Eugène Delacroix

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Eugène Delacroix est un peintre français né en 1798 à Charenton-Saint-Maurice et mort en 1863 à Paris. Remarqué au Salon en 1824, il produit dans les années suivantes des œuvres s'inspirant d'anecdotes historiques ou littéraires aussi bien que d'évênements contemporains ou d'un voyage au Maghreb. À quarante ans, sa réputation est suffisamment établie pour recevoir d'importantes commandes de l'État.

Dans la peinture française du XIXe siècle, Delacroix est considéré comme le principal représentant du romantisme, dont la vigueur correspond à l'étendue de sa carrière. En plus de son œuvre peint, Delacroix laisse aussi son œuvre gravé[1] et lithographique[2], plusieurs articles écrits pour des revues et un Journal, publié peu après sa mort et plusieurs fois réédité.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Eugène Delacroix en 1858. Photo de Félix Nadar
Maison natale d'Eugène Delacroix à Saint-Maurice

Eugène Delacroix est le quatrième enfant de Victoire Œben (1758-1814) et de Charles-François Delacroix (1741-1805). Il naît au 2 rue de Paris à Charenton-Saint-Maurice, près de Paris[3]. Sa maison natale, une grande demeure bourgeoise du XIXe siècle, existe toujours au 29, rue du Maréchal Leclerc à Saint-Maurice. Inscrite à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, depuis 1973, elle a été transformée en bâtiment municipal en 1988 et abrite désormais la médiathèque de Saint-Maurice.

Charles-François Delacroix a débuté comme secrétaire de Turgot, Intendant de la généralité de Limoges, de 1761 à 1774. Il l'a ensuite suivi à Paris. Député de la Marne le 3 septembre 1792, sous la Convention, il vote la mort du roi.

Trois ans plus tard, il devient ministre des Affaires extérieures, du 4 novembre 1795 au 18 juillet 1797, puis ministre en Hollande du 6 novembre 1797 à juin 1798. Rallié à l'Empire, il est nommé préfet de Marseille, le 2 mars 1800, puis trois ans plus tard, le 23 avril 1803 (3 Floréal, An XI), préfet de la Gironde où il meurt le 4 novembre 1805 et où il repose, au cimetière de la Chartreuse[4].

Victoire Œben, de dix-sept ans plus jeune que son mari, descend d'une famille d'ébénistes de renom, les Œben. À la mort en 1763 de son père Jean-François Œben, le célèbre ébéniste de Louis XV, Victoire a cinq ans. Trois ans plus tard, en 1766, sa mère, Françoise Vandercruse, sœur de l'ébéniste Roger Vandercruse, se remarie avec l'ébéniste Jean-Henri Riesener, élève de son premier époux[5]. De cette seconde union nait le 6 août 1767 Henri-François Riesener, peintre, demi-frère de Victoire et oncle d'Eugène Delacroix qui aura de son union avec Félicité Longrois un fils, le peintre Léon Riesener.

Charles-Henri Delacroix, l’aîné des enfants de Victoire et Charles-François Delacroix, naît le 9 janvier 1779. Il fait une belle carrière dans les armées impériales. Promu maréchal de camp honoraire en 1815, il est démobilisé avec le grade de général (mais en qualité de demi-solde)[6].

Henriette naît le 4 janvier 1782 et meurt le 6 avril 1827. Elle a épousé le 1er décembre 1797, Raymond de Verninac-Saint-Maur (1762-1822)[7], un diplomate dont elle a un fils, Charles de Verninac (1803-1834), futur neveu d'Eugène. À la demande de son époux, David fait son portrait (musée du Louvre), en 1799, dans un genre qu'il développe au cours des dernières années de la Révolution, le modèle assis, coupé aux genoux, sur fond uni[8] Son mari demande aussi au sculpteur Joseph Chinard (1756-1813) son buste en Diane chasseresse préparant ses traits (1808, musée du Louvre)[9].

Henri, né en 1784, est tué à 23 ans, le 14 juin 1807, à la bataille de Friedland.

Victoire Œben meurt le 3 septembre 1814. Le règlement de la succession maternelle ruine la famille Delacroix. Ce désastre engloutit toute la fortune des enfants ; une propriété que la mère de l'artiste avait achetée afin de couvrir une créance doit être vendue à perte. Les Verninac recueillent le jeune Eugène resté dans un grand dénuement[10].

Controverse sur la paternité de Charles Delacroix[modifier | modifier le code]

Selon certains auteurs, le géniteur d'Eugène Delacroix aurait été Talleyrand[a]. Cette opinion disputée se base en partie sur l'état de santé du père du peintre quelques mois avant sa naissance. Charles-François Delacroix, ministre des Affaires extérieures de 1795 à son remplacement par Talleyrand le 16 juillet 1797, souffrait depuis quatorze ans d'une volumineuse tumeur testiculaire.

Le chirurgien militaire Ange-Bernard Imbert-Delonnes (1747-1818) publia en décembre 1797 une brochure à propos de l'ablation le 13 septembre 1797 de ce sarcocèle[b]. Cette opération constituait une première médicale. Le bulletin, communiqué à l'Institut, indique que l'opération a réussi et que le citoyen Charles Delacroix fut complètement rétabli au bout de soixante jours. Eugène Delacroix nait sept mois après l'intervention[12]. Cependant, pour A. Camelin, la tumeur de Charles Delacroix n'était pas nécessairement un obstacle à la procréation[13].

S'il y a de sérieuses raisons de penser que Charles-François Delacroix n'a pas pu être son géniteur, celles qui font de l'artiste un fils naturel de Talleyrand sont moins solides. Caroline Jaubert évoque en 1880 cette rumeur dans la description d'une scène de salon qui aurait eu lieu vers 1840[c]. Pour plusieurs historiens comme Raymond Escholier « entre le masque du prince de Bénévent et celui de Delacroix il existe une étonnante ressemblance (...) les traits de Delacroix ne rappellent ni ceux de son frère le général, ni ceux de sa sœur Henriette (...) voilà bien des chances pour qu'Eugène Delacroix ait été un de ces fils de l'amour, doués si souvent de dons prestigieux[15] »

Cependant Talleyrand était blond et pâle, alors que, décrivant leur ami Eugène Delacroix à la chevelure de jais, très noire, Baudelaire parle d'un «teint de Péruvien» et Théophile Gautier d'un air de « maharadjah ».

Emmanuel de Waresquiel rappelle l'absence de sources sérieuses à cette paternité supposée et conclut : « Tous ceux qui ont aimé à forcer le trait de leur personnage, [...] se sont laissé tenter, sans se soucier du reste, ni surtout des sources ou plutôt de l'absence de sources. Une fois pour toutes, Talleyrand n'est pas le père d'Eugène Delacroix. On ne prête qu'aux riches[16] »

Talleyrand est en tous cas un proche de la famille Delacroix et l'un des protecteurs occultes de l'artiste[17]. Il aurait facilité l'achat par le baron Gérard de des Massacres de Scio, présenté au Salon de 1824 et aujourd'hui au musée du Louvre), pour une somme de 6 000 francs[18]. Le petit-fils adultérin de Talleyrand, le duc de Morny, président du corps législatif et demi-frère utérin de Napoléon III, fit de Delacroix le peintre officiel du Second Empire, bien que l'empereur lui préférât Winterhalter et Meissonnier[19]. L'ombre tutélaire de Talleyrand s'étend à travers Adolphe Thiers, dont il est le mentor. L'appui de Thiers semble avoir aidé Delacroix à obtenir plusieurs commandes importantes[20], notamment la décoration du Salon du Roi, au Palais Bourbon, et une partie du décor de la Bibliothèque du Sénat, au Palais du Luxembourg.

Cette protection n'établit cependant pas une paternité naturelle, et Maurice Sérullaz[d] évite de se prononcer à ce sujet[21] tandis que de nombreux autres refusent cette hypothèse, la frontière entre une ressemblance réelle et le phénomène de paréidolie étant ténue[22].

Au-delà de l'intérêt de curiosité, les opinions dans cette controverse reflètent l'importance que les commentateurs veulent attribuer, soit au talent individuel et au caractère, soit aux relations sociales et familiales, soit même à l'hérédité, dans le succès de Delacroix.

Études et formation[modifier | modifier le code]

Scolarité[modifier | modifier le code]

À la mort de son père, Eugène n'a que 7 ans. La mère et le fils quittent Bordeaux pour Paris[23]. En janvier 1806, ils habitent au 50 rue de Grenelle[7], dans l'appartement d'Henriette et de Raymond de Verninac[24]. D'octobre 1806 à l'été 1815, Delacroix fréquente un établissement d'élite, le Lycée Impérial (actuel lycée Louis-le-Grand) où il reçoit une bonne instruction.

Ses lectures sont classiques : Horace, Virgile, mais également Racine, Corneille et Voltaire. Il apprend le grec et le latin. Les nombreux dessins et croquis griffonnés sur ses cahiers attestent déjà de ses dons artistiques. Il rencontre au Lycée Impérial ses premiers confidents : Jean-Baptiste Pierret (1795-1854), Louis (1790-1865) et Félix (1796-1842) Guillemardet, et Achille Piron (1798-1865)[25]. Ils partagèrent sa vie de bohème et lui restèrent fidèles jusqu'à la fin de sa vie.

Éducation musicale et artistique[modifier | modifier le code]

Il reçoit aussi une éducation musicale précoce, prenant des leçons avec un vieil organiste, qui adorait Mozart[3]. Ce maître de musique, qui a remarqué les talents de l’enfant, recommande à sa mère d’en faire un musicien. Mais la mort de son père en 1805 met fin à cette possibilité. Cependant, toute sa vie, il continuera à participer à la vie musicale parisienne, recherchant la compagnie des compositeurs, des chanteurs et des instrumentistes : Paganini jouant du violon (1831, Collection Philipps de Washington).

Eugène Delacroix, Autoportrait présumé (vers 1816, musée des Beaux-Arts de Rouen).

En 1815, son oncle, Henri-François Riesener, le fait entrer dans l'atelier de Pierre-Narcisse Guérin[26] où il a pour condisciples Paul Huet, Léon Cogniet, Ary et Henry Scheffer, et Charles-Henri de Callande de Champmartin[27]. Il y fait la connaissance de Théodore Géricault, de sept ans son aîné, qui eut une influence capitale sur son art[28]. L'enseignement de Guérin est à la fois classique et libéral. Il enseigne le principe néo-classique de la primauté du dessin sur la couleur, le retour à l'Antique cher à l'Allemand Winckelmann[e], mais n'est pas fermé aux idées nouvelles.

En mars 1816, Delacroix poursuit son apprentissage, toujours avec Guérin, aux Beaux-Arts où l'enseignement est moins onéreux qu'en atelier privé. L'enseignement privilégie le dessin et la copie des maîtres. Grâce à la carte de travail au le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale[30] qu'il acquiert le 13 juillet 1816, il copiera pendant plusieurs années des manuscrits d'après des recueils de costumes du Moyen Âge. Ses résultats aux concours et aux examens de l'École des beaux-arts ne lui laissent pas espérer un séjour romain ; en 1820, il échoue à la première partie du Prix de Rome. Parallèlement, il trouve des petits travaux : dessin industriel, décoration d'appartements, costumes de théâtre ; la faible rente de l'héritage ne suffit pas à subvenir à ses besoins[31].

L’apprentissage de l’aquarelle et le voyage en Angleterre[modifier | modifier le code]

Eugène Delacroix, Hamlet et Horatio au cimetière, (1835), Francfort-sur-le-Main)

En 1816 Delacroix rencontre Charles-Raymond Soulier, aquarelliste amateur anglophile élève de Copley Fielding revenu d'Angleterre. Cet ami et Richard Parkes Bonington familiarisent Delacroix avec l'art de l’aquarelle, qui l'éloigne des normes académiques enseignées aux Beaux-Arts. Les Britanniques associent l’aquarelle à la gouache et utilisent divers procédés comme l’emploi des gommes, de vernis et de grattages. Soulier lui enseigne également les rudiments de la langue anglaise[32].

Du 24 avril à la fin août 1825[33], il voyage en Angleterre. Il découvre le théâtre de Shakespeare en assistant aux représentations de Richard III, Henri IV, Othello, Le Marchand de Venise et La Tempête[34] deux ans avant qu'une troupe anglaise se déplace à Paris[35]. Il assiste également à une adaptation du Faust de Goethe. Delacroix trouvera des sujets dans le théâtre tout au long de sa carrière : Hamlet et Horatio au cimetière (1835, Francfort) et Hamlet et les deux fossoyeurs (1859, musée du Louvre). Ces sujets se mêleront jusqu’à sa mort aux thèmes orientaux, littéraires, historiques ou religieux. À partir de ce voyage, la technique de l'aquarelle acquiert une importance dans son œuvre[36]. Elle lui sera d'une grande aide lors de son voyage en Afrique du Nord, pour pouvoir en restituer toutes les couleurs.

Les débuts de carrière[modifier | modifier le code]

Ses débuts en peinture (1819-1821)[modifier | modifier le code]

En 1819, Delacroix aborde pour la première fois la décoration avec la salle à manger de l’hôtel particulier de M. Lottin de Saint-Germain, dans l’île de la Cité. Il termine les dessus de porte dans le style pompéien avant mars 1820. De cet ensemble aujourd’hui disparu ne restent que les dessins et projets, personnages, scènes allégoriques ou mythologiques, déposés au musée du Louvre.

Le tragédien Talma lui confie en 1821 pour le décor de la salle à manger de l'hôtel particulier qu'il se fait construire au 9 rue de la Tour-des-Dames, à Montmartre quatre dessus de porte présentant les quatre saisons dans un style gréco-romain inspiré des fresques d'Herculanum, comme ceux de M. Lottin[37]. Le Louvre possède un certain nombre de dessins préparatoires et de projets, le reste étant conservé dans une collection particulière à Paris.

Ses premiers tableaux de chevalet sont deux retables inspirés des peintres de Renaissance[38] :

La révélation d’un talent (1822-1824)[modifier | modifier le code]

La Barque de Dante ou Dante et Virgile aux Enfers
Eugène Ferdinand Victor Delacroix 006.jpg
Artiste
Eugène Delacroix
Date
1822
Type
Huile sur toile
Dimensions (H × L)
189 × 242 cm
Mouvement
Localisation

En 1822, Delacroix, désireux de se faire un nom dans la peinture et de trouver une issue à ses difficultés financières, paraît pour la première fois au Salon avec La Barque de Dante ou Dante et Virgile aux Enfers que l’État lui achète pour 2 000 francs, pour les 2 400 qu'il en demandait[40]. Les réactions de la critique sont vives, voire virulentes. « Une vraie tartouillade[f], » écrit Étienne-Jean Delécluze, élève de Jacques-Louis David et défenseur de son école davidienne, dans le Moniteur du 18 mai[41]. Cependant, Adolphe Thiers, alors jeune journaliste, évoque « l’avenir d’un grand peintre » dans un article élogieux du Constitutionnel du 11 mai[42]. Quant à Antoine-Jean Gros, qui admire La Barque de Dante, il qualifie le peintre de « Rubens châtié ».

Ayant défini son sujet très tardivement, à la mi-janvier[43], Delacroix doit travailler dans l'urgence afin d’être prêt pour exposer au Salon Officiel, à partir du 24 avril. Il utilise des vernis qui provoquent un séchage plus rapide des couleurs, mais compromettent la conservation de sa toile. Les couches sombres sous-jacentes en séchant plus vite que les couches claires en surface provoquent d’énormes craquelures et gerçures. Il obtiendra en février 1860 l'autorisation de le restaurer lui-même[44].

Le thème, tiré du chant VIII de l'Enfer de Dante, est inédit pour l’époque[45]. Les contemporains, n'ayant de l’œuvre de Dante qu'une connaissance superficielle, illustrent toujours les mêmes épisodes : l’histoire d’Ugolin (Enfer, chant XXXIII), Paolo et Francesca (Enfer, chant V), et La Barque de Charon (Enfer, chant III). Le choix de l'anecdote et d'un format jusqu'à ce moment réservé à des sujets religieux, mythologiques ou historiques pour cette peinture à sujet littéraire manifestent la nouveauté de Delacroix, qui veut prouver qu’il est un vrai peintre, et qu’il maîtrise les différentes parties de son art : le nu, le drapé, l’expression[46].

Pour ce tableau, les influences sont multiples. La critique signale des ressemblances entre La Barque de Dante et Le Radeau de La Méduse (1819, musée du Louvre) de Géricault, une vue de près, une embarcation, des flots déchaînés, pour mieux en diminuer l'importance[47].

Théodore Géricault a influencé considérablement Delacroix, particulièrement au début de sa carrière[48]. Il lui emprunte sa manière : de forts contrastes d’ombres et de lumières donnant du relief et du modelé. Il utilise également certaines de ses couleurs : des vermillons, du bleu de Prusse, des bruns, des blancs colorés. L’officier turc enlevant sur son cheval l’esclave grec de la Scène des massacres de Scio (1824, musée du Louvre) s'inspire de lOfficier de chasseurs à cheval de Géricault] (1812, musée du Louvre)[49]. Quand celui-ci meurt le 26 janvier 1824, Delacroix devient malgré lui le chef de file du Romantisme[50].

L'influence de Michel-Ange apparaît avec les musculatures imposantes des damnés (rappelant l'un des deux Esclaves du Louvre) et de la femme, dérivée d'un prototype masculin[51]. La figure de Phlégias, le nocher, chargé de conduire Dante et Virgile jusqu’à la ville infernale de Dité, renvoie à l’Antique et au Torse du Belvédère (IVe av. J.-C., Musée Pio-Clementino à Rome). Les naïades du Débarquement de Marie de Médicis à Marseille de Rubens (1610, musée du Louvre) inspirent la coloration par petites touches de couleurs pures juxtaposées des gouttes d’eau sur les corps de damnés. Delacroix avait produit une étude : Torse d'une sirène, d'après le Débarquement de Marie de Médicis (Kunstmuseum de Bâle)[52].

Sous l'influence de Géricault[53] et avec les encouragements de Gros[54], Delacroix multiplie les études de chevaux d'après nature dans les années 1820. À la date du 15 avril de cette année, il note dans son journal : « Il faut absolument se mettre à faire des chevaux. Aller dans une écurie tous les matins ; se coucher de très bonne heure et se lever de même ». Il s'établit un programme d'étude comprenant des visites dans les écuries ou au manège. La constitution de cette encyclopédie lui servira pour ses futurs tableaux[55].

Les Scènes des Massacres de Scio
Eugène Delacroix - Le Massacre de Scio.jpg
Artiste
Eugène Delacroix
Date
1824
Type
Huile sur toile
Dimensions (H × L)
417 × 354 cm
Mouvement
Localisation

Avec Scène des massacres de Scio, que Delacroix présente en 1824 au Salon Officiel, comme avec La Grèce sur les ruines de Missolonghi deux ans plus tard, Delacroix participe au mouvement philhellène. Il obtient la médaille de seconde classe et l’État l'achète 6 000 francs, pour l'exposer ensuite au musée du Luxembourg[56]. La toile s’inspire d’un fait d’actualité : le massacre de la population de l’Île de Chio par les Turcs, survenu en avril 1822. Dès cette date, Delacroix a l’idée de peindre un tableau sur ce thème qu’il abandonne au profit de La Barque de Dante[57].

Pour l’élaboration de son tableau, Delacroix a effectué des recherches iconographiques à La Bibliothèque nationale et obtenu de M. Auguste le prêt de costumes orientaux rapportés de ses voyages en Orient. Un carnet[g] utilisé vers 1820-1825, mentionne la consultation des Lettres sur la Grèce, de Claude-Étienne Savary ainsi que des croquis effectués d’après les Mœurs et coutumes turques et orientales dessinés dans le pays, du dessinateur Rosset (1790)[58].

M. Auguste, ancien sculpteur devenu aquarelliste et pastelliste, a rapporté de ses voyages en Grèce, Égypte, Asie Mineure et Maroc de remarquables études et toute une série d’objets : étoffes, costumes, armes et bibelots divers. Il est considéré comme l’initiateur de l’Orientalisme, en France. Son influence sur Delacroix et son art est très forte, surtout entre 1824 et 1832, date de son voyage en Afrique du Nord[59].

Les critiques, la plupart des artistes et le public accueillirent durement le tableau[56]. Les collègues de Delacroix comme Girodet lui reprochent sa manière de peindre, sa négligence vis-à-vis du dessin, comme l'avait fait Delécluze en 1822. Gros avait apprécié La Barque de Dante ; il accueillit la Scène des massacres de Scio, en déclarant qu’il s’agissait du « Massacre de la peinture ». Certain critique, signalant l’influence des Pestiférés de Jaffa de Gros, écrivit qu’il avait « mal lavé la palette de Gros ». Thiers, cependant, poursuit son soutien indéfectible dans Le Constitutionnel : « M. Delacroix […] a prouvé un grand talent, et il a levé des doutes en faisant succéder le tableau des Grecs à celui de Dante »[60], comme Théophile Gautier et Charles Baudelaire qui lui consacra un poème un de ses salons[61]. Ce tableau le place comme porte-drapeau des romantiques, ce qu'il déplore, ne voulant être affilié à aucune école.

Le peintre présente en outre trois autres tableaux au Salon : Tête de vieille femme (musée des Beaux-Arts d’Orléans) et Jeune orpheline au cimetière (musée du Louvre), et hors catalogue, Le Tasse dans la maison des fous (collection particulière). Entre 1823 et 1825, il peint plusieurs tableaux de Grecs en costume de palikares (soldats grecs combattant les Turcs pendant la Guerre d’indépendance) et des Turcs, dont certains ont pu être utilisés pour Scène des massacres de Scio. Lors du Salon Officiel, Delacroix a l’occasion de voir des peintures de John Constable que son marchand Arrowsmith présentait, notamment La Charrette à foin (1821, National Gallery de Londres)[62], récompensée par la médaille d’or. Une anecdote veut qu’après avoir vu cette toile, il décida de refaire le ciel de la Scène des massacres de Scio, après en avoir demandé la permission au comte de Forbin, directeur des musées[62].

La période de maturité[modifier | modifier le code]

Les années romantiques (1825-1831)[modifier | modifier le code]

Durant son voyage en Angleterre, de mai à août 1825, Delacroix a visité Hampstead et l’Abbaye de Westminster, dont il s’est inspiré pour l’Assassinat de l’évêque de Liège (1831, musée du Louvre). Il a rencontré Sir David Wilkie, peintre d’histoire, de genre et de portrait ainsi que Thomas Lawrence, qu’il a pu voir dans son atelier[63]. Il admirait beaucoup son style et ses portraits, et s'est inspiré de son portrait de David Lyon (vers 1825, Musée Thyssen-Bornemisza) pour celui du baron de Schwiter (1826-1830, National Gallery de Londres).

Dans les années 1820 Delacroix, de sept ans son aîné, croise pour la première fois, chez son ami Jean-Baptiste Pierret, Louis-Auguste Schwiter (1805-1889). Ils furent des amis très proches[64] et tous les deux de grands admirateurs du portraitiste anglais. Il rend également visite au Dr Samuel Rush Merrick (en), un antiquaire très réputé[65] pour sa très belle collection d’armes et d'armures, dont il fait des études, en compagnie de Richard Parkes Bonington qu’il avait revu à Londres[66]. Les deux hommes partageaient les mêmes goûts pour le Moyen Âge, d'où les études communes qu'ils firent ensemble : plusieurs feuilles leur ayant été successivement imputées l'un à l'autre.

À partir de 1826, Delacroix fréquente Victor Hugo et son cénacle[67]. Dans un premier temps, un groupe se constitue autour de deux représentants de la littérature officielle : Charles Nodier et Alexandre Soumet. Ce premier cénacle se réunit tout d’abord dans l'appartement de Nodier, rue de Provence puis à la Bibliothèque de l'Arsenal où il avait été nommé bibliothécaire[67]. Leur intérêt commun pour le Moyen Âge donnera naissance au « style troubadour » : Ingres et Delacroix ont l'un et l'autre réalisé des peintures de petit format dans ce style.

En parallèle et dès 1823, les amis de Victor Hugo forment une sorte d'école autour du poète. De plus en plus nombreux, ce second groupe constitue à partir de 1828 et en 1829 le second cénacle : Hugo devenant le chef de file du mouvement romantique auquel se rallieront les membres du premier cénacle. En 1830, les rapports entre Delacroix et Hugo se détériorent ; le poète lui reprochant son manque d’engagement vis-à-vis du romantisme[68].

Le 25 avril 1826, les Ottomans prennent Missolonghi, bastion des indépendantistes grecs. Le 24 mai, Lebrun accueille dans sa galerie une exposition afin de récolter des fonds pour soutenir la cause grecque. Il s’agit d’alerter l’opinion publique alors que le gouvernement français prône la neutralité. Delacroix y présente d'abord Le Doge Marino Faliero (Wallace collection de Londres), Don Juan et Un officier tué dans les montagnes, qu'il remplace en juin, par Le Combat du Giaour et d'Hassan et en août, par La Grèce sur les ruines de Missolonghi (musée des beaux-arts de Bordeaux). Pour cette allégorie de La Grèce, il s’inspire des Victoires antiques et de la figure mariale, avec son manteau bleu et sa tunique blanche. Cette interprétation du sujet déroute les critiques, sauf Victor Hugo.

Eugène Delacroix, La Mort de Sardanapale (détails) (1827-1828, musée du Louvre).

Au Salon officiel de 1827-1828, Delacroix expose plusieurs œuvres. La critique rejette unanimement La Mort de Sardanapale (musée du Louvre). Le 21 mars, Étienne-Jean Delécluze affirme dans le Journal des débats qu’il s’agit d’une « erreur de peintre ». Le lendemain, pour La Gazette de France, c’est le « plus mauvais tableau du Salon ». Le Quotidien met en question un « ouvrage bizarre » le 24 avril[69]. Pourtant, Delacroix n’a nullement voulu choquer ses pairs, mais plutôt les convaincre de son génie par ses références à l’art du passé, par la multiplicité de ses sources d’inspiration et par le choix de son thème dans l’Orient ancien.

Le déchaînement que suscite la présentation du tableau gêne ses amis, qui n’interviennent pas pour le défendre. Victor Hugo ne prend pas publiquement son parti, bien qu'il manifeste son enthousiasme dans une lettre à Victor Pavis du 3 avril 1828 en écrivant: « Ne croyez pas que Delacroix ait failli. Son Sardanapale est une chose magnifique et si gigantesque qu’elle échappe aux petites vues[70] ». Le peintre est également victime des bons mots des humoristes, qu’il n’apprécie pas, malgré son goût pour les calembours[71]. Cette fois-ci le tableau n’est pas acheté, et le surintendant des Beaux-Arts, Sosthène de La Rochefoucauld (1785-1864) l’invite à « changer de manière » ; ce qu’il refuse catégoriquement. La violence des attaques va précipiter sa brouille avec le mouvement romantique. Il écrit qu'on l’éloigne pendant cinq ans des commandes publiques, mais il n'en est rien, dès l'année suivante il en obtient[22].

Ingres, peintre peintre néo-classique et rival obstiné de Dela croix, présente cette année-là au Salon L'Apothéose d'Homère. Il représente la peinture classique, comme Delacroix représente la peinture romantique, et sera perçu comme le principal rival de Delacroix, pendant toute sa vie[72]. À travers ces deux artistes, deux conceptions opposées de la peinture s’affrontent : le disegno (dessin) et l'effacement de l'artiste derrière le sujet, pour les classiques, le colorito (couleur) et l'affirmation de l'expression et de la touche individuelle, pour les romantiques. Avec L'Apothéose d'Homère et La Mort de Sardanapale, les deux artistes affirment leurs doctrines. La querelle du coloris qui opposait poussinistes et rubénistes dans les années 1670 se renouvelle au XIXe siècle avec de nouvelles oppositions, en plus de celle entre la couleur et la ligne.

Eugène Delacroix, La Nature morte aux Homards (1826-1827, musée du Louvre).

Après cet échec, Delacroix conserve son tableau dans son atelier. En 1844, il se décide à le mettre en vente ; en 1845, un collectionneur américain, John Wilson l'achète pour 6 000 francs[73]. Le Salon de 1827-1828 est avec l’Exposition Universelle de 1855, la manifestation la plus importante pour Delacroix par le nombre de toiles présentées. En deux envois[74], il expose tout d’abord :

Puis ce sera :

En 1828, Charles Motte, éditeur rue des Marais, publie Faust, la tragédie de Goethe traduite par Philipp Albert Stapfer, illustrée d’une suite de 17 lithographies par Delacroix. Goethe témoigne de son enthousiasme dans une lettre adressée de Weimar à son ami Johann Peter Eckermann et estime qu’il a bien su traduire les scènes qu’il avait imaginées[75].

Eugène Delacroix, Quentin Durward et le Balafré (vers 1828-1829, musée des Beaux-Arts de Caen).

Après la visite de Charles X à Nancy Delacroix reçoit, le 28 août 1828, une commande du ministre de l’Intérieur. Il s’agit de La Mort de Charles le hardi ou Le Téméraire, plus couramment appelé La Bataille de Nancy (musée des Beaux-Arts de Nancy), que le roi veut offrir à la ville de Nancy[76]. Ce tableau terminé en 1831 ne sera exposé au Salon qu’en 1834[77]. Delacroix reçoit en décembre 1828 ou en janvier 1829, la commande de deux peintures pour la duchesse de Berry (1798-1870), veuve du fils cadet du roi Charles X et mère du futur héritier du trône légitimiste (le comte de Chambord) : Quentin Durward et le Balafré (vers 1828-1829, musée des Beaux-Arts de Caen) et La Bataille de Poitiers, dit aussi Le Roi Jean à la bataille de Poitiers (musée du Louvre), achevés en 1830[78].

Eugène Delacroix, L’Assassinat de l’évêque de Liège, (1830, musée du Louvre).

À la demande du duc Louis-Philippe d'Orléans (1775-1850), Delacroix peint un tableau de grande dimension (420 × 300 cm) pour sa galerie historique, au Palais Royal[75]. Il s’agit de Richelieu disant sa messe (1828) ou Le Cardinal de Richelieu dans sa chapelle au Palais-Royal, détruit durant La Révolution de 1848 et dont il ne reste qu’une lithographie de Ligny figurant dans l’Histoire du Palais Royal par Jean Vatout (1830?)[79].

En janvier, il le sollicite de nouveau pour un autre tableau[80] inspiré de Walter Scott (1771-1832), l’Assassinat de l’évêque de Liège (musée du Louvre), tout d’abord présenté à la Royal Academy en 1830, ensuite au Salon officiel de 1831 et enfin à l’Exposition Universelle de 1855 à Paris et à celle de Londres en 1862. Une anecdote circule au sujet de ce tableau, concernant une nappe blanche, point capital de cette scène, que Delacroix avait du mal à peindre. En dessinant un soir chez son ami Frédéric Villot (1809-1875), le peintre se serait fixé un ultimatum, en déclarant : « Demain j’attaque cette maudite nappe qui sera pour moi Austerlitz ou Waterloo ». Et ce fut Austerlitz[78]. Pour la charpente de la voûte, il s’était inspiré de croquis faits au Palais de justice de Rouen et du vieux hall de Westminster qu’il avait visité durant son séjour à Londres.

Delacroix écrit à partir de 1830 cinq articles de critique d’art pour la Revue de Paris, que Louis Véron a fondée l'année précédente[81]. Le premier, consacré à Raphaël, paraît en mai et le deuxième, sur Michel-Ange, en juillet[82]. Il y exprime son admiration pour ces deux artistes, qui ont eu une grande influence sur son œuvre, et expose ses convictions esthétiques.

Les Trois Glorieuses, les 27, 28 et 29 juillet 1830, précipitent la chute de Charles X et portent au pouvoir Louis-Philippe. Le nouveau gouvernement organise le 30 septembre trois concours pour la décoration de la Salle des séances de la nouvelle Chambre des députés qui sera reconstruite au Palais Bourbon. Delacroix se présente aux deux derniers[83]. Les sujets proposés sont :

Le jury est composé de Guérin (1774-1833), Gros et Ingres (1780-1867) donne le Mirabeau à Hesse, élève de Gros et le Boissy d’Anglas à Jean-Baptiste Vinchon, prix de Rome 1814. Achille Ricourt, écrivain et journaliste, fondateur de L'Artiste, fera de cette décision une injustice à l'égard de la cause romantique. Louis Boulanger écrit : « Mon peintre, c’est Delacroix. Tout cela vit, tout cela se meut, se tord et accélère le mouvement du sang dans vos artères … C’est l’accent de la nature saisi dans ce qu’il a de plus inattendu, qualités précieuses, qui seules révèlent le grand peintre, mais qui malheureusement le révèlent trop souvent à un trop petit nombre< un article sur [84] ».

La revue publie également la longue « Lettre sur les concours[85] » que Delacroix avait adressée le 1er mars 1831, afin d’accentuer la controverse[86]. C’est un violent réquisitoire contre les concours, opposant les médiocres, aux Rubens, aux Raphaël, aux Hoffmann, sur un ton plein d’ironie[87]. L’esquisse qu’il avait réalisée pour le deuxième sujet, Mirabeau devant Dreux-Brézé, est aujourd’hui exposée au Musée national Eugène-Delacroix[83]. Celle du troisième sujet, Boissy d’Anglas tenant tête à l’émeute, se trouve au musée des beaux arts de Bordeaux[88].

La Liberté guidant le peuple, 1830

En 1831, Delacroix présente au Salon, qui avait ouvert ses portes cette année-là le 14 avril La Liberté guidant le peuple. Le tableau, répertorié au no 511 du catalogue du Salon, est intitulé Le 28 juillet ou La Liberté guidant le peuple, titre qu’il conservera par la suite. Il l’a peint afin d’effacer les mémoires de son précédent échec au salon de 1827 et pour s’attirer les bonnes grâces du nouveau pouvoir, et bénéficier ainsi de nouveau des commandes publiques. Il est acheté pour 3 000 francs par Louis-Philippe[89] afin d’être exposé au Musée Royal, alors au Palais du Luxembourg.

Sa peinture n’y est présentée que quelques mois. Hippolyte Royer-Collard, directeur des Beaux-Arts, la fait mettre dans les réserves, de peur que son sujet encourage les émeutes[90].Edmond Cavé, son successeur, permet à Delacroix de la reprendre en 1839. Elle est exposée de nouveau en 1848 ; cependant, quelques semaines plus tard, le peintre est invité à la reprendre[89]. Grâce à Jeanron, directeur des musées et à Frédéric Villot, conservateur au musée du Louvre, La Liberté guidant le peuple rejoint les réserves du musée du Luxembourg[91]. Avec l’accord de Napoléon III, elle sera exposée à l’Exposition Universelle de 1855. Le musée du Louvre l'expose en permanence à partir de novembre 1874[92].

Son sujet évoque les combats de rue qui se sont déroulés durant les journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet, dites aussi « Les Trois Glorieuses ». Une jeune femme à la poitrine nue, coiffée du bonnet phrygien, tenant un drapeau tricolore[h] figure l'allégorie de La Liberté. Elle marche armée, accompagnée d'un enfant des rues brandissant des pistolets. À gauche du tableau, un jeune homme en redingote et coiffé d’un haut de forme tient une espingole (fusil tromblon à deux canons parallèles[93]. Une légende veut que ce jeune homme représente Delacroix et qu’il ait participé à l'insurrection. Plusieurs éléments permettent d'en douter, comme le témoignage peu fiable d’Alexandre Dumas[94]. Le peintre, d'opinions bonapartistes[86], aurait tout au plus été enrôlé dans la garde nationale, restaurée le 30 juillet 1830 après avoir été supprimée en 1827, afin de garder le trésor de la Couronne, d’ailleurs déjà au Louvre[95].

Lee Johnson,spécialiste britannique de Delacroix, identifie plutôt le jeune homme comme Étienne Arago, ardent républicain, directeur du théâtre du Vaudeville de 1830 à 1840[96]. C'était aussi l'opinion de Jules Claregie en 1880[97]. Quant à l’enfant des rues, il aurait inspiré Victor Hugo (1802-1885) pour son personnage de Gavroche,des Misérables, publiés en 1862[98].

La critique accueille le tableau avec modération. Delécluze écrit dans le Journal des débats du 7 mai : « … Ce tableau peint avec verve, coloré dans plusieurs de ses parties avec un rare talent, rappelle tout à fait la manière de Jouvenet …[91] ». D'autres critiques trouvent inacceptable la figure de la Liberté, qu'ils la qualifient de « poissarde, fille publique, faubourienne ». Son réalisme dérange : la nudité de son torse, la pilosité des aisselles[99].

Son absence du musée pendant des années en fait une icône républicaine. Le sculpteur François Rude s’en inspirera pour son Départ des volontaires sur l'Arc de triomphe de l'Étoile[100]. En 1924, le peintre, Maurice Denis, reprendra ce sujet pour orner la coupole du Petit Palais. Elle sert d’affiche à la réouverture en 1945 du musée du Louvre[101] et orne ensuite l’ancien billet de 100 francs[102].

Les querelles qui opposent les classiques et les romantiques ou modernes agacent Delacroix. Le 27 juin 1831, il écrit au peintre Henri Decaisne (1799-1852), membre comme lui de la Société libre de peinture et de sculpture, fondée le 18 octobre 1830, afin d’adopter une stratégie commune face à l’influence puissante de la Société des Amis des Arts, proche de Institut de France (créée en 1789 et ressuscitée en 1817). Sur les conseils de Decaisne, il contacte Auguste Jal, un important critique d’art, pour qu’il défende leur cause dans Le Constitutionnel. Dans une longue lettre qu’il adresse alors à M. d’Agoult, ministre de l’intérieur, afin d’exposer leurs griefs, il signale les dangers de séparer les artistes « officiels », des autres, d’un talent bien souvent plus grand. La reconnaissance officielle se manifteste en septembre 1831 par l'octroi de la Légion d’honneur[103].

Le voyage en Afrique du Nord (fin janvier à juillet 1832)[modifier | modifier le code]

Eugène Delacroix, Étude d’arabe assis.

C’est à la mi-octobre 1831 que Louis-Philippe informe Charles-Edgar, comte de Mornay (1803-1878) de sa mission diplomatique auprès de Moulay Abd er-Rahman (1778[104]-1859), chef chérifien du Maroc[105]. Il s’agit de porter un message de paix à l’empereur du Maroc et aux Britanniques, bien implantés sur le plan commercial, dans le pays[106]. Cette ambassade doit clore plusieurs dossiers épineux, dus à conquête de l'Algérie par la France. Sa mission sera une réussite sur le moment : Mornay enverra le 4 avril 1832, une lettre déclarant au général en chef de l’état-major d’Alger, Savary, duc de Rovigo, que le Maroc abandonne ses visées sur la région de Tlemcen et d’Oran, promet de rester neutre et de retirer ses troupes de l’Algérie[107].

Eugène Isabey avait d’abord été pressenti pour se joindre à la mission diplomatique en Afrique du Nord. Revenu depuis peu d’Alger, il s’était désisté, craignant un deuxième voyage en Afrique. Delacroix sera donc choisi pour accompagner la mission à ses frais[108]. À la fin de l’année 1831, le peintre et Mornay font connaissance, grâce à Edmond-Henri Duponchel (1794-1868)[109], futur directeur de l’opéra, et Armand Bertin, directeur du Journal des débats, à la requête de Mademoiselle Mars (1779-1847), maîtresse officielle de Mornay, et amie de Duponchel et de Bertin, celle-ci étant désireuse de trouver un compagnon de voyage agréable à son amant[110]. Mornay et Delacroix dînent ensemble à la Saint-Sylvestre en compagnie de la comédienne[111].

Le départ, prévu le lendemain vers 3 heures du matin, eut lieu rue de la Tour-des-Dames en berline jusqu’à Toulon où ils s'embarquèrent sur La Perle, une corvette-aviso de 18 canons sous les ordres du capitaine de frégate Ange-François Jouglas[112]. Le navire quitte Toulon le 11 janvier 1832, longe les côtes de Minorque, Majorque, Malaga et celles du royaume de Grenade, passe près de Solobrena et de Motril en Espagne, s’arrête à Algésiras pour le ravitaillement et mouille devant Tanger le 24 janvier 1832 à 8 heures. Jacques-Denis Delaporte, consul de France à Tanger les accueille et se charge des formalités de débarquement et de la mise au point du protocole de réception par les autorités de la ville. Ce n'est que le lendemain que Mornay et ses collaborateurs débarquent, pour s'installer à la Maison de France. Profitant d’un intermède, Delacroix se promène dans Tanger, un carnet à la main[113].

Bien qu'Antoine-Jérôme Desgranges (1784-1864), interprète du roi, accompagne Mornay, il ne peut s’opposer à ce qu’Abraham Benchimol se joigne à eux : le protocole exige qu’un Européen ne puisse s’adresser directement à l’empereur et que seul un juif y soit autorisé[114]. Delacroix, sans préjugés vis-à-vis des juifs et très intéressé par leur communauté, se lie d’amitié avec le drogman, au service du consulat depuis 1820, et bénéficie ainsi du bon accueil de son entourage. Ce qui lui permet de croquer la nièce d'Abraham, Léditia Azencot, Saada, sa femme, et Presciadia et Rachel, ses filles[115]. Grâce à Madame Delaporte, l'épouse du consul, il put également dessiner de jeunes musulmanes, très effarouchées par un étranger.

Eugène Delacroix, La Noce juive au Maroc, (1837-1841, musée du Louvre).

L’entremise du drogman lui permet aussi d’assister à l’une des fêtes données lors d’une noce juive, le 21 février 1832. Il en a gardé des traces dans l’un de ses carnets à couverture cartonnée, appelée Album du Maroc (acquis par Le musée du Louvre en 1983). Tous les éléments récoltés, comme la tenue et l'attitude de certains participants, l'aideront ultérieurement à peindre La Noce juive au Maroc (1841, musée du Louvre)[116]. Les deux évènements notables auxquels Delacroix put participer lors de ce voyage, sont cette noce et l’entrevue avec l’empereur à Meknès.

La prochaine étape de cette mission diplomatique était l’entrevue avec Moulay Abd er-Rahman. Mornay envoya un courrier à Meknès afin de demander l’autorisation de le rencontrer. Le 3 février 1832, correspondant à l’année 1248 de l’Hégire, est proclamé le début du Ramadan qui se termine par la fête de l’Aïd es-Sghir, le 4 mars 1832[117]. Pendant cette période sacrée de jeûne et de prières, le commandeur des croyants ne pouvait les recevoir. De plus, le décès de Moulay Meimoun, frère du souverain, retarde encore le départ de la mission[118]. Cette longue attente de 42 jours[115] permettait d'apaiser les partis anti-français et de modérer les exigences de la diplomatie française[119]. Le souverain donne son autorisation le 3 mars.

Le 5 mars, la délégation part de Tanger pour Meknès, à 45 lieues de là, accompagnée d’une escorte de soldats et d’un pacha pour chaque étape, dans la limite de la province où s’exerce leur autorité[120]. Une fois passé le gué à l’oued Mharhar, un premier campement est établi à El Arba Aïn-Dalia. Le 6 mars, la mission et l’escorte passent près du lac Lao, et de la mer, avec à droite, une vue du Cap Spartel. Nouvelle étape à Souk el-Had el-Gharbia, le soir, ils dînent avec le caïd Mohammed Ben-Abou et font une halte à Tléta Rissana.

Le 8 mars, ils partent sous la pluie et passent le gué de l’oued Maghazen, affluent de l’oued Loukkos. Ils déjeunent ensuite à l’oued Ouarrour, près de Ksar El Kébir (appelé aussi Alcazarquivir), lieu de la Bataille des Trois Rois où combattirent le 4 août 1578 Don Sébastian, roi du Portugal, son allié Moulay Mohammed, dit el Motaouakir et le Sultan Moulay Abd el-Malek[121]. Moulay Abd el-Malek remporta ce combat où les trois protagonistes trouvèrent la mort, ce qui permit à son frère Al-Mansur de monter sur le trône chérifien[122].

Le 9 mars, ils s’arrêtent à Ksar el-Kébir : le vendredi étant un jour de prière. Dans la soirée, ils se dirigent vers l’oued Fouarate où la délégation est attaquée. Delacroix s’en souviendra pour La Perception de l’impôt arabe ou Combat d'Arabes dans la montagne, (National Gallery de Washington), tableau qu’il peignit en 1863, année de sa mort[122]. C’est à Fouarate qu’un campement est installé pour la nuit. Le 10 mars, à cause d’un malaise du peintre et du jour du Sabbat (jour de repos des juifs), le départ de la mission est différé. Ils passent tout de même l’oued Mda[123] et installent leur campement à El-Arba de Sidi Aîssa Belhacen.

Eugène Delacroix, Les Bords du fleuve Sebou (1858-1859, Artemis Group, Londres).

Le 11 mars, ils longent le Sebou et le 12, un campement est établi sur les bords du fleuve dont les eaux grossies par les pluies sont difficiles à traverser. Delacroix s’inspire de ces deux journées pour peindre un tableau intitulé, Les Bords du fleuve Sebou (1858-1859, Artemis Group, Londres)[124]. Le 13 mars, ils arrivent à Sidi Kacem. Le dernier campement de la mission est dressé le 14 mars au pied du Zerhoun, devant Moulay Idriss, une ville établie sur deux hauteurs irrégulières dont les étrangers n’avaient pas le droit de gravir les lacets[125]. Le 15 mars, ils quittent Zerhoun pour arriver près de Meknès où ils assistent à de grandes fantasias[124].

Les fantasias ou courses de poudre n’étaient pas destinés à divertir les étrangers, mais des exercices militaires censés montrer l’adresse et le savoir-faire des cavaliers marocains au combat[126]. Delacroix a pu voir plusieurs fois des courses de poudre, entre Tanger et Meknès[127].

Il exécutera une belle aquarelle sur ce sujet, pour le comte de Mornay : Une Fantasia ou jeu de poudre devant la porte d’entrée de la ville de Méquinez (1832, musée du Louvre). Ces courses ont fourni à Delacroix le sujet de quatre peintures entre 1832 et 1847[128] :

Ils longent également le tombeau d’un saint, celui de Sidi Mohammed ben Aïssa, fondateur de la communauté des Aïssaouas. La découverte des pratiques religieuses (chants, danses et contorsions) de cette secte enflamme son imagination[129] et lui fournira, à son retour, le sujet de deux tableaux[114] :

  • Les Aïssaouas (1838, The Minneapolis Institute of Arts),
  • Les Convulsionnaires de Tanger (1857, musée des Beaux-Arts de l’Ontario à Toronto).

Avant de rentrer dans Meknès, ils doivent faire le tour complet de la ville et de ses remparts[130]. Installée dans la Maison des hôtes, au cœur du quartier de la Berrima, la délégation reste enfermée pendant 8 jours, du 15 mars au 22 mars, avant d’être reçue par l’empereur. Le 22 mars, c’est l’audience publique avec Moulay Abd er-Rahman. La délégation à cheval est précédée du Caïd et de quelques soldats, et suivie de ceux portant les cadeaux, destinés au souverain. « Les présents envoyés par Louis-Philippe comprenaient notamment une magnifique selle brodée, des armes précieuses, des bijoux, des brocards, des soieries et des montres[129] ».

A droite : Sultan Moulay Abd Al-Rhaman entouré de sa garde, sortant de son palais de Meknès. À gauche : esquisse exposée au Musée des beaux-arts de Dijon. Eugène Delacroix, 1845

Le convoi passe à côté de la mosquée Jamaa el-Kbir, traverse un passage couvert de cannes (Souk el-Hdim) et arrive sur la place située en face de la grande porte (place el Hdim). Ils entrent dans une grande cour, passent entre deux haies de soldats, sur leur gauche se trouve une grande esplanade (place Lalla Aouda). Ils entrent plus en avant, arrivent dans une grande place, le Mechouar, située dans le quartier de Dar el-Kbir, où ils doivent rencontrer le souverain. C’est par « une porte mesquine et sans ornement » qu’il paraît, monté sur un cheval gris, entouré de ses gardes à pied et d’un porteur de parasol, qui lui emboîte le pas.

Pour Delacroix, le roi ressemble à Louis-Philippe, mais en plus jeune. Après les compliments d’usage, il ordonne à Sidi Muchtar de prendre la lettre du roi des Français et de les guider dans la visite de la résidence royale[131]. Cette cérémonie sera consignée dans le second album-journal du peintre. De cette audience mémorable, Delacroix a réalisé de nombreux croquis dont il se servira pour sa grande toile, intitulée Le Sultan du Maroc Abd Al-Rhaman entouré de sa garde, sortant de son palais de Meknès (1845, musée des Augustins de Toulouse).

Du 23 mars au 4 avril, Delacroix visite la ville de Meknès : le marché aux fruits secs d’El-Hdim, le Mellah (le quartier juif où il acquiert des objets en cuivre), les haras, le zoo royal et l’autrucherie d’où la mission emmène les animaux offerts à Louis-Philippe (une lionne, un tigre, deux autruche, un bœuf sauvage, une espèce d’antilope, deux gazelles et quatre chevaux), le marché Bab el-Khmis[132]. Il dessine également beaucoup : la porte Bab-el-Mansur, les autres monuments de la ville, deux hommes jouant aux dames rencontrés dans le Mellah, dont il se souviendra pour son tableau des Arabes jouant aux échecs (vers 1847-1848, National Gallery of Scotland d'Édimbourg), appelés également Marocains jouant aux échecs.

Le 30 mars, un trio composé de deux musiciens et d’une chanteuse était venu honorer la mission[133], à l’initiative de l’Empereur. Ces musiciens juifs de Mogador, étaient réputés comme faisant partie des grands maîtres de la musique andalouse. Cet évènement lui inspirera, en 1847, une composition, intitulée Les Musiciens juifs de Mogador (musée du Louvre)[132].

Eugène Delacroix, Album du Maroc (musée du Louvre).

Le départ de Meknès est donné le 5 avril à 11 heures. Les membres de la mission reprennent à peu près le même chemin qu’à l’aller. C’est le 12 avril qu’ils arrivent à Tanger où ils sont accueillis par les consuls étrangers et les notables. Ce second séjour se prolonge jusqu’à début mai. À la suite de grosses fatigues dues au voyage, Delacroix tombe malade (sa fièvre se déclare le 16). Cependant, le peintre se rétablit et profite de cette convalescence pour dessiner à Tanger et dans les environs[134].

Le 9 mai, Delacroix emprunte la Perle pour une excursion, en Andalousie. Près des côtes de Cadix où l’épidémie de choléra sévit, le bateau est mis en quarantaine. Il en profite pour dessiner deux vues de la ville (album de Chantilly). Le 18 mai il peut débarquer pour visiter la ville, notamment le couvent des Augustins, en compagnie de M. Angrand (1808-1886), vice-consul de France à Cadix. Les études effectuées sur place lui serviront pour réaliser, en 1838, une toile intitulée Christophe Colomb au couvent de Sainte-Marie de Rabida, (Museum of Art de Toledo)[135].

Sur la route de Séville il s'arrête près des murailles de Jerez de la Frontera dont il fait un croquis. Jusqu’au 28 mai au soir, il visite la ville de Séville, en particulier l’Alcala, la cathédrale et les bords de Guadalquivir, la Giralda, la Cartuja (une ancienne chartreuse) où il admire des Zurbaran, des Murillo et des Goya[135]. Grâce à cet artiste, dont il avait copié quelques planches de ses Caprices, dans sa jeunesse, il découvre la tauromachie. Les notes contenues dans son carnet semblent confirmer qu’il ait bien assisté à une corrida : aquarelle intitulée Le Picador (Cabinet des dessins du musée du Louvre)[136]. Le 29 mai s’achève son séjour en Andalousie ; le 30 mai, à Cadix, il embarque à bord de la Perle pour retourner, à Tanger.

Le voyage que Delacroix a effectué en Afrique du Nord de fin janvier à juillet 1832 est primordial pour sa technique et son esthétique. Il en rapporte sept carnets constituant le journal de son voyage, dont il ne reste plus que quatre dont trois sont conservés au musée du Louvre et un au musée Condé de Chantilly) et quelque 800 feuilles[137]. Ils permettent de suivre pas à pas le périple africain du peintre. Il a peint en tout plus de quatre-vingts peintures[137] sur des thèmes « orientaux », notamment Les Femmes d'Alger dans leur appartement (1834, musée du Louvre), La Noce juive au Maroc (1841, musée du Louvre), Le Sultan du Maroc (1845, musée des Augustins de Toulouse).

Ce voyage permet à Delacroix, qui n'avait jamais été en Italie, de retrouver « l’Antiquité vivante ». La lettre qu’il adresse à Jean-Baptiste Pierret le 29 janvier, est très éloquente à ce sujet : « Imagine mon ami ce que c’est que de voir couchés au soleil, se promenant dans les rues, raccommodant des savates, des personnages consulaires, des Caton, des Brutus, auxquels il ne manque même pas l’air dédaigneux que devaient avoir les maîtres du monde[138] »

Les années de synthèse[modifier | modifier le code]

Les Femmes d’Alger dans leur appartement
Eugène Delacroix - Les Femmes d'Alger.jpg
Artiste
Eugène Delacroix
Date
1834
Type
Huile sur toile
Dimensions (H × L)
180 × 229 cm
Mouvement
Localisation

Grâce à un voyage en Afrique du Nord et à son séjour en Algérie du lundi 18 au jeudi 28 juin 1832, Delacroix aurait alors visité le harem d'un ancien reis du Dey qu'il évoquera dans sa peinture des femmes d'Alger dans leur appartement, du Salon de 1834. (Louvre, cat. no 163) scène qu'il reproduit de mémoire dans son atelier dès son retour[139]. Poirel, ingénieur au port d'Alger, lui a présenté un ancien corsaire qui a accepté d'ouvrir les portes de sa maison au jeune français. Delacroix est transporté par ce qu'il voit : « C'est comme au temps d'Homère, la femme dans la gynécée, brodant de merveilleux tissus. C'est la femme comme je la comprends[140] ».

Grâce à ce voyage, il fut l'un des premiers artistes à aller peindre l'« Orient » d'après nature, ce qui valut, outre de très nombreux croquis et aquarelles, quelques belles toiles de la veine des Femmes d'Alger dans leur appartement, tableau à la fois orientaliste et romantique, l'orientalisme étant caractéristique des artistes et écrivains au XIXe siècle.

Les premiers grands ensembles décoratifs[modifier | modifier le code]

Détail du salon du Roi : Les forces vives de l'État : la Justice

C’est le 31 août 1833 que Thiers, ministre des Travaux Publics de l’époque, confia à Delacroix, sa première grande décoration : la « peinture sur muraille » du Salon du Roi ou Salle du Trône, au Palais Bourbon (actuelle Assemblée nationale). Cet ensemble composé d’un plafond, avec une verrière centrale entourée de huit caissons (quatre grands et quatre petits), de quatre frises situées au-dessus des portes et fenêtres, et de huit pilastres, lui fut payé 35 000 francs[141]. Il le peignit à l’huile sur toiles marouflées, et les frises à l’huile et à la cire directement sur le mur afin d’obtenir une matité plus proche de la détrempe. Il adopta la même technique pour les pilastres peints sur les murs, mais en grisaille[141]. Il termina cette commande sans collaborateurs, excepté des ornemanistes pour les décors dorés, en particulier Charles Cicéri[142].

Dans les quatre caissons principaux, il a représenté quatre figures allégoriques symbolisant pour lui, les forces vives de l’État : la Justice, l’Agriculture, l’Industrie et le Commerce, et la Guerre[143]. Les quatre plus petits, disposés aux quatre angles de la pièce, entre les caissons principaux, sont couverts de figures d’enfants[144], avec des attributs, comme :

Dans les trumeaux allongés, séparant les fenêtres et les portes, il représenta en grisaille les principaux fleuves de France la Loire, le Rhin, la Seine, le Rhône, la Garonne et la Saône). Il plaça L’océan et la Méditerranée, cadre naturel du pays, des deux côtés du trône[145]. Son travail fut bien accueilli par les critiques, qui, dans leur ensemble, lui reconnurent les talents d’un grand décorateur, à l’égal d’un Primatice ou d’un Medardo Rosso. Pour eux, Delacroix avait su allier intelligence et culture, en choisissant des thèmes adaptés à l’espace et au volume[146] du lieu à décorer. La Salle du Trône (aujourd’hui appelé salon Delacroix), où le roi se rendait pour inaugurer les sessions parlementaires, était effectivement une pièce ingrate à décorer, de format carré, d’environ 11 mètres de côté et qu’il dut faire aménager.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Les derniers grands ensembles décoratifs[modifier | modifier le code]

La coupole centrale de la bibliothèque, représentant la Législation

À peine son œuvre fut-elle achevée dans le salon du Roi, qu'en septembre 1838 le ministre de l'Intérieur Camille de Montalivet lui confie le décor de la bibliothèque de l'Assemblée nationale, toujours dans le Palais Bourbon[147]. Pour ce projet d'une grande ampleur, Delacroix peindra les 5 coupoles, ainsi que les deux culs-de-four de la salle de lecture.

Chacune des cinq coupoles est consacrée à une discipline, évoquée dans les pendentifs par des scènes ou des évènements qui l'ont illustrée : la Législation au centre, la Théologie et la Poésie d'un côté, la Philosophie et les Sciences de l'autre.

Les deux culs-de-four qui les encadrent représentent quant à eux la Paix, berceau du savoir, et la Guerre, qui en est l'anéantissement :

  • « Attila, suivi de ses hordes, foule aux pieds l'Italie et les Arts » (cul-de-four de la guerre)
  • « Orphée vient policer les Grecs encore sauvages et leur enseigner les Arts de la Paix » (cul-de-four de la paix)

Ce travail durera jusqu'à la fin de l'année 1847, le chantier ayant pris du retard pour divers problèmes de santé et d'autres travaux en parallèle. L'ensemble est accueilli avec enthousiasme par la critique, et a participé à sa reconnaissance en tant qu'artiste complet, se situant dans la tradition de la renaissance italienne.

Il fut également sollicité dans le même temps pour la décoration de la salle de lecture de la bibliothèque du Sénat au Palais du Luxembourg à Paris, entre 1840 et 1846 :

  • coupole « La rencontre de Dante et Homère » : Homère, les Grecs, Orphée, les Romains.
  • quatre médaillons hexagonaux « La Philosophie », « La Théologie », « L'Éloquence », et « La Poésie ».
  • un dessus de fenêtre « Alexandre après la bataille d'Ardelles ».

La consécration[modifier | modifier le code]

Tant que la demande des collectionneurs reste faible, sa carrière dépend des commandes officielles, dont les acquisitions directes effectuées généralement sur les fonds privés du souverain. Pour se concilier les faveurs du pouvoir, il fréquente tous les cercles politiques à la mode et ne refuse jamais une visite pouvant s’avérer fructueuse. Durant toute sa vie, à l'exception des dernières années marquées par la maladie, Delacroix a une vie mondaine intense mais en souffre, se pliant à ces obligations afin d'obtenir des commandes[148]. Il aime se retirer dans sa maison de campagne à Champrosay, tout près de la forêt de Sénart, surtout à partir des années 1840[149].

Bien que trouvant des appuis auprès de la presse, des revues d’art et de certains critiques de l’époque (Théophile Gautier et Charles Baudelaire seront de constants soutiens), son génie ne sera que tardivement reconnu par les milieux officiels de la peinture. Il ne triomphera qu’en 1855 à l’Exposition Universelle et ne sera élu à l’Institut de France que le 10 janvier 1857 au siège de Paul Delaroche, après sept candidatures infructueuses, Ingres s'opposant à son élection. Il n'est pas entièrement satisfait, car l'Académie ne lui donne pas le poste de professeur aux Beaux-Arts qu'il espérait. Il se lance alors dans un Dictionnaire des Beaux-Arts qu'il n'achève pas.

Lors de l'exposition universelle de 1855, Ingres expose quarante toiles, Delacroix trente-cinq, sorte de rétrospective comprenant quelques-uns de ses plus grands chefs-d'œuvre prêtés par différents musées. Il est présenté l'homme qui sait dépasser la formation classique pour renouveler la peinture. Ses dernières années sont ruinées par une santé défaillante, qui le plonge dans une grande solitude[150].

Tombe au Père-Lachaise

Il meurt d'une crise d'hémoptysie des suites d'une tuberculose[151] le , au 6 rue de Furstemberg à Paris. Il repose au cimetière du Père-Lachaise, division 49. Sa tombe, un sarcophage en pierre de Volvic, est, selon son désir, copié de l'antique puisque sa forme reproduit fidèlement le modèle antique de tombeau dit de Scipion[152].

Eugène Delacroix avait participé à la création, en 1862, de la Société nationale des beaux-arts, laissant son ami l'écrivain Théophile Gautier, qui l'avait fait connaître dans le cénacle romantique, en devenir le président avec le peintre Aimé Millet comme vice-président. En plus de Delacroix, le comité était composé des peintres Albert-Ernest Carrier-Belleuse, Pierre Puvis de Chavannes et parmi les exposants se trouvaient Léon Bonnat, Jean-Baptiste Carpeaux, Charles-François Daubigny, Laura Fredducci, Gustave Doré et Édouard Manet. En 1864, juste après la mort de Delacroix, la société organisa une exposition rétrospective de 248 peintures et lithographies de ce célèbre peintre et « step-uncle » de l'empereur[Quoi ?].[réf. nécessaire]

Authentique génie, il a laissé de nombreuses œuvres engagées qui étaient souvent en rapport avec l'actualité (Les massacres de Scio ou La Liberté guidant le peuple). Il exécuta aussi nombre de tableaux à thèmes religieux (La Crucifixion, La Lutte de Jacob avec l'Ange, Le Christ sur le lac de Génésareth, etc.), bien qu'il se soit parfois déclaré athée. Sur tous les terrains de son époque, il reste le symbole le plus éclatant de la peinture romantique.

Après sa mort[modifier | modifier le code]

À sa mort, les artistes contemporains lui rendirent de vibrants hommages, notamment Gustave Courbet. Dans ses Principes de l'art publiés en 1865, Pierre-Joseph Proudhon résume : « chef de l'école romantique, comme David l'avait été de l'école classique, Eugène Delacroix est un des plus grands artistes de la première moitié du dix-neuvième siècle. Il n'eût pas eu d'égaux, et son nom aurait atteint le plus haut degré de la célébrité, si, à la passion de l'art et à la grandeur du talent, il avait joint la netteté de l'idée[153] ».

En 1930, pour le centenaire du romantisme, Élie Faure apporte cependant des mises au point sur ce terme attribué à Delacroix[154]. Delacroix est, selon lui, plus classique qu'Ingres : « Il est aisé de montrer qu'Ingres, par ses déformations plus arbitraires qu'expressives et son peu d'intelligence de l'ordre rationnel d'une composition, est à la fois plus romantique et moins classique en dépit de ses qualités réalistes et sensuelles que Delacroix, Barye ou Daumier[155] ». La définition du mot « romantique » en peinture devant être élargie, toujours selon Élie Faure : « Les plus grands de nos classiques sont des romantiques avant la lettre, comme les bâtisseurs de cathédrales l'étaient quatre ou cinq siècles auparavant. Et à mesure que les temps s'éloignent, on s'aperçoit que Stendhal, Charles Baudelaire, Barye, Balzac, Delacroix prennent naturellement place auprès d'eux. Le romantisme, en vérité, pourrait n'être réduit à se définir que par l'excès de la saillie, qui est le principe de l'art-même et de la peinture avant tout. Mais où commence cet excès, où cesse-t-il ? Avec le génie justement. Ce serait donc les mauvais romantiques qui définiraient le romantisme[155]. »

L'influence de Delacroix[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Delacroix inspirera nombre de peintres, tel le pointilliste Paul Signac ou Vincent van Gogh[156]. Ses tableaux témoignent en effet d'une grande maîtrise de la couleur.

Hommages[modifier | modifier le code]

Une souscription publique permit l'installation d'un monument dû à Jules Dalou dans le jardin du Luxembourg à Paris.

Plusieurs œuvres d'Eugène Delacroix ont servi à des objets français d'usage courant :

Eugène Delacroix sur le billet de 100 Francs 1979 de la Banque de France
  • Dans les années 1980, une série de timbres postaux représenta des détails du tableau suivant : La Liberté guidant le peuple.
  • À la fin du XXe siècle, le billet de banque de cent francs commémorait Delacroix et son tableau La Liberté guidant le peuple. Il s'agissait alors du seul billet de banque au monde représentant une femme aux seins nus. Il était impossible de le changer en monnaie locale dans certains pays islamiques.

Delacroix et la peinture d'histoire[modifier | modifier le code]

Les thèmes littéraires[modifier | modifier le code]

La plupart des œuvres de Delacroix sont d'inspiration littéraire. Il en était déjà ainsi de sa La Barque de Dante. Il en sera de même de son Sardanapale[i], inspiré d'un poème de Byron ; il en sera également ainsi de sa Barque de don Juan, tiré d'un autre poème de Byron, et il en sera encore ainsi de quantité d'autres peintures qui sortent tout droit des œuvres de Shakespeare, de Goethe[157] ou d'autres écrivains, notamment Walter Scott, Dante et Victor Hugo. Les Pirates africains enlevant une jeune femme au Louvre, seraient vraisemblablement inspirés par une de ses Orientales (la Chanson du Pirate).

Les thèmes religieux[modifier | modifier le code]

Il exécuta aussi nombre de tableaux à thème religieux tout au long de sa carrière :

Le Journal d’Eugène Delacroix[modifier | modifier le code]

Débuté en 1822, interrompu en 1824, repris en 1847 jusqu'en 1863 à sa mort, le journal intime de Delacroix est le chef-d'œuvre littéraire du peintre. Il y note ses réflexions sur la peinture, la poésie ou la musique. Il y consigne ses discussions avec George Sand (avec qui il entretient une profonde amitié), la baronne Joséphine de Forget (dont il est l'amant pendant une vingtaine d'années), Chopin, Chabrier… C'est un témoignage au jour le jour non seulement sur la vie du peintre, de ses inquiétudes, de sa mélancolie (qu'il évite de montrer à ses proches, excepté à sa gouvernante et confidente Jenny Le Guillou, Delacroix n'ayant jamais été marié), mais aussi de la vie parisienne au milieu du XIXe siècle. On y remarque également une certaine misogynie et une obsession du corps masculin : "Je regarde avec passion et sans fatigue ces photographies d'hommes nus, ce poème admirable, ce corps humain sur lequel j'apprends à lire et dont la vue m'en dit plus que les inventions des écrivassiers"[158]. La première édition du Journal de Delacroix est parue chez Plon en 1893 et a été révisée en 1932 par André Joubin, puis rééditée en 1980 avec une préface d'Hubert Damisch chez le même éditeur. Il a ensuite fallu attendre 2009 pour que Michèle Hannoosh en publie, aux éditions José Corti, une monumentale version critique, corrigée sur les manuscrits originaux et augmentée des découvertes récentes.

On doit aussi à Delacroix l'ébauche d'un Dictionnaire des Beaux-Arts, assemblé et publié par Anne Larue, et des articles sur la peinture.

Ateliers[modifier | modifier le code]

Delacroix travailla longtemps dans son premier atelier de la rue Notre-Dame-de-Lorette, à Paris. En 1857, afin de se rapprocher de l’église Saint-Sulpice dont il avait été chargé en 1847 de décorer une chapelle, il rejoignit l'Atelier de la rue Furstenberg. Célèbre adresse où se succèderont Frédéric Bazille, Claude Monet, ou encore Diogène Maillart, élève de Delacroix et Grand Prix de Rome en 1864.

L'endroit, 6 rue de Furstenberg Paris 6e, est aujourd'hui le musée national Eugène-Delacroix.

Élèves de Delacroix[modifier | modifier le code]

Plus qu'un simple élève, Jean-Pierre Andrieux fut pour Delacroix un assistant ; on lui doit des copies d'œuvres du maître, dont la Chasse au Lion (Paris, Assemblée nationale), et la restauration du plafond de la galerie d'Apollon au Musée du Louvre[159]. (liste non exhaustive)

Les œuvres de Delacroix[modifier | modifier le code]

Les dessins et peintures[modifier | modifier le code]

De 1819 à 1821[modifier | modifier le code]

De 1822 à 1824[modifier | modifier le code]

De 1825 à 1832[modifier | modifier le code]

De 1833 à 1839[modifier | modifier le code]

De 1840 à 1846[modifier | modifier le code]

De 1847 à 1853[modifier | modifier le code]

De 1854 à 1863[modifier | modifier le code]

Les gravures[modifier | modifier le code]

Les lithographies[modifier | modifier le code]

Faust de Goethe

En 1827, l'éditeur et lithographe Charles Motte le persuade d'illustrer la première édition française du Faust de Johann Wolfgang von Goethe, lui-même se chargeant de lithographier les planches et de les colorier à l'aquarelle.

  • Macbeth consultant les sorcières, (1825), lithographie, Bertauts, R. Rodier imprimeur, Paris
  • Faust et Méphistophélès galopant dans la nuit du sabbat, (1826), Nemours au Château-Musée
  • Faust dans la prison de Marguerite, (1828), lithographie, chez motte imprimeur, Paris

Écrits[modifier | modifier le code]

Œuvres critiques[modifier | modifier le code]

Journal et correspondance[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, vol. 4, éditions Gründ, , 13440 p. (ISBN 2700030141), p. 364-369
  • Edina Bernard, Pierre Cabanne, Janic Durand et Gérard Legrand, Histoire de l'Art du Moyen Âge à nos jours, Paris, Larousse, , 947 p. (ISBN 2035833205), p. 268, 454, 469, 472, 478, 482, 484, 486, 489-490, 492-495, 497, 503, 506-508, 510, 512-514, 516, 520, 523, 529-531, 539, 551, 553, 568
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Eugène Delacroix » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, (Wikisource)
  • Élie Faure, Histoire de l'art, Denoël, Paris, 1987, en 5 volumes, t. V, (ISBN 2207100766)
  • D. Fromont, La peinture française de David à Courbet, Paris, Bruxelles, Elsevier, coll. « Richesses du monde », , 104 p. (OCLC 8962833), p. 1er page de couverture. 15. 17-19. 29. 66-70
  • Michel Laclotte et Jean-Pierre Cuzin, Dictionnaire de la peinture : la peinture occidentale du Moyen âge à nos jours, Paris, Larousse, (ISBN 978-2-035-11341-2, OCLC 38567096)

Sur Eugène Delacroix[modifier | modifier le code]

monographies
  • (de) Robert Floetemeyer, Delacroix' Bild des Menschen - Erkundungen vor dem Hintergrund der Kunst des Rubens, Mayence, Philipp von Zabern, , 280 p. (ISBN 3-805-32329-8 et 978-3-805-32329-1) (Delacroix image de l'homme : Explorations dans le contexte de l'art de Rubens)
  • Henri Gourdin, Eugène Delacroix : Biographie, Paris, Éditions de Paris,
  • Gilles Néret, Eugène Delacroix 1798-1863, Cologne, Taschen, , 96 p. (ISBN 382285946x)
  • Marie-Christine Natta, Eugène Delacroix, Taillandier,
  • Claude Pétry, Lee Johnson, Arlette Serullaz et musée des Beaux-Arts de Rouen, Delacroix, la naissance d'un nouveau romantisme, Rouen, Réunion des musées nationaux, , 191 p. (ISBN 2711836959)
  • Maurice Sérullaz, Delacroix, Paris, éditions Fernand Nathan, , 207 p. (ISBN 2092845594)
  • Maurice Sérullaz, Biographie de Eugène Delacroix, Paris, Fayard, , 476 p. (ISBN 2213022631)
  • Arlette Sérullaz et Edwart Vignot, Le bestiaire d'Eugène Delacroix, Paris, Citadelle et Mazenod, , 239 p. (ISBN 2850882682)
  • René Huyghe, Delacroix ou Le combat solitaire, Hachette, Paris, 1964 [l'édition originale est de loin préférable à la réimpression abrégée : Laffont, (coll. Ils étaient une fois), Paris, 1990, (ISBN 2-221-06507-7)
  • Maurice Sérullaz, Delacroix, Paris, Fayard, (ISBN 978-2-213-02263-5 et 2-213-02263-1)
  • Arlette Sérullaz et Annick Doutriaux, Delacroix : Une fête pour l'œil, Paris, Éditions Gallimard, Réunion des Musées Nationaux, coll. « Découvertes », (ISBN 2-711-83698-3)
  • Arlette Sérullaz et Edwart Vignot, Le bestiaire d'Eugène Delacroix, Paris, Citadelles & Mazenod, (ISBN 978-2-850-88268-5)
Articles et chapitres
  • Théophile Gautier, « Eugène Delacroix », Le Moniteur,‎  ; texte sur wikisource
  • Claude Jaeglé, Géricault - Delacroix : La rêverie opportune, Paris, 1997, Les Editions de l’Epure.
  • Alberto Martini et Claude Roger-Marx, « Delacroix », dans Chefs-d’œuvre de l'art : Les grands peintres, éditions Hachette, Paris, 1967, no 51

Monographies sur des œuvres de Delacroix[modifier | modifier le code]

Catalogues[modifier | modifier le code]

Bulletins de la Société des Amis du Musée Eugène Delacroix à Paris[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est l'opinion de Jean Orieux[11].
  2. Du grec sarkos, chair et de kêlê, tumeur. A.B. Imbert Delonnes, Opération de sarcocèle faite le 27 fructidor an V au citoyen Charles Delacroix, Paris, gouvernement de la République française, an vi (1798) (lire en ligne). La tumeur du testicule gauche, de 35 cm de long, avait atteint 32 livres (14 kg) et avait absorbé le reste de l'appareil génital qui apparaissait semblable « à un second nombril ».
  3. Auteur de Souvenirs, dans le chapitre « Berryer. Un séjour à Augerville en 1840 », elle présente Delacroix dans les pages 36 à 42, concluant par cette paternité supposée. Le peintre figure ensuite comme protagoniste des conversations de salon jusqu'à la page 54[14].
  4. Maintenant décédé, ex-inspecteur général honoraire des Musées et ex-conservateur en chef honoraire du Cabinet des dessins au musée du Louvre et du Musée Eugène Delacroix, ex-professeur à l'École du Louvre et aux cours de Civilisation française de la Sorbonne.
  5. Auteur de l'Histoire de l'art de l'Antiquité (1764)[29].
  6. Une tartouillade est, selon le Littré « En langage d’atelier, peinture d’une exécution très lâchée, et dans laquelle la composition et le dessin sont complètement sacrifiés à la couleur ».
  7. Département des Arts graphiques, musée du Louvre.
  8. La Révolution française a institué le drapeau tricolore comme emblème national français; l'Empire le conserva. La restauration reprit le drapeau blanc, couleur du Roi. La Monarchie de Juillet, issue des journées de Juillet qui font le sujet du tableau, adopta l'emblème national, de préférence à l'emblème dynastique.
  9. La Mort de Sardanapale (1827): Des accords chromatiques intenses, que Baudelaire décrit comme un "lac de sang" — bien que le sang n'y coule pas encore. Inspiré d'une pièce de Lord Byron, la fin de ce potentat légendaire d'Assyrie, descendant de Nemrod et de Sémiramis, dans un palais somptueux voué aux flammes sied bien à l'imaginaire romantique.

  1. archive.org, Adolphe Moreau
  2. archive.org, Alfred Robaut: L’œuvre complet d’Eugène Delacroix, Peintures Dessins Gravures Lithographies
  3. a et b Sérullaz 1989, p. 49.
  4. Michèle Hannoosh, « Répertoire biographique », dans Eugène Delacroix, Journal, t. 2, Paris, José Corti, , p. 2156.
  5. Hannoosh 2009, p. 2316.
  6. Sérullaz 1989, p. 29-30.
  7. a et b Sérullaz 1989, p. 30.
  8. Arlette Sérullaz, « Henriette de Verninac ou l'histoire mouvementée du portrait de la sœur d'Eugène Delacroix par Jacques Louis David », bulletin de la Société des Amis du Musée National Eugène Delacroix, no 5,‎ .
  9. Sérullaz 2007, p. 4.
  10. Allard 2004, p. 25.
  11. (Jean Orieux, Talleyrand, le sphynx incompris, Paris, Flammarion, [réf. insuffisante]
  12. M. Genty, « Le chirurgien Ange-Imbert Delonnes et l'opération de Charles Delacroix », Bulletin de la Société Française d'histoire de la médecine (Réf 464), no 26 du 2 avril 1932, consultable sur le site de Bibliothèque interuniversitaire de médecine de Paris (BIUM) ; Yves Sjöberg, Pour comprendre Delacroix, Editions Beauchesne, (lire en ligne), p. 30 ; Marie-Christine Natta, Eugène Delacroix, Tallandier, , 575 p. (ISBN 9782847346114).
  13. A Camelin, « Faut-il remettre en cause la naissance d'Eugène Delacroix ? : communication présentée à la séance du 28 janvier 1978 de la Société française d'histoire de la médecine », Bulletin SFHM,‎ (lire en ligne)
  14. Caroline Jaubert, Souvenirs de madame C. Jaubert, J. Hetzel et cie, (1re éd. 1880), 323 p. (lire en ligne)
  15. Escholier 1926, p. 7sq. apud Gaston Prinet, « De qui Eugène Delacroix était-il le fils? », L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, vol. 92,‎ , p. 308-309 (lire en ligne)
  16. Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand : Le prince immobile, Paris, Fayard, , p. 208.
  17. Sérullaz 1989, p. 203.
  18. Orieux 1970, p. 705.
  19. Walter Bruyère-Ostells, Napoléon III et le Second Empire, Vuibert, , p. 193.
  20. Eugène Delacroix, sur larousse.fr
  21. Sérullaz 1989, p. 28.
  22. a et b Marie-Christine Natta, « Un sarcocèle phénoménal », dans Eugène Delacroix, Taillandier, (lire en ligne).
  23. Sérullaz 1989, p. 50.
  24. Sérullaz 2007, p. 5.
  25. Sérullaz 1989, p. 50 ; Sérullaz et Doutriaux 1998, p. 17.
  26. Sérullaz 1989, p. 51.
  27. Sérullaz et Vignot 2008, p. 12; Sérullaz 1989, p. 43
  28. Arlette Sérullaz, « Les Géricault de Delacroix », bulletin de la Société des Amis du musée Eugène-Delacroix, no 6,‎ .
  29. Sérullaz 1989, p. 54.
  30. Sérullaz 1989, p. 63.
  31. Natta 2010
  32. Raymond Escholier, Delacroix, peintre, graveur, écrivain, H. Floury, , p. 31
  33. Sabine Slanina, « Sur les traces d'Eugène Delacroix et de Louis-Auguste Schwiter », bulletin de la Société des Amis du musée Eugène-Delacroix, no 6,‎ , p. 28.
  34. Sérullaz 1989, p. 102-103.
  35. le 9 septembre 1827 ; Sérullaz 1989, p. 111.
  36. Gérald Bauer, Le Siècle d'or de l'aquarelle anglaise, 1750—1850, Anthèse, , 160 p., p. 17.
  37. Sérullaz 1989, p. 72 ; Allard 2004, p. 26.
  38. a et b Sérullaz 1989, p. 66 ; Allard 2004, p. 25.
  39. Sérullaz 2008 ; baron de Girardot, « Théodore Géricault, correspondance officielle », Archives de l'art français,‎ , p. 72 (lire en ligne).
  40. Sérullaz 1989, p. 77.
  41. Sérullaz et Doutriaux 1998, p. 29.
  42. Sérullaz 1989, p. 78.
  43. Allard 2004, p. 13.
  44. Allard 2004, p. 23.
  45. Allard 2004, p. 41.
  46. Allard 2004, p. 36.
  47. Allard 2004, p. 30.
  48. Sérullaz 1989, p. 41.
  49. Sérullaz 1989, p. 42
  50. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 21.
  51. Allard 2004, p. 67.
  52. Allard 2004, p. 89.
  53. Sérullaz 1989, p. 83.
  54. Sérullaz et Vignot 2008, p. 20.
  55. Sérullaz et Vignot 2008, p. 27.
  56. a et b Sérullaz 1989, p. 95.
  57. Brahim Alaouij, Delacroix, le voyage au Maroc : exposition organisée par l'Institut du monde arabe... Paris, 27 septembre 1994-15 janvier 1995, Institut du Monde arabe, , p. 40
  58. Alaouij 1999, p. 43. Les dessins sont consultables sur « Rosset, François », sur gallica.bnf.fr.
  59. Alaouij 1999, p. 44.
  60. Alaouij 1999, p. 43
  61. Les Phares (VI, Les Fleurs du mal et le Salon de 1846 (IV, Mes Salons ; Allard 2004, p. 10.
  62. a et b Sérullaz 1989, p. 93.
  63. Sérullaz 1989, p. 102.
  64. p. 27 du bulletin de la Société des Amis du Musée National Eugène Delacroix, no 6, avril 2008
  65. p. 18 du bulletin de la Société des Amis du Musée National Eugène Delacroix, no 6, avril 2008.
  66. Sérullaz 1989, p. 106.
  67. a et b Sérullaz 1989, p. 107.
  68. Sérullaz 1989, p. 108.
  69. Pomarède 1998, p. 52-53.
  70. Pomarède 1998, p. 53
  71. Sérullaz 1989, p. 113-114.
  72. Sérullaz 1989, p. 61-62.
  73. Pomarède 1998, p. 54.
  74. Sérullaz 1989, p. 112-13.
  75. a et b Sérullaz 1989, p. 120.
  76. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 24.
  77. Sérullaz 1989, p. 121.
  78. a et b Sérullaz 1989, p. 122.
  79. p. 32 du bulletin de la Société des Amis du Musée National Eugène Delacroix, no 5 mai 2007.
  80. Sérullaz et Doutriaux 1998, p. 48.
  81. Sérullaz 1989, p. 128.
  82. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 25.
  83. a et b Sérullaz 1989, p. 130.
  84. Louis Boulanger, « Un des Cinquante Boissy d’Anglas », L'artiste,‎ (Hannoosh 2009, p. 2124) ; Sérullaz 1989, p. 131.
  85. Lettre sur les concours
  86. a et b Sérullaz et Pomarède 2004, p. 68
  87. Sérullaz 1989, p. 131
  88. Boissy d'Anglas à la Convention (1er prairial an III), Diacritiques, 2011
  89. a et b Sérullaz 1989, p. 133.
  90. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 56.
  91. a et b Sérullaz 1989, p. 134.
  92. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 57.
  93. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 48.
  94. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 19.
  95. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 20.
  96. p. 48 bulletin de la Société des Amis du Musée National Eugène Delacroix, no 5 mai 2008 ; Sérullaz 1989, p. 134
  97. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 49.
  98. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 14.
  99. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 51-52.
  100. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 57.
  101. Sérullaz 1989, p. 135.
  102. Sérullaz et Pomarède 2004, p. 58.
  103. Sérullaz 1989, p. 136.
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