Claude (empereur romain)

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Claude
Empereur romain
image illustrative de l’article Claude (empereur romain)
Buste de Claude en Jupiter. Marbre, œuvre romaine, vers 50.
Règne
- (~14 ans)
Période Julio-Claudiens
Précédé par Caligula
Suivi de Néron
Biographie
Nom de naissance Tiberius Claudius Drusus
Naissance - Lugdunum
Décès (63 ans) - Rome
Inhumation Mausolée d'Auguste
Père Nero Claudius Drusus
Mère Antonia Minor
Épouse (1) Plautia Urgulanilla (9 - 24)
(2) Ælia Pætina (28 - 31)
(3) Messaline (38 - 48)
(4) Agrippine la Jeune (49 - 54)
Descendance (1) Claudius Drusus (de Plautia)
(2) Claudia Antonia (de Ælia)
(3) Claudia Octavia (de Messaline.)
(4) Britannicus (de Messaline)
Adoption Néron Vexilloid of the Roman Empire.svg
Empereur romain

Claude (1er août 10 av. J.-C. - ) est le quatrième empereur romain, qui régna de 41 à 54 apr. J.-C.

Né à Lugdunum (Lyon) en Gaule en 10 av. J.-C., fils de Drusus et d'Antonia la Jeune (elle-même fille de Marc Antoine et d'Octavie), il est le premier empereur né hors d'Italie. Enfant méprisé en raison de ses déficiences physiques, il est le mal aimé de la famille impériale. Adulte à l’élocution et à la démarche mal assurées, il est tenu à l’écart de toute activité publique. Seul représentant adulte de la dynastie julio-claudienne lors de l’assassinat de Caligula en 41, il est proclamé empereur par les prétoriens, qu’il comble en retour d’une prime considérable (un donativum), inaugurant ainsi une dépendance dangereuse.

Dépourvu d'expérience politique mais cultivé, Claude se montre un administrateur capable. Il s'intéresse personnellement aux affaires publiques, travaille avec le Sénat sur les lois et préside les procès. Son administration de l’Empire est novatrice : il renforce la centralisation créant des bureaux dirigés par ses affranchis. Il agrandit l'Empire en annexant de nouvelles provinces, la Lycie, la Maurétanie, le Norique et la Thrace. En 43, il entame la conquête de la « Bretagne », ce qui lui vaut, ainsi qu'à son fils, le surnom de Britannicus.

Ouvert à la promotion des provinciaux, il étend la citoyenneté romaine à de nombreuses cités dans les provinces, notamment en Gaule où il était né. Sensible aux demandes des notables gaulois, il obtint en 48 du Sénat que ceux-ci pussent accéder aux magistratures publiques de Rome et donc au Sénat romain. Censeur, il renouvelle les effectifs du Sénat, éliminant ceux qui ne remplissent plus les conditions de fortune pour y siéger, ce qui lui aliène la noblesse en place.

Sa vie personnelle fut peu heureuse : Messaline, sa troisième épouse, lui donna deux enfants, Octavie et Britannicus, mais son inconduite poussa Claude à la faire exécuter. En quatrièmes noces, il épousa sa nièce Agrippine la Jeune, qui lui fit adopter Néron. Il mourut en 54 empoisonné à l'instigation d'Agrippine, selon l'avis de la plupart des historiens. Néron lui succéda.

Les faiblesses physiques de Claude, l’influence prêtée à ses femmes et à ses affranchis le firent mépriser par les auteurs antiques, point du vue repris par les auteurs modernes. Toutefois, les historiens les plus récents nuancent ces jugements négatifs.

Sources historiques et historiographie[modifier | modifier le code]

Buste de Sénèque, double hermès du IIIe siècle, d'après un original du Ier siècle, Collection antique de Berlin (de).

Les sources antiques présentent Claude de façon négative, au mieux considéré comme un imbécile marqué de tares physiques et jouet de ses épouses et de ses affranchis[A 1], au pire présenté comme un tyran indigne aussi cruel que son prédécesseur Caligula[1].

Sénèque, familier de la famille de Germanicus, le frère de Claude, et de la cour impériale, fut exilé par Claude en Corse en 41, à l'instigation de Messaline[A 2], et n'en revint qu'en 49, grâce à Agrippine. Contemporain de Claude mais hostile[A 3], il exprima son ressentiment après les funérailles de Claude dans un pamphlet l'Apocoloquintose, catalogue caricatural des tares et des déficiences physiques du défunt. D'autres détails sur le physique de Claude, et aussi sur ses travaux et sa politique à l'égard des médecins figurent dans l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien, qui appartient à la génération suivante[2].

Les historiens du second siècle, Tacite, Suétone et Dion Cassius, sont les sources les plus abondantes, qui ont contribué à la vision négative de Claude[3]. Les Annales de Tacite, son dernier ouvrage probablement composé sous Trajan, suivent l'ordre chronologique année par année et couvrent de la mort d'Auguste à celle de Néron, avec une importante lacune entre les années 38 à 47, les livres VII à X et le début du livre XI, textes qui ne sont pas parvenus à l'époque moderne, et qui correspondent au règne de Caligula et à la première moitié du règne de Claude. Suétone est un biographe, qui regroupe les événements sans préoccupation de la chronologie et étudie la personnalité de chaque empereur dans la Vie des douze Césars. Sa Vie de Claude, combinant points positifs et négatifs, le situe un peu à part, entre les mauvais empereurs Tibère, Galba et Domitien et les bons princes avec quelques défauts, tels Jules César et Vespasien[4]. Mais Suétone, et Tacite encore plus, considéraient que Claude était indigne de régner[5]. Enfin Dion Cassius consacre au règne de Claude le soixantième livre de son Histoire romaine, ce qui compense la lacune des Annales de Tacite.

Le portrait négatif de Claude dépeint par les auteurs antiques est intégré littéralement par les premiers auteurs modernes comme Edward Gibbon dans leur présentation de la « décadence romaine ». La réhabilitation commence en 1932 avec les travaux d'Arnaldo Momigliano qui met en évidence le soin et l'équité apportés par Claude à l'administration de l'Empire[6]. L'historiographie d'aujourd'hui établit que ces sources jugent les empereurs essentiellement en fonction de leurs relations avec le sénat. Ainsi, le caractère populaire, voire démagogique, d'une grande partie des décisions de Claude et sa défiance envers l'institution suite à de nombreux complots expliquent l'insistance et le parti-pris de nombre d'auteurs[7]. Ce portrait négatif s'inscrit plus largement dans le rejet par la majorité des élites intellectuelles de la nouvelle forme de gouvernement mise en place par Auguste, qui avait, lui, conservé les formes républicaines, et constamment renforcées par ses successeurs qui s'éloignent progressivement du prince collaborant étroitement avec le sénat[8].

L’année 1990, 2000e anniversaire de la naissance de Claude, voit la tenue de deux importants colloques universitaires, en Allemagne en 1991[9] et en France en 1992[10], dont les travaux complètent et corrigent le portrait de cet empereur autrefois marqué d’une réputation d’incapable[11].

Origines et débuts marginalisés[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Autel de la Paix, détail de la frise montrant probablement Antonia la Jeune, Drusus et leur fils Germanicus.

Claude appartient par son grand-père Tiberius Claudius Nero à l’illustre gens patricienne des Claudii . Ce dernier a épousé Livie[12], et eut deux garçons Tibère et Drusus l’ancien[12]. L’empereur Auguste obligea Livie, enceinte de Drusus, à divorcer et l’épousa. Ils n'eurent aucun enfant[12], malgré la rumeur selon laquelle Drusus aurait été le fils illégitime d'Auguste[A 4]. Plus tard, Auguste renforça ses liens avec les Claudii en mariant Drusus à sa nièce Antonia la Jeune, fille de Marc Antoine et d'Octavie la Jeune. Drusus et Antonia eurent comme enfants Germanicus, Livilla et Claude, et peut-être deux autres enfants morts très jeunes.

Claude est donc de la troisième génération de la famille impériale julio-claudienne, selon des alliances compliquées entre les deux familles. Il y avait une lutte entre les lignées juliennes et claudiennes considérées comme « pures », ce qui fait que les mariages consanguins apportaient plus de prestige, jusque dans l'opinion populaire. Ainsi, Germanicus a été marié à Agrippine l'Aînée, et son frère Claude fiancé à Aemilia Lepida (en 4 apr. J.-C.), respectivement la petite-fille et l'arrière-petite-fille d'Auguste[12].

Enfance[modifier | modifier le code]

Tandis que son mari Drusus dirige les armées romaines au-delà du Rhin, Antonia met au monde Claude le , à Lugdunum (Lyon), où Auguste a établit ses quartiers[13]. Il prend le nom de Tiberius Claudius Nero[14].

En 9 av. J.-C., son père Drusus meurt lors de ses campagnes en Germanie, la jambe brisée après une chute de cheval. Lors de ses funérailles publiques, le Sénat lui décerne à titre posthume le surnom de Germanicus, vainqueur des Germains, transmissible à ses fils[15]. Claude, âgé alors d'un an, est élevé par sa mère Antonia qui se retire à campagne et reste veuve. Elle qualifiait cet enfant maladif d'avorton et voyait en lui un étalon de stupidité[16]. Il semble qu'elle ait fini par le confier à sa grand-mère Livie[A 5]. Livie ne se montrait pas moins dure, elle lui envoyait souvent des lettres de reproches courtes et sèches[A 6]. Il est mal considéré par sa famille, d'autant plus que son frère Germanicus a toutes les qualités qu'il n'a pas[A 7]. Seul Auguste le tient en estime[17]. Il est confié à la surveillance d'un « ancien inspecteur des haras »[N 1], chargé de le châtier sévèrement au moindre prétexte[A 8]. Ce Barbare, même s'il n'était pas le seul à utiliser les châtiments corporels dans le cadre de l'éducation, était plus sévère que les autres[18].

Problèmes de santé, pathologies envisagées[modifier | modifier le code]

Le rejet familial est causé par la faiblesse du jeune Claude. Dès le début de sa biographie, Suétone indique que Claude subit divers maladies persistantes durant toute son enfance et sa jeunesse. Sénèque met en scène la déesse Fièvre qui vécut tant d'années avec lui[A 9]. Dion Cassius évoque un Claude élevé dans la maladie dès l’enfance, affecté par un tremblement de la tête et des mains[A 10]. Les deux premiers auteurs fournissent l’essentiel des détails physiques connus : Pour Suétone, Claude avait les genoux faibles, le faisant tituber, sa tête chancelait perpétuellement. Il avait un rire désagréable. Lorsqu'il était emporté par la colère, il bégayait, sa bouche écumait et ses narines coulaient, son visage apparaissait hideusement déformé[A 11]. Dans l’Apocoloquintose, Sénèque, qui l’a côtoyé, confirme ou précise plusieurs symptômes : Claude « remue la tête sans arrêt; il traîne le pied droit … répond avec des sons brouillés et une voix indistincte »[A 12]. Sénèque fait aussi allusion à une possible surdité[A 13] et évoque une main flasque[A 9].

On l'a dit aussi apathique, lent d'esprit et s'embrouillant facilement[A 14],[A 15].

Néanmoins, Claude ne semblait cependant souffrir d'aucune infirmité dans ses moments de calme[A 11]. Régis Martin synthétise en constatant un caractère serein au repos, pouvant alterner avec une série de tics lors des mouvements et sous le coup d'émotion[19]. On constate alors une faiblesse des jambes pouvant entrainer la claudication, des hochements de tête incontrôlés, des troubles de l’élocution, avec parfois des écoulements du nez et de la bouche, une tendance à la surdité. En revanche, les accusations de débilité d’esprit ne peuvent être prise en compte, face aux qualités intellectuelles de Claude attestées par sa culture[20].

Divers diagnostics sur ces déficiences physiques observées dès l’enfance ont été envisagés. L’hypothèse d’une naissance prématurée, envisagée en 1916 par l’américain Thomas de Coursey-Ruth, déduite des qualifications de la mère de Claude (avorton simplement ébauché) n’est pas retenue[21]. Avant la Seconde Guerre mondiale, la poliomyélite (alors appelée « paralysie infantile ») en était souvent considérée comme la cause. C'est ainsi l’idée retenue par Robert Graves dans son roman Moi, Claude, publié en 1934. Selon George Burden et Ali Murad, un certain nombre de troubles observés chez Claude suggèrent qu'il était atteint de la maladie de Gilles de La Tourette[22],[23]. Cependant la poliomyélite ou la maladie de la Tourette n'expliquent pas tous les symptômes précédemment décrits, et les théories récentes mettent plutôt en cause une infirmité motrice cérébrale, comme l'a décrit Ernestine Leon[24], accompagnée de spasmes[25]. Le docteur Mirko Grmek signale une pathologie neurologique qui recoupe l’ensemble des symptômes de Claude, la maladie de Little, qui apparaît chez les nourrissons victimes d’un accouchement difficile, accompagné d’une insuffisance de débit sanguin génératrice de lésions cérébrales plus ou moins étendues. Les répercussions peuvent être des troubles de la démarche, provoquant le croisement spastique des jambes « en ciseau », des troubles de l’élocution tels qu’une voix saccadée et des mouvements incontrôlés du visage et des membres supérieurs, tout en préservant une intelligence normale[26].

Quant à son tempérament, il en est fait tant de descriptions mutuellement incompatibles qu'il est difficile de se le figurer. Les historiens antiques donnent de Claude le portrait d'un homme ouvert, peu versé dans les choses de l'esprit, qui appréciait les plaisanteries grasses, riait sans retenue, et accueillait les membres de la plèbe à sa table[A 16],[A 17]. Il est le seul homme de l'histoire romaine auquel Suétone attribue un comportement amoureux relevant, en termes modernes, d'une stricte hétérosexualité[A 18],[27].

Adolescence[modifier | modifier le code]

En 6, Britannicus et Claude président les jeux funéraires en l’honneur de leur père défunt. Pour prévenir les moqueries du public que pourraient provoquer la vue de ses tics, Claude assiste la tête dissimulé sous un capuchon [A 8],[28]. La prise de la toge virile entre quinze et dix-sept ans est un rite de passage pour un jeune romain, qui marque sa sortie de l’enfance. En raison de l’état de santé de Claude, la famille organisa la cérémonie dans la clandestinité, en le faisant porter en litière au Capitole au milieu de la nuit, sans aucune solennité[A 8].

Claude s'appliqua à ses études, mais sans éveiller de considération chez sa mère ni sa grand-mère[A 6]. En 7, on engagea Tite-Live pour lui inculquer l'histoire, assisté par Sulpicius Flavius et du philosophe Athénodore. Claude étudia la rhétorique et rédigea dans une « apologie de Cicéron » la défense de son style contre les critiques d'Asinius Gallus[A 19]. Selon une missive envoyée à Livie, Auguste lui-même, surpris de la clarté avec laquelle Claude s'exprimait en privé, s’interrogeait sur ce qu’il pourra faire de cet idiot (« brutus ») inapte aux charges et aux offices publiques[A 20],[29].

Claude commença une histoire romaine, en deux livres, partant de la mort de César et couvrant les guerres civiles romaines et le second triumvirat. La relecture et les reproches que firent sa mère Antonia et sa grand-mère Livie lui firent comprendre qu’il ne pouvait raconter cette période avec sincérité. Quand plus tard, Claude reprit la rédaction de l’histoire romaine, il partit donc de la période de paix après les guerres civiles[A 19],[30].

Le mariage du jeune Claude est arrangé par son entourage[31] : il est d’abord promis à Aemilia Lepida, arrière-petite-fille d’Auguste, mais les fiançailles sont rompues après la conspiration de ses parents contre Auguste. Une seconde fiancée, Livia Medullina, descendante de l’illustre Camille, meurt de maladie le jour prévu pour le mariage[A 21]. Vers 9, Claude, alors âgé de 18 ans, est marié à Plautia Urgulanilla, fille de Plautius Silvanus, un favori de Livie. En 20, Plautia lui donne un fils Drusus, qui meurt à l'adolescence.

Âge adulte et oisiveté[modifier | modifier le code]

Vie au sein de la Domus augusta[modifier | modifier le code]

En 4 ap. J.-C. après la mort de ses petits-fils, Auguste organise une nouvelle fois sa succession en resserrant les liens entre sa lignée, les Julii, et la famille des Claudii : il adopte comme ses fils son dernier petit-fils Agrippa Postumus et son beau-fils Tibère, et l’oblige à adopter à son tour son neveu Germanicus, ce qui laisse Claude hors de la lignée successorale directe[32].

Si les lettres d’Auguste transcrites par Suétone laissent entendre que l’empereur tient Claude à l’écart, l’affirmation officielle de son appartenance à la Domus Augusta est attesté par les groupes de statues représentant les membres de la dynastie impériale[33]. Le plus remarqué est le groupe qui ornait la porte de la ville de Pavie. Si l’arche, les statues et les dédicaces ont disparues, l’inscription d’une série de dédicaces a été maladroitement transcrite au XIe siècle et reconstituée par Theodor Mommsen [A 22]. Datées des années 7 et 8, elles nomment Auguste et Livie et toute leur descendance masculine à cette date : à droite d’Auguste quatre noms, Tibère, Germanicus et leurs fils respectifs Drusus le Jeune et Nero Cesar ; à gauche de Livie quatre autres noms, les princes décédés Caius et Lucius Cesar, avec Drusus César, second fils de Germanicus, et enfin Claude. Plusieurs spécialistes ont émis l’hypothèse de l’ajout postérieur du nom de Claude car sa présence contredit la marginalisation insinuée par Suétone, mais Frédéric Hurlet réfute cette possibilité car elle induirait d’impossibles irrégularités dans la disposition des dédicaces[34].

En 12, Germanicus reçoit le consulat et préside les Ludi Martiales. Pour cet évènement, Auguste informe Livie qu’il ne veut pas que son frère Claude soit dans la loge impériale, car il attirerait les regards et les moqueries qui rejailliraient sur sa famille. Il admet toutefois que Claude participe à la préparation du repas des prêtres, à condition que son beau-frère Silvanus le guide et le surveille[A 20],[35].

Quel que soit le dédain de la famille impériale souligné par Suétone, il semble avéré que Claude recueille une certaine estime publique. À la mort d'Auguste en 14, les chevaliers choisissent Claude pour conduire leur délégation, tandis que les sénateurs l'ajoutent au collège des prêtres créé pour le culte d'Auguste, les Sodales Augustales[A 23], en compagnie de Tibère, Germanicus et Drusus le Jeune[A 24]. Frédéric Hurlet remarque que Claude est alors considéré comme un héritier spirituel d'Auguste, au même plan que ses trois parents[36].

Après la mort d'Auguste, Claude sollicite son oncle Tibère pour obtenir les mêmes honneurs que Germanicus. Tibère répond en n'accordant à Claude que les ornements consulaires. Claude insiste, Tibère lui retourne un mot disant qu'il lui envoie quarante aurei pour les Sigillaires, fête où l'on offre des menus cadeaux aux enfants[A 25]. Quand les sénateurs proposent que Claude participe à leurs débats, Tibère refuse encore[A 23].

En octobre 19, Germanicus, le frère de Claude, décède soudainement en Orient. L’urne contenant ses cendres est rapportée en Italie pour organiser ses funérailles publiques, probablement en janvier 20. Le cortège funèbre est accueilli à Terracine, à 100 km de Rome par Claude et son cousin Drusus le Jeune, accompagné des consuls, des sénateurs et de citoyens, tandis que ni Antonia le Jeune, mère du défunt, ni Tibère, son père adoptif, ne se déplacent[37]. Parmi les monuments décrétés par le Sénat en l'honneur de Germanicus, on connait précisément la statuaire d'un arc à l'entrée du cirque Flaminius, grâce à l'inscription de la tabula Siarensis[A 26] : outre Germanicus sur un char y figurent ses parents, son frère Claude et sa sœur Livilla, et ses enfants, à l'exclusion de Tibère et de la descendance de ce dernier. Levick affirme que Claude est à une place humiliante, entre la sœur de Germanicus et ses enfants[38], jugement que Hurlet considère comme abusif dans la mesure où la disposition précise des statues est inconnue[39].

Germanicus laisse une veuve, Agrippine l’Aînée et six enfants, dont trois fils qui s’opposent comme héritiers présomptifs à Drusus le Jeune, fils de Tibère et époux de Livilla, sœur de Germanicus et de Claude. Les rivalités durant les années suivantes entre les deux branches familiales sont aggravées par les intrigues de l’ambitieux préfet du prétoire Séjan, ancien proche de Germanicus, homme de confiance de l’empereur et détesté par Drusus le Jeune. Séjan se rapproche de la Domus Augusta par la promesse en 20 d’un mariage entre sa fille et Drusus, fils de Claude[A 27],[40]. Le mariage n’a toutefois pas lieu, car Drusus meurt avant, étouffé par une poire qu’il jouait à rattraper au vol avec sa bouche[A 28],[41],[42].

En 23, le fils de Tibère Drusus meurt, empoisonné par Séjan avec la complicité de Livilla, forfait seulement révélé des années plus tard[43]. Cette disparition ne laisse dans la ligne de succession que les deux fils en bas âge qu’il a eu de Livilla, et les trois fils de Germanicus, enfants ou adolescents. Claude est pour la première fois le seul parent adulte du vieux Tibère, ce qui le fait de lui un héritier potentiel. C’est probablement de ce moment que date la réflexion de sa sœur Livilla qui, ayant entendu dire qu’il serait un jour empereur, déplore publiquement qu’un tel malheur et qu’une telle honte soient réservés au peuple romain[A 6]. La rancœur de Livilla ne traduit pas l’incapacité de son frère comme le suggère Suétone, mais se comprend mieux par la crainte que Claude évince ses fils[40].

Vers 24, Claude répudie Plautia Urgulanilla, sous l’accusation de débauche et d’adultère, et lui renvoie sa fille, un bébé de quelques mois, considérée comme illégitime [44],[41]. Il se remarie peu après, la même année ou certainement avant 28 ou 30, avec Ælia Pætina, fille d’un ancien consul et liée à la famille de Séjan, dont il a une fille, Claudia Antonia[45]. Claude apparaît très rarement dans les années 23 à 30, comme neutralisé par cette alliance[45], tandis que Séjan et Livilla éliminent Agrippine l'Aînée et ses fils Nero et Drusus. Ils sont confondus en 31 : Séjan est exécuté, Livilla disparait et est frappée de damnatio memoriae[46]. Claude reprend ses distances en divorçant d’Ælia Pætina, devenu embarrassante par ses liens de parenté avec Séjan[44].

Loisirs décriés[modifier | modifier le code]

Livré à lui-même, Claude est contraint à l’oisiveté, chose dépréciée par les Romains, pour des occupations que les auteurs vont décrire avec réprobation. Il s’adonne selon Suétone à l’ivrognerie et aux jeux[A 25],[47]. Amateur passionné de dés que Sénèque caricature en le figurant secouant un cornet troué[A 29], il écrit même un traité sur le jeu de dés[48].

Claude se passionne aussi pour les jeux de l’amphithéâtre. Suétone et Tacite le dépeignent alors comme un être cruel, assoiffé de sang, jouissant des spectacles des gladiateurs et des exécutions[A 30],[A 31].

Il fréquente les banquets avec une goinfrerie sans mesure, buvant et mangeant jusqu’à sombrer dans la torpeur[A 32],[49]. Aurelius Victor évoque un Claude « honteusement soumis à son ventre[A 33] ». Aux yeux des Romains, ces excès sont le signe d’une absence d’éducation, d’un défaut de maîtrise de soi et d’une soumission à ses sens, défauts caractéristiques d’un tyran[50]. Il éprouve parfois des douleurs stomacales si vives qu’il parle de se suicider[A 34]. Là encore, plusieurs interprétations médicales sont possibles : pancréatite chronique, liée à l’abus éthylique et très douloureuse, ulcère gastro-duodénal, dyspepsie stomacale[51]. Sénèque fait aussi dans son Apocoloquintose une allusion caricaturale aux flatulences et à la goutte affectant Claude[A 35], les flatulences pouvant coïncider avec une dyspepsie et la goutte, une hyperuricémie en terme moderne, être un mal vraisemblable vus ses excès alimentaires[52].

Travaux érudits[modifier | modifier le code]

Claude fut durant toute sa vie un auteur prolifique. Selon l'historien Arnaldo Momigliano, c'est durant le règne de Tibère, correspondant au sommet de la production littéraire de Claude, qu'il devient mal vu politiquement de parler de la Rome républicaine[53]. Si Velleius Paterculus, qui ménage Octave et Tibère et flatte Séjan, est publié, Aulus Cremutius Cordus est condamné en 25, accusé d'avoir composé des Annales louant les assassins de César Brutus et Cassius[54]. Les jeunes historiens ont alors tendance à se tourner vers l'histoire impériale plus récente, ou vers des sujets antiques peu connus. Claude est à cette époque l'un des rares savants à s'intéresser à ces deux domaines. En plus de son Histoire du règne d'Auguste, écrite en quarante-et-un livres en latin[55], probablement un par année sur la période entre 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.[56], dont la première version en deux livres lui avait causé des déboires[A 19], on compte parmi ses œuvres une Histoire des Tyrrhéniens (nom grec des Étrusques) en vingt volumes, une Histoire de Carthage en huit volumes, toutes deux en grec[57]. Ces Histoires, commencées sous l'égide de Tite-Live, sont probablement achevées avant la proclamation de Claude[56]. Arnaldo Momigliano, qui pourtant réhabilite le gouvernement de Claude, dédaigne ces œuvres historiques et les classe au rang de compilations pédantes d'auteurs antérieurs. Jacques Heurgon le contredit en 1954 en affirmant le sérieux de l'intérêt étruscologique de Claude. En effet, son mariage pendant quinze ans avec Plautia Urgulanilla, issue d'une puissante famille toscane, a du lui ouvrir l'accès à la culture étrusque[58]. On le constate lorsqu'il soutient devant le Sénat le maintien du collège des haruspices, car « il ne fallait pas laisser périr le plus ancien des arts cultivés en Italie[A 36] ».

Enfin, il rédigea son autobiographie en huit volumes que Suétone jugeait dénuées d'esprit[A 19]. Claude critique sévèrement ses prédécesseurs et les membres de sa famille dans les discours qui ont survécu[A 37].

Aucun de ces travaux n'a survécu, mais ils ont été utilisés comme sources par les premiers historiens de la dynastie julio-claudienne[réf. nécessaire]. Suétone énumère les ouvrages de Claude, mais ne semble puiser que dans son autobiographie pour rapporter la sévérité qu'il subit dans son enfance[59]. Tacite reprend les arguments de Claude concernant ses innovations orthographiques et se réfère à ses écrits pour certains passages de ses Annales consacrés aux périodes les plus anciennes[réf. nécessaire]. Claude est aussi la source de quelques passages de l’Histoire naturelle de Pline l'Ancien[60] sur la géographie et l'histoire naturelle[56].

Détail de la table claudienne de Lugdunum, séparation de certains mots par des points : .INQVA.SIQVIS.HOC.

Claude a proposé d'autre part une réforme de l'alphabet latin[55] en y ajoutant trois nouvelles lettres, dont deux étaient l'équivalent des lettres modernes V consonne (le digamma inversum Ⅎ) et Y (le sonus medius) et la troisième servait à transcrire les sons PS et BS (l'antisigma). Il publia un écrit les proposant avant son avènement, et les institua de manière officielle durant son censorat[A 19], mais ses lettres ne survécurent pas à son règne. Il tenta également de faire revivre la coutume ancienne de séparer les mots par des points, le latin ancien ne connaissant pas les espaces séparateurs[réf. nécessaire].

L'influence de la culture historique sur Claude est manifeste. Dans son discours sur les sénateurs gaulois, il reprend une version de la fondation de Rome identique à celle de Tite-Live, le maître de sa jeunesse. Le détail de ce discours frise la pédanterie, un trait que l'on retrouve dans l'ensemble de son œuvre. Il s'y livre à de longues digressions sur des sujets voisins, ce qui démontre une connaissance profonde de thèmes historiques variés qu'il ne pouvait faire autrement que partager. De nombreux travaux publics entrepris sous son règne s'inspirent de plans initialement tracés par Jules César, et Barbara Levick pense que cette émulation de César a envahi tous les aspects de sa politique[61]. Il semble avoir effectué son censorat en prenant pour modèle ceux de ses ancêtres, notamment Appius Claudius Cæcus et s'être servi de cette charge pour mettre en place des politiques fondées sur celles des temps républicains. C'est à cette époque que plusieurs de ses réformes religieuses prirent effet et que ses efforts de construction furent les plus considérables. En fait, son investissement dans sa charge de censeur pourrait avoir été motivé par le désir de voir ses travaux académiques porter leurs fruits. Comme la plupart des romains, il était par exemple persuadé que son ancêtre Cæcus avait profité de son censorat pour introduire la lettre R[62], si bien qu'il tenta durant son propre mandat de faire de même avec les lettres claudiennes.

Sénateur sous Caligula[modifier | modifier le code]

À la mort de Tibère en mars 37, Caligula lui succède comme prévu. Aussitôt, il multiplie les manifestations de piété filiale, célèbre des cérémonies funèbres en l’honneur de Tibère et de ses parents défunts Germanicus et Agrippine l'Aînée, accorde des titres à sa grand-mère Antonia Minor. Se nommant lui-même consul suffect, il prend son oncle Claude comme collègue durant deux mois[A 38],[A 39], du premier juillet au 31 août[63] ce qui le fait enfin entrer au Sénat[A 40]. Même si cette promotion est le plus grand honneur possible pour Claude, elle est tardive – il a 46 ans – et ne suffit pas à lui donner l'influence qu'il pouvait espérer[64]. De plus, il ne donne pas toute satisfaction dans ses fonctions, car Caligula l’accuse de négligence dans le suivi de l’installation de statues dédiées à ses défunts frères Nero et Drusus, les travaux étant un peu trop lents à son goût[65],[A 41].

En octobre 38, un incendie ravage le quartier des Aemiliana, qu'on situe dans la banlieue de Rome. D'après Suétone, Claude, réfugié pendant deux jours dans un bâtiment public, engage tous les moyens possibles pour combattre le feu, envoyant des soldats et ses propres esclaves, appelant les magistrats de la plèbe de tous les quartiers, et récompensant sur le champ l'aide des volontaires[A 42]. Après la destruction de sa demeure dans l'incendie, le Sénat vote sa reconstruction sur fonds publics[A 23],[66].

Claude est alors un homme mur, à la taille bien faite et élancée, dont les cheveux blancs ajoutent à la gentillesse naturelle de son visage, donnant, selon Suétone, grandeur et dignitas à son être entier[A 11]. En 38 ou 39, il épouse Messaline, une petite-nièce d’Auguste beaucoup plus jeune que lui, qui lui donne aussitôt deux enfants, Octavie en 40, et Britannicus en 41[44].

Sa promotion come sénateur ne lui vaut pas plus de respect à la cour impériale : on le ridiculise lorsqu’il s’endort comme souvent à la fin des repas, en le bombardant de noyaux ou en le faisant réveiller sous le fouet des bouffons. Au Sénat, quoiqu’il soit règlementairement intégré au groupe des anciens consuls, on ne lui donne la parole qu’en dernier. Enfin, il est presque ruiné lorsqu’on lui impose son adhésion à un collège de prêtres, qui l’oblige à payer huit millions de sesterces[A 43]. Selon Dion Cassius ainsi que d'après un portrait conservé de lui, à la fin du règne de Caligula, Claude était malade et considérablement amaigri[A 44].

Accession au trône impérial[modifier | modifier le code]

Buste de Claude issue de la cité de Bilbilis, Musée de Saragosse.

Après avoir été écarté de toute succession impériale par Auguste puis Tibère, et relégué très loin dans l'ordre de la succession, Claude retrouve progressivement une position favorable avec la disparition des personnes mieux placées. Il faut toutefois l'assassinat de Caligula et le soutien des cohortes prétoriennes pour permettre l'arrivée de Claude sur le trône de l'empire romain.

La place de Claude dans la succession[modifier | modifier le code]

Claude est très tôt jugé inapte au poste de princeps et d'empereur par Auguste et Tibère. Écarté durant de longues années de sa vie de toute fonction publique, longtemps isolé, il doit son accession au trône essentiellement à la mort de ses nombreux concurrents et aux espoirs qu'une partie du sénat et des forces prétoriennes met en lui.

Sous Auguste[modifier | modifier le code]

La première décision officielle de la place de Claude vis-à-vis d'une possible succession sur le trône date de 12 et est prise par Auguste et Tibère, en réaction de demandes de Livie et Antonia sur la carrière publique que Claude serait autorisé à tenir. Décision est prise, en raison de ses problèmes de santé qu'il serait exclu autant que possible de toute action publique, et donc de la succession au trône[67].

En 14, lorsqu'il rédige son testament, Auguste relègue Claude avec les héritiers de troisième rang, c'est-à-dire bien après d'autres personnalités[67].

Sous Tibère[modifier | modifier le code]

Après le décès d'Auguste, Claude n'accepte pas une telle situation et demande à Tibère d'accéder à un poste officiel digne de son rang. Tibère s'en tient à la décision prise avec Auguste et ne lui accorde que les ornements consulaires. Insatisfait, Claude revient l'année suivante à la charge lors des élections sénatoriales de l'été 15, mais Tibère reste intraitable. Il ne lui accorde rien de son vivant, et son testament ne lui réserve pas meilleure place que celui de son prédécesseur ; tout juste lui accordera-t-il une part de l'héritage[68].

La première évolution de la situation politique de Claude survient en octobre 19 avec la mort de son frère ainé Germanicus en Syrie. À la suite de la disparition de ce prétendant à la succession de Tibère, quelques uns de ses partisans, très opposés à Drusus II, commencent à se tourner vers Claude. Une apparition publique lui est consentie pour aller chercher les cendres de son frère à Terracine[69]. Toutefois, le sénat, lorsqu'il décide de faire ériger un arc dans le cirque Flaminius en l'honneur de Germanicus, place Claude parmi les personnes de la famille mais à un endroit humiliant, entre la sœur de Germanicus et ses enfants[38]. Par la suite, un procès est intenté contre Pison, accusé d'avoir empoisonné Germanicus. Pison se suicide avant le verdict, puis le sénat vote une mention pour remercier Tibère, Livie, Drusus II, Antonia et Agrippine pour avoir participé à la vengeance de Germanicus. Claude est oublié, et finalement rajouté à la demande d'un parlementaire[69].

Claude est écarté de la succession par Tibère qui avait tout préparé pour léguer le pouvoir à Germanicus. Les deux fils aînés de ce dernier peuvent ainsi briguer la questure plusieurs années avant d'avoir atteint l'âge légal : Nero en 20, et Drusus III en 23. Tibère installe progressivement Drusus II à l'intérim, dont la fille Julia III est mariée à Nero[70].

Cependant, Tibère est peu apprécié du sénat, qui tente de promouvoir Claude au moins en temps que concurrent de Drusus II. Une partie des sénateurs propose une motion qui aurait donné à Claude une place parmi eux : Tibère s'y oppose, persuadé que Drusus II serait un bien meilleur régent. Malheureusement, il meurt en 23, empoisonné par sa femme Livilla, sœur de Claude, poussée par Séjan dont elle est la maîtresse[71]. Malgré ce décès, Tibère persiste dans l'exclusion de Claude de la voie vers le trône et promeut comme héritier les fils de Germanicus, Néro et Drusus III[72].

Durant ses années où il ne tient qu'un rôle public limité, il acquiert des contacts précieux au sein de l'ordre équestre dans lequel Auguste et Tibère l'ont relégué. Il semble y obtenir un prestige notable, puisqu'un chevalier, colon d'Alexandrie de Troade fait élever un monument à la gloire de Claude aux alentours de 31[73].

Tibère meurt le sans désigner de successeur. Dans son testament il cite les prétendants logiques, Caligula (neveu de Claude) et Tiberius Gemellus (fils de Drusus II), sans prendre position pour l'un ou pour l'autre. Caligula prend les devants avec l'aide d'un ami nouvellement préfet du prétoire, Macron, qui le fait acclamer avant la réunion du sénat[74].

Sous Caligula[modifier | modifier le code]

Lorsque Caligula parvient au pouvoir, sa jeunesse le pousse à s'attacher la personne de Claude pour renforcer et légitimer son pouvoir. Après plusieurs décisions rompant avec la politique de son prédécesseur, il appelle Claude au consulat pour le seconder durant la première partie de l'année 37[73]. Devenu l'oncle d'un empereur, apprécié par le peuple de Rome en tant que frère de Germanicus. Il reçut ainsi plusieurs hommages des romains lorsqu'il représente Caligula en son absence. Cependant, les personnages politiques les plus importants ne se tournent toujours pas vers lui[75].

Rapidement, Caligula prend de l'assurance et sombre dans une grande méfiance, surtout après le complot supposé mêlant un général et des membre de la famille royale. Il prend ses distances vis-à-vis de Claude, se moquant et le rudoyant, même s'il semble très improbable que la légende qui veut qu'il l'ai fait jeté dans le Rhin par amusement soit vrai, Suétone lui-même n'y croyant pas[A 45],[76].

Les événements de janvier 41 et la prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

Peinture de la reconnaissance de Claudius comme empereur telle que décrite par Flavius Josèphe, Lawrence Alma-Tadema, 1871, Baltimore, Walters Art Museum.

Le 24 janvier 41, Caligula fut assassiné par une conspiration de grande échelle (impliquant notamment le commandant prétorien Cassius Chærea ainsi que plusieurs sénateurs). Rien n'indique que Claude joua un rôle direct dans l'assassinat, mais on a parfois avancé qu'il était impliqué : en effet, il se trouvait sur les lieux du crime peu avant l'événement[77]. Cependant, après le décès de l'épouse puis de la fille de Caligula, il est apparu que Cassius cherchait, au-delà d'une simple conspiration contre celui-ci, à éliminer tous les membres de la famille impériale. Dans la confusion qui suivit le meurtre, Claude fut témoin de l'assassinat par la garde germaine de plusieurs membres de familles nobles non impliqués dans cette situation, y compris certains de ses amis. Craignant pour sa vie, il quitta le palais impérial. Une partie de la garde aurait prévu de rechercher Claude, peut-être avec son consentement. Ils le rassurèrent et affirmèrent qu'ils n'étaient pas de ceux qui cherchaient vengeance contre la famille impériale. Il fut escorté discrètement jusqu'au camp prétorien et mis sous la protection de la garde[A 46],[78].

Le sénat se réunit rapidement, mais la séance dériva très vite en une querelle sur lequel d'entre eux serait le nouveau princeps. Lorsqu'ils furent informés de la revendication des prétoriens en faveur de Claude, ils exigèrent que celui-ci leur soit présenté afin de recevoir leur approbation, mais celui-ci refusa, percevant à juste titre le risque qu'il aurait couru.

Certains historiens, se fondant particulièrement sur Flavius Josèphe[A 47], estiment que Claude était alors guidé dans ses choix par le roi de Judée, Hérode Agrippa[A 48]. Cependant, une seconde version du même auteur, probablement fondée sur une Vie d'Agrippa, minimise son rôle dans les événements[A 49]. Le Sénat est finalement obligé de céder, tandis que Claude fait jurer obéissance aux soldats et leur promet un donativum de 15 000 sesterces à chacun[A 50].

En définitive, l'épisode tragique de l'assassinat de Caligula et de l’avènement de Claude renforce le principe impérial, en démontrant que même en vacance de cette autorité, le sénat ne parvient pas à rétablir la République. L'armée et le peuple a pris son parti définitivement pour le nouveau régime politique[79].

Règne[modifier | modifier le code]

Premières mesures[modifier | modifier le code]

Dès son avènement, Claude s'emploie à rassurer, à restaurer sa réputation et à assoir sa légitimité. Il annonce par édit que ses colères seront courtes et inoffensives, il réfute sa prétendue stupidité en affirmant qu'il feignait pour échapper aux menaces de Caligula[A 51].

Claude décrète immédiatement une amnistie générale[A 52], seul Cassius Chaerea est exécuté, car on ne peut impunément assassiner un empereur. Son complice le tribun Cornelius Sabinus est amnistié, mais il se suicide par solidarité[80]. Claude fait détruire les poisons trouvés dans l'appartement de Caligula et brûler tous ses dossiers compromettants[A 53],[81], mais refuse que sa mémoire soit condamnée par une damnatio memoriae et que le jour de sa mort soit noté comme un jour de fête[82]. Il rappelle les exilés du règne précédent, dont ses nièces Agrippine la Jeune et Julia Livilla[83].

Claude n'a pas autant de légitimité que ses prédécesseurs, car il ne descend d'Auguste ni par le sang ni par l'adoption, il insiste donc dès sa proclamation sur son appartenance à la domus Augusta, la maison d'Auguste. Il promet de gouverner en prenant exemple sur Auguste[A 52]. Il adopte le cognomen de « César » et le nom d'Auguste comme ses prédécesseurs au début de leur règne. En revanche, il refuse de prendre comme prénom le titre d'Imperator[A 52]. Il déifie sa grand-mère paternelle Livie, l'épouse du divin Auguste, et accorde à sa défunte mère Antonia la Jeune le titre d'Augusta[A 52],[82]. Il conserve le surnom honorifique de Germanicus, lien avec son défunt frère héroïque, et utilise fréquemment le terme de « fils de Drusus » (filius Drusi) dans ses titres pour rappeler son père exemplaire et s'approprier sa popularité.

Quelques jours après l'avènement de son mari, le 12 février, Messaline met au monde un héritier impérial, que Claude nomme Tiberius Claudius Germanicus, le futur Britannicus. Messaline manifeste à son tour son pouvoir en renvoyant en exil pour adultère Julia Livilla et son amant présumé Sénèque[83].

Monnayage et propagande impériale[modifier | modifier le code]

Le monnayage est un puissant instrument de propagande pour les empereurs romains et Claude l'utilise largement. On peut distinguer dans les représentations de ses monnaies quatre thèmes [84] :

  • l'exaltation de certains membres de sa famille, afin de réaffirmer sa légitimité
  • l'idée de Victoire, associée à l'empereur
  • l'exemple d'Auguste
  • les valeurs liées à la personne et à la politique de Claude

Dès les premières émissions en 41/42, l'empereur est figuré avec son père Drusus ou sa mère Antonia Minor sur des séries en or, en argent ou en bronze, émises à Rome et à Lugdunum, le second atelier monétaire impérial. D'autres frappes de sesterces à partir de 42/43 montrent son frère Germanicus puis l'épouse de ce dernier Agrippine l'Aînée. Enfin, des bronzes frappés à Rome en 42 montrent les fondateurs de la lignée impériale, Auguste et au revers Livie que Claude vient de faire divinisée. Suivent à partir de 50, des frappes avec le portrait d'Agrippine la Jeune et d'autres montrant le jeune Néron[85].

Dans l'affirmation de sa légitimité, plus étonnantes sont les monnaies qui rappellent sa proclamation par les militaires[87] :

Aureus, revers avec une caserne et Fides, légende IMPER RECEPT


La Victoire est une condition obligée pour la reconnaissance du pouvoir. Or Claude à son avènement ne peut vanter aucun exploit militaire personnel ou de ses généraux. Il célèbre donc ceux de son père par des émissions au profil de Drusus avec au revers un arc de triomphe, une statue équestre entre deux trophées et l'inscription DE GERMANIS. À partir de 46 et jusqu'en 51, Claude célèbre sa conquête de la Bretagne avec des monnaies au revers identique, et la mention DE BRITANN(is)[89].

Des séries monétaires émises pour les mérites d'Auguste sont reproduites par Claude : la figuration d'une couronne en feuilles de chêne avec la légende OB CIVES SERVATOS représente la couronne civique accordée au défenseur des citoyens romains, Auguste autrefois, Claude qui l'a placé au toit de sa maison[A 54]. Autre reprise de monnaies augustéennes, les pièces de l'atelier monétaire de Lugdunum montrant l'autel du sanctuaire fédéral des Trois Gaules et légendées ROM ET AVG rappellent le lieu et la date de naissance de Claude, qui coïncide avec la consécration de cet autel[90].

Des allégories liées à la politique de Claude apparaissent sur les monnaies du début de son règne en 41/42. les monnaies LIBERTAS frappées à Rome montrant une femme tenant à la main un pileus (bonnet de l'affranchissement) annonce non pas la liberté au sens moderne mais la fin de la tyrannie du règne précédent, et son absence sous Claude. Une autre allégorie est remarquable car aucune monnaie ne l'a fait apparaître avant, et elle n'est reprise par aucun des successeurs de Claude : CONSTANTIA, émise en or, en argent et en bronze, montre une femme debout tenant une torche et une corne d'abondance, ou debout et casquée, tenant un long sceptre, ou encore assise sur une chaise curule, levant la main droite à hauteur de son visage. Aucun culte de cette vertu divinisée n'existe à Rome, et cette allégorie est visiblement personnellement liée à Claude. Il semble hasardeux de rattacher la CONSTANTIA à un événement précis du règne, elle renvoie plutôt à une notion stoïcienne de cohérence de conduite et de fidélité à ses engagements, une affirmation officielle de programme de bon gouvernement[91].

L'expansion de l'Empire[modifier | modifier le code]

L'Empire romain sous Claude.
  •      L'Empire à l'avènement de Claude
  •      Annexion de royaumes clients
  •      Conquêtes armées
Article détaillé : Révolte d'Aedemon.

Sous le règne de Claude, l'Empire connait une nouvelle expansion, celle-ci ayant été réduite depuis l'époque d'Auguste. Des territoires déjà sous protectorat romain sont annexées : le Norique, la Judée après le décès de son dernier roi Hérode Agrippa Ier en 42, la Pamphylie et la Lycie en 43. Après l’assassinat par Caligula du roi de Maurétanie Ptolémée, un de ses affranchis, Ædemon, résiste à l’occupation romaine jusqu’en 44. Annexé, l’ancien royaume est divisé en deux provinces, Maurétanie césarienne et Maurétanie tingitane [A 55],[92].

En 46, les Romains interviennent en Thrace, dont l'assassinat du roi Rhémétalcès III par son épouse est suivi d'une révolte contre la tutelle romaine. Les témoingnages historiques sur ce conflit sont tardifs et réduits à quelques passages chez Eusèbe de Césarée et Georges le Syncelle. Le royaume conquis est divisé deux, le nord est rattaché à la Mésie et une nouvelle province de Thrace est créée[93]. Cette annexion reporte la frontière de l'Empire sur le Danube et sécurise les provinces impériales de Macédoine et d’Achaïe, dont Claude remet le contrôle au Sénat[A 56].

Article détaillé : Conquête romaine de la Bretagne.

En 43, Claude envoya Aulus Plautius à la tête de quatre légions dans la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), prenant prétexte de l'appel à l'aide d'un allié local en difficulté. La Britannia était une cible alléchante pour Rome du fait de sa richesse, en particulier en mines et en esclaves. L'endroit servait également de refuge aux rebelles gaulois et autres, l'affaire devait en conséquence être réglée. Claude lui-même se rendit dans l'île après les premières conquètes, amenant avec lui des renforts incluant des éléphants de guerre. Ceux-ci durent faire une forte impression sur les Bretons lors de leur intervention dans la prise de Camulodunon. Il repartit au bout d'une quinzaine de jours mais demeura dans les provinces un certain temps. Le Sénat lui accorda un triomphe, et lui donna également le titre honorifique de « Britannicus », qu'il n'accepta que pour son fils. À la capture du général britannique Caratacos en 50, Claude lui accorda sa clémence. Caratacos finit sa vie sur des terres fournies par l'État, fin certainement atypique pour un général ennemi mais qui pourrait avoir calmé la résistance britannique.[réf. nécessaire]

Claude lança un recensement en 48 qui dénombra 5 984 072 citoyens romains, soit une augmentation de près d'un million depuis celui mené à la mort d'Auguste. Il avait lui-même aidé à l'accroissement de la population à travers la fondation de colonies romaines dans lesquelles on accordait la pleine citoyenneté romaine. Ces colonies étaient parfois issues de communautés préexistantes, en particulier de celles qui comprenaient des élites parvenant à rallier la population à la cause romaine. Plusieurs de ces colonies furent placées dans de nouvelles provinces ou à la frontière de l'Empire pour consolider le plus rapidement possible les conquêtes romaines.

Aspect législatif et juridique[modifier | modifier le code]

Tout d'abord, Claude jugea personnellement un grand nombre d'affaires durant son règne. Les historiens anciens lui en firent souvent reproche, d'autant plus que ses jugements auraient été variables et se seraient parfois écartés de la loi[A 57],[A 58]. Il était également considéré comme influençable. Claude cependant mena une réflexion profonde sur le système judiciaire. Il traita ainsi l'encombrement des tribunaux. Il étendit les sessions d'été et d'hiver de la cour en écourtant ses interruptions traditionnelles, et fit également passer une loi obligeant les plaignants à rester en ville pendant le traitement de leurs affaires, comme cela était déjà le cas pour les accusés ; ceci eut pour effet de débarrasser d'un certain nombre d'affaires la cour.

Par ailleurs, l'âge minimal des jurés fut porté à 25 ans pour leur garantir une certaine expérience.

Ensuite, Claude arbitra les différends dans les provinces. Il affranchit ainsi les îles de Rhodes pour récompenser leur fidélité, il exempta Troie de l'impôt. De même, il régla l'affaire d'Alexandrie. Au début de son règne en effet, les Grecs et les Juifs d'Alexandrie lui envoyèrent chacun une ambassade à la suite d'émeutes opposant les deux communautés. En réponse, Claude rédigea une Lettre aux Alexandrins qui réaffirmait les droits des Juifs dans cette ville mais leur interdisait dans le même temps d'y continuer l'envoi de colons en masse. D'après Josèphe, il reconnut ensuite les droits et libertés de tous les juifs de l'empire. Enfin, l'édit conservé par la Tabula Clesiana montre comment il s'efforça de trouver une solution réaliste à la situation de Trente. Un envoyé de Claude avait découvert en effet que beaucoup de citoyens romains issus de la cité de Trente n'en avaient en fait pas la qualité ; l'empereur dans une déclaration déclara qu'à partir de ce jour ils seraient considérés comme détenant la pleine citoyenneté : les priver de leur statut illégalement acquis aurait été source de problèmes considérables. Dans les cas individuels cependant Claude a pu se montrer très sévère à l'égard des faux citoyens et fit de cela un crime puni de mort ; de même les affranchis prétendant faussement à la qualité de chevaliers étaient réduits en esclavage. Cela reflète une approche pragmatique de la concession de la citoyenneté, Claude témoignant d'une remarquable ouverture de ce domaine sans pour autant vouloir dévaloriser la dignité de la citoyenneté.

La publication de très nombreux édits marqua le règne de Claude. Ils touchaient des sujets divers, allant du domaine médical à la morale. Deux exemples médicaux mémorables en particulier nous sont parvenus : l'un conseillait le suc d'if contre les morsures de serpent, et l'autre faisait l'éloge des flatulences publiques pour une bonne santé. Un décret resté célèbre traitait du statut des esclaves malades ; en effet jusque-là les maîtres abandonnaient à la mort les esclaves malades au temple d'Esculape et s'ils survivaient les récupéraient. Claude décida que les esclaves qui guérissaient seraient affranchis et que les maîtres qui choisiraient de tuer leurs esclaves plutôt que de prendre ce risque seraient poursuivis pour meurtre[94].

Finalement il s'accorda une dérogation pour épouser Agrippine, fille de son frère Germanicus, en obtenant un sénatus-consulte. En effet le droit romain de l'époque interdisait le mariage entre parents autant proche. La loi était évidemment prévue pour le cas précis de Claude car seul un oncle pouvait épouser une fille de son frère et non l'un de ses fils par exemple.

Constructions publiques[modifier | modifier le code]

Claude s'impliqua dans un grand nombre de constructions publiques, à Rome comme dans les provinces. Il bâtit deux aqueducs, l’Aqua Claudia, qui avait été commencé sous Caligula, et l’Aqua Anio Novus. Ils atteignirent la Ville en 52, se rejoignant à la célèbre Porta Maggiore. Il en restaura un troisième, l’Aqua Virgo.

Il s'intéressa notamment aux voies de communication et d'approvisionnement, d'où des routes et des canaux, en Italie comme dans les provinces. En particulier, il fit édifier un canal du Rhin à la mer et une route de l'Italie à la Germanie, mettant ainsi la dernière touche à des chantiers entamés par son père Drusus.

Par ailleurs à Rome il fit creuser un canal navigable sur le Tibre qui menait à Portus, son nouveau port, situé au nord d'Ostie. Ce port était bâti en demi-cercle autour de deux brise-lames, un phare occupant sa bouche[A 59]. L'administration d'Ostie fut confiée à un procurateur impérial après la construction du port.

La construction du port d'Ostie constituait également pour partie une solution aux pénuries de blé, fréquentes en hiver (hors-saison pour la navigation). En effet, dans le même temps on chercha à garantir les vaisseaux des marchands de grain qui prendraient le risque du voyage en Égypte à la mauvaise saison, et on accorda à leurs marins des privilèges spéciaux, comme la citoyenneté et l'exemption de la loi Papia-Poppea (qui régulait le mariage). Au surplus, on abrogea les impôts que Caligula avaient institués sur la nourriture et réduisit plus encore ceux touchant les communautés qui souffraient de sécheresse ou de famine. Dans ce même but Claude souhaita augmenter la quantité de terre arable en Italie. On tenta d'assécher le lac Fucin, ce qui avait également l'avantage non négligeable de rendre sa rivière navigable toute l'année. Un tunnel fut percé dans le lit du lac, mais ce fut un échec : le tunnel n'étant pas assez grand pour conduire l'eau, il s'affaissa, ce qui fit refluer celle-ci. L'assèchement du lac n'était cependant pas une idée vaine et beaucoup de souverains et dirigeants s'y employèrent : les empereurs Hadrien et Trajan, l'empereur romain germanique Frédéric II au Moyen Âge. La réalisation concrète dut cependant attendre au XIXe siècle le prince Alessandro Raffaele Torlonia (it), qui fit pour ce faire tripler la taille du tunnel claudien originel.

Relations avec le Sénat : collaboration et complots[modifier | modifier le code]

À cause des circonstances de son accession, Claude se donna beaucoup de mal pour plaire au Sénat. Pendant les sessions régulières, l'empereur était assis parmi l’assemblée du Sénat, parlant lorsque venait son tour. Lors de la présentation d’une loi, il était assis sur le banc réservé aux tribuns dans son rôle de porteur de la puissance tribunitienne (étant patricien, l'empereur ne pouvait pas officiellement être tribun de la plèbe mais c'était un pouvoir accordé aux empereurs précédents).

Claude réorganise le Sénat pour le rendre plus représentatif et plus efficace. Par exemple, il réprimandait les sénateurs pour leur répugnance à débattre des projets de loi initiés par l’Empereur, comme le montre cet extrait de discours retrouvé sur un fragment de papyrus.

« Si vous acceptez ces propositions, Pères conscrits, dites le maintenant et simplement, conformément à vos convictions. Si vous ne les acceptez pas, trouvez des alternatives, mais faites aussi ici et maintenant ; ou si vous voulez prendre du temps pour la réflexion, prenez-le, pourvu que vous n'oubliiez pas que vous devez être prêts à prononcer votre avis chaque fois que vous pouvez être appelés pour vous réunir. Il conviendrait à la dignité du Sénat que le consul désigné devrait répéter les commentaires des consuls mot pour mot comme si c’était son avis et que chaque autre devrait simplement dire « j'approuve » et qu'alors, après la levée de séance, l'assemblée devrait annoncer « Nous avons débattu ». »

— Traduction du papyrus de Berlin par W.D. Hogarth, dans Momigliano (1934).

On ne sait pas si cette admonestation eut un effet quelconque.

En 47, il assuma la fonction de Censeur avec Lucius Vitellius, lequel avait prévu de se retirer sous peu. Il fit expulser de nombreux sénateurs et chevaliers qui ne répondaient plus aux qualifications, mais fit preuve de respect à leur égard en leur permettant de démissionner à l'avance. Dans le même temps, il chercha à mettre en avant des hommes éligibles issus des provinces. La Tablette de Lyon conserve son discours sur l'admission de sénateurs gaulois, dans laquelle il s'adresse au Sénat avec révérence tout en fustigeant le dédain témoigné envers ces hommes. Il augmenta également le nombre de patriciens en ajoutant de nouvelles familles au nombre décroissant de nobles lignées, dans la continuité de Lucius Junius Brutus et Jules César.

Malgré ces réformes, nombre de sénateurs restèrent hostiles à Claude et, d'après les textes antiques, beaucoup de complots contre sa vie furent fomentés. En conséquence, Claude réduisit les pouvoirs du Sénat. L'administration de nombreuses domaines financiers de l'Empire fut confiée à des personnes mandatés et à des affranchis, donnant l'impression que ces derniers détenaient le pouvoir réel.

Comme les précédents règnes, celui de de Claude est marqué par plusieurs complots et par des accusations contre des notables, sénateurs ou chevaliers, que les auteurs antiques attribuent plus d’une fois aux intrigues de Messaline. Conclure par l’énumération de ces affaires à un règne de terreur est hasardeux, et leur décompte (dix-huit suicides individuels ou groupés provoqués sur treize ans) parait faible en regard des autres règnes (52 cas sous Tibère en 23 ans, 15 sous Caligula en 4 ans, 42 sous Néron en quatorze ans), sachant que cette comparaison doit être prise avec précaution car les indications des auteurs antiques sont lacunaires et sélectives[95]. Suétone déclare qu'un total de 35 sénateurs et 300 chevaliers ont été exécutés pour des délits pendant le règne de Claude[A 60].

Appius Silanus fut exécuté au début du règne de Claude dans des circonstances douteuses[A 61].

Peu de temps après la proclamation de Claude, en 42, Scribonianus, légat de Dalmatie, se révolte avec l’appui de quelques sympathisants dont le sénateur Vinicianus (en), cité en 41 comme successeur possible de Caligula. Mal préparée, la tentative est un échec, les soldats refusent de suivre Scribonianus qui se suicide ou est tué. Caecina Paetus, membre de la conspiration, est arrêté en Dalmatie et transféré à Rome. Son épouse Arria l’encourage au suicide en se poignardant elle-même[A 62]. Selon Dion Cassius, un grand nombre de conspirateurs, sénateurs et chevaliers, préfèrent le suicide à la délation et la torture organisées par Messaline et Narcisse[A 63],[96].

Le beau-fils de Claude, Pompée Magnus (en), fut exécuté pour sa part dans une conspiration avec son père Crassus Frugi (en).[réf. nécessaire] En 46 après J.-C. Asinius Gallus, petit-fils d'Asinius Pollio, et Statilius Corvinus furent exilés pour un complot ourdi avec plusieurs affranchis de Claude.[réf. nécessaire]

En 47, est mis en accusation Decimus Valerius Asiaticus, richissime sénateur origine de Vienne, deux fois consul. L’accusation d’adultère masque d’autres motifs. Tacite accuse Messaline de convoiter ses jardins, de plus Asiaticus est un des instigateurs du meurtre de Caligula et aurait été évoqué pour sa succession. Arrêté avant son départ pour la Germanie, il comparait devant Claude, qui lui laisse le choix de son mode de mort. Asiaticus s’ouvre donc les veines dans ses jardins[A 64]. Un an après, dans son discours sur l’admission des Gaulois, Claude le qualifie sans le nommer de “brigand” (latro) et de “prodige de palestre”. [97]. Tacite indique que deux autres anciens consuls, Lusius Saturninus (en) et Cornelius Lupus (en) sont victimes du même délateur qu’Asiaticus[A 65], sans qu’on connaisse l’accusation et leur sort qui les frappent[98].

En 48 eut lieu la conspiration de Caius Silius.

Claude fut toutefois l'artisan de changements plus importants au sein du sénat romain. Il innova par la pratique de l'adlectio qui permettait à l'empereur de nommer directement un sénateur et de contrôler son honorabilité et son ancienneté au sein de l'assemblée. Lors de sa censure, comme en témoignent les Annales de Tacite et les Tables claudiennes, il imposa à un sénat réticent la possibilité de siéger au sénat pour les Gaulois originaires des Trois Gaules les plus romanisés et les plus riches.

La centralisation du pouvoir[modifier | modifier le code]

Claude n’a pas été le premier empereur à utiliser des affranchis pour l’aider dans l’administration de l'Empire, mais sous son règne, ils ont obtenu de grands pouvoirs. Claude a été forcé d'augmenter leur rôle quand les pouvoirs du princeps sont devenus de plus en plus centralisés et le fardeau des responsabilités de plus en plus grand.

C'était en partie en raison de l'hostilité ouverte du Sénat, comme mentionné ci-dessus, mais aussi à cause de son respect pour les sénateurs. Claude n'a pas voulu que des magistrats nés libres aient à servir sous son autorité comme s'ils n'étaient pas ses pairs.

Le secrétariat impérial est divisé en bureaux, chacun sous l’autorité d’un affranchi de la domesticité de Claude. Ainsi, Narcisse est le secrétaire à la correspondance (ab epistulis), Pallas le secrétaire au Trésor (a rationibus), Calliste secrétaire à la Justice (ab libellis), et Polybe pour les questions diverses (a studiis)[99]. Cette organisation donnant un poids important à des hommes de rang social inférieur, anciens esclaves et grecs de surcroit, joue dans l'image négative transmise par ses opposants[100], quoique Suétone doive leur reconnaitre une certaine efficacité[101],[6].

Ces affranchis pouvaient se prononcer officiellement au nom de l'empereur, par exemple quand Narcisse s’adressa aux troupes avant la conquête de la Grande-Bretagne.

Les sources antiques nous rapportent que les sénateurs étaient consternés que des postes aussi importants puissent être aux mains d’anciens esclaves. Il leur semblait que, du fait que ces affranchis avaient le contrôle total d'argent, des lettres et la loi, ils manipulaient l’empereur pour prendre des décisions contestables.

Cependant, ces mêmes sources admettent, en même temps que ces accusations, que ces affranchis étaient loyaux envers Claude[A 66].

Claude était de la même façon reconnaissant envers ses collaborateurs en leur attribuant la paternité de telle ou telle mesure. Cependant, en cas de doute sur leur loyauté, il se montrait intraitable, comme dans le cas de Polybe, exécuté sur une accusation de Messaline[A 67], et du frère de Pallas, Felix.

Il n'y a aucune preuve que la politique de Claude ait changé avec l’émergence ou la disgrâce des différents affranchis à des postes importants. Cela suggère plutôt que Claude tenait fermement la marche des affaires.

Indépendamment de l’exercice de leurs pouvoirs politiques, les affranchis amassèrent d’énormes richesses en profitant de leur position. Pline l'Ancien affirme que Pallas, Narcisse et Calliste étaient plus riches que Crassus, l'homme le plus riche de l'époque républicaine après Sylla avec des biens estimés à deux cent millions de sesterces[A 68].

Réformes en matière religieuse[modifier | modifier le code]

Claude, comme auteur d'un traité sur les réformes religieuses d'Auguste, s'est senti légitimement compétent pour mettre en place ses propres réformes.

Il avait des avis bien arrêtés sur ce que devaient être les pratiques adéquates de la religion d'État. Il refusa la requête des Grecs d’Alexandrie qui souhaitaient lui dédier un temple, en argumentant que seuls les dieux pouvaient choisir de nouveaux dieux. Il rétablit des jours de fête tombés en désuétude et annula nombre de célébrations étrangères instituées par son prédécesseur Caligula.

Claude réhabilita d'anciennes pratiques, comme le vieux langage dans les célébrations. Il se préoccupa de la diffusion des cultes à mystères orientaux dans la Ville et rechercha des équivalents romains.

Par exemple, il favorisa les Mystères d'Éleusis qui avaient été pratiqués pendant la République. Il expulsa les astrologues étrangers pour les remplacer par les devins de tradition romaine (les haruspices).

Il réprima particulièrement durement le druidisme, à cause de son incompatibilité avec la religion romaine d'État. Il aurait aussi une fois expulsé les Juifs de Rome, probablement à cause de troubles dus à l’apparition du christianisme[A 69].

Claude était opposé aux conversions, quelle que soit la religion, y compris dans les régions où il accorda aux habitants la liberté de croyance. Les résultats de tous ces efforts ont été reconnus, et même Sénèque, qui pourtant méprise les vieilles pratiques superstitieuses[A 70], défend Claude dans sa satire l’Apocoloquintose[A 71].

Claude organisa les jeux séculaires en 47, marquant le 800e anniversaire de la fondation de Rome, bien qu'Auguste ait organisé ces mêmes jeux moins d'un siècle auparavant en 17 av. J.-C. Claude déclarant qu'Auguste les avait célébrés trop tôt[A 72]. Claude fit représenter des batailles navales pour célébrer les tentatives de drainage du lac Fucin, ainsi que bien d'autres jeux du cirque et divers spectacles.

Décès[modifier | modifier le code]

Empoisonnement[modifier | modifier le code]

Claude dit de Gabies, musée du Louvre Ma1231

La plupart des historiens antiques s'accorde à dire que Claude est mort empoisonné — probablement par des champignons — dans la matinée du . Mais les détails varient beaucoup. Certains disent que Claude était à Rome[A 73] alors que d'autres disent qu'il était à Sinuessa[A 74]. Certains impliquent Halotus, son goûteur, Xénophon, son médecin ou l'empoisonneuse Locusta comme étant l'administrateur de la substance fatale[A 75]. Certains racontent qu'il est mort après une longue agonie à la suite d'une dose unique lors d'un dîner, d'autres estiment qu'il s'est remis avant d'être à nouveau empoisonné[A 73]. Presque tous impliquent son épouse Agrippine comme étant l'instigatrice. Claude et Agrippine s'opposèrent de plus en plus souvent dans les mois précédant sa mort, au point que Claude se lamenta ouvertement de ses mauvaises femmes et commença à parler du jeune Britannicus en supposant un retour au sein de la famille impériale[A 76]. La motivation d'Agrippine était d'assurer la succession pour Néron avant que Britannicus ne puisse prendre le pouvoir. Certains auteurs modernes ont développé des doutes sur l'empoisonnement de Claude et ont parlé de folie ou de vieillesse[102]. D'autres estiment que l'universalité des accusations de meurtre chez les Anciens accrédite la thèse de l'assassinat[103]. Du fait de la nature secrète du complot supposé, et de l'ambiguïté des symptômes de la mort de Claude, il reste impossible de se prononcer avec certitude, mais l'apparition de rumeurs d'empoisonnement semble avoir été très rapide, ainsi que Flavius Josèphe le note.

Apothéose et postérité[modifier | modifier le code]

Plan de la Rome antique, en rouge emplacement du Temple de Claude.

Le lendemain de la mort de Claude, Agrippine consigne Britannicus dans ses appartements et présente Néron aux prétoriens, ce dernier promet un donativum équivalent à celui qu'avait donné son père, soit 15 000 sesterces à chacun. Puis il prononce un discours devant le Sénat, qui lui décerne les titres impériaux et décrète l'apothéose de Claude[A 77],[104]. Claude est ainsi le premier empereur divinisé après Auguste[105]. Agrippine fit édifier un temple dédié à son culte, le Temple du Divin Claude, sur une immense terrasse aménagée sur le Caelius. Néron abolit ce culte après la mort d'Agrippine et transforma ce temple en nymphée dominant la Domus aurea, puis Vespasien le restaura et rétablit le culte du divin Claude[A 78],[A 79].

Dion Cassius rapporte que Néron, Agrippine et Gallion plaisantèrent ensuite sur la mort et l'apothéose de Claude, déclarant que les champignons étaient bien un mets des dieux, puisqu'il était devenu dieu grâce à eux. Sénèque à son tour renchérit par une satire parodiant l'apothéose de Claude, l'Apocoloquintose[A 80]. Ce texte désigne Claude comme le princeps Saturnalicius (prince des Saturnales, fête romaine durant laquelle l'ordre établi s'inverse). Après sa mort douloureuse, il se dirige laborieusement vers l'Olympe, où les Dieux assemblés comme le Sénat le jugent, et où le divin Auguste l'accable et prononce contre lui un décret de proscription[106]. Rejeté sur Terre puis aux Enfers, de nouveau mis en accusation par Éaque, un des juges des Enfers, Claude est offert à Caligula comme esclave, puis est encore abaissé en devenant l'esclave d'un affranchi dirigeant un des bureaux impériaux[107]. Les procès successifs que subi Claude sont autant de remises en cause de sa légitimité politique, de sa politique d'octroi de la citoyenneté romaine et d'ouverture du Sénat aux élites provinciales [108].

Dynastie julio-claudienne[modifier | modifier le code]

Noms et titres[modifier | modifier le code]

Noms successifs[modifier | modifier le code]

  • -10, né TIBERIVS•CLAVDIVS•DRVSVS
  • 4, adoption de son frère aîné Germanicus : TIBERIVS•CLAVDIVS•NERO•GERMANICVS
  • 41, acclamé imperator : TIBERIVS•CLAVDIVS•CÆSAR•AVGVSTVS•GERMANICVS

Titres et magistratures[modifier | modifier le code]

Titulature à sa mort[modifier | modifier le code]

À sa mort en 54 Claude avait la titulature suivante :

TIBERIVS•CLAVDIVS•CÆSAR•AVGVSTVS•GERMANICVS, PONTIFEX•MAXIMVS, TRIBVNICIÆ•POTESTATE•XIV, CONSVL•V, IMPERATOR•XXVII, PATER•PATRIÆ

Un temple était dédié à Claude à Camulodunum (Colchester), première capitale et première colonie romaine de la province de Bretagne[A 81].

Claude dans l'art[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Renucci trouve cette traduction de superiumentarium, issue de l'édition Guillaume Budé, trop noble et préfère utiliser « chef muletier » ou « responsable de bêtes de somme » (p. 38).

Références[modifier | modifier le code]

Références antiques[modifier | modifier le code]

  1. Suétone 1990, Cl.,29 ; Dion Cassius, Histoire romaine, LX, 2, 8.
  2. Dion Cassius, Histoire romaine, LX, 8
  3. Tacite, Annales, XII, 8
  4. Suétone 1990, Cl.,1.
  5. Dion Cassius, Histoires Romaines, LX, 2.
  6. a, b et c Suétone 1990, Cl.,3.
  7. Suétone 1990, Cl.,3,1-2.
  8. a, b et c Suétone 1990, Cl.,2.
  9. a et b Sénèque, Apocoloquintose, 6.
  10. Dion Cassius, Histoire romaine, LX, 2
  11. a, b et c Suétone 1990, Cl.,30.
  12. Sénèque, Apocoloquintose, 5.
  13. Sénèque, Apocoloquintose, 12, 1.
  14. Suétone 1990, Cl., 35, 36, 37, 39, 40.
  15. Dion Cassius, Histoire romaine, LX, 2, 3.
  16. Suétone 1990, Cl., 5, 21, 40.
  17. Dio., Rom. Hist., LX, 2, 5, 12, 31.
  18. Suétone 1990, Cl.,33.
  19. a, b, c, d et e Suétone 1990, Cl.,41.
  20. a et b Suétone 1990, Cl.,4.
  21. Suétone 1990, Cl.,26.
  22. Inscription reconstituée par T. Mommsen, référencée CIL V, 6416
  23. a, b et c Suétone 1990, Cl.,6.
  24. Tacite, Annales, I, 54
  25. a et b Suétone 1990, Cl.,5.
  26. Inscription référencée CIL VI, 40348 = CIL 06, 00911 (p 841, 3070, 4305, 4340) = CIL 06, 31199 = ILGVatikan 00007 = AE 1983, +00515
  27. Tacite, Annales, III, 29
  28. Suétone 1990, Cl.,27.
  29. Sénèque, Apocoloquintose, ?, ?
  30. Suétone 1990, Cl., 34, 38.
  31. Tacite, Annales, XII, 20.
  32. Suétone 1990, Cl.,8 et 32-33.
  33. Aurelius Victor, 4, 1
  34. Suétone 1990, Cl.,31.
  35. Sénèque, Apocoloquintose, 13, 3
  36. Tacite, Annales, XI, 15
  37. Cf. par exemple la lettre de Claude aux habitants de Trente, dans laquelle il parle de l'« isolement obstiné » de Tibère. Voir aussi Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIX, où un édit de Claude mentionne la folie et le manque de jugement de Caligula.
  38. Suétone 1990, Cal., 15.
  39. Suétone 1990, Cl., 7.
  40. Dion Cassius, Histoire romaine, LIX, 6
  41. Suétone 1990, Cl.,9.
  42. Suétone 1990, Cl.,16.
  43. Suétone 1990, Cl.,8 et 9.
  44. Dion Cassius, Histoire romaine., LX, 2 ; Suhr (1955).
  45. Suétone 1990, Cl.,9,4.
  46. Flavius Josèphe, Antiquitates Iudiacæ, XIX, 212 ; Dion Cassius, Hist. Rom., LX, 1.
  47. Flavius Josèphe, Ant. Iud., XIX.
  48. Flavius Josèphe, Bellum Iudiacum, II, 204–233.
  49. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIX, (236).
  50. Suétone 1990, Cl.,10.
  51. Suétone 1990, Cl.,38.
  52. a, b, c et d Suétone 1990, Cl.,11.
  53. Dion Cassius, Histoire romaine, LIX, 26 et LX, 4
  54. Suétone 1990, Cl.,17.
  55. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], Livre V, I, 11.
  56. Dion Cassius, Histoires romaines, LX, 24
  57. Suétone 1990, Cl.,15.
  58. Dion Cassius, Hist. Rom., LXI, 33.
  59. Suétone, Claude, 20
  60. Suétone, Claude, 29
  61. Dion Cassius, Histoire romaine, XL, 14
  62. Célèbre scène rapportée par Pline le Jeune, Lettres, III, 16 et Martial, I, 13
  63. Dion Cassius, Histoire romaine, XL, 15 et 16
  64. Tacite, Annales, XI, 1 à 3
  65. Tacite, Annales, XIII, 43
  66. Tacite, Ann., XII, 65 ; Sénèque, Consolation à Polybe.
  67. Dion Cassius, Histoires romaines, XL, 31.
  68. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXIII, 47.
  69. « Il chassa de la ville les Juifs qui se soulevaient sans cesse à l'instigation d'un certain Chrestus. » Suétone, Vie de Claude, XXV. Ce qui est arrivé en réalité est toujours un sujet de controverses. Les Actes des Apôtres (18:2) relatent l’événement : « Il y trouva un Juif nommé Aquila, originaire du Pont, récemment arrivé d'Italie, et sa femme Priscille, parce que Claude avait décrété que tous les Juifs eussent à s'éloigner de Rome. », Dion Cassius (155-235) le minimise : « Les Juifs étant de nouveau devenus trop nombreux pour qu'on pût, attendu leur multitude, les expulser de Rome sans occasionner des troubles, il ne les chassa pas, mais il leur défendit de s'assembler pour vivre selon les coutumes de leurs pères. » et Flavius Josèphe — qui pourtant écrit essentiellement sur les événements impliquant les Juifs — ne le mentionne pas du tout. Quelques historiens émettent l’hypothèse que cette expulsion des Juifs de Rome ne s’est jamais passée, tandis que d'autres pensent que seuls quelques missionnaires ont été expulsés pour un court exil.
  70. Voir Sénèque#Conception de la religion.
  71. Sénèque, L'Apocoloquintose : « la transformation de l'empereur Claude en citrouille », 9.
  72. Suétone 1990, Cl.,21.
  73. a et b Suétone 1990, Cl.,44.
  74. Tacite, Ann., XII, 66.
  75. Sur sa mort : Suétone 1990, Cl., 43, 44 ; Tacite, Ann., XII, 64, 66–67 ; Flavius Josèphe, Ant. Iud., XX, 148, 151 ; Dion Cassius, Rom. Hist., LX, 34 ; Pline, Histoire naturelle, II, 92, XI, 189, XXII, 92.
  76. Suétone 1990, Cl.,43.
  77. Tacite, Annales, XII, 69 ; Dion Cassius, Histoires romaines, LXI, 3
  78. Suétone 1990, Cl., 55.
  79. Suétone 1990, Ves., 9.
  80. Dion Cassius, Histoires romaines, XL, 35
  81. Sénèque, Apocoloquintose, VIII, 3 ; Tacite, Annales, XL, 31

Références modernes[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marie André, « Sénèque et l'historiographie de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 23
  2. Jean-Marie André, « Sénèque et l'historiographie de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 29
  3. Jean-Marie André, « Sénèque et l'historiographie de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 24
  4. Eugen Cizek, « Claude chez Suétone : un personnage énigmatique ? », colloque Claude de Lyon, p. 49-50
  5. Eugen Cizek, « Claude chez Suétone : un personnage énigmatique ? », colloque Claude de Lyon, p. 49-58
  6. a et b Gilbert-Charles Picard, « Claude rénovateur de l'Empire », colloque Claude de Lyon, p. 193
  7. Claude Briand-Ponsard et Frédéric Hurlet 2016, p. 61.
  8. Claude Briand-Ponsard et Frédéric Hurlet 2016, p. 42.
  9. Symposium de Fribourg, 1991
  10. Colloque Claude de Lyon, 1992
  11. Hurlet 1997, p. 539, note 22
  12. a, b, c et d Renucci 2012, p. 45.
  13. Rivière 2016, p. 49
  14. Levick 2002, p. 21.
  15. Rivière 2016, p. 52-53
  16. Zosso et Zingg 1995, p. 20
  17. Renucci 2012, p. 37.
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  19. Martin 2007, p. 76-77
  20. Martin 2007, p. 199
  21. Martin 2007, p. 230
  22. (en) George Burden, « Tourette's Disorder - The Imperial Gene », The Medical Post,‎ (lire en ligne).
  23. (en) Ali Murad, « A neurological mystery from history: the case of Claudius Caesar », Journal of the History of the Neurosciences, vol. 19, no 3,‎ , p. 221-227 (PMID 20628951, DOI 10.1080/09647040902872775, lire en ligne).
  24. Leon (1948).
  25. Levick 2002, p. 24.
  26. Martin 2007, p. 201-202 et 231
  27. Puccini-Delbey, p. 28. L'auteur souligne comment le besoin pour Suétone de préciser par une périphrase cette particularité d'un empereur qui « porta l'amour des femmes jusqu'à l'excès, mais s'abstint de tout commerce avec les hommes » dénote l'absence du concept d'hétérosexualité dans la mentalité romaine.
  28. Rivière 2016, p. 75
  29. Jean-Marie André, « Les plaisirs de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 65
  30. Eugen Cizek, « Les publications littéraires sous le principat de Claude ? », colloque Claude de Lyon, p. 69 et 71
  31. Martin 2007, p. 146
  32. Rivière 2016, p. 69
  33. Hurlet 1997, p. 542
  34. Hurlet 1997, p. 543-546.
  35. Rivière 2016, p. 137-138
  36. Hurlet 1997, p. 549.
  37. Rivière 2016, p. 370
  38. a et b Levick 2002, p. 37.
  39. Hurlet 1997, p. 550-551.
  40. a et b Hurlet 1997, p. 554.
  41. a et b Renucci 2012, p. 53.
  42. Levick 2002, p. 38.
  43. Rivière 2016, p. 410
  44. a, b et c Rivière 2016, p. 434-435
  45. a et b Hurlet 1997, p. 555.
  46. Rivière 2016, p. 411-417 et 526, note 11
  47. Eugen Cizek, « Claude chez Suétone : un personnage énigmatique ? », colloque Claude de Lyon, p. 54
  48. Jeanne Dion, « Les publications littéraires sous le principat de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 69
  49. Dion Cassius, Histoire romaine, LX, 34.
  50. Jean-Marie André, « Les plaisirs de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 63 et 65
  51. Martin 2007, p. 231
  52. Martin 2007, p. 221
  53. Momigliano 1934, p. 4-6.
  54. Tacite, Annales, IV, 35
  55. a et b Levick 2002, p. 31.
  56. a, b et c Gilbert-Charles Picard, « Claude rénovateur de l'Empire », colloque Claude de Lyon, p. 194
  57. Levick 2002, p. 30.
  58. Briquel 1988, p. 219
  59. Jacques Gascou, « L'utilisation de documents de première main dans les Vies des Douze Césars de Suétone », Vita Latina, N°133, 1994, pp. 7-21 [1], p. 14
  60. Momigliano 1934, p. 83, note 20
  61. Levick (1978).
  62. Selon l'historien Varron, cité par Ryan (1993).
  63. Rivière 2016, p. 424
  64. Renucci 2012, p. 57.
  65. Renucci 2012, p. 58.
  66. Hurlet 1997, p. 539, note 18
  67. a et b Levick 2002, p. 29.
  68. Levick 2002, p. 35-36.
  69. a et b Renucci 2012, p. 49.
  70. Renucci 2012, p. 50.
  71. Renucci 2012, p. 51.
  72. Levick 2002, p. 39.
  73. a et b Levick 2002, p. 41.
  74. Renucci 2012, p. 55.
  75. Levick 2002, p. 42.
  76. Levick 2002, p. 43.
  77. Major 1992.
  78. Claude Briand-Ponsard et Frédéric Hurlet 2016, p. 45-46.
  79. Claude Briand-Ponsard et Frédéric Hurlet 2016, p. 45.
  80. Jean-Louis Voisin, « Visages de la mort volontaire à l'époque de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 182-183
  81. Pierre Grimal, « Les vertus de l'empereur Claude », colloque Claude de Lyon, p. 15
  82. a et b Rivière 2016, p. 433
  83. a et b Rivière 2016, p. 435
  84. Jean-Pierre Martin, « Les thèmes monétaires claudiens », colloque Claude de Lyon, p. 201
  85. Jean-Pierre Martin, « Les thèmes monétaires claudiens », colloque Claude de Lyon, p. 201-203
  86. Claude Briand-Ponsard et Frédéric Hurlet 2016, planche X, Fig. 3.
  87. Jean-Pierre Martin, « Les thèmes monétaires claudiens », colloque Claude de Lyon, p. 204
  88. Claude Briand-Ponsard et Frédéric Hurlet 2016, planche X, Fig. 4.
  89. Jean-Pierre Martin, « Les thèmes monétaires claudiens », colloque Claude de Lyon, p. 205-206
  90. Jean-Pierre Martin, « Les thèmes monétaires claudiens », colloque Claude de Lyon, p. 207-208
  91. Jean-Pierre Martin, « Les thèmes monétaires claudiens », colloque Claude de Lyon, p. 208-212
  92. Jerzy Kolendo, « Claude et l'annexion de la Thrace », colloque Claude de Lyon, p. 321
  93. Jerzy Kolendo, « Claude et l'annexion de la Thrace », colloque Claude de Lyon, p. 322 et suiv.
  94. Yann Rivière, « Peut-on mettre à mort son esclave ? », L'Histoire, n° 399, mai 2014, lire en ligne
  95. Jean-Louis Voisin, « Visages de la mort volontaire à l’époque de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 182
  96. Jean-Louis Voisin, « Visages de la mort volontaire à l’époque de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 182-183
  97. Jean-Louis Voisin, « Visages de la mort volontaire à l’époque de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 184-185
  98. Jean-Louis Voisin, « Visages de la mort volontaire à l’époque de Claude », colloque Claude de Lyon, p. 185
  99. Petit 1974, p. 86
  100. Claude Briand-Ponsard et Frédéric Hurlet 2016, p. 62.
  101. Eugen Cizek, « Claude chez Suétone : un personnage énigmatique ? », colloque Claude de Lyon, p. 56
  102. Scramuzza, (1940), p. 92–93, dit que la tradition fait de chaque empereur une victime d'un acte criminel, donc on ne peut savoir si Claude a réellement été assassiné. Levick (1990), p. 76–77. soulève la possibilité que Claude ait été tué par les tensions générées par le conflit avec Agrippine sur la succession mais conclut que le déroulement des faits rend l'assassinat la cause la plus probable.
  103. Levick (1990) est aussi opposé à l'idée de l'assassinat d'Auguste qui n'est fondé que sur Tacite et sur Dion Cassius, qui s'appuie lui-même sur Tacite. Suétone, toujours au fait des rumeurs, n'en fait aucune mention.
  104. Petit 1974, p. 93
  105. Claude Briand-Ponsard et Frédéric Hurlet 2016, p. 85.
  106. Cels-Saint-Hilaire 1994, p. 200 et 203
  107. Cels-Saint-Hilaire 1994, p. 201
  108. Cels-Saint-Hilaire 1994, p. 204

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques (traductions)[modifier | modifier le code]

Études historiques[modifier | modifier le code]

Ouvrages en français[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]
  • Géraldine Puccini-Delbey, La vie sexuelle à Rome, Paris, Points, (1re éd. 2007), 384 p. (ISBN 978-2-7578-1791-9).
  • Régis Martin, Les douze Césars, du mythe à la réalité, Perrin, (1re éd. 1991) (ISBN 978-2-262-02637-0).
  • Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, t. III Le Bas-Empire, Seuil, (ISBN 2020026775)
  • François Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs romains, Paris, édition Errance, , 256 p. (ISBN 2877722260)
  • Claude Briand-Ponsard et Frédéric Hurlet, L'Empire romain d'Auguste à Domitien, Paris, Armand Colin, , 3e éd. (1re éd. 2001) (ISBN 978-2-200-61414-0)
Ouvrages sur Claude[modifier | modifier le code]
  • (fr + it + es) Yves Burnand, Yann Le Bohec et Jean-Pierre Martin, Claude de Lyon, empereur romain : actes du colloque, Paris-Nancy-Lyon, novembre 1992, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, , 537 p. (ISBN 284050054X)
  • (de) Volker Michael Strocka, Die Regierungszeit des Kaisers Claudius (41-54 n. Chr.). Umbruch oder Episode ? : actes du symposium de Fribourg des 16-18 février 1991, Mayence, , 331 p. (ISBN 3-8053-1503-1)
  • Janine Cels-Saint-Hilaire, « Histoire d'un Saturnalicius Princeps. Dieux et dépendants dans l'Apocolocyntose du divin Claude », dans Religion et anthropologie de l'esclavage et des formes de dépendance, Actes des colloques du Groupe de recherche sur l'esclavage dans l'antiquité, Besançon, 4-6 novembre 1993, Presses Universitaires de Franche-Comté, , 179-208 p. (lire en ligne)
  • Virginie Girod, Agrippine, sexe, crimes et pouvoir dans la Rome impériale, Paris, Tallandier, , 300 p..
  • Barbara Levick (trad. de l'anglais par Isabelle Cogitore), Claude [« Claudius »], Infolio, coll. « Memoria », (1re éd. 1990), 316 p. (ISBN 2-88474-201-8).
  • Pierre Renucci, Claude, l'empereur inattendu, Paris, Perrin, , 384 p. (ISBN 2262037795)
  • Yann Rivière, Germanicus, Perrin, , 576 p. (ISBN 978-2-262-03770-3).
Articles[modifier | modifier le code]
  • Dominique Briquel, « Claude, érudit et empereur », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 132ᵉ année, no 1,‎ , p. 217-232 (lire en ligne)
  • Frédéric Hurlet, « La Domus Augusta et Claude avant son avènement : la place du prince claudien dans l'image urbaine et les stratégies matrimoniales », Revue des Études Anciennes, t. 99, nos 3-4,‎ , p. 535-559 (lire en ligne)
  • Jean Melmoux, « L'action politique de Polybe de 41 à 47 et la puissance des affranchis sous le règne de Claude », Bulletin de l'Association Guillaume Budé, no 3,‎ , p. 393-402 (lire en ligne).
  • Régis Martin, « Les paradoxes de l'empereur Claude », Revue des études latines, no 67,‎ , p. 149-162

Ouvrages en langues étrangères[modifier | modifier le code]

  • (en) Barry Baldwin, « Executions under Claudius: Seneca’s Ludus de Morte Claudii », Phoenix no 18, 1964.
  • (it) Donato Fasolini, Aggiornamento bibliografico ed epigrafico ragionato sull'imperatore Claudio, Vita e Pensiero, Milano, 2006, (ISBN 9788834313763).
  • (en) Miriam Griffin, « Claudius in Tacitus », Classical Quarterly no 40, 1990, p. 482-501.
  • (en) B. M. Levick, « Claudius: Antiquarian or Revolutionary? », American Journal of Philology no 99, 1978, p. 79-105.
  • (en) Ernestine F. Leon, « The Imbecillitas of the Emperor Claudius », Transactions and Proceedings of the American Philological Association no 79, 1948, p. 79-86.
  • (en) D. McAlindon, « Claudius and the Senators », American Journal of Philology no 78, 1957, p. 279-286.
  • (en) A. Major, « Was He Pushed or Did He Leap? Claudius' Ascent to Power », Ancient History, no 22,‎ , p. 25-31
  • (en) Arnaldo Momigliano (trad. W. D. Hogarth), Claudius: the Emperor and His Achievement, Cambridge, W. Heffer and Sons Ltd, (réimpr. 1961).
  • (en) Stewart Irvin Oost, « The Career of M. Antonius Pallas », American Journal of Philology, no 79, 1958, p. 113-139.
  • (en) Thomas de Coursey Ruth, The Problem of Claudius, Johns Hopkins Diss., 1916.
  • (en) F.X. Ryan, « Some Observations on the Censorship of Claudius and Vitellius, AD 47–48 », American Journal of Philology no 114, 1993, p. 611-618.
  • (en) Vincent Scramuzza, The Emperor Claudius, Harvard University Press, Cambridge, 1940.
  • (en) E.G. Suhr, « A Portrait of Claudius », Am. J. Arch. no 59, 1955, p. 319-322.
  • (en) D. W. T. C. Vessey, « Thoughts on Tacitus' Portrayal of Claudius », American Journal of Philology, no 92, 1971, p. 385-409.

Œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]