Renaud de Châtillon

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Renaud de Châtillon
Illustration.
Renaud de Châtillon faisant torturer Aimery de Limoges, le patriarche d'Antioche. Guillaume de Tyr, XIIIe siècle.
Fonctions
Prince d'Antioche
avec Constance d'Antioche
Prédécesseur Raymond de Poitiers
Constance d'Antioche
Successeur Bohémond III d'Antioche
Seigneur d'Hébron
Prédécesseur Onfroy II de Toron
Successeur Conquis par Saladin
Seigneur d'Outre-Jourdain
avec Étiennette de Milly
Prédécesseur Miles de Plancy
Étiennette de Milly
Successeur Onfroy IV de Toron
Biographie
Date de naissance v.1120
Date de décès
Lieu de décès Hattin
Conjoint (1) Constance d'Antioche
(2) Étiennette de Milly

Renaud de Châtillon
Sceaux de Renaud de Châtillon.

Renaud de Châtillon, né vers 1120 et mort en 1187 à Hattin, est prince d'Antioche de 1153 à 1160 ou 1161. Il se fait remarquer par la violence de ses actions. Capturé à la suite d'un raid, il reste emprisonné pendant 15 ans, période pendant laquelle il perd le titre de Prince d'Antioche. En 1175, ayant proposé ses services au roi Baudouin IV de Jérusalem, celui-ci lui octroie la seigneurie d'Hébron. Il se marie la même année à Étiennette de Milly et devient seigneur d'Outre-Jourdain. Il gardera ces deux titres jusqu'à sa mort.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Peu de choses sont connues concernant les jeunes années de Renaud de Châtillon. Il naît probablement aux alentours de l'année 1120[1]. On a longtemps pensé que Renaud de Châtillon était le fils d'Henri Ier, seigneur de Châtillon-sur-Marne, et d'Ermengarde de Montjay[2]; mais en 1989, d'après Jean Richard a établi qu'il est le fils d'Hervé II, seigneur/baron de Gien, Châtillon (Châtillon-sur-Loing, actuellement Châtillon-Coligny) et Donzy[3]. Il a donc pour frère aîné Geoffroy III de Donzy.

Départ pour la Terre Sainte[modifier | modifier le code]

La condition de cadet de Renaud de Châtillon le prédestine a priori à une vie près de sa famille. L'appel au pèlerinage armé que constituent les Croisades leur ouvre, à lui et ses pareils, des espoirs de se tailler un nom, une fortune, voire la gloire dans les États latins d'Orient.

Ce cadet sans fortune part pour la Terre sainte au moment de la Deuxième Croisade, arrivant à destination en 1147[4], dans des conditions que les sources contemporaines ne précisent pas. Au printemps 1153, il épouse Constance, princesse régente d'Antioche, veuve de Raymond de Poitiers. Aimery de Limoges, patriarche d’Antioche, dont ce mariage diminue alors l'influence sur la princesse, ayant parlé de lui avec mépris, Renaud le jette en prison, le fait torturer, puis après avoir enduit ses blessures de miel, l’enchaîne et le fait exposer au soleil et aux insectes[5].

Premières razzias et emprisonnement[modifier | modifier le code]

Prétextant le refus du basileus Manuel Ier Comnène de lui payer une somme due pour services militaires contre le prince Thoros II d'Arménie, il décide de lancer un raid contre Chypre, alors un thème byzantin. Allié avec son ennemi de la veille, Thoros, il débarque à Chypre au printemps 1155, défait sans difficultés la garnison byzantine, puis ravage systématiquement l’île[6] : les champs cultivés sont brûlés, les troupeaux massacrés, les églises, les palais et les couvents pillés et incendiés, les femmes violées, les vieillards et les enfants égorgés, les hommes riches emmenés en otage et les pauvres décapités. Avant de quitter l’île avec son butin, Renaud fait rassembler tous les prêtres et les moines grecs et leur fait couper le nez avant de les envoyer à Constantinople. Même en cette époque où la piraterie contre Byzance est chose ordinaire, la violence de cette razzia indigne tous les chroniqueurs[4].

Très vite, les violences de Renaud le rendent odieux à ses voisins alépins, aux Byzantins et à ses propres sujets.

Pendant les trois années qui suivent le raid sur Chypre, Renaud est aux côtés du roi Baudouin III de Jérusalem dans divers combats contre les forces musulmanes, ce qui lui permet en 1158 de reprendre la ville d'Harim à Saladin.

L'empereur Manuel Ier Comnène, forcé d'abandonner ses ambitions en Méditerranée occidentale, y gagne d'avoir les mains libres en Orient. Les princes francs d'Orient désirent son alliance et Baudouin III de Jérusalem épouse la nièce de l'empereur. Ce dernier réunit une importante armée, reconquiert la Cilicie sur les Arméniens et prend ses quartiers d'hiver à cent cinquante kilomètres d'Antioche. Renaud de Châtillon, conscient que les autres princes francs désapprouvent sa conduite à Chypre et que Manuel Ier lui en tient rigueur, prend les devants et demande, prosterné, pieds nus et la corde au cou, le pardon de l'empereur. L'empereur le lui accorde et, en avril 1159, fait à Antioche une entrée pacifique, mais destinée à rappeler la vassalité d'Antioche envers Byzance.

Le , Renaud est fait prisonnier par les soldats turcs au cours d’une opération de pillage. Nur ad-Din le tient emprisonné à Alep (peut-être dans la citadelle[7]) durant seize ans.

Pendant sa captivité, Constance d'Antioche meurt et Bohémond III d'Antioche, fils du premier mariage de Constance, hérite d'Antioche.

Grâce à un échange de prisonniers, Renaud est libéré en 1176 par As-Salih Ismail al-Malik, le fils de Nour ad-Din Mahmûd. Selon d'autres sources, en tant que beau-père de l'impératrice Marie d'Antioche, il est racheté pour la somme extraordinaire de 120 000 dinars d'or.

Apogée[modifier | modifier le code]

Il propose alors ses services au roi Baudouin IV de Jérusalem. En récompense, le roi de Jérusalem lui donne la seigneurie d'Hébron. En épousant la jeune veuve de Miles de Plancy, Étiennette de Milly, dame d'Outre-Jourdain, il devient seigneur de Montréal et d'Outre-Jourdain. Il tient notamment les forteresses de Kerak et de Chawbak, base de ses raids contre les caravanes passant dans les environs.

Appuyé sur ces forteresses, il multiplie les raids militaires sur les garnisons ou les caravanes logistiques. Allié des Templiers, il exerce sur la cour de Jérusalem une influence grandissante. Il est partisan d’une politique de conquête face aux musulmans.

Contrairement aux chroniqueurs francs, qui semblent vouloir minimiser son rôle en cette occasion, mais conformément à tous les chroniqueurs musulmans, on pense maintenant que c'est Renaud de Châtillon qui commande l'armée des croisés lors de la célèbre bataille de Montgisard ()[8].

En 1181, malgré une trêve conclue entre Baudouin IV de Jérusalem et Saladin, il pille une caravane se rendant à la Mecque. Saladin s’en plaint à Baudouin IV de Jérusalem, qui ne trouve pas la force de sévir contre son vassal (il est alors en pleine crise dans sa maladie, la lèpre). Saladin, fou de rage, aurait déclaré qu'il tuerait Renaud de Châtillon de ses propres mains.

Chute et mort de Renaud de Châtillon[modifier | modifier le code]

Mort de Renaud de Châtillon
Guillaume de Tyr, Historia (BNF, Mss.Fr.68, folio 399)

En 1182, il mène une expédition en mer Rouge, pille les ports du Hedjaz et menace les villes saintes de l'Islam, La Mecque et Médine avec l'intention de voler le corps de Mahomet[9] et mettre à sac la Kaaba et le tombeau du prophète de l'Islam[10]. En chemin, il coule un bateau de pèlerins musulmans se rendant à Jeddah. Tandis que Renaud, chargé de butin, remonte vers ses terres, ses hommes continuent à sillonner la mer Rouge et pillent le Hedjaz ; Le frère de Saladin, al-Adel, gouverneur en Égypte, lance contre eux une flotte qui écrase les pillards. Certains d’entre eux sont conduits à La Mecque pour y être décapités en public.

En 1183, Saladin multiplie alors les raids sur son territoire. Il assiège la forteresse de Kérak, à l'exception du secteur où se déroulent les noces de la demi-sœur de Baudoin IV et du beau-fils héritier de Renaud. La forteresse n'étant pas encore tombée à l'approche de l'armée de secours Baudouin IV, Saladin lève prudemment le siège.

Baudouin IV meurt en 1185. Sibylle, sœur de Baudouin IV mariée à Guy de Lusignan, est prétendante au trône de Jérusalem. La régence du royaume de Jérusalem au nom de Baudouin V, fils de Sybille et de son premier mari Guillaume de Montferrat, est dévolue à Raymond III de Tripoli.

À la mort de Baudouin V en 1186, un coup d'État mené par Josselin III de Courtenay fait couronner Guy de Lusignan et Sybille à Jérusalem. Raymond III de Tripoli, outré, va jusqu'à négocier avec Saladin. Renaud de Châtillon est en fait, le vrai maître de Jérusalem[11].

En 1187, Renaud de Châtillon viole la trêve avec Saladin en faisant attaquer une caravane allant d'Égypte à Damas. La trêve rompue, Saladin engage la guerre contre le royaume de Jérusalem. La bataille entre les deux armées a lieu le à Hattin et les Francs sont vaincus. Renaud de Châtillon, ainsi que Guy de Lusignan sont prisonniers de Saladin. Saladin traite Guy avec courtoisie mais fait couper la tête de Renaud de Châtillon. Cette défaite totale marque la fin du Royaume de Jérusalem[11].

Enfants[modifier | modifier le code]

De son premier mariage (1153) avec Constance d'Antioche (1127 † 1163), il eut :

De son second mariage (1177) avec Étiennette de Milly, dame d'Outre-Jourdain, il eut :

Dans la culture[modifier | modifier le code]

  • Le Saladin (1963) de Youssef Chahine en fait l'ennemi juré (interprété par Ahmed Louxor) du héros, et met l'accent sur sa cruauté et ses traîtrises.
  • Dans Kingdom of Heaven (2005) de Ridley Scott, Renaud de Châtillon est interprété par Brendan Gleeson. Il est un des personnages secondaires du film, qui le montre en opposant du personnage principal et partisan de Guy de Lusignan, jusqu'à sa mort à la bataille de Hattin. De manière erronée, le film lui fait arborer la croix pattée de l'Ordre du Temple, alors qu'il n'était pas templier.
  • Il est le personnage principal du tome 2 de la série de bande dessinée L'Histoire secrète - Le Château des djinns, qui relate les événements suivant sa libération en 1176 dans un univers uchronique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Aubé, Un croisé contre Saladin, Renaud de Châtillon, Paris, Fayard, coll. « Histoire », , 306 p. (ISBN 978-2-213-63243-8), Chapitre 1
  2. (en) Steven Runciman, A History of the Crusades: The Kingdom of Jerusalem and the Frankish East, 1100-1187, .
  3. Jean Richard, « Aux origines d'un grand lignage. Des Palladii à Renaud de Châtillon », Media in Francia… Recueil de mélanges offerts à Karl Ferdinand Werner…, Institut historique allemand, Maulévrier, 1989. Jean Richard est suivi par Pierre Aubé, Un croisé contre Saladin. Renaud de Châtillon, Fayard, 2007, p. 17 et 19.
  4. a et b Amin Maalouf, Les Croisades vues par les Arabes, J'ai Lu, , p.182
  5. René Grousset, L'Épopée des croisades, Perrin, , chapitre VIII, p.173 (ISBN 978-2-262-06976-6)
  6. (en) Peter W Edbury, William of Tyre: Historian of the Latin East, Cambridge University Press, (ISBN 978-0521267663, lire en ligne), p. 142
  7. (en) Ross Burns, The Monuments of Syria : A Guide, I.B.Tauris, 2009, p. 39. (ISBN 0857714899)
  8. Pierre Aubé, Un croisé contre Saladin, Renaud de Châtillon, Fayard, 2007, p. 162, qui renvoie à G.-L. Schlumberger et à B. Hamilton et reconnaît avoir lui-même sous-estimé le rôle de Renaud dans un ouvrage précédent.
  9. (en) Yaroslav Trofimov, The Siege of Mecca : The Forgotten Uprising in Islam's Holiest Shrine, Penguin Books Limited, , 320 p. (ISBN 978-0-14-191980-5, lire en ligne)
  10. (it) Storia delle crociate di G. Michaud : 2, Antonio Fontana, (lire en ligne), p. 274
  11. a et b Michel Balard, Croisades et Orient latin (XIe-XIVe siècle), Paris, Armand Collin, , p.86.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]