouchement à ceux qu'ils tiennent pour des envahisseurs. Après leur défaite et leur conversion, leur amour farouche de l'indépendance ne s'était pas éteint[10] »

. Cette conquête marque la fin d'un âge d'or culturel : les Almoravides, Sahariens austères et rigides, favorisent les religieux aux dépens des poètes et des philosophes. Ils déportent des chrétiens dans leur territoires d'Afrique du Nord.

L'affaiblissement du sultanat almoravide entraîne une seconde vague de l'islam berbère, celle des Almohades, qui en 1147 dominent le Maghreb et Al-Andalus après avoir infligé une sévère défaite aux Castillans lors de la bataille d'Alarcos. Pratiquant leur religion avec une rigueur extrême, les Almohades se montrent particulièrement intolérants vis-à-vis des juifs et des chrétiens mozarabes parlant arabe et arabisés, parfois révoltés, qu'ils expulsent[11]. En 1179, les princes chrétiens se partagent les terres à conquérir par le traité de Cazola. La Castille profite ainsi d'un accès à la mer Méditerranée par Carthagène, ce qui arrête l'expansion aragonaise au sud.

Sur la côte atlantique, la reconquête avance plus rapidement qu'en Estrémadure. Au sud du Douro, les territoires reconquis forment un autre comté, celui de Coïmbra, ville reprise définitivement en 1063 ou 1064. En gagnant la bataille d'Ourique en 1139, puis en reprenant Lisbonne en 1147, Alfonso Henriques devient roi de Portugal, une indépendance de la Castille que lui reconnaît le Pape en 1179. La capitale s'établit à Guimarães[12].

C'est une période d’influence européenne intense, avec l'ouverture de courants culturels continentaux (Cluny, Cister) et l'acceptation de la suprématie religieuse de Rome. Le repeuplement entre le Douro et le Tage s'appuie sur des colons libres et des conseils dotés d'une grande autonomie, les fors, pendant que dans l'Èbre les seigneuries chrétiennes exploitent une population agricole musulmane.

XIIIe et XIVe siècles[modifier | modifier le code]

L’alliance entre les royaumes chrétiens permet l’effondrement définitif d’Al-Andalus, avec la victoire majeure de Las Navas de Tolosa (1212) et la conquête rapide de tout le sud de la péninsule (hors Grenade). Durant la première moitié du XIIIe siècle, entre 1217 et 1249, les chrétiens conquièrent la moitié de la péninsule Ibérique. Cette période est connue sous le nom de Gran Reconquista, d'après l'expression de Derek Lomax[13]. La bataille du détroit où combat le dernier peuple nord-africain de la péninsule, les Benimerines, est particulièrement célèbre.

En 1229, Jacques Ier d'Aragon enlève les Baléares, avec la conquête de Majorque, dont la capitale, Palma, tombe le . La prise des îles fut déterminante pour le contrôle de la Méditerranée, privant les Maures d'une base centrale pour le contrôle du commerce maritime. La prise de Cordoue en 1236) et celle de Séville (siège de Séville) par les Castillans est complétée par les dernières campagnes de la Reconquista aragonaise à Valence. En 1249, Alphonse III de Portugal entre dans Faro, achevant la Reconquista portugaise. À la fin du XIIIe siècle, les chrétiens portugais jugeant la situation suffisamment sûre prennent comme capitale Lisbonne. Les musulmans ne dominent plus que dans le royaume abencérage de Grenade qui représente moins d'un dixième de la péninsule. Les Almohades auparavant chassés par les musulmans andalous perdent l'Ifriqiya ainsi que le Maghreb central et sont supplantés en 1269 par une nouvelle dynastie, celle des Mérinides.

La survivance du royaume de Grenade s'explique par plusieurs facteurs. Allié à l'Afrique du Nord, montagneux, et bénéficiant d'une grande cohérence de population (non mozarabes), sa conquête aurait été difficile par la Castille sans son allié aragonais. En outre, le royaume de Grenade devient alors un vassal utile du royaume de Castille, servant de refuge aux populations musulmanes du nord. Entre 1350 et 1460, la frontière est, d'une manière générale, en paix ceci malgré la prise d'Antequera. Le royaume de Castille accepte alors le contrôle de Gibraltar et une vassalité des derniers territoires du royaume de Grenade dans les affaires duquel la Castille intervient souvent.

Bilan du Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Patio de Banderas (« Cour des Drapeaux ») à Séville, où il y a des vestiges des époques romaine, wisigothe, musulmane et chrétienne. Au fond, la Giralda.

Les guerres sont menées par les couronnes de Castille et d’Aragon, avec parfois des appuis européens plus larges. Elles génèrent des problèmes importants. Dans les années qui suivent leurs conquêtes, les rois chrétiens appliquent à l'avantage des chrétiens une politique de séparation et de coexistence des religions. La tolérance initiale envers les populations conquises évolue rapidement, suscitant des révoltes. Ainsi la Castille connut une première révolte majeure en 1264 à l'issue de l'annexion de Séville (1246) qui aboutit à l'expulsion des mudéjars. Parallèlement, une série de révoltes d'importance secoue l'Aragon après la prise de Murcie à partir de 1244, s'intensifiant en 1276 et jusqu'en 1304[14].

D'un point de vue économique, l’absorption d’énormes volumes territoriaux et de population génère d'importantes difficultés. En Andalousie et à Murcie, l’imposition des grands seigneurs — nobles guerriers et ordres militaires — et l’expulsion des populations autochtones — agriculteurs et artisans — génère une récession majeure du territoire. Les gains territoriaux très rapides sont accompagnés par d'intenses efforts de repeuplement, qui mettent à mal la stabilité économique et la production agricole. À Valence et à Alicante, les seigneuries chrétiennes, plus petites, se superposent à une population musulmane qui maintient la prospérité économique. Ces problèmes sournois dégénèrent en crise majeure de la féodalité : des guerres de succession en Castille et enfin la crise entre 1383 et 1385 qui entraîne des combats violents entre la Castille et le Portugal avec la participation respective de la France et de l'Angleterre.

La période du XIVe siècle espagnol est troublée, la reconquête du territoire s'arrête : de 1350 à 1460, il y a seulement 25 ans de guerre pour 85 ans de paix.

La chute de Grenade[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prise de Grenade.
Datant du XIXe siècle, ce tableau de Francisco Pradilla y Ortiz représente la reddition du roi feudataire de Grenade Muhammad XII Abû Abd Allah dit Boabdil.

Au XVe siècle, le territoire espagnol est divisé en trois royaumes chrétiens, la Navarre, la Castille (désormais unie au royaume de León), et l’Aragon. Le dernier royaume, celui de Grenade, est musulman et vassal du royaume de Castille.

La fin du Moyen Âge, et le début de l'ère moderne se traduisent en Espagne par le mariage des Rois catholiques, Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille qui permet l'union des royaumes d'Aragon et de Castille, union qui elle-même vise l'unification territoriale, politique et sociale de toute l'Espagne. Les royaumes chrétiens sont désormais tous unis : l’Aragon, la Castille et León, réunis au sein d’un seul État, signe l’émergence d’une nouvelle grande puissance[15].

Le royaume de Grenade, alors sous la forme de l'émirat de Grenade, est reconnu comme le vassal de la Castille depuis 1246 et doit lui payer un tribut. De temps en temps, éclatent des conflits dus au refus de payer qui se terminent par un nouvel équilibre entre l'émirat maure et le royaume catholique. En 1483, Muhammad XII devient émir, en dépossédant son propre père, événement qui déclenche les guerres de Grenade. Un nouvel accord avec la Castille, provoque une rébellion dans la famille de l'émir et la région de Malaga se sépare de l'émirat. Málaga est prise par la Castille et ses 15 000 habitants deviennent prisonniers, effrayant Muhammad.

Ce dernier, pressé par la population affamée et devant la suprématie des Rois catholiques qui possèdent de l'artillerie, capitule le , terminant ainsi onze ans d'hostilité pour Grenade et sept siècles de présence du pouvoir islamique en Espagne. Vaincu, Muhammad signe un traité et livre la ville au roi Ferdinand d’Aragon et à la reine Isabelle de Castille. La reddition de Boabdil met fin au royaume musulman de Grenade[16]. La présence des populations musulmanes, les mudéjars (musulmans sous domination chrétienne) prend fin en 1609, lorsqu'elles sont totalement expulsées d'Espagne par Philippe III.

Les combats menés depuis le VIIIe siècle contre les musulmans en vue de reconquérir les terres de la péninsule Ibérique s’achevent avec la prise de Grenade[17]. Ce fut à la suite de cette victoire qu'Isabelle et Ferdinand reçurent du pape Alexandre VI Borgia le titre de « Rois catholiques ».

Dans l'Espagne contemporaine, les fêtes de moros y cristianos (« Maures et chrétiens ») commémorent la victoire chrétienne dans des parades colorées.

Déplacement de populations[modifier | modifier le code]

Repeuplement[modifier | modifier le code]

Alphonse Ier des Asturies, dit le Catholique, statue située dans le parc du Retiro de Madrid.

Simultanément aux avancées militaires, se produit un processus de déplacement de populations accueilli favorablement par les populations chrétiennes. Connu sous le nom de « repeuplement »[18], il recouvre deux aspects. D'une part le repeuplement de terres abandonnées par les guerres et les baisses démographiques massives qui s'en suivent (vallée du Douro), et d'autre part la récupération de territoires conquis souffrant de désorganisation administrative et d’appauvrissement économique associés à une chute modérée de la population. Le premier aspect du repeuplement est écarté par des auteurs comme Menéndez Pidal[18]. Dans tous les cas, ce processus a pour objet de « réoccuper et coloniser des terres conquises sur les musulmans[18] ».

Les populations proviennent de noyaux septentrionaux (zones montagneuses, pauvres, zones trop peuplées), de communautés mozarabes du sud qui émigrent au nord suite à l’augmentation de la répression religieuse. Ces populations se déplacent jusqu’aux zones franques du nord des Pyrénées. Les modalités de l’assentiment de ces populations dépendent de leurs caractéristiques, de la façon dont a lieu la conquête, le rythme de l’occupation et les volumes de population musulmane établie dans la zone à repeupler. Dans les zones qui sont successivement des frontières entre chrétiens et musulmans, il n’y a jamais de vide démographique, de zones dépeuplées.

La question du dépeuplement de la région au nord du Douro, entre 750 et 850, a été un sujet de controverse entre les historiens[4]. La thèse d'Alexandre Herculano, historien portugais du XIXe siècle, affirme qu'à l'instar des Maures, Alphonse Ier aurait pratiqué alors la politique de la terre brûlée, constituant ainsi « une ceinture de désert » pour empêcher les chefs musulmans de s'en servir comme base de départ de leurs attaques[4]. Le roi aurait ainsi transféré des populations chrétiennes pour les regrouper au nord sur ses terres, surtout autour d'Astorga[4]. Cette théorie fut remise en cause dans la première moitié du XXe siècle par des historiens comme Alberto Sampaio et Pierre David[4]. L'historien Sanchez Abornoz défend au contraire le point de vue d'Herculano ainsi que, plus récemment, Torquato de Sousa Soares dans le Dictionnaire d'histoire du Portugal[4].

Coexistence au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : La Convivencia.
Synagogue de Tolède.

Après la conquête, les musulmans sont en infériorité numérique massive dans les territoires conquis. Leurs souverains appliquent une « politique coloniale[19] » : ils renomment les villes et les fleuves[19], réaménageant les lieux de cultes chrétiens en mosquées[19]. Chrétiens et juifs sont soumis au régime juridique du Dhimmi : leurs droits sont réduits et ils souffrent de nombreux désavantages vis-à-vis des musulmans[20].

El Andalus concentre pourtant les plus grandes communautés juives d'Europe, c'est l'âge d'or de la culture juive en Espagne. Puis leurs relations se dégradent. Ils souffrent un massacre en 1066 à Grenade. Ils sont expulsés au XIIe siècle. Beaucoup trouvent refuge au nord de la péninsule[21].

Haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Du VIIIe au XIe siècle, entre la cordillère Cantabrique et le Douro, s’établit une véritable culture de la frontière. Le roi attribue des terres sans maître à des hommes libres qui doivent se défendre par eux-mêmes dans un environnement dangereux et occuper la terre qu’eux-même vont travailler (Aprision[Note 3]). C’est un processus apparenté aux presuras (es) des noyaux pyrénéens. La sécurité retrouvée, la population s'accroît rapidement et les chrétiens occupent les terres abandonnées. En 856, la ville de León est de nouveau occupée par des chrétiens[6].

Au fur et à mesure que la frontière se déplace vers le sud, l’indépendance initiale qui caractérisait le comté de Castille se mue en une forme proche du féodalisme européen, avec des seigneuries monastiques et nobiliaires.

Le Condado Portucalense[modifier | modifier le code]

À la fin du IXe siècle une unité territoriale entre le Lima au nord et le Douro au sud est confiée à un dux[Note 4] qui établit son siège à Portucale dans l'embouchure du Douro. Durant le règne d'Alphonse III des Asturies, la noblesse qui s'y installe et repeuple la région est à l'origine du Condado Portucalense (comté de Portugal)[22].

XIe et XIIe siècles[modifier | modifier le code]

Entre le Douro et le Système central, aux XIe et XIIe siècles s’établissent des conseils municipaux qui attirent la population par l’attribution de privilèges collectifs substantiels fixés par les chartes de peuplement, les fors. Ces villes exercent des droits comparables aux seigneuries sur les zones agricoles alentour (alfoz) avec lesquelles elles forment des communautés de ville et de terre : Salamanque, Avila, Arévalo, Segovie, Cuéllar, Sepulveda ou Soria par exemple.

En Castille, dans la vallée du Tage, l’apport de nouvelle population est moindre. L’essentiel de la population autochtone de la taïfa de Tolède, zone densément peuplée, se maintient. L’année suivant la prise de Tolède en 1086, par le roi Alphonse VI, commence un effort de repeuplement des zones plus au nord en particulier Talevera, Madrid, Guadalajara, Talamanca ou Alcala de Henares. Chaque communauté est définie par ses origines éthico-religieuses (juifs, musulmans, mozarabes, castillans) et bénéficie d’un statut juridique particulier. Après l’invasion almoravide, les musulmans sont expulsés afin de former une unité sociale castillane. Le siège archiépiscopal de Tolède s’enrichit alors des propriétés saisies (mosquées) et achète de nombreux biens aux familles mozarabes. Dans les zones plus au sud, notamment en Estrémadure, dans La Manche et le Maestrazgo, le roi[Qui ?] concède aux ordres militaires espagnols de grandes seigneuries. Autour de leurs châteaux s’installent des paysans avec très peu de libertés ne dépendant pas des conseils et des fors.

En Aragon, durant la première moitié du XIIee siècle, dans la vallée de l’Èbre, les grands noyaux urbains de Tudela, Saragosse et Tortosa maintiennent la population musulmane en même temps qu’entrent sur le territoire des vagues de mozarabes, francs et catalans qui s’y établissent suivant un système de répartition[Lequel ?] et en occupant les maisons abandonnées.

XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

L'expulsion des Morisques, Vincenzo Carducci, 1627, musée du Prado, Madrid.

Dans les vallées du Guadalquivir, sur le littoral valencien et les Baléares, le repeuplement est effectué selon le système de répartition des donadios[Note 5] ainsi que des heredamientos[Note 6].

En Castille, la population musulmane reste dans les zones à domination castillane. Le repeuplement progresse sous forme d'habitat colonial fortifié qui annexe les terres de musulmans majoritairement paysans. Par ailleurs le mécontentement dans les villes est systématiquement dirigé contre les mudéjars[14]. Cette population se révolte en 1264 en Andalousie et en Castille, ce qui entraîne leur expulsion et favorise une augmentation du nombre de grandes seigneuries.

Après la conquête du royaume de Valence en 1238 et malgré des révoltes en 1248 et 1275, la population musulmane se maintient dans les zones rurales jusqu’à l’expulsion des morisques en 1609.

XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Les violences de la fin du XIVe siècle, entre crise de la féodalité et guerres de successions, s'accompagnent dans la péninsule Ibérique de persécutions éthno-religieuses dirigées contre les musulmans et les juifs.

XVe siècle[modifier | modifier le code]

Marranos. Cérémonie secrète en Espagne à l’époque de l’Inquisition. Tableau de Moshe Maimon (en), 1893.

L'évolution politique favorisée par les crises du siècle précédent met un terme au Moyen Âge espagnol et ouvre la voie aux États modernes. Les violences religieuses dans la majeure partie de la péninsule se transforment progressivement en une politique de pureté du sang et de christianisation de la société. Les souverains n'ayant pas encore la totalité des pouvoirs, cette politique est initiée indépendamment par d'importantes institutions civiles ou ecclésiastiques.

Dès 1449 et jusqu'au milieu du XVIe siècle, elles promulguent, chacune de leur côté, les décrets dits de la pureté du sang ayant pour but d'extirper d'Espagne les héritages musulmans et juifs. Les tribunaux de l'Inquisition apparaissent dès 1478 en Espagne et au Portugal. « Leurs victimes sont d'abord les Juifs convertis au catholicisme, suspectés de judaïser en secret. On les appelle les marranes, c'est-à-dire les cochons[23] ».

Cette politique atteint son paroxysme en Espagne après 1492, lorsque les désormais Rois très catholiques, à la tête d'un royaume uni, voulant imposer la foi chrétienne à l'ensemble du royaume prononcent l'expulsion des juifs d'Espagne non convertis, provoquant par là même un exil. Les musulmans non convertis sont expulsés en 1502. Ne restent alors en Espagne que de nouveaux convertis appelés morisques. Après différentes péripéties, ceux-ci seront définitivement expulsés, un siècle plus tard, en 1609 au motif qu'ils ne s'assimilent pas et sont suspectés d'aider leurs coreligionnaires du Maghreb lors d'attaques par mer. « C'en est vraiment fini alors de l'esprit de la Convivencia[23] », de la coexistence pacifique entre les trois monothéismes.

Le catholicisme, dans ces circonstances, n'est plus seulement une religion, mais devient « une idéologie émergente de l’État-nation », estime Ella Shohat[23]. « On constate une intolérance croissante de dimension culturelle et ethno-raciale. Juifs et musulmans ne sont plus seulement étiquetés comme différents religieusement, mais leur identité culturelle et linguistique est considérée comme incompatible avec la culture chrétienne espagnole, et elle doit être éradiquée », selon Adnan Husain, spécialiste du Moyen Âge européen[23]. L'expulsion des juifs et des musulmans d'Espagne a contribué à « créer l'identité moderne de l'Europe que défendent encore beaucoup de personnes de nos jours, une identité chrétienne. C'est l'Europe d'aujourd'hui, mais elle n'était pas ainsi auparavant », selon l'historien Tariq Ali[23].


Aspects de la Reconquista[modifier | modifier le code]

Tradition littéraire[modifier | modifier le code]

Couverture du Libro de los cincuenta romances (1525), première collection connue de romances.

La Reconquista est sans doute l'un des chapitres les plus célèbres et les moins bien connus de l'histoire d'Espagne. Elle donne lieu à nombre de discussions où, faute de sources solides, « l'idéologie prime sur l'objectivité »[24].

Si les premières chroniques décrivent objectivement l'occupation musulmane, se met en place progressivement, à la fin du IXe siècle, par le biais des chroniques, des chansons de gestes (dont notamment le Cantar de mio Cid) puis, plus tard, des romanceros , une présentation de la Reconquista comme dessein divin. La conquête musulmane et la disparition du royaume des Wisigoths sont interprétées comme la punition du peuple qui n'aurait pas respecté les commandements de Dieu. Le roi Wittiza puis le roi Rodéric sont présentés comme des rois corrompus[25]. On leur attribue, à l'un ou l'autre, le viol de la fille du comte Julien, ce qui expliquerait la trahison de ce dernier et son ralliement aux Sarrasins. Mais, selon ces chroniques, Dieu n'aurait pas voulu la destruction complète de son peuple et aurait protégé le foyer de résistance qui s'installe dans les Asturies, autour du chef Pélage le Conquérant. De là, la naissance du mythe de la bataille de Covadonga au cours de laquelle les flèches envoyées par les Maures se seraient retournées contre eux et à l'issue de laquelle la montagne elle-même les aurait engloutis[26]. C'est dans ce courant de pensée qu'apparait l'intervention divine de Saint Jacques le Majeur dans les batailles décisives de la Reconquista[27].

Ainsi à travers les Chroniques asturiennes, en particulier la Chronique d'Alphonse III (Xe siècle), et l'Historia silensis (XIIe siècle[28]), se dessine une volonté d'établir une continuité entre le royaume wisigoth, converti au catholicisme sous le règne de Récarède Ier en 599 et disparu avec Rodéric en 711, et le royaume de León[29].

Par la suite, la Chronica naiarensis (1190) introduit un changement dans l'héritage. L'héritier véritable du royaume wisigoth n'est plus le royaume de León mais celui de Castille. Selon cette chronique, tout comme deux siècles plus tôt sous le règne de Rodéric, la vengeance divine fond sur le mauvais roi Vermude le Goutteux, par le biais des invasions d'Almanzor. La sauvegarde du royaume wisigoth est alors assurée par le comte Sanche Garcia et le royaume de Castille en devient le nouveau représentant[30]. La Chronica naiarensis est la première chronique proprement castillane[31]. Elle développe l'affirmation de la domination de la Castille où le concept discutable d'Hispanie repose sur un redressement ethnique et dynastique[32].

Une telle vision de l'Histoire est encore très présente du XVIe siècle au XIXe siècle[33] et rares sont les chroniqueurs présentant une discontinuité entre le royaume wisigoth et les nouveaux royaumes espagnols.

Reconquête[modifier | modifier le code]

Croisade[modifier | modifier le code]

Conquête[modifier | modifier le code]

Colonie[modifier | modifier le code]

Chronologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Batailles de la reconquista.
Bataille de Poitiers, en octobre 732.
Miniature représentant la mort de Roland à la bataille de Roncevaux en 778 : Jean Fouquet, Tours, vers 1455-1460.
Enluminure sur parchemin de 1086, année de la bataille de Sagrajas. Les Quatre Cavaliers.
Un chevalier de Calatrava en combat.
Alphonse IX de Léon. Enluminure du XIIIe siècle.
Peinture murale du château d'Alcañiz qui représente l'entrée du roi Jacques Ier à Valence.
Tableau représentant la capture de Séville par Ferdinand III, peint par Francisco Pacheco.

Participants étrangers à la Reconquista[modifier | modifier le code]

Portrait imaginaire de Charlemagne, par Albrecht Dürer. Le manteau et les blasons au-dessus de sa tête montrent l'aigle allemand et le lys français.

La Reconquista ne fut pas seulement l'affaire d'Espagnols ou de Portugais, de nombreux chevaliers de toute l'Europe y participèrent et le Portugal fut même fondé par un membre de la maison de Bourgogne.[réf. nécessaire], la principauté d'Andorre qui existe encore à nos jours trouve ses origines dans la zone tampon dénommée marche d'Espagne et créée par Charlemagne pour protéger le Royaume franc d'une éventuelle invasion musulmane.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Avant de se convertir au catholicisme, les Wisigoths sont de confession chrétienne arienne.
  2. L'arrivée des Almohades tient autant du renfort que d'une nouvelle conquête ; supplantant les Almohavides et transformant radicalement la situation politique.

    « Pour parachever l'oeuvre de décadence, l'irruption des fanatismes sema partout la ruine et la désolation. Almohavides, Almohades, par vagues successives, l'intégrisme berbère attisé par des illuminés déferla sur le pays incendiant et tuant. Accusé de trahir les principes de l'Islam, de s'adonner à la pire débauche, de succomber aux tentations, d'un synchrétisme pernicieux, les princes furent assassinés, leurs bibliothèques incendiées, leurs palais rasés. »

    — Michel del Castillo, Dictionnaire amoureux de l'Espagne, « Al Andalus », p. 47

  3. Du latin prendere, s'emparer.
  4. Le roi dans la tradition romaine ou wisigothique confiait le gourvernement des divisions administratives du royaume à un comte (comes), parfois appelé duc (dux).
  5. Grandes propriétés terriennes concédées aux plus nobles, aux fonctionnaires, aux ordres militaires et aux institutions ecclésiastiques.
  6. Petites et moyennes propriétés offertes aux chevaliers de lignages, chevaliers et serviteurs (péon).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Éditions Larousse, « Encyclopédie Larousse en ligne - la Reconquête ou la Reconquista », sur www.larousse.fr (consulté le 15 janvier 2017).
  2. Alan J. Verskin 2015, p. Introduction.
  3. Béatrice Leroy, Les Juifs dans l'Espagne chrétienne avant 1492, Albin Michel, 1993.
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  5. Romain Parmentier 2015, p. 16.
  6. a, b, c et d Romain Parmentier 2015, p. 17.
  7. Charles Romey 1838, p. 537.
  8. « Alphonse III : Chronique « ad Sebastianum » », sur remacle.org (consulté le 14 janvier 2017).
  9. (en) & (de) Peter Truhart, Regents of Nations, K. G Saur Münich, 1984-1988 (ISBN 359810491X), Art. « Europe/Southern Europe Europa/Südeuropa ».
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  11. Cyrille Aillet, Sophie Makariou, Emmanuelle Tixier-Caceres, Philippe Gourdin (dir.) et al., Pays d'islam et monde latin : 950-1250, Neuilly-sur-Seine, Atlande, coll. « Clefs concours. Histoire médiévale », , 383 p. : cartes ; 18 cm (ISBN 2-912232-23-6, ISSN 1281-4415, notice BnF no FRBNF37211715), p. 60-61
  12. Eugeen Rœgiest, Vers les sources des langues romanes : un itinéraire linguistique à travers la Romania, Leuven, Acco, (OCLC 500528168), p. 243.
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  31. Naiarensis, par. 33.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

XIXe siècle[modifier | modifier le code]
XXe et XXIe siècles[modifier | modifier le code]
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    Histoire de la Reconquista disponible sur Gallica.
  • (ca) Jesús Mestre i Campi (dir.) et Flocel Sabaté i Curull (Rédacteur), Atlas de la "Reconquista" : la frontera peninsular entre los siglos VIII y XV, Barcelona, Éd. Península, , 64 p. : nombreuses ill. en coul., cartes, couv. ill. en coul. ; 24 cm (ISBN 84-8307-078-2, notice BnF no FRBNF37548569).
  • Jean-François Labourdette, Histoire du Portugal, Paris, Fayard, , 703 p. : ill., couv. ill. en coul. ; 24 cm (ISBN 2-213-60590-4, notice BnF no FRBNF37100686).
  • Béatrice Leroy, En Espagne chrétienne du XIe au XVe siècle : la Reconquista, Pau, Éd. Cairn, , 1 vol. (172 p.) : carte, couv. ill. en coul. ; 21 cm (ISBN 2-35068-060-6, notice BnF no FRBNF40926071).
  • Pierre Chastang (dir.), Le passé à l'épreuve du présent : appropriations et usages du passé du Moyen âge à la Renaissance, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, coll. « Mythes, critique et histoire », , 1 vol. (523 p.-IV p. de pl.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 24 cm (ISBN 978-2-84050-545-7, ISSN 0298-7910, notice BnF no FRBNF41285036).
  • (en) Frank Riess, Narbonne and its territory in late antiquity : from the Visigoths to the Arabs, Farnham, Burlington, VT : Ashgate, , 288 pages : illustrations, maps ; 24 cm (ISBN 9781409455349, notice BnF no FRBNF43577612).
  • Romain Parmentier, La reconquista, d'Al-Andalus à l'Espagne catholique : Sept siècles de reconquêtes en péninsule Ibérique, Cork, 50 Minutes, coll. « Grands Évènements » (no 11), , 36 p., 21x13 (ISBN 978-280-6259-31-8, OCLC 910446462).
  • Alan J. Verskin, Islamic law and the crisis of the Reconquista : the debate on the status of Muslim communities in Christendom, Leiden ; Boston (Mass.), Brill, coll. « Studies in Islamic law and society » (no 39), , 1 vol. (X-202 p.) ; 24 cm (ISBN 978-900-4283-19-0, ISSN 1384-1130, notice BnF no FRBNF44394668).

Articles et revues[modifier | modifier le code]

  • Cahiers d'Études Hispaniques Médiévales, revue publiée par le Séminaire d’Études Médiévales Hispaniques de l’Université Paris-XIII et distribuée par Klincksieck puis reprise par ENS Éditions (Lyon), anciens Cahiers de linguistique hispanique médiévale, fondée en 1976 par Jean Roudil puis Georges Martin ouvre la revue aux études de civilisation et d’histoire littéraire sur la péninsule Ibérique médiévale.
    « 49 numéros en ligne avec Persée en 2012, soit 584 contributions, 1976-2011 », sur www.persee.fr (consulté le 8 janvier 2017).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]