Renaud de Châtillon

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Renaud de Châtillon
Titre
Prince d'Antioche
avec Constance d'Antioche
Prédécesseur Raymond de Poitiers
Constance d'Antioche
Successeur Bohémond III d'Antioche
Seigneur d'Hébron
Prédécesseur Onfroy II de Toron
Successeur Conquis par Saladin
Seigneur d'Outre-Jourdain
avec Étiennette de Milly
Prédécesseur Miles de Plancy
Étiennette de Milly
Successeur Onfroy IV de Toron
Biographie
Date de naissance v.1120
Date de décès
Lieu de décès Hattin
Conjoint (1) Constance d'Antioche
(2) Étiennette de Milly

Renaud de Châtillon, né vers 1120, mort en 1187 à Hattin, prince consort d'Antioche (1153-1163), puis seigneur consort d'Outre-Jourdain et seigneur d'Hébron.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières razzias et emprisonnement[modifier | modifier le code]

Renaud de Châtillon fit torturer Aimery de Limoges, le patriarche d'Antioche. Guillaume de Tyr, XIIIe siècle.

Certaines sources[1] font de Renaud de Châtillon le fils d'Henri Ier, seigneur de Châtillon et d'Ermengarde de Montjay mais, d'après Jean Richard[2], il aurait été fils d'Hervé II de Donzy, seigneur de Gien, Châtillon (Châtillon-sur-Loing, actuellement Châtillon-Coligny) et Donzy.

Ce cadet sans fortune passe pour être un magnifique guerrier. Il part pour la Terre sainte et, au printemps 1153, épouse Constance, princesse régente d'Antioche, veuve de Raymond de Poitiers. Aimery de Limoges, patriarche d’Antioche, dont ce mariage diminue alors l'influence sur la princesse, ayant parlé de lui avec mépris, Renaud le jette en prison, le fait torturer, puis après avoir enduit ses blessures de miel, l’enchaîne et le fait exposer au soleil et aux insectes[réf. nécessaire].

Prétextant le refus du basileus Manuel Ier Comnène de lui payer une somme due pour services militaires contre le prince Thoros II d'Arménie, il décide de lancer un raid contre Chypre, alors un thème byzantin. Allié avec son ennemi de la veille, Thoros, il débarque à Chypre au printemps 1155, défait sans difficultés la garnison byzantine, puis ravage systématiquement l’île : les champs cultivés sont brûlés, les troupeaux massacrés, les églises, les palais et les couvents pillés et incendiés, les femmes violées, les vieillards et les enfants égorgés, les hommes riches emmenés en otage et les pauvres décapités. Avant de quitter l’île avec son butin, Renaud fait rassembler tous les prêtres et les moines grecs et leur fait couper le nez avant de les envoyer à Constantinople. Même en cette époque où la piraterie contre Byzance est chose ordinaire, la violence de cette razzia indigne tous les chroniqueurs.

Très vite, les violences de Renaud le rendent odieux à ses voisins Alépins, aux Byzantins et à ses propres sujets.

Pendant les trois années qui suivent le raid sur Chypre, Renaud est aux côtés du roi Baudouin III de Jérusalem dans divers combats contre les forces musulmanes ce qui lui permet en 1158 de reprendre Harim à Saladin.

L'empereur Manuel Ier Comnène, forcé d'abandonner ses ambitions en Méditerranée occidentale, y gagne d'avoir les mains libres en Orient. Les princes francs d'Orient désirent son alliance et Baudouin III de Jérusalem épouse sa nièce. L'empereur réunit une importante armée, reconquiert la Cilicie sur les Arméniens et prend ses quartiers d'hiver à cent cinquante kilomètres d'Antioche. Renaud de Châtillon, conscient que les autres princes francs désapprouvent sa conduite à Chypre et que Manuel Ier lui en tient rigueur, prend les devants et demande, prosterné, pieds nus et la corde au cou, le pardon de l'empereur. L'empereur le lui accorde et, en avril 1159, fait à Antioche une entrée pacifique, mais destinée à rappeler la vassalité d'Antioche envers Byzance.

Le 23 novembre 1160, Renaud est fait prisonnier par les soldats turcs au cours d’une opération de pillage. Nur ad-Din le tient emprisonné à Alep (peut-être dans la citadelle[3]) durant seize ans. Pendant sa captivité, Constance d'Antioche meurt et Bohémond III d'Antioche, fils du premier mariage de Constance, hérite d'Antioche.

Grâce à un échange de prisonniers, Renaud est libéré en 1176 par As-Salih Ismail al-Malik, le fils de Nour ad-Din Mahmûd. Selon d'autres sources, en tant que beau-père de l'impératrice Marie d'Antioche, il est racheté pour la somme extraordinaire de 120 000 dinars d'or.

Apogée[modifier | modifier le code]

De gueules, à trois pals de vair, au chef d'or (Châtillon). L'écu posé sur une cartouche et timbré d'une couronne ducale. Cimier à un cerf ailé de gueules. Supports: deux lévriers d'argent, leurs colliers de gueules, bouclés et cloués d'or. (Courcelles Vol XI et Caumartin).

Il propose alors ses services au roi Baudouin IV de Jérusalem; en récompense, le roi de Jérusalem lui donne la seigneurie d'Hébron. En épousant la jeune veuve de Miles de Plancy, Étiennette de Milly, dame d'Outre-Jourdain, il devient seigneur de Montréal et d'Outre-Jourdain. Il tient notamment les forteresses de Kerak et de Chawbak, base de ses raids contre les caravanes passant dans les environs.

Appuyé sur ces forteresses, il multiplie les provocations. Allié des Templiers, il exerce sur la cour de Jérusalem une influence grandissante. Il est partisan d’une politique de conquête face aux musulmans, motivée beaucoup plus par ses espoirs de pillage que par des considérations stratégiques.

Contrairement aux chroniqueurs francs, qui semblent vouloir minimiser son rôle en cette occasion, mais conformément à tous les chroniqueurs musulmans, on pense maintenant que c'est Renaud de Châtillon qui commande l'armée des croisés lors de la célèbre bataille de Montgisard (25 novembre 1177)[4].

En 1181, malgré une trêve conclue entre Baudouin IV de Jérusalem et Saladin, il pille une caravane se rendant à la Mecque. Saladin s’en plaint à Baudouin IV de Jérusalem, qui ne trouve pas la force de sévir contre son vassal (il est alors en pleine crise dans sa maladie, la lèpre). Saladin, fou de rage, aurait déclaré qu'il tuerait Renaud de Châtillon de ses propres mains.

Chute et mort de Renaud de Châtillon[modifier | modifier le code]

Mort de Renaud de Châtillon
Guillaume de Tyr, Historia (BNF, Mss.Fr.68, folio 399)

En 1182, il mène une expédition en mer Rouge, pille les ports du Hedjaz et menace les villes saintes de l'Islam, La Mecque et Médine. En chemin, il coule un bateau de pèlerins musulmans se rendant vers Jeddah. Tandis que Renaud, chargé de butin, remonte vers ses terres, ses hommes continuent à sillonner la mer Rouge et pillent le Hedjaz ; efficace du point de vue stratégique (menacer La Mecque pouvait créer une utile diversion en détournant les forces arabes du royaume de Jérusalem), l’opération manque de moyens et son exécution, peu rationnelle, en limite les effets. Le frère de Saladin, al-Adel, gouverneur en Égypte, lance contre eux une flotte qui écrase les pillards. Certains d’entre eux sont conduits à La Mecque pour y être décapités en public.

Saladin multiplie alors les raids sur son territoire (1183). Il assiège la forteresse de Kérak, mais fait épargner le secteur où se déroulent les noces de la belle-fille de Renaud. Celui-ci ne doit son salut qu’aux secours de Baudouin IV.

À la mort de Baudouin IV (1185), Sibylle la soeur de Baudouin IV, marié à Guy de Lusignan prétendent au trône. La régence du royaume de Jérusalem est dans un premier temps, dévolue à Raymond III de Tripoli, mais, à la mort de Baudouin V, un coup d'Etat mené par Josselin III de Courtenay fait couronner Guy de Lusignan et Sybille à Jérusalem. Raymond III de Tripoli, outré, va jusqu'à négocier avec Saladin. Renaud de Châtillon, est en fait, le vrai maître de Jérusalem[5].

En 1187, Renaud de Châtillon viole la trève avec Saladin en faisant attaquer une caravane allant de l'Égypte à Damas. La trêve rompue, Saladin engage la guerre contre le royaume de Jérusalem. La bataille entre les deux armées a lieu le à Hattin et les Francs sont vaincus. Renaud de Chatillon, ainsi que Guy de Lusignan sont prisonniers de Saladin. Saladin traite Guy avec courtoisie mais fait couper la tête de Renaud de Châtillon. Cette défaite humiliante marque la fin du Royaume de Jérusalem[6].

Enfants[modifier | modifier le code]

De son premier mariage (1153) avec Constance d'Antioche (1127 † 1163), il eut :

De son second mariage (1177) avec Étiennette de Milly, dame d'Outre-Jourdain, il eut :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Département du Loiret - L'histoire extraordinaire de Renaud de Châtillon (Figures) », sur www.loiret.fr (consulté le 24 mars 2016)
  2. Jean Richard, « Aux origines d'un grand lignage. Des Palladii à Renaud de Châtillon », Media in Francia… Recueil de mélanges offerts à Karl Ferdinand Werner…, Institut historique allemand, Maulévrier, 1989. Jean Richard est suivi par Pierre Aubé, Un croisé contre Saladin. Renaud de Châtillon, Fayard, 2007, p. 17 et 19.
  3. (en) Ross Burns, The Monuments of Syria : A Guide, I.B.Tauris, 2009, p. 39. (ISBN 0857714899)
  4. Pierre Aubé, Un croisé contre Saladin, Renaud de Châtillon, Fayard, 2007, p. 162, qui renvoie à G.-L. Schlumberger et à B. Hamilton et reconnaît avoir lui-même sous-estimé le rôle de Renaud dans un ouvrage précédent.
  5. Michel Balard, Croisades et Orient Latin (XI-XIVe siècles)., Paris, Armand Collin, , p.86
  6. Michel Balard, Croisades et Orient latin (XI-XIVe siècle), Paris, Armand Collin, , p.86

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Inspiration littéraire et cinématographique[modifier | modifier le code]

  • Jacques Thoquet, Renaud de Châtillon, Satan des Francs ou la Colère d'Allah, Société des Écrivains 147 rue Saint Honoré 75001 Paris
  • Il est également présent dans le film Kingdom of Heaven, qui montre son déclin et sa mort.